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Éditorial
APRÈS LE VATICAN, VOICI LE NÉANT :
LES AMBASSADEURS SURNUMÉRAIRES
DE LA MAUVAISE GOUVERNANCE
On savait depuis longtemps que la
rigueur administrative a été mise aux abonnés absents par
ce régime, surtout avec l’actuel mandat présidentiel. Même
le ministère des Affaires Étrangères, normalement vitrine
internationale du pays et de son régime politique,
n’échappe à ce laisser-aller généralisé et
institutionnalisé. Il y a belle lurette que la promotion
ne respecte plus les procédures d’ancienneté normalement
en vigueur dans toute administration digne de ce nom de
par le monde.
On savait, par exemple, qu’aucun
Ministre des Affaires Étrangères n’oserait jamais demander
des comptes sur le fonctionnement de notre ambassade à
Washington dirigée, comme nul ne l’ignore, par un proche
cousin du Chef de l’État, ancien commerçant éthiopien. On
sait également qu’en violation de toutes les pratiques
internationalement admises en ce domaine, il ne viendra
jamais à l’idée du Chef de l’Etat de muter ce cousin dans
une autre ambassade et cette caricature de représentation
a un nom : c’est la diplomatie du doyen !
On sait dorénavant que le Chef de
l’État, plutôt que de laisser de département ministériel
librement s’administrer, y injecte également ses propres
préoccupations : celles d’un despote distribuant postes et
avantages à ses courtisans les plus dynamiques, en termes
de propagande bien entendu. Preuve qu’il n’attend
absolument aucun rendement de ses chancelleries, il avait
créé et offert en 2002 à l’ancien Premier ministre à titre
de compensation, une fantomatique ambassade de Djibouti
auprès du Vatican qui n’existe que sur le papier et dans
le Budget du ministère des Affaires Étrangères. Ridicule ?
Connais pas ! Mais, chacun admettra facilement que son
ancien Premier ministre peut normalement vivre sa dévotion
partisane à Djibouti sans exiger une affectation fictive
auprès de Sa Sainteté le pape.
Depuis la semaine dernière, une
nouvelle étape vient d’être franchie dans le ridicule
d’État, tare très largement répandue dans la plupart des
démocraties d’opérette. Ainsi vient d’être nommé un
Ambassadeur tout court, officiellement auprès du Ministre
des Affaires Étrangères, mais en fait auprès de la
Présidence, itinérant, volant, en un mot nomade. Pourtant,
notre ambassade à Addis-Abeba, doit bientôt se séparer de
son chef de poste, cet ambassadeur étant formellement à la
retraite bien avant sa nomination, en tout cas sur le
papier. Comme quoi, quand le Chef de l’État veut faire
plaisir, rien ne l’arrête, pas même la loi.
Malheureusement, toute nouveauté n’est
pas nécessairement productive : à part peut-être désigner
un ambassadeur itinérant, extraordinaire et
plénipotentiaire auprès des conférences somaliennes de
réconciliation (auquel cas les diplomates djiboutiens
nomadisant entre Mogadiscio et Nairobi seraient
dépossédés), on voit mal à quoi peut bien servir un
ambassadeur sans affectation avec résidence au Plateau du
Serpent. Surtout que ledit promu avait été éjecté il n’y a
pas si longtemps de la direction du Fonds Social de
Solidarité (organisme dépendant de la Primature et
spécialisé dit-on sérieusement dans le micro crédit) :
n’aurait-il pas été plus judicieux de placer cet expert
des finances auprès d’une quelconque institution
financière internationale ? Mais les mauvaises langues
diront que ces postes, comme ceux des Finances, sont des
aires de pâturage réservées à certains. Ce qui signifie
que, loin d’être aléatoire, la figuration politique ou
partisane, intelligente ou stupide, a elle aussi son
domaine exclusif : on s’en doutait passablement.
Chercher une explication rationnelle à
l’invention d’un poste d’ambassadeur auprès de la
Présidence relève donc de la quadrature du cercle : en
attendant que notre faculté de comprendre fasse les
progrès qu’exige la complexité du système despotique en
vigueur, il est donc inutile de nous torturer les
méninges.
Contentons-nous alors d’une vérité toute simple : le
Chef de l’État détourne l’État à son seul profit partisan
et se comporte comme un monarque récompensant les plus
momentanément serviables de ses courtisans serviteurs.
Circulez !
Brèves nationales
District d’Arta :
Un Commissaire SDF
Nommé il y a quelques semaines, le
Commissaire de la République, Chef du district d’Arta, qui
n’est autre que l’ancien Directeur de la Population, a été
officiellement installé dans ses fonctions lundi dernier.
Une grande fête militaro-partisane a même été organisée
pour la circonstance dans la Capitale de cette région
décentralisée : bouffe, danses, chants et khat à gogo pour
tout le monde. L’émotion, somme toute normale pour ces
concitoyens comme pour ceux des autres districts, désireux
d’échapper au diktat sectaire de Djibouti-ville, était à
la hauteur de l’illusion.
En effet, preuve que la précipitation
dans sa mise en place est pour le moins suspecte, aucune
ligne du Budget 2004 n’est prévue pour assurer le
fonctionnement des ses institutions ou les investissements
qu’implique son existence, à défaut de développement.
Premier bailleur (privé) national, sans doute la
Présidence y pourvoira-t-elle généreusement ! Pour ce qui
est d’installer ce nouveau Commissaire et son
administration dans leurs locaux, on peut tout juste
regretter que rien n’ait été prévu à ce chapitre : le Chef
de ce district serait pour le moment un Sans Domicile
Fixe, un SDF quoi. Le régime aurait au moins pu faire
semblant, en mettant à sa disposition quelque résidence
désaffectée, il n’en manque pas dans cette villégiature
et, effectivement, il a essayé de faire semblant.
Le problème, c’est que la mauvaise
gouvernance n’ayant aucune origine ni aucune victime
particulière, la villa pressentie, celle d’un ancien
officier français, aurait été confisquée par un dignitaire
du régime. En somme, aucun rendement n’en est pour le
moment attendu : il s’agit juste de semer quelques graines
de discorde entre les composantes de la communauté
nationale : faire croire aux uns qu’on leur donne ce qui a
été confisqué aux autres. C’est peut-être dans ce sens
qu’il convient de comprendre les paroles d’une chanson
diablement rythmée, en vers et en musique, d’un barde
militaro-milicien de l’AND, hurlant en substance : « Je
dors à l’ombre de ce drapeau/ dont les ennemis que j’ai
vaincus/ A ceux qui ne m’ont pas encore compris/ dois-je
redire que cette Terre nous appartient ? »
Le pauvre bougre en pleurait de
sincérité malade. Quand on se souvient qu’à part un petit
écolier tué aux environs de Loyada, la lutte pour
l’Indépendance n’a fait aucune victime de France
métropolitaine, on se de mande qui sont les ennemis
de notre drapeau national contre laquelle cette vigilance
est sollicitée. Cela dit, à la décharge de ce troubadour
en treillis, il se peut qu’avoir travaillé au service de
la propagande totalitaire de Siad Barré laisse des traces
indélébiles et prédispose au fitna, à la guerre civile et
au goût du sang de ses frères et soeurs. Mais, à n’en pas
douter, nos concitoyens de la région décentralisée d’Arta
savent mieux que quiconque que la terre djiboutienne
appartient à toutes ses filles et à tous ses fils : seul
un père indigne ose ainsi diviser des frères et des sœurs.
Opération coup de poing à Arhiba :
L’UJA n’existe pas ?
L’un des problèmes majeurs des fausses
démocraties comme celle de Djibouti dans laquelle le droit
au travail est inégalement réparti en fonction de certains
critères peu orthodoxes, faire croire que le projet de
Doralé est le nouvel Eldorado suscite déjà beaucoup de
légitimes espérances. Ainsi, au soir de l’inauguration
officielle de Djibouti Free Zone, des jeunes du quartier
d’Arhiba, essentiellement regroupés au sein de l’Union des
Jeunes d’Arhiba, pratiquement tous chômeurs, ont
bruyamment manifesté leur mécontentement, en demandant une
plus grande justice sociale dans l’accès au travail. Bref,
rien que du social, normalement dada du Chef de l’État.
Rappelons que cette association avait écrit une lettre
ouverte à la Première Dame, que nous avions courtoisement
publiée, dans laquelle elle lui demandait une entrevue,
dénonçant la corruption des responsables RPP de leur
quartier, pris en flagrant délit de détournement des aides
alimentaires. Ils n’en ont pas l’exclusivité, dira-t-on.
Au lieu de prendre leurs doléances en considération, la
Première Dame les a maladroitement ignorés, telle une
rombière effarouchée.
Revendiquer étant interdit pour un
régime qui ne fonctionne qu’à la mendicité, c’est la
méthode musclée qui a été choisie. Six de ces jeunes
furent alors arrêtés lundi soir, apparemment pour
intimider ce mouvement de revendication pacifique. Un de
nos militants, de santé fragile et qui dormait à
l’intérieur de notre annexe, a également été raflé sans
aucune raison, peut-être une manière de nous faire
comprendre que la démocratie a des limites : message reçu.
Quand on n’a plus rien à perdre, ce genre de provocation
appelle plutôt une réponse à sa hauteur. C’est ainsi que,
mardi matin, de violentes échauffourées ont opposé forces
de l’ordre, qui ont jeté des dizaines de grenades
lacrymogènes dans les demeures, indisposant de nombreux
enfants en bas âge, et manifestants exigeant la libération
des prisonniers.
Ce régime se comporte exactement comme
les singes de nos brousses : faire peur pour reculer à la
moindre résistance. Nous exigeons que ces jeunes soient
immédiatement relâchés, uniquement coupables de demander
du travail : qu’ils persévèrent dans leurs justes
revendications et dans leur combat contre les corrompus
RPP de leur quartier. Enfin, pitoyable spectacle d’un
régime dont les différents gangs se rejetaient la
responsabilité de cette inutile répression : le pauvre
Premier ministre semble avoir de plus en plus d’ennemis
dans son proche entourage politique.
Le RPP a des militants à Obock :
Ils dansent même dans l’obscurité
« Ventre plein, nègre content »
disait il y a déjà bien longtemps l’adage du petit Blanc
civilisateur. Ce qu’il ignore peut-être, entre deux
sanglots dépités de sa mauvaise conscience, c’est que les
anciens colonisés mélanodermes ont depuis fait beaucoup de
« progrès » dans leurs danses politico-pavloviennes. Il
leur arrive même de plus en plus souvent de danser et
d’être contents le ventre vide : la preuve vient d’en être
magistralement assénée par les militantes et les militants
RPP de la ville d’Obock. Ces zélés seraient déjà en train
d’activement répéter dans le cadre de la préparation des
festivités du 27 juin : de véritables lièvres partisans !
Sans électricité ni eau courante, avec une population
active qui se compte sur les doigts d’une seule main, hors
effectifs policiers et militaires, ces partisans trouvent
encore prétexte à parader nuitamment pour mieux peaufiner
leurs défilés et gesticulations ce jour-là.
Qui a dit que le maître existe parce
que l’esclave est quelque part consentant ? Avant la
Réhabilitation matérielle de cette zone durement détruite
lors du conflit civil, c’est peut-être la dignité qu’il
faudrait d’abord réhabiliter, dont seule l’absence
autorise ce coupable oubli… il est vrai aidé par quelques
kilos de khat généreusement et quotidiennement offerts.
Plante verte dont chacun sait combien elle coupe la faim
et donne une impression de ventre plein : ceci expliquant
peut-être cela...
Rétrospective du vide :
Les limites de « Gros Plan »
Pour meubler une sorte d’intersaison,
et peut-être fatiguée par les innombrables voyages
intercontinentaux effectués dans la cadre de l’affaire
Borrel, côté disculpation de certains responsables
djiboutiens, l’émission « Gros Plan » a décidé de
souffler un peu, sans toutefois abandonner le
téléspectateur dans un implacable désert culturel. Ainsi
est proposée une rétrospective des meilleurs moments, la
sélection relevant bien évidemment du libre choix de la
RTD, enfin, de ses commanditaires de la propagande
officielle. Des déboires de Mogadiscio, au mirage d’Il
Jano, en passant par le retour programmé d’anciens
travailleurs immigrés « clandestins », ce sont des sujets
doublement décontextualisés, par rapport à leur genèse et
à l’actualité immédiate, qui sont assénés au
téléspectateur. C’est dommage car, avec un minimum de
sérieux et d’indépendance, il y aurait eu beaucoup à faire
et à dire. Grâce au recul historique, il aurait été
intéressant de confronter ses actions gouvernementales
avec les réalités actuelles pour en mesurer le succès ou
pour en comprendre les échecs.
Le problème, c’est que la posture de
servilité journalistique interdit le véritable débat
d’idées : si le présentateur de « Gros Plan » était
autorisé à inviter des représentants de toute la presse
nationale pour commenter l’actualité du pays, les
téléspectateurs auraient réellement apprécié une telle
confrontation des points de vue dans un pays où, à y bien
regarder, il n’existe aucune presse indépendante, la
publique n’étant qu’une honteuse partisane nuisant
fortement à l’instauration d’une véritable démocratie. Au
lieu de cela, il est malheureusement condamné, souvent
sans trop y croire lui-même à moins de le soupçonner de
connivence idéologique avec ses commissaires politiques, à
recueillir les propos feutrés de responsables politiques
ou administratifs auxquels est conférée la liberté de
délirer sans être contredits par une réalité que nul
n’ignore.
La fin du monopole de la RTD ?
Le miracle de l’illégalité
Les conditions dans lesquelles
naissent, vivent et meurent les sociétés commerciales en
disent parfois long sur l’état réel d’un Etat de droit,
fiction ou réalité en fonction de l’effectivité et de
l’impartialité des règles. Ainsi, le journal
gouvernemental « La Nation »nous apprend, dans son
édition du lundi 24 mai 2004, qu’une société
d’audiovisuelle vient de se créer en République de
Djibouti.
En voici le texte intégral : «
CREATION DE SOCIETE. SARL « Horn Of africa & TV (Hart).
Aux termes d’un acte authentique de constitution de
société établi par Maître Mourad Farah , Notaire à
Djibouti, , le 23 mai 2004, il a été constitué une Société
à Responsabilité Limitée dénommée SARL « Horn Of Africa &
Radio TV (Hart) ayant pour objet : la production, la
diffusion par voie radio, télévision payante et toutes
autres activités d’informations de communication et
d’annonces y afférentes.
La durée de la société est fixée à 99
ans.
Le capital de la Société est fixé à la
somme de cinq millions trois cent vingt cinq mille francs
djibouti (5.325.000 FD) divisé en 100 parts de cinquante
trois mille deux cent cinquante francs djibouti chacune
entièrement libérées entre les associés en proportion de
leurs apports respectifs.
Le gérant de la Société est : Monsieur
Saad Ahmed Cheik.»
Une nouvelle radiotélévision à Djibouti
? C’est en soi une révolution, dans un univers médiatique
tristement encombré et monopolisé par la RTD, alors que
dans les plus pauvres des États du monde, Haïti ou le
Burkina Faso, il existe des dizaines de radios libres. Une
question se pose alors : qu’est ce qui a, jusqu’à présent,
empêché une radio libre ou une station de télévision
privée de s’installer en République de Djibouti ? La
réponse en est simple. Le fonctionnement de l’univers
médiatique est ici régi par les dispositions de la loi
relative à la liberté de communication de septembre 1992,
qui prévoit en son article 45 :
« La communication audiovisuelle est
libre.
Toutefois, la création et
l’exploitation d’une société de production audiovisuelle
est subordonnée à l’obtention d’une licence.
Les conditions et les modalités
d’attribution et d’utilisation de la licence prévue à
l’alinéa 2 sont fixées par voie réglementaire après avis
motivé de la Commission nationale de la Communication.
»
En clair, s’il était jusqu’à présent
impossible de créer une société de production
audiovisuelle, c’est parce que, depuis septembre 1992 ; la
fameuse Commission nationale de la Communication, devant
accorder la licence d’exploitation, n’a jamais été
instituée. Mais, est-ce à dire que ladite Commission
existe et s’est un jour réunie pour donner son avis motivé
et positif en l’occurrence ? Non. A notre humble et
vigilante connaissance, elle n’a jamais été mise en place,
ni hier ni aujourd’hui : il n’existe officiellement aucune
Commission nationale de la Communication. Si elle avait
réellement été instituée, cela se saurait et, justement,
la RTD et « La Nation » en auraient parlé. Dans ce
cas, sur quelle légalité le notaire s’est-il fondé pour
créer la société Hart ? A notre connaissance aucune. Il
suffit donc que le régime veuille pour qu’ici cela
advienne. La légalité est décidément un concept à
géométrie variable sous nos cieux. Mais nul ne l’ignorait
: pourquoi le courrier adressé par l’Association
Djiboutienne des Journalistes Indépendants (ADJI ) en ce
sens n’a-t-il jamais trouvé réponse de la part du
ministère concerné ?
Armée de développement :
C’est GI, en non pas AND
Le Vénérable Mao doit s’en retourner dans sa tombe, lui
qui croyait aux vertus du réalisme : l’un des tours de
force des despotismes postcoloniaux, c’est de banaliser la
grossièreté, au point de lui conférer une normalité qui,
ailleurs, relèverait de la pathologie. C’est ainsi que la
presse gouvernementale rend périodiquement compte d’une
générosité extérieure qui n’aurait même pas dû exister si
le système politique djiboutien fonctionnait correctement.
Sans nullement minimiser la portée symbolique et réelle du
geste, c’est avec une peine certaine que nos concitoyens
ont appris que l’armée américaine avait réhabilité l’école
primaire du village de Douda. Solliciter le soutien de la
plus grande puissance mondiale juste pour la réfection
d’une seule école : il n’y a, à notre connaissance, que la
mauvaise gouvernance institutionnalisée de Djibouti pour
être capable d’un tel ridicule pour une somme aussi
dérisoire.
Certes, le Président de la République coûte cher aux
contribuables djiboutiens, avec ses innombrables voyages
intercontinentaux et son obsessionnelle sécurité, mais de
là à prétendre que les caisses du Trésor Public manquent à
ce point de liquidités, c’est grave et honteux !
Sans chercher à quantifier la générosité d’hommes venus
du froid Wyoming et qui suent sur notre désertique bout de
terre, alors que danse et chante sans vergogne telle
troupe militaro-artistique, il faut souligner que cette
réfection, très bien réalisée au demeurant parce que les
factures n’étaient pas gonflées par le régime, n’a coûté
que la modique somme de 35.000 dollars, ce qui représente
environ 6.220.000 FD (six millions deux cent vingt mille).
C’est nettement moins que le plus modeste des véhicules
4x4 immatriculés A, B, C ou autres qui encombrent
inutilement les ruelles certes mal entretenues de notre
Capitale, devenue dépotoir à ciel ouvert à cause de ce
régime.
Mais, preuve que la faute est du côté de ce régime
prédateur et que la coopération américaine ne s’arrête pas
à ces chiffres lilliputiens, l’on apprend avec
satisfaction que « Les États-unis ont récemment démarré
un programme de santé de 9 millions de dollars à Djibouti
» et dont l’objectif est « d’augmenter les soins pour
la santé des citoyens Djiboutiens et d’élargir la
formation des professionnels de la santé». Le fait que
la mise en œuvre de ce programme ait été confiée à la «
John Snow Inc. une compagnie (…) qui possède une solide
expérience en gestion des projets dans des pays comme le
Kenya, l’Éthiopie et le Sud Soudan » n’en est que plus
rassurant : on ne tient jamais trop à l’écart un régime
qui sabote ses propres professionnels de la Santé et
sacrifie celle de ses concitoyens. Tant mieux pour le
rendement de la générosité internationale
Pour avoir refusé de ramper
Quels postes pour
les cadres du Frud-armé ? (1ère partie)
« Cependant, Dini déchante car sa
principale revendication de placer en tant que Secrétaire
Général de la Chambre de Commerce ne trouve pas l’écho
escompté. Grâce à la bonne gouvernance, le Gouvernement ne
peut pas accéder à sa demande parce que l’institution qui
fait l’objet des spéculations de cet aïeul appartient aux
commerçants nationaux et que nul ne peut transgresser.
» Dans le style médiocre qui n’appartient qu’à certaines
plumes réquisitionnées par et à la Présidence, un courrier
de lecteur dont l’origine ne trompe personne puisque
publié dans l’organe de presse du parti présidentiel, a
officiellement mis sur la place publique le problème de la
réintégration des cadres du FRUD-armé. Parce nous sommes
intimement convaincus que le Chef de l’Etat se cache
derrière ce courrier, et beaucoup d’autres coups bas
d’ailleurs, nous allons présenter l’ensemble des pièces de
ce dossier qui n’est, en fin de compte, que la plus
mesquine de toutes les violations. Par définition, on
n’attend aucun miracle d’une personne réputée mesquine :
ce problème disparaîtra lorsque tombera ce régime.
Ainsi donc, les cadres du FRUD-armé
n’auraient pas été réintégrés parce qu’ils auraient
formulé des exigences délirantes que le gouvernement, dans
le respect de la bonne gouvernance qui le caractérise sans
rire, ne pouvait tolérer. C’est, toute honte bue,
l’explication que donne un courrier de lecteur paru dans «
Le Progrès » du 30 mai 2004. On peut se demander comment
l’organe officiel d’une partie signataire d’un accord de
paix peut autoriser des initiales (Y.A.C en l’occurrence)
à porter jugement aussi péremptoire sur ce qui, juste qu’à
preuve du contraire, constitue une pierre d’achoppement au
processus de paix. On ne se le demandera pas : tout ce qui
est publié dans ces organe de presse est parole autorisée,
parfois à dire des âneries.
Aneries accessoirement lorsque « Le
Progrès » tente une bien maladroite manœuvre de diversion
et de division : « Les membres du FRUD ont intégré
toutes les sphères décisionnelles de la vie publique
nationale avec des représentants au Gouvernement, à
l’Assemblée Nationale, à la Fonction publique dont l’un de
ses membres hérite le poste qui attire toute la famille
Dini, le chef de cabinet du Président de la République et
j’en passe.. » apprend-on. Pour que le lecteur
nous pardonne de l’obliger à lire un texte si mal écrit,
voici ce qu’il faut en comprendre : le FRUD d’Aba’a a vu
ses membres intégrés partout, même un des leurs détient le
poste de Chef de Cabinet de la Présidence que la famille
Dini recherche désespérément. Pour ne pas faire double
emploi, il ne nous appartient pas aujourd’hui de juger ce
qu’il n’y a plus lieu de juger. Pour ce qui est du poste
de Chef de Cabinet de la Présidence, l’intéressé sait
évidemment que nul d’entre nous n’a jamais voulu le
remplacer : lui-même se respecte trop pour cautionner une
telle bêtise. La raison en bien simple : pour rester
polis, disons juste que nous n’avons pas les dispositions
psychologiques requises pour fréquenter une telle faune,
où le plus petit sac de riz déversé par la générosité
internationale se voit détourné sans vergogne ! Nous,
travailler à la Présidence ? : non merci, pour rien au
monde avec ses actuels squatters.
Tout aussi accessoirement, et le
lecteur nous pardonnera une fois encore cette littérature
de caniveau, le régime dévoile enfin sa véritable
appréciation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 : «
Alors que l’accord de paix du 12 mai 2001 ne représente
que la réhabilitation de cet aïeul dont ses hôtes d’hier
qualifient de persona non grata, afin de lui faire plaisir
et de récolter ses flagorneries preuve de sa satisfaction
suprême, qui feront date » nous illumine-t-on. En
s’engageant solennellement ce jour-là au Palais du Peuple
en compagnie du « réhabilité » décoré au passage, c’est
donc le Chef de l’État qui a menti au Peuple en soulignant
l’importance historique de la paix ainsi instaurée. En
fait, pour bien en comprendre la portée, il suffit juste
de se rappeler l’origine de ce déchaînement de haine et de
mauvais français : l’affaire Borrel ! Insulter la paix
chez soi parce que l’on est en indélicatesse ailleurs,
c’est vraiment se tromper de priorité : l’inévitable
sanction viendra du Peuple djiboutien ainsi méprisé par ce
régime qui donne de plus en plus à penser qu’il a des
choses à se reprocher. Ce qui n’étonnera personne.
Mais quand il prétend que les exigences
du FRUD-armé relativement à la réintégration de ses cadres
n’ont pas été satisfaites à cause de leur démesure,
certaines précisions s’imposent, sans insister outre
mesure sur les situations enviables que lesdits cadres ont
abandonnées pour rejoindre le maquis, et sans insister
outre mesure sur les sacrifices qu’ils sont encore
disposés à consentir…
Pour le détail, il convient de savoir
que l’Accord du 12 mai 2001 ne précise aucune poste
particulier à occuper : tout juste parle-t-il d’un
nécessaire rééquilibrage d’une manière générale, et de la
réintégration préalable de tous ceux qui occupaient une
fonction avant le conflit. C’est ainsi que la décision
n°2002-0167/PR/MESN du 20 février 2002 fut prise relative
à leur recrutement au lieu de la réintégration prévue et
leur accordant des valeurs indiciaires totalement
farfelues. C’est également sur la base de cette décision
que quatre mois de salaire sans aucune bonification leur
furent versée, de janvier à avril 2002. Avec les mois de
retard que connaissaient tous les agents de l’Etat, le
dernier mois de salaire leur a été versée en septembre
2002. Dans le courant de cette année-là, le FRUD-armé a
saisi à plusieurs reprises le gouvernement pour qu’il
revoit sa copie. C’est ainsi que, par une correspondance
en date du 24 février 2002, M. Dini a saisi le Président
de la République en ces termes :
Excellence,
Me basant sur l’Article 6 de l’Accord
de Paris et l’Article 24 de l’Accord du 12 mai, qui
stipulent que les parties signataires conduiront de
concert l’application stricte et honnête de leur contenu,
j’ai l’honneur de vous saisir dans ce cadre au sujet de la
réintégration des membres du FRUD, prévue par l’Article 5
de l’Accord du 7 février et par l’Article 6 de l’Accord du
12 mai.
En effet, l’Accord-cadre du 7 février
2000 stipule que « les membres, cadres, militants et
combattants du FRUD qui occupaient une fonction
professionnelle avant le conflit seront réintégrés dans
leur administration, établissement, service ou entreprise.
Les autres membres du FRUD seront intégrés dans des
fonctions civiles ou militaires adéquates. »
En son point b, l’Article 6 de l’Accord
de Paix du 12 mai 2001 stipule que « Tout ancien
fonctionnaire ou conventionné appartenant au FRUD-armé
sera réhabilité et réintégré dans son droit. »
La décision n° 2002-0167/PR/MESN du 20 février 2002 qui
vise ces accords n’en respecte ni l’esprit, ni la lettre
et ne respecte encore moins les droits des
intéressés concernés par cette décision. En outre, elle
fait référence à la lettre n° 1235/PM du 18 décembre 2001
du Premier ministre dont elle ne respecte pas le contenu
pour ce qui concerne la date d’affectation.
En dehors de toutes ses incohérences
administratives, il ressort de cette décision que :
1) au lieu de la réintégration prévue
par les accords, c’est un simple recrutement qui a été
retenu, faisant fi en cela de l’ancienneté et des droits
acquis ;
2) une discrimination a été instaurée
entre les membres officiels du FRUD pour lesquels nous
avions demandé la même classification. Si cette
discrimination est la conséquence de la prise en compte du
niveau de formation de chacun, ce critère ne semble pas
avoir été retenu lors des recrutements de 1995 : il y a
donc deux poids, deux mesures, ce à quoi il conviendrait
de remédier.
C’est pourquoi je vous serais
reconnaissant, Excellence, de bien vouloir faire respecter
par l’administration dans cette affaire les stipulations
des accords intervenus entre nous. De même, il
conviendrait que soit respectée la lettre du Premier
ministre en procédant à la réintégration de ceux qui ont
occupé des fonctions avant le conflit, au lieu du
recrutement actuel, ceci en prenant comme date de prise
d’effet le mois de juin 2001, comme proposé par le Premier
ministre et en les classant à un même indice convenable,
sans chercher à rabaisser et léser ceux dont la situation
était supérieure il y a plus de dix ans à ce que leur
propose aujourd’hui l’administration. En conséquence, il y
a lieu de modifier cette décision en prenant en
considération tous ces éléments.
Dans cette attente, je vous prie de
croire, Excellence, à l’assurance de ma haute
considération. »
Avec la courtoisie légendaire qui le
caractérise, le Chef de l’État n’a pas daigné répondre :
dommage car il aurait pu ainsi expliquer en quoi le
Secrétariat Général de la Chambre de Commerce a été
exigée. Quoi qu’il en soit, en préférant accorder le
bénéfice de l’incompétence avant de soupçonner la mauvaise
foi, une autre correspondance a été adressée le 4 mai 2002
par M. Dini au Premier ministre, rappelant entre autre sa
lettre de ce dernier du 30 avril 2002. En voici le contenu
:
« Excellence,
Par courrier citée en référence, vous
avez bien voulu me transmettre une correspondance de votre
ministre de l’Emploi relative au réexamen de la grille
indiciaire attribuée aux cadres du FRUD-armé en voie de
réintégration. Il ressort de l’analyse que l’argumentaire
développé par ce ministère est loin de nous convaincre et
ne dissipe pas le sentiment de discrimination et
d’arbitraire. Discrimination car nous avions demandé qu’un
même traitement soit accordé à tous nos cadres, ce qui na
pas été retenu, pour des raisons qui ne sont pas
justifiées. Arbitraire car la règle, imposée par le
Programme d’Ajustement Structurel ne s’applique, par
définition, qu’à des fonctionnaires et ne concerne pas
notre procédure de réintégration, comme elle n’a pas été
évoquée lors des intégrations de 1995. Les informations
fournies par le ministère de l’Emploi pour justifier la
décision administrative de réintégration des cadres du
FRUD-armé sont soit superflues, soit incomplètes.
1) superflues car nous n’avons jamais
évoqué la question des indemnités de fonction : la stricte
application des textes réglementaires en vigueur suffit en
la matière. Mais il faut au préalable avoir été réintégré
dans des conditions adéquates, ce qui n’est pas encore le
cas un an après la signature de l’Accord de Paix. Ce qui
signifie que nous sommes en présence de réintégrations
effectuées sur la base d’un accord politique dont nous
soulignons ce que nous pensons être les conditions
adéquates d’application.
2) Incomplètes car il manque au tableau dressé par ce
ministère une colonne essentielle : celle de la valeur
indiciaire dont bénéficiaient avant le conflit les cadres
du FRUD-Aba’a, intégrée en 1995. C’est uniquement ainsi
que la comparaison est pertinente. Elle montre clairement
qu’il y a bien deux poids, deux mesures : promotion pour
les premiers, stagnation, voire recul pour les seconds.
Comment expliquer qu’un conventionné classé à l’échelle 3A
(salaire de base de 59.000FD) soit recruté à l’indice 1550
(salaire de base de 180.000 FD) alors que qu’un cadre
recruté à l’indice 1400 et ayant travaillé 4 années se
retrouve aujourd’hui à l’indice 1550 ?
En second lieu, le simple recrutement
prive de toute possibilité de prétendre à la retraite :
s’il n’aurait pas été sérieux de demander pour nos cadres
les salaires correspondant à la période du maquis (dix
ans), il est anormal de les priver, par cette procédure de
simple recrutement, de toute possibilité de prétendre à
une pension de retraite.
Enfin, la question essentielle de la
date de prise d’effet n’a pas été évoquée par le courrier
du ministre en question : comme proposé par votre
Excellence et convenu entre les deux parties dès la
signature de l’Accord de Paix du 12 mai, il nous semble
normal de retenir le mois de juin 2001 pour date de
réintégration.
Au total, la décision du ministère de
l’Emploi est injustifiée et il ne nous est pas possible
d’accepter ses dispositions ainsi que l’arbitraire sur
lequel elles reposent.
Je vous prie de croire, Excellence, à
l’assurance de ma haute considération.»
Malheureusement plus prompt à répondre
lorsque la correspondance ne lui est pas directement
adressée, le Premier ministre a, comme son patron, préféré
s’inscrire aux abonnés absents.
Pour ne pas désespérer de la nature humaine de la faune
au pouvoir, une dernière tentative a été effectuée sur
insistance de M. Dini, alors que les cadres de notre
organisation voulaient définitivement mettre fin à ce
dialogue de sourds en envisager d’autres perspectives.
C’est ainsi que chaque cadre concerné a adressé le 23
novembre 2002 à son ministre de tutelle une lettre-type
rédigée comme suit :
« Monsieur le Ministre,
En ma qualité de cadre du FRUD-armé
ayant quitté son emploi dans le cadre du conflit civil,
j’ai été réintégré en application du point b de l’article
6 de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Vous voudrez bien
trouver ci-joint copie de la décision s’y rapportant,
publiée dans le Journal Officiel. Contrairement à toutes
les règles administratives généralement en vigueur, cette
décision ne m’a jamais été notifiée ; tout juste ai-je
appris par d’autres voies que le traitement correspondant
à la valeur indiciaire qui m’a été unilatéralement
attribuée était mis à ma disposition au Trésor Public.
Après un versement de quatre mois de salaire, une décision
sans justificatif ni convocation préalable a procédé à la
suspension de mon traitement.
Aussi, aux fins de régulariser ma
situation, je vous prie de bien vouloir me notifier, par
retour de courrier, mon affectation précise ainsi que la
date de ma prise de fonction.
De même, je vous saurais gré de bien
vouloir saisir qui de droit afin que soit mis fin à cette
suspension abusive de mon traitement.
Dans cette attente, je vous prie de
croire, Monsieur le Ministre, à l’assurance de ma haute
considération. ».
Comme leur patron et leur demi-patron,
aucun des Ministres concernés n’a osé répondre à cette
lettre. Il est vrai qu’entre temps, un nouveau parti
politique venait de naître : l’ARD.
La semaine prochaine, nous verrons comment, après
l’avoir oublié durant deux ans, le régime a ressorti ce
dossier en passant par un chemin peu glorieux.
Le 6 juin des sectaires
DJIB-NET BOUDE LES ANCIENS COMBATTANTS
Alors que les téléspectateurs de FR3,
chaîne publique française que le prestataire Djib-net
propose dans les trois formules de son bouquet numérique,
s’attendaient à passer un agréable jeudi soir en savourant
« Le jour le plus long », qui retrace le débarquement des
forces alliées en Normandie le 6 juin 1944, la
retransmission a été brutalement interrompue, sans autre
forme d’explication. Sans aucune justification technique
non plus. Or, c’est également la mémoire des Djiboutiens
qui se jouait là, non seulement parce que las forces
totalitaires avaient imposé un blocus maritime à Djibouti,
mais aussi au regard des sacrifices du célèbre Bataillon
Somali lors de cette Seconde Guerre Mondiale sur les
champs de bataille français. Que Djib-net ait préféré
ignorer cela, c’est bien regrettable car il y avait là
matière à un débat collectif sur la guerre et la paix,
ailleurs comme ici.
D’une façon quasi-automatique, les
sociétés commerciales proches des régimes peu respectueux
de la libre concurrence sont à l’image de ces régimes.
Pour leur être largement redevables, ces sociétés
commerciales participent avec leurs moyens financiers et
techniques, à la propagande de leurs protecteurs. Pour
être en retour assurées de l’impunité, elles témoignent
également très peu de respect envers leurs clients privés.
Ainsi, il est de notoriété publique que Djib-net, société
de commercialisation de chaînes de télévision par
satellite, n’a aucune raison particulière d’être en froid
avec ce régime, c’est une litote. Quand le Chef de l’Etat
fête quelque chose, Djib-net est de la partie en tient à
ce que ses clients participent au raout en leur offrant,
par exemple, quelques heures de gratuité des quatre canaux
qu’il leur a au préalable illégalement confisqués.
On savait aussi que Djib-net réagissait
à sa manière aux vicissitudes de la politique régionale du
régime : la télévision éthiopienne avait récemment essuyé
les foudres de sa riposte très mal graduée.
Ses clients ont appris, effarés et à
leurs dépens, que Djib-net pouvait également soutenir son
régime quand il s’agit de montrer sa colère aux grandes
puissances de ce monde que sont les Etats-Unis d’Amérique
et la France.
Ainsi, nombreux sont les
téléspectateurs qui, en cette soirée du jeudi 3 juin,
s’étaient préparés à regarder sur FR3 « Le jour le
plus long », chef-d’œuvre du film de guerre retraçant le
débarquement allié du 6 juin 1944 sur les côtes normandes.
Or, exactement lorsque le film allait commencer, Djib-net
a volontairement interrompu la retransmission de FR3
remplacée, au bout d’une heure environ, par la chaîne
thématique Action, spécialisée dans le cinéma.
Pourquoi faut-il parler d’interruption volontaire et
non accidentelle ? C’est qu’après la retransmission d’un
film et demi sur la chaîne Action, la
retransmission des programmes de FR3 a été
normalement rétablie, une fois que « Le jour le plus long
» était fini.
Pourquoi un tel mépris de ses clients,
qui se plaignaient déjà de la déprogrammation abusive de
la chaîne M6, dont Djib-net doit normalement
assurer la retransmission comme cela est stipulé dans le
contrat ? S’agissait-il, à travers ce stupide sabotage, de
montrer à certaines grandes puissances concernées par ce
film le mécontentement du régime djiboutien relativement à
la marche des événements ? On a beau chercher, on ne
trouve rien qui puisse justifier ou expliquer cette
impolitesse de Djib-net. Auquel cas, à qui ce message de
bouderie d’adolescent était-il adressé ?
Peut-être aux Français, dont la gestion
de l’affaire Borrel laisse de plus en plus à désirer.
Peut-être aussi aux Américains que la collaboration
djiboutienne en matière de lutte contre le terrorisme ne
se traduit pas tout à fait par la mansuétude escomptée en
ce qui concerne les violations répétées des Droits de
l’Homme ici, ou les risques réels que le régime fait
courir au pays par sa violation irresponsable de l’Accord
de Paix du 12 mai 2001.
Mais il y a beaucoup plus grave dans
cette mesquinerie de l’impuissant que constitue le
sabotage d’un tel film-culte : à travers son refus
d’autoriser ses clients à regarder « le jour le plus
long », c’est aux sacrifices consentis par nos frères
lors de la Seconde Guerre Mondiale, au sein du célèbre
Bataillon Somali, que Djib-net a manqué de respect. Alors
que même le Chancelier allemand a été invité aux
cérémonies de commémoration du 60ème
anniversaire du débarquement allié, (se souvenir ensemble
pour mieux se pardonner), il est vraiment regrettable que
Djib-net verse dans un honteux révisionnisme en empêchant
de la sorte les Djiboutiens de garder en mémoire
l’héroïsme de ceux des leurs qui, très loin de chez eux,
ont donné leur vie pour une cause qu’ils avaient peut-être
compris mieux que d’autres : la Liberté.
Mais, plus que Djib-net qui n’a manqué de respect
qu’envers ses clients, c’est la RTD qui serait surtout à
blâmer : le devoir de mémoire incombe avant tout au
service public qui doit respect aux citoyens.
***
Nécrologie
Nous avons appris avec tristesse le
décès survenu à Djibouti de Monsieur Ahmed Omar Souleiki.
Né en 1974, le défunt était le frère de notre compagnon
Souleiki Omar Souleiki, président de notre fédération d’Arhiba.
L’ARD et la Rédaction de Réalité
adressent leurs sincères condoléances à toute la famille
d’Ahmed Omar Souleiki. Qu’Allah l’accueille en Son Paradis
Eternel. Amin.
INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN
Entre oubli djiboutien et
spoliation française : le bataillon somali
1ère partie : La genèse des héros
Un grand merci au Président Chirac, qui a vraiment été
convaincant d’humanisme dans son discours prononcé lors de
la cérémonie de célébration du 6 ème
anniversaire du Débarquement allié en Normandie du 6 juin
1944. Les peuples du Tiers-Monde, surtout ceux de
l’ancienne Afrique française qui ont énormément contribué
à la Libération de leur puissance de tutelle lors de cette
Seconde Guerre Mondiale, se sont sentis quelque part
réhabilités, au point de lui pardonner son faux pas de
Tunis quand il s’était livré à un inadmissible relativisme
culturel de la Démocratie selon les latitudes. Par contre,
il n’aurait peut-être pas été inutile de pleinement
associer les Anciens Combattants survivants de cette
Afrique à ce 60ème
anniversaire : nous autres, Djiboutiens, aurions aimé voir
notre Président, quoi que l’on pense de lui ici, figurer
aux côtés d’un Poutine, car pas plus que le Bataillon
Somali, l’Armée Rouge n’avait débarqué en Normandie ce
jour-là. Le problème est certainement dans le peu de
respect que la République de Djibouti accorde elle-même à
ses propres Anciens Combattants : si elle les respectait,
la France les aurait respectés. C’est donc parce ce qu’il
y a un oubli coupable djiboutien qu’il y a une
inadmissible spoliation française, pas seulement en termes
de pension.
L’Histoire offre vraiment de
saisissants raccourcis : à comparer les premiers uniformes
vêtus par nos prédécesseurs qui, au nom d’un idéal
universel, ont combattu le totalitarisme à des milliers de
kilomètres de chez eux et nos actuels militaires de l’AND
se glorifiant en ce même 6 juin (comme par hasard) au nom
d’une inavouable idéologie sectaire, il y a une
regrettable régression dans le respect de notre Histoire
commune et de notre destin commun.
Car, qui ne respecte pas son passé, ne
respecte pas son avenir : à ce tarif, on ne comprend pas
comment les Forces Armées Djiboutiennes, dont la troupe
militaro-artistique donne une si pitoyable image, peut
prétendre « aborder l’avenir avec confiance» alors,
sans même évoquer le tableau de la répartition des
officiers que nous avions dressé, un rapport du
Département d’État américain s’inquiétait déjà des
profonds déséquilibres au sein des forces de défense et de
sécurité. Respecter le passé : la glorieuse contribution
du Bataillon Somali lors des deux Guerres Mondiales, est
unanimement reconnu, sauf ici. Pourquoi ?
Est-ce parce que, comme le notait dans
son « Histoire de Djibouti » Philippe Oberlé «
Le bataillon Somali ne comportait pas de Danakil. Parmi
les Somalis, on comptait davantage de Gadaboursis et d’Issaqs
que d’Issas » ? Les Afar ne risquaient pas d’en faire
partie, eux auxquels tout emploi était officiellement
interdit jusqu’en 1958. Les autres s’engageaient parce que
la France avait deux types de besoins : une main-d’œuvre
pour construire un chemin de fer au bénéfice de l’Éthiopie
chrétienne dont l’Ougas ne voulait pas et une soldatesque
pour réprimer les oppositions intérieures.
Ce qui n’était pas prévu, c’était la
menace totalitaire dont le régime de Vichy, présent à
Djibouti, s’était accommodé, imposant à notre petit
territoire un implacable blocus obligeant nos aînés à
manger même des rats. Comme le rapporte Oberlé, « le
blocus devient total : les Alliés comptent que la famine
viendra à bout de la résistance de Djibouti. On commença à
manger les mulets de l’armée, le chat et les rats. Le
scorbut sévissait l’hôpital était plein » Ce qu’il
faut ici préciser, c’est que lesdits Djiboutiens n’avaient
pas accepté ce régime de Vichy et que le blocus leur a été
injustement imposé.
C’est dans ce contexte que, « le 1 er
janvier 1943, le Détachement des Forces françaises Libres
de la Côte Française des Somalis prend le nom de Bataillon
Somali de Souveraineté ». Au
prix d’un nombre incalculable de morts, ce Bataillon
Somali a apporté une contribution héroïque à la libération
de la France, surtout en Aquitaine. Nos concitoyens qui, «
sous le commandement calme et énergique du chef de
bataillon Bentzman ont, par leur valeur, leur bravoure et
leur opiniâtreté, réussi le 15 avril 1945, le
franchissement de vive force, sous le feu violent et
ajusté de l’ennemi, de la ligne d’eau de Gua, large de
plus de 400 mètres. Par une habile manœuvre, ont fait
tomber les défenses ennemies du pont de Gua. Dans la
journée du 18 avril, ont bousculé l’ennemi sur les fortes
positions d’un fossé antichar et, d’un seul élan, ont
enlevé le village du vieux-Soulac, ainsi que l’ensemble
très fortement bétonné et rigoureusement défendu, des
ouvrages constituant les forteresses ennemies de la pointe
de Grave. Au cours de ces deux journées de combat, ont
fait trois cents prisonniers ».
Courage qui, faut-il le rappeler, a
valu à ce Bataillon Somali les ovations hystériques de la
population bordelaise : cela, seuls les actuels
Djiboutiens semblent aujourd’hui l’ignorer et c’est
malheureux. Lequel Bataillon Somali fut officiellement
dissout le 1 er
août 1945 et ses survivants rapatriés sur Djibouti. A
notre Indépendance le 27 juin 1977, des accords de défense
sont signés avec l’ancienne puissance de tutelle,
reconnaissant des droits inaliénables à ces survivants de
la Seconde Guerre Mondiale. Lesquels furent, pour leur
plus grand malheur et celui de leurs progénitures,
totalement méprisés par le nouveau régime qui s’est
substitué au pouvoir des Blancs.
Quand on voit l’Armée Nationale Djiboutienne se vanter
d’avoir tué des Djiboutiens, souvent civils, dans un
regrettable conflit fratricide, l’oubli auquel ce régime a
condamné nos anciens combattants est tout simplement
inadmissible. Oubli qui ne fait que reconduire la
spoliation financière d’une France coupable d’une
ingratitude que tous ses anciens colonisés lui reprochent
aujourd’hui à juste titre. C’est ce que nous examinerons
la semaine prochaine.
Tribulations
présidentielles 2EME PARTIE : A L’OMBRE
D’UNE EBLOUISSANTE MODESTIE
Nous avions vu la semaine dernière deux
pêchés capitaux auxquels le Chef de l’État a succombé dans
l’interview accordée à l’hebdomadaire Jeune
Afrique/L’Intelligent et publié sur son site Internet.
Pour n’avoir pas eu trop à se plaindre de sa situation
personnelle avant le 27 juin 1977, il a proféré une
diffamation collective contre Afar et Issa en prétendant
que ces deux groupes avaient été tout à tour favorisés par
la puissance coloniale : il a pris son cas pour une
généralité. Pour n’avoir apporté aucune contribution
positive à la lutte indépendantiste, il s’est également
crû obligé de salir la mémoire de tous les martyrs en
osant affirmer que les Issa avaient revendiqué leur place
après le 27 juin 1977 pour avoir lutté, comme si les
autres communautés n’avaient fait que collaborer avec la
puissance coloniale. Et que les déséquilibres ethniques
seraient consécutifs à la collaboration des uns et à la
résistance des autres : si c’est ainsi qu’il conçoit la
construction de l’identité djiboutienne, il se trompe
lourdement. Car tous nos compatriotes savent pertinemment
que l’Indépendance n’a pas été acquise sur les hauteurs de
Diré-Dawa ou grâce à une quelconque lutte armée menée de
l’extérieur, mais par la mobilisation de tous les
habitants du TFAI, sans aucune distinction d’origine.
Cette semaine, nous examinerons la seconde et dernière
partie de ce verbiage.
On le sait, la culture, c’est comme la
confiture : moins on en a, plus on l’étale. Avec la
dernière interview présidentielle, il est plus que jamais
établi qu’il en est de même pour la modestie : moins on en
a, plus on l’invoque. Justement, en parlant du culture, on
ne peut s’empêcher de penser à cet animateur de jeu
télévisé qui, pour briser un peu l’anonymat des candidats,
dresse de chacun d’eux un petit portrait psychologique :
boulot, hobby, traits de caractère, etc. La presse écrite
politique se voulant nettement plus sérieuse, succombe
pourtant à cette prétention du profiler.
Chez Jeune Afrique/l’Intelligent,
on commence d’abord par planter le décor de la comédie : «
le Chef de l’Etat djiboutien a reçu J.A.I dans son -
modeste – palais ». Or, l’amnésie arrangeant beaucoup
de choses, le journaliste oublie ce que son propre journal
écrivait durant la campagne électorale de 1999 à propos de
ce palais qui est tout sauf modeste. A la question de
savoir comment il avait réussi à se l’offrir, le candidat
de la succession avait alors tranquillement répondu que
c’était là un modeste cadeau de l’Etat djiboutien
reconnaissant, pour l’immense travail d’Hercule qu’il
avait accompli en sa qualité de chef de cabinet de la
Présidence. Des centaines de millions FD rien que pour la
construction, ce n’était apparemment pas cher payer ses
services qui n’ont pourtant pas évité un conflit civil :
plus d’un mois de salaire de tous les agents civils et
militaires, fonctionnaires et conventionnés réunis, pour
loger un seul individu, sans même parler de l’ameublement
dont il est permis de supposer qu’il ne souffre aucune
faute de goût. Si modestie il y a, c’est certainement dans
les propos du journaliste qui, à notre humble avis, aurait
pu poser au moins une question à son appréciation hâtive :
est-il vrai que ce modeste palais construit avec le denier
public est aujourd’hui une propriété privée pour la
location de laquelle le Budget de l’Etat débourse
mensuellement plus d’un million FD ?
Après ce décor, ledit journaliste tend au
citoyen-président une question style Ecole des fans : « Être
président, cela vous plaît ? » La réponse est digne de
figurer dans tous les manuels du parfait despote
médiatique : « Pas tant que vous le croyez. Je suis un
homme modeste, j’aime rester dans mon coin, je
préfère l’ombre à la lumière. Je m’efforce de rester très
proche des Djiboutiens. Je lis chaque jour moi-même, sans
aucune censure préalable, les dizaines de lettres que
m’envoient mes compatriotes. Chaque week-end, je visite
les villages les plus reculés, là où même les 4x4 ne
passent pas. Je n’aime ni l’argent ; ni les dépenses
ostentatoires. Je suis quelqu’un d’heureux et de bien dans
sa peau. Un citoyen devenu président. » N’en jetez plus !
Préférer l’ombre à la lumière ? Nous le lui concédons
aisément, si l’on considère que son régime est fondé sur
l’obscurantisme divisionniste et la distribution gratuite
de khat même hors saison électorale. Des dizaines de
lettres ? Seulement ? On aurait pensé plus. Qu’il les lise
? Peut-être, en tout cas, il a pris bien soin de ne pas
préciser s’il y répondait. Certainement pas à toutes,
sinon l’injustice de son régime aurait nettement diminué.
Qu’il n’aime ni argent ni dépenses ostentatoires ? Rien
n’est moins sûr ! D’une part parce que l’opacité dans la
gestion des deniers publics a pris avec lui les dimensions
d’une catastrophe nationale, surtout avec les
privatisations de la gestion du Port et de l’Aéroport,
dont on aimerait bien lire les contrats de concession.
D’autre part, parce que la coupe approximative de certains
de ses vêtements semble indiquer que son tailor is not
rich, ses proches souffrent d’un penchant indéniable pour
lesdites dépenses ostentatoires. A tel point que, pour ne
prendre que cet exemple, il est arrivé à son Boeing
personnel (à moins qu’il relève du droit privé) d’être
réquisitionné pour convoyer les illustres invités d’un
mariage se déroulant dans la Capitale éthiopienne.
Dépenses ostentatoires qui ont provoqué un gouffre
financier si vertigineux que même les experts de l’austère
FMI n’ont pas manqué de s’indigner de cette
irresponsabilité en décembre 2003. C’est d’ailleurs un des
principaux constats de la mauvaise gouvernance
djiboutienne et le véritable motif de conflit entre cette
institution financière internationale et le régime
présidentiel RPP.
Au demeurant, le plus bref coup d’œil au Budget de l’Etat
suffit à donner la mesure (ou plutôt la démesure) des
sommes astronomiques affectées au chapitre Présidence,
mais bon, si le journaliste veut bien le croire sur
parole, on ne peut pas en vouloir à un invité d’indisposer
son hôte.
Pour ce qui est des espérances présidentielles pour
l’année à venir, c’est aller bien vite en besogne que de
se croire déjà réélu, même si la machine à frauder est en
place : personne ne croit sérieusement qu’une catastrophe
nationale puisse être reconductible.
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