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EDITORIAL
AILLEURS
COMME ICI :
NEUTRALISER LES TUEURS DE PAIX
Il y a une fâcheuse
constante chez tous les dirigeants bellicistes peu
soucieux de concorde nationale : comme le fit en son temps
Gouled, le Président ivoirien Laurent Gbagbo voulait
profiter du cessez-le-feu et de l’interposition des
soldats de l’ONUCI pour se réarmer massivement,
reprendre les hostilités contre les rebelles et ainsi
pousser ces forces d’interposition mises devant le fait
accompli à quitter les zones de guerre. Cette logique
extrémiste ayant réussi dans le cas djiboutien, et la
France possédant chez lui au moins autant d’intérêts
à protéger qu’ici, le calcul machiavélique de Gbagbo
devait inévitablement conduire au désengagement de
toutes les troupes
étrangères de maintien de la paix (plus un contingent de
4000 français) et donc à la fin de la médiation
internationale, dont la France a le tort d’être le bras
armé. Eviter toute redéfinition de la citoyenneté
ivoirienne par l’application honnête des accords de
Marcoussis (janvier 2003) et celui d’Accra III (juillet
2004), en tuant samedi 6 novembre dans un bombardement aérien
dix ressortissants occidentaux (9 militaires français et
un civil américain), le jeu en valait pour lui la
chandelle. Mais la machine a fait tilt : une telle remise
en cause criminelle de la notion même de maintien de la
paix et de médiation extérieure était inacceptable.
Si sa diplomatie se
laisse occasionnellement insulter ici ou là, la France ne
peut durablement tolérer, sans renier sa grandeur, que
des despotes violeurs d’accords de paix, l’humilient
sur la scène internationale en sabotant le rôle modérateur
et conciliant qu’elle entend y tenir.
Face à ce sabotage,
le Conseil de sécurité des Nations-Unies serait sur le
point de voter un projet français de résolution, prévoyant
des sanctions à l’encontre de la Côte d’Ivoire et de
certains de ses responsables : embargo sur les armes à
destination de ce pays, gel des avoirs et interdiction de
voyager pour les personnes jugées coupables de blocage du
processus de paix seraient au menu.
Certes, il y aura
toujours des pointilleux pour trouver regrettable de
constater qu’il aura fallu la mort de ces dix
Occidentaux pour que la communauté internationale réagisse
en s’attaquant aux origines de ce drame : la violation
des accords de paix par la partie gouvernementale. Sans
manquer de rappeler que le massacre de centaines de
manifestants pacifiques par les troupes régulières dans
les rues d’Abidjan l’année dernière n’avait suscité
qu’un communiqué laconique du Quai d’Orsay. Le parallèle
est saisissant : qui a ici oublié qu’il en fut de même
lors du massacre d’Arhiba en décembre 1991, alors
qu’une petite attaque du FRUD contre les infrastructures
portuaires avaient soulevé la profonde indignation des
autorités françaises. Mais à quelque chose malheur est
malheureusement bon : la réaction présente de la France,
par la destruction des moyens aériens ivoiriens,
aura été à la hauteur de l’affront. Et de
l’avenir : parce que l’indifférence générale de la
communauté internationale avait jusqu’à présent
encouragé Gbagbo à torpiller les accords de paix et pour
l’application desquels un comité ad hoc avait été mis
en place. Les pressions internationales qui vont désormais
s’exercer sur les protagonistes imposeront, espérons-le,
les conditions politiques pour une réconciliation des
forces ivoiriennes en conflit.
Toutefois, le rappel
des motivations françaises vaut le détour. Selon une déclaration
de son Ministre des Affaires Etrangères, « tous ceux qui
ne respectent pas leur signature pourraient faire
l’objet de sanctions individuelles décidées par les
Nations-Unies. Il faut obliger ceux qui ont donné leur
parole et leur signature à les respecter ». Propos qui,
sous d’autres cieux, devraient inciter à réfléchir
tous ceux qui, parvenus par la force et la fraude, croient
ruser avec la réalité en retardant les indispensables
conditions d’une réelle paix civile. Car, ici, sans
attenter à la vie de qui que ce soit, (innocent ou
coupable), notre Peuple qui a décrété le 12 mai journée
nationale de la Paix, reste mobilisé et déterminé à
faire appliquer tous les termes de l’Accord signé entre
la partie gouvernementale et le FRUD-armé. Et, pour notre
part, en tant que co-signataire, notre participation à la
compétition politique ne trouve sa légitimité que dans
un ensemble de réformes démocratiques, prévues par
ledit accord et dont la réalisation est loin d’être
effective. Sachant pertinemment que cette application ne
passera pas par les urnes, nous ne souhaitons pas
qu’elle le soit par les armes.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il
reste à espérer que la communauté internationale qui se
mobilise aujourd’hui pour imposer la paix en Côte d’Ivoire,
se penche sur la situation djiboutienne avant l’irréparable.
Brèves
nationales
Les FAD désenclavent
le Nord :
Elles terrorisent
encore le Sud
Alors qu’elles se
vantent de contribuer au développement économique des régions
affectées par le conflit civil en participant au désenclavement
aérien du district d’Obock, les Forces Armées
Djiboutiennes viennent de démentir de façon dramatique
la propagande selon laquelle notre pays aurait été débarrassé
de toutes les mines antipersonnelles enterrées par les
troupes gouvernementales. Ainsi, le 7 septembre dernier,
trois fillettes bergères auraient été sérieusement
blessées par l’explosion d’une mine antipersonnelle
à quelques centaines de mètres de la garnison de Galafi.
Il s’agit de : Fatouma Willisa, Arba’i Orbiss et
Fatouma Mohamed. Les jeunes bergères, âgées de 9 à 12
ans, auraient été évacuées à bord d’un véhicule
militaire vers Dikhil, pour y recevoir des soins vite jugés
insuffisants au vu de la gravité de leur état. L’une
d’elles, Fatouma Willisa, aurait même perdu un œil,
tandis que Fatouma Mohamed aurait quant à elle perdu une
main. La troisième fillette aurait pour sa part reçu des
éclats sur tout le corps.
Contrairement aux
affirmations du régime, qui claironne que Djibouti est «
mine safe » (vide de mines), tout laisse malheureusement
à penser que ses mines antipersonnelles restent toujours
en liberté dans notre pays, mettant en danger la vie de
paisibles citoyens des zones rurales. Comme le prouve, après
l’avis des spécialistes, le seul fait qu’aucun déminage
des envions de cette garnison de Galafi ne soit à
l’ordre du jour…
Ambassades
djiboutiennes :
Entre annexes RPP
et lieux de culte
Après celle de
Bruxelles, c’est donc au tour de l’ambassade
djiboutienne à
Paris de se transformer, le temps d’un rassemblement
partisan très peu en conformité avec ses missions
diplomatique et consulaires, en une annexe sans gêne du
parti au pouvoir du candidat à sa propre succession.
Triste spectacle qui n’a certainement pas manqué
d’intriguer les observateurs étrangers : un tel usage
d’un édifice public à des fins partisanes et au
service d’intérêts sectaires, c’est effectivement
chose rare depuis la disparition officielle des partis
uniques. Entre le personnel diplomatique au grand complet
et des réfugiés proches du régime, il y avait du beau
monde, naïvement convaincu
que cette messe en adoration de celui qui met en
danger la concorde nationale influencera le cours des
choses ici. Que le régime se mette en scène de façon
aussi pitoyable à des milliers de kilomètres de notre réalité
nationale, devant laquelle le bon sens qu’impose la
certitude d’être illégitime l’incite à beaucoup de
discrétion ici, n’en démontre que plus son isolement
à l’intérieur.
Investissements à
Obock :
Aubaine ou bedaine
?
Selon des
informations circulant dans les milieux d’affaires, des
investisseurs djiboutiens et étrangers lorgneraient vers
le district d’Obock. Ainsi, une société sud-africaine
et des privés nationaux projetteraient d’y investir
dans le secteur de la pêche, potentiellement riche dans
cette région. On parle de l’installation dans la zone
de Khor-Angar, au nord d’Obock, d’une ferme aquacole
destinée à l’élevage de langoustes et autres crustacés.
Ce projet d’un montant de 10 millions de dollars
pourrait, dit-on, permettre la création de quelques
dizaines d’emplois dans cette région.
Par ailleurs, des
privés djiboutiens seraient sur le point d’exploiter un
chalutier dans les eaux particulièrement poissonneuses
d’Obock, au bénéfice des pêcheurs qui ont dû
abandonner leurs activités en raison du coût élevé du
carburant et de l’absence de moyens de conservation du
poisson sur place.
« Réalité »
suivra avec intérêt ces projets et leurs impacts réels
sur les conditions de vie des populations oubliées de
cette région. En attendant, il est trop tôt pour savoir
si ces futurs investissements seront une aubaine pour les
citoyens ordinaires du coin ou une nouvelle opportunité
pour enfler certaines bedaines du régime.
Décès du
fondateur des Emirats Arabes Unis :
Le sanglot du
mendiant ?
Les Djiboutiens a
appris mercredi dernier le décès survenu mardi 2
novembre du cheik Zayed Ben Sultan Al Nahyane, Président
de la Fédération des Emirats Arabes Unis. Le cheik Zayed
qui vient de disparaître à l’âge de 86 ans était
l’émir d’Abu-Dhabi et Président de cette fédération
créée en 1971 avec cinq autres émirats : Dubaï, Ras El
Khaimah, Fujaïra, Ajman et Um Al Quwaïn. La Capitale de
cet Etat du Golfe est Abu-Dhabi, mais les Djiboutiens
connaissent surtout Dubaï, avec lequel notre pays
entretient des relations commerciales depuis une vingtaine
d’années.
Depuis l’an 2000,
cet émirat est cité en modèle à Djibouti, les autorités
djiboutiennes ayant concédé à Djebel Ali la gestion du
Port, de l’Aéroport, de la nouvelle Zone Franche et du
futur Port de Doraleh. C’est, nous semble-t-il, parce
que Djebel Ali contrôle une partie de notre économie
nationale que notre pays a transféré à Dubaï son
ancienne ambassade en Irak, alors que les Emirats n’ont
pour leur part aucune réciprocité avec Djibouti.
Qu’importe, Djebel Ali vaut bien une prière ou même
trois jours de deuil national décrété officiellement à
l’occasion de la disparition du cheik Zayed mais, en réalité,
pour des raisons hypocritement commerciales.
Ce sanglot d’Etat,
qui n’est pas sans rappeler celui du mendiant ayant
perdu son bienfaiteur, semblerait plus sincère si notre
gouvernement avait honoré comme il se doit, et comme nos
compatriotes l’attendaient de sa part, la mémoire du père
fondateur de notre République, récemment disparu. Ne
peut aimer autrui celui qui n’aime pas les siens.
Pour le reste, nous réitérons notre vive sympathie
au Peuple frère Emirati et saluons la mémoire du cheik
Zayed Ben Sultan Al Nahyane, fondateur des Emirats Arabes
Unis et laisse un des pays les plus stable et le plus
prospère du monde arabe.
Comprendre
les Afar (2)
UN
ALPHABET ORIGINAL
Dans cette dernière partie, nous nous intéresserons à la récente découverte
de la Feera (1), alphabet afar. Voici l’exposé qu’y
consacre le site Arhotaba.com. Cette découverte pose plus
de questions à la science qu’elle n’apporte de réponses,
car on ne comprend pas le bouleversement ayant conduit à
la rupture de la chaîne de transmission du savoir,
conduisant à l’oubli d’une telle avancée.
LES ETAPES DE LA
DECOUVERTE
Vendredi 26 janvier
001, découverte des SEEKA (2), des pierres ovales en
forme de tablette sur lesquelles étaient gravées les
inscriptions de la FEERA dans le vestige des anciens
habitats des nomades dans la région d’AOUSSA au sud de
l’ETHIOPIE.
Mardi 13 mars 001,
vaste opération de recherche des témoignages de cette écriture
cursive à travers les objets, la représentation des
astres célestes( les étoiles, le soleil, la lune etc…),
les différents types de support autre que les Seeka,
d’autres sources d’inspiration dans toute la région
afar.
Samedi 21 avril 001,
étude des GINNI FIRO (3), les inscriptions gravées sur
les pierres en tablette. Recours au même système de déchiffrement
de l’écriture hiéroglyphique égyptienne sur les différents
signes graphiques inscrits sur les pierres
Jeudi 17 mai 001,
mise à jour complète de la FEERA, une écriture phonétique
qui constitue la base de l’alphabet afar. Regroupement
des lettres au nombre de 22 dont 17 consonnes et 5
voyelles ( a, e, o, i, u).
ETUDE DES DONNEES
LA FORME DE L’ECRITURE
Les pierres en
tablette portaient des inscriptions gravées en deux modes
d’écriture que les anciens appellent les GINNI FIRO. En
effet, la FEERA est constituée à 80% des traits
rectilignes représentant des signes à la fois alphabétiques
et syllabiques. Les anciens considèrent donc à première
vue que cette écriture aurait pour ancêtre le FIRO ou
FIIRO qui veut dire littéralement des tracés. Il
s’agit de deux écritures juxtaposées l’une après
l’autre.
La première est constituée des pictogrammes et la seconde,
plus cursive, représente des signes phonétiques. Cette
écriture a des ressemblances graphiques, mais aussi phonétiques
avec l’écriture hiéroglyphique et hiératique égyptienne.
On suppose donc, qu’au vu de ces similitudes et de l’évolution
graphique de la FEERA vers une écriture plus simple et
plus rapide, cette dernière aurait pour ascendant l’écriture
égyptienne. Dés lors, à partir de là, on peut établir
un lien de filiation entre ces deux écritures.
Ces signes, dans un premier temps, sont figuratifs ; un
pictogramme désigne l’objet qu’il représente dans sa
forme plus ou moins réelle et originale. Une écriture
figurative ne peut pas en soi exprimer des abstractions,
c’est pourquoi donc les anciens ont eu avec le temps
l’ingéniosité de la transcrire en signes sons pour
pouvoir mettre à l’écrit les sentiments, les émotions,
mais surtout les convictions religieuses.
Pour cela, les Kaatib
ont utilisé délibérément sur les Seeka des redondances
des signes sons parallèlement aux pictogrammes, c’est
à dire, on procédant à une transcription plus ou moins
directe des signes images aux signes sons. C’est ce qui
a rendu facile aux chercheurs la tache du déchiffrement.
LES ETAPES DU
DECHIFFREMENT
Pour pouvoir procéder
au déchiffrement, on a établi d’abord une liste de
correspondances entre les hiéroglyphes égyptiens et les
inscriptions gravées sur les pierres en tablette.
Cependant, il n’y avait pas véritablement une réelle
correspondance entre les signes relevés sur les pierres
et les hiéroglyphes égyptiens.
Les objets, les
astres ou les êtres vivants figurant sur les Seeka ne
sont pas tous répertoriés dans les hiéroglyphes égyptiens
ou ils sont représentés différemment. Néanmoins, il
s’agit à la base d’un même procédé d’écriture,
c’est-à-dire, à la fois des pictogrammes, des idéogrammes
et des signes sons. Les premiers signes sont constitués
des pictogrammes. Ces signes sont linéarisés :
La première ligne
commence par 3 traits verticaux juxtaposés les uns après
les autres. Ensuite, 2 signes représentants 2 étoiles,
un signe représentant un croissant de lune et un cercle
représentant le soleil. La suite des signes inscrits sur
ce même ligne correspond à une écriture phonétique. Il
n’y a pas un blanc d’espacement entre ces deux écritures.
La seconde écriture correspond à une évolution
graphique des pictogrammes ou des idéogrammes vers une écriture
à la fois alphabétique et syllabique.
Il s’agit donc
d’une redondance voulue volontairement par les « kaatib
» pour pouvoir les lire dans deux formes d’écriture.
C’est pourquoi, la volonté de transcrire dans deux
formes d’écriture différentes graphiquement
s’explique nécessairement par le contexte historique,
politique, économique et social de la région.
La seconde ligne est beaucoup plus significative. Elle
commence par un signe représentant une
« OULLA», la parturiente. Dans la coutume afar,
une femme qui a accouché n’a pas le même statut social
que les autres. Elle bénéficie de tous les privilèges
et est comblée des toutes les affections matérielles et
morales.
Ce signe se rapproche
de la représentation d’un être humain en hiéroglyphes
égyptiens. Le second signe est asymétrique au précédent,
mais sa taille est beaucoup plus petite. Il s’agit donc
de la représentation pictographique d’un enfant ; ce
qui laisse supposer que le sexe ou l’age d’un enfant
est représenté par un même signe sans distinction
graphique. Le troisième signe représente un dromadaire
avec sa monture et enfin le dernier signe représente un
homme avec un bâton sur les épaules qui doit être éventuellement
le chamelier.
SIGNIFICATIONS ET
TRADUCTIONS DES SIGNES
La première ligne
constitue un système de datation de cette époque. Les
trois traits verticaux représentent le chiffre 3 et il
s’écrit en écriture phonétique « SIDAHNA » ou «
SIDACNA » qui signifie littéralement le troisième jour
de la semaine, c’est à dire le MARDI (4) du calendrier
latin. Ensuite, les deux étoiles signifient que
l’enfant est né entre l’intermittence de deux étoiles.
Les anciens nomades afars lisaient dans les étoiles les
présages pour les nouveaux nés afin de prédire leurs
positions et leurs rangs au sein de la société. Il en va
de même pour le bien être de la tribu, le cheptel, les
saisons de pluie etc.… Aussi, les étoiles sont des
points de repaires pour les nomades qui sont constamment
confrontés au déplacement saisonnier des campements.
Leurs transcriptions sont reprises en écriture phonétique
« LAMMA ( fana ) HOUTOUKA» ou « LAMMA
( fana ) CUTUUKA » (5).
Cela signifie que
l’enfant est né entre l’intermittence des deux étoiles.
La lune est un astre sacré chez les Afars. Elle est à la
fois vénérée pour ses vertus guérisseurs et redoutée
parce qu’elle est considérée, dans les us et coutumes
locales, qu’elle est à l’origine de certaines
maladies psychosomatiques et autres. Le pictogramme sur
les Seeka représente un croissant de lune et on peut
considérer dans un premier temps qu’elle soit gravée
pour des raisons des croyances pour éloigner du nouveau-né
ses effets négatifs.
Cependant, sa véritable
signification ne peut être, si l’on raisonne au sens de
la logique et de la cohérence par rapport aux signes précédents,
qu’un moyen de datation de la naissance de l’enfant
parmi tant d’autres signes. En ce sens, la lune ou ses
différentes phases représentent le «mois » de l’année.
Elle se lit en écriture phonétique « ALSA ( k ) BILO »
qui signifie le premier jour du mois. Cependant, tous les
enfants qui sont nés pendant cette période du croissant
de lune sont réputés être nés le même jour et cela se
perpétue jusqu’aujourd’hui dans la coutume afar.
Enfin, le soleil est
représenté par un cercle rond. La valeur de l’année
est limitée chez les afars en fonction de la saison de
pluie. Une année ne représente pas forcement 12 mois et
donc son appréciation est relative selon la régularité
des saisons de pluie. Sa transcription directe en Feera se
lit « AYRO ( oy ) LIGGIDA » qui signifie littéralement
le « soleil et l’année ». Le terme AYRO, par
extension, désigne aussi le jour et les Kaatib ont rajouté
le mot LIGGIDA pour désigner l’année afin d’écarter
toute incertitude.
Les signes de la
ligne suivante représentent des scènes de la vie
quotidienne, mais sa signification est symbolique pour ne
pas dire sacrée.
Le terme « OULLA»
est une désignation sociale portée par les femmes qui
ont accouchées pour les distinguer des autres femmes dans
la société. Elle est représentée par un signe
figuratif reprenant plus ou moins le trait d’un être
humain et les signes phonétiques se lisent « OULLA» ou
« ULLA ».
Ensuite, l’enfant
est représenté par le même signe, mais de taille
beaucoup plus petite que ce dernier. Les signes phonétiques
représentant l’enfant se lisent « BADA » ou « BAXA
».
Il est, en outre,
difficile de faire une réelle distinction par l’écriture
entre un « garçon » et une « fille » qui s’écrivent
tous avec les mêmes signes phonétiques ; les nuances
n’étant perceptibles qu’au niveau des sons émis, la
confusion reste à ce jour non résolue au niveau de l’écriture.
Le pictogramme suivant représente un dromadaire avec sa
monture en forme de X que les afars appellent communément «
Anabo » ou « Qanaabo».
Sa représentation
fait allusion par extension aux marchandises, désignées
en écriture symbolique par le mot « ARI » ou « QARI »
suivi par l’auxiliaire avoir «LEW ». Enfin, l’homme
avec le bâton sur les épaules représente le chamelier ;
sa désignation n’est pas transcrite en écriture
symbolique, mais il s’agit d’un idéogramme conçu
pour désigner le tout, c’est à dire, la caravane «
ARHO ».
Ces signes sont
symboliques car ils constituent à la base une formule
d’une expression très populaire perpétuée par
l’oral dans la coutume afare pendant les évènements,
les cérémonies religieuses etc.…et ce c’est qui a
d’ailleurs facilité aux chercheurs la tâche du déchiffrement
en contribution avec les signes sons. On note dans la
première partie « ULLA », « BAXA » et dans la seconde
« QARI », « LEW », « ARHO ».
On constate qu’il
existe un agencement logique entre ces signes qui donne à
la formule un sens précis qui se situe dans le cadre
d’un événement précis et dans des circonstances précises.
Ainsi, les anciens ont restitué le morceau manquant du
puzzle de la célèbre expression. Les signes sons qui ont
été déchiffrés auparavant ont contribué largement à
sa lecture. Elle avait une connotation religieuse :
“ ULLA ( H ) BAXA ( I ) ( YASALAMAY )”
“ QARI ( LEW ) ARHO
( TASALAMAY )”
« QUE L’ENFANT
NAISSE SAIN ET SAUF »
« QUE LA CARAVANE
RENTRE SAINE ET SAUVE DE SON VOYAGE »
Cependant, la version
ancienne de cette expression au passé millénaire est la
suivante :
« BOUDA ( L ) OULLA
[ TASALAMAY ] »
« GITA ( L ) ARHO [
TASALAMAY ] »
« QUE LA FEMME
ENCEINTE ACCOUCHE SAINE ET SAUVE »
« QUE LA CARAVANE
RENTRE SAINE ET SAUVE DE SON VOYAGE »
AUTRES SOURCES DE DECOUVERTES SUR LA PEAU HUMAINE :
Les spécialistes de
l’écriture ont relevé, dans le cadre de la recherche,
des signes apparentés à la FEERA comme ceux inscrits sur
les Seeka, tatouées sur la joue, le front, les cils, les
bras, la poitrine, le ventre et le dos des nomades afars.
On a observé des
similitudes entre le « HADDA» (6) ou le « HAXXA » que
portent généralement les femmes sur les joues et la
lettre M, sur le front les lettres B ou I, la lettre X sur
le menton ( Debne Hadda ), les lettres Y, W, D sur le dos
et la poitrine.
LES AUTRES SUPPORTS :
La lettre N reproduit
dans sa configuration l’image d’un bâton symbolique
porté par une catégorie des gens, MAKABAN, qui détiennent
le pouvoir dans une société régie par des lois
traditionnelles, le MADAA ou MADQA. On trouve aussi dans
les jeux individuels ou collectifs comme le KOULA HABE la
reproduction des certains signes figuratifs et la représentation
des objets tels qu’ils sont gravés sur les Seeka.
Il existe aussi
d’autres figures sur les objets de ménage: le AYNI,
KORA, FIDIMA etc.. En revanche, la plupart des autres
signes se rapprochent au niveau de la graphie de l’écriture
hiératique égyptienne, même si ces signes ne
correspondent pas forcement aux même sons. Il en est
ainsi pour les lettres E, G, H. La lettre X est une représentation
d’un tombeau en forme conique afar, le WAYDAL qui
correspond à la configuration géométrique d’une
pyramide nubienne ou égyptienne. Les femmes portent des
colliers et des boucles d’oreilles en forme pyramidale.
LEXIQUE
(1) Feera signifie le
« doigt » de la main. Par extension, le doigt fait
allusion à l’écriture dans la langue afar.
(2) Seeka veut dire
littéralement les « saints » en afar. Ces sont des
pierres en tablettes que les anciens, dont la vie sociale
et religieuse était teintée des croyances animistes,
adoraient et les enduisaient du beurre en signe de vénération.
(3) Ginni Firo
signifie les « tracés du diable ». Les Afars croyaient
que les scènes rupestres, les gravures sur les rochers
etc…étaient l’œuvre du diable.
(4) « SIDAHNA » ou
« SIDACNA » correspond à MARDI. On peut donc établir
à partir de là les noms des jours de toute la semaine :
SIDACNA, FERA, KONA, LIHA, MALCINU, ENEKNA, LAMAXA qui
correspondent respectivement à MARDI, MERCREDI, JEUDI,
VENDREDI, SAMEDI, DIMANCHE et LUNDI.
(5) Les mots en
majuscules mis entre guillemets se prononcent d’abords
en phonétique latine, ensuite en phonétique afar : «
LAMMA ( fana ) HOUTOUKA » se prononce en phonétique
latine et « LAMMA ( fana) CUTUUKA » en phonétique afar.
(6) Hadda sont des signes et des figures géométriques
tatoués sur les corps des hommes et des femmes afars.
Sans-papiers
chez eux
Alors que le Ministre de l’Intérieur invite ses compatriotes à
s’inscrire sur les listes électorales, nous soumettons
à sa sage réflexion l’épineux problème de la
nationalité, qu’aucun accord de paix n’a encore réussi
à régler pour cause de violation. Sans manquer de
l’inviter à faire un petit sondage pour savoir combien
sont tous ceux qui, Djiboutiens depuis 1977, ont eu autant
de mal à obtenir une citoyenneté que son régime refuse
à d’autres.


La question de la
nationalité a en tout temps été cruciale à Djibouti.
Maintes fois, « Réalité » a traité ce problème
d’une importance majeure en mettant en exergue les
dangers qui revêtait cette situation pour des milliers de
familles apatrides dans leur propre pays. Cet état de non
droit obéit à une décision volontaire du régime connu
pour sa politique sectaire. Son refus obstiné
d’accorder ce droit inaliénable à des milliers de nos
concitoyens relève d’une politique aussi inique
qu’insensée, laquelle est basée sur l’attribution sélective
et inégalitaire de la citoyenneté aux communautés
nationales.
En ce sens,
coexistent aujourd’hui différents citoyens apatrides présentant
différents cas d’injustice. Des « kaar dameer » à
l’époux ou épouse étrangère, en passant par
l’enfant de père ou de mère inconnue, ces familles de
« sans papiers », sans aucun droit, survivent depuis
trois générations pour certains d’entre eux sans
espoir, dans l’angoisse et la détresse. Cette triste réalité,
conséquence d’une programmation politique consciente,
n’empêche tout de même pas les coupables animés par
une « naturelle » arrogance de séduire ces populations
marginalisées à l’approche de chaque consultation électorale.
L’arme de la «
citoyenneté » permet au pouvoir de combler son déficit
de légitimité en cette courte période, en procédant à
l’enregistrement de ses victimes « sans papiers » qui
deviennent ainsi des électeurs par ordonnances.
Toutefois, ces pratiques aussi ponctuelles que
conjoncturelles ne permettent pas de corriger la situation
de ces apatrides mais bien au contraire aggravent souvent
leur cas en raison d’une part d’un manque de suivi de
leurs dossiers, et d’autre part des multiples obstacles
posés par la méconnaissance des textes. C’est donc
l’échec par le découragement qui réduit encore ces
sous-citoyens parce que spoliés de leurs droits.
Alors, n’importe
qui ne passe à travers les mailles tressées par une
administration corrompue et sectaire, mais nombreux sont
pourtant les étrangers des régions voisines qui, par des
moyens autres que la légalité, arrivent à obtenir la
citoyenneté djiboutienne. En général, cette catégorie
de nouveaux élus à la nationalité émigrent à l’étranger,
choix que seules peuvent faciliter les pièces d’identité
djiboutienne par rapport à celles de leur pays
d’origine dans la région.
En effet, moyennant
finances ces postulants à la nationalité de notre pays
se déplacent dans les districts du sud ou la connivence
avec les services du ministère de l’intérieur chargés
des pièces d’identité leur permet de disposer en un
laps de temps record « les papiers ».
Plus chanceux sont
encore ceux qui de la manière la plus occulte disposent
des pièces d’identité de personnes décédées et
non-déclarées. Pratique très courante jadis entre
membres d’une même famille, sous le colonialisme.
C’est d’ailleurs cette technique qui a permis à
nombres de nos concitoyens issus du circonvoisinage immédiat
de disposer de la nationalité djiboutienne jusqu’à
occuper des hautes responsabilités dans l’appareil de
l’Etat, sous un nom d’emprunt évidemment.
Depuis peu, une
nouvelle méthode plus dangereuse que les précédentes
tend à grossir les rangs des « sans papiers » de la
manière la plus ignoble. Celle-ci a pris forme depuis que
la grogne des victimes de l’arme de la « citoyenneté
» s’est fait entendre.
Les personnes concernées,
dans leur majorité nécessiteuse et surtout analphabètes,
se voient illégalement « déchues » de leur nationalité
par des irresponsables de certaines administrations. En
effet, et c’est le dossier que nous traitons ci-dessous,
ces personnes qui remplissent toutes les conditions nécessaires
pour être djiboutiens se voient refuser l’attribution
de leurs pièces d’identité et contraints
administrativement à opter pour une naturalisation. Le
cas ci-dessous n’est qu’un exemple parmi des
centaines.
Madame Kadidja Houmed
Abdo est née en 1972 à Kouta-Bouya et domiciliée à
Djibouti-ville. Mariée depuis 1988 (cf.doc 1) elle est
aujourd’hui mère de sept enfants qui disposent eux de
leur acte de naissance. A la fin de l’année écoulée,
elle entreprend les démarches nécessaires pour obtenir
sa carte d’identité nationale. Son entreprise se voit
bloquée par l’administration chargée de la délivrance
des pièces d’identité qui juge que n’étant pas
djiboutienne elle doit solliciter une naturalisation.
Or, alors qu’elle
relevait de l’article 5 de la loi n° 200/AN/81 portant
code la nationalité djiboutienne qui stipule : «Est
djiboutien, ainsi que ses enfants mineurs, l’individu
majeur, au 27 juin 1977, qui par suite de sa naissance en
République de Djibouti était français au sens des lois
encore en vigueur sur le territoire », voilà que du
coup, Madame Kadidja mineure à l’indépendance de notre
pays, a été contraint de demander la nationalité
djiboutienne par naturalisation et tombe du coup sous
l’article 14 de la même loi qui dit ceci : « La
nationalité djiboutienne peut s’acquérir par décision
de l’autorité publique. Elle résulte d’une
naturalisation accordée par décret et sur demande de
l’intéressé ».
C’est le début du
parcours du combattant que va devoir entamer Madame
Kadidja pourtant djiboutienne. Cette démarche ne sera pas
sans préjudice pour cette dame, mère de sept enfants et
mariée à un djiboutien, la demande de la naturalisation
lui enlevant désormais son droit à la nationalité par
naissance. C’est ainsi que cet article qui engendre un
ensemble de dispositions dissuasives citées par les
articles 18 et suivants de cette loi de 1981 oblige cette
épouse à faire une requête auprès du Directeur de la
Population en février 2004, en lui fournissant un jeu de
documents exigés. Notre administration n’ayant jamais
fait l’effort d’adapter les méthodes d’enquête et
leurs supports issus du colonialisme à la réalité de
notre pays depuis 1977, parmi ces documents figurent un
procès-verbal d’assimilation au contenu ahurissant (cf
doc. 2), un certificat de vie commune, alors que notre
religion et notre coutume autorise certainement la
polygamie mais surtout pas une vie commune en dehors du
mariage (cf doc. 3), et bien d’autres aussi insensés
que choquants.
Selon la loi, le cas
de cette femme dépendra dans un premier temps de la décision
d’une commission présidée par un magistrat désigné
par le Président de la République chargée de donner un
avis préalable à toutes demandes de naturalisation. Quoi qu’il en soit, la contradiction réside dans les
textes suivants qui soutiennent dans l’article 19
d’une part que « …la naturalisation ne peut être
accordée qu’à l’étranger justifiant d’une résidence
habituelle en République de Djibouti pendant au moins 10
ans qui précèdent le dépôt de sa demande », d’autre
part l’article 21 : « L’étranger ou l’apatride qui
contracte mariage avec un conjoint de nationalité
djiboutienne ne peut solliciter la nationalité
djiboutienne qu’après deux ans de vie commune. En cas
de naturalisation les enfants mineurs issus du mariage
sont de droit djiboutiens ».
Ce cas d’espèce ne
peut s’appliquer à cette dame qui est née à Djibouti,
mère de sept enfants issus d’un mariage avec un
djiboutien. La situation de madame Kadidja n’est pas
unique dans notre pays ou de la manière la plus illégale
notre gouvernement bafoue les droits de ses propres
citoyens au profit de nombreux étrangers qui, pour le cas
de la naturalisation, bénéficient de la largesse du
pouvoir en leur octroyant la nationalité sur la base de
l’article 22 qui stipule que : « …Peut être
naturalisé sans condition de délai, l’étranger dont
la naturalisation présente pour la République de
Djibouti un intérêt exceptionnel » . Cette loi relevant
du pouvoir discrétionnaire du Président de la République
a fait de citoyens djiboutiens un nombre non négligeable
de personnes originaires des pays voisins Yémen, Ethiopie,
et ces dernières années d’anciens militaires et autres
agents de sécurité de la défunte dictature de Siad Barré.
Combien de temps croit pouvoir tenir un régime qui
préfère massivement djiboutianiser des étrangers et au
compte-gouttes naturaliser des nationaux.?
Ben Laden
a voté Bush !
LE
TERRORISME AU SERVICE DE LA MÉDIOCRITÉ

Ayatollah :
Bush… Kerry… Quelle différence ?
Al Qaïda : Zut !
Encore un indécis
Un savant américain avait un jour décrété « la fin de l’Histoire »
: avec la faillite du communisme, toute source de
contradiction avait pour lui disparu. Celle qui est en
train de s’écrire actuellement aux Etats-Unis d’Amérique,
par une plume trempée dans le sang de leurs soldats tombés
en Irak ou des innocentes victimes des attentats aveugles,
le contredit dramatiquement : le terrorisme semble y être
devenu le
nouveau moteur d’une Histoire à reculons.
Parce que leur
pouvoir d’achat est affaibli par une inflation importée
consécutive à la baisse du dollar, elle-même imputable
aux choix économiques et budgétaires de la
Maison-Blanche, nos compatriotes avaient très
majoritairement fait le voeu d’une alternance politique
lors de la présidentielle américaine du 2 novembre
dernier. Comme beaucoup d’autres de par le vaste monde,
ils sont restés pour ainsi dire « Bush bée » devant
l’issue du scrutin. Avec plus de 3,5 millions de voix
d’avance sur son concurrent démocrate, il fallait bien
se rendre à l’aveuglante évidence : la personnalité
et les priorités du candidat à sa propre succession
correspondaient mieux aux attentes de l’électorat américain.
Pour lequel l’assurance guerrière et la détermination
quasi-mystique de George W. Bush sont donc les meilleures
assurances en ces temps troublés, conforté qu’il fut
dans cette analyse par le coup de pouce très peu désintéressé
du chef d’Al-Qaïda.
Mais parler d’ «
analyse » serait à maints égards inadéquat pour tenter
d’expliquer les déterminants de ce vote historique, et
tous les observateurs ont à juste titre mis l’accent
sur la place prépondérante prise par le facteur
irrationnel dans le choix des électeurs républicains. De
toute évidence, cette élection étant la première à se
dérouler dans un contexte de guerre (celle contre un
ennemi déterritorialisé, consécutive aux attentats du
11 septembre provoquant la peur d’être attaqué sur son
propre territoire, et même celle du Vietnam, impliquant
les troupes américaines à l’extérieur), c’est un
sentiment de légitime défense qui a déterminé le
verdict des urnes. Ainsi, alors que certaines puissances
engagées en Irak, officiellement à la recherche
d’armes de destruction massive, regrettaient que l’ingérence
meurtrière des réseaux terroristes affiliés à Ben
Laden dans la campagne électorale espagnole ait conduit
le nouveau gouvernement socialiste de Zapatero à retirer
ses troupes, force est de constater que ce même
terrorisme international a véritablement pollué le débat
au sein de la première démocratie du monde, à tel point
que la médiocrité qu’il a imposée aux Etats-Unis
inquiète plus d’un observateur.
Médiocrité tout
d’abord au niveau de l’individu américain, car il est
bien connu que la peur n’a jamais été la meilleure
conseillère de l’être humain. Que les Américains
vivant dans le Middle West aient préféré Bush alors
qu’ils ont statistiquement beaucoup moins de risque d’être
victimes d’un attentat que ceux qui habitent à New York
ou à Los Angeles, ayant pour leur part voté Kerry,
n’en démontre que plus la psychose ambiante née des
attentats aveugles. C’est l’un des piliers de l’american
way of life qui est ébranlé : plus personne ne se sent
en sécurité nulle part sur le territoire américain et
c’est cette crainte pour leur vie qui a conduit par
exemple ceux qui, massivement chômeurs dans l’Ohio à
cause de la politique économique des Républicains, à
voter contre leurs intérêts matériels immédiats et évidents,
en reconduisant la cause de leurs difficultés.
Médiocrité en
second lieu des arguments électoraux de cette équipe républicaine:
à juste titre persuadée que la lutte antiterroriste
constitue un filon inépuisable (il n’y a rien à négocier
avec Al Qaïda), elle a sciemment et méthodiquement
alimenté et entretenu cette psychose des attentats, à
travers notamment la complaisance peu déontologique de
certaines chaînes de télévision, dont les écarts dans
le traitement de l’actualité irakienne sont restés célèbres
par leur patriotisme. Le candidat républicain, profitant
d’une visite surprise du chef d’Al Qaïda au travers
d’une vidéo qui ne pouvait mieux tomber pour lui, a
rajouté son grain de sel en affirmant, lors d’une dernière
réunion électorale dans le Michigan que “Les Américains
se rendent aux urnes dans une période de guerre et de
menaces persistantes comme nous n’en avons jamais
connues auparavant (...) Les terroristes qui ont tué des
milliers d’innocents sont toujours dangereux et ils sont
déterminés”. Ce qui n’était qu’un argument supplémentaire
pour tous les déjà convertis qui lui apportent leur
soutien, dont une droite ultraconservatrice croyant
trouver son salut dans la restauration de ses valeurs
morales fondatrices. Médiocrité enfin dans les alliances
que cette croisade antiterroriste impose aux Etats-Unis :
à Djibouti, pour ne prendre que l’exemple qui nous
concerne directement, nous en savons quelque chose. De
fait, on les voit mal plaider ailleurs en faveur de droits
de l’homme qui sont manifestement mis en suspens chez
eux. Mais ceci est une autre histoire. . .
Le principal étant
que la volonté populaire américaine ait été respectée,
rendons hommage aux uns et aux autres. Saluons donc le
courage des électeurs démocrates qui, sensibles à
l’image de leur pays à l’étranger, ont remis en
cause leurs certitudes les plus profondes, héritées de
la conquête de l’Ouest, et qui ont exprimé leur désir
de changer d’équipage en pleine tempête, persuadés
qu’une grande partie des problèmes de leur navire
venait de l’incompétence du capitaine. Saluons aussi et
surtout la fierté des électeurs républicains qui,
s’estimant seuls maîtres de leur destin, ont reconduit
leur héros en dépit de l’image que le reste de la planète
pouvait avoir de lui.
C’est peut-être la leçon principale que nous
autres Djiboutiens devons tirer de cette histoire: notre
destin national ne sera pas décidé par quelque
chancellerie ou opinion publique étrangère. Tout comme,
malheureusement, il ne sera pas déterminé au sortir
d’une urne prochaine.
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