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EDITORIAL
RÉALITÉ EN
JUSTICE :
UN RÉGIME BÊTE ET MÉCHANT
Tout en sachant qu’une cabale
poursuivait nos confrères de l’opposition, nous nous
faisions un devoir de ne justifier une quelconque
poursuite devant la Justice, au prétexte d’une
improbable atteinte à la personne d’une auguste
personnalité. Voilà donc qu’aujourd’hui, une plainte
a été déposée contre nous par le ministre de la
Défense, s’estimant diffamé par deux courriers de
lecteurs que nous avons publiés il y a longtemps,
conformément à notre souci d’ouvrir nos colonnes aux
innombrables sans-voix du pays authentique. La manœuvre,
à la fois bête et méchante, trahit en fait le profond
désarroi du régime face au refus de l’UAD de ne
cautionner aucune consultation électorale frauduleuse.
La bêtise se dévoile en premier lieu
dans la procédure de convocation : dans un élan de
zèle, la gendarmerie a convoqué le même jour notre
directeur de publication et son co-directeur. Or, selon la
loi, le second ne peut être convoqué que si le premier
jouit d’une immunité ou s’il ne peut être entendu
pour raison d’empêchement. Une telle lacune de la part
d’un gendarme censé appliquer la loi est pour le moins
préoccupante. Par respect pour ce corps d’armes, nous
la mettrons sur le compte d’un ordre reçu d’en haut
lieu.
La bêtise se trahit en second lieu
dans le motif invoqué : les deux lettres incriminées ont
des auteurs, qui se manifesteront le moment venu. Qui
relatent des faits connus de tous, mais que la presse
gouvernementale censure. Plus que cela, ils sont
eux-mêmes l’expression d’une légitime colère des
populations délaissées par ce régime de spectacle et
qui ne se reconnaissent absolument pas dans les prétendus
dirigeants préfabriqués que l’on tente vainement de
leur imposer, en vertu d’une division clanique du
travail politique source de toutes les inégalités que
nous dénonçons inlassablement.
Est-ce donc parce qu’il sait compter
sur le verdict de sa Justice, dont l’indépendance n’est
pas la vertu cardinale, que le régime nous intente
aujourd’hui un tel procès ? Pas seulement, d’après
Borgès : « les dictatures fomentent l’oppression,
la servilité et la cruauté ; mais le plus abominable est
qu’elles fomentent l’idiotie ». Car la bêtise se
nourrit ici de la méchanceté, laquelle révèle les
limites de la comédie politique que le parti au pouvoir
veut imposer aux citoyens.
Celle qui consiste précisément à ne
pas nous obliger à participer au détournement de la
volonté populaire. Car le régime se croyait malin, tel
ce peuple indigène qui, pour capturer des singes,
évident une grosse noix de coco et y déposent des
graines par un orifice juste assez large pour laisser
entrer une main ouverte : une fois cette main refermée
sur l’objet de la convoitise, elle ne peut plus en
ressortir et le singe est ainsi fait prisonnier.
Ceci pour dire si l’objectif premier
de tout parti politique digne de ce nom consiste à entrer
dans la compétition électorale afin de pouvoir appliquer
son programme de gouvernement, les conditions qui
prévalent actuellement à Djibouti ne garantissent
nullement le droit au changement auquel tout peuple
réellement libre peut légitimement aspirer. Tout
simplement parce qu’aucune dictature n’a jamais
programmé son autodestruction par la voie des urnes.
L’UAD ayant subordonné sa
participation à la prochaine présidentielle à une
série d’avancées démocratiques dont l’absence est
son fondement, le régime, fidèle à sa posture
provocatrice, semble avoir décidé de prendre les devants
: la meilleure défense reste toujours l’attaque. C’est
pour cela que la plainte date du 20 octobre :
précisément le jour de la parution de notre précédent
numéro.
Sauf que cette fois, il risque de le
regretter : nous lui donnons donc rendez-vous le jour du
procès. Il se rendra alors compte de notre force et de
notre détermination !
Brèves
nationales
L’UAD désigne son Président :
Ismaël Guedi assure la continuité
Lors de sa réunion hebdomadaire du
dimanche 24 octobre 2004, l’Union pour l’Alternance
Démocratique (UAD), regroupant les partis politiques ARD,
UDJ, MRD et PDD, a désigné à l’unanimité M. Ismaël
Guedi Hared en qualité de Président.
M. Ismaël Guedi, Président de l’UDJ,
assurait jusqu’à présent, en tant que vice-président,
les fonctions de président par intérim de notre
coalition, née dans le cadre des dernières législatives
et reconduite afin de donner une dimension nationale au
combat pour l’avènement rapide d’une alternance
démocratique.
Dès sa nomination, M. Ismaël Guedi s’est
engagé à oeuvrer pour la consolidation de l’Unité
nationale, seule à même de concrétiser un véritable
changement démocratique.
Ramadan gouvernemental :
L’un hiberne, l’autre gouverne ?
On raconte que chaque année depuis son
accession à la magistrature suprême, le « numéro un »
djiboutien hiberne les dix premiers jours du Ramadan. C’est,
nous semble-t-il, la raison pour laquelle le numéro deux
virtuel est chargé, pendant les vacances présidentielles
à Haramous, de gesticuler au maximum afin de donner l’illusion
qu’il gouverne un peu. Ainsi, l’on a appris que le
week-end dernier, le Premier ministre n’a pas du tout
chômé.
Dans l’après-midi de jeudi, il s’est
rendu à Obock à bord d’une vedette de la Force Navale,
accompagné d’un petit groupe de dignitaires RPPistes.
En cette période de « désenclavement » tous azimuts,
son déplacement par mer (boude-t-il AIR-FAD ?)
augure-t-il de l’ouverture prochaine d’une ligne
maritime par la Force Navale « au profit des
populations du Nord à des prix exceptionnels » comme
il se doit ?
Toujours est-il que les Obockois ont
été un peu surpris de voir débarquer cette délégation
lourdement chargée en khat, venue passer la nuit dans
leur ville. Le lendemain vendredi, le Premier ministre est
arrivé en fin de matinée à Tadjourah, où il a
aussitôt procédé, dans l’indifférence générale, à
la pose d’une première pierre des travaux de
construction d’un mur devant protéger la ville contre
les fortes marées. Le même genre d’ouvrage qui a été
réalisé à Obock dans les années 60.
Dans la soirée, l’enfant du pays a
rencontré quelques notables et des jeunes de la vie
associative locale, sans créer l’événement et sans
convaincre. Espérons que la veillée de Ramadan
organisée par la jeunesse ARD de Tadjourah aux abords de
notre annexe du front de mer n’a pas dérangé les
cogitations de l’illustre visiteur en campagne.
Décidément, si l’un a choisi d’hiberner, l’autre n’arrive
toujours pas à gouverner : où est donc la fameuse « gestion
de vraie problématique » ?
Démission de l’Etat :
Des étudiantes laissées à l’abandon
?
La mauvaise gouvernance conduit
fatalement au désengagement de l’Etat de toutes ses
responsabilités premières. Conséquence : toutes les
couches de la société pâtissent de cette situation.
Dernier exemple en date : des jeunes
Djiboutiennes bachelières de l’année 2004 ont été
envoyées récemment au Sénégal afin de poursuivre leurs
études dans les universités de ce pays. Ayant tout juste
bénéficié d’un billet d’avion et d’une petite
somme d’argent (30.000 FD), une dizaine de ces
étudiantes, arrivées à Dakar il y a deux semaines, n’ont
toujours pas pu s’inscrire dans les facultés
sénégalaises, les autorités de ce pays leur réclamant,
pour la constitution de dossiers, le fameux extrait n°3
du casier judiciaire.
Les autorités djiboutiennes ne
semblent pas pressées de débloquer la situation et les
parents de ces étudiantes se démènent comme ils peuvent
pour venir en aide à leurs progénitures en difficulté
si loin de chez elles.
Piètre image ainsi donnée de notre
pays à l’étranger à l’heure où le régime mène
ici une campagne démagogique centrée sur les droits de
la femme. Ainsi, on peut lire sur les banderoles
disséminées sur les principales artères de la Capitale
depuis la désignation du président-candidat à sa propre
succession : « Avec Ismaël, l’intégration de la
femme dans la sphère publique est une réalité ».
Le calvaire de ces jeunes étudiantes laissées à l’abandon
à l’étranger illustre de manière dramatique que, sous
ce régime de mauvaise gouvernance, l’exclusion des
femmes est une réalité ordinaire.
Pôle universitaire :
Heurs et malheurs de l’enseignement
supérieur
La création du Pôle universitaire, au
lendemain des Etats Généraux de l’Education Nationale
tenues en 200, fut sans conteste une avancée. L’ouverture
de cet établissement permettait à une grande partie des
bacheliers Djiboutiens de poursuivre leurs études
supérieures sur place. Beaucoup de familles sans
ressources suffisantes étaient soulagées de voir leurs
progénitures décrocher un diplôme universitaire dans
leur pays.
Pourtant, derrière cette façade
positive, se cache une quantité de problèmes qui
finissent par décourager nombre d’étudiants. La
première cause de frustration se situe au niveau de l’orientation.
Il semble que la direction du Pôle décide arbitrairement
du choix des filières à suivre par l’étudiant.
C’est ainsi qu’il est même arrivé
à des étudiants sachant à peine lire l’arabe d’être
orientés vers la filière LEA (Langues Etrangères
Appliquées, option Arabe). Autre casse-tête pour les
étudiants en première année : l’impossibilité de
redoubler. Aussi, ils sont des dizaines à être exclus
chaque année de l’établissement, grossissant ainsi le
flot des jeunes chômeurs. A ce rythme, il y aura bientôt
autant de bacheliers chômeurs que ceux exclus du système
scolaire au niveau du primaire ou du secondaire.
On se souvient que l’été dernier,
le chef de l’Etat en précampagne n’avait pas hésité
à descendre dans l’arène du gymnase du lycée afin de
remettre lui-même les diplômes à plus d’un millier de
bacheliers. Combien parmi ces heureux récipiendaires de
2004 inscrits en cette année universitaire au Pôle
pourront réellement terminer leurs études ? Quel effort
l’Etat a-t-il fourni cette année afin d’améliorer
les conditions d’études de la future élite nationale ?
Mis à part les travaux d’extension
du Pôle sur le domaine de l’ancien camp Barkat Siraj.
On raconte que ces bâtiments préfabriqués auraient
été offerts par un généreux donateur d’un pays du
Golfe. Mais la mendicité n’a jamais fait progresser un
pays.
Journée des Nations Unies :
Le constat lucide de Kofi Annan
A l’occasion de la Journée des
Nations Unies, le Secrétaire général Kofi Annan a
adressé à tous les citoyens du monde un message dont la
concision vaut la pertinence : « Il, y a
cinquante-neuf ans, y dit-il, l’Organisation
des Nations Unies était créée afin de servir la paix,
les droits de l’homme et le développement. Le monde
dans lequel nous vivons est meilleur grâce à l’ONU.
Cependant, trop de gens continuent de souffrir de la
violence, de l’oppression, de la pauvreté, de l’analphabétisme
et des maladies.
Nous pouvons et devons mieux faire.
Tous les êtres humains méritent de vivre à l’abri de
la peur et du besoin. Il faut qu’ils puissent espérer
un futur meilleur. Il le faut pour l’avenir de l’humanité.
Il le faut pour notre sécurité à tous.
Toute nation a besoin d’un
gouvernement qui soit vraiment au service de son peuple.
Et nous avons tous besoin que l’Organisation des Nations
Unies soit efficace, qu’elle reflète le monde dans
lequel nous vivons, et qu’elle soit capable de relever
les défis auxquels nous devrons faire face demain. Je
pense que nous pouvons bâtir une meilleure Organisation
des Nations Unies.
Fort de cette conviction, je
présenterai bientôt aux dirigeants du monde entier un
ensemble de mesures destinées à revaloriser l’Organisation.
Il appartiendra à vos dirigeants de faire preuve de
hauteur de vues et de bonne volonté. Il faudra qu’ils
trouvent un terrain d’entente lors de la réunion
historique qui aura lieu dans un an.
Je vous demande d’encourager vos
dirigeants à offrir à notre monde l’Organisation des
Nations Unies qu’il mérite. Avec votre aide, je sais
que ce sera possible.
Nous vivons une ère nouvelle. Il nous
faut une nouvelle Organisation des Nations Unies. Faisons
en sorte qu’elle voie le jour. »
A Djibouti un peu plus qu’ailleurs,
nous appelons de tous nos vœux une telle Organisation,
plus soucieuse du droit des peuples à vivre dans la
dignité. A condition qu’elle soit capable en retour, d’amener
les régimes tels que le nôtre à véritablement œuvrer
au service du peuple djiboutien : la peur (pour son
salaire, sa pension de retraite ou même son intégrité
physique) et le besoin (droit à la citoyenneté, à l’Education,
au travail, à la Santé, au changement, etc) on connaît
ce que cela veut dire à Djibouti.
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Nous avons appris avec tristesse le
décès survenu à Djibouti dimanche 17 octobre 2004 de M.
Idriss Abdillahi Fod.
L’homme qui vient de nous quitter à
l’âge de 34 ans était un militant actif de l’UAD,
candidat spolié aux dernières élections législatives
dans la circonscription d’Ali-Sabieh, où il exerçait
en tant que commerçant connu et apprécié de tous.
Il laisse une veuve 3 enfants.
L’UAD, l’ARD et la Rédaction de
Réalité adressent leurs condoléances attristées à
toute la famille du regretté Idriss Abdillahi Fod.
Qu’Allah l’accueille en Son Paradis
Eternel.amin
INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN
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Comprendre
la Somalie (2)
Partons d’une anecdote, pour
exemplifier cette partie consacrée aux difficultés qu’il
y a à reconstruire la Somalie. Quelqu’un racontait qu’au
lendemain de la désignation de M. Abdillahi Youssouf en
qualité de Président intérimaire de la Somalie, il n’arrivait
plus à circuler tranquillement à Djibouti-ville,
tellement il recevait de félicitations en raison de son
appartenance au même clan que lui. Ce qui l’avait
énervé au plus haut point, trouvant anormal que lui,
Djiboutien, soit complimenté pour un événement se
déroulant à Mogadiscio. Pour lui, cet amalgame
trahissait l’absence d’une véritable conscience
nationale djiboutienne. Mais, lui a-t-il été rétorqué,
en préférant pérorer et parader à Arta dans le cadre d’une
conférence de réconciliation somalienne, plutôt que de
s’investir dans les négociations interdjiboutiennes
entre son gouvernement et le FRUD-armé, le chef de l’Etat
djiboutien n’a-t-il pas lui aussi contribué à la
fragilisation de cette conscience nationale djiboutienne ?
Mutatis mutandis, l’analyse de l’inadéquation entre
structures mentales et structures étatiques, que l’auteur
développe dans l’article ci-dessous reproduit à propos
de la Somalie, ne vaut-elle pas aussi pour Djibouti ? Nous
y reviendrons dans nos commentaires. Pour le moment, place
à cette étude, dont les trois volets peuvent être
consultés sur le site www.lesnouvelles.org.
Esquisse d’une sociologie des clans
somalis
(1/3) Les termes, la situation, la
structure
par Youssouf Karieh
Dans le premier volet de cette
importante contribution adressée aux « Nouvelles d’Addis
», Youssouf Karieh, universitaire djiboutien spécialiste
de la corne de l’Afrique, s’interroge sur l’existence
même d’un pays nommé « Somalie ». L’auteur insiste
sur l’absence historique et sociologique d’une «
autorité centrale » dans l’organisation des clans
somalis. De son point de vue: « Il existe tout juste des
aires ou zones d’habitation, plus ou moins délimitées
à leurs extrêmes par les rapports de force établis avec
les ethnies de proximité. »
Septembre-octobre 2001
1. Introduction
Le terme « clan » n’englobe pas la
même réalité et les mêmes structures socio-claniques
partout dans les aires d’habitation des peuples
désignés par le terme. Il existe des différences
notables selon la localisation du clan - à proximité des
côtes, continentales ou périphériques - et selon les
rapports entretenus par les clans autour de la femme
(mariage ).
Selon nous, ces deux variables
constituent un axe à partir duquel une sociologie des
clans somalis pourrait être entreprise. La réalité du
clan n’est pas une donnée intrinsèque, immuable et
uniforme.
Elle n’est ni une réalité vécue de
la même manière partout, ni une structure imposée à
tous les Somalis de façon univoque.
Dans cet article, nous étudions les
clans somalis à partir des matériaux obtenus
empiriquement sur les terrains pendant une période de dix
années. Les matériaux s’appuient également sur des
études généalogiques des "échantillons"
somalis.
Les observations retenues dans ces
travaux sont rassemblées dans cette période ( 1987
-1997) où l’auteur de l’article a été un
observateur de terrain. En d’autres termes, l’auteur a
séjourné des fins fonds de l’Éthiopie à la Somalie,
en passant par Djibouti.
Les travaux d’observation empiriques,
issus de l’esquisse de cette sociologie des clans seront
affinés par des postulats théoriques.
2. Situation contextuelle
Les nostalgiques d’un
État-unifié-somalien essaient de reconstituer l’histoire
de façon erronée. Tout d’abord, il n’y a pas d’histoire
de la Somalie pour la simple raison qu’il n’y a jamais
eu de Somalie. Il existe tout juste des aires ou zones d’habitation,
plus ou moins délimitées à leurs extrêmes par les
rapports de force établis avec les ethnies de proximité:
Oromos, Hararis, Afars, etc. ; zones à l’intérieur
desquelles cohabitent des clans somalis, juxtaposés les
uns à côté des autres, chacun ayant un périmètre de
pâturage et d’influence.
Ensuite dans ce contexte, il n’y a
jamais eu d’autorité supra clanique ou d’institution
commune pouvant réunir les Somalis sous une même
bannière. L’on avait tout au plus du temps précolonial,
comme aujourd’hui - ou il n’y a pas d’État -, des
terroirs ou fiefs des clans, avec le périmètre de
chacun, sur lequel s’établissent des règles soit
conflictuelles, soit de coexistence pacifique, selon les
circonstances du moment, avec les clans voisins.
Même dans le vocabulaire, les Somalis
ne disposent pas de concept commun pour designer l’autorité
suprême de l’ordre culturel clanique. Nous en avons
recensé neuf appellations différentes: Sultan, Garad,
Ugas, Malaq, Boqor, Baqow, Webber, Imam, Isim.
Enfin, tout marche aujourd’hui comme
si les Somalis, depuis la disparition de cette éphémère
autorité centrale (l’État somalien n’a duré que
trente ans) étaient projetés d’un seul coup dans une
réalité à tous points de vue identique à celle d’avant
la colonisation.
La situation décrite en 1854 par
Richard Burton dans son fameux livre (1) est la même que
connaissent les Somalis d’aujourd’hui: absence d’autorité
centrale, prééminence de la logique clanique. . .
insertion des individus dans le périmètre de protection
clanique. Les pratiques de razzia de conquêtes de
nouveaux espaces de pâturage, de points d’eau. . . sont
des phénomènes qui jalonnent l’histoire des Somalis.
Les tenants d’un État unitaire
somalien, et qui pleurent aujourd’hui sur la disparition
de l’autorité centrale, ont beau argumenter sur les
agrégats constitutifs de la nation somalienne, unique en
son genre en Afrique. Certes, les Somalis partagent la
même langue, religion, culture, etc. Mais ceux-ci
occultent souvent l’essentiel: l’absence chez les
Somalis d’avoir à partager le même vécu, de disposer
de la même histoire, de projeter sur l’avenir des
espérances similaires. . . bref d’avoir des rêves
identiques. La volonté de vivre ensemble fait toujours
défaut chez ces peuples. Et il en a été ainsi depuis
les calendes grecques.
À part quelques Cités-États, qui ont
émergées a des périodes différentes ( entre les Xème
et XV ème
siècles), l’absence d’institution supra
clanique reste le fondement de l’organisation sociale
chez les Somalis.
Aujourd’hui comme hier, est pris en
otage ou comme cible tout ce qui relève du droit
régalien de puissance publique: équipements publics,
aide alimentaire internationale. . . sont l’objet de, razzia
car cela n’appartient à aucun clan, donc par
définition à personne, Par contre, la propriété
privée semble elle respectée puisqu’elle s’apparente
à un individu, par conséquent au clan.
Ceci démontre combien la notion de
puissance publique ou d’intérêt général reste
réfractaire à l’entendement mental des Somalis.
Pourtant la situation vécue par les
Somalis est contrastée et n’est pas si dramatique.
Comme l’a bien souligné Gérard Prunier dans son
article "La recomposition de la nation
somalienne" (2), les choses ne vont pas si mal et le
chaos n’est pas partout en règle comme certains le
décrivent.
Au contraire, une tentative de
regroupement des clans et l’établissement d’un
minimum d’ordre sont perceptibles ici et là. Les clans
opèrent des processus de pacification - comme ils le
faisaient depuis des lustres - et de réconciliation selon
les affinités culturelles, d’alliance, de liens de sang
et de voisinage.
Par-delà les vicissitudes et les
schémas chaotiques véhiculés par les médias, les
Somalis offrent une capacité d’adaptation
extraordinaire à l’absence d’État et un dynamisme
assez inégal de survie.
L’on constate sur le plan économique
une augmentation même de la richesse nationale: la
production de banane, de peaux, l’exportation de cheptel
( ovin, bovin) - principale richesse des Somalis . . . -
ont presque doublé et le score demeure meilleur qu’au
temps de l’existence de l’État.
Le secteur de télécommunication est
en pleine effervescence: des fiefs les plus reculés sont
desservis et reliés au monde, à travers l’aménagement
des petits aérodromes et grâce aux téléphones
cellulaires. La différenciation contrastée des
situations en Somalie s’accompagne d’une
différenciation d’organisation sociale chez les clans
que nous allons analyser dans cet article.
3. Structure sociale: le clan
La société somalienne est une
société stratifiée avec une juxtaposition de clans. À
l’intérieur de chaque clan, l’on assiste à une trame
de sous-clan, tribu, sous-tribu, fraction et
sous-fraction.
La logique de cette trame fonctionne de
la façon suivante: chaque niveau est assujetti à celui
qui lui est supérieur. À titre d’exemple, l’individu
appartient d’abord à une famille, à une sous-fraction,
puis à une fraction et sous-tribu, ensuite à une tribu
et ainsi de suite jusqu’au clan, entité de
souveraineté par excellence.
L’individu se trouve confronté à
des relations de type horizontal et vertical,
hiérarchisées différemment à chaque niveau. Ce
labyrinthe de niveaux décisionnels gère et régule sa
vie pastorale devant lesquels il doit constamment
négocier pour juguler ses atteintes à leurs exigences.
La vie pastorale devient ainsi une véritable survie.
3.1 Catégories des clans. - L’hégémonie
considérable des clans, chez les Somalis, demeure
réfractaire aux exigences de l’intérêt collectif de l’ensemble
des entités. Le passage d’une réalité clanique à un
ensemble de ce qui peut être appelé « le national »
demeure difficile dans le contexte somalien.
À partir des matériaux des lignées
généalogiques, nous pensons qu’il existe quatre types
de clans chez les peuples appelées Somalis :
3.1.1 - Clan à filiation ou
descendance unique.
3.1.2- Clan à filiation mais doublée
d’une certaine adhésion. Apparaît ici un facteur de
différenciation: le xeer, ébauche d’une forme
de consensus social.
3.1.3 - Clan non-filiatif mais à pure
adhésion.
Émerge à ce niveau un contrat social
plus affirmé qui s’apparente à la structure clanique
plus relâchée.
3.1.4 - Clan sab. Bien qu’ayant
une lignée généalogique qui lui soit propre, ce clan
dispose d’un statut différencié et infériorisé par
rapport aux autres catégories de clans. C’est un clan
marginalisé vivant seulement dans les zones de deux
premières catégories. Tout indique qu’il est
réellement intégré dans le troisième groupe.
3.2 Localisation des clans. - L’analyse
de la localisation - éloignement ou proximité des côtes
- nous amène à de nouvelles perspectives de recherche
sur la nature des clans. Les structures de ceux-ci les uns
a l’égard des autres - sont d’abord liées à leur
emplacement spatial.
3.2.1- Clans Périphériques. Il s’agit
des clans éloignés des côtes. Nous regroupons sous le
vocable de "périphérique" la 3ème catégorie
de clans, à savoir les clans non-filiatifs mais opérant
par simple adhésion. Ils sont généralement cantonnés
à la limite de "l’espace" des Somalis.
3.2.2- Clans du Centre. Ce sont
essentiellement les clans côtiers qui se trouvent assez
éloignés des hauts plateaux de l’Abyssinie. Les clans
du centre correspondent parfaitement aux clans à
descendance unique opérant par la filiation de sang.
3.2.3- Clans tampons. La localisation
de ces clans est à mi-chemin entre la périphérie et le
centre. Ils opèrent par système généalogique à
filiation d’une part et par contrat social et adhésion
d’autre part. Les Somalis appartiennent à ces quatre
catégories de clans et, selon leur localisation à trois
groupes de clans ou la forme et l’organisation de
structures claniques différentes d’un clan a l’autre,
ou d’un espace donne à un autre. Ça varie d’une
structure rigide à un relâchement fonctionnel entre les
liens au sein des membres du clan.
Youssouf Karieh
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(1) « The first foot steps in Horn of
Africa », Richard Burton, 1854.
(2) « Recomposition de la nation
somalienne », Gérard Prunier, le Monde diplomatique, avril
2000.
(*) Universitaire djiboutien,
spécialiste des pays de la corne de l’ Afrique,
Youssouf Kariye est diplômé en Sciences politiques de l’lEP
de Grenoble (1980), et titulaire d’un DESS en économie
auprès de l’université de Paris-I Panthéon-Sorbonne (
décembre 1981 ).
Il vit actuellement à Seattle,
États-Unis.
«Le malheur des sciences sociales, écrivaient
les auteurs du métier de sociologue, c’est d’avoir
un objet qui parle » : inutile de dire à quel
point ce genre d’analyse se voulant scientifique, donc
idéologiquement neutre, rencontrera une certaine
réticence. C’est un luxe offert aux chercheurs exilés
que de revendiquer en acte le statut d’«
intellectuel sans attache ni racine » dont révait
Mannheim : les diverses formes de pression du groupe d’origine,
subordonnant la reconnaissance et le prestige à la
satisfaction de ses attentes, interdisent toute distance
critique : c’est peut-être à cause de cela que les
études sociales sont pratiquement inexistantes à
Djibouti.
Cela étant, tout en ayant démontré
la causalité entre structures sociales et structures
mentales, et selon quelle logique celles-ci entrent, dans
le cas d’espèce, en contradiction avec une forme d’organisation
étatique moderne impliquant la sauvegarde de l’intérêt
général, cette étude appelle de notre part deux nuances
et une comparaison.
La première concerne l’Ogaden. En
effet, même si elles ne s’étaient pas dotées d’une
autorité politique centrale, les populations somali de l’Ogaden
n’ont jamais dépendu d’un quelconque Négus
éthiopien. Inutile de rappeler ici dans quelles
conditions, sujettes à débat et parfois à caution,
cette région a été rattachée à l’empire éthiopien.
La seconde se rapporte au danger qu’il
y a à inférer d’une structure sociale donnée une
culture politique censée être uniformément observable
chez tous les sujets. La seule expérience que vit
actuellement le Somaliland , tirant les enseignements des
drames récents, nous incite à reconnaître qu’il
existe un consensus sur la nécessité de sauvegarder un
intérêt général sans lequel aucune coexistence ne
serait possible. Par contre, l’absence de cet intérêt
général est patent chez les actuels dirigeants
djiboutiens. Sans que, bien entendu, cela doive donner
lieu à une généralisation abusive et idéologique. En
effet, pour ne prendre que l’exemple le plus célèbre,
tout le monde sait que le regretté Elabé n’a jamais
succombé aux tentations, si faciles ici, de la
corruption. De même que, dans tous les départements
ministériels qu’il a dirigés, il a toujours cherché
à garantir l’indispensable équilibre entre les
différentes composantes de la communauté nationale. Dire
qu’on ne peut pas en dire autant de l’actuelle équipe
au pouvoir est un euphémisme : elle n’a pas encore
compris que l’intérêt général est la soustraction et
non la somme des intérêts particuliers.
D’où une comparaison qui s’impose,
afin de mieux saisir tout le danger qu’il y a à
utiliser un concept aussi délicat que celui de structure
mentale. En effet, sans le nommer explicitement, c’est
au concept d’«habitus» que l’auteur fait
référence, défini comme schème intériorisé de
pensée et d’action, acquis au cours d’un processus de
socialisation : en d’autres termes, les structures
mentales ne sont que des structures sociales
intériorisées. Ainsi, on sait que, contrairement à d’autres,
l’ethnie afar s’est depuis longtemps dotée d’un
solide corpus juridique dont les dispositions s’appliquent
uniformément à tous les individus. Il existe même un
droit de l’environnement protégeant l’écosystème
contre les abus de l’homme.
Mais, quand bien même le sens de l’intérêt
général existe au sein de cette communauté, il n’en
demeure pas moins vrai que, dans le contexte étatique,
certains de ses indigènes s’adonnent sans vergogne à
la corruption. Pire, on observe depuis quelque temps un
repli sur les intérêts claniques et régionaux
remarquable, par exemple, dans une instrumentalisation
partisane des hauts fonctionnaires que l’on rencontre
rarement d’une façon aussi caricaturale chez ceux des
autres composantes de la communauté nationale.
Ce qui signifie que, pour ne pas céder
à la facilité des généralisations culturalistes, l’habitus
primaire doit être affiné au cas par cas, en fonctions
des multiples habitus secondaires que façonnent d’autres
processus de socialisation : école, religion ou
profession.
Les
retraités humiliés
Dimanche 17 octobre 2004. de 8h 30 à 11
heures devant la Caisse Nationale de Retraite, une
quarantaine de retraités, parmi lesquels un député, un
ancien ministre et des agents de la FNP, attendent de
percevoir leur pension trimestrielle. Des gendarmes en
faction les brutalisent, sans égard pour leur âge
avancé. Les infortunés retraités sont obligés de subir
de telles humiliations pour toucher leur pension. Deux
vieux en ont même failli tomber en syncope. Cette
barbarie a provoqué une légitime colère chez l’un de
ces retraités humiliés : voici la réaction indignée de
M. Jean-Paul Abdi Noël, ancien député.
Courrier à l’attention de l’Opinion
Publique
le 17 octobre 2004
Sur les humiliations, les dégradations
inadmissibles et insupportables en
République de Djibouti
par certainement des dirigeants
mécréants
Alors que faire ? Oui que faire ?
Que vieux, vieilles et jeunes en ce mois béni du
Ramadan se posent en silence cette question: alors que
faire ?
Oui j’écoute, ici le CNR
Centre des Nouveaux Recrutements ou
Caisse Nationale des Retraites
(imposées)
Age anticipé pour le recrutement: 50
ans ; Age final: 150 ans.
A mon commandement !
Toutes et tous, vielles ou vieux, « c’est
un ordre, si vous voulez rentrer pour percevoir votre
argent il faut vous asseoir ou vous mettre à genou, sinon
attention aux schlagues! » ( il faut vraiment être
physiquement présent pour l’entendre et le croire.)
Cela se passe tout naturellement à l’entrée de la CNR.
C’est triste à l’entendre, c’est
triste à le dire, et c’est révoltant, oui c’est
provocant et intolérable d’essayer d’acculer des
vieux de la Fonction Publique, de la FNP, de l’Assemblée
Nationale, des vieux Ministres (un ancien ministre de la
Défense Nationale en tête) à se révolter, car à leur
âge, il n’est plus possible pour eux de prendre le
fusil ou de prendre leurs armes et de dire avec courage:
à mon commandement citoyenne, citoyen prenez vos armes
contre tous les mécréants, tous les traîtres qui
violent les principes de la République et de l’Etat de
Droit.
C’est vrai qu’à leur âge ils
savent dire non aux candidat(s) qu’ils estiment
comme des pourris, car ils sont complètement corrompus,
car ils sont profondément ancrés dans une politique
dictatoriale foncièrement sournoise.
Ces vieilles et ces vieux ont encore la
mémoire fraîche et ne manqueront pas, s’il plaît à
DIEU, toutes les prochaines occasions pour épauler et
libérer à nouveau leur patrie, en facilitant le terrain
du combat contre les mesures despotiques en vigueur encore
chez nous.
C’est vrai, que l’actuel très,
très jeune Président n’a rien à cirer de ces vieux
croulants.
A voir l’œil d’Abou et en ce mois
béni du Ramadan, on a vraiment l’impression d’être
dirigé par des mécréants, dirigé par des païens.
Le Droit à l’Assurance de la pension
retraite est un droit non imposable d’autant plus qu’en
République de Djibouti, jamais, plus que jamais et à
aucun moment, les Pensions retraites n’ont jamais été
revalorisées (financièrement parlant et compte tenu des
inflations galopantes presque à un rythme inférieur aux
vastes Détournements des Finances Publiques et des Biens
Sociaux). On ne quémande pas son droit, une fois qu’on
a largement cotisé à sa retraite.

Réalité
dérange
L’EX MILITAIRE REPREND DU SERVICE
Marx l’avait dit : « L’histoire
se répète, une fois tragique, une fois comique ».
Beaucoup se souviennent des tragiques événements qui ont
marqué l’actuel mandat présidentiel : sans respect
pour son immunité parlementaire, M. Moussa Ahmed Idriss,
candidat spolié, a été traîné en justice par le
ministre de la Défense au motif que le journal qu’il
dirigeait avait porté « atteinte au moral des troupes »
et les forces de police chargées de faire appliquer le
verdict avaient pris son domicile d’assaut, tuant au
passage son fils adoptif. Aujourd’hui, c’est le même
ministre qui nous traîne en justice : une telle constance
dans l’acharnement contre les forces démocratiques par
celui que le régime auréole d’un glorieux passé de
maquisard mérite une mention spéciale.

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Un constat s’impose au chapitre de la répression
journalistique : l’actuel ministre de la Défense est celui qui, dans
l’équipe gouvernementale détient le record de plaintes déposées
contre les organes de presse de l’opposition !
Rappelons que c’était lui qui avait été à l’origine
de l’emprisonnement de Moussa Ahmed Idriss, Général Ali Meidal Wais,
Daher Ahmed Farah, en septembre 1999. C’est encore lui qui avait
poursuivi DAF, en plus du Général Zakaria, lors de sa dernière
arrestation, et il récidive aujourd’hui, en cherchant à museler
notre organe de presse à quelques mois de la présidentielle.
En effet, par une plainte enregistrée sous le n°3331/04 et
déposée le 20 Octobre courant pour « outrage et diffamation », le
Ministre de la Défense poursuit notre organe pour deux textes le
mettant en cause par deux fois pour une affaire touchant sa région d’origine,
dont la dernière en date est une lettre écrite et signée, insérée
dans la rubrique « Courrier des lecteurs».
Cet acharnement s’explique par plusieurs facteurs, le
premier étant la conjoncture dans laquelle il a accédé au pouvoir. Arrivé
aux affaires publiques dans le cadre d’une dissidence traumatisante dont il
fut le principal initiateur et que nul ne lui a pardonné, il ne s’estime
peut-être pas avoir des comptes à rendre aux « ingrats » qu’il est censé
représenter.
Les infortunés mandants présumés le lui rendant bien, qui
ont vainement attendu une quelconque contribution de sa part à l’amélioration
de leurs difficiles conditions d’existence. La boucle étant bouclée par le
fait que le régime, estimant ne rien perdre en le perdant, lui confie ses
sales besognes.
Celui qui, depuis la signature en décembre 1994 des accords
d’Aba’a été relégué au poste honorifique de Secrétaire Général dans
son parti, joue donc le rôle de cerbère de la dictature tout simplement parce
qu’il n’est qu’un ministre en sursis ! Parce qu’il n’est qu’un
minuscule rouage de l’appareil répressif, nous implorons pour lui la
clémence de notre lectorat.
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