Réalité numéro 100 du mercredi 9 juin 2004

Sommaire  

  1. Éditorial

  2. Brèves nationales

  3. Pour avoir refusé de ramper

  4. Le 6 juin des sectaires

  5. Entre oubli djiboutien et spoliation française : le bataillon somali

  6. Tribulations présidentielles

 

Directeur de Publication :

 ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 100

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

APRÈS LE VATICAN, VOICI LE NÉANT :

LES AMBASSADEURS SURNUMÉRAIRES

DE LA MAUVAISE GOUVERNANCE

On savait depuis longtemps que la rigueur administrative a été mise aux abonnés absents par ce régime, surtout avec l’actuel mandat présidentiel. Même le ministère des Affaires Étrangères, normalement vitrine internationale du pays et de son régime politique, n’échappe à ce laisser-aller généralisé et institutionnalisé. Il y a belle lurette que la promotion ne respecte plus les procédures d’ancienneté normalement en vigueur dans toute administration digne de ce nom de par le monde.

On savait, par exemple, qu’aucun Ministre des Affaires Étrangères n’oserait jamais demander des comptes sur le fonctionnement de notre ambassade à Washington dirigée, comme nul ne l’ignore, par un proche cousin du Chef de l’État, ancien commerçant éthiopien. On sait également qu’en violation de toutes les pratiques internationalement admises en ce domaine, il ne viendra jamais à l’idée du Chef de l’Etat de muter ce cousin dans une autre ambassade et cette caricature de représentation a un nom : c’est la diplomatie du doyen !

On sait dorénavant que le Chef de l’État, plutôt que de laisser de département ministériel librement s’administrer, y injecte également ses propres préoccupations : celles d’un despote distribuant postes et avantages à ses courtisans les plus dynamiques, en termes de propagande bien entendu. Preuve qu’il n’attend absolument aucun rendement de ses chancelleries, il avait créé et offert en 2002 à l’ancien Premier ministre à titre de compensation, une fantomatique ambassade de Djibouti auprès du Vatican qui n’existe que sur le papier et dans le Budget du ministère des Affaires Étrangères. Ridicule ? Connais pas ! Mais, chacun admettra facilement que son ancien Premier ministre peut normalement vivre sa dévotion partisane à Djibouti sans exiger une affectation fictive auprès de Sa Sainteté le pape.

Depuis la semaine dernière, une nouvelle étape vient d’être franchie dans le ridicule d’État, tare très largement répandue dans la plupart des démocraties d’opérette. Ainsi vient d’être nommé un Ambassadeur tout court, officiellement auprès du Ministre des Affaires Étrangères, mais en fait auprès de la Présidence, itinérant, volant, en un mot nomade. Pourtant, notre ambassade à Addis-Abeba, doit bientôt se séparer de son chef de poste, cet ambassadeur étant formellement à la retraite bien avant sa nomination, en tout cas sur le papier. Comme quoi, quand le Chef de l’État veut faire plaisir, rien ne l’arrête, pas même la loi.

Malheureusement, toute nouveauté n’est pas nécessairement productive : à part peut-être désigner un ambassadeur itinérant, extraordinaire et plénipotentiaire auprès des conférences somaliennes de réconciliation (auquel cas les diplomates djiboutiens nomadisant entre Mogadiscio et Nairobi seraient dépossédés), on voit mal à quoi peut bien servir un ambassadeur sans affectation avec résidence au Plateau du Serpent. Surtout que ledit promu avait été éjecté il n’y a pas si longtemps de la direction du Fonds Social de Solidarité (organisme dépendant de la Primature et spécialisé dit-on sérieusement dans le micro crédit) : n’aurait-il pas été plus judicieux de placer cet expert des finances auprès d’une quelconque institution financière internationale ? Mais les mauvaises langues diront que ces postes, comme ceux des Finances, sont des aires de pâturage réservées à certains. Ce qui signifie que, loin d’être aléatoire, la figuration politique ou partisane, intelligente ou stupide, a elle aussi son domaine exclusif : on s’en doutait passablement.

Chercher une explication rationnelle à l’invention d’un poste d’ambassadeur auprès de la Présidence relève donc de la quadrature du cercle : en attendant que notre faculté de comprendre fasse les progrès qu’exige la complexité du système despotique en vigueur, il est donc inutile de nous torturer les méninges.

Contentons-nous alors d’une vérité toute simple : le Chef de l’État détourne l’État à son seul profit partisan et se comporte comme un monarque récompensant les plus momentanément serviables de ses courtisans serviteurs. Circulez !

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Brèves nationales

District d’Arta :

Un Commissaire SDF

Nommé il y a quelques semaines, le Commissaire de la République, Chef du district d’Arta, qui n’est autre que l’ancien Directeur de la Population, a été officiellement installé dans ses fonctions lundi dernier. Une grande fête militaro-partisane a même été organisée pour la circonstance dans la Capitale de cette région décentralisée : bouffe, danses, chants et khat à gogo pour tout le monde. L’émotion, somme toute normale pour ces concitoyens comme pour ceux des autres districts, désireux d’échapper au diktat sectaire de Djibouti-ville, était à la hauteur de l’illusion.

En effet, preuve que la précipitation dans sa mise en place est pour le moins suspecte, aucune ligne du Budget 2004 n’est prévue pour assurer le fonctionnement des ses institutions ou les investissements qu’implique son existence, à défaut de développement. Premier bailleur (privé) national, sans doute la Présidence y pourvoira-t-elle généreusement ! Pour ce qui est d’installer ce nouveau Commissaire et son administration dans leurs locaux, on peut tout juste regretter que rien n’ait été prévu à ce chapitre : le Chef de ce district serait pour le moment un Sans Domicile Fixe, un SDF quoi. Le régime aurait au moins pu faire semblant, en mettant à sa disposition quelque résidence désaffectée, il n’en manque pas dans cette villégiature et, effectivement, il a essayé de faire semblant.

Le problème, c’est que la mauvaise gouvernance n’ayant aucune origine ni aucune victime particulière, la villa pressentie, celle d’un ancien officier français, aurait été confisquée par un dignitaire du régime. En somme, aucun rendement n’en est pour le moment attendu : il s’agit juste de semer quelques graines de discorde entre les composantes de la communauté nationale : faire croire aux uns qu’on leur donne ce qui a été confisqué aux autres. C’est peut-être dans ce sens qu’il convient de comprendre les paroles d’une chanson diablement rythmée, en vers et en musique, d’un barde militaro-milicien de l’AND, hurlant en substance : « Je dors à l’ombre de ce drapeau/ dont les ennemis que j’ai vaincus/ A ceux qui ne m’ont pas encore compris/ dois-je redire que cette Terre nous appartient ? »

Le pauvre bougre en pleurait de sincérité malade. Quand on se souvient qu’à part un petit écolier tué aux environs de Loyada, la lutte pour l’Indépendance n’a fait aucune victime de France métropolitaine, on se de mande qui sont les ennemis de notre drapeau national contre laquelle cette vigilance est sollicitée. Cela dit, à la décharge de ce troubadour en treillis, il se peut qu’avoir travaillé au service de la propagande totalitaire de Siad Barré laisse des traces indélébiles et prédispose au fitna, à la guerre civile et au goût du sang de ses frères et soeurs. Mais, à n’en pas douter, nos concitoyens de la région décentralisée d’Arta savent mieux que quiconque que la terre djiboutienne appartient à toutes ses filles et à tous ses fils : seul un père indigne ose ainsi diviser des frères et des sœurs.

Opération coup de poing à Arhiba :

L’UJA n’existe pas ?

L’un des problèmes majeurs des fausses démocraties comme celle de Djibouti dans laquelle le droit au travail est inégalement réparti en fonction de certains critères peu orthodoxes, faire croire que le projet de Doralé est le nouvel Eldorado suscite déjà beaucoup de légitimes espérances. Ainsi, au soir de l’inauguration officielle de Djibouti Free Zone, des jeunes du quartier d’Arhiba, essentiellement regroupés au sein de l’Union des Jeunes d’Arhiba, pratiquement tous chômeurs, ont bruyamment manifesté leur mécontentement, en demandant une plus grande justice sociale dans l’accès au travail. Bref, rien que du social, normalement dada du Chef de l’État. Rappelons que cette association avait écrit une lettre ouverte à la Première Dame, que nous avions courtoisement publiée, dans laquelle elle lui demandait une entrevue, dénonçant la corruption des responsables RPP de leur quartier, pris en flagrant délit de détournement des aides alimentaires. Ils n’en ont pas l’exclusivité, dira-t-on. Au lieu de prendre leurs doléances en considération, la Première Dame les a maladroitement ignorés, telle une rombière effarouchée.

Revendiquer étant interdit pour un régime qui ne fonctionne qu’à la mendicité, c’est la méthode musclée qui a été choisie. Six de ces jeunes furent alors arrêtés lundi soir, apparemment pour intimider ce mouvement de revendication pacifique. Un de nos militants, de santé fragile et qui dormait à l’intérieur de notre annexe, a également été raflé sans aucune raison, peut-être une manière de nous faire comprendre que la démocratie a des limites : message reçu. Quand on n’a plus rien à perdre, ce genre de provocation appelle plutôt une réponse à sa hauteur. C’est ainsi que, mardi matin, de violentes échauffourées ont opposé forces de l’ordre, qui ont jeté des dizaines de grenades lacrymogènes dans les demeures, indisposant de nombreux enfants en bas âge, et manifestants exigeant la libération des prisonniers.

Ce régime se comporte exactement comme les singes de nos brousses : faire peur pour reculer à la moindre résistance. Nous exigeons que ces jeunes soient immédiatement relâchés, uniquement coupables de demander du travail : qu’ils persévèrent dans leurs justes revendications et dans leur combat contre les corrompus RPP de leur quartier. Enfin, pitoyable spectacle d’un régime dont les différents gangs se rejetaient la responsabilité de cette inutile répression : le pauvre Premier ministre semble avoir de plus en plus d’ennemis dans son proche entourage politique.

Le RPP a des militants à Obock :

Ils dansent même dans l’obscurité

« Ventre plein, nègre content » disait il y a déjà bien longtemps l’adage du petit Blanc civilisateur. Ce qu’il ignore peut-être, entre deux sanglots dépités de sa mauvaise conscience, c’est que les anciens colonisés mélanodermes ont depuis fait beaucoup de « progrès » dans leurs danses politico-pavloviennes. Il leur arrive même de plus en plus souvent de danser et d’être contents le ventre vide : la preuve vient d’en être magistralement assénée par les militantes et les militants RPP de la ville d’Obock. Ces zélés seraient déjà en train d’activement répéter dans le cadre de la préparation des festivités du 27 juin : de véritables lièvres partisans ! Sans électricité ni eau courante, avec une population active qui se compte sur les doigts d’une seule main, hors effectifs policiers et militaires, ces partisans trouvent encore prétexte à parader nuitamment pour mieux peaufiner leurs défilés et gesticulations ce jour-là.

Qui a dit que le maître existe parce que l’esclave est quelque part consentant ? Avant la Réhabilitation matérielle de cette zone durement détruite lors du conflit civil, c’est peut-être la dignité qu’il faudrait d’abord réhabiliter, dont seule l’absence autorise ce coupable oubli… il est vrai aidé par quelques kilos de khat généreusement et quotidiennement offerts. Plante verte dont chacun sait combien elle coupe la faim et donne une impression de ventre plein : ceci expliquant peut-être cela...

Rétrospective du vide :

Les limites de « Gros Plan »

Pour meubler une sorte d’intersaison, et peut-être fatiguée par les innombrables voyages intercontinentaux effectués dans la cadre de l’affaire Borrel, côté disculpation de certains responsables djiboutiens, l’émission « Gros Plan » a décidé de souffler un peu, sans toutefois abandonner le téléspectateur dans un implacable désert culturel. Ainsi est proposée une rétrospective des meilleurs moments, la sélection relevant bien évidemment du libre choix de la RTD, enfin, de ses commanditaires de la propagande officielle. Des déboires de Mogadiscio, au mirage d’Il Jano, en passant par le retour programmé d’anciens travailleurs immigrés « clandestins », ce sont des sujets doublement décontextualisés, par rapport à leur genèse et à l’actualité immédiate, qui sont assénés au téléspectateur. C’est dommage car, avec un minimum de sérieux et d’indépendance, il y aurait eu beaucoup à faire et à dire. Grâce au recul historique, il aurait été intéressant de confronter ses actions gouvernementales avec les réalités actuelles pour en mesurer le succès ou pour en comprendre les échecs.

Le problème, c’est que la posture de servilité journalistique interdit le véritable débat d’idées : si le présentateur de « Gros Plan » était autorisé à inviter des représentants de toute la presse nationale pour commenter l’actualité du pays, les téléspectateurs auraient réellement apprécié une telle confrontation des points de vue dans un pays où, à y bien regarder, il n’existe aucune presse indépendante, la publique n’étant qu’une honteuse partisane nuisant fortement à l’instauration d’une véritable démocratie. Au lieu de cela, il est malheureusement condamné, souvent sans trop y croire lui-même à moins de le soupçonner de connivence idéologique avec ses commissaires politiques, à recueillir les propos feutrés de responsables politiques ou administratifs auxquels est conférée la liberté de délirer sans être contredits par une réalité que nul n’ignore.

La fin du monopole de la RTD ?

Le miracle de l’illégalité

Les conditions dans lesquelles naissent, vivent et meurent les sociétés commerciales en disent parfois long sur l’état réel d’un Etat de droit, fiction ou réalité en fonction de l’effectivité et de l’impartialité des règles. Ainsi, le journal gouvernemental « La Nation »nous apprend, dans son édition du lundi 24 mai 2004, qu’une société d’audiovisuelle vient de se créer en République de Djibouti.

En voici le texte intégral : « CREATION DE SOCIETE. SARL « Horn Of africa & TV (Hart). Aux termes d’un acte authentique de constitution de société établi par Maître Mourad Farah , Notaire à Djibouti, , le 23 mai 2004, il a été constitué une Société à Responsabilité Limitée dénommée SARL « Horn Of Africa & Radio TV (Hart) ayant pour objet : la production, la diffusion par voie radio, télévision payante et toutes autres activités d’informations de communication et d’annonces y afférentes.

La durée de la société est fixée à 99 ans.

Le capital de la Société est fixé à la somme de cinq millions trois cent vingt cinq mille francs djibouti (5.325.000 FD) divisé en 100 parts de cinquante trois mille deux cent cinquante francs djibouti chacune entièrement libérées entre les associés en proportion de leurs apports respectifs.

Le gérant de la Société est : Monsieur Saad Ahmed Cheik

Une nouvelle radiotélévision à Djibouti ? C’est en soi une révolution, dans un univers médiatique tristement encombré et monopolisé par la RTD, alors que dans les plus pauvres des États du monde, Haïti ou le Burkina Faso, il existe des dizaines de radios libres. Une question se pose alors : qu’est ce qui a, jusqu’à présent, empêché une radio libre ou une station de télévision privée de s’installer en République de Djibouti ? La réponse en est simple. Le fonctionnement de l’univers médiatique est ici régi par les dispositions de la loi relative à la liberté de communication de septembre 1992, qui prévoit en son article 45 :

« La communication audiovisuelle est libre.

Toutefois, la création et l’exploitation d’une société de production audiovisuelle est subordonnée à l’obtention d’une licence.

Les conditions et les modalités d’attribution et d’utilisation de la licence prévue à l’alinéa 2 sont fixées par voie réglementaire après avis motivé de la Commission nationale de la Communication. »

En clair, s’il était jusqu’à présent impossible de créer une société de production audiovisuelle, c’est parce que, depuis septembre 1992 ; la fameuse Commission nationale de la Communication, devant accorder la licence d’exploitation, n’a jamais été instituée. Mais, est-ce à dire que ladite Commission existe et s’est un jour réunie pour donner son avis motivé et positif en l’occurrence ? Non. A notre humble et vigilante connaissance, elle n’a jamais été mise en place, ni hier ni aujourd’hui : il n’existe officiellement aucune Commission nationale de la Communication. Si elle avait réellement été instituée, cela se saurait et, justement, la RTD et « La Nation » en auraient parlé. Dans ce cas, sur quelle légalité le notaire s’est-il fondé pour créer la société Hart ? A notre connaissance aucune. Il suffit donc que le régime veuille pour qu’ici cela advienne. La légalité est décidément un concept à géométrie variable sous nos cieux. Mais nul ne l’ignorait : pourquoi le courrier adressé par l’Association Djiboutienne des Journalistes Indépendants (ADJI ) en ce sens n’a-t-il jamais trouvé réponse de la part du ministère concerné ?

Armée de développement :

C’est GI, en non pas AND

Le Vénérable Mao doit s’en retourner dans sa tombe, lui qui croyait aux vertus du réalisme : l’un des tours de force des despotismes postcoloniaux, c’est de banaliser la grossièreté, au point de lui conférer une normalité qui, ailleurs, relèverait de la pathologie. C’est ainsi que la presse gouvernementale rend périodiquement compte d’une générosité extérieure qui n’aurait même pas dû exister si le système politique djiboutien fonctionnait correctement. Sans nullement minimiser la portée symbolique et réelle du geste, c’est avec une peine certaine que nos concitoyens ont appris que l’armée américaine avait réhabilité l’école primaire du village de Douda. Solliciter le soutien de la plus grande puissance mondiale juste pour la réfection d’une seule école : il n’y a, à notre connaissance, que la mauvaise gouvernance institutionnalisée de Djibouti pour être capable d’un tel ridicule pour une somme aussi dérisoire.

Certes, le Président de la République coûte cher aux contribuables djiboutiens, avec ses innombrables voyages intercontinentaux et son obsessionnelle sécurité, mais de là à prétendre que les caisses du Trésor Public manquent à ce point de liquidités, c’est grave et honteux !

Sans chercher à quantifier la générosité d’hommes venus du froid Wyoming et qui suent sur notre désertique bout de terre, alors que danse et chante sans vergogne telle troupe militaro-artistique, il faut souligner que cette réfection, très bien réalisée au demeurant parce que les factures n’étaient pas gonflées par le régime, n’a coûté que la modique somme de 35.000 dollars, ce qui représente environ 6.220.000 FD (six millions deux cent vingt mille). C’est nettement moins que le plus modeste des véhicules 4x4 immatriculés A, B, C ou autres qui encombrent inutilement les ruelles certes mal entretenues de notre Capitale, devenue dépotoir à ciel ouvert à cause de ce régime.

Mais, preuve que la faute est du côté de ce régime prédateur et que la coopération américaine ne s’arrête pas à ces chiffres lilliputiens, l’on apprend avec satisfaction que « Les États-unis ont récemment démarré un programme de santé de 9 millions de dollars à Djibouti » et dont l’objectif est « d’augmenter les soins pour la santé des citoyens Djiboutiens et d’élargir la formation des professionnels de la santé». Le fait que la mise en œuvre de ce programme ait été confiée à la « John Snow Inc. une compagnie (…) qui possède une solide expérience en gestion des projets dans des pays comme le Kenya, l’Éthiopie et le Sud Soudan » n’en est que plus rassurant : on ne tient jamais trop à l’écart un régime qui sabote ses propres professionnels de la Santé et sacrifie celle de ses concitoyens. Tant mieux pour le rendement de la générosité internationale

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Pour avoir refusé de ramper

Quels postes pour les cadres du Frud-armé ? (1ère partie)

« Cependant, Dini déchante car sa principale revendication de placer en tant que Secrétaire Général de la Chambre de Commerce ne trouve pas l’écho escompté. Grâce à la bonne gouvernance, le Gouvernement ne peut pas accéder à sa demande parce que l’institution qui fait l’objet des spéculations de cet aïeul appartient aux commerçants nationaux et que nul ne peut transgresser. » Dans le style médiocre qui n’appartient qu’à certaines plumes réquisitionnées par et à la Présidence, un courrier de lecteur dont l’origine ne trompe personne puisque publié dans l’organe de presse du parti présidentiel, a officiellement mis sur la place publique le problème de la réintégration des cadres du FRUD-armé. Parce nous sommes intimement convaincus que le Chef de l’Etat se cache derrière ce courrier, et beaucoup d’autres coups bas d’ailleurs, nous allons présenter l’ensemble des pièces de ce dossier qui n’est, en fin de compte, que la plus mesquine de toutes les violations. Par définition, on n’attend aucun miracle d’une personne réputée mesquine : ce problème disparaîtra lorsque tombera ce régime.


Ainsi donc, les cadres du FRUD-armé n’auraient pas été réintégrés parce qu’ils auraient formulé des exigences délirantes que le gouvernement, dans le respect de la bonne gouvernance qui le caractérise sans rire, ne pouvait tolérer. C’est, toute honte bue, l’explication que donne un courrier de lecteur paru dans « Le Progrès » du 30 mai 2004. On peut se demander comment l’organe officiel d’une partie signataire d’un accord de paix peut autoriser des initiales (Y.A.C en l’occurrence) à porter jugement aussi péremptoire sur ce qui, juste qu’à preuve du contraire, constitue une pierre d’achoppement au processus de paix. On ne se le demandera pas : tout ce qui est publié dans ces organe de presse est parole autorisée, parfois à dire des âneries.

Aneries accessoirement lorsque « Le Progrès » tente une bien maladroite manœuvre de diversion et de division : « Les membres du FRUD ont intégré toutes les sphères décisionnelles de la vie publique nationale avec des représentants au Gouvernement, à l’Assemblée Nationale, à la Fonction publique dont l’un de ses membres hérite le poste qui attire toute la famille Dini, le chef de cabinet du Président de la République et j’en passe.. » apprend-on. Pour que le lecteur nous pardonne de l’obliger à lire un texte si mal écrit, voici ce qu’il faut en comprendre : le FRUD d’Aba’a a vu ses membres intégrés partout, même un des leurs détient le poste de Chef de Cabinet de la Présidence que la famille Dini recherche désespérément. Pour ne pas faire double emploi, il ne nous appartient pas aujourd’hui de juger ce qu’il n’y a plus lieu de juger. Pour ce qui est du poste de Chef de Cabinet de la Présidence, l’intéressé sait évidemment que nul d’entre nous n’a jamais voulu le remplacer : lui-même se respecte trop pour cautionner une telle bêtise. La raison en bien simple : pour rester polis, disons juste que nous n’avons pas les dispositions psychologiques requises pour fréquenter une telle faune, où le plus petit sac de riz déversé par la générosité internationale se voit détourné sans vergogne ! Nous, travailler à la Présidence ? : non merci, pour rien au monde avec ses actuels squatters.

Tout aussi accessoirement, et le lecteur nous pardonnera une fois encore cette littérature de caniveau, le régime dévoile enfin sa véritable appréciation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 : « Alors que l’accord de paix du 12 mai 2001 ne représente que la réhabilitation de cet aïeul dont ses hôtes d’hier qualifient de persona non grata, afin de lui faire plaisir et de récolter ses flagorneries preuve de sa satisfaction suprême, qui feront date » nous illumine-t-on. En s’engageant solennellement ce jour-là au Palais du Peuple en compagnie du « réhabilité » décoré au passage, c’est donc le Chef de l’État qui a menti au Peuple en soulignant l’importance historique de la paix ainsi instaurée. En fait, pour bien en comprendre la portée, il suffit juste de se rappeler l’origine de ce déchaînement de haine et de mauvais français : l’affaire Borrel ! Insulter la paix chez soi parce que l’on est en indélicatesse ailleurs, c’est vraiment se tromper de priorité : l’inévitable sanction viendra du Peuple djiboutien ainsi méprisé par ce régime qui donne de plus en plus à penser qu’il a des choses à se reprocher. Ce qui n’étonnera personne.

Mais quand il prétend que les exigences du FRUD-armé relativement à la réintégration de ses cadres n’ont pas été satisfaites à cause de leur démesure, certaines précisions s’imposent, sans insister outre mesure sur les situations enviables que lesdits cadres ont abandonnées pour rejoindre le maquis, et sans insister outre mesure sur les sacrifices qu’ils sont encore disposés à consentir…

Pour le détail, il convient de savoir que l’Accord du 12 mai 2001 ne précise aucune poste particulier à occuper : tout juste parle-t-il d’un nécessaire rééquilibrage d’une manière générale, et de la réintégration préalable de tous ceux qui occupaient une fonction avant le conflit. C’est ainsi que la décision n°2002-0167/PR/MESN du 20 février 2002 fut prise relative à leur recrutement au lieu de la réintégration prévue et leur accordant des valeurs indiciaires totalement farfelues. C’est également sur la base de cette décision que quatre mois de salaire sans aucune bonification leur furent versée, de janvier à avril 2002. Avec les mois de retard que connaissaient tous les agents de l’Etat, le dernier mois de salaire leur a été versée en septembre 2002. Dans le courant de cette année-là, le FRUD-armé a saisi à plusieurs reprises le gouvernement pour qu’il revoit sa copie. C’est ainsi que, par une correspondance en date du 24 février 2002, M. Dini a saisi le Président de la République en ces termes :

Excellence,

Me basant sur l’Article 6 de l’Accord de Paris et l’Article 24 de l’Accord du 12 mai, qui stipulent que les parties signataires conduiront de concert l’application stricte et honnête de leur contenu, j’ai l’honneur de vous saisir dans ce cadre au sujet de la réintégration des membres du FRUD, prévue par l’Article 5 de l’Accord du 7 février et par l’Article 6 de l’Accord du 12 mai.

En effet, l’Accord-cadre du 7 février 2000 stipule que « les membres, cadres, militants et combattants du FRUD qui occupaient une fonction professionnelle avant le conflit seront réintégrés dans leur administration, établissement, service ou entreprise. Les autres membres du FRUD seront intégrés dans des fonctions civiles ou militaires adéquates. »

En son point b, l’Article 6 de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 stipule que « Tout ancien fonctionnaire ou conventionné appartenant au FRUD-armé sera réhabilité et réintégré dans son droit. »

La décision n° 2002-0167/PR/MESN du 20 février 2002 qui vise ces accords n’en respecte ni l’esprit, ni la lettre et ne respecte encore moins les droits des intéressés concernés par cette décision. En outre, elle fait référence à la lettre n° 1235/PM du 18 décembre 2001 du Premier ministre dont elle ne respecte pas le contenu pour ce qui concerne la date d’affectation.

En dehors de toutes ses incohérences administratives, il ressort de cette décision que :

1) au lieu de la réintégration prévue par les accords, c’est un simple recrutement qui a été retenu, faisant fi en cela de l’ancienneté et des droits acquis ;

2) une discrimination a été instaurée entre les membres officiels du FRUD pour lesquels nous avions demandé la même classification. Si cette discrimination est la conséquence de la prise en compte du niveau de formation de chacun, ce critère ne semble pas avoir été retenu lors des recrutements de 1995 : il y a donc deux poids, deux mesures, ce à quoi il conviendrait de remédier.

C’est pourquoi je vous serais reconnaissant, Excellence, de bien vouloir faire respecter par l’administration dans cette affaire les stipulations des accords intervenus entre nous. De même, il conviendrait que soit respectée la lettre du Premier ministre en procédant à la réintégration de ceux qui ont occupé des fonctions avant le conflit, au lieu du recrutement actuel, ceci en prenant comme date de prise d’effet le mois de juin 2001, comme proposé par le Premier ministre et en les classant à un même indice convenable, sans chercher à rabaisser et léser ceux dont la situation était supérieure il y a plus de dix ans à ce que leur propose aujourd’hui l’administration. En conséquence, il y a lieu de modifier cette décision en prenant en considération tous ces éléments.

Dans cette attente, je vous prie de croire, Excellence, à l’assurance de ma haute considération. »

Avec la courtoisie légendaire qui le caractérise, le Chef de l’État n’a pas daigné répondre : dommage car il aurait pu ainsi expliquer en quoi le Secrétariat Général de la Chambre de Commerce a été exigée. Quoi qu’il en soit, en préférant accorder le bénéfice de l’incompétence avant de soupçonner la mauvaise foi, une autre correspondance a été adressée le 4 mai 2002 par M. Dini au Premier ministre, rappelant entre autre sa lettre de ce dernier du 30 avril 2002. En voici le contenu :

« Excellence,

Par courrier citée en référence, vous avez bien voulu me transmettre une correspondance de votre ministre de l’Emploi relative au réexamen de la grille indiciaire attribuée aux cadres du FRUD-armé en voie de réintégration. Il ressort de l’analyse que l’argumentaire développé par ce ministère est loin de nous convaincre et ne dissipe pas le sentiment de discrimination et d’arbitraire. Discrimination car nous avions demandé qu’un même traitement soit accordé à tous nos cadres, ce qui na pas été retenu, pour des raisons qui ne sont pas justifiées. Arbitraire car la règle, imposée par le Programme d’Ajustement Structurel ne s’applique, par définition, qu’à des fonctionnaires et ne concerne pas notre procédure de réintégration, comme elle n’a pas été évoquée lors des intégrations de 1995. Les informations fournies par le ministère de l’Emploi pour justifier la décision administrative de réintégration des cadres du FRUD-armé sont soit superflues, soit incomplètes.

1) superflues car nous n’avons jamais évoqué la question des indemnités de fonction : la stricte application des textes réglementaires en vigueur suffit en la matière. Mais il faut au préalable avoir été réintégré dans des conditions adéquates, ce qui n’est pas encore le cas un an après la signature de l’Accord de Paix. Ce qui signifie que nous sommes en présence de réintégrations effectuées sur la base d’un accord politique dont nous soulignons ce que nous pensons être les conditions adéquates d’application.

2) Incomplètes car il manque au tableau dressé par ce ministère une colonne essentielle : celle de la valeur indiciaire dont bénéficiaient avant le conflit les cadres du FRUD-Aba’a, intégrée en 1995. C’est uniquement ainsi que la comparaison est pertinente. Elle montre clairement qu’il y a bien deux poids, deux mesures : promotion pour les premiers, stagnation, voire recul pour les seconds. Comment expliquer qu’un conventionné classé à l’échelle 3A (salaire de base de 59.000FD) soit recruté à l’indice 1550 (salaire de base de 180.000 FD) alors que qu’un cadre recruté à l’indice 1400 et ayant travaillé 4 années se retrouve aujourd’hui à l’indice 1550 ?

En second lieu, le simple recrutement prive de toute possibilité de prétendre à la retraite : s’il n’aurait pas été sérieux de demander pour nos cadres les salaires correspondant à la période du maquis (dix ans), il est anormal de les priver, par cette procédure de simple recrutement, de toute possibilité de prétendre à une pension de retraite.

Enfin, la question essentielle de la date de prise d’effet n’a pas été évoquée par le courrier du ministre en question : comme proposé par votre Excellence et convenu entre les deux parties dès la signature de l’Accord de Paix du 12 mai, il nous semble normal de retenir le mois de juin 2001 pour date de réintégration.

Au total, la décision du ministère de l’Emploi est injustifiée et il ne nous est pas possible d’accepter ses dispositions ainsi que l’arbitraire sur lequel elles reposent.

Je vous prie de croire, Excellence, à l’assurance de ma haute considération.»

Malheureusement plus prompt à répondre lorsque la correspondance ne lui est pas directement adressée, le Premier ministre a, comme son patron, préféré s’inscrire aux abonnés absents.

Pour ne pas désespérer de la nature humaine de la faune au pouvoir, une dernière tentative a été effectuée sur insistance de M. Dini, alors que les cadres de notre organisation voulaient définitivement mettre fin à ce dialogue de sourds en envisager d’autres perspectives. C’est ainsi que chaque cadre concerné a adressé le 23 novembre 2002 à son ministre de tutelle une lettre-type rédigée comme suit :

« Monsieur le Ministre,

En ma qualité de cadre du FRUD-armé ayant quitté son emploi dans le cadre du conflit civil, j’ai été réintégré en application du point b de l’article 6 de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Vous voudrez bien trouver ci-joint copie de la décision s’y rapportant, publiée dans le Journal Officiel. Contrairement à toutes les règles administratives généralement en vigueur, cette décision ne m’a jamais été notifiée ; tout juste ai-je appris par d’autres voies que le traitement correspondant à la valeur indiciaire qui m’a été unilatéralement attribuée était mis à ma disposition au Trésor Public. Après un versement de quatre mois de salaire, une décision sans justificatif ni convocation préalable a procédé à la suspension de mon traitement.

Aussi, aux fins de régulariser ma situation, je vous prie de bien vouloir me notifier, par retour de courrier, mon affectation précise ainsi que la date de ma prise de fonction.

De même, je vous saurais gré de bien vouloir saisir qui de droit afin que soit mis fin à cette suspension abusive de mon traitement.

Dans cette attente, je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l’assurance de ma haute considération. ».

Comme leur patron et leur demi-patron, aucun des Ministres concernés n’a osé répondre à cette lettre. Il est vrai qu’entre temps, un nouveau parti politique venait de naître : l’ARD.

La semaine prochaine, nous verrons comment, après l’avoir oublié durant deux ans, le régime a ressorti ce dossier en passant par un chemin peu glorieux.

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Le 6 juin des sectaires

DJIB-NET BOUDE LES ANCIENS COMBATTANTS

Alors que les téléspectateurs de FR3, chaîne publique française que le prestataire Djib-net propose dans les trois formules de son bouquet numérique, s’attendaient à passer un agréable jeudi soir en savourant « Le jour le plus long », qui retrace le débarquement des forces alliées en Normandie le 6 juin 1944, la retransmission a été brutalement interrompue, sans autre forme d’explication. Sans aucune justification technique non plus. Or, c’est également la mémoire des Djiboutiens qui se jouait là, non seulement parce que las forces totalitaires avaient imposé un blocus maritime à Djibouti, mais aussi au regard des sacrifices du célèbre Bataillon Somali lors de cette Seconde Guerre Mondiale sur les champs de bataille français. Que Djib-net ait préféré ignorer cela, c’est bien regrettable car il y avait là matière à un débat collectif sur la guerre et la paix, ailleurs comme ici.


D’une façon quasi-automatique, les sociétés commerciales proches des régimes peu respectueux de la libre concurrence sont à l’image de ces régimes. Pour leur être largement redevables, ces sociétés commerciales participent avec leurs moyens financiers et techniques, à la propagande de leurs protecteurs. Pour être en retour assurées de l’impunité, elles témoignent également très peu de respect envers leurs clients privés. Ainsi, il est de notoriété publique que Djib-net, société de commercialisation de chaînes de télévision par satellite, n’a aucune raison particulière d’être en froid avec ce régime, c’est une litote. Quand le Chef de l’Etat fête quelque chose, Djib-net est de la partie en tient à ce que ses clients participent au raout en leur offrant, par exemple, quelques heures de gratuité des quatre canaux qu’il leur a au préalable illégalement confisqués.

On savait aussi que Djib-net réagissait à sa manière aux vicissitudes de la politique régionale du régime : la télévision éthiopienne avait récemment essuyé les foudres de sa riposte très mal graduée.

Ses clients ont appris, effarés et à leurs dépens, que Djib-net pouvait également soutenir son régime quand il s’agit de montrer sa colère aux grandes puissances de ce monde que sont les Etats-Unis d’Amérique et la France.

Ainsi, nombreux sont les téléspectateurs qui, en cette soirée du jeudi 3 juin, s’étaient préparés à regarder sur FR3 « Le jour le plus long », chef-d’œuvre du film de guerre retraçant le débarquement allié du 6 juin 1944 sur les côtes normandes. Or, exactement lorsque le film allait commencer, Djib-net a volontairement interrompu la retransmission de FR3 remplacée, au bout d’une heure environ, par la chaîne thématique Action, spécialisée dans le cinéma.

Pourquoi faut-il parler d’interruption volontaire et non accidentelle ? C’est qu’après la retransmission d’un film et demi sur la chaîne Action, la retransmission des programmes de FR3 a été normalement rétablie, une fois que « Le jour le plus long » était fini.

Pourquoi un tel mépris de ses clients, qui se plaignaient déjà de la déprogrammation abusive de la chaîne M6, dont Djib-net doit normalement assurer la retransmission comme cela est stipulé dans le contrat ? S’agissait-il, à travers ce stupide sabotage, de montrer à certaines grandes puissances concernées par ce film le mécontentement du régime djiboutien relativement à la marche des événements ? On a beau chercher, on ne trouve rien qui puisse justifier ou expliquer cette impolitesse de Djib-net. Auquel cas, à qui ce message de bouderie d’adolescent était-il adressé ?

Peut-être aux Français, dont la gestion de l’affaire Borrel laisse de plus en plus à désirer. Peut-être aussi aux Américains que la collaboration djiboutienne en matière de lutte contre le terrorisme ne se traduit pas tout à fait par la mansuétude escomptée en ce qui concerne les violations répétées des Droits de l’Homme ici, ou les risques réels que le régime fait courir au pays par sa violation irresponsable de l’Accord de Paix du 12 mai 2001.

Mais il y a beaucoup plus grave dans cette mesquinerie de l’impuissant que constitue le sabotage d’un tel film-culte : à travers son refus d’autoriser ses clients à regarder « le jour le plus long », c’est aux sacrifices consentis par nos frères lors de la Seconde Guerre Mondiale, au sein du célèbre Bataillon Somali, que Djib-net a manqué de respect. Alors que même le Chancelier allemand a été invité aux cérémonies de commémoration du 60ème anniversaire du débarquement allié, (se souvenir ensemble pour mieux se pardonner), il est vraiment regrettable que Djib-net verse dans un honteux révisionnisme en empêchant de la sorte les Djiboutiens de garder en mémoire l’héroïsme de ceux des leurs qui, très loin de chez eux, ont donné leur vie pour une cause qu’ils avaient peut-être compris mieux que d’autres : la Liberté.

Mais, plus que Djib-net qui n’a manqué de respect qu’envers ses clients, c’est la RTD qui serait surtout à blâmer : le devoir de mémoire incombe avant tout au service public qui doit respect aux citoyens.

***

Nécrologie

Nous avons appris avec tristesse le décès survenu à Djibouti de Monsieur Ahmed Omar Souleiki. Né en 1974, le défunt était le frère de notre compagnon Souleiki Omar Souleiki, président de notre fédération d’Arhiba.

L’ARD et la Rédaction de Réalité adressent leurs sincères condoléances à toute la famille d’Ahmed Omar Souleiki. Qu’Allah l’accueille en Son Paradis Eternel. Amin.

INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN

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Entre oubli djiboutien et spoliation française : le bataillon somali

1ère partie : La genèse des héros

Un grand merci au Président Chirac, qui a vraiment été convaincant d’humanisme dans son discours prononcé lors de la cérémonie de célébration du 6ème anniversaire du Débarquement allié en Normandie du 6 juin 1944. Les peuples du Tiers-Monde, surtout ceux de l’ancienne Afrique française qui ont énormément contribué à la Libération de leur puissance de tutelle lors de cette Seconde Guerre Mondiale, se sont sentis quelque part réhabilités, au point de lui pardonner son faux pas de Tunis quand il s’était livré à un inadmissible relativisme culturel de la Démocratie selon les latitudes. Par contre, il n’aurait peut-être pas été inutile de pleinement associer les Anciens Combattants survivants de cette Afrique à ce 60ème anniversaire : nous autres, Djiboutiens, aurions aimé voir notre Président, quoi que l’on pense de lui ici, figurer aux côtés d’un Poutine, car pas plus que le Bataillon Somali, l’Armée Rouge n’avait débarqué en Normandie ce jour-là. Le problème est certainement dans le peu de respect que la République de Djibouti accorde elle-même à ses propres Anciens Combattants : si elle les respectait, la France les aurait respectés. C’est donc parce ce qu’il y a un oubli coupable djiboutien qu’il y a une inadmissible spoliation française, pas seulement en termes de pension.

L’Histoire offre vraiment de saisissants raccourcis : à comparer les premiers uniformes vêtus par nos prédécesseurs qui, au nom d’un idéal universel, ont combattu le totalitarisme à des milliers de kilomètres de chez eux et nos actuels militaires de l’AND se glorifiant en ce même 6 juin (comme par hasard) au nom d’une inavouable idéologie sectaire, il y a une regrettable régression dans le respect de notre Histoire commune et de notre destin commun.

Car, qui ne respecte pas son passé, ne respecte pas son avenir : à ce tarif, on ne comprend pas comment les Forces Armées Djiboutiennes, dont la troupe militaro-artistique donne une si pitoyable image, peut prétendre « aborder l’avenir avec confiance» alors, sans même évoquer le tableau de la répartition des officiers que nous avions dressé, un rapport du Département d’État américain s’inquiétait déjà des profonds déséquilibres au sein des forces de défense et de sécurité. Respecter le passé : la glorieuse contribution du Bataillon Somali lors des deux Guerres Mondiales, est unanimement reconnu, sauf ici. Pourquoi ?

Est-ce parce que, comme le notait dans son « Histoire de Djibouti » Philippe Oberlé « Le bataillon Somali ne comportait pas de Danakil. Parmi les Somalis, on comptait davantage de Gadaboursis et d’Issaqs que d’Issas » ? Les Afar ne risquaient pas d’en faire partie, eux auxquels tout emploi était officiellement interdit jusqu’en 1958. Les autres s’engageaient parce que la France avait deux types de besoins : une main-d’œuvre pour construire un chemin de fer au bénéfice de l’Éthiopie chrétienne dont l’Ougas ne voulait pas et une soldatesque pour réprimer les oppositions intérieures.

Ce qui n’était pas prévu, c’était la menace totalitaire dont le régime de Vichy, présent à Djibouti, s’était accommodé, imposant à notre petit territoire un implacable blocus obligeant nos aînés à manger même des rats. Comme le rapporte Oberlé, « le blocus devient total : les Alliés comptent que la famine viendra à bout de la résistance de Djibouti. On commença à manger les mulets de l’armée, le chat et les rats. Le scorbut sévissait l’hôpital était plein » Ce qu’il faut ici préciser, c’est que lesdits Djiboutiens n’avaient pas accepté ce régime de Vichy et que le blocus leur a été injustement imposé.

C’est dans ce contexte que, « le 1er janvier 1943, le Détachement des Forces françaises Libres de la Côte Française des Somalis prend le nom de Bataillon Somali de Souveraineté ». Au prix d’un nombre incalculable de morts, ce Bataillon Somali a apporté une contribution héroïque à la libération de la France, surtout en Aquitaine. Nos concitoyens qui, « sous le commandement calme et énergique du chef de bataillon Bentzman ont, par leur valeur, leur bravoure et leur opiniâtreté, réussi le 15 avril 1945, le franchissement de vive force, sous le feu violent et ajusté de l’ennemi, de la ligne d’eau de Gua, large de plus de 400 mètres. Par une habile manœuvre, ont fait tomber les défenses ennemies du pont de Gua. Dans la journée du 18 avril, ont bousculé l’ennemi sur les fortes positions d’un fossé antichar et, d’un seul élan, ont enlevé le village du vieux-Soulac, ainsi que l’ensemble très fortement bétonné et rigoureusement défendu, des ouvrages constituant les forteresses ennemies de la pointe de Grave. Au cours de ces deux journées de combat, ont fait trois cents prisonniers ».

Courage qui, faut-il le rappeler, a valu à ce Bataillon Somali les ovations hystériques de la population bordelaise : cela, seuls les actuels Djiboutiens semblent aujourd’hui l’ignorer et c’est malheureux. Lequel Bataillon Somali fut officiellement dissout le 1er août 1945 et ses survivants rapatriés sur Djibouti. A notre Indépendance le 27 juin 1977, des accords de défense sont signés avec l’ancienne puissance de tutelle, reconnaissant des droits inaliénables à ces survivants de la Seconde Guerre Mondiale. Lesquels furent, pour leur plus grand malheur et celui de leurs progénitures, totalement méprisés par le nouveau régime qui s’est substitué au pouvoir des Blancs.

Quand on voit l’Armée Nationale Djiboutienne se vanter d’avoir tué des Djiboutiens, souvent civils, dans un regrettable conflit fratricide, l’oubli auquel ce régime a condamné nos anciens combattants est tout simplement inadmissible. Oubli qui ne fait que reconduire la spoliation financière d’une France coupable d’une ingratitude que tous ses anciens colonisés lui reprochent aujourd’hui à juste titre. C’est ce que nous examinerons la semaine prochaine.

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Tribulations présidentielles

2EME PARTIE : A L’OMBRE D’UNE EBLOUISSANTE MODESTIE

Nous avions vu la semaine dernière deux pêchés capitaux auxquels le Chef de l’État a succombé dans l’interview accordée à l’hebdomadaire Jeune Afrique/L’Intelligent et publié sur son site Internet. Pour n’avoir pas eu trop à se plaindre de sa situation personnelle avant le 27 juin 1977, il a proféré une diffamation collective contre Afar et Issa en prétendant que ces deux groupes avaient été tout à tour favorisés par la puissance coloniale : il a pris son cas pour une généralité. Pour n’avoir apporté aucune contribution positive à la lutte indépendantiste, il s’est également crû obligé de salir la mémoire de tous les martyrs en osant affirmer que les Issa avaient revendiqué leur place après le 27 juin 1977 pour avoir lutté, comme si les autres communautés n’avaient fait que collaborer avec la puissance coloniale. Et que les déséquilibres ethniques seraient consécutifs à la collaboration des uns et à la résistance des autres : si c’est ainsi qu’il conçoit la construction de l’identité djiboutienne, il se trompe lourdement. Car tous nos compatriotes savent pertinemment que l’Indépendance n’a pas été acquise sur les hauteurs de Diré-Dawa ou grâce à une quelconque lutte armée menée de l’extérieur, mais par la mobilisation de tous les habitants du TFAI, sans aucune distinction d’origine. Cette semaine, nous examinerons la seconde et dernière partie de ce verbiage.

On le sait, la culture, c’est comme la confiture : moins on en a, plus on l’étale. Avec la dernière interview présidentielle, il est plus que jamais établi qu’il en est de même pour la modestie : moins on en a, plus on l’invoque. Justement, en parlant du culture, on ne peut s’empêcher de penser à cet animateur de jeu télévisé qui, pour briser un peu l’anonymat des candidats, dresse de chacun d’eux un petit portrait psychologique : boulot, hobby, traits de caractère, etc. La presse écrite politique se voulant nettement plus sérieuse, succombe pourtant à cette prétention du profiler.

Chez Jeune Afrique/l’Intelligent, on commence d’abord par planter le décor de la comédie : « le Chef de l’Etat djiboutien a reçu J.A.I dans son - modeste – palais ». Or, l’amnésie arrangeant beaucoup de choses, le journaliste oublie ce que son propre journal écrivait durant la campagne électorale de 1999 à propos de ce palais qui est tout sauf modeste. A la question de savoir comment il avait réussi à se l’offrir, le candidat de la succession avait alors tranquillement répondu que c’était là un modeste cadeau de l’Etat djiboutien reconnaissant, pour l’immense travail d’Hercule qu’il avait accompli en sa qualité de chef de cabinet de la Présidence. Des centaines de millions FD rien que pour la construction, ce n’était apparemment pas cher payer ses services qui n’ont pourtant pas évité un conflit civil : plus d’un mois de salaire de tous les agents civils et militaires, fonctionnaires et conventionnés réunis, pour loger un seul individu, sans même parler de l’ameublement dont il est permis de supposer qu’il ne souffre aucune faute de goût. Si modestie il y a, c’est certainement dans les propos du journaliste qui, à notre humble avis, aurait pu poser au moins une question à son appréciation hâtive : est-il vrai que ce modeste palais construit avec le denier public est aujourd’hui une propriété privée pour la location de laquelle le Budget de l’Etat débourse mensuellement plus d’un million FD ?

Après ce décor, ledit journaliste tend au citoyen-président une question style Ecole des fans : « Être président, cela vous plaît ? » La réponse est digne de figurer dans tous les manuels du parfait despote médiatique : « Pas tant que vous le croyez. Je suis un homme modeste, j’aime rester dans mon coin, je préfère l’ombre à la lumière. Je m’efforce de rester très proche des Djiboutiens. Je lis chaque jour moi-même, sans aucune censure préalable, les dizaines de lettres que m’envoient mes compatriotes. Chaque week-end, je visite les villages les plus reculés, là où même les 4x4 ne passent pas. Je n’aime ni l’argent ; ni les dépenses ostentatoires. Je suis quelqu’un d’heureux et de bien dans sa peau. Un citoyen devenu président. » N’en jetez plus ! Préférer l’ombre à la lumière ? Nous le lui concédons aisément, si l’on considère que son régime est fondé sur l’obscurantisme divisionniste et la distribution gratuite de khat même hors saison électorale. Des dizaines de lettres ? Seulement ? On aurait pensé plus. Qu’il les lise ? Peut-être, en tout cas, il a pris bien soin de ne pas préciser s’il y répondait. Certainement pas à toutes, sinon l’injustice de son régime aurait nettement diminué. Qu’il n’aime ni argent ni dépenses ostentatoires ? Rien n’est moins sûr ! D’une part parce que l’opacité dans la gestion des deniers publics a pris avec lui les dimensions d’une catastrophe nationale, surtout avec les privatisations de la gestion du Port et de l’Aéroport, dont on aimerait bien lire les contrats de concession. D’autre part, parce que la coupe approximative de certains de ses vêtements semble indiquer que son tailor is not rich, ses proches souffrent d’un penchant indéniable pour lesdites dépenses ostentatoires. A tel point que, pour ne prendre que cet exemple, il est arrivé à son Boeing personnel (à moins qu’il relève du droit privé) d’être réquisitionné pour convoyer les illustres invités d’un mariage se déroulant dans la Capitale éthiopienne. Dépenses ostentatoires qui ont provoqué un gouffre financier si vertigineux que même les experts de l’austère FMI n’ont pas manqué de s’indigner de cette irresponsabilité en décembre 2003. C’est d’ailleurs un des principaux constats de la mauvaise gouvernance djiboutienne et le véritable motif de conflit entre cette institution financière internationale et le régime présidentiel RPP.

Au demeurant, le plus bref coup d’œil au Budget de l’Etat suffit à donner la mesure (ou plutôt la démesure) des sommes astronomiques affectées au chapitre Présidence, mais bon, si le journaliste veut bien le croire sur parole, on ne peut pas en vouloir à un invité d’indisposer son hôte.

Pour ce qui est des espérances présidentielles pour l’année à venir, c’est aller bien vite en besogne que de se croire déjà réélu, même si la machine à frauder est en place : personne ne croit sérieusement qu’une catastrophe nationale puisse être reconductible.

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