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EDITORIAL
LA CAROTTE MOINS QUE LE BÂTON :
LES TRIBULATIONS DU FONCTIONNAIRE DJIBOUTIEN
Ne pas le relever serait un manque de
respect indigne de tout organe de presse à l’écoute
des lecteurs : il arrive au journal gouvernemental « La
Nation » de publier des courriers qui incitent vraiment
à la réflexion. C’est le cas du billet paru dans son
édition de jeudi dernier sous le titre évocateur de « Ni
carotte ni bâton », dans lequel l’auteur se penche
sur les dysfonctionnements de l’administration
djiboutienne.
La thèse centrale est expédiée en
trois phrases : « Même si, parfois, il y a une part
de vérité, les fonctionnaires ne sont pas les victimes
qu’ils prétendent être. Un fonctionnaire est avant
tout une personne qui rend service à l’État en
échange d’un salaire. Son statut lui fait obligation de
respecter des horaires stricts, ainsi que d’observer un
devoir de réserve ». A la précaution
circonstancielle près, le fonctionnaire djiboutien y est
dépeint comme un parasite payé pour ne rien faire :
seule une poignée travaillerait effectivement pour
combler un déficit de productivité dont le premier
responsable serait « le clientélisme et le népotisme
», les deux mamelles de la mauvaise gouvernance. Et l’oisiveté
tant mère de tous les vices, le fonctionnaire n’ayant
aucune obligation de rendement passerait son temps à
parler politique, nirvana qu’il espère atteindre comme
d’autres à force de courbettes.
Sur le fond, l’auteur a bien raison
de s’inquiéter du faible rendement de l’administration
locale car, sans administration efficace, point d’État.
Ce qui signifie l’inexistence pure et simple de l’arbitre
impartial, garantissant l’intérêt général, qui fonde
toute coexistence pacifique. Pourtant, le seul examen de l’évolution
exponentielle du nombre de « conseillers techniques »
affectés à la Présidence aurait dû conduire l’auteur
de ce billet à ne pas inverser cause et effet. Dans une
telle perspective, il serait inapproprié de parler de
carotte : le bouc (émissaire) reçoit surtout des coups
de bâton, quoique broutant une herbe qui n’est pas
forcément du khat. La défaillance bureaucratique est ici
imputable aux caractéristiques d’un régime politique
fondé sur l’usurpation et l’arbitraire.
Usurpation tout d’abord. Au moins, du
temps du parti unique, les choses étaient simples : pas
de compétition électorale. Mais, peut-être parce qu’une
grande partie de sa classe politique avait débuté dans l’administration
coloniale, il y avait alors un certain sens de l’État :
si la « notation administrative », le « conseil
de discipline » ou encore les « critères de
récompenses » ont aujourd’hui disparu, c’est
bien la preuve qu’ils existaient, comme l’aurait
démontré Lapalisse. Car, avant 1992, même la loi dite
de mobilisation générale, embrigadant tout citoyen (et a
fortiori tout fonctionnaire) au service du parti
unique, n’avait pas provoqué la paralysie
bureaucratique observable de nos jours. C’est qu’à l’heure
actuelle, le fonctionnaire est aussi virtuel que l’électeur,
parce qu’un régime issu de la fraude électorale ne
peut exiger de qui que ce soit un rendement auquel il n’est
lui-même pas astreint, comme en témoigne la seule
opacité dans la gestion des deniers publics. D’autant
plus qu’étant perpétuellement en quête de soutien, il
subordonne l’avancement des fonctionnaires à leur
docilité partisane : ce n’est pas un hasard si les
vrais syndicalistes ont été licenciés dès 1995 et si
les cadres de notre parti ont vu leurs salaires suspendus
sans avoir été officiellement radiés de la Fonction
Publique.
Arbitraire en second lieu : l’autre
caractéristique du régime djiboutien depuis 1998 c’est
que, justement, rien n’est impossible quand la norme est
à géométrie variable. Pire, parce que seul à détenir
le pouvoir réglementaire (il assure la promotion du plus
petit fonctionnaire comme le recrutement de la plus
modeste femme de ménage), la personne du chef de l’Etat
est devenue un obstacle quasiment physique à l’application
d’un droit impersonnel auquel tout un chacun serait
uniformément soumis.
Quand l’arbitraire devient à ce
point la règle, il est malheureusement normal que le
fonctionnaire attende tout d’un passe-droit, établi de
façon partisane, plutôt que d’un droit dont rêve le
démocrate. Dans cet assassinat de l’intérêt général
par lequel le chef de l’État promeut sans contrôle ni
contrepouvoir des intérêts personnels et privés, il est
presque normal que le fonctionnaire, mû par l’instinct
de survie, se désinvestisse de sa mission d’intérêt
général et préfère une danse du ventre plus lucrative
et dans l’air du temps : l’administration djiboutienne
est devenue un vaste cabaret partisan, auquel ne
résistent que les Derniers des Justes, travaillant pour
tous les autres.
Lumumba l’avait déjà dit : « Nous
avons connu que la loi n’était jamais la même pour
tous, selon qu’il s’agissait d’un Noir ou d’un
Blanc : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine
pour les autres. Le travail pour nous, les bénéfices
pour vous. Les félicitations pour vous, les punitions
pour nous ». Sauf qu’il fustigeait alors l’exploitation
coloniale devant le roi Baudouin. Mais le regretté Ahmed
Dini l’avait également dit lors de la campagne pour les
législatives 2003 : « Les peuples africains doivent
être libérés deux fois : d’abord de la colonisation,
puis du parti-Etat ». C’est seulement alors que le
fonctionnaire, comme le citoyen, retrouvera sa fierté et
qu’il pourra être critiqué: seul un régime usurpateur
peut dormir tranquille de son parasitisme. C’est
seulement alors que telle plume, autorisée par la censure
du parti-Etat, pourra juger de son travail.
Brèves
nationales
Hanlé-Agna :
Le nouveau chantier du génie pastoral
Certaines mauvaises langues
prétendaient que le titre de docteur honoris causa
en agriculture brillamment et gratuitement décroché à
Tokyo par notre génie national ne serait qu’une parure
clinquante sans aucune utilité dans le domaine du
concret. Elles se tairont, à la vue des travaux
pharaoniques menés par l’impétrant dans le district de
Dikhil, à Hanlé-Agna précisément. Tel un sourcier à l’œuvre,
il a eu l’idée géniale de dévier le cours d’un oued
vers une zone buissonnière.
Pour sortir les Djiboutiens de leur
ignorance quant aux pouvoirs de leur Leader bien-aimé,
une équipe de la RTD a courageusement bravé l’ingratitude
notoire de cette contrée pour présenter cette
réalisation dans la lutte contre la désertification,
pour l’accomplissement de laquelle le candidat solitaire
n’a même pas eu besoin des services du Génie Rural.
Tout juste a-t-il réquisitionné pour cela un haut
fonctionnaire dispensé du devoir de réserve et bombardé
chargé de mission partisane pour les doléances
pastorales. Les retraités spoliés apprécieront.
La reconnaissance citoyenne étant à
la mesure de l’œuvre exceptionnelle, la RTD a généreusement
rapporté les propos d’un indigène selon lequel ni l’administration
coloniale ni même l’ancien chef de l’État n’avaient
fait cela pour développer cette région. La magie n’existant
que pour ceux qui veulent bien y croire, toute cette
gesticulation était en fait censée démentir une petite
brève parue dans nos colonnes la semaine dernière et se
faisant l’écho d’un persistant problème de soif dans
cette région, largement imputable à une mauvaise
gouvernance incapable de remplacer une pompe défaillante
d’un forage dans le secteur dénommé Der-Elwa. Comme
quoi l’on a toujours besoin d’un plus petit que soi :
même sans titre de docteur honoris causa, il
arrive à la presse d’opposition de pointer du doigt des
problèmes cruciaux auxquels le candidat à sa propre
succession aussitôt prétend remédier, sans plus de
transparence quant à l’origine des fonds investis et
sans y associer les responsables politiques de la région
qu’il s’est pourtant lui-même choisis.
L’on se souvient que lors de son
passage à Yoboki, notre agronome volant avait exhorté
les populations de Hanlé à abandonner la culture du
palmier-doum. Quand on sait que le suc de cet arbre
constitue un apport considérable en protéines et en
vitamines, surtout pour les femmes ayant accouché et
affaiblies par la malnutrition, nous ne pouvons que lui
suggérer, pourquoi pas, la construction d’un
dispensaire à Agna. Plus tard, nul doute que, dans son
infinie bonté, il financera également la construction d’une
école d’où sortira peut-être un futur docteur, pas
nécessairement honoris causa.
Un oligarque à « Gros Plan » :
Les confidences d’un copilote ?
« Ismaël et moi » : ainsi se
résume le discours d’Abdourahman Boreh. L’homme d’affaires
« très en vue » depuis quelques années est en effet un
très proche du chef de l’État. Invité de l’émission
« Gros Plan » vendredi dernier, le golden boy y
poursuivait deux objectifs : vendre son projet
controversé du port de Doraleh et crédibiliser le
candidat solitaire comme le seul sauveur national.
Nos concitoyens téléspectateurs ayant
suivi ce plaidoyer électoraliste, estiment que le
brillant businessman s’est fourvoyé en voulant booster
la campagne de réélection du principal responsable de la
régression nationale. Faisant fi du mécontentement
général, « l’investisseur » s’est même permis d’approuver
le lapsus du journaliste présageant : « quand le
Président terminera sa mission dans six ans »,
octroyant un peu trop facilement un deuxième mandat à
son pote de Haramous.
Tout comme il a fait peu de cas des
réalités nationales en vantant la stabilité du régime
djiboutien, le meilleur système à ses yeux ; on le
comprend : les repus n’entendent point les
gargouillements des ventres vides.
Lu dans le Nouvel Afrique-Asie :
Djibouti dans l’œil du cyclone
Dans son édition n°182 de novembre
2004, le Nouvel Afrique-Asie a consacré à notre
pays l’article suivant :
« La France est présente à
Djibouti avec trois mille soldats mais elle n’a plus le
monopole de la présence militaire depuis le 11 septembre,
avec l’installation de mille cinq cents soldats
américains de la force d’intervention rapide. Djibouti
est devenu une pièce importante du dispositif américain
de lutte antiterroriste en Afrique de l’Est. Les
Djiboutiens sont en grande partie hostiles aux Américains
à cause de l’invasion de l’Irak, de leur soutien
inconditionnel à Sharon et du couvre-feu qu’ils
instaurent sur les côtes du Nord, paralysant ainsi toute
l’activité de pêche. Le pouvoir en place à Djibouti
ne dispose d’aucun soutien dans la région, lâché par
son puissant voisin, l’Éthiopie. Le gouvernement de
Meles Zenawi lui reproche entre autres sa politique
interventionniste en Somalie, son soutien aux opposants
oromos en Éthiopie, son intervention armée dans la
partie afar de l’Éthiopie et son rapprochement avec l’Érythrée.
L’homme fort de Djibouti est dans l’œil
du cyclone de la justice française depuis que la thèse
de l’assassinat a été privilégiée dans l’affaire
du juge Borel – découvert calciné le 19 octobre 1995
au pied d’une falaise à 80 km de la capitale. L’enquête
met en cause l’actuel président Guelleh (chef de
cabinet à la présidence et responsable de la sécurité
à l’époque), qui avait accusé la France de vouloir
déstabiliser Djibouti. Le "bouclier" français
de Guelleh semble voler en éclats. Dès le mois d’août
2004, le président a demandé à ses deux plus proches
collaborateurs cités dans l’affaire Borel – Hassan
Said (directeur de la sécurité nationale) et Mahdi Ahmed
Cheik (chef de la gendarmerie) – de ne plus se rendre en
France. Le procureur de la République de Djibouti, Djama
Souleiman, a refusé de se rendre à la convocation du
juge Bellin au palais de justice de Versailles le 30
septembre 2004, à titre de témoin assisté dans le cadre
de l’affaire Borel pour subornation de témoin.
Ces trois personnages épinglés par la
justice française constituent des pièces maîtresses du
système répressif de Guelleh.
Les 8 et 9 juin 2004, une manifestation
de taille à Arhiba, quartier important de la capitale, a
paralysé pendant deux jours une grande partie de la
ville, dénonçant le pouvoir corrompu et réclamant la
justice et la démocratie. Un facteur alimente cette
désaffection de la population à l’égard du pouvoir :
le refus de la part de ce dernier de résorber les causes
qui avaient engendré la guerre civile. Les loyers de la
base française ont été réévalués de 18 à 30
millions d’euros tandis que l’aide américaine est
estimée à 30 millions de dollars. Ces retombées
économiques de la présence militaire sont accaparées
par le chef de l’État et son entourage. A Djibouti,
toute la question maintenant est de savoir si l’opposition
dans sa diversité sera capable de s’unir et de
présenter une alternative crédible.»
Rien n’y fait donc : malgré les
centaines de millions que lui rapporte la location
militaire du territoire, le régime ne semble pas encore
disposé à assurer à ces forces étrangères la
stabilité intérieure sans laquelle leurs missions
risquent d’être compromises.
Pour le moment, le régime déstabilise
la sous-région.
Campagne ville propre :
Les textes préviennent, les ordures
reviennent
A travers ses médias, le régime tente
vainement de lutter contre l’accumulation des ordures
dans la Capitale, au moyen de textes et de gesticulations
tonitruantes. Cette littérature de propagande et autres
exhortations ne suffisent pas pour faire reculer le fléau
menaçant, principalement dû à la mauvaise gouvernance
prédatrice. Ainsi, parmi les textes convoqués, la
délibération n°472/6è L dispose que « tout
habitant est tenu de balayer régulièrement tous les
jours avant huit heures devant sa maison, cour, boutique,
jardin ou autre emplacement qu’il possède en jouissance
». De plus, le communiqué du directeur des services
techniques du district de Djibouti rappelle que, « en
conformité avec la réglementation en vigueur, il est
interdit de déverser des ordures ménagères sur la voie
publique en dehors des poubelles individuelles ou bacs
collectifs ».
Il y a comme un problème car, comble
du ridicule, le régime invoque des textes datant d’une
époque où notre Capitale était propre, parce que sa
population était moins nombreuse et les services publics
plus sérieux qu’aujourd’hui.
Si les ordures sont quotidiennement
déversées sur la voie publique, cela est dû à deux
facteurs : en premier lieu la baisse du civisme, l’État
donnant lui-même le mauvais exemple dans tous les
domaines, en second lieu parce que le système de
prédation en vigueur a fait disparaître les bacs à
ordures et autres poubelles publiques.
A preuve : où sont passés les
nouveaux de bacs à ordures offerts l’an dernier par la
Chine Populaire ? Il se murmure en ville que ces bacs
auraient été loués aux forces étrangères présentes
dans notre Capitale. Qui a bien pu faire cela et pour le
compte de qui ?
Rappelons pour mémoire qu’un seul
bac à ordures est mis à la disposition de dizaines de
milliers d’habitants des quartiers 4, 5 et 6. Il en est
de même pour les autres quartiers populaires croulant
également sous les ordures.
Défense des droits de l’homme
:
La LDDH soutient l’ARDHD
La Ligue Djiboutienne des Droits
Humains a vivement réagi au renvoi devant le tribunal
correctionnel de Paris du procès intenté contre M.
Schaal, Président de l’ARDHD. Au nom de la LDDH, son
Président Jean-Paul Abdi Noël a tenu à faire la mise au
point suivante :
« Par une Ordonnance en date du
4 novembre 2004, la Juge d’Instruction de Paris, sur
plainte du Général Zakaria, Chef d’Etat Major des
Armées en République de Djibouti, a décidé du renvoi
de Jean-Loup SCHAAL Président de l’Association pour le
Respect des Droits de l’Homme à Djibouti (ARDHD) devant
le Tribunal Correctionnel de Paris. Il lui est reproché d’avoir
diffusé sur leur site des documents, témoignages,
déclarations et autres rapports mettant à jour des actes
répréhensibles de la part de cette Autorité et
important Décideur des Affaires Militaires.
Face à cette Décision de Renvoi
devant le Tribunal Correctionnel de Paris, il est du
Devoir des Défenseurs des Droits de l’Homme en
République de Djibouti de témoigner l’entière
solidarité à l’égard de Jean-Loup SCHAAL qui combat
au quotidien et constamment depuis plus d’une décennie
pour le respect et la promotion des Droits de l’ Homme
en République de Djibouti.
La Ligue Djiboutienne des Droits
Humains (LDDH) a toujours exprimé son soutien à la juste
cause que l’ARDHD défend avec vigueur contre les actes
répréhensibles en République de Djibouti.
La LDDH avait témoigné ses Hommages
au Président Jean-Loup SCHAAL pour ses engagements sans
équivoque pour la totale transparence de la gestion
djiboutienne dont les contribuables français y
participent financièrement.
La LDDH encourage le Président
Jean-Loup SCHAAL à continuer ses diffusions d’échanges
et de confrontations au sein du site de l’ARDHD (où d’ailleurs
le Ministre des Finances et de la Privatisation n’avait
pas hésité à demander la publication de son Droit de
Réponse à l’encontre d’une diffusion de la LDDH),
diffusions d’échanges et de confrontations tant
nécessaires pour la Démocratie, tant nécessaires pour
une Justice Djiboutienne Totalement Indépendante, tant
nécessaires pour mettre fin à une politique
foncièrement et sournoisement dictatoriale. »
Dans notre pays où la liberté d’informer
reste toute précaire, « Réalité » elle-même
poursuivie par le ministre de la Défense, ne peut être
que solidaire de toutes les victimes de la chasse aux
sorcières.
Arafat
devant l’ONU (2)
DISCOURS DE YASSER ARAFAT
DEVANT L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS UNIES
GENÈVE 13 DÉCEMBRE 1988 (2)
Voici la seconde partie du discours
historique prononcé par le regretté Yasser Arafat à la
tribune des Nations Unies. La dernière partie sera
publiée la semaine prochaine.
Il est triste et regrettable que seul
le Gouvernement des États-Unis continue à soutenir et à
appuyer ces plans israéliens d’agression et d’expansion,
et continue à soutenir Israël dans la poursuite de son
occupation de nos territoires palestiniens et arabes, dans
la poursuite de ses crimes et de sa politique de main de
fer contre nos enfants et nos femmes. Il est également
douloureux et regrettable que le Gouvernement américain s’obstine
à refuser de reconnaître à six millions de Palestiniens
le droit à l’autodétermination, qui est un droit
sacré pour le peuple américain comme pour tous les
peuples de la terre.
Je rappelle au peuple américain la
position du Président Wilson, père de ces deux principes
universels qui régissent les relations internationales
que sont l’inadmissibilité de l’acquisition du
territoire d’autrui par la force, et le droit des
peuples à l’autodétermination. Lorsque notre peuple
palestinien fut consulté, en 1919, par l’entremise de
la Commission King-Crane, ce sont les États-Unis qu’il
avait alors choisi pour puissance mandataire mais les
circonstances ont fait que ce fut la Grande-Bretagne qui
vint prendre cette place. Et je m’adresse aujourd’hui
au peuple américain, et je pose cette question : est-il
équitable que les principes énoncés à ce propos par le
Président Wilson ne soient pas appliqués au peuple
palestinien ?
Les administrations américaines qui se
sont succédées au cours de ces années savent pourtant
pertinemment que l’unique acte de naissance de l’État
d’Israël, c’est la résolution 181 (11) de l’Assemblée
générale des Nations Unies, adoptée le 29 novembre 1947
avec le soutien des États-Unis et de l’Union
soviétique et qui recommandait l’établissement de deux
États en Palestine, l’un arabe palestinien et l’autre
juif. Comment le Gouvernement américain peut-il expliquer
sa position, qui consiste à reconnaître la moitié de
cette résolution relative à Israël tout en rejetant l’autre
moitié relative à l’État palestinien ? Mieux encore,
comment le Gouvernement américain peut-il expliquer son
manque d’empressement à faire appliquer une résolution
qu’il a lui-même adoptée et dont il a plus d’une
fois réaffirmé la validité face à votre auguste
assemblée, à savoir la résolution 194 (111), qui reconnaît
le droit des Palestiniens au retour dans les foyers dont
ils ont été chassés et au recouvrement de leurs biens
ou à l’indemnisation de ceux qui ne souhaiteraient pas
revenir ?
Le.Gouvernement des États-Unis sait
bien qu’il ne peut, pas plus qu’aucun autre État, s’arroger
le droit de fractionner la légalité internationale ni
vider de leur sens les jugements du droit international.
La lutte continue de notre peuple pour
ses droits remonte à des dizaines d’années, au cours
desquelles il a consenti des centaines de milliers de
martyrs et de bléssés, enduré toutes sortes de
souffrances, traversé des tragédies sans jamais
défaillir et sans que sa volonté ne s’émousse. Au
contraire, il n’a cessé de renforcer sa détermination
à demeurer attaché à sa patrie palestinienne et à son
identité nationale.
Les dirigeants israéliens, en proie à
une euphorie trompeuse, s’étaient imaginé qu’après
notre départ de Beyrouth l’OLP allait être engloutie
par la mer. Ils ne s’attendaient pas à ce que le
départ vers les exils se transforme en chemin du retour
à la patrie, au véritable champ de bataille, à la
Palestine occupée.
C’est alors qu’advint l’héroïque
soulèvement populaire à l’intérieur de notre terre
occupée, cette Intifada qui s’est levée pour se
poursuivre jusqu’à la réalisation de nos objectifs de
liberté et d’indépendance nationale.
Je m’enorgueillis d’être l’un
des fils de ce peuple qui trace avec le sang de ses
enfants, de ses femmes et de ses hommes l’admirable
épopée de la résistance populaire, réalisant des
miracles quotidiens, frisant la légende pour que son
Intifada continue, pour qu’elle se développe et s’étende,
jusqu’à ce qu’elle impose sa volonté et fasse la
preuve que le droit peut l’emporter sur la force.
Chaleureuses salutations aux masses de
notre peuple qui forgent aujourd’hui cette expérience
révolutionnaire et démocratique unique en son genre !
C’est cette foi que la machine de
guerre israélienne n’a jamais pu ébranler, que les
balles de toutes sortes n’ont jamais pu réduire ni
terroriser, dont l’ensevelissement des vivants, les os
brisés, les avortements provoqués par les gaz et la
mainmise sur les ressources en eau n’ont jamais pu venir
à bout, et que ni les arrestations, ni les prisons, ni
les exils, ni les expulsions hors de la patrie n’ont
affaiblie. Quant aux châtiments collectifs, aux
dynamitages de maisons, à la fermeture des universités,
des écoles, des syndicats, des associations et des
institutions, quant à l’interdiction des journaux et au
blocus des camps, des villages et des villes, tout cela n’a
fait que raffermir cette foi, jusqu’à ce que la
révolution embrasse chaque foyer, jusqu’à ce qu’elle
s’enracine dans chaque pouce de la terre de la patrie.
Un peuple qui a parcouru cet
itinéraire, un peuple héritier de cette histoire ne peut
être défait. Nulle force et nulle terreur ne sauraient
lui faire renier sa foi parfaite en son droit à une
patrie comme en son adhésion aux valeurs de la justice,
de la paix, de l’amour et de la coexistence tolérante.
Et comme le fusil du révolutionnaire nous a protégés,
empêchant notre liquidation et l’annihilation de notre
identité nationale sur le champ brûlant des combats,
nous avons une totale confiance en notre capacité à
défendre notre rameau d’olivier sur le champ des
batailles politiques. Le ralliement mondial à la justesse
de notre cause et en faveur de l’instauration de la paix
basée sur la justice démontre sans ambiguïté que le
monde sait aujourd’hui qui est le bourreau et qui est la
victime, qui est l’agresseur et qui est l’agressé,
qui mène la lutte pour la liberté et pour la paix et qui
est le terroriste. Et voici que les pratiques quotidiennes
des forces d’occupation et des bandes de colons
fanatiques et armés contre notre peuple, ses enfants et
ses femmes mettent à nu le visage hideux de l’occupation
israélienne, le révèlent dans sa vérité d’agresseur.
Cette conscience mondiale grandissante
a fini par toucher des groupes juifs eux-mêmes, à l’intérieur
comme à l’extérieur d’Israël, dont les yeux se sont
ouverts à la réalité du problème et à l’essence du
conflit, et qui ont pris conscience des pratiques
quotidiennes inhumaines qui détruisent la tolérance dans
l’âme même du judaïsme. Il est désormais bien
difficile, voire impossible, pour un Juif de déclarer son
refus de l’oppression raciste et son attachement aux
libertés et aux droits de l’homme et de se taire face
aux violations israéliennes des droits de l’homme, face
aux crimes commis à l’encontre du peuple et de la
patrie palestiniens, et plus particulièrement face aux
pratiques quotidiennes odieuses des Occupants et des
bandes de colons armés.
Nous faisons une claire distinction
entre le citoyen juif dont les milieux israéliens au
pouvoir tentent d’étouffer et de dénaturer la
conscience, d’une part, et les pratiques des dirigeants
israéliens, d’autre part. Plus encore, nous réalisons
qu’il y a en Israël comme hors d’Israël des Juifs
nobles et courageux qui n’approuvent pas la politique de
répression et les massacres, qui réprouvent la Politique
d’expansion, de colonisation et d’expulsion du
Gouvernement d’Israël et qui reconnaissent à notre
peuple un droit égal à la vie, à la liberté et à l’indépendance.
Au nom du peuple palestinien, je les remercie tous pour
cette position courageuse et honorable.
Notre peuple ne revendique aucun droit
qui ne soit le sien, qui ne lui soit reconnu par le droit
et les lois internationales. Il ne veut pas d’une
liberté au détriment de la liberté d’un autre peuple
ni d’un destin qui annulerait celui d’un autre peuple.
Notre peuple refuse tout privilège dont il pourrait jouir
aux dépens d’un autre peuple, comme il refuse qu’un
autre peuple jouisse de privilèges à ses dépens. Notre
peuple aspire à l’égalité avec tous les autres
peuples, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. J’adresse
cet appel à tous les peuples du monde, et
particulièrement à ceux qui ont subi l’occupation
nazie, et qui ont alors considéré que leur devoir
consistait à tourner la page de la tyrannie et de l’oppression
exercées par un peuple sur un autre, et d’apporter aide
et soutien à toutes les victimes du terrorisme, du
fascisme et du nazisme. J’en appelle à ces peuples pour
qu’ils prennent clairement conscience de la
responsabilité que l’histoire leur a fait porter à l’égard
de notre peuple martyrisé qui réclame pour ses enfants
une place au soleil de leur patrie, pour qu’ils puissent
y vivre comme les enfants du monde entier, libres sur une
terre libre.
Il est encourageant de constater que le
chemin de notre lutte a atteint ce sommet qu’est l’Intifada
dans un climat international caractérisé par des efforts
soutenus et sérieux en faveur de la détente et de l’entente
internationales et pour le progrès des peuples. C’est
avec une grande joie que nous sommes témoins des succès
remportés par les Nations Unies et leur secrétaire
général dans le cadre de leur contribution efficace à
la solution de nombreux problèmes et à l’extinction de
nombreux foyers de tension dans le monde, dans ce nouveau
climat de concorde internationale.
Assurément, il n’est pas possible de
consolider ce climat international nouveau et positif sans
se tourner vers les problèmes et les foyers de tension
éparpillés de par le monde. C’est d’autant plus
nécessaire que cela permettra à la conscience humaine de
réaliser avec plus d’acuité un bilan de l’activité
des hommes et des États, et d’entrevoir avec plus de
transparence ce que le siècle qui s’approche nous
réserve de défis et de responsabilités nouvelles, loin
de la guerre et de la destruction, sur le chemin de la
liberté, du bien-être, de la paix et du progrès de l’humanité.
Nous nous accordons tous ici sur le
fait que la question palestinienne constitue le problème
des problèmes du monde contemporain. C’est la question
la plus anciennement inscrite à l’ordre du jour de vos
travaux. C’est le problème régional le plus complexe,
le plus ramifié, le plus dangereux pour la paix et la
sécurité mondiales. La question palestinienne constitue
également une priorité pour les deux superpuissances et
tous les États conscients de la nécessité d’efforts
particuliers pour tracer le chemin d’une solution, sur
la base de principes de justice qui constituent en
eux-mêmes la meilleure des garanties pour l’extension
de la paix à l’ensemble du Moyen-Orient.
Nous, dans l’OLP, en tant que
direction responsable du peuple de Palestine et de son
destin, par fidélité à sa lutte et en hommage au
sacrifice de nos martyrs, soucieux de répondre au climat
de détente et de concorde et conscients de l’importance
de notre contribution aux efforts pacifiques pour trouver
une solution politique susceptible de mettre un terme au
malheur des guerres et des combats et d’ouvrir la voie
à une coexistence pacifique régie par le droit
international, nous avons convoqué notre Conseil national
palestinien en une session extraordinaire à Alger, entre
le 12 et le 15 novembre dernier, et ce dans le but de
préciser et de clarifier notre position en tant que
protagoniste principal du conflit arabo-israélien, sans
la participation et l’accord duquel il ne peut y avoir
de solution.
J’ai la joie de vous annoncer en
toute fierté que notre Conseil national palestinien, par
une pratique démocratique totalement libre, assumait ses
hautes responsabilités nationales et avait adopté une
série de résolutions sérieuses, constructives et
responsables. Ces résolutions ont frayé le chemin de l’approfondissement
et de la manifestation de notre désir de contribuer à la
recherche d’un règlement pacifique garantissant les
droits nationaux et politiques de notre peuple ainsi que
la sécurité et la paix pour tous.
La première et la plus décisive des
résolutions prises par notre conseil, c’est la
proclamation de l’État de Palestine avec pour capitale
Al Qods Al Charif, Jérusalem, et ce sur la base du droit
naturel, historique et légal du peuple arabe Palestinien
à sa patrie, la Palestine. En vertu des sacrifices de
générations successives pour la défense de la liberté
et de l’indépendance de leur patrie et partant des
résolutions des sommets arabes de la force de la
légalité internationale telle qu’elle est incarnée
dans les résolutions de l’ONU depuis 1947, et en
exercice, par le peuple arabe palestinien, de son droit à
l’autodétermination, à l’indépendance politique et
à la souveraineté sur son sol, conformément à vos
résolutions successives.
A suivre...
La
nouvelle politique de l’Habitat
UNE EXPROPRIATION DÉGUISÉE
Fidèle à sa politique antisociale, le
régime s’attaque cette fois-ci aux occupants des
logements des anciens quartiers de la Capitale et d’une
partie de Balbala. Sachant que ces dernières années, il
travaille d’arrache-pied à trouver une couverture
juridique et institutionnelle à ses pratiques
corruptrices. Parce qu’il y est contraint par les
instances internationales et les bailleurs de fonds, dans
le cadre de la bonne gouvernance, cette « légalité »
inventée et recherchée au nom des secteurs à haut
financement dépendant de la générosité internationale
(Santé, Femme, Enfant, Éducation, VIH/Sida, etc.) mais,
malheureusement, pénalisant davantage une population
condamnée à une tragique injustice sociale et
économique.
Après les différents Fonds imaginés
et confectionnés par plusieurs ministères et sans
retombées économiques, voilà que le département de l’Habitat,
après l’évaporation du Fonds Routier, se tourne encore
vers l’extorsion des fonds des plus démunis. Ainsi, le
ministre en charge de ce département a présenté lors du
24 ème conseil
des ministres un projet dont la teneur comme l’ambition
« d’un logement pour chaque djiboutien » lui
ont valu une interview dans le journal gouvernemental «
La Nation » de jeudi dernier.
A le lire, cette nouvelle trouvaille
est présentée comme un ambitieux projet relevant d’une
procédure simplifiée d’accession des Djiboutiens à la
propriété. Comme ses collègues du gouvernement, il se
veut d’une part corriger le déni de droit hérité du
colonialisme et empêchant les Djiboutiens d’accéder à
la propriété foncière et les carences d’une loi en la
matière instituée après l’Indépendance sur l’attribution
en concession provisoire des parcelles de terrain et, d’autre
part, concrétiser les exigences portant sur l’Habitat,
dictées par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme
(sans aucune précision de son contenu).
Cependant, en conformité avec sa
politique de l’impunité et de l’arbitraire, son
dangereux projet porte en lui les germes d’une
spoliation pure et simple des habitations des anciens
quartiers de Djibouti-ville et de Balbala.
Concernant le déni de droit sous le
colon, de mémoire de Djiboutien dans ces quartiers de la
Capitale, personne ne souffrait d’une quelconque
insécurité foncière et sanitaire. Au contraire, en
retraçant l’histoire de ces zones concernées par le
projet diabolique en cours, il est vrai que le colon avait
tenté, au mieux de ses intérêts et en raison de ses
objectifs, d’adapter ses structures propres au mode de
vie des différentes communautés formant l’indispensable
main-d’œuvre dont il avait énormément besoin. Pour ce
faire, sa politique de gestion (bonne ou mauvaise)
consistait en la constitution de quartiers par communauté
tribale et/ou ethnique. En même temps, sur le plan
cadastral, chaque quartier était constitué de telle
sorte qu’il soit traversé par des rues et sur sa
périphérie par des boulevards et avenues, beaucoup plus
larges pour marquer les limites des différentes zones d’habitation.
Chaque rue traversant le quartier portait un numéro comme
chaque maison. Les grandes « artères » se repérant par
des numéros ou des noms.
Sur le plan administratif, l’arrondissement,
dirigé par un colon en général, couvrait et couvre
toujours un ensemble de quartiers. Chaque quartier étant
sous la direction de Chef de quartier d’origine «
indigène », épaulé dans sa tâche par les responsables
tribaux du secteur. Selon les Anciens, cette manière de
procéder offrait l’avantage, à l’administration
coloniale, de connaître l’occupant de chaque logement
des quartiers autochtones. Mais, contrairement aux
affirmations du ministre, cela n’a nullement constitué
un quelconque déni du droit à la propriété foncière.
Bien au contraire, les dispositions en la matière ont non
seulement été maintenues jusqu’au début des années
1980, mais ont même fait l’objet d’une aliénation
délibérée au détriment des plus faibles.
Force est de reconnaître qu’en ces
temps-là, le cadre de vie était meilleur en ce sens que,
journellement, le Chef de quartier et ses assistants
veillaient sur la propreté des lieux d’habitation, au
respect des biens communs, des limites de chaque
habitation, à l’interdiction des constructions
sauvages, etc. Les services en charge de l’entretien de
ces espaces communs, comme celui du ramassage des ordures
ménagères s’acquittaient scrupuleusement de leur
mission en sillonnant les artères, à l’époque
accessibles. De plus, chaque année, les services
techniques du ministère des Travaux Publics chargé de l’Urbanisme,
procédaient à la réfection, voire à la confection des
panneaux indicatifs des quartiers, rues, maisons, avenues,
boulevards, etc.
Et depuis l’Indépendance disent les
habitants ? Qu’est-ce qui a empêché le régime de
continuer, ne serait-ce que pour maintenir en l’état
les réalisations héritées du colonialisme ?
Certainement pas les occupants de ces quartiers originels.
Le ministre fait référence à la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948,
dont l’article 25, paragraphe 1 stipule pourtant que : «
Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour
assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille,
notamment pour l’alimentation, l’habillement, le
logement, les soins médicaux ainsi que pour les services
sociaux nécessaires ; Elle a droit à la sécurité en
cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage,
de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses
moyens de subsistance par suite de circonstances
indépendantes de sa volonté ».
Ce qui suppose que la jouissance d’un
logement décent est un des besoins fondamentaux de l’individu,
et que son absence prive l’homme de multiples droits et
le marginalise dans sa production et dans sa participation
au développement de la société. Ce qui oblige la
République de Djibouti, signataire de cette déclaration
et du Pacte International relatif aux droits économiques,
sociaux et culturels de 1966 ratifié le 1 er
décembre 1995, à respecter son engagement et à rendre
exécutoire le droit au logement en prenant ses propres
responsabilités juridiques envers ses citoyens et face
aux autres États. Lequel engagement juridique se doit de
protéger les couches sociales les plus défavorisées
contre toute spéculation immobilière !
L’engagement ainsi souscrit signifie
que le droit au logement doit être garanti à chaque
citoyen, de même qu’une protection contre l’expulsion
forcée, le harcèlement et autres menaces, ainsi que l’accès
aux ressources communes (eau potable, énergie, aux
services d’assainissement, à la santé, …), l’accès
aux subventions au logement, à la jouissance d’un
environnement et d’un emplacement sains et protégés de
toutes menaces sur la sécurité physique des occupants,
notamment les vices de construction et les vecteurs de
maladies, la facilité d’accès au logement pour les
groupes défavorisés ( personnes âgées, enfants, grands
malades, handicapés, etc.), l’expression de l’identité
et de la diversité culturelle, etc. constituent des
droits inaliénables.
Aujourd’hui, le constat est
accablant. L’état physique et sanitaire des anciens
quartiers de la Capitale est des plus déplorables.
Maintenant pointées du doigt par le gouvernement, les
zones concernées par ce projet d’expropriation couvrent
les quartiers 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 7bis, Djebel et Ambouli,
en plus des anciens quartiers de Balbala. Les habitants de
ces secteurs, qui seront frappés par cette loi, sont
déjà des nécessiteux. Pour ceux d’entre eux qui
travaillent, ils restent soumis aux multiples
prélèvements fiscaux directs et indirects, et cette
catégorie sociale contribue déjà fortement au Budget de
l’État, les propriétaires immobiliers du Héron, de
Gabode ou de Haramous n’intervenant que faiblement dans
ces recettes de l’État, beaucoup parmi ceux-là ne
faisant même pas l’objet d’une quelconque imposition
foncière, et pour cause…
Quant aux travaux d’assainissement
effectués il y a quelques années dans les quartiers 3 et
5, ils n’ont généré qu’une situation sanitaire
catastrophique. S’agissant du quartier 6, dont les
habitations furent en grande partie rasées malgré les
subventions du gouvernement, son état reste identique à
la situation prévalant dans les autres quartiers. A cet
égard, l’exemple le plus frappant de cet état de fait
dû à la démission totale des pouvoirs publics depuis l’Indépendance
étant celui des quartiers 4 et Djebel. Tout compte fait,
le constat est amer. Les anciens quartiers de la Capitale,
jadis propres et praticables, ressemblent plus à des
ghettos urbains qu’à des zones d’habitation dignes d’une
capitale moderne abritant le siège régional de l’IGAD.
La pauvreté des habitants et la
démission totale des pouvoirs publics chargés de l’entretien
technique et sanitaire de ces zones ont constitué un des
éléments favorisant les maladies et autres facteurs de
dégradation du tissu social, laquelle participe à l’amplification
de tous types de délinquance sociale.
Aussi, faute de moyens financiers,
cette catégorie de la population n’a pu, depuis la
création de la ville de Djibouti, acquérir la parcelle
de terrain qu’elle occupe, ni transformer en dur la
construction en planches et en tôles qui constitue son
toit. L’objectif du ministre de l’Habitat semble donc
relever d’une expropriation sans détour de ces
citoyens.
En effet, le promoteur immobilier du
gouvernement affirme qu’en vendant à chaque occupant,
dont certains sont propriétaires depuis plus de 40 ans,
le terrain qu’il occupe, il donne un abri à chaque
djiboutien, qui doit transformer en dur, dans un laps de
temps très court, son logement en planches ou en tôles.
Pour ce qui est des logements en dur ou
de l’accession à la propriété foncière, les
lotissements hérités du colonialisme que sont les cités
du Stade, d’Einguela et d’Arhiba, sont submergés
depuis des années par les eaux usagées et infectées
déversées par les égouts à ciel ouvert. L’anarchie
des constructions sauvages autorisées par l’administration
favorisant énormément la détérioration de l’état
sanitaire et sécuritaire de ses habitants.
Et pourtant, ces derniers ont été les
premiers Djiboutiens à bénéficier de l’accession à
la propriété, qu’ils ont payée au moins le triple de
sa valeur réelle d’origine. La technique de la
location-vente mise en place après l’Indépendance
ayant ruiné des familles entières qui ne sont toujours
pas propriétaires de leur logement devenu vétuste faute
d’entretien, après plus de 20 ans.
Par conséquent, le projet du ministre
de l’Habitat constitue un réel danger, en ce sens que
ses visées, tout en donnant un caractère définitif à l’occupation
provisoire des parcelles par cette diabolique trouvaille,
n’ouvre que la perspective réelle d’une expropriation
effective et légale des habitations des anciens quartiers
de la capitale et de Balbala.
Encore plus cynique est l’argumentation
du ministre prétendant vouloir aider l’accession à la
propriété privée par un système de prêt et d’échelonnement
du prix à payer pour l’achat de la parcelle de terrain
(de 3 à 12 mois). Or, avec un taux de chômage inégalé
depuis des années, une précarité des revenus des
retraités, la disparition de la garantie de l’emploi
dans l’administration, etc., il est clair qu’au moins
une grande partie de la population des quartiers en
question doit vider les lieux, étant dans l’incapacité
financière, pour cause d’insolvabilité, de transformer
leur logement en dur, même en étant propriétaire du
terrain occupé.
Alors qu’il rejette toujours la
responsabilité de la dégradation des infrastructures de
base sur les réfugiés et autre population flottante, n’est-ce
pas le régime lui-même, qui a procédé à l’expulsion
en masse de ces derniers en septembre 2003, avant d’autoriser
leur retour, cédant en cela aux pressions des
propriétaires des appartements et autres villas du
Héron, demeurés vides un très court laps de temps.
Quoi qu’il en soit, des constats
tirés de la situation des infrastructures sociales de
base et principalement ceux relatifs au contexte urbain
relevés dans le document cadre, base de réflexion de l’action
gouvernementale de février 2002, il ressort que le
régime reconnaît que l’inadéquation entre ses actions
et les besoins réels de la population a engendré un
échec de sa politique de l’Habitat.
Il affirme clairement que sa mauvaise
appréciation de l’accroissement démographique
aggravée par les multiples obstacles financiers dus à l’inadaptation
des procédures et pratiques administratives aussi
laxistes que complaisantes, et amplifiée par l’absence
totale d’une stratégie globale d’assainissement, a
été à l’origine des échecs de sa politique de l’Habitat.
Pour ainsi dire, les conséquences
étant nombreuses, nos lecteurs doivent savoir que le
régime reconnaît l’origine de ces multiples
dysfonctionnements. Car, ce département ministériel ne
peut mener aucune action, ni promouvoir aucun
développement de l’Habitat pour des raisons relevant de
l’insuffisance des investissements publics, des conflits
de compétence existant entre les nombreux services
ministériels, de l’inadaptation des politiques de
construction aux besoins réels de la population et
notamment celle à revenu modeste, enfin de l’absence de
toute structure de maintenance des équipements sociaux en
plus de l’inexistence de tout financement intérieur
pour la réalisation d’opérations à caractère social.
Or, trahissant honteusement les
ambitions citées dans une stratégie officielle et
susceptible d’engager une réelle politique de l’Habitat
participant à la réduction de la pauvreté, le
ministère a jugé utile, dans son projet, de faire fi des
objectifs fixés dans ce document et appuyés par le
rapport d’EDAM 1996 (Etude Démographique des Ménages)
qui démontre que près de la moitié de la population
djiboutienne vit en dessous du seuil de pauvreté.
A ce jour, aucune amélioration des
conditions de vie dans ces quartiers n’ayant été
enregistrée, ce projet constitue plus une idée
lumineusement dangereuse risquant d’aboutir cette
fois-ci à la dépossession du toit inaliénable qui reste
aux nombreux Djiboutiens des quartiers populaires,
certains d’entre eux y vivant depuis plus de 40 ans.
Quant au déséquilibre entre la
Capitale et les régions de l’Intérieur, nous l’examinerons
dans un prochain numéro.
Enfin, il est clair que cette
opération à venir, obéissant à des objectifs non
avoués, seule une vigilance et une mobilisation doivent
être de mise pour dire ensemble : TOUCHE
PAS A MON TOIT !
Le
nouveau Code de Travail
UN PROJET SATANIQUE
Le 8 novembre dernier, le gouvernement en
son conseil des ministres a entériné un projet de code de travail exigé
depuis près d’une décennie par les institutions de Bretton Woods (Banque
Mondial et Fonds Monétaire International) et mis en chantier il y a cinq ans
par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale, qui n’a pas
changé de titulaire depuis. Les syndicats, dont l’UDT, se mobilisent déjà
pour faire barrage à ce projet satanique
Ce projet est fortement contesté par tous les travailleurs
et leurs organisations syndicales, notamment l’UDT, centrale libre,
indépendante et de loin la plus représentative aux plans national et
international. D’ailleurs, révoltée, cette centrale vient de publier un
communiqué de presse dénonçant ce projet qu’elle considère comme « une
nette régression sur le plan social par rapport au code de travail qu’il est
censé remplacer et une mise en cause manifeste des acquis sociaux au premier
plan desquels la liberté syndical, pourtant garantie par la Constitution de
septembre 1992 et par rapport à laquelle il s’inscrit en flagrante
contradiction ».
En effet, ce nouveau code de travail est censé remplacer
celui d’outremer de 1952 (hérité de l’époque coloniale) qui codifiait
jusqu’à présent les législations du travail et servait de référence aux
lois, conventions et règlements du travail. Ce qui frappe le plus dans le
contenu de ce projet sur mesure, c’est tout d’abord la mise sous tutelle de
la liberté syndicale, entravée par des obstacles administratifs aussi
arbitraires que grotesques : la simple création d’un syndicat y est l’objet
d’un parcours de combattant. En quand bien même on s’y serait plié et que
l’on serait parvenu à le créer, avec l’autorisation désormais
obligatoire de pas moins de trois ministères (Intérieur, Emploi et Justice)
et leurs services (district, inspection du travail, police et Parquet du
tribunal), le syndicat peut cependant être dissout à leur demande sur simple
décision du Procureur de la République.
Ensuite, c’est la voie déblayée à tous les abus
possibles et imaginables pour conforter les employeurs qui, dorénavant,
disposeront d’un important arsenal répressif à utiliser comme bon leur
semble à l’encontre de leurs employés dont les droits et les protections
réglementaires se trouvent insidieusement fragilisés. D’autre part, la loi
n°140 dite loi Daach y est intégralement reprise, qui supprime toute
référence au salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), handicape et
rend aléatoire tout recours légal comme toute possibilité de se défendre
contre les éventuels abus et délits d’entrave de la part des employeurs.
Ainsi, pour son promoteur, le ministre de l’Emploi et de
la Solidarité Nationale (MESN), ce nouveau code de travail pour lequel il
vient d’obtenir l’aval du président de la République et par conséquent
la bénédiction de son gouvernement en ce dernier mardi de Ramadan de l’an
1424 de l’Hégire, est l’aboutissement d’un rêve que caressait tout
employeur privé tel que lui. Pour les travailleurs et l’ensemble de leurs
syndicats, c’est peut-être le début d’un cauchemar. Ce code qui a
nécessité de si longues années d’efforts à notre Hercule du MESN ayant
commis pratiquement sans la moindre consultation des partenaires sociaux
(travailleurs comme employeurs) et dont il a été contraint de revoir par
trois fois la version, ramène la législation sociale et du travail à au
moins cinquante années en arrière, tout en faisant table rase des droits et
libertés syndicaux, pourtant garantis par une Constitution qui se cherche
dorénavant un garant !
C’est « l’œuvre de Satan » pour les travailleurs qui
commencent à s’agiter et font déjà entendre leurs voix, à l’instar de l’UDT
qui s’est dit « révoltée » par ce chef-d’œuvre d’obscurantisme
concocté dans la pénombre d’une démarche unilatérale à laquelle tous les
efforts pour créer des « clones syndicaux » afin de contourner le refus des
centrales syndicales légales et légitimes de cautionner son projet, n’ont
pu apporter ni caution ni lumière.
Déjà baptisé « code satanique » par certains
travailleurs qui crient au scandale, tant l’objet de cet instrument de
codification du travail, autrement dit la nouvelle législation, semble avoir
pour objectif de transformer les travailleurs en instruments de production
livrés en pâture aux employeurs érigés en seigneurs. Pire, le code nouveau
du ministre de l’Emploi est du pain béni pour les patrons qui auront
désormais toute latitude pour se faire de confortables bénéfices sur le dos
des travailleurs dans une ambiance d’autant plus sereine que le syndicalisme,
loin d’être libre et indépendant, serait confiné au rôle de Sisyphe,
personnage de la mythologie grecque. Sisyphe, qui fut condamné aux enfers à
éternellement pousser jusqu’au sommet d’une montagne un rocher qui en
retombait chaque fois.
Dans ce projet, qui sera certainement soumis à l’Assemblée
Nationale pour examen et adoption, il apparaît en dernier ressort que le
titulaire du portefeuille du MESN est aussi et avant tout un homme d’affaires
à la tête d’une kyrielle d’entreprises, juge et partie, il l’est donc
dans cette œuvre pour l’élaboration de laquelle, en tant que promoteur, il
s’est passé de toute tierce partie qu’un projet d’une telle importance
pour la société (la Nation, pas l’entreprise) requiert, nonobstant les
recommandations maintes fois réitérées du Bureau International du Travail
quant à la nécessaire reconnaissance et consultation des centrales syndicales
libres et légitimes.
Ce n’est ni plus ni moins ce que recommandait dans ses
résolutions le séminaire organisé dans le courant du premier semestre de
cette année et auquel, outre les représentants de tous les ministères
concernés, participaient les bailleurs de fonds (dont le FMI et la Banque
Mondiale) la Chambre de Commerce et les représentants des employeurs privés
de la place etc.… ainsi que, pour la première fois, les délégués de l’UDT
une de ces résolution qui invitait le gouvernement à « organiser une
table ronde tripartite pour élaborer un nouveau code de travail ». Mais
ce en vain : tel un comboy, le régime préfère discuter après avoir tiré.
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