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EDITORIAL
AHMED YOUSSOUF, PRÉSIDENT
DE L’ARD
La
finitude de l’être humain, le fait de se savoir inéluctablement
condamné à la mort biologique, est une donnée
anthropologique fondamentale, un invariant universel. Se
sachant par définition de passage sur cette terre, et
sachant par le Coran que biens et enfants ne sont que
factices parures terrestres, l’individu respectueux du
don de la vie à lui fait par Dieu tente, en stricte
conformité avec les commandements religieux et moraux, de
laisser une empreinte positive dans l’Histoire, en
hommage à ses prédécesseurs, au service de ses
contemporains et comme jalon pour les générations à
venir.
L’Histoire
coloniale a en son temps enregistré les sacrifices
consentis par les ancêtres du regretté Ahmed Dini dans
leur résistance aux Italiens et aux Français, tout comme
l’Histoire contemporaine a retenu sa propre contribution
à l’émancipation du Peuple djiboutien. Même si le
sectarisme post-indépendance l’a empêché de
consolider l’Unité d’une Nation dont il est le
fondateur, en dépit de toutes les tentatives postérieures
de manipulation, l’Histoire immédiate de ses
contemporains lui reconnaît d’avoir toujours subordonné
son action aux impératifs supérieurs de l’intérêt général.
Toutefois,
pour que sa vision d’une société djiboutienne réconciliée
avec elle-même et oeuvrant, harmonieuse, dans le sens de
son Développement, puisse s’inscrire, pour pleinement
se réaliser, dans une durée dépassant celle de son
existence par définition trop courte, notre
ancien et regretté Président se savait compter sur la détermination
de celles et de ceux qui l’ont indéfectiblement soutenu
dans l’exaltante construction de l’ARD, comme dans la
consolidation de l’UAD. C’est avec fierté et humilité
que la Direction du parti qu’il a fondé s’est immédiatement
attelé à la mission historique qui lui incombe : démontrer
jusqu’à la victoire que l’oeuvre survit à son créateur
et que chez nous, les personnes sont au service d’un idéal.
Tout naturellement donc, et conformément
à nos Statuts, M. Ahmed Youssouf a été désigné Président
de l’ARD en remplacement de M. Ahmed Dini. La simplicité
de notre nouvel homme fort témoigne de ses convictions
sans faille : il n’a jamais transigé sur ses principes,
jamais confondu compromis et compromission. Son inébranlable
détermination à poursuivre le Combat lui insufflera tant
d’énergie, qu’avec l’aide du Très-Haut, il réussira
dans sa priorité : mener ses troupes en rangs serrés au
prochain Congrès de notre mouvement. C’est sous sa
conduite que les responsables de l’ARD entameront, dès
vendredi prochain, une tournée dans les annexes du Parti
à Djibouti-ville d’abord, dans les districts de l’Intérieur
ensuite.
Autant que la Nature, l’ARD a horreur
du vide. Si le régime peut se permettre de laisser vacant
plus d’un an le poste de Premier ministre, trahissant
ainsi tous les déséquilibres qui le condamnent inéluctablement
à la disparition, la dramatique urgence de la situation
nationale intime à notre Président Ahmed Youssouf de ne
ménager aucun effort en direction de toutes les régions
de notre territoire et de toutes les composantes de notre
Nation : un très proche avenir lui en sera reconnaissant.
Il ne peut pas faillir à son Destin, dans l’intérêt général
!
Hommage à
Chehem Daoud Chehem
1932 – 15 septembre 2004
Trois jours après la disparition de
notre Président Ahmed Dini Ahmed, la Nation djiboutienne,
encore sous le choc, a été de nouveau ébranlée par la
perte d’un autre grand homme en la personne de Chehem
Daoud Chehem, combattant de la démocratie et illustre numéro
deux du Frud-armé.
Issu d’une famille notable de la région
de Tadjourah, le regretté Chehem Daoud faisait partie de
cette génération de bâtisseurs qui auront marqué
l’histoire de notre pays pour avoir forgé l’identité
djiboutienne.
Entreprenant et intrépide, il entre très
tôt dans la vie active et s’impose rapidement comme un
homme d’affaires influent membre de la Chambre de
Commerce de Djibouti.
Grand voyageur, chaleureux et
polyglotte, il devient une des personnalités nationales
les plus en vue dans les années 70 en tant que député
et ministre.
Au lendemain de l’indépendance, il
s’oppose à la politique du nouveau régime qu’il
pressentait lourde de dérives sectaires et prend alors le
chemin de l’exil, en Ethiopie puis en France.
C’est ainsi qu’en 27 années
d’indépendance, notre regretté compagnon connaîtra
par deux fois l’exil et n’aura vécu qu’une dizaine
d’années dans sa patrie.
Peu avant le déclenchement de la lutte
armée, accusé de soutenir activement le mouvement armé
djiboutien, Chehem Daoud et trois de ses compagnons sont
arrêtés et emprisonnés durant six mois en Ethiopie.
En reconnaissance de sa contribution à
la lutte et aux souffrances endurées dans les sinistres
geôles éthiopiennes, il est désigné par le mouvement
rebelle en août 1992, comme son représentant dans les
pays Arabes et Africains.
Ami intime et proche conseiller d’Ahmed
Dini, son compagnon de lutte et d’exil, il est tout
naturellement élu à la Vice-Présidence du FRUD-armé au
troisième congrès de ce mouvement tenu dans le maquis en
novembre 1997.
Pendant son exil en Europe, notre
Vice-Président usera de toute son influence pour aider à
l’installation des réfugiés et exilés djiboutiens en
Europe et en Amérique.
La diaspora djiboutienne, à laquelle
il avait tant apporté, a durement ressenti sa disparition
et continue de faire parvenir de nombreux messages de
condoléances à sa famille et à l’ARD.
Pour l’ARD, continuité historique du
FRUD-armé et pour tous les militants de la démocratie,
Chehem Daoud restera un des artisans de l’Accord-cadre
de réforme et de Concorde civile signé à Paris le 7 février
2000.
Habile négociateur et fin connaisseur
de la société djiboutienne, le dirigeant nationaliste
sera accueilli en héros par la Nation djiboutienne toute
entière en mars 2000 aux côtés du Président Dini. Les
Djiboutiens n’oublieront pas également qu’hospitalisé
pour de graves problèmes de santé à Paris, il a
courageusement tenu à rentrer au pays pour honorer de sa
présence la signature le 12 mai 2001 à Djibouti de l’Accord
de paix définitive entre le gouvernement et le FRUD-armé.
Nos concitoyens gardent en mémoire la
cérémonie émouvante au cours de laquelle il a été décoré
aux côtés du Président Dini au Palais du Peuple.
Au nom de tous les militants de l’ARD,
des anciens combattants du FRUD-armé, de la Direction du
parti, de la Rédaction de Réalité,
et en son nom personnel, le Président Ahmed Yousouf
Houmed présente ses condoléances les plus attristées à
toute la famille de Chehem Daoud Chehem.
Qu’Allah l’accueille en son Paradis
éternel ! Amin.
INNA LILLAH WA INNA ILEYHI RAJI’UN
Condoléances
et remerciements
**
Condoléances du Parti Populaire
Social Démocrate
au Vice-président de l’ARD, Ahmed
Youssouf Houmed
C’est avec une réelle émotion que
je viens d’apprendre le décès de M. Ahmed Dini Ahmed.
J’en suis peiné.
En cette pénible circonstance,
permettez-moi de vous adresser au nom du Comité Exécutif
du Parti populaire Social Démocrate (PSD), de
l’ensemble de nos adhérents, militants, sympathisants
et en mon nom personnel, nos condoléances les plus
attristées.
M. Ahmed Dini Ahmed fut pour moi, non
seulement un compagnon de lutte, mais un frère dont
j’apprécie à sa juste valeur, ses qualités d’homme
d’Etat et le rôle déterminant qu’il a mené pour
faire de Djibouti une nation unie, libre, indépendante et
indivisible.
Croyez bien que son action restera
vivace et graver pour toujours dans nos mémoires.
Nous sommes de tout cœur avec vous en
ces moments difficiles.
Avec ma gratitude, je vous prie d’agréer,
Monsieur le Vice-président, l’expression de mes pensées
les plus dévouées.
Moumin Bahdon Farah
*
Condoléances de la section Q4/Q6
du Mouvement pour le Renouveau Démocratique
(MRD)
Le Vice-Président et le Trésorier de
la section de base du MRD à Q4 et Q6, MM. Saïd Abrar et
Mirgan Ali, se joignent aux habitants de leurs
quartiers pour adresser leurs sincères condoléances à
la famille, aux proches, aux compagnons de lutte de l’ARD
et à l’ensemble du Peuple, à l’occasion du décès
de notre regretté Président et Père de notre Nation,
Monsieur Ahmed Dini Ahmed. Papa Dini, nous resterons à
jamais reconnaissants de ta générosité, ta sincérité,
ta grande patience, ta longue et difficile lutte pour nous
bâtir une vraie Nation. Vous avez été croyant, pieux,
pratiquant, défenseur du Bien et des causes justes. Nous
continuerons le combat jusqu’à la réalisation de vos
voeux d’une totale alternance démocratique dans notre
pays.
Inch Allah en 2005 « année de
l’espoir » pour notre Peuple. Le combattant est mort,
le combat continue. Papa Dini, repose en paix, au revoir
au Paradis
Inna Lillaah Wa Inna Ilayhi Raaji’uun
*
Remerciements du
Président Ahmed Youssouf
Profondément touché par tous les
messages de sympathie adressés à notre parti après le décès
de notre Président Ahmed Dini Ahmed, le Président Ahmed
Youssouf Houmed remercie toutes celles et tous ceux,
personnalités nationales comme étrangères, diaspora
djiboutienne comme société civile nationale, qui nous
ont soutenus en cette triste circonstance.
Le Président de l’ARD , Ahmed
Youssouf Houmed
*
Remerciements de M. Mohamed Ahmed Kassim
Au nom de la famille du regretté Ahmed
Dini, et en mon nom personnel, je tiens à remercier
toutes celles et tous ceux qui, innombrables, nous ont témoigné
leur sincère sympathie dans cette douloureuse épreuve.
Comme eux, je ne puis manquer de
regretter, en tant que citoyen, que les médias d’Etat
aient osé occulter la contribution inestimable du défunt
à notre Histoire commune : la proclamation de notre Indépendance
nationale après une lutte acharnée.
Mohamed Ahmed Kassim , dit
Haïssama
Le
dernier message politique de M. Dini
Jusqu’à son dernier souffle, le
regretté Ahmed Dini aura été un combattant exemplaire.
Le texte reproduit ci-dessous et publié dans Les
Nouvelles d’Addis constituait
sa contribution au colloque tenu à l’Assemblée
Nationale française. Le thème central de ce colloque était
l’examen des déboires démocratiques dans la Corne de
l’Afrique
Colloque Les Nouvelles d’Addis -
Les Verts/Paris, Assemblée nationale.
2 février 2004.
Message de M. Ahmed Dini Ahmed, ancien
Premier ministre de Djibouti, président de l’Alliance Républicaine
pour le Développement (ARD).
Monsieur Dini, souffrant, n’a pu
participer aux travaux du Colloque du 2 février; il a
adressé à l’Assemblée le message ci-dessous, transmis
par Mohamed Kadamy.
Ahmed Dini est décédé le 12
septembre 2004 à Djibouti. Ce texte est son ultime
message politique extérieur.
Cette salle a vu d’autres colloques
pour débattre de sujets aussi sérieux qu’actuels,
dignes d’intérêt. Mais celui qui nous réunit
aujourd’hui est quelque peu différent par l’approche
adoptée pour son organisation par ses initiateurs et par
les thèmes choisis pour le débat.
Que les initiateurs soient remerciés
pour l’immense effort consacré à l’organisation de
ce colloque et tout spécialement le député Vert, Noël
Mamère et le secrétaire transnational de ce parti,
Patrick Farbiaz, Les
nouvelles d’Addis et certains
démocrates de la région.
D’abord, l’avantage de l’approche
adoptée permet ou permettra, je l’espère, des débats
sereins, sans risque de voir s’instaurer des échanges
acrimonieux entre les participants.
Ce qui aurait altéré la portée des
idées débattues. Cela n’empêchera pas les nécessaires
contradictions qui en enrichiront le contenu, il faut
l’espérer.
Quant aux thèmes choisis, sans prétention
de viser à une portée académique tous les sujets
importants, ils permettent cependant de couvrir certains
aspects saillants qui nous posent problème, en tant que
peuples de la région.
Ceci, bien entendu, découle de
constats aussi multiples qu’irréfutables.
Or, que constatons-nous dans nos différents
pays ?
L’existence des gouvernements en
principe pour gouverner les pays, les diriger sur le développement
général, en veillant à la création et au maintien des
conditions favorables à ce développement général.
Ce qui comporte nécessairement et
notamment l’aménagement du pays, support et source des
richesses nécessaires à l’amélioration générale des
conditions d’existence des peuples.
La réalité concernant le gouvernement
met en évidence le peu de moyens mis à sa disposition
qu’il consacre à réaliser les objectifs qui devraient
être les siens, maintenant un état de sous développement
généralisé, facteur essentiel dans sa politique visant
à garder le pouvoir.
Aucune politique de dialogue avec son
opposition ne lui paraît tolérable, ni même concevable.
Et lorsque ce dialogue s’amorce à
l’initiative de l’opposition, dans de rares occasions
dramatiques, les engagements pris sont bafoués par le
gouvernement, sans possibilité de recours.
En ce qui concerne l’opposition,
tenue par le gouvernement en absolu ostracisme et mépris,
n’ayant accès à aucune transparence pour s’informer
et agir, elle se limite au rôle ingrat et apparemment négatif
de critiquer.
Ce qui parvient à sa connaissance, au
risque de finir par ressembler à un unilatéralisme au
pouvoir contre lequel elle lutte.
Que faire alors pour sortir de cette
situation qui apparaît sans issue ?
C’est pour rechercher des éléments
essentiels à ces difficiles questions que les thèmes de
ce colloque ont été élaborés et soumis à nos débats
; tout en tenant compte du fait majeur que les peuples de
la région ne seront pas les seuls concernés par les réponses
qui seront trouvées, mondialisation oblige.
Ceci étant tellement vrai que la
plupart des Etats de la corne de l’Afrique présentent
des
conditions géostratégiques de première
importance, certains parmi eux comme Djibouti abritant à
ce titre des bases militaires étrangères.
La Somalie, étant donné ses
conditions internes, est soupçonnée à tort ou à
raison, de représenter des foyers potentiels de problèmes
régionaux.
C’est pourquoi ce pays se trouve mis
sous surveillance étroite par les grandes puissances, sur
sa façade maritime, ce qui viole, en quelque sorte, sa
souveraineté.
Les inconvénients émanant de la présence
des grandes puissances dans certains pays, recouvrent
parfois l’opposition aux intérêts bien compris des
peuples de cette région.
Exemple, lorsque la diplomatie d’une
grande puissance s’arrange pour faire participer des
contingents militaires – forces de répression dans leur
pays – aux forces des Nations Unies pour veiller à la légalité
internationale, alors que le contingent constitue une
force de répression aveugle chez lui.
Ou bien que cette même diplomatie
insiste pour l’envoi comme observateurs d’élections
à l’étranger d’agents qui pratiquent chez eux des
fraudes électorales en faveur du pouvoir en place.
C’est le cas de Djibouti : Contingent
militaire en Haïti, observateurs au Togo, en 2003.
Ceci pour démontrer que tout va bien
à Djibouti.
Pour finir, je tiens personnellement à
saluer parmi vous, Madame la Ministre des Affaires Etrangères
du Somaliland, Edna Adan Ismaïl.
Ahmed Dini Ahmed
Paris, le 2 février 2004
Hommages et
témoignages
De très nombreux
messages continuent d’affluer au siège de notre Rédaction et sur différents
sites Internet. Ne pouvant tous les publier, nous en reproduisons ici ceux qui
nous semblent les plus significatifs, dont un leitmotiv se dégage : poursuivre
le combat politique.
*
"Nous essayerons d’être fidèles
à tes idéaux de justice et de liberté."
Mohamed Kadamy Youssouf
Nous sommes sous le choc de la
disparition prématurée de Ahmed Dini «Hamza».
J’adresse mes condoléances les plus
attristées à sa famille. Je m’associe à la peine de
ses nombreux amis et des milliers de personnes qui
ressentent douloureusement son décès.
C’est une immense perte pour les démocrates
djiboutiens, l’ensemble du peuple de Djibouti et pour
toute la région.
Nous perdons :
-
• Un homme de principe d’une
intégrité morale exceptionnelle (chose rare en
politique)
-
• Un militant qui a lutté
jusqu’au dernier souffle de sa vie pour la liberté
et la justice
-
• Un dirigeant qui a accepté
d’assumer la responsabilité d’un front armé à
l’âge où d’autres prennent leur retraite
-
• Un homme d’Etat qui, pour
donner une chance à la paix, face à
l’intransigeance du pouvoir djiboutien, n’a pas
hésité à sacrifier certaines revendications malgré
l’opposition de ses meilleurs compagnons.
Vivant, il a été de tous les combats
pour la justice et la démocratie ;
Mort, Ahmed Dini restera dans les
coeurs de centaines de milliers de personnes comme un
symbole de résistance à toutes les injustices.
Le meilleur hommage que l’on puisse
rendre à cet homme exceptionnel, c’est de permettre à
son pays d’emprunter la voie de la démocratie.
A son école, nous avons appris à ne
pas nous résigner à l’injustice.
Nous essayerons d’être fidèles à
tes idéaux de justice et de liberté, Hamza.
Adieu Hamza…
*
Honneur, liberté, intégrité : le
combat de Ahmed Dini
COLETTE DELSOL, Directrice
des Nouvelles
d’Addis
Les Djiboutiens ont perdu un sage et Les
Nouvelles d’Addis un
ami. Quand nous avons créé ce journal, nous espérions
rendre compte des richesses humaines et culturelles de
cette région ignorée des médias occidentaux. Jamais
nous n’aurions pu espérer trouver un de ses ténors.
Ahmed Dini Ahmed était cela, un homme d’une culture
exceptionnelle, d’une intégrité remarquable, d’une
sagesse ironique et humble, d’une vive intelligence qui
savait partager ses passions et ses objectifs, sans asséner,
dans la simple démonstration de l’évidence.
Des qualités dissimulées sous une
apparence frêle et des yeux rieurs qui recherchaient la
connivence ou la provocation amusée.
Maniant avec dextérité l’humour,
Ahmed Dini savait quelle arme redoutable il peut représenter,
mais aussi quand il fallait y mettre fin pour aborder les
sujets essentiels, Djibouti et les Djiboutiens.
Ahmed Dini avait combattu pour l’indépendance
de son pays et de son peuple. Il aurait pu, comme tant
d’autres, se satisfaire des apparats du pouvoir et
regarder avec condescendance le peuple djiboutien.
Mais son seul maître était Allah. Les
hommes se devaient, comme lui, de servir Dieu et sur
terre, en tant que responsables politiques, de servir leur
pays et leur peuple.
Jusqu’à son dernier souffle, il aura
tenté d’orienter la politique de Djibouti en ce sens,
allant arpenter, souffrant et fatigué, le pays lors des
dernières élections législatives, acceptant les
ignominies déversées sur son compte
par ses adversaires, engageant ses partisans à modérer
leurs troupes pour éviter un bain de sang, tentant par
tous les moyens politiques, juridiques et administratifs
de faire reconnaître la justice.
Animé par ce désir de justice pour
ses concitoyens, il a mené des combats plus ou moins bien
compris, même par ses partisans, ; incompréhensions
portant plus souvent sur les méthodes que sur les
objectifs.
Même dans les affrontements politiques
les plus violents, Ahmed Dini n’aura jamais souhaité
malheur à ses adversaires au pouvoir. Son sens de
l’honneur et sa religion l’en empêchaient. Religion
qu’il considérait comme un accord serein entre Dieu et
lui, sans besoin de grands discours, ni de démonstrations
tapageuses.
A sa famille, à ses amis et à tous
les Djiboutiens, Les
Nouvelles d’Addis adressent
leurs condoléances attristées.
*
Un homme qui a épuisé ses dernières
forces à éradiquer la dictature djiboutienne
Ali Coubba
Reims (France), le 14 septembre 2004.-
La disparition d’Ahmed Dini est bien entendu un drame
pour sa famille. Avant tout, je tiens à présenter mes
condoléances à ses enfants et à ses proches. Né en
1932 à Mèle (district d’Obock), il disparaît à 72
ans, au moment où il incarnait la dernière chance
d’alternance démocratique pour son pays.
Plus qu’un simple responsable
politique, Ahmed Dini faisait partie de ces hommes « sur
qui la société repose» . Ses
moindres propos étaient commentés à travers le pays,
suscitant ici l’admiration, là la haine. Il avait le
don, le génie, des formules frappantes auxquelles
l’opinion publique adhérait spontanément. Pour
fustiger la fraction du FRUD qui prit la partie de négocier
avec le régime en 1993, il lance en 1994 le terme Agabaa.
Le décès brutal de l’ancien Premier
ministre de Djibouti (de juillet à décembre 1977)
n’endeuille pas seulement sa famille. Elle plonge dans
la consternation tous ses concitoyens (Afars, Somalis et
Arabes).
Au-delà de sa patrie, le triangle Afar
peut pleurer légitimement ce «fils» prodige.
Cet été, des nouvelles
contradictoires circulaient sur l’état de santé d’Ahmed
Dini. Nombre de nomades et de citadins que j’ai croisés,
en Ethiopie, désiraient lui témoigner leur compassion.
Ahmed Dini était un homme pieux, très
versé dans le domaine religieux. Tout aussi immense était
son érudition en matière de la culture afar. Sa famille
appartenait à la plus prestigieuse et la plus ancienne
dynastie sultanique afar : Ad’ali ou Adal. Pourtant, la
postérité ne retiendra de lui qu’une seule image : la
figure attachante du dirigeant politique.
Son éloquence fiévreuse et litanique
(propre à la culture afar et somali), émaillée
d’ironie et de séduction, galvanisait des foules. Dans
un pays manquant cruellement de culture politique, il
n’a jamais pu donner toute la mesure de son génie.
C’est pourquoi, parfois incompris, il
était capable de prendre le parti de se «taire». Ce
qu’il fit de 1977 à 1981, puis de 1982 à 1991, en
s’exilant à Obock, dans le nord du pays.
L’avènement du FRUD, en 1991, allait
transfigurer ce politicien singulier et le propulser de
nouveau au devant de la scène politique. Son tempérament
naturel le poussait davantage à séduire qu’à
convaincre son interlocuteur. C’est pourquoi il sera
regretté et par ses amis et par ses adversaires.
A cause de sa propension à vouloir
concilier croyances religieuses et convictions politiques,
de la trahison de ses « amis » et de ses volte-face
brusques, Ahmed Dini a manqué beaucoup de rendez-vous. En
dehors d’une brève
vice-présidence de 1959 à 1960, des
fonctions de ministre et de député (de 1963 à 1973), et
enfin de la primature en 1977 (de juillet à décembre),
il n’a jamais occupé la première place.
Pourtant, il en avait le profil, la
pondération et la maturité. Entre lui et la magistrature
suprême, la distance fut souvent petite.
Mais le destin a voulu qu’il s’en
approche souvent sans jamais pouvoir le saisir. Nul doute
qu’il aurait donné une notoriété enviable à notre
petit pays !
Pour ma part, je garderais du défunt
l’image d’un homme qui a épuisé ses dernières
forces, entre 2001 et 2003, à éradiquer la dictature
djiboutienne. Une dictature archaïque et moyenâgeuse.
Sa vie se confond quelque part avec
l’histoire de son pays. Animée de grandes espérances,
mais si souvent contrariée.
L’ultime hommage qu’on pourrait lui
rendre ne serait-il pas de réaliser son combat inachevé
?
*
Ahmed Dini : Homme
d’épée, Homme de paix
Maki Houmedgaba , Représentant
de l’ARD en France
(13 septembre 2004). Né en 1932 à
Obock dans la première capitale de la future Djibouti,
Ahmed Dini Ahmed aura tout donné pour son pays. Père de
l’indépendance nationale, homme d’Etat et homme de
culture, la personnalité immense de Monsieur Dini a
couvert de son ombre toutes les générations d’hommes
politiques djiboutiens, comme elle a tracé les sillons de
toutes les carrières politiques et administratives
nationales depuis 50 ans.
L’honneur revient aux Djiboutiens
dans leur ensemble d’avoir un jour compté un homme de
cette graine parmi eux. C’est toute la nation
djiboutienne qui est désarmée face au défi du vide sidéral
laissé par cette disparition.
L’honneur revient aussi à
l’opposition djiboutienne regroupée au sein de l’Union
pour l’alternance démocratique (UAD) qui l’avait élevé
à sa tête, ainsi qu’aux militants de l’Alliance Républicaine
pour le Développement (ARD) qu’il présidait.
Les centaines de condoléances reçues
par la famille et par les militants du parti donnent la
mesure de la reconnaissance des Djiboutiens pour la lutte
menée par leur père à tous. Et la seule manière de
persévérer est encore d’être digne de lui, et digne
du combat qu’il a légué.
En revanche, l’horreur dans toute sa
froideur, orne aujourd’hui les visages de l’ancien président
Hassan Gouled Aptidon et de son successeur Ismaël Omar
Guelleh qui ont, tour à tour, misérablement trahi la
confiance placée en eux et la main tendue par M. Dini
pour construire ensemble une nation unie et démocratique.
Hélas, Djibouti a perdu son premier
citoyen et son premier modérateur, et court désormais le
risque d’un embrasement sans fin des cœurs et des
esprits.
Il faut se le dire simplement.
L’injustice et les frustrations sont si grandes à
Djibouti que, si nous ne nous inspirons pas de M. Dini,
nous risquons de compter les morts à Djibouti.
Ces
enfants seront-ils des terroristes ?
OBOCK
:
L’AVENIR
DÉSESPÉRÉ
Humains
(LDDH) : comment le régime djiboutien et certains
donateurs extérieurs osent-ils impunément et toute honte
bue prétendre avoir réhabilité pour à peine un million
de nos francs une salle de classe à
Médého ? Quand on sait que le régime dépense beaucoup
plus dans la plus petite de ses distributions électorales
de khat, le constat a de quoi être alarmant : la
communauté internationale contribue à sa manière à la
consolidation de la mauvaise gouvernance et à
l’oppression des peuples, et subsidiairement à la
dilapidation des deniers publics prodigués par certains
peuples européens démocratiquement plus avancés.
Pour vérifier de visu
la situation dans une de ces zones dévastées par le
conflit civil, M. Jean-Paul Abdi Noël, le Président de
la LDDH, a tenu à se rendre lui-même sur place pour
mesurer l’ampleur du chantier. De ce carnet de voyage,
il a ramené une discussion à bâtons rompus avec les
plus jeunes citoyens de cette portion de notre territoire
national. A nos concitoyens de lire avant tout ce témoignage,
en gardant à l’esprit ce lucide constat du Président
Bush selon lequel il convient, pour durablement combattre
le terrorisme international, d’en éradiquer les racines
: celles qui nourrissent le désespoir de l’être
humain. Voici, en toute simplicité, ce que les jeunes écoliers
et collégiens d’Obock ont tenu à raconter.
Ali : On vient nager tous les jours
car, à part jouer au foot par cette chaleur étouffante
et dans ce khamsin, il n’y a aucune autre distraction
ici : pas de salle de cinéma, la maison des Jeunes
toujours fermée depuis longtemps, aucune salle de
lecture, rien ! C’est complètement mort ici. Même en période
scolaire, il n’y a rien pour se distraire. D’ailleurs,
c’est même difficile de tout simplement s’instruire
car, la plupart du temps, la centrale électrique est en
panne : demandez aux autres écoliers citadins comment ils
feraient s’ils étaient obligés de faire leurs devoirs
le soir chez eux à la lueur d’une lampe.
Ahmed : Ne pensons pas qu’à
nous-mêmes. Moi, ce qui me chagrine aussi, c’est que
cette année, aucun écolier d’une école de notre
brousse n’a passé son entrée en sixième, comme si le
CM2 n’existait plus là-bas. Je crois que dans notre
district, il y a au moins si autres écoles en dehors d’Obock,
je ne comprends donc pas pourquoi aucun écolier n’en
est venu pour passer son entrée en sixième. C’est
grave et personne ne s’en soucie.
Mohamed : C’est peut-être un
problème de transport. Toutes les pistes en brousse sont
fichues depuis la guerre et en plus il y a très peu de
4x4 qui circulent dans notre région. Peut-être parce que
les gens sont devenus tellement pauvres à cause de cette
guerre qu’ils n’ont plus les moyens de louer un 4x4
pour amener les provisions qu’ils viennent acheter à
Obock.
En plus, depuis que le bac est tombé
en panne, les boutiques d’Obock sont souvent vides.
Alors, beaucoup de gens qui habitent en brousse préfèrent
aller avec leurs chameaux se ravitailler à Tadjourah,
surtout ceux qui vivent autour de Mabla.
Hassan : Justement, moi j’ai de
la famille à Mabla et j’aimerais bien y aller. Le problème,
c’est que je ne trouve aucun 4x4 pour m’y emmener. En
plus, mon père manifeste tous les jours devant le bureau
du chef du district car on lui refuse sept mois de
salaires…
Ahmed : C’est vrai ! Toute la
ville est au courant. C’est injuste. Ils sont une
vingtaine de coolies et de cantonniers auxquels le
gouvernement refuse sept mois de salaire alors qu’ils
ont travaillé dur. La politique, c’est vraiment méchant
!
Hassan : Il paraît même qu’une
parente de l’un d’eux a été récemment ramenée de
la brousse parce que sa grossesse se passait mal. Eh bien,
je vous jure qu’il a fallu se cotiser pour acheter le
gasoil pour l’ambulance ! D’ailleurs, c’est toujours
comme ça que ça se passe : si on ne paye pas le gasoil,
pas d’ambulance. Mais il paraît que c’est aussi comme
ça dans tous les autres districts du pays, sauf dans la
ville de Djibouti.
Mohamed : Mais les choses sont plus
graves à Obock. La ville a été détruite pendant la guerre. Le gouvernement nous a fait
beaucoup de promesses. Le Président de la République a même
apporté des sacs de ciment pour commencer à
reconstruire, mais tout a disparu mystérieusement sans
qu’aucune maison n’ait été bâtie avec. Maintenant,
il paraît que les Européens ont donné beaucoup
d’argent au gouvernement pour reconstruire les maisons détruites,
mais on le donne parfois à des habitants dont la maison
n’a pas été détruite. En plus, je ne comprends pas
pourquoi les Européens veulent qu’on habite dans des
maisons aussi petites, qui n’ont qu’une seule chambre
pour dormir. Je ne sais pas si les maisons sont aussi
petites que ça en Europe. Je me demande où les enfants
dormiront quand il pleut : peut-être dans la cuisine où
les WC ; en tout cas, la véranda n’est pas couverte. Je
sais qu’il ne pleut pas souvent chez nous, mais ce
n’est pas une raison pour construire des maisons qui
n’ont qu’une seule chambre à coucher
Ali : En plus, ce n’est pas
totalement gratuit, parce que le gouvernement demande aux
gens de payer eux-mêmes une grande partie des travaux de
construction. Ici, les gens qui travaillent ne sont pas
nombreux, c’est pour cela qu’il n’y a aucune banque
dans notre ville.
Alors, je ne sais pas comment les gens
pourront payer leur part pour avoir ces nouvelles maisons,
si petites, si minuscules.
Hassan : Excusez-moi, mais je dois
vous quitter. Il est l’heure d’aller prier et je dois
ensuite apporter à manger à ma tante qui est hospitalisée
au dispensaire depuis avant-hier.
La pauvre, je ne sais pas comment elle
fait pour dormir le soir, avec tous ces moustiques, parce
que la plupart du temps, il n’y a pas d’électricité
à cause de la centrale qui tombe toujours en panne. Le médecin
et les infirmiers sont bien sympa, mais ça ne suffit pas
pour soigner tous ces pauvres malades.
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