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Éditorial
LES DEUX MAMELLES DU TERRORISME POLITIQUE :
L’INCOMPÉTENCE ET L’IRRESPONSABILITÉ
Selon le Dalaï-lama, il y a deux types
de terroriste : le vrai et le faux. Le vrai terroriste,
c’est celui qui, par son intolérance et son extrémisme, se
rend coupable d’inacceptables violences qu’aucun idéal ne
saurait justifier. Le faux terroriste, a contrario,
c’est souvent l’opposant, même pacifique, auquel les
despotes qui l’oppriment prétendent dénier toute
légitimité en jetant le discrédit sur son engagement.
L’amalgame, outrancier et irresponsable
que le Premier ministre a opéré la semaine dernière à
l’Assemblée Nationale, entre les récents événements d’Arhiba,
les menaces terroristes contre notre pays et la bombe qui
aurait sauté jeudi dernier aux environs de Daasbio,
rappelle immanquablement les précautions du Dalaï-lama.
Car la légèreté politique des propos du Premier ministre
n’ont d’égale que la légitime suspicion que tout
observateur connaissant la nature peu pacifique du régime
RPP, peut légitimement nourrir quant à la concomitance
entre la répression des Jeunes d’Arhiba et les mines qui
ont éclaté mercredi dernier à quelques heures d’intervalle
en deux endroits de la ligne de chemin de fer. Ce n’est
pas par pure coïncidence.
En tout cas, pas pour le Premier ministre qui a
tranquillement penché pour une lecture terroriste des
délits d’écriture pour lesquels des chômeurs ont été
arrêtés, les accusant même d’avoir rédigé un graffiti
menaçant les forces étrangères stationnant sur notre sol.
Il est permis de douter : ces jeunes n’avaient rien à
gagner d’un tel dérapage. Par contre, en les accusant
ainsi par la bouche du Premier ministre, ce régime fragile
cherche à n’en pas douter à s’attirer le soutien
aveuglément sécuritaire des puissances militaires
prétendument menacées.
C’est peut-être pour cela que le plus étrange
dilettantisme a prévalu dans la couverture médiatique et
l’enquête judiciaire de ce qui aurait normalement dû
constituer un événement préoccupant : deux mines qui
éclatent, ce n’est pas rien. En rendre par la suite
discrètement responsables des réfugiés du camp d’Awr-Awsa
n’en est que plus inadmissible : restons sérieux ! Et
mobilisons notre mémoire : a-t-on déjà oublié qu’au début
de l’année 2001, alors que les négociations entre le
gouvernement et le FRUD-armé s’enlisaient dangereusement
(la rupture que le régime voulait provoquer en créant le
district d’Arta n’ayant pas eu lieu), une mystérieuse mine
terrestre était apparue sur la piste de Randa ? Si
mystérieuse que des pierres vigilantes l’entouraient :
elle devait juste constituer un casus belli.
Aujourd’hui, la technique policière est la même, s’y
ajoutent juste les impératifs sécuritaires des troupes
étrangères que la lutte internationale contre le
terrorisme a déversées sur notre minuscule territoire, les
rendant du même coup, malheureusement, trop dépendantes
d’un régime despotique très peu soucieux d’apporter les
bonnes réponses aux vraies questions de ses concitoyens,
cherchant dans cette lutte antiterroriste le renfort
inespéré et crédule dont il a besoin ; accusant la plus
sensée des revendications sociales, celle du droit au
travail, de posture terroriste manipulée.
Qui trop étreint, mal embrasse : le
zèle avec lequel la presse gouvernementale tente de
rattraper certaines gaffes politiques des dirigeants de la
mauvaise gouvernance sont parfois cocasses. Ainsi, dans
l’éditorial de son édition de lundi dernier, La Nation
a pondu un contresens aussi énorme que révélateur, en
avançant que « dans notre pays, la manipulation
politique a bon dos… » ; ce qui signifie au contraire
que l’on met tout sur son dos.
C’est ce que le Premier ministre
incompétent a tenté devant des mal élus pour certains
dubitatifs, même s’il y en avait toujours assez pour
applaudir frénétiquement ce figurant, un ministre en
exercice aurait parlé d’« afar de service », comme
il qualifiait le prédécesseur de l’actuel souriant.
Justement, cela rappelle une anecdote dont les Djiboutiens
avaient beaucoup ri à l’époque. Lors d’un traditionnel
meeting tenu à l’avenue Cheik Houmed à la sortie de la
prière d’un Aïd au tout début du conflit civil, un haut
dirigeant du RPP prononçait un discours resté dans les
annales comme le testament politique du RPP.
Il disait : « Vous, les Djiboutiens,
vous n’êtes pas sérieux avec vos revendications
démocratiques. Si vous continuez à nous harceler, nous
dirigeants RPP, nous quitterons le pays et nous nous
exilerons n’importe où. Nous avons amassé assez d’argent
et avons assez de relations de par le monde. Nous n’avons
pas besoins de vous ! ».
La fuite devant ses responsabilités dont le Premier
ministre se rend coupable n’est donc qu’un remake de cette
posture de celui qui est prêt à s’enfuir si le Peuple
exige ses droits. Droits qu’exige une Jeunesse pour
laquelle le chômage n’est nullement une fatalité.
Brèves nationales
Psychopathologie de l’insulte :
On ne tire pas au canon sur une mouche
La paisible cité d’Arhiba a été mardi
et mercredi derniers le théâtre de violents affrontements
entre forces de l’ordre et jeunes chômeurs en colère,
heurts qui ont provoqué la fermeture de la route d’Arta
pendant plusieurs heures. Après avoir libéré une partie
d’entre eux dans la matinée de jeudi, les derniers
responsables de ce mouvement ont été libérés dans la
journée du samedi 12 juin. Ainsi, MM. Mohamed Houmed
Hassan, Dato Mohamed Kamil, Moussa Mahamadé, Hassan Ali
Hamad, Hassan Sanalassé, Nimeiri Mohamed Ahmed et Houssein
Aden Ali ont libres et c’est tant mieux. Nous saluons ce
retour au bon sens d’un régime qui se rend enfin compte
que le mépris et la répression augmentent la détermination
de tous ceux engagés dans un juste combat.
Par contre, il y a des étonnements
étonnants : « dans un tract rendu public le 9 juin
dernier, les dirigeants des parties politiques au sein de
l’UAD jettent leurs masques en manifestant leur soutien
total aux groupuscules de jeunes de la cité d’Arhiba qui
ont préféré s’exprimer sous forme de graffitis injurieux
dirigé contre le Président de la République et son épouse…
» apprend-on dans l’édition du lundi 13 juin 2004 du
Progrès, l’organe de presse du Chef de l’Etat. Mais
ils n’ont pas été plus injurieux que les écrits officiels
du Progrès ou de La Nation. Le message est
clair : tant que les espaces de liberté seront muselés et
tant que la presse gouvernementale se permettra de bafouer
la morale publique en insultant jeunes et vieux,
dirigeants ou citoyens, le Président de la République ne
devra s’étonner de recevoir la monnaie de singe de sa
pièce, en devenant un chewing-gum mâché par tous les
désœuvrés ruminant la juste rancune née d’une inadmissible
violation du droit au travail ou à la liberté
d’expression. Au demeurant, ces jeunes avaient
parfaitement le droit d’estimer que la communauté
djiboutienne déplore « mille Borrel » !
D’autre part, c’est parce qu’il cherche
à fuir ses responsabilités en niant la réalité, que le
régime tente maladroitement d’impliquer l’opposition dans
cette colère de la jeunesse au chômage. C’est ainsi que,
dans son intervention devant les mal élus, le Premier
ministre avait accusé ce mouvement d’avoir été manipulé
par des forces occultes de l’opposition dont les
publications paraissent le mercredi. Quand on sait que
seul notre journal sort ce jour-là, c’est tout à fait
irresponsable de sa part d’avoir fui ses devoirs avec
autant de légèreté : pour proclamer qu’il veut du travail,
tout individu n’a besoin que de son propre cerveau. Pour
ceux qui n’auraient pas très bien saisi son français oral,
Le Progrès a été chargé de clarifier la position
gouvernementale et il n’a pas fait dans la finesse.
On peut ainsi lire en page 8 de cette
édition, que les rédacteurs du journal Réalité «
s’emploient à exprimer leur haine viscérale à l’endroit de
personnalités de l’Etat en portant l’amalgame sur
l’authenticité de leur citoyenneté selon leur origine
tribale et leur fonction administrative. Quand ce n’est
pas dans les colonnes de leur moyenâgeuse revue, c’est sur
les façades d’un mur privé qu’ils persistent et signent,
causant des dommages matériels aux propriétaires et
signifiant aux passants l’aperçu du profil psychologique
de la personne intérieure qui détermine les faits et
gestes des Kassim ». Qu’attend donc le régime pour
arrêter ces deux Kassim, en fait, il y a un C quelque
part, pour les délits dont l’organe du RPP les rend
coupables ? Offensive simiesque ! En tout cas, il ne
viendrait jamais à l’idée de nos rédacteurs d’intenter un
quelconque procès en diffamation à cette presse de bas
étage : on ne tire pas au canon sur une mouche. Les pires
graffitis sont décidément ceux commis dans la presse du
Chef de l’Etat : le respect, cela se mérite.
Réfugiés d’Awr-Awsa :
Quand le désespoir tue
Depuis quelques jours, les médias
gouvernementaux nous apprennent généreusement que des
milliers de déboutés du droit d’asile ont volontairement
repris le chemin de retour vers leur pays d’origine, et
que ne subsistent dans les camps djiboutiens que quelques
demandeurs d’asile dont les cas sont actuellement à
l’étude. Malheureusement, nous apprenons par des sources
concordantes d’Ali-Sabieh et de Dikhil, que les prétendus
rapatriements volontaires auraient provoqué la semaine
dernière des scènes de désespoir ayant causé la mort d’au
moins cinq personnes. En effet, à en croire ces sources,
ce sont pas moins de cinq internés de ce camp, peutêtre
pas officiellement recensés par le Haut-Commissariat aux
Réfugiés (HCR) puisqqu’il y aurait des clandestins dans ce
camp, qui se seraient suicidés, après que les autorités
djiboutiennes soient restées sourdes à leurs supplications
de ne pas être refoulés vers l’Ethiopie, sous peine d’y
être en danger de mort.
Ce sont donc, le 8 juin dernier, deux
femmes éthiopiennes désespérées qui se seraient immolées,
sans susciter un quelconque émoi, ni des autorités
djiboutiennes ni des organisations humanitaires
internationales. Deux jours après ce drame, trois réfugiés
éthiopiens, dont un lieutenant-colonel de l’ancienne armée
de Menguistu, se seraient à leur tour suicidés en présence
des responsables administratifs de ce camp, sans provoquer
la moindre réaction de pitié des professionnels de la
détresse humaine.
Après avoir réellement été une terre
d’immigration, de refuge et d’asile dans un contexte
régional cruel pour les populations civiles, depuis le
bombardement d’Aïsha’a par les troupes impériales au début
des années 60, il serait inadmissible que notre pays se
rende aujourd’hui complice d’une quelconque agression
contre des innocents uniquement coupables d’appartenir à
telle ethnie ou religion. Surtout quand on sait, qu’en
contrepartie des cadres du FRUD extradés d’Ethiopie, le
régime djiboutien a livré aux autorités d’Addis-Abéba à la
fin des années 90 des dizaines d’opposants Afar, Amhara,
Oromo et Somali : dans le plus strict respect des affaires
intérieures de notre voisin éthiopien, le minimum de
neutralité aurait été de demander à ces activistes de
quitter notre territoire au lieu de les livrer à une mort
certaine.
Il est donc malheureux qu’à l’aube du
troisième millénaire, des réfugiés sans défense soient
acculés au suicide, alors que de milliers d’anciens «
clandestins » sont miraculeusement de retour depuis le
mois de novembre et ont pignon sur rue. Il est intolérable
que les vrais réfugiés en arrivent à se suicider alors que
les « réfugiés économiques » sont encore tolérés. Le
drame, c’est que ces réfugiés économiques remplissent
effectivement une fonction sociale que l’Etat n’arrive pas
à assurer à ses propres citoyens : quand il s’agit d’être
exploité comme domestique ou gardien, il est normal que le
djiboutien rechigne, habitué dès les temps coloniaux à une
certaine protection sociale. Nous ne devons pas construire
notre bonheur sur le malheur d’autrui.
Victime collatérale ?
Le Renouveau encore persécuté
Un mois après la tenue d’un pompeux
séminaire prétendument consacré aux droits de l’Homme, le
pouvoir djiboutien semble renouer avec ses réflexes
répressifs hérités des sombres périodes du parti unique.
Ainsi, au prétexte fallacieux qu’il aurait cherché à
heurter le véhicule de l’épouse du chef de l’Etat, notre
confrère Houssein Ahmed Farah, journaliste du Renouveau
Djiboutien aurait été arrêté mardi 8 juin. Sans
qu’aucun constat de police n’ait établi une quelconque
collision, notre ami a été détenu cinq jours durant au
commissariat central avant d’être transféré à Gabode.
Selon nos informations, il aurait en
fait été aperçu en train d’effectuer un reportage sur les
événements d’Arhiba, ce qui aurait fortement déplu au
pouvoir divisionniste qui n’avait pas hésité à monter une
centaine de délinquants style « Jeunes Patriotes »
ivoiriens pour agresser ces manifestants et donner une
coloration tribale à une revendication essentiellement
sociale concernant en fait l’ensemble de la jeunesse
djiboutienne condamnée au chômage par ce régime
affairiste. Le régime n’en est d’ailleurs pas à son coup
d’essai : l’on se souvient que durant la campagne pour les
législatives de janvier 2003, des militants Afar et Issa
du RPP avaient été mobilisés dans le but affiché de
provoquer des heurts intercommunautaires : l’UAD avait
restauré le calme.
En fait, si ces jeunes d’Arhiba ont été
libérés, malgré les menaces irresponsables du Premier
ministre, c’est parce que toute la jeunesse au chômage des
quartiers limitrophes avait exigé leur libération et se
préparait à descendre dans la rue. Pour preuve, les
inscriptions murales au motif desquelles les responsables
de l’Union de la Jeunesse d’Arhiba ont été arrêtés, se
sont étendues à toute la ville dès leur arrestation.
Comme quoi, indépendamment des
origines, tous les jeunes de notre pays revendiquent le
même droit : celui d’avoir un travail et d’être respectés.
Après avoir enregistré avec
satisfaction la libération de ces chômeurs, Réalité
s’inquiète du sort de son confrère Houssein Ahmed Farah et
exige sa libération immédiate et inconditionnelle. De même
que toute l’opposition regroupée au sein de l’UAD invite
ce régime à combattre prioritairement l’injuste et massif
chômage des jeunes nationaux, au lieu de faire appel à de
la main-d’œuvre étrangère. Le droit au travail doit être
égal pour tous, partout dans le pays. C’est ce que tout
djiboutien doit exiger pacifiquement.
Plaidoyer pour « Gros Plan » :
A quand une émission sur le Bataillon
Somali ?
Pour avoir intempestivement déprogrammé
« le jour le plus long » sur FR3, nous avions la semaine
dernière un peu trop chargé la société Djib-net,
uniquement responsable de la retransmission satellitaire
des émissions de cette chaîne publique française.
Toutefois, nous avions bien pris la précaution de
souligner que l’actualisation de cette partie de notre
mémoire collective incombait principalement aux émissions
de notre télévision nationale, à laquelle revient par
définition la sauvegarde de notre identité collective. RTD
n’étant pas tout à fait RTD, il nous semble que c’est à
l’émission « Gros Plan », seule capable de démontrer un
minimum d’indépendance d’esprit, d’initier un débat public
sur la situation actuelle des survivants de ce Bataillon
Somali.
Convaincus que son présentateur,
certainement soucieux du respect de l’identité
djiboutienne, mettra son micro à la disposition des
vieillards djiboutiens encore en vie de cette glorieuse
épopée, condamnés à l’oubli tant par une France ingrate
que par un pouvoir djiboutien sectaire. Que cette seule
proposition trouve au moins un début de réalisation, sans
aucun calcul politicien.
Lu dans L.O.I :
Des soucis pour la stabilité politique
de Djibouti
Décidément, c’est à se demander si,
après la France néo-colonialiste et son affaire Borrel, le
régime djiboutien ne va pas bientôt se mettre à accuser
les Etats-Unis de chercher à le déstabiliser. Car un
rapport devant évaluer la force des différents alliés
régionalement impliqués dans la lutte antiterroriste,
n’est pas très élogieux pour Djibouti dont la stabilité
intérieure serait menacée par où la mauvaise gouvernance
en place. Voici le commentaire que La Lettre de l’Océan
Indien propose de ce document dans son dernier numéro
:
« Les USA inquiets des Etats faibles
Un rapport américain s’inquiète des
"géants dormants", tel le Kenya, qui s’affaiblissent et
génèrent des risques pour la sécurité des Etats-Unis.n Le
rapport de la Commission on Weak States and US National
Security du Center for Global Development met l’accent sur
ces "géants dormants" qui comme le Kenya ou le Nigeria
s’affaiblissent au point de devenir attractifs pour des
forces qui mettent en péril la sécurité nationale des
Etats-Unis. Ce rapport, diffusé le 8 juin, met en évidence
trois manquements des Etats faibles. Le security gap,
lorsque ces Etats ne peuvent contrôler leur territoire et
protéger leurs citoyens des menaces internes ou externes,
le capacity gap lorsqu’ils ne parviennent pas à répondre
aux besoins de base (éducation, santé...) de leur
population et le legitimacy gap lorsqu’ils ne peuvent
maintenir des institutions qui protègent les droits et
libertés élémentaires des citoyens.
En matière de security gap, l’Erythrée
et l’Ethiopie sont classés (du fait de leur conflit
territorial) avec les pays ayant connus une "guerre
majeure", tels le Rwanda ou le Soudan. Alors que la
Somalie et l’Ouganda sont seulement recensés parmi les
pays en situation de "guerre intermédiaire". En matière de
capacity gap, les mieux notés sont l’Erythrée, le
Mozambique et la Tanzanie, tandis que Djibouti, l’Ethiopie,
Madagascar et le Soudan figurent parmi les Etats qui ne
fournissent qu’entre 20 et 40% des "besoins de base" de
leur population. La Somalie est évidemment en toute
dernière place du peloton, alors que les Comores, le
Kenya, l’Ouganda et le Zimbabwe sont en milieu de liste.
Pour ce qui est du legitimacy gap, Madagascar. Le
Mozambique et la Tanzanie ne s’en sortent pas trop mal (de
60% à 80% de réussite selon l’index de liberté politique
utilisé). Les Comores, Djibouti, le Kenya et l’Ouganda
sont au milieu du tableau, alors que l’Erythrée, la
Somalie, le Soudan et le Zimbabwe sont regroupés en toute
fin de liste dans laquelle paradoxalement l’Ethiopie
n’apparaît pas.»
L’essentiel est dit : même en misant sur la répression
et la fraude, un régime qui n’arrive pas à assurer le
minimum vital a quelques soucis à se faire : la révolte
gronde.
Entre oubli djiboutien et
spoliation française : le bataillon somali (2)
2ème partie : Le désengagement
politique
Notre regard cette semaine porte sur la condition
matérielle des anciens combattants djiboutiens en ce mois
de Juin 2004. Si, nous avions adressé un grand merci au
Président Chirac pour son discours prononcé lors de la
célébration du 60ème anniversaire du Débarquement allié en
Normandie en juin 1944, pour avoir, en quelque sorte,
réhabilité les anciens combattants issus des pays sous
domination française, à cette époque. L’écart entre le
discours, du numéro un français, médiatisé à outrance, en
raison de l’actuelle donne politique internationale, et la
situation de ces hommes continue de perpétuer
l’inadmissible discrimination entre les frères d’armes
d’hier sur la seule base d’une évaluation ou considération
économico-géométrique.
Si, la solution à la situation de
précarité des quelques survivants de cette guerre, de
leurs veuves ou de leurs ayants-droits, se trouve dans
l’hexagone, il est tout aussi regrettable et honteux
d’assister à l’oubli auquel les condamne leur propre
gouvernement.
Si, à notre Indépendance, le 27 juin
1977, des accords de défense avaient été signés avec
l’ancienne puissance de tutelle, pour la reconnaissance
des droits inaliénables de ces rescapés de la Seconde
Guerre Mondiale, leur condition sociale reste aujourd’hui
encore des plus déplorables.
En effet, une convention passée entre
notre Ministère des Affaires Etrangères et l’Ambassade de
France à Djibouti (Représentant l’Etat français) le 12
mars1981, confiait la destinée des Anciens Combattants et
autres retraités militaires au nouveau régime djiboutien.
Cette permutation intervenue quatre ans après notre
indépendance allait marquer un tournant catastrophique
pour ces hommes et leurs descendants.
Outre leurs maigres pensions, le peu
d’acquis social se voyait désormais soumis aux pressions
provoquées par la politique dirigiste du nouveau régime.
La France se désengageait légalement ses implications
vis-à-vis de ses anciens compagnons d’armes du Bataillon
Somali, leurs problèmes moraux et matériels relevant à
l’avenir des austères autorités en place.
Le vide laissé par ce transfert des
responsabilités, pour seulement cette catégorie de
Djiboutiens, persistait encore en ce mois de novembre
1987. Cette date couronnait la seconde visite officielle à
Djibouti d’un Président de la République française.
François Mitterand qui lors de ce déplacement voulait
rencontrer les Anciens Combattants, aurait été invité à «
exaucer sa sollicitation ailleurs ». Son souhait,
politiquement inconvenant, aurait été finalement réalisé
dans l’enceinte de l’Ambassade de France (Territoire
français) pour adresser ses hommages à ces vaillants
frères de lutte : les Tirailleurs Somalis.
Cette parenthèse expliquant les
conséquences de la reconduction d’une politique
discriminatoire entre tous les Combattants français de
l’époque, en deux catégories distinctes en droit.
Se prémunissant des conséquences
économiques des indépendances, la France pourvoyait ses
propres intérêts et ceux de ses remplaçants à travers cet
acte véritablement hypocrite, entre autres, pour ouvrir la
brèche de l’oubli et de la spoliation de ceux qui
l’avaient secouru.Ces damnés de la Seconde Guerre et des
Guerres coloniales françaises comme, entre autre, les
retraités militaires français de nationalité djiboutiennes
avaient entrepris vers la fin des années 1990 des
démarches auprès des autorités françaises de Djibouti
comme celles de France. Une délégation s’est d’ailleurs
rendue à Paris, avec pour objectif le maintien, ne
serait-ce que d’une partie de leurs pensions, aux veuves
et orphelins.
Leur fol espoir de ce déplacement se
soldait par un résultat nul, les autorités françaises
s’étant dissimulées derrière une loi de 1959 relative à la
situation des ressortissants des seuls Etats ayant acquis
leur indépendance en 1960, Djibouti ne pouvant par
conséquent être de ces cas-là. L’ingratitude que tous ses
anciens combattants originaires des pays colonisés lui
reprochent aujourd’hui à juste titre, c’est « l’oubli
coupable » auquel s’ajoute la spoliation financière par
régime politique interposé.
A Djibouti comme ailleurs en Afrique ou
en Asie, ce choix conscient de la France a été à l’origine
de la précarité matérielle et morale des Combattants issus
des FFL, sans évoquer les cas, nombreux, jadis actifs
regroupés en Associations de défense de leurs intérêts à
savoir : celle des Anciens Combattants des deux guerres,
celle de la Défense des Intérêts des Retraités Militaires,
celle des Combattants de la guerre d’Algérie, de
Madagascar, etc…
S’il a fallu attendre tant d’années
rien que pour Djibouti, les textes juridiques sur lesquels
la France avait appuyé le rejet de la demande formulée par
la Délégation Djiboutienne à Paris auprès du Ministère en
charge de ce dossier, la culpabilité de l’Hexagone se
situe donc dans le fait que la France a préféré abandonner
ses Anciens Combattants au sectarisme de leur nouveau
régime indépendant, très peu soucieux de défendre pour eux
des droits que l’ancienne puissance coloniale leur niait.
Le Sang du Bataillon Somali, des
Algériens, comme celui des Sénégalais a inondé tous ses
territoires. L’un libéré, les autres continuant à être
colonisés même après la libération, et toujours pauvres
avec ses quelques contributions humaines, volontaires, au
nom du droit à la Liberté et à la Vie.
Quatorze ans après la chute du mur de
Berlin et l’éclatement du totalitarisme (sous toutes ses
formes),cinquante ans après la libération du Vietnam et
soixante ans après le Débarquement Allié, la France
restera-t-elle encore ingrate vis-à-vis des sauveteurs de
ses anciennes colonies ? Le prochain numéro relatera
l’aspect juridique et financier de la spoliation des
Droits du Bataillon Somali.
A suivre...
Une censure pas très
catholique
LES DROITS DE L’HOMME ET LEUR FORUM
VUS PAR LE DIOCESE DE DJIBOUTI
Le système politique djiboutien est tellement perverti
qu’il réussit le tour de force de banaliser l’incongru ou
l’inadmissible. Ainsi, mis à part la théocratie iranienne,
nous sommes pratiquement le seul régime dans lequel un
religieux occupe un poste ministériel. Ce qui n’est ni
preuve d’intégrisme mystique ni gage d’intégrité
politique. C’est peut-être pour cette raison qu’aucun imam
ou cadi n’a daigné honorer de sa présence le récent forum
sur les droits de l’Homme dirigé par le Ministre de la
Justice : pourtant, on aurait tellement aimé connaître la
position de ces religieux sur la question. Par contre, un
religieux catholique y est allé et a modestement apporté
sa contribution. Malheureusement, la politesse étant une
vertu pratiquement inconnue de ce régime, toute
l’intervention du Père Sandro, qui représentait le diocèse
de Djibouti, a été allégrement censurée par la RTD,
préférant assommer ses téléspectateurs avec d’insipides
digressions. Pourtant, un regard extérieur et neutre est
en soi un enrichissement… pour quiconque veut s’enrichir,
spirituellement bien sûr. Voici donc intégralement cette
intervention et la présentation qui en est faite dans le
dernier numéro de « La Caravane », publication du diocèse
de Djibouti.
Forum sur les Droits de l’Homme
Les 17 et 18 mai derniers, le
Ministère de la Justice et des affaires musulmanes, chargé
des Droits de l’Homme a organisé pour la première fois à
Djibouti un forum national de réflexion sur l’état des
Droits de l’Homme. Trois axes ont guidé la réflexion des
participants:
- Dresser un état des lieux en
fonction des grandes tendances socio-économiques et
culturelles.
- Identifier les défis et les
opportunités pour réaliser pleinement les Droits de
l’Homme.
- Réfléchir sur un mécanisme
indépendant pour promouvoir et protéger les Droits de
l’Homme.
Le Père Sandro a été appelé à intervenir.
L’enseignement de l’Église concernant
les Droits de l’Homme se base sur le fait que Dieu nous a
créés tous. Il nous a créés purs, égaux et libres ; tous
les êtres humains sont créés à l’image de Dieu. Cette
donne nous la trouvons dans les premiers chapitres de la
Genèse, le premier livre de la Bible. Puisque nous
reflétons d’une façon mystérieuse l’image de Dieu, nous
tous avons le droit au respect et à la dignité. Ce droit,
tout droit lié à la personne humaine n’est pas une
invention de l’homme et ne dépend pas de la bonne volonté
l’homme, mais de la volonté de Dieu telle que nous la
trouvons dans sa création.
C’est vrai, seulement aujourd’hui nous
parlons tellement des Droits de l’Homme, mais c’est
l’homme lui-même qui a rejeté la création de Dieu pour en
faire une autre, déformée et basée sur l’oppression et
l’exploitation.
Déjà les anciens Romains disaient: "
homo homini lupus », à savoir l’homme est un loup pour
l’autre homme, ils se dévorent l’un l’autre. Encore à ce
moment, partout dans le monde, combien est longue la route
pour arriver à une vraie sauvegarde du droit le plus
simple et logique, celui à la vie, n’en parlons même pas
des autres !
L’Eglise catholique présente à Djibouti
doit reconnaître avec reconnaissance que le Gouvernement
et la grande majorité de la population djiboutienne la
regardent comme faisant partie du paysage, une composante
de la société, grâce surtout au dévouement pour 120 ans
des missionnaires dans les domaines de l’éducation et de
la santé. Nous partageons, comme le Président de la
République le disait au nouveau Nonce apostolique le mois
dernier, « les valeurs communes d’amour de l’humanité
(...)
Car, comme le disait récemment Sa
Sainteté le Pape, nous appartenons à la même famille
humaine ». II y a certes des épisodes d’intolérance,
d’insultes ou de discrimination, surtout vis-à-vis des
Chrétiens vivant au milieu des quartiers, et nous pouvons
espérer que ces manifestations de racisme puissent être
réprouvées par la population en général et par les
autorités compétentes. Ce sont des manifestations isolées,
mais il y a aussi une mentalité qui semble croître dans
les jeunes, celle d’une intolérance religieuse basée d’un
côté sur l’ignorance de ce qui est différent, et bien sûr
influencée par la situation globale actuelle.
Dans son travail social en faveur des
plus démunis, surtout par la Caritas Djibouti, nous
pouvons indiquer à l’attention des autorités compétentes
certains manques de respect de la dignité de l’homme :
- Le fait que beaucoup d’enfants n’ont
pas leurs papiers d’identité. Cette absence d’ « existence
légale », porte atteinte à un droit fondamental du temps
présent, l’appartenance à une communauté nationale. Que
cela soit dû au manque d’intérêt des parents, ou à la
pauvreté, ou à une insuffisance de l’administration, être
sans papiers - tandis qu’on en a le droit – représente un
handicap majeur pour la vie d’une personne. En outre, à ce
que je comprends, un enfant né de mère djiboutienne et de
père inconnu n’a pas le droit à la nationalité, mais
l’enfant de père djiboutien en a en tout cas le droit,
cela serait évidemment une forme de discrimination basée
sur le sexe.
- Les réfugiés sont une catégorie de
personnes qui ne connaît nulle part une vie facile! Ici à
Djibouti l’impression est qu’ils sont souvent exploités,
soit dans le travail au noir, soit pour en demander des
bakchich. Le rapatriement de l’an dernier avait donné
l’espoir qu’une clarté politique à leur sujet avait été
déterminée, mais au contraire leur retour en masse prouve
qu’aucune décision réelle n’a été prise, et les réfugiés
perdent encore leur temps à Djibouti, un pays qui ne peut
pas les accueillir d’une façon permanente et légale.
- Les mutilations génitales féminines
sont un autre domaine que nous rencontrons dans nos
projets. Ces pratiques traditionnelles sont condamnées par
la loi djiboutienne, ne correspondent pas à l’Islam et
ruinent la santé des femmes tout au long de leur vie. Même
si l’éducation et la sensibilisation contre ces vraies
mutilations est la voie principale pour les faire
disparaître, on ne peut pas oublier que mutiler une
personne est une atteinte à la personne et un crime
condamné par l’article 333 du Code pénal.
Le droit à l’éducation pour tous les
enfants est encore un rêve pour tellement d’enfants
djiboutiens ! Les efforts indéniables dans ce domaine
n’arrivent pas encore à satisfaire ce droit fondamental,
la base du développement de tout pays. Une action visant à
un programme d’alphabétisation général pourrait faciliter
et accélérer la réalisation de ce droit dans les délais
plus brefs.
Père Sandro.
L'UAD écrit au Chef de
l'État
(sans réponse)
UNION POUR L’ALTERNANCE DÉMOCRATIQUE
ARD, UDJ, MRD ET PDD
A
Monsieur le Président de la République
Chef de Gouvernement, Palais
Présidentiel Djibouti
Objet : Conditions pour la Démocratisationde la vie
politique.
Djibouti, le 21 mai 2004
Monsieur le Président de la République,
Depuis l’instauration du multipartisme
intégral consécutif aux accords de paix définitive du 12
mai 2001, nous n’avons à aucun moment manqué de nous
conformer aux dispositions légales en vigueur afin de
respecter pleinement les règles qu’impose toute
démocratie. Nous nous permettons de vous rappeler que nous
vous avions saisi, en votre qualité de Président de la
République et Chef de Gouvernement, avant et après les
élections législatives, sur l’énorme décalage entre la
démocratisation affichée et les dispositions de la loi
relatives aux élections.
A cet effet, c’est par souci de
transparence électorale, que nous vous avions d’ailleurs
écrit le 9 novembre 2002, sur l’impérieuse nécessité d’une
modification du décret n° 2002/198/PR/MID du 30 septembre
de la même année relatif à la composition et au
fonctionnement de la Commission Electorale Nationale
Indépendante en vous y exposant nos observations et nos
propositions afin que ladite commission puisse disposer de
toutes les attributions et compétences nécessaires pour
bénéficier de l’indispensable indépendance que requiert sa
mission, seule garantie pour l’organisation d’élections
libres et transparentes.
De l’annonce des résultats du scrutin
du 10 janvier 2003 à ce jour, nous avions entrepris et
épuisé toutes les démarches légales, pour le remboursement
de la caution de 32,5 millions fd déposée au Trésor Public
par les 65 candidats de notre liste aux dernières
élections. Du Trésorier payeur, en passant par le Ministre
de l’Intérieur, du Tribunal Civil et Commercial, du
Tribunal du Contentieux Administratif enfin du Ministre de
la Justice chargé des Droits de l’Homme, nos doléances
sont restées sans réponse. Notre dernière tentative, avec
pour objectif le déblocage de la situation politique de
notre pays, fut notre entrevue du 24 mars dernier avec
votre Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation.
Cette rencontre devait permettre la concrétisation
effective, puisque légale, des engagements relatifs à la
démocratisation de la vie politique, tant pour les
consultations nationales que régionales.
A ce sujet, nous n’avions pas manqué de
faire remarquer au Ministre en charge de la
Décentralisation, que la loi n° 174/AN/02/4ème
L portant décentralisation et statut des régions du 7
juillet 2002 promulguée par vous-mêmes et publiée au
journal officiel du 15 juillet 2002 a été tout simplement
violée, au regard de son article 5 aliéna 2 lequel dispose
: « dans les trois mois qui suivront la promulgation de
la présente loi, un décret précisera un calendrier pour
l’installation et la mise en place effective des
collectivités régionales élues ainsi que les transferts de
compétences qui leur sont dévolus par la loi ».
Par conséquent, cette réunion n’ayant
débouché sur aucune conclusion honorable et considérant
qu’à défaut d’une issue responsable pour notre pays, nous,
Union pour l’Alternance Démocratique regroupant les quatre
partis de l’opposition, toujours soucieuse de l’intérêt
général, réitérons avant toute consultation électorale nos
exigences légales et légitimes pour :
- La refonte des listes électorales qui
doivent refléter la réalité du corps électoral tel qu’il
est actuellement. Sur ce point, votre Ministre de
l’Intérieur avait reconnu en présence des observateurs
internationaux lors des dernières législatives que les
listes électorales étaient décalées de la réalité du corps
électoral national
- L’établissement de ces listes par
bureau de vote dans les régions de l’Intérieur ;
- La mise en place d’une véritable
Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI),
composée à parité de représentants de l’Opposition et de
représentants des partis au pouvoir, sous la présidence
d’une personnalité indépendante acceptée par les deux
parties ;
- L’élaboration conjointe
(Opposition/Gouvernement) du Statut Spécial de la Capitale
Djibouti ;
- La modification de la Loi relative
aux élections dans ses articles 27 et 54, portant sur la
proclamation des résultats et la remise des
Procès-verbaux, consécutives au dépouillement du résultat
des scrutins. Désormais, nous considérons que pour une
transparence réelle des élections, chaque liste doit
disposer de son exemplaire de PV et les résultats
proclamés par la CENI ;
- L’abandon pur et simple des pratiques
de l’ancien système du parti unique dans la désignation
des assesseurs par le pouvoir. Ces assesseurs doivent
désormais représenter les listes en compétition ;
- L’accès libre et équitable des partis
politiques aux médias publics;
- L’amendement et l’application
effective de la loi de 1992 sur la communication qui
autorise l’ouverture de radios et de télévisions libres.
Monsieur le Président de la République, la légitimité
du pouvoir, la transparence et la stabilité resident dans
la loyale application des points ci-dessus. Dans le cas
contraire, nous prenons à témoins l’opinion nationale et
internationale sur les dangers que fait courir votre
gouvernement à la fragile stabilité que nous avons su
préserver jusqu’à ce jour.

Pour avoir
refusé de ramper (2)
Quels postes pour les cadres du Frud-armé ? (2e partie)
A des journalistes aussi chauvins que zélés, lui
demandant de s’épancher sur son exploit sportif, un
tennisman français des années 80 répondit un jour
calmement que sa performance était vraiment modeste et ne
justifiait pas une telle sollicitude, tant de choses
beaucoup plus graves et dignes d’intérêt se passant dans
le monde ajouta-t-il. C’est dans cet esprit que nous
abordons cette semaine la deuxième partie du dossier de la
réintégration sabotée des cadres du FRUD-armé.
L’importance, la diversité et la gravité des sujets de
la seule actualité nationale nous interdisant, par pudeur,
d’y consacrer trois pages, deux en ont donc été
déprogrammées et reportées pour la semaine prochaine.
Choix d’autant plus judicieux, nous semble-t-il, que c’est
uniquement aux fins d’information du public et pour
contredire le mensonge officiel, que notre journal a
décidé de présenter toutes les pièces de ce dossier. Car,
pour ce qui est de contribuer à l’accouchement d’un
minimum de sérieux de la part de ce régime, ce serait
pousser l’utopie un peu trop loin. Cela dit, ce chapitre
de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, comme tous les autres
que la partie gouvernementale viole de façon si
irresponsable, trouveront certainement l’application
qu’ils méritent, avec ou sans ce régime et plus tôt que
tard.
Nous avions vu la semaine dernière que nos
différentes correspondances, même celle adressée au Chef
de l’Etat, n’avait trouvé aucune réponse de la part du
régime. Ainsi, c’est après une longue période de léthargie
administrative que la partie gouvernementale a crû utile
de se ressaisir de ce dossier en reprenant contact avec
les cadres concernés du FRUD-armé. C’est dans cette
démarche que, confortant les rumeurs selon lesquelles la
Première Dame lui aurait donné des directives précises en
ce sens, le Ministre de l’Emploi leur a adressé la
correspondance ci-dessous reproduite.

OBJET: Votre situation administrative
Monsieur,
Par décision n°2002-0167/PR/MESN du
02/03/2002, vous avez été recruté dans le cadre des
Administrateurs Civils au grade d’administrateur civil.
Or, depuis votre affectation, il a été
constaté qu’à ce jour vous n’avez pas rejoint votre poste
de travail.
En conséquence, il a été procédé à la
suspension de votre traitement en application des
dispositions de l’article 27 de la loi n°48/AN/83/l ère L
du 26 juin 1983 portant statut général des fonctionnaires
qui stipule que « tout fonctionnaire a droit, après
service fait, à une rémunération ».
Ainsi, je ne saurai accéder à votre
demande de rétablissement de salaire par des simples
promesses. J’attends de votre part un engagement ferme et
écrit à respecter les conditions suivantes :
5. Une reprise effective de votre
service.
6. A respecter intégralement les
dispositions statutaires en vigueur.
Une prompte réponse de votre part m’obligerait.

***
PROLOGUE DE L’ÉPILOGUE
La réponse collective des cadres concernés sera publiée
la semaine prochaine. En attendant, nous invitons nos
lecteurs à garder à l’esprit deux arguments invoqués par
cette correspondance ministérielle : 1) le fait qu’il ose
tranquillement prétendre :« Je ne saurai accéder à
votre demande de rétablissement de salaire par des simples
promesses. », comme si la demande venait de notre
organisation ; 2) qu’il se permette également d’exiger,
sans aucune justification légale, « un engagement ferme
et écrit à respecter » la reprise du travail et les
dispositions statutaires en vigueur.
Port de Doraleh : un projet qui déménage
!
Par pudeur, et parce que ce serait trop
facile tant ce régime d’idolâtrie ignore ce qu’est la
modestie, nous ne rappellerons pas ici tous les miracles
officiellement attendus par le système du gigantesque
projet de port à Doraleh. En attendant que le travail de
ouvriers affectés à sa construction atteigne une vitesse
de croisière digne de ses prétentions, et que les
activités de ce nouveau port génèrent les milliers
d’emplois supputés, il est au moins un aspect, certes
inattendu, qui atteste de la réalité de cet ambitieux
ouvrage. En effet, devant accueillir les logements où
doivent être logés des centaines de travailleurs étrangers
qui seront importés dans ce cadre, les habitants du
secteur de Hayableh doivent déménager au plus vite. Leurs
modestes demeures, acquises au prix de multiples
sacrifices qu’ils se sont imposés depuis de longues années
seront tout simplement démolies, et ils sont priés de se
reloger ailleurs, moyennant un petit pécule de
compensation généreusement alloué par ce régime spécialisé
depuis 1999 dans un social dont on saisit mal les
contours. Malheureusement pour les affairistes pressés,
cette expropriation illégale rencontre pour le moment de
sérieuses réticences, qui risquent fort de ne pas
s’estomper, comme le dit si mal le Premier ministre à
un tout autre propos.
C’est une foule déterminée et
scandalisée qui a accueilli en cette journée caniculaire
la délégation des responsables de l’UAD. Ils avaient
raison d’être en colère, ces habitants d’un des quartiers
les plus défavorisés de la Capitale : un émissaire du
régime, ministre de son état, était récemment venu leur
signifier que l’Etat avait décidé de confisquer leur
secteur, pour le mettre à la disposition d’une société
privée devant y construire les habitations dans lesquelles
seront normalement logés les travailleurs immigrés qui
s’échineront au Port de Doraleh. Le coup est doublement
dur, pour ces citoyens chômeurs pour la plupart.
D’une part, c’est avec stupeur qu’ils
ont appris que ce régime affairiste, surtout préoccupé de
rentabilité financière, allait inaugurer un mouvement
jusque-là inconnu dans le monde : la délocalisation de la
main-d’œuvre. D’habitude, c’est soit un Etat qui, pour
accompagner une forte croissance intérieure, fait appel à
flux contrôlé d’une force de travail étrangère ; soit une
entreprise privée qui, à la recherche des coûts de
production les plus compétitifs, délocalise certaines de
ses unités industrielles vers des pays où la main-d’œuvre
est meilleure marché.
Dans le cas djiboutien, c’est donc une
société privée qui vient avec ses propres travailleurs
étrangers (à hauteur de 70% du total nous assure-t-on).
Quand on sait qu’il s’agira essentiellement d’une
main-d’œuvre pas forcément très qualifiée, c’est insultant
pour notre système scolaire (LIC ou LEP) qui pouvait
aisément la fournir, en grande partie tout au moins.
Prétendre que l’inadéquation entre Emploi et Formation est
à ce point dramatique que cela constitue un handicap pour
les diplômés nationaux est vraiment décourageant pour
notre Jeunesse.
En second lieu, avec un minimum de
vigilance, le plus modeste de nos concitoyens se doute
bien que la procédure d’expropriation doit obéir à des
dispositions légales rigoureusement codifiées. Si l’Etat
décide d’exproprier, c’est uniquement quand l’intérêt
général, sanctionné par une enquête préalable d’utilité
publique, exige un tel traumatisme. En aucun cas, l’Etat
ne peut procéder à l’expropriation de qui que ce soit pour
servir des intérêts privés, ce qui est malheureusement le
cas avec la construction de ces logements pour
travailleurs immigrés.
Après le Téléthon, voici le Sheraton :
on imagine donc aisément à quoi pourraient prioritairement
servir les millions de nos francs collectés en quelques
minutes par la Première Dame, qui n’a pas hésité à
convoquer dans le plus luxueux hôtel de la Capitale, tout
ce que notre pays compte comme dirigeants politiques,
cadres administratifs (étonnant quand on sait que le
pouvoir d’achat des Djiboutiens s’est nettement détérioré
depuis le conflit) et hommes d’affaires à la réussite
certes clinquante, mais en tout cas reconnaissante à
l’endroit d’un régime qui propose ses marchés publics en
fonction des allégeances.
On imagine aussi un peu mieux les
intentions cachées et le potentiel d’injustice que recèle
la récente loi sur l’agropastoralisme, mettant toutes les
terres rurales à la disposition d’un régime qui dévoile
chaque jour un peu plus sa frénésie affairiste. Ainsi,
pour peu qu’une portion de notre brousse nationale attire
les convoitises d’un riche protégé des instances
dirigeantes, l’Etat procédera sans aucun état d’âme à
l’expropriation de ceux qui y vivent et en vivent.
Ruraux ou citadins, ce régime est
déterminé à s’enrichir partout où des opportunités se
présentent à lui. Son credo, c’est d’écraser nos
concitoyens par l’arbitraire de ses envies gourmandes.
Cela, les dirigeants de l’UAD en
tournée à Hayableh se sont solennellement engagés à ne pas
le tolérer. Nous sommes résolument aux côtés de ces
centaines de familles menacées d’expropriation : il n’est
pas question de laisser l’injustice broyer nos populations
en toute impunité !
Comme nous sommes aux côtés de ces milliers de jeunes
chômeurs dont le sort préoccupe si peu ce régime
d’affairistes si pressés, prétendant qu’une infime
minorité a le droit de scandaleusement s’enrichir, alors
que le refus irresponsable de réinsérer les démobilisés
condamnés à la précarité, constitue une lourde menace pour
la paix civile et quand l’absence d’une politique
cohérente condamne tant de jeunes à la rue.
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