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ÉDITORIAL
LE TEMPS EST VENU…
D’EN FINIR AVEC LA « PAONDEMIE » !
Comme la montagne accouche parfois d’une
souris, surtout quand il s’agit de médiatiser le blabla
officiel d’un régime fondé sur l’usurpation, le
fameux discours du candidat officiel, donc vainqueur
programmé d’une fraude institutionnalisée, aura tenu
toutes ses promesses d’inconsistance, de démagogie et
de mégalomanie. Difficile dans ces conditions d’accepter
la monnaie de singe fournie en guise d’excuse par l’organe
de presse gouvernemental La Nation dans ses lignes
commises d’office : ce discours aurait été prononcé
« sous le coup de l’émotion », l’encre
tachée du journal faisant foi. Pour le reste, cette
vacuité n’étonne personne.
Tout d’abord, la précipitation avec
laquelle s’est tenu ce rassemblement anti-populaire, est
diversement analysée selon la proximité que l’on croit
détenir par rapport au pouvoir en place. Pour les tenants
du régime, voulant battre le fer tant qu’il est chaud,
ce serait pour profiter des présumées faiblesses d’une
« opposition au faite de son désarroi » : le malheur
des uns faisant certes le bonheur des autres, il n’en
demeure pas moins vrai que, personnifier n’étant pas
personnaliser, une perte aussi inestimable soit-elle n’entame
en rien la détermination d’un véritable démocrate,
bien au contraire ! C’est peut-être pour cela, qu’Allah
faisant toujours bien les choses, certaines mains n’ont
pas été serrées à l’occasion d’une cérémonie
funéraire : l’hypocrisie doit avoir des limites.
Pour le citoyen ordinaire, priant nuit
et jour afin que disparaisse ce régime et avec lui le
premier responsable de cette catastrophe nationale, cette
précipitation serait surtout due à la crainte qu’une
certaine affaire pendante devant la justice française, et
mettant en cause les sommets de l’État djiboutien, ne
vienne à définitivement saper l’illusoire cohésion du
groupuscule au pouvoir. Même si ce n’est pas aussi
clinquant que les diamants de Bokassa, ni aussi
sanguinolent que l’anthropophagie du feu dictateur de l’empire
centrafricain, il fait aujourd’hui mal vivre dans
l’Hexagone de côtoyer des assassins
présumés. Donc, pour toute l’opposition démocratique,
le dernier congrès du parti au pouvoir est un
non-événement : une tempête dans un verre d’eau !
Cela dit, il convient de comprendre,
par-delà les contraintes internes et externes sans aucune
réalité sur les véritables enjeux nationaux, pesant sur
tel candidat à sa propre succession, et sur sa cour d’obligés
par conséquent, le ressort ultime de toute cette
gesticulation qui n’a pas fini de faire couler toute l’encre
officielle et déclencher toutes les salives hargneuses,
partisanes et sectaires. Ajouté à la mise en scène d’un
entraînement de la Garde présidentielle aux dernières
techniques de combat (urbain ?), grâce à la généreuse
coopération des forces françaises stationnées à
Djibouti, ce positionnement sur une scène électorale
frauduleuse, par définition comédie dans un pays où
tant de citoyens cherchent encore désespérément de
pièces d’identité nationale et quand tant d’autres
se voient dépossédés de leur carte d’électeur, n’appelle
pour le moment aucune réaction officielle de notre part.
Car le fin mot de ce brouhaha
médiatique est tout simplement d’occuper un terrain d’avance
miné : entre des forces de défense et de sécurité
partisanes, une administration terrorisée qu’aucune
centrale syndicale libre et indépendante ne peut
défendre, et un Conseil constitutionnel d’un ridicule
caricatural, le prétentieux d’un régime lui
appartenant corps et âme peut facilement jouer au paon :
le vernis tolérant et démocratique du pouvoir en place (
que peut légitimement laisser croire le seul fait de lire
ces quelques lignes) cède lentement place à sa
véritable nature intolérante et oppressive. Pour qui ne
le savait pas déjà ! Quand tant de crimes d’État
restent encore impunis, il est bien évident que l’instauration
d’un État de droit en République de Djibouti passe
inévitablement par la chute de ce régime : aucun
compromis n’est donc possible. En attendant, le
théâtre officiel, aux frais du contribuable, continuera
de déployer son faste indécent. Plus pour longtemps !
BRÈVES NATIONALES
Les droits de la femme version RPP :
Au mépris des parturientes
« Le temps est venu d’assurer à
la femme djiboutienne la place et le rôle prépondérants
qui sont les siens dans la communauté nationale, en l’arrachant
au doute, à la violence, à la moralité, à la
marginalisation et à l’exclusion, afin de s’appuyer
sur elles pour édifier les chemins de l’avenir. »
Ce court extrait du pompeux discours
prononcé par le chef de l’État à l’occasion de sa
« désignation » comme candidat lors du folklorique
congrès du parti au pouvoir, tentant abusivement de faire
croire que le gente féminine djiboutienne serait
respectée sous nos cieux officiels. La réalité
quotidiennement vécue par ces femmes dément
catégoriquement cette propagande d’État.
Pendant que l’illustre candidat
autoproclamé discourait du haut d’une tribune à sa
cause acquise, sur la promotion des droits de la femme
sous son gouvernement, l’actualité récente d’une
situation vécue dans une zone rurale de Tadjourah
démentait ses prétentions progressistes.
Ainsi, il y a quelques jours de cela,
une parturiente, donc sur le point d’accoucher, dans le
secteur de Garrassou, petit village de montagne à l’est
de Randa, et dangereusement affaiblie, par une grossesse
difficile, y a failli faire les frais de la mauvaise
gouvernance assassine. La parturiente étant sur le point
de mettre au monde, ses proches se sont rendus à
Tadjourah afin de solliciter du dispensaire local une
ambulance pour l’évacuer autrement qu’à dos de
chameau.
Quelle ne fut leur surprise et leur
déception quand les autorités médicales de ce district
leur répondirent que ladite ambulance ne se déplacerait
pour cette évacuation sanitaire que si et seulement si
les demandeurs s’acquittaient des frais de carburant et
consentaient également à financer l’achat de deux
pneus neufs pour le véhicule. Avant, on ne demandait que
l’argent pour le gasoil, plus l’achat du khat pour les
ambulanciers !
Choquée, la famille de la parturiente
en difficulté a préféré louer un véhicule privé.
Arrivé sur les lieux, la dame avait tout de même réussi
à accoucher, dans des conditions que chacun imagine
délicates ; mais, étant miraculeusement en vie malgré
de graves problèmes de santé.
Deux jours plus tard, elle fut
évacuée sur un brancard de fortune jusqu’au campement
d’Am’isso, situé en bordure de
la piste Tadjourah-Randa, d’où elle a finalement été
transportée vers le dispensaire de Tadjourah, s’y
remettant péniblement de son calvaire. Dans un pays où
un hélicoptère d’État est mobilisé pour le transport
de khat en zone rurale au prétexte d’une
sensibilisation partisane au profit du parti au pouvoir,
ce énième mépris sonne comme une terrible négation au
droit à la vie.
Où est donc le sens de responsabilité
affiché par le candidat officiel du parti au pouvoir,
prêt à rempiler pour parachever la destruction du pays ?
Tourisme politique au Day :
le khat ne nourrit pas !
Le parti au pouvoir, en campagne
prématurée, n’en saisit pas la mesure : pour la
population du village du Day, le pic de pollution
politique a atteint le sommet du pic Deloncle. On se
souvient que, dans cette région particulièrement
affectée par le conflit, les électeurs avaient
massivement sanctionné l’UMP et son chef de file lors
des législatives de janvier 2003. Depuis cette date, pas
une semaine ne passe sans que les missi dominici
présidentiels n’y déversent leurs sempiternels lots de
mensonges et autres ballots de khat.
Ainsi, on raconte ces derniers temps qu’un
dignitaire zélé, au demeurant directeur d’un
établissement public vache à lait patenté du régime,
chercherait moyennant une généreuse distribution de
khat, à amadouer les populations victimes du chômage
pour cause de développement non durable, de l’insécurité
perpétrée par la garde présidentielle affectée au khat
présidentiel et de la précarité généralisée à l’échelle
nationale.
Ce haut fonctionnaire en campagne pour
quoi de droit pousserait même le culot jusqu’à
recueillir les doléances de la population pour,
paraît-il, les fidèlement et directement transmettre au
grand chef. Comme si les visites du docteur honoris causa
dans le coin n’avaient servi à rien : prétentieux !
Rappelons que l’illustre
gentleman-farmer propriétaire du ranch agropastoral sis
sur les lieux, est actuellement en train de bâtir dans ce
village une « modeste » (comme dirait un journaliste
alimentaire de Jeune Afrique/L’Intelligent)
résidence secondaire dont le chantier est sévèrement
gardé par des éléments de la fameuse garde
présidentielle.
Par ailleurs, les usagers de la piste
Randa-Day, impraticable sur un tronçon de quatre
kilomètres depuis août 2003, remarquent avec amertume
que les engins des Travaux Publics
affectés à l’aménagement de la propriété
présidentielle du Day sont ceux-là mêmes qui manquent
cruellement à la réhabilitation de cette piste.
La coupure de cet axe routier les
obligeant à un détour de plus de 80 kilomètres pour
relier les deux localités. Quelle
meilleure preuve du mépris présidentiel pour les
difficiles conditions des populations rurales ! Unique
pitance uniquement servie par ce régime alimentaire : le
khat et le bakchich.
Enclavement médiatique :
Obock ne connaît pas « Le Progrès
»
La vérité sort de la bouche des
enfants : sommé de dire son mot, un militant RPP de la
ville d’Obock convoqué au récent congrès du parti
présidentiel, a résumé à sa façon le terrible
enclavement imposé à sa région.
« C’est curieux, s’est-il
demandé, nous sommes tellement isolés à Obock que
les journaux gouvernementaux, La Nation et Le Progrès, ne
nous parviennent pas, alors que Réalité, hebdomadaire de
l’opposition, est disponible chaque semaine dans notre
ville ».
Preuve que notre journal s’intéresse
aux pénibles conditions de vie des populations isolées
de tous les districts de l’Intérieur, contrairement aux
médias de propagande du régime. Pour nous, Obock veut
dire quelque chose, pas pour les pilleurs du régime !
Être RPP, quel calvaire pour la conscience.
Belgique et réfugiés djiboutiens :
Le régime fait fuir…
Désireux de comprendre le pourquoi
de l’afflux aussi massif de réfugiés djiboutiens sur
son territoire, le royaume de Belgique a envoyé la
semaine dernière une de ses fonctionnaires aux fins de
saisir en République de Djibouti ce qui peut bien pousser
ses ressortissants à fuir leur pays. Dans le cadre de
cette mission , Mme Katelinje Hermans, a séjourné
quelques jours dans notre Capitale, soucieuse de
recueillir les avis de tous les horizons : régime,
opposition et société civile.
A ce titre, elle a tout d’abord pris
contact avec des défenseurs des droits de l’homme dans
le pays. Ensuite, elle a rencontré des responsables
syndicaux licenciés en 1995 pour fait de grève, donc
potentiellement candidats à l’exil, mais résistants de
l’intérieur fidèles à leur engagement.
Sur ce, elle aurait reçu la visite
impromptue des sbires de la police politique cherchant à
la dissuader de prendre contact avec ces indésirables
patentés.
Ayant eu carrément peur pour sa vie,
parce que ne s’attendant pas à un tel comité d’accueil,
elle a préféré décommander tous ses rendez-vous
ultérieurs avec des représentants de l’opposition,
dont elle a néanmoins rencontré un dirigeant du MRD.
Le régime ayant lui-même démontré
sa nature totalitaire, une question se pose alors : est-il
préférable pour l’opposition démocratique que ces
forces vives exilées rentrent au pays pour lutter sur
place contre un pouvoir qu’ils ont fui ? Certainement,
même si le risque est réel de les voir subir une
oppression à huis-clos dont la dénonciation n’aurait
forcément pas la même valeur dans les rues de notre
Capitale que si elle perturbait la quiétude bruxelloise.
A chacun d’y répondre en son âme et conscience.
Bien sûr, la question ne se pose pas
pour les familles de certains dignitaires cherchant dans l’exil
doré une tranquillité qu’ils ne semblent pas prédire
pour notre pays. La confiance règne.
Rwanda-Djibouti :
Une triste constance
On se souvient qu’il y a quelques
mois, la Présidence djiboutienne, furieuse des derniers
rebondissements de l’affaire Borrel, s’était fendue d’un
communiqué virulent contre la France. L’accusation sans
nuance la rendait responsable du génocide rwandais.
Certes, la France, dans le cadre d’un accord de
coopération militaire avec le régime tribaliste de
Kigali, équipait et entraînait les forces régulières
dévouées à la cause de Juvénal Habyarimana. Mais un
régime sectaire préfère voir ce qui se passe loin de
chez lui et occulter les scandales au fondement de sa
pérennité.
Bis repetitas : le journal
gouvernemental La Nation nous apprend que, dans un
contexte de raidissement du régime, les forces
françaises stationnées à Djibouti ont assuré l’entraînement
des éléments de la garde présidentielle.
Or, ne serait-ce que par sa
composition, ce n’est un secret pour personne que ladite
garde présidentielle a toutes les caractéristiques d’une
vulgaire milice tribale, pratiquement une force
paramilitaire exclusivement chargée de la protection du
chef de l’État, comme si la Police et l’AND n’inspiraient
plus confiance en haut lieu.
Même si, là encore, la formation
fournie par l’ancienne puissance coloniale s’inscrit
dans le cadre des accords de coopération militaire, et
considérant les risques d’instabilité que ce régime
de division fait courir au pays, il n’en demeure pas
moins vrai que ce soutien n’améliorera en rien l’image
de marque de la France auprès de nos concitoyens.
LA SOMALIE
SUR LA BONNE VOIE ?
Le nouveau Président aura du pain sur la planche
Le colonel Abdillahi Youssouf, jusque
là président du Puntland, est sorti vainqueur du scrutin
présidentiel organisé dimanche dernier à Nairobi, face
à 26 autres candidats, dont Abdi lkassim
Salat Hassan, poulain du pouvoir djiboutien et éliminé
dès le premier tour. L’élection du nouvel homme fort
somalien suscite un immense espoir dans le monde, les avis
sont partagés dans la région.
La conférence de réconciliation
somalienne, ouverte au Kenya il y a deux ans sous l’égide
de l’IGAD semble avoir porté ses fruits. Les 275
députés du Parlement de transition ont désigné, à une
large majorité, le colonel Abdillahi Youssouf, président
de la région autonome du Puntland, comme le nouveau
Président intérimaire de la Somalie.
Abdillahi Youssouf est loin d’être
un inconnu dans la région. Dès 1978, il s’est opposé
à Siad Barré en créant à partir de l’ Éthiopie
un mouvement armé connu sous le sigle SSDF (Front
Démocratique du Salut Somalien).
A la chute du dictateur en 1991, il
regagne son pays, mais n’arrive pas à s’imposer à la
tête de la Somalie. Il restera jusqu’en 1997 un des
chefs de guerre membre du Conseil National Somalien (NSC).
En 1998, il se replie sur sa zone d’influence
traditionnelle et devient ainsi le président de la
région autonome du Puntland. Homme à poigne, ce
militaire de carrière dirige alors cette zone d’une
main de fer et refuse d’y organiser des élections.
Chassé du pouvoir en 2002, il n’hésite pas à le
reprendre de force quelques mois plus tard, certes avec le
concours de l’Éthiopie dont il reste un fidèle allié.
En 2001, comme plusieurs autres chefs
de guerre renommés, il boude souverainement le processus
de réconciliation intersomalien organisé à Arta sous l’égide
du chef de l’État djiboutien. L’élection du nouveau
Président de la Somalie, aujourd’hui âgé de 70 ans,
semble rassurer la communauté internationale désireuse
de durablement pacifier ce pays.
Le Secrétaire Général des
Nations-Unies, M. Kofi Annan a d’ailleurs fait une
déclaration dans laquelle il estime que cette élection
constitue « une nouvelle étape importante vers le
rétablissement de la paix et de stabilité en Somalie, et
il attend la formation, dans un proche avenir, d’un
gouvernement fédéral de transition capable d’entamer
le processus de réconciliation et de reconstruction
dans un esprit de consensus et de dialogue
».
Cette étape sur la voie de la
reconstruction d’un État
somalien unitaire, donc plus à même de neutraliser
certains groupuscules rassure également la coalition
engagée dans la lutte contre le terrorisme, qui suspecte
Al Qaïda d’avoir des bases dans la sous-région.
Hantise également d’un gouvernement éthiopien qui a
maille à partir avec des mouvements séparatistes pouvant
utiliser une Somalie anarchique comme base arrière. Mais
ce choix est cependant loin de faire l’unanimité dans
la corne de l’Afrique.
Le Somaliland tout d’abord, dont l’homme
fut un voisin difficile en tant que président du Puntland,
considère avec méfiance la montée en puissance d’un
leader qui avait des visées territoriales affichées sur
les provinces somalilandaises de Sool et Sanag, ainsi que
sur la ville de Las Anod. D’ailleurs, dans son premier
discours en sa qualité de Président fraîchement
désigné, M. Abdillahi Youssouf aurait promis qu’il
oeuvrerait à la restauration de l’intégrité
territoriale de l’État anciennement connu sous l’appellation
de République Démocratique de Somalie, ce qui implique
bien évidemment à ses yeux le retour du Somaliland dans
le giron de Mogadiscio.
C’est pourquoi, aussitôt les
résultats proclamés, le gouvernement du Somaliland a
tenu une réunion extraordinaire à l’issue de laquelle
une déclaration officielle a été rendue publique par
son ministère de l’Information.
Dans ce document, le Somaliland, fort d’une
Constitution ratifiée par 97% de sa population, n’entend
pas renouer avec un passé unitaire dont les stigmates d’une
guerre civile sont encore vivaces.
Des tensions sont donc malheureusement
à craindre à ce niveau entre les deux voisins, celui qui
n’est pas reconnu sur la scène internationale étant de
surcroît affaibli par le retour programmé de l’administration
centrale somalienne dans le Puntland jusque-là plus ou
moins autonome. A ce chapitre enfin, il sera intéressant
de suivre la position du plus grand voisin, l’Ethiopie,
qui entretient de bonnes relations avec les deux entités.
Car, avant même les Somaliens qui
attendent des actes concrets du nouvel homme fort, cette
élection a concrétisé la suprématie de la diplomatie
éthiopienne dans la région, au grand dam des autorités
djiboutiennes.
Celles-ci ne portent pas dans leur cœur
le tombeur de leur protégé, Abdilkassim Salat, choisi à
Arta en 2000 et digèrent difficilement la retentissante
faillite du processus jadis imaginé par le « visionnaire
national ».
C’est donc une certaine diplomatie
djiboutienne, prétentieuse sans en avoir les moyens,
projetant le plus souvent sur la scène régionale de
sombres calculs de domination interne, qui est clairement
sanctionnée.
Pour les affairistes du pouvoir
djiboutien, c’est la fin d’un lobby
militaro-commercial qu’ils cherchaient à établir à
Mogadiscio, pour pouvoir profiter de la manne financière
qu’une communauté internationale désireuse de
participer à la reconstruction de la Somalie, était
censée déverser.
Mais le plus grand chantier qui attend
Abdillahi Youssouf se situe au plan intérieur. La
pacification complète du pays requiert de moyens
financiers colossaux.
Le désarmement de toutes les milices
armées sera une tâche particulièrement ardue et il n’est
pas acquis que les chefs de guerre s’assagissent si
leurs appétits de pouvoir ne sont pas satisfaits comme
ils y sont jusqu’à présent habitués.
Dans un pays où tout a été détruit,
la mise en place d’une administration centrale ne sera
pas chose facile. La lutte contre le tribalisme et l’esprit
de clan est indéniablement un important défi que devra
relever, pour inscrire sa fonction dans la durée, cet
ancien officier de l’armée somalienne formé en Europe.
Rappelons qu’au cours
du long conflit civil qu’a connu la Somalie tout a
pratiquement été détruit et le nouveau pouvoir sera
contraint de repartir de zéro. Ainsi, depuis 1991 des
centaines de milliers de somaliens sont morts de violence,
de famine et de maladies tandis que plusieurs dizaines de
milliers ont pris le chemin de l’exil. L’élite
nationale a massivement émigré en Europe, en Amérique
et dans les pays arabes et africains. Il n’est donc pas
certain que les forces vives retournent dans leur patrie
avant bien longtemps. Pourtant ce pays est potentiellement
riche. L’agriculture et la pêche constituent ses atouts
majeurs avec l’élevage.
Du fait du conflit les Somaliens sont
devenus une des populations les plus pauvres de la
planète vivant avec un revenu national par habitant
estimé à 110 dollars par an. En raison du chaos aucune
donnée statistique fiable n’est disponible faute d’administration
centrale.
Pour réussir dans sa mission de
reconstruction nationale, le nouveau Président devra
impérativement convaincre ses compatriotes qu’il est
bien l’homme de la situation, capable d’œuvrer dans
le sens d’un intérêt général qui a si dramatiquement
fait défaut au Peuple somalien depuis si longtemps.
De ce contrat de confiance dépend
essentiellement la suite des événements, afin que l’espoir
suscité par cette élection ne soit pas déçu. C’est,
en tout cas, le sentiment majoritairement partagé à
Mogadiscio.
Et c’est une fois cette paix
intérieure acquise, qu’il sera temps, si toutes les
parties en décident ainsi, de rechercher les voies et
moyens de parvenir à la réunification de la Somalie et
du Somaliland. Car, à y bien réfléchir, seuls des
ennemis de la Nation somalienne peuvent espérer qu’elle
reste durablement divisée. Ce n’est pas notre position.
Mais du temps est nécessaire pour
parvenir à la paix des cœurs et des esprits qu’impliquent
de telles retrouvailles. C’est ce que nous leur
souhaitons de tout cœur.
BON RAMADAN
A l’occasion du mois
béni du Ramadan, l’ARD et la Rédaction de Réalité
adressent leurs meilleurs
vœux
à tous leurs concitoyens
et aux musulmans du monde entier. Elles leur souhaitent de
passer ce mois béni dans les meilleures conditions
matérielles et spirituelles.
LU POUR VOUS
VU DE DOS
Avec la campagne qui s’ouvre, le
citoyen courtisé pour la circonstance subira les assauts déchaînés
d’une presse gouvernementale à laquelle s’adjoindront
certainement d’éphémères publications ad hoc.
La modestie ne sera pas la première caractéristique de
ce déluge programmé : seul pharaon aura peut-être fait
plus grand dans le culte de sa personne. A titre
prophylactique, nous proposons cette semaine un autre
regard sur le candidat de son propre pouvoir. Paru sur le
site des Nouvelles d’Addis en décembre de l’année
dernière, ce texte restitue "l’Homme"
(comme aimait à se qualifier feu Causescu avant de finir
dans les poubelles de l’Histoire) dans l’héritage de
son oncle, dont il fut la tristement célèbre main de
fer, et dans un contexte régional dont il n’a pas
contribué à apaiser les convulsions. A l’heure donc de
l’ouverture tambour battant d’une campagne qui est
synonyme de perte de temps pour nos concitoyens, et au
moment où la Somalie de Mogadiscio a désigné son
Président intérimaire, ce portrait vaut le détour.
Géopolitique / Djibouti
Géopolitique de la corne d’Afrique :
Le pouvoir d’Ismaël Omar Guelleh
« Au lieu de voir les Djiboutiens vivre en harmonie,
aussi bien avec eux-mêmes qu’avec leurs voisins, axe
sur lequel la corne de l’Afrique évolue, le Président
Guelleh demeure obnubilé par le maintien d’un statu quo
complètement dépassé et anachronique. »
ABDOURAHMAN YASSIN
9 décembre 2003. – Le président de
la république de Djibouti, M. Guelleh, est un homme
empêtré dans la solitude du pouvoir, pour lequel il ne
dispose pas de beaucoup de chances.
Le contexte dans lequel M. Guelleh a pu
accéder au pouvoir est « infériorisé » par rapport à
celui qu’a connu son prédécesseur M. Hassan Gouled.
Plusieurs raisons fragilisent celui-ci par rapport à son
tuteur.
Malgré la vision de grandeur que son
«père » n’avait pas, M. Guelleh, avec l’habilité
tactique et manœuvrière dont il dispose, reste un homme
malchanceux. D’abord, il hérite d’une situation quasi
chaotique où, sur le plan socio-économique, tout marche
mal : forte récession, arriérés de salaires des
fonctionnaires, administration en décadence totale, etc.
Ensuite, son règne coïncide avec le
moment où une relative prospérité géopolitique dont
Djibouti a pu bénéficier jusqu’ici vient de se tarir.
La dualité entre ses deux grands voisins, la Somalie et l’Éthiopie,
sur laquelle a tablé Djibouti depuis sa création, n’a
plus raison d’être avec la disparition de l’État
somalien.
Aujourd’hui, seule reste sur l’échiquier
régional une Éthiopie démocratisée et moderne
(comparée
à Djibouti), face à
laquelle le petit pays se trouve complètement démuni.
Devant les pressions de l’Éthiopie
comme de la Somalie, M. Gouled avait la possibilité de
recourir à l’un pour neutraliser les ambitions de l’autre.
Ceci lui conférait une position suffisamment confortable,
avec l’assurance d’une certaine marge de manœuvre.
Position tellement confortable que ça
le conduisit, à deux reprises, à initier des missions de
bons offices entres les deux belligérants, en 1986 et
1988.
La formule de la grenouille se faisant
passer pour aussi grosse que le bœuf a bien marché ; au
point d’aboutir à la création d’une organisation de
regroupement régional (Igad), ayant pour siège Djibouti
!
Au lendemain de la guerre de l’Ogaden
où les deux régimes sortent affaiblis et meurtris, M.
Guelleh, agissant sous l’ombre de Gouled, tisse avec ces
derniers des accords secrets, dans lesquels Siyad Barré
et Menguistu concèdent chacun une portion de leur
territoire respectif : la partie septentrionale de la
Somalie et l’Est éthiopien passent de facto, pour
raisons de sécurité, sous protectorat Djiboutien.
Enfin, dans ce contexte, le premier
dirigeant djiboutien a pu naviguer
calmement en eaux troubles tout en bénéficiant des
mannes financières aussi bien des pays du Golfe que de l’Occident,
attachés qu’ils étaient tous à pérenniser un petit
pays convoité de tous côtés.
Cette conjoncture, relativement
favorable, a permis à Gouled d’usurper le pouvoir et
toute la puissance publique, au profit d’un seul
groupement clanique parmi les composantes nationales du
pays, auparavant unies dans la lutte pour l’indépendance.
Sur le plan économique, certes la mise
à disposition du pays, sous le contrôle des forces
militaires internationales coalisées, après le 11
septembre, rapporte quelques bouffées d’oxygène au
régime de Guelleh ; mais ça ne change fondamentalement
pas la donne socio-économique.
Actuellement, avec la disparition de l’État
somalien, est rompu l’équilibre qui faisait contrepoids
à l’Éthiopie : le Président Guelleh se trouve devant
la suprématie « éthiopienne » désirant naturellement
remodeler la région en fonction de ses besoins
stratégiques, bien qu’il dispose de beaucoup d’affinités
biographiques et culturelles avec ce pays.
N’est-il pas né et n’a-t-il pas
étudié à Diré-Daoua? M. Guelleh reste désarmé face
à ce qu’il appelle le diktat éthiopien, destiné à le
mettre dans une position de pure vassalité.
Conscient de ce danger le président
djiboutien fait tout afin de rétablir l’équilibre
régional et pourquoi pas, à terme, le contexte de
belligérance. Rompu en essayant, vaille que vaille, de
remodeler un État somalien disloqué et difficile à
trouver ; ou bien, s’il le faut, prêt à s’allier
avec « le diable», entre autres par la recherche d’une
alliance auprès de l’Érythrée, devenu l’ennemi
numéro un de l’Éthiopie.
Se prémunir contre une Éthiopie, à
ses yeux hégémonique, devient la principale
préoccupation de sa politique.
Ceci explique sa démarche, à peine
élu : s’atteler à la tenue d’une conférence de
réconciliation somalienne, assez coûteuse et conduire du
même coup une politique d’hostilité déclarée
vis-à-vis du Somaliland, pourtant situé à la porte de
son domicile.
Avec la débâcle d’Abdoulkassim
Hassan et de son « gouvernement », sortis tous deux des
mains magiques de M. Guelleh, celui-ci persiste et signe !
Et va jusqu’à s’en prendre au Kenya, dernier pays
organisateur des pseudos conférences somaliennes.
C’est à se demander, si cela ne
constitue pas une véritable obsession ? Non !, loin de
là. M. Guelleh est toujours en symbiose avec lui-même,
fidèle à la poursuite d’une même politique : celle de
voir pérenniser une domination clanique, devenue par la
suite tribale, au détriment de l’émergence d’une
véritable identité nationale djiboutienne.
Or, la perte du fameux équilibre
régional, avec dislocation de la Somalie et l’émergence
à sa place une nouvelle entité, le Somaliland, pourtant
inoffensif et non reconnu internationalement, constitue
pour M. Guelleh un danger qui met en cause les « acquis
».
Certes, le Somaliland n’est pas
particulièrement hostile au régime de Djibouti, mais
celui-ci lui prête une intention de vouloir, à terme, du
fait de son influence grandissante, donner un « coup de
main » à plusieurs composantes nationales dont on a
usurpé la place sur l’échiquier politique local.
Au lieu de voir les Djiboutiens vivre
en harmonie, aussi bien avec eux-mêmes qu’avec leurs
voisins, axe sur lequel la corne de l’Afrique évolue,
le Président Guelleh demeure obnubilé par le maintien d’un
statu quo complètement dépassé et anachronique.
Son hostilité épidermique envers l’Éthiopie,
et plus encore à l’égard du Somaliland avec lequel
pourtant les citoyens djiboutiens partagent beaucoup de
biens, s’explique aisément : cette nouvelle république
risque à terme de bouleverser l’équilibre des forces
politico-ethniques établies et héritées du processus de
décolonisation.
Le Président Guelleh ne voudrait en
aucun cas se faire passer, aux yeux de son prédécesseur
toujours à l’affût et devant l’histoire, comme un
fossoyeur de la suprématie clanique sur Djibouti.
Sur ce point, rendons hommage à
monsieur Guelleh dans sa tentative de vouloir perpétrer l’héritage.
S’il s’en sort à merveille, du
moins reste-t-il vulnérable dans la mesure où il navigue
à contre-courant. – AY
HOMMAGE
L’HOMME ENGAGÉ S’EST ÉTEINT
MAIS LA LUTTE DEMEURE
Par souci de ne pas
donner l’impression de vivre dans le passé, nous avions
décidé de ne plus publier aucun hommage. Mais ce
courrier de lecteur, qu’il nous a fallu traduire de l’arabe,
nous a interpellé, par respect pour le militantisme de
ses rédacteurs.
Une maxime anglo-saxonne nous éclaire
par ces mots « Il ne faut pas échanger ton honneur
contre la fortune, ni ta liberté pour le pouvoir ».
L’engagé d’envergure, le regretté Ahmed Dini Ahmed,
a fait sienne cette maxime comme sa devise, sa version et
son point de repère. Depuis sa prime jeunesse datant d’une
soixantaine d’années, il s’est donné comme principe
clair en faisant don de sa vie à son pays, à ses
compagnons, à sa nation. Cette vision l’a poussé pour
lutter un jour pour l’indépendance de notre pays. Nous
savons que sans la volonté d’Allah et sans sa farouche
détermination, celle-ci aurait été repoussée aux
calendes grecques ou irréalisable à jamais. Le peuple
djiboutien, sans distinction aucune,
reconnaissent que ses compagnons de lutte d’antan
étaient eux aussi élancés dans les quatre coins du
monde pour y porter notre désir d’indépendance. Cette
passion l’empêchait de connaître le sommeil des gens
ordinaires. Cela mérite de vivre pour sa patrie alors que
d’autres excellaient, sans irruption jusqu’à cette
date, dans l’art de s’enrichir à l’encontre de leur
pays.
Qu’il est paradoxal, que le fossé
est profond entre celui qui profite de son pays et l’homme
qui meurt jusqu’à son dernier souffle pour sortir son
pays du joug colonial. L’homme intelligent et l’homme
de la rue reconnaissent ensemble que le citoyen et son
pays ne peuvent être que les deux faces d’une même
pièce. C’est pour le bien-être de chaque citoyen
djiboutien, quelle que soit sa tribu, que le regretté
Dini a passé des nuits difficiles en prison. C’est pour
le même intérêt de ce citoyen qu’il a été
emprisonné dans les geôles de sa ville natale à Obock
après l’indépendance. C’est aussi pour le souci de
ce citoyen opprimé qu’il rejoint la rébellion, c’est
toujours dans la détermination de tirer ce citoyen de la
souffrance qu’il était amené à vivre loin de sa
famille dans l’exil. Soulager ce citoyen de la
souffrance a été l’unique raison qui a motivé son
retour au bercail et sa signature de l’Accord-cadre.
C’est pour cette même cause qu’il
a proclamé solennellement à toute la nation que la
partie gouvernementale n’a pas respecté ses
engagements. Cet amour du citoyen l’a poussé à créer
un parti accepté dans un court laps de temps, par des
grandes personnalités et aussi toute la foule
djiboutienne sans distinctions tribales ni régionales. L’intérêt
de ce même citoyen l’a amené, en accord avec d’autres,
à fusionner toutes les aspirations d’une sorte de
confédération en une alliance puissante qui a remporté
avec éclat la victoire confisquée lors des dernières
élections législatives. C’est aussi, pour le souci de
ce citoyen que cet homme sublime dans ses aspirations,
sublime dans sa foi, dans ses valeurs, dans sa vie et sa
mort, sublime auprès des siens et envers ses ennemis. C’est
de cette façon qu’il a préféré mener sa vie au nom
du citoyen quels que soient les obstacles et quel que soit
le prix à payer.
Il croyait sans relâche à la
Liberté. C’est pour cette raison qu’il a offert son
honneur lorsque certains hommes s’échangeaient à bas
prix au marché de la foire, sous la criée des vendeurs d’hommes
au vu et su de toute la nation. Cette vente à la foire n’a
épargné qu’une poignée d’hommes avec à leurs
têtes Ahmed Dini. Celui-là même qui avait épousé à
jamais cette maxime citée en première ligne « il ne
faut pas échanger ton honneur contre la fortune, et ta
liberté contre le pouvoir». Il est donc de notre
devoir à nous autres, après sa disparition, de proclamer
haut et fort qu’il a été un martyr dans un monde de
courtisans sans scrupules et qu’il était un martyr dans
un monde où l’honneur s’échange contre le pouvoir.
Le peuple djiboutien, dans sa conscience collective
retiendra profondément en lui ses qualités pour la
transmettre aux générations futures afin qu’elles
sachent dans le futur que cette nation a eu des hommes
illustres.
Mais la haine qui anime ce système d’oppression
a refusé de déclarer le jour de son décès un jour de
Deuil National. Qu’allait-il lui coûter de placer en
berne le drapeau pour trois jours ? Ont-ils oublié qu’il
a été le premier homme a proclamé par sa voix l’Indépendance
? Ils ont préféré oublier que l’indépendance a été
le fruit de sa lutte. Que diront les générations futures
en lisant le passé de cet homme, quand ils sauront qu’il
a été le fondement de cette indépendance et que ces
hommes au pouvoir ne lui ont pas rendu justice le jour de
sa mort ?
Il était un homme dynamique, un homme
d’action dans ce temps où la rareté des hommes
politiques de cette envergure est criante. Le peuple
djiboutien croit fermement qu’il faisait partie des
martyrs qui meurent pour le bien-être de ses concitoyens.
Ils sont convaincus qu’il sera l’éternel vivant dans
la conscience de chaque citoyen, dans l’esprit des
générations futures et dans chaque maison. C’est aussi
une science pour toute génération, c’est une
éducation pour une lutte sans relâche. C’est un
mouvement vers l’avant et sans recul. Il y a des
morts-vivants sur terre, alors qu’il est vivant dans sa
tombe tant qu’il existera sur terre un opprimé et un
oppresseur, un peuple sous un dictateur, un droit
confisqué et un ayant-droit exigeant. Et nous suivrons sa voie et la lutte
continuera !
Des militants sincères et convaincus.
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