Comme chaque année depuis les
tragiques événement du Ramadan 2000, le chef suprême
des Armées s’est déplacé jeudi denier au Camp Cheik
Osman pour partager le repas de rupture du jeûne avec les
officiers de l’armée nationale. Cette tournée des
popotes au demeurant fort sympathique, cache cependant une
réalité peu glorieuse de la situation des forces de
défense et de sécurité sous ce régime de mauvaise
gouvernance et de favoritisme éhonté. Ainsi, il est
loisible à tout un chacun de constater que l’institution
militaire, bénéficiant pourtant du deuxième chapitre au
Budget national, est dans un état de délabrement
avancé, alors qu’un nouveau corps créé sur l’initiative
de la Présidence et pompeusement baptisé Garde
Républicaine, paraît quant à lui particulièrement
choyé. C’est un secret de Polichinelle : cette nouvelle
unité bénéficie de toutes les attentions du régime.
Logée dans l’ancien Camp des parachutistes de l’AND,
cette garde (personnelle ?) dispose d’une caserne sans
cesse rénovée et d’équipements que leur envient les
autres militaires des FAD.
Au chapitre des cadeaux généreusement
fournis aux éléments de cette fameuse garde
présidentielle, en plus d’un salaire intéressant, on
cite généralement le khat gratuit, les rations
alimentaires gratuites pour les familles et des primes
vestimentaires pour les fêtes.
En outre, les conditions de vie et de
travail dans cette caserne new look seraient
particulièrement appréciables, si l’on en juge par la
qualité des équipements mis à la disposition des
pensionnaires : une salle informatique avec du matériel
dernier cri, une infirmerie ultramoderne et, last but not
least, des installations sportives dont un terrain de
football agréable avec du gazon synthétique ! Est-ce
donc pour faire oublier toutes les largesses accordées à
la garde présidentielle que le chef suprême des Armées
a choisi de passer une soirée de Ramadan avec les FAD, au
son de la musique (religieuse) de la troupe Harbi ?
Peut-être…
Il est quand même pitoyable de voir
des militaires américains remettre en état, à leurs
frais, le laboratoire et les toitures du collège Charles
de Foucault, tandis que le régime préfère investir dans
l’achat de matériels d’écoute téléphonique et dans
l’embellissement d’une caserne de la garde
présidentielle !
Bien que bénéficiant du premier
chapitre du Budget national, l’Education nationale reste
un des principaux récipiendaires des dons extérieurs.
Cette année, les Américains ont tenu à colmater comme
il se doit une brèche béante ouverte par la mauvaise
gouvernance dans les écoles primaires publiques, en
remédiant au manque cruel des fournitures scolaires.
Ainsi, près de 40.000 kits scolaires ont été remis aux
autorités djiboutiennes à l’intention des écoliers de
notre pays. Toujours à l’affût des médias, le
fringant Premier ministre a tenu à remettre lui-même les
premiers sacs à dos, ardoises et crayons offerts à son
gouvernement par les Etats-Unis d’Amérique. A travers
le petit écran, nos concitoyens ont suivi, certains
amusés, d’autres dépités, le triste spectacle de la
fameuse gestion de vraie problématique, généreusement
mise en scène par la RTD, avec le concours financier du
contribuable américain : la lutte contre le terrorisme
international vaut bien quelques gestes humanitaires, et
tant pis si cela permet à un régime foncièrement
impopulaire d’être artificiellement maintenu en vie.
Suite à la plainte déposée contre
notre journal par un ministre frileux, de nombreux
lecteurs nous ont fait part de leur indignation et
cherchent à comprendre les raisons de cette fièvre
gouvernementale. Pour notre part, nous sommes déterminés
à défendre les libertés publiques pour lesquelles tant
de démocrates sont morts. Aussi, perd-il son temps, ce
régime cherchant un nouvel élan susceptible de masquer
son piètre bilan. En fait, dans cette affaire, tout
semble cousu de fil blanc : l’organe de presse de l’ARD
est devenu le cauchemar du pouvoir, en osant dénoncer
sans cesse la dure réalité imposée à notre Peuple. Il
combat la philosophie du Rien Pour le Peuple affamant la
majorité en vue d’engraisser une minuscule classe d’affairistes
pillant ici pour roupiller ailleurs.
Les longues veillées du Ramadan sont
propices aux activités partisanes. Pendant que les
dignitaires du régime écument la ville à la recherche d’oreilles
complaisantes avec, pour seul argument, une distribution
massive de khat, l’UAD mobilise à tour de bras. Ainsi,
jeudi dernier, l’état-major de l’UAD s’est rendu à
l’avenue Nasser au siège du MRD, où l’attendait une
nombreuse jeunesse enthousiaste. Les dirigeants de l’UAD
se sont adressés à cet auditoire combatif et le message
est bien passé. La dizaine d’indicateurs des services
de renseignements en faction aux alentours du lieu du
meeting en sait quelque chose.
Par ailleurs, un long cortège de
dignitaires RPP, escorté par des véhicules de police
avec gyrophare, a fait relâche lundi dernier dans les
annexes 4 et 6 du parti au pouvoir. Les visiteurs étaient
plus nombreux que les visités ! Malgré les moyens
déployés, les pontes du régime ne réussissent qu’à
faire le vide où ils passent.
Comprendre
les Afar (1)
Quel est le peuple de la région qui
ignore aujourd’hui l’origine du nom qu’il s’est
lui-même donné au début de son histoire ? C’est le
peuple ‘Afar, dont nous allons traiter cette semaine la
dénomination, la répartition géographique, la structure
et l’Histoire antique.
Transcription : sans aucune prétention
scientifique, le texte qui suit se veut uniquement
documentaire. Raison pour laquelle nous avons choisi une
transcription simplifiée privilégiant la visibilité
phonétique au lecteur. Seul le arabe est transcrit par
‘.
Dénomination : ‘Afar, Danakil et
Adal
‘Afar : c’est
ainsi que ce peuple se nomme lui-même alors que,
paradoxalement, cet ethnonyme n’apparaît pour la
première fois dans l’Histoire qu’en 1967, avec la
création du Territoire Français des Afars et des Issa.
Nul ne sait aujourd’hui ce que cette
appellation ‘Afar signifie, même si certains chercheurs
l’ont rapproché de l’Ophir biblique. Pour sa part,
Didier Morin pense, à l’instar de Heudebert, qu’il
faille rapprocher cet ethnonyme de la tribu Al ‘Afar,
vivant dans l’émirat d’Oman, et dont l’ancêtre
éponyme serait « une femme nommée ‘Afra, forme que
l’on retrouve dans la généalogie de Haral Mâhis, l’ancêtre
des tribus régnantes afares ». L’auteur suggère
même une piste régionale « cette tribu de l’Oman,
à la différence des autres, est totalement enclavée,
sans accès à la mer, ce qui pourrait expliquer une
émigration partielle, sur une route plus au nord que
celle suivie par les Mahra en direction de Bosaso, sur la
côte somalie ». Quoi qu’il en soit, les flux
migratoires entre la péninsule arabique et le peuplement
primitif ‘Afar vivant sur cette côte de la Mer Rouge
est attestée par la tribu des Hadarmo ( qui signifie
originaire de Hadramout au Yémen) : en République de
Djibouti, elle s’appelle ‘Ablé.
Danakil : c’est le nom sous
lequel les tribus arabes du Yémen connaissent les ‘Afar.
Il s’agit d’une généralisation du nom de la tribu
Dankali, vivant dans la région de Baylul au nord d’Assab
et pratiquant de tout temps la navigation et la pêche. C’est
une des plus vieilles tribus ‘Afar classée dans la
catégorie des Suget (voir plus loin la signification de
ce terme).
Adal ou Oda’Ali : là
encore, il s’agit de la généralisation à toute cette
ethnie du nom d’une de ses tribus : celle des Ad’ali.
Les ‘Afar dans leur ensemble sont connus sous cette
appellation par les Somali et les Amhara, ce qui suggère
leur contactdans le cadre du sultanat Adal, implanté sur
un vaste territoire allant de Zeyla’ à Awsa. A ce
chapitre, même si les différents peuples de la région
revendiquent l’origine du dénommé Ahmed Gragne, il
convient de rappeler que sa femme Bati était la fille de
l’imam Mahfuz, qui dirigeait ce sultanat et elle était
surnommée Dêle-wân-bara : littéralement celle
que l’on ne peut pas repousser en ‘afar.
Situation géographique
Les ‘Afar habitent aujourd’hui dans
trois pays : Djibouti, l’Erythrée et l’Ethiopie sur
un territoire couvrant environ 120.000 km2. Pour de
nombreux raisons, autant techniques que politiques, leur
nombre ne peut être déterminé avec exactitude, même si
l’on s’accorde généralement à reconnaître qu’ils
sont supérieurs à deux millions. Enfin, du fait de la
politique de somalisation du temps de Siad Barré (logique
dans les premiers temps de la construction d’un
Etat-Nation impliquant l’homogénéisation de l’espace
territorial et la détribalisation d’une société
profondément divisée en clans) et du chaos de la
Somalie, il a été jusqu’à présent impossible de
mesurer scientifiquement le degré d’ « afarité » des
populations qui, enclavées dans un environnement somali,
se reconnaissent une parenté avec une ethnie ‘Afar
géographiquement sans contact avec elles. Par ailleurs,
il convient de noter que ces groupes ‘Afar vivant en
périphérie ont subi d’importantes influences des
peuples qu’ils côtoyaient. Ainsi en est-il, par
exemple, des Irob, habitant dans la région d’Adigrat,
au nord de Mekélé : certains d’entre eux sont aujourd’hui
des chrétiens Tigré.
Un processus similaire s’est
probablement déroulé au sud-est : des tribus ‘Afar
sont certainement devenus Somali comme des tribus Somali
ont une origine ‘Afar. A cet égard, il n’est pas
inutile de mentionner la correspondance entre les Eberto
et les Harala (‘Afar) d’une part, les Yibir et les
Harla (Somali) d’autre part. Tout comme il faut indiquer
que, sans exclure l’hypothèse d’un peuplement
consécutif à la déroute des troupes (Somali et ‘Afar)
d’Ahmed Gragne dans le Gondar au milieu du 16ème
siècle, une petite population revendiquant expressément
cette origine somali mais parlant uniquement la langue ‘afar,
habite une vaste zone en Erythrée, comprise entre Tî’o
et la presqu’île de Bôri.
Structure
Les ‘Afar se subdivisent en deux
groupes : les ‘Asahyamara (littéralement ceux qui
disent c’est Rouge) et les ‘Adohyamara (ceux qui
disent c’est Blanc) sans que, là encore, l’on sache
exactement ce que cette différenciation recouvre. Si l’on
s’en réfère à la symbolique des couleurs, et
considérant que le blanc représente la sagesse et le
droit, tandis que le rouge évoque la force et la guerre,
il se pourrait que cette différenciation renvoie au
renversement de l’ordre politico-religieux qu’a connu
cette ethnie, avec la chute de la dynastie Ankala
consécutivement à l’implantation de l’Islam. Pour d’autres,
elle se base sur la géologie des terres occupées par les
tribus : les Rouges vivant sur les terres rouges de l’intérieur
(‘Alta et Dok’a) tandis que les Blancs se retrouvent
sur les plaines côtières (Laa’o). Mais cette
répartition territoriale n’est valable qu’en
République de Djibouti.
Selon certains chercheurs, la
différence entre Rouges et Blancs serait d’ordre
généalogique : les premiers descendant de l’ancêtre
commun Haral Mâhis (littéralement
celui-qui-est-apparu-au-matin-sur-l’arbre), tandis que
les seconds se subdivisent à leur tour en Suget (ceux qui
étaient là, c’est-à-dire le noyau originel ‘Afar)
et en Abûsamara ( les tribus nées d’un mariage soit
entre Rouges et Suget, soit d’un apport extérieur, i-e
d’un autre peuple). Encore une fois, cette dichotomie ne
tient pas, du fait de l’existence de sultans Blancs à
Tadjourah et à Rahaïta, pourtant descendant du même
ancêtre que les autres chefferies Rouges. Pour Chedeville,
un des meilleurs connaisseurs de ce peuple, cette
opposition entre Rouges et Blancs serait essentiellement
politique et consécutive à la guerre commerciale pour le
contrôle des pistes caravanières qui a opposé, au
18ème siècle, le sultanat d’Awsa à celui de Tadjourah.
Ce qui semble plausible, ce conflit étant la seule guerre
fratricide dont se souvienne la mémoire collective de ce
peuple. Cela étant, sans leur affecter une couleur
spécifique, on peut considérer que les ‘Afar se
divisent en trois catégories.
Les Suget tout d’abord : cette
catégorie regroupe l’ensemble des tribus originelles,
ne se rattachant à aucun ancêtre commun. C’est autour
de ce noyau originel que les autres tribus sont venues se
greffer, soit en tant que ‘Afar venus de la péninsule
arabique avec une variante culturelle propre, soit
descendant d’un étranger intégré au sein d’une
tribu qui existe. C’est peut-être en référence à
cette puissante capacité intégratrice qu’un proverbe
est toujours cité avec une étonnante distance consistant
à préciser que « les ‘Afar disent en guise de
proverbe », comme s’il s’agissait d’un emprunt fait
à une culture autre.
La seconde catégorie regroupe toute la
descendance de Haral Mâhis, personnage énigmatique
apparu un matin sur un arbre à Daffeynaïtou. Sa
descendance se subdivise en quatre tribus Ad’ali,
Dammahoyta, Modayto et Ulu’to, détenant l’essentiel
du pouvoir politique du monde afar, suite à un complot
politico-religieux contre les prédécesseurs Ankala. Les
Abûsamara, de loin la plus importante d’un point de vue
démographique, est une catégorie constituée autour de
la confédération des Badoyma-Mêla et dont l’origine
doit être recherchée en référence à la spécificité
d’une terre dominée par le kaolin : bado.
Histoire
Comme pour autres peuples sans
écritures, la recherche historique relative précédant
la première attestation écrite, doit privilégier une
approche pluridisciplinaire confrontant la tradition orale
aux dernières connaissances en la matière.
Préhistoire : même si plus vieux
ossements humains (Lucy, l’Australopithécus Afarensis
puis Ramidus, ont été découverts dans des régions
éthiopiennes actuellement habitées par des ‘Afar, rien
ne permet d’en inférer une telle ancienneté de ce
peuple, bien que son caractère fondamentalement local ne
souffre aucune contestation, au grand dam de ceux qui lui
cherchaient une origine sud-arabique ou même caucasienne.
Toutefois, même Chedeville avait été frappé par l’archaïsme
de certaines formes idiomatiques utilisées par les
locuteurs de cette langue couchitique.
En fait, un bon connaisseur de la
langue ‘afar trouverait facilement, dans la définition
de l’humanité et de l’animalité, une référence
plus que psychanalytique aux deux tabous constitutifs de
la civilisation : celui de l’anthropophagie et celui de
l’inceste. De même, notons pour l’anecdote que l’être
humain se dit ici « celui-à-deux pattes » ! Tout comme
le doigt se dit « celle-qui-grimpe ». S’il n’est pas
établi que ce peuple ait à un moment de son histoire
vécu dans les arbres, le fait que le même verbe désigne
à la fois monter et sortir semble indiquer (comme le
prouvent d’ailleurs les grottes dans la région de Bôri)
que les ‘Afar auraient très bien pu être les « Troglodytes»
(habitants des cavernes) dont parlait, dans les premières
années de l’ère chrétienne, l’Histoire Universelle
de Diodore de Sicile.
Pour sa part, Austin, l’auteur de How
to do things with words ( ouvrage capital traduit en
français sous le titre Quand dire, c’est faire), aurait
certainement trouvé ici un matériau linguistique
décisif à l’appui de son concept de self-fulfilling
prophecy (prophétie auto-créatrice) : à travers, par
exemple, la forme idiomatique makitti erhe ‘signifiant
à la fois j’ai fait un tout et j’ai dit un tour, on
voit que, là aussi, dire, c’est agir. Comment ne pas
évoquer, dans ce cadre, le fameux proverbe disant « yab
yâbeh, yabbâbek tibba kô mây abte »
(littéralement la parole m’a crée et a créé mon
père, le silence t’aurait-il créé), évoquant le
mythe de la parole créatrice que l’on retrouve dans les
plus anciens récits cosmogoniques ?
Antiquité : la première parenté
qui vient à l’esprit, ne serait qu’en raison de la
funeste pratique de l’excision et de l’infibulation, c’est
celle avec le monde pharaonique. Quoique souffrant souvent
d’une extrapolation abusive, beaucoup de recherches ont
été entreprises ici dans ce domaine au niveau
djiboutien, dans la lignée des travaux égyptologiques
entrepris par Cheik Anta Diop et son école de IFAN
(Institut Fondamental de l’Afrique Noire).
Diodore de Sicile avait déjà fait
état des liens historiques et culturels ayant existé
entre les Egyptiens du temps des pharaons et les habitants
de Pount « Terre des Dieux ». De plus, il avait
rapporté que les habitants de Pount avaient de tout temps
vécu sur cette terre. Caractère indigène que ne
possèdent pas les autres peuples sémites de la région,
Amhara (Habasha) et Tigré venus pour leur part de l’Arabie
Heureuse.
Même si l’Histoire contemporaine
régionale, produite pour et par des idéologies d’Etat
en mal de passé glorieux, a donné lieu à des
récupérations de Pount, un consensus académique semble
s’établir quant à sa localisation sur nos rivages de
la Mer Rouge. Il convient à cet égard de lever un
amalgame : lorsqu’il était question d’Ethiopiens dans
l’Antiquité, il s’agissait de tous les peuples de
notre région ainsi nommés en raison de la couleur de
leur peau : en grec, Aetiops signifie « visage brûlé
».
Pour ce qui est de ses habitants, dont
les Egyptiens eux-mêmes se disaient être les
descendants, de nombreux faits linguistiques et culturels
semblent les rattacher aux actuels ‘Afar. Ainsi, pour ne
prendre que cet exemple parmi d’autres innombrables, la
forme de relation à plaisanterie « Afbêha »
(signifiant à la fois la bouche d’après demain et
ouverture de la bouche) qui lie entre elles les tribus
pourrait s’expliquer par la cérémonie funéraire
égyptienne d’embaumement du mort, transcrite sous la
forme WR-KW, et dans laquelle le serpent jouait un rôle
déterminant : en langue ‘afar, cela donnerait
WâRi-KâW (Ouverture sur l’Eternité) ou Warri-Kâw
(Ouverture du Serpent).
Tout comme l’importance du
vocabulaire commun à l’afar, au latin et au grec ne
peut s’expliquer que par les échanges culturels entre
ces peuples durant la haute Antiquité, ce que prouverait
les récits des Grecs eux-mêmes et le caractère
éthiopien qu’ils reconnaissaient par exemple à
Cassiopée.
A suivre ...
Pendant
ce temps, en Ogaden
Alors que la paix éthiopienne s’installe
de Hargueisa à Mogadiscio, il nous a semblé utile d’attirer
l’attention de nos lecteurs, pour compléter le tour d’horizon
consacré aux Somalis dans notre rubrique Culture, à la
situation dramatique que vivent quotidiennement d’autres
Somali. Ceux de l’Ogaden qui, à en croire cet article
paru dans Le Monde Diplomatique en août 2000, endurent
une sécheresse très peu naturelle.
Sylvie Brunel
APRÈS trois années de sécheresse, l’Ogaden, au sud-est
de l’Ethiopie, concentre un grand nombre d’organisations humanitaires
mobilisées contre la famine. Cette catastrophe qu’on dit
"naturelle" n’a, en réalité, que peu à voir avec la nature. En
effet, elle représente l’archétype d’une famine mise en scène à la face
du monde dans un triple dessein : attirer l’aide internationale,
"capturer" une région périphérique aux tendances centrifuges,
souder le peuple éthiopien dans la lutte contre une "catastrophe" à
quelques semaines d’élections essentielles pour le régime
La sécheresse frappe de nouveau l’Ogaden. Les 3,5
millions de Somalis qui peuplent cette région de l’Ethiopie l’ont subie
trois années de suite. Les ressources en eau se sont raréfiées, tandis que
les pâturages s’épuisaient. Les difficultés climatiques, courantes dans
une région sahélienne, ont mis en évidence des déséquilibres croissants
entre les capacités du milieu et son utilisation.
L’économie de l’Ogaden, tournée non vers l’Ethiopie
mais vers l’Est, a successivement souffert de la guerre en Somalie à partir
de 1991, d’une modification des normes sanitaires en Arabie saoudite - qui l’a
privée de ses exportations traditionnelles de bétail -, de sécheresses
récurrentes, voire d’inondations occasionnelles, et d’une insécurité
permanente. En 1999, alors même que le reste de l’Ethiopie dégageait des
excédents céréaliers, l’Ogaden a connu une pénurie sévère: la
sécheresse a détruit 90 % des récoltes et s’est prolongée anormalement
dans le Sud. Le prix du bétail s’est effondré, tandis que celui de la
nourriture explosait. La mort par inanition d’une grande partie des bovins a
marqué un point de rupture.
Pourtant, il était possible aux autorités éthiopiennes,
qui contrôlent les puits profonds - restés approvisionnés, contrairement aux
puits traditionnels, gérés, eux, par les clans et asséchés dès le début
de la crise -, d’intervenir pour répondre au déficit pluviométrique et
éviter les concentrations d’hommes et de bétail autour de ces puits. Près
des points d’eau, les pâturages, trop sollicités, disparaissent rapidement.
L’Ethiopie est un des rares pays d’Afrique où le
système public de gestion des crises fonctionne. Un système d’alerte
précoce y a été mis en place dès 1976, et la Commission de prévention des
désastres (DPPC), legs de la grande famine de 1984-1985, veille à éviter les
famines. Elle obtient des résultats satisfaisants grâce à des stocks de
sécurité, lâchés sur les marchés en cas de flambée anormale des prix. La
DPPC a ainsi pu, malgré le déficit pluviométrique, éviter la pénurie dans
le Tigré, dans le nord du pays, région d’origine du premier ministre, M.
Meles Zenawi.
Des distributions préventives de nourriture, un déstockage
des troupeaux par la régulation du système d’achat, ainsi que la mise en
oeuvre des systèmes d’alerte précoce (SAP) auraient évité le drame. Mais
l’activation du SAP est entravée dans les zones pastorales, pourtant
fragiles, par les restrictions de circulation imposées aux agences des Nations
unies comme aux organisations non gouvernementales (ONG).
Le pays s’estime suffisamment organisé, en effet, pour
que les ONG internationales n’y soient pas les bienvenues, sauf lorsqu’elles
se limitent à fournir assistance technique et moyens financiers aux
autorités. Leur capacité de réaction en cas d’urgence est annihilée par
des tracasseries permanentes: longueur des procédures d’homologation,
entraves diverses à leur activité, telles que la limitation du nombre de
véhicules autorisés, l’interdiction des camions, des hélicoptères et des
téléphones cellulaires, les communications devant se limiter à des échanges
radio, et l’imposition de taxes importantes à l’entrée des marchandises.
L’insécurité empêche le déploiement des programmes
humanitaires. En 1977, l’occupation militaire de l’Ogaden par la Somalie
ouvrait un conflit international. Aujourd’hui, l’insécurité continue d’être
entretenue par de nombreux mouvements séparatistes, dont les deux principaux
sont l’Al Ittihad al-Islam et le Front national de libération de l’Ogaden
(ONLF), soutenus par la Somalie. Le pays vit dans un état de guerre chronique,
avec des affrontements constants entre des clans, entre les militaires et les
rebelles, entre ces derniers et des milices civiles montées de toutes pièces
par le gouvernement d’Addis-Abeba, et qui sont rémunérées en sacs de
nourriture... prélevés sur l’aide internationale, notamment celle du
Programme alimentaire mondial (PAM).
Les Somalis sont doublement pénalisés en Ethiopie.
D’une part, ils représentent une minorité par rapport
aux peuples des hauts plateaux (Oromos, Amharas et Tigréens - ces derniers, au
nombre de trois millions selon le recensement le plus récent, étant
eux-mêmes une minorité par rapport aux premiers, même s’ils contrôlent le
pouvoir politique), avec lesquels ils entretiennent des relations d’hostilité
réciproque. D’autre part, ils constituent un peuple extrêmement divisé,
cloisonné en groupes rivaux. Au plus fort de la sécheresse, les antagonismes
entre clans ont ainsi privé de nombreuses familles de l’accès à la
nourriture et à l’eau, notamment le long de la principale rivière de la
région, la Wabé Shebélé.
Tromper l’opinion internationale
La menace d’une "somalisation" de l’Ogaden
hante le gouvernement éthiopien, qui, s’il a toujours négligé le peuple
somali, convoite en revanche ses terres. Cet immense espace peu peuplé
pourrait constituer une frontière agricole idéale pour une nation amhara en
quête d’un déversoir démographique.
Si l’Ogaden est géographiquement un Sahel aux terres peu
fertiles, il recèle d’énormes quantités de gaz naturel encore
inexploitées: 35 milliards de mètres cubes, selon une évaluation russe
menée au début des années 80! Une firme chinoise a signé, en 1997, un
contrat pour produire du gaz liquéfié avec l’aide de la Banque mondiale. Il
existe même un projet de gazoduc vers Harare (Zimbabwe), où une raffinerie
pourra être construite.
Quel meilleur moyen de mettre au pas cette province rebelle
que d’organiser les contrôles autour des principaux points d’eau
pérennes. Seuls les puits profonds sont restés en eau. Certains appartiennent
à des propriétaires privés qui en font payer chèrement l’accès. D’autres
sont contrôlés par l’armée éthiopienne. Ceux qui veulent en bénéficier
doivent faire acte d’allégeance: ici comme ailleurs, qui contrôle la
nourriture et l’eau détient le pouvoir.
En avril 1999, des militaires éthiopiens interdisaient l’accès
à la rivière Wabé Shebélé, vers laquelle confluaient des milliers de
familles, au prétexte qu’elle regorgeait de bactéries. Les distributions de
nourriture, organisées sous la férule de l’armée là où se trouvent les
plus fortes concentrations de population, facilitent le quadrillage d’un
territoire jusque-là mal maîtrisé par des troupes peu amènes à l’égard
des populations locales.
La volonté de mainmise des autorités sur cette région s’est
exacerbée avec la perspective des élections générales (qui se sont tenues
à la mi-mai, sauf dans l’Ogaden, où elles ont été repoussées à ce mois
d’août). Remportées de façon écrasante par la coalition au pouvoir, elles
désignaient les membres des conseils des neuf Etats fédéraux - les organes
législatifs régionaux - et des régions administratives particulières, mais
aussi les députés de la Chambre des représentants, organe législatif
fédéral.
Pour Addis-Abeba, l’enjeu somali est de taille, en raison
du principe d’autodétermination adopté par le gouvernement de M. Meles
Zenawi. En Ogaden, les précédentes élections, en 1993, avaient porté au
pouvoir des responsables locaux fortement tentés par l’indépendance. Ce n’est
qu’en finançant des partis "amis" que le gouvernement central a
réussi à limiter les dégâts, au prix d’un renforcement musclé de la
présence armée, financée en partie par l’aide américaine.
En 1999, Human Rights Watch dénonce la "guerre
secrète" de l’Ogaden: la province est devenue un immense camp militaire
à huis clos où l’armée multiplie les exactions, emprisonne, massacre,
interdit l’accès à l’eau. Au plus fort de la sécheresse, en avril, l’armée
d’Addis-Abeba change de tactique et revêt la panoplie inattendue du bon
Samaritain humanitaire. Elle transporte les vivres et organise les secours.
Même si les quantités distribuées sont plus qu’insuffisantes - et les
conditions dans lesquelles se font les distributions très éloignées des
méthodes employées par les "vrais" humanitaires -, l’objectif est
clair: l’impact de distributions de nourriture, à quelques semaines du
scrutin, ne peut que jouer en faveur des candidats d’un gouvernement
fédéral qui peine jusqu’ici à imposer sa légitimité.
Cependant, les moyens manquent: la guerre de tranchées
fratricide entre l’Ethiopie et l’Erythrée absorbe les forces vives du pays
depuis mai 1998. Elle s’est révélée ruineuse en hommes, en matériels, en
moyens financiers. Recueillir l’aide internationale en soudant les Ethiopiens
autour d’une catastrophe nationale devient un excellent calcul pour le
régime. Prétextant le manque de routes et d’infrastructures de transport,
le gouvernement concentre les médias et les agences d’aide dans une zone
calme parce que bien contrôlée par les militaires.
Son épicentre est la ville de Godé, où se trouve un des
rares aéroports de cette région sous-équipée. Au total, tous les reportages
des médias du monde sur la "famine en Ethiopie" sont issus de la
même zone de cinquante kilomètres de rayon. La grande majorité d’entre eux
sont tournés à Denan, petite ville distante de 40 kilomètres de Godé, où
la famine est particulièrement "visible".
Symboles de désolation absolue, des cadavres de vaches
mortes jalonnent la route qui va de Godé à Denan. Les cadavres ont été
traînés le long des routes, soigneusement alignés, redressés chaque fois
que possible pour mettre en scène la famine. Les autorités conduisent les
Occidentaux au cimetière de Denan pour leur montrer quelques tombes d’enfants
fraîchement creusées et prennent à partie la communauté internationale,
accusée d’avoir trop tardé à envoyer des secours. Sans préciser qu’il y
a peu, elles refusaient encore toute présence humanitaire occidentale.
En avril 2000, l’Ethiopie se voit promettre cinq fois plus
d’aide alimentaire qu’il n’était prévu avant la médiatisation de la
famine: près de 900 000 tonnes, un montant considérable, qui n’est même
pas conditionné à l’arrêt des combats avec l’Erythrée, Addis-Abeba
ayant catégoriquement refusé un tel "chantage". Un montant surtout
sans rapport avec le nombre réel des affamés.
Les organisations humanitaires hésitaient, en mars 2000, à
estimer le nombre des victimes. Le chef de mission sur place avançait
prudemment qu’un million de personnes environ, soit un peu moins du tiers de
la population de l’Ogaden, ont besoin d’une aide alimentaire urgente.
Pourtant, début avril, le gouvernement annonce que deux millions de personnes
sont frappées par la famine. En quelques jours, le montant des affamés
double, passant à quatre millions, puis double encore pour atteindre huit
millions... Une visite sur place de la directrice du PAM, que les autorités
promènent dans le nord du pays, au Tigré, géographiquement situé à l’opposé
de l’épicentre du sinistre, amène l’estimation à doubler une fois encore
pour atteindre seize millions de personnes! Le gouvernement éthiopien, relayé
par le PAM et l’Unicef, réclame désormais une aide pour tout le nord du
pays en prétextant la sécheresse. Présente dans le Tigré, l’ONG
britannique Save the Children n’y observe pourtant pas de détérioration de
la situation nutritionnelle.
Ce nombre impressionnant de seize millions est une
extrapolation plus que hasardeuse à partir d’une réalité géographiquement
très limitée, celle de la malnutrition aiguë autour de Godé. Il correspond
à la totalité des personnes vivant dans les régions de la Corne de l’Afrique
frappées peu ou prou par le déficit pluviométrique.
On sait, pourtant, que tous ne seront pas également
touchés: comme un tamis, la famine sélectionne les individus les plus
vulnérables. Mais l’appel est entendu. 900 000 tonnes de céréales sont
promises par les donateurs.
Un tel montant permet de subvenir au déficit alimentaire
chronique en Ethiopie, qui fait partie des dix-sept pays du monde dits de
"risque majeur" sur le plan alimentaire. Un apport précieux pour un
Etat en guerre et en période électorale. Mais les affamés de l’Ogaden
risquent de n’en voir qu’une faible partie, d’autant plus que les ports
de Djibouti et de Berbera - ceux de l’Erythrée étant catégoriquement
exclus par le gouvernement de M. Zenawi - sont dans l’incapacité matérielle
d’absorber de tels tonnages.
Cette catastrophe humanitaire n’a que peu à voir avec la
nature. Le gouvernement éthiopien a cyniquement tiré argument de la
sécheresse en Ogaden pour obtenir de donateurs, jusque-là réticents à
alimenter un pays en guerre, le maximum d’aide en un minimum de temps.
Sylvie Brunel
Somaliland-Somalie(s)
UNE GUERRE CONTRE L’ESPOIR
Moins de trois semaines
après l’élection du leader du Puntland comme Président
intérimaire de la Somalie, les relations conflictuelles
entretenues entre cette région et le Somaliland voisin ont
malheureusement dégénéré en affrontements frontaliers d’une
extrême violence le week-end dernier. Il y a quelques
numéros de cela, nous avions salué la désignation à
Nairobi du colonel Abdillahi Youssouf, espérant que la
stabilité serait enfin restaurée à Mogadiscio et que cela
ouvrirait la voie à de futures réconciliations avec le
Somaliland.
Dans la seule journée de vendredi 29
octobre, les affrontements entre les troupes du Somaliland
et celles du Puntland auraient fait plus d’une centaine
de morts. Les combats se seraient déroulés à une
trentaine de kilomètres au nord de Las Anod,
précisément à Adi-Addeye, et auraient pu faire plus de
victimes si des pluies torrentielles ne s’étaient
abattues dans la région.
Ce n’est pas la première fois que
les deux forces armées des deux voisins s’affrontent,
un problème frontalier les opposant depuis la sécession
et la proclamation de la République du Somaliland en
1991. En effet, alors que le Somaliland s’attèle à
recouvrer l’ensemble de ses frontières héritées du
colonialisme britannique, le Puntland a toujours
revendiqué sa souveraineté sur cette partie Est du
Somaliland, dépendant de son autorité sur la base de
considérations tenant à la structure traditionnelle.
Toutefois, les autorités du Somaliland,
tant sous le regretté Egal que sous l’actuel Chef de l’Etat
Rayaleh, ont opté pour un profil bas face à cette
situation difficilement acceptable et dangereuse pour la
stabilité, au risque de retarder tout espoir d’une
reconnaissance internationale ; la nouvelle donne
politique en Somalie y étant pour beaucoup.
Ainsi, dès la proclamation des
résultats définitifs portant Abdillahi Youssouf Ahmed à
la tête du pouvoir intérimaire somalien au Kenya, les
autorités du Somaliland n’ont pas caché leurs
inquiétudes. Un Conseil de ministre extraordinaire tenu
aussitôt a appelé à la mobilisation générale,
excluant sans équivoque tout retour dans l’ensemble
somalien.
Bien que le Président Abdillahi
Youssouf ait promis de favoriser le dialogue avec le
Somaliland, pour ce dernier, le nouvel homme fort de la
Somalie demeure avant tout un Chef de guerre et estime
aujourd’hui que, sans son accord, l’armée du Puntland
ne l’aurait pas agressé.
Ses craintes se fondent par ailleurs
sur deux points :
1) porté à la tête de l’Etat
Somalien, Abdillahi Youssouf jusque-là considéré comme
un redoutable chef de guerre par son voisin somalilandais,
profite de sa nouvelle situation et de son rang auprès de
la communauté internationale, pour mettre fin à tout
espoir d’indépendance du Somaliland et se met au-dessus
de toutes les autres factions somaliennes au rang
desquelles il rabaisse le Somaliland ;
2) son appel à une interposition
militaire internationale pour désarmer les milices autres
chefs de guerre concerne également le Somaliland et le
place ainsi dans une situation d’instabilité, son
indépendance n’étant pas reconnue par le pouvoir
central de Mogadiscio ni cette communauté internationale
prônant l’intégrité territoriale de l’ancienne
République Démocratique de Somalie. Même si le nouveau
Président intérimaire avait pris les devants pour
proposer une solution pacifique à la réintégration du
Somaliland dans le giron somalien lors de son investiture.
Seulement, voilà que trois semaines après, de violents
affrontements démentent cette démarche par le dialogue.
Aujourd’hui, le Somaliland accuse
ouvertement l’ex-chef du Puntland d’avoir mobilisé
ses milices pour le déstabiliser, et va même jusqu’à
exhorter l’Ethiopie, avec qui les deux belligérants
entretiennent d’excellentes relations, à contrôler sa
population de la région de l’Ogaden dont une partie de
la guérilla de l’ONLF (Ogaden National Liberation
Front) aurait pris part à cet affrontement armé.
Une telle régionalisation est
extrêmement lourde d’implications car cette accusation
peut servir de prétexte à l’Ethiopie, soutenue en cela
par la coalition internationale contre le terrorisme, pour
réprimer une population de l’Ogaden au sein de laquelle
le mouvement séparatiste compte beaucoup de
sympathisants, et dont l’une des composantes est
accusée de connivence avec la nébuleuse Al-Qaïda.
A l’heure où une nouvelle famine se
profile en Ethiopie, selon l’avertissement lancé par le
système des Nations Unies, et gardant à l’esprit l’arme
redoutable que peut constituer l’aide alimentaire, des
jours difficiles sont donc à craindre pour les civils de
l’Ogaden.
Ce premier accrochage meurtrier depuis
la nomination du Président de la Somalie augure de
lendemains difficiles pour la région et pour la somalie
en particulier. Néanmoins, il n’est un secret pour
personne que l’Ethiopie domine la nouvelle politique
régionale de la Somalie et du Somaliland, et qu’à ce
titre elle se doit de jouer le rôle de pompier dans le
bourbier somalien.
Une croyance locale, d’inspiration
animiste, veut qu’il pleuve à chaque fois que la terre
nourricière a besoin d’être purifiée du sang humain
dont elle a été souillée. Les dernières pluies qui se
sont abattues dans la région où des frères se sont
massacrés étaient vraiment les bienvenues à tous
égards. Mais, il serait préférable qu’il pleuve sans
qu’il y ait du sang humain à laver.
Une force internationale d’interposition
pourrait donc être la bienvenue, à condition que sa
mission soit réduite à la seule pacification de la
Somalie de Mogadiscio.