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Éditorial
POLITIQUE DE LA MISÈRE
:
FAIM DE NON-RECEVOIR
À DORRA
A croire que le malheur attire le
malheur : certaines régions de notre pays ne doivent leur
intrusion sur le devant de l’actualité qu’en raison
des drames qui s’y déroulent et dont des impératifs
plus politiques que journalistiques incitent à parler.
Tel semble être le cas de Dorra et il faut remercier,
l’exception n’étant pas la règle, la plume du
journal gouvernemental «La Nation» de couper l’appétit
de ses lecteurs en s’alarmant lundi dernier de la
chronique annoncée d’une famine de grande ampleur qui
serait sur le point de s’abattre sur les habitants de ce
coin perdu de notre territoire national. Et ce n’est pas
là une dramatisation exagérée, même s’il est compréhensible
qu’un candidat au suffrage universel se prétendant
faiseur de miracles doive, à travers sa presse de
propagande, montrer les maux pour mieux suggérer les remèdes
et même s’il y a fort à parier qu’une prochaine
distribution de denrées alimentaires tombera à point
nommé pour donner des arguments à une campagne électorale
que la majorité de nos concitoyens auraient préféré
voir se dérouler dans des conditions un peu plus
respectueuses pour eux.
Ceci ne surprend que ceux qui ont
choisi de fermer les yeux : les habitants de la région de
Dorra risquent d’être très prochainement victimes
d’une catastrophe humanitaire. Le problème, c’est que
celle-ci est inscrite dans la nature d’un régime
politique qui aggrave les impondérables aléas
climatiques en utilisant la famine comme arme de
domination. D’autant plus dangereuse et efficace que le
mode de vie de ces populations rurales les prédispose à
la dépendance alimentaire à l’égard de ceux de la
ville. Depuis les temps coloniaux, elles n’ont toujours
dû leur introduction dans l’économie monétaire
qu’aux transferts d’argent effectués par leurs rares
proches salariés ailleurs. Le développement séparé
(pour parler comme l’ancien régime raciste d’Afrique
du Sud) au terme duquel l’implantation coloniale avait défini
un Djibouti utile limité à la seule Capitale et plus que
moins reconduit à l’Indépendance, a été aggravé par
un conflit civil de dix ans : l’effet a accentué la
cause.
S’il est bien entendu qu’il ne
faille pas tout attendre de l’État, le premier devoir
de ce dernier envers ses déshérités est de leur fournir
les infrastructures publiques de base : ceux qui
connaissent cette région savent que les agents indigènes
de l’État s’y comptent sur les doigts d’une seule
main et que des militaires se comportant comme en pays
conquis y sont plus nombreux qu’infirmiers ou
instituteurs, malgré l’indéniable besoin qu’implique
une forte densité démographique. Ou, à tout le moins,
de reconstruire celles qui ont été détruites par la
guerre, comme l’y obligeait le volet « Réhabilitation
» d’un Accord de paix dont c’est là la plus
inacceptable violation, eu égard à l’extrême
indigence de ces victimes. De ce point de vue, rappelons
que l’axe routier Tadjourah-Bouya, passant par Dorra, générateur
de nombreuses richesses pour les populations de ce
district et de cette région, demeure encore fermée de façon
inexplicable, privant ses riverains d’indéniables
possibilités de réduire leur dépendance grâce au
commerce avec l’Éthiopie. Preuve que le quai de
Tadjourah ne rend pas encore tous les services que l’on
est en droit d’attendre de lui : une part importante des
importations éthiopiennes passant naguère par Assab
aurait pu transiter par la Ville-Blanche, car telle était
sa vocation première bien avant la création de la ville
de Djibouti. Souligner enfin que les retombées économiques
de la prétendue décentralisation tardent à se montrer
serait enfoncer une porte ouverte ou tirer sur une
ambulance : justement, la dernière fois que nous avions
évoqué dans nos colonnes les difficultés de vivre à
Dorra, c’était pour informer nos lecteurs de la mort
d’un habitant du coin, qu’une ambulance réquisitionnée
à des fins festives avait refusé d’évacuer. Sans que
cela n’émeuve outre mesure les pouvoirs publics dont le
désintérêt criminel ne choque pratiquement personne !
Le véritable problème est là : tant
que ne sera pas mis fin à la politique de la misère, par
laquelle ce régime affame volontairement ses concitoyens
pour mieux prétendre apporter des remèdes à des maux
dont il est le principal responsable, les médias publics
continueront à alerter sur telle catastrophe humanitaire
à venir, juste pour obliger les figurants nécessiteux à
meubler le décor d’une distribution électoraliste de
vivres alimentaires. Nul n’a oublié, à Dorra comme
ailleurs, que la dernière distribution de l’aide
alimentaire internationale, lors des législatives de
janvier 2003, avait fait l’objet d’un atroce chantage
à la soumission partisane. Quand elle n’est pas tout
simplement détournée, comme tel riz et revendue ici ou
ailleurs.
Brèves nationales
Le régime nous menace
:
Ha ! Chiche !
Preuve de son profond désarroi, le
candidat solitaire aurait-il décidé de menacer les démocrates
par l’intermédiaire de son griot patenté, ne représentant
que lui et surtout connu pour être son compagnon de
broutage ? Ainsi, abordant un cadre important de notre
Parti la semaine dernière dans les couloirs de la Cité
ministérielle, l’homme de main présidentiel lui a tenu
les propos suivants : « nous vous connaissons, vous
n’êtes que quatre emmerdeurs. Mais, désormais que vous
êtes orphelins, nous savons comment en finir avec vous :
nous allons vous exterminer ! Et nous ne négocierons
jamais avec vous car vous êtes des extrémistes ! »
Sur ce, notre responsable lui a répondu, comme la tortue
menacée : « Dieu fait-il partie du complot ? »
Il est navrant d’entendre de telles
menaces de la part d’une parole autorisée du régime,
grassement entretenue par l’État à ne rien faire. Qui
est extrémiste : un pouvoir violant un accord de paix ou
ceux qui demandent pacifiquement son application ? Comme
en Côte d’Ivoire, qui est responsable de la dérive
fascisante que dénonçait Chirac : le régime de Gbagbo
ou les Forces Nouvelles ?
Si chacun se rend bien compte que ce
dernier n’a pas fait pire que le Président djiboutien
dans le reniement de sa parole, faudra-t-il reprendre les
armes pour être pris au sérieux par ce régime fanfaron
et alimentaire ? En tout cas, s’il arrive quoi que ce
soit à l’un d’entre ceux ainsi menacés, chacun saura
d’où vient l’agression et certaines bedaines ne
pourront plus impunément enfler. Pour notre part, inutile
de dire que cette haine ne nous intimide nullement.
Le seul à pouvoir être tenu pour
responsable de telles dérives, c’est uniquement le
grand chef : il est pitoyable qu’il soit si mal entouré
et représenté.
Mégaprojets d’Ali-Sabieh :
Fantômes ou réalités ?
Les Djiboutiens l’ont bien compris :
dès que « Réalité» tire à boulets rouges sur une
esbroufe gouvernementale, le régime réplique par des
bombes fumigènes sans convaincre. Ainsi, il y a plusieurs
semaines de cela, notre journal s’était inquiété de
l’absence de l’eau minérale Il Jano sur le marché et
s’étonnait du silence des pouvoirs publics sur les
problèmes techniques retardant la réalisation des méga
projets d’Ali-Sabieh. Voilà que le journal
gouvernemental « La Nation » annonce fièrement dans son
numéro de mercredi dernier : « C’était il y a près
de huit mois ou plus exactement le 19 février dernier que
fut inaugurée par le Président de la République, M.
Ismael Omar Guelleh, l’usine d’eau minérale d’Ali-Sabieh.
‘Il Jano’, c’est l’appellation du produit, est
enfin disponible sur le marché local. Enfin, car
certaines mauvaises langues qualifiaient cette unité de
traitement et de mise en bouteilles d’eau minérale
d’usine fantôme. Pari gagné donc, puisque après
l’eau de Tadjourah, Il Jano fait son entrée dans le
marché et garnit les étalages des magasins et autres
points de vente de la Capitale. »
Pourquoi avoir attendu 8 mois et même
plus pour mettre en service une unité de production qui
n’avait pas hésité à exhiber dès le 19 février
2004, quelques centaines de cartons et généreusement
distribué « la source de paradis » aux milliers de
figurants convoqués à la cérémonie d’inauguration ?
En fait, il est de notoriété publique
que la brumeuse société industrielle d’eau minérale
d’Ali-Sabieh a connu de réels problèmes techniques et
financiers. Si aujourd’hui ladite entreprise mixte se
dit prête à satisfaire le marché local, tant mieux :
nous verrons la suite.
Mais rappelons tout de même que le
journal gouvernemental, saluant aujourd’hui l’exploit,
affirmait au lendemain de l’inauguration de cette unité
: « cette usine alimente désormais la ville d’Ali-Sabieh
et produit 24.000 bouteilles d’eau minérale par jour».
Il aura donc fallu plus de huit mois au régime prédateur
pour livrer son eau miraculeuse. Et maintenant : si les
affairistes du pouvoir nous en disaient plus sur les
autres projets initiés dans ce district, à savoir la
cimenterie et l’usine de marbre ?
Sont-ce des fantômes ou des réalités
? Leurs travaux étaient supposés durer vingt mois, aux
dires du chef de l’État, alors qu’il se murmure que
leurs financements n’auraient même pas été obtenus.
Enfin, s’agissant de l’eau de
Tadjourah, dix ans après la paix d’Ab’a, sa
production ne semble toujours pas à l’ordre du jour.
Interview présidentielle dans J.A.I
:
Gouvernator ou Imperator ?
A l’occasion de la tenue du Xème
sommet de la Francophonie à Ouagadougou, l’hebdomadaire
« Jeune-Afrique/L’Intelligent » à mené une
campagne de collecte de messages payants auprès des décideurs
des pays concernés. Ainsi, la présidence djiboutienne,
à l’affût de ce genre de démarchage et disposant de
fonds colossaux pour soigner son image ternie, a-t-elle
acquis pour plusieurs millions de nos francs quelques
pages dithyrambiques dans les colonnes de cet hebdomadaire
international. Aussi, le candidat solitaire peu disert
chez lui s’y est-il fendu d’une interview en forme
d’incantations.
Dans cet entretien aussi maladroit que
mensonger, le « grand communicateur » se positionne en
francophile accompli. D’ailleurs, pour mieux ponctuer
ses propos délirants, il a tenu à illustrer cette page
d’une photo le montrant échanger un « shake hand »
avec le Président américain Bush. L’entretien réalisé
par on ne sait quel journaliste est titré : « le Xème
sommet doit affronter la fracture numérique ».
Qu’un promoteur de la fracture
sociale et clanique chez lui puisse tenir de tels propos
est proprement ahurissant. Car, dans un pays où tel
district n’a même pas un seul kilomètre de route
goudronnée, il est surréaliste de parler d’autoroute
de l’information. D’autant plus que, par exemple, le
seul ordinateur multimédia existant dans le district d’Obock,
est celui offert en 2003 par l’Alliance Française.
Enfin, il est parfaitement risible que
le responsable d’un régime issu des fraudes puisse
vanter la démocratie parlementaire qu’il a instituée
à travers la coalition des quatre partis squattant l’Assemblée
nationale. En effet, le dynamisme de cette fantomatique
institution où le «débat démocratique» serait
permanent ne l’empêche pas d’engranger les dividendes
du port sans aucun contrôle budgétaire.
Opération Hanlé verte :
La carte verte n’est pas pour demain ?
Le hasard fait bien les choses : il
arrive parfois au journal gouvernemental « La Nation »
de lâcher au détour de ses pages commandées, quelques vérités
amères.
Ainsi, dans le numéro de mercredi
dernier, la chute d’un article élogieux consacré au
reverdissement du désert de Hanlé-Agna dans le district
de Dikhil nous a laissé songeur. Après avoir illustré
de photos prometteuses son reportage sur cette région désolée
et brusquement mise en valeur par l’agronome volant,
l’auteur conclut de manière péremptoire : « les
habitants reviennent et la vie devient possible, mais plus
agréable que nulle part ailleurs. Ils demandent d’être
soutenus dans leur retour pour le creusement d’un puits
ou pour le forage, pour la fourniture d’infrastructures
sanitaires et scolaires, pour l’élaboration de papiers
civils. Chose paradoxale, aucun d’entre eux ne dispose
d’acte de naissance, encore moins de carte d’identité,
bref ils font leur introduction à l’état civil par
hasard. Et selon certaines rumeurs, le chemin risque d’être
long ».
Si le prétendu sauveur de cette contrée
et actuel candidat à sa propre succession n’a pas daigné
fournir des cartes d’identité aux habitants de Hanlé,
qu’il considérait jusqu’à présent comme des étrangers
alors que certains des leurs ont connu la répression
coloniale bien avant qu’il naisse à Diré-Dawa, c’est
bien la preuve que ce déni du droit à la citoyenneté
s’inscrit dans la politique de fracture clanique menée
aux dépens de larges couches de la communauté nationale.
Il reste donc aux ruraux délaissés, méprisés mais
parfois « bakchichés » de notre pays, de ne pas perdre
de vue cette réalité d’un régime injuste et
divisionniste. Un proverbe nomade ne dit-il pas « si
les chamelles nous privent de leur lait, nous savons de
quoi les priver » ? Constat ou regret ?
Francophonie nationale :
La mendicité, une seconde nature ?
Signe des temps, le génie national récemment
converti à la francophilie après avoir laissé traiter
la France de nazie à propos d’une ténébreuse affaire
empoisonnant les relations entre Paris et Djibouti, change
brusquement de cap. Ainsi, dans une interview spectacle,
notre polyglotte national prétend: « la francophonie
est pour mes concitoyens une seconde nature ».
Décidément, le ridicule ne tuera
jamais ce régime à l’origine de la désertification du
paysage culturel djiboutien. Dans un pays où il
n’existe même pas de bibliothèque nationale, des
archives nationales ni même de points de vente de
journaux français, le francophile new look devrait lire
sa presse nationale relatant copieusement chaque semaine
la mendicité devenue une seconde nature de son régime.
Rien que la semaine dernière, le
journal gouvernemental « La Nation » s’est cru obligé
de rapporter généreusement une cérémonie de remise de
3000 livres aux écoles et collèges de notre pays par la
France.
Après cela, le « Danube, pardon,
l’oued Agna de la pensée » pourra toujours fustiger la
coopération avec les pays du Nord, en la qualifiant
d’effets d’annonces.
Pardon de l’Aïd-el-Fitr :
Un curieux oubli
Il est de tradition dans les pays
musulmans, qu’à occasion de l’Aïd-el-Fitr clôturant
le mois béni de Ramadan, des mesures de clémence et d’élargissement
soient prises en faveur des prisonniers de droit commun.
Les Djiboutiens n’ont pas manqué de relever, cette année,
que son Excellence El Hadj très affligé à la suite du décès
du leader palestinien, n’a pas daigné accorder sa grâce
présidentielle aux prisonniers croupissant dans ses geôles.
Peut-être parce qu’ils sont moins méritants
que le dénommé Adouani Hamouda Hassan, condamné à perpétuité
en 1987 pour avoir perpétré l’atroce attentat de l’Historil
et libéré au bout de treize ans de détention, et qui
coulerait des jours heureux chez lui, certains prétendent
parce qu’il en savait trop.
Quand le chef parle
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« Jeune Afrique l’Intelligent
» est et reste, on le sait, le support
médiatique préféré du numéro
un djiboutien qui véhicule à travers ce magazine
sa propagande destinée à la consommation extérieure.
Cependant, sa politique de
duplicité ne peut passer éternellement inaperçue.
Pour trancher avec ce qu’a écrit « La Nation
» de lundi dernier, nous vous livrons l’intégralité
de cette interview express.
Voyons donc l’ampleur de sa
culture politique en faisant les observations
suivantes.
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S’agissant tout d’abord du contexte
environnemental, cette interview a été réalisée en
raison de la tenue au Burkina-Faso du 10ème
sommet de l’Organisation Internationale de la
Francophonie qui compte quelque 51 États et rassemble 500
millions de locuteurs. Cette rencontre entre des États
ayant en commun l’usage de la langue française devait dégager
plusieurs solutions aux multiples crises (épidémies,
instabilité politique, analphabétisme, guerres, génocides,
corruption, absence d’État de droit…) qui affectent
principalement continent africain et dont l’origine est
surtout politique. C’est ainsi qu’ont été abordées
les questions qui traitent de la situation politique intérieure
et régionale, celle économique et sociale, et les
perspectives d’avenir du pays.
Quant à la présentation publicitaire
du texte : alors qu’il s’agissait de la tenue du
sommet des pays francophones, le choix du cadre ornemental
susceptible de donner une image de notre pays a porté,
maladroitement, outre une vue aérienne du port, sur une
photo du « numéro un » local avec son homologue américain
(numéro un mondial) à la Maison-Blanche. Une photo censée
justifier son activisme diplomatique et sa bouderie à
l’endroit de la France pour cause de Borrel.
La seconde observation porte sur la
politique intérieure et extérieure. Résumé dans deux réponses,
le volet de politique intérieure traite principalement de
la démocratie. La première question sur ce chapitre
dissimulant une subtilité linguistique semble ne pas
avoir été comprise par le numéro un djiboutien.
Toutefois, considérant toujours la démocratie comme une
intrusion forcée de l’étranger, celle-ci reste funeste
car le président utilise le qualificatif « impératif »
parce-qu’il n’y a pas d’autre alternative dit-il
clairement. Il justifie sa logique démocratique par
l’existence d’une représentation de quatre partis au
sein de son assemblée nationale. Concernant la
transparence, il se base sur les instruments issus de la
constitution de 1992 qui n’a offert aucune transparence
électorale ni transition démocratique en République de
Djibouti. Au contraire, cette façade démocratique avait
même été critiquée par la délégation de l’Union
Européenne de passage ici. Une situation politique
perverse qu’elle a jugé inadmissible et incompatible
avec l’esprit de la démocratie. La loi sur les élections
rendant impossible toute représentation de l’opposition
à l’Assemblée Nationale, cette délégation s’étant
entretenue avec les autorités, n’avait pas manqué de déplorer
l’absence de représentants d’une opposition qui a,
officiellement, obtenu 45% des suffrages exprimés, et
souligné le risque que peut revêtir à Djibouti comme en
Afrique le non-respect de la transparence électorale et
des règles de jeu de la démocratie. Car, c’est
pratiquement près de la moitié de la population qui
n’est pas représentée au sein de cette chambre de mal-élus.
Répondant à la question sur l’énorme
déséquilibre économique et sanitaire entre la capitale
et les régions, le Président se retranche derrière ses
origines (sous le colon) sans expliquer le pourquoi de sa
permanence après 27 ans d’indépendance. Bien entendu,
depuis ces temps la capitale a enregistré un boom économique
à tel point que le régime aurait oublié de définir les
atouts et les dispositions économiques susceptibles
d’offrir une chance de développement à chacune de nos
régions de l’intérieur. Se disant attendre l’effet
de levier économique à travers la décentralisation, il
est important de rappeler aux lecteurs que la décentralisation
régionale était posée par les textes issus de l’indépendance
et que celle qu’il évoque ici relève de son allergie
à tout ce qui peut impulser une quelconque dynamique de développement
de nos districts. Ce qui implique la persistance d’une
flagrante injustice demeurant à l’encontre de nos
populations rurales.
Pareillement, la diplomatie
djiboutienne relève, elle aussi, de cette même duplicité
servant de cadre à toute action politique. Une réalité
qui se vérifie par la teneur des propos du médiateur
national affirmant que les accords de paix intersomaliens
de Mbagathi au Kenya seraient la continuité de ceux
d’Arta. Ce qui n’est pas vrai du tout ; la paix d’Arta
avait échoué pour deux raisons simples : premièrement
parce que le Président de la République avait refusé
toute participation des chefs de guerre à sa conférence
; ensuite du fait de l’importante divergence sur ce
dossier somalien opposant les États de la sous-région (Igad
et Arabes). Aussi, dans ce contexte politique incertain,
le Somaliland ne pouvait rester ignoré par ses voisins,
en premier Djibouti, gênée par l’évolution pacifique
de cette République auto-proclamée. Une situation
compromettante pour la réussite du plan de paix
djiboutien, qui n’a pas voulu diplomatiquement soutenir
pendant plus d’une décennie le vœu du voisin
somalilandais, ce dernier comptant plus sur nous en raison
de l’interdépendance culturelle et économique par
rapport à son autre grand voisin, l’Éthiopie. Ce qui dément
donc la neutralité djiboutienne et la non-ingérence dans
les affaires des États voisins lesquels n’accordent
d’ailleurs aucun crédit à notre diplomatie, faite de
tergiversations. Discrédit qui la frappe également dans
le dossier soudanais.
La situation économique et sociale
constitue notre troisième observation. La persistance de
la crise économique est aujourd’hui ressentie par tous
les citoyens et plus particulièrement par les faibles
revenus. Au lieu de donner d’expliquer l’état réel
de sa politique économique et sociale, responsable de
l’accentuation de la paupérisation du peuple
djiboutien, le Président va à contre-courant de la réalité
du pays. Ceci en raison de l’absence totale de tout
projet politique fiable, il disserte sur sa croyance en
une réussite économique et sociale du pays, ce qui ne
relève même pas de la méthode Coué. De l’ensemble du
questionnaire et des réponses, il ressort une
contradiction fondamentale.
Celle qui réside tout d’abord dans
la présentation de Djibouti comme étant un pays fier (de
par son régime) d’avoir trouvé enfin le chemin du développement
socio-économique (réponses 1, 2, 3, 4) et les souhaits
d’aides attendues des pays du nord exprimés fortement
dans les réponses 11 et 12.
Au bout de six ans de pouvoir, il est
clair que les perspectives de développement emportent
plus sur les réalisations palpables. En effet,
abstraction faite de l’opacité entretenue sur les
revenus générés par le port et l’aéroport, dits en
pleine expansion, outre les aides et les prêts qui
oscillent à plus de 70 milliards de nos francs, le budget
de l’État pour l’année en cours avait tablé sur 43
milliards FD.
Or, il est sûr que si les salaires
sont versés plus ou moins par rapport aux années antérieures,
le reste des recettes demeure inexpliqué. La paupérisation
croissante de la population étant visible à l’œil nu
eu égard à l’état de la santé, de l’éducation, de
l’énergie, de l’eau, … Les aides directes de
l’ordre de 200 millions de dollars soit 35,6 milliards
FD (réponse 5) octroyées par les pays arabes pour des
projets de développement, ne semblent pas avoir soulagé
le peuple djiboutien, au même titre que les redevances
des armées étrangères présentes sur notre territoire.
La situation économique et sociale est telle que les
multiples prélèvements consolidés dans un seul impôt
obèrent tout redressement économique et toute amélioration
des conditions de vie de la population.
Aucune politique favorable à la création
d’entreprises comme la définition d’un cadre
juridique incitatif à l’investissement étranger n’étant
initiée, le Président ne semble pas avoir réalisé que
depuis son inauguration de la zone franche outre lesdits
investisseurs du Golfe, concessionnaire des lieux,
l’ensemble du complexe à l’avenir prometteur reste
vide. Si cadre juridique il y a, c’est seulement celui
responsable de l’appauvrissement de nos travailleurs
avec les lois antisociales de Da’ach et les pratiques déjà
expérimentées mais seulement consolidées par le nouveau
code du travail. De là à dire que Djibouti est en phase
de réduire la pauvreté, de créer des emplois, il faut
peut-être plus que cela… Les perspectives d’avenir
d’un peuple ayant entamé d’ores et déjà le chemin
du développement nous semblent irréelles. D’autant
plus que le promoteur du projet de Doraleh comme celui de
la zone franche avait annoncé la couleur d’une future
transformation de l’état économique du pays qui
servirait d’Eldorado aux futurs travailleurs étrangers
n’exigeant ni salaire décent, ni couverture sociale, ni
logement salubre.
Si Dubaî a prospéré avec cette
main-d’œuvre à bon marché, c’est que ce pays a des
ressources énergétiques convoitées. Qu’offrent le Président
et le Copilote ?
LA QUINTESSENCE DU VIDE
Voici les réponses
inspirées du chef de l’Etat aux questions du
journaliste peu inspiré de "Jeune-Afrique/L’Intelligent".
« LE Xème SOMMET DOIT AFFRONTER LA
FRACTURE NUMERIQUE »
Ismaël Omar Guelleh
Solidarité francophone, coopération
avec le Nord, ambitions économiques, conflits régionaux…
Le chef de l’État djiboutien se
livre à un vaste tour d’horizon.
Quelle est votre principale fierté,
cinq ans après votre élection à la tête du pays ?
Notre fierté est d’avoir contribué
à placer notre pays sur le chemin du développement
socio-économique.
Pouvez-vous évaluer la dimension et le
rayonnement francophones de Djibouti, au milieu d’un océan
d’anglophones ?
Pour mes compatriotes, la Francophonie
est une seconde nature. Ce n’est pas uniquement une
question de langue même si le français est une de nos
deux langues officielles, avec l’arabe. La dimension est
plus large, culturelle : les Djiboutiens ont le sentiment
que, dans la famille francophone, la diversité culturelle
est non seulement respectée mais entretenue. Enfin notre
condition d’ « îlot francophone entouré d’un océan
anglophone » contribue à créer des liens solides avec
le reste de la famille francophone en Afrique, en Europe
ou ailleurs.
Cela fait deux ans que votre pays a démarré
la construction du nouveau port de Doralé, doté d’une
ambitieuse zone franche. Quels en sont les premiers bilans
et perspectives ?
Il est très tôt pour faire le bilan
d’un chantier qui n’en est qu’à ses débuts. Notre
pays a une vocation d’échange, de services. Car nous
sommes au carrefour de l’Afrique, de la péninsule
Arabique et de l’Asie. Le port de Doralé et la zone
franche vont dans le sens de l’intégration de notre
pays dans le commerce régional, voire international. Cela
aura bien sûr des retombées en matière d’emplois, de
réduction de la pauvreté, mais également
d’infrastructures.
Au-delà des activités de commerce et
de transit, Djibouti peut-il réussir son pari de devenir
le Singapour financier de l’Afrique?
Avec le méga projet de Doralé, le
port et la zone franche, nous changeons de dimension économique;
nous entrons à coup sûr dans une nouvelle ère de développement…
Allons-nous devenir le Dubaï, ou le Singapour d’Afrique?
Une chose est sûre: nous sommes préparés, nous avons
mis tous les atouts de notre côté pour attirer les
investisseurs. Nous avons élaboré un cadre juridique très
favorable à la création et à l’installation des
entreprises. Notre monnaie à parité fixe avec le dollar,
ainsi que les possibilités de transfert financier en
temps réel - mais également notre appartenance à de
grands ensembles régionaux comme le Comesa (Marché
commun des États de l’Afrique orientale et australe) -
sont susceptibles de faciliter les tractations
commerciales.
Quelles sont les retombées pour
Djibouti de l’explosion des prix du pétrole? Les riches
frères arabes manifestent--ils leur solidarité? Qu’en
est-il du projet de raffinerie ?
Il est clair que cette montée
inexorable du prix du baril constitue un handicap pour
notre économie. Le peu de devises que nous engrangeons
est utilisé pour stabiliser le prix sur le marché intérieur.
Quant à la solidarité de nos frères arabes, elle
s’illustre dans plusieurs domaines prioritaires. Rien
que ces dernières années, nous avons bénéficié de 200
millions de dollars d’aide directe à des projets de développement.
Nous sommes donc très satisfaits… En ce qui concerne le
projet de raffinerie, plusieurs parties ont manifesté
leur intérêt. J’espère que nous serons fixés d’ici
à l’année prochaine.
Djibouti compte des sites naturels et
un environnement sous-marin d’une beauté à couper le
souffle. A quand donc l’afflux de touristes amateurs de
sensations fortes ?
Le développement du tourisme permet de
lutter contre la pauvreté. A condition, bien entendu,
qu’il ne contribue pas à la dégradation de
l’environnement et des écosystèmes. Or de plus en plus
de tour-opérateurs programment aujourd’hui la
destination Djibouti. C’est le résultat d’une
politique de promotion et de communication que nous avons
mise en place par l’intermédiaire de l’Onta (Office
national du tourisme).
Comment approfondir et élargir encore
l’expérience démocratique djiboutienne, notamment dans
l’enceinte parlementaire ?
La démocratie est un perfectionnement
de tout instant. Notre pays, depuis la Constitution de
1992, s’est doté d’instruments qui permettent une
pratique saine et transparente de « l’impératif » démocratique.
Nous continuerons dans cette voie, car il n’y a pas
d’alternative. Quant à l’Assemblée nationale, il
faut souligner que c’est la première fois depuis notre
indépendance qu’une coalition de quatre partis y siège.
Le débat démocratique y est permanent.
Pour éviter que la capitale ne
devienne un îlot de prospérité entouré de misère,
n’y a-t-il pas lieu d’investir plus systématiquement,
à travers le pays ?
Surtout dans un pays comme le nôtre,
qui est tributaire des capitaux étrangers,
l’investissement ne se décrète pas. Il obéit à une
logique économique et financière. Le déséquilibre
entre la capitale et le reste du pays, nous l’avons hérité
de la politique coloniale: à l’époque, seul le port de
Djibouti présentait un intérêt, dit « stratégique ».
Cela dit, nous comptons exploiter les spécificités économiques
de chaque région. Le processus de décentralisation
politique que nous avons mis en oeuvre ne saurait être
viable s’il n’est accompagné d’une décentralisation
économique.
Après les initiatives prometteuses –
l’accord d’Arta, en 2000, avez-vous fini par baisser
les bras dans la recherche d’une solution à la trop
longue crise somalienne ?
Nous n’avons jamais baissé les bras.
La réconciliation d’Arta a jeté les bases d’un
processus qui a abouti aux accords de Mbagathi (Kenya).
Arta a servi de dynamique. Elle a permis à la Somalie de
se réconcilier avec elle-même. Il convient maintenant
d’aider le nouveau président somalien et son
gouvernement. J’appelle la communauté internationale à
élaborer un programme de sortie de la période
post-conflit, le plus rapidement possible. Afin d’éloigner
définitivement le spectre des désordres et du chaos.
Que faut-il faire du Somaliland, ce
voisin « fantôme » de Djibouti?
Le Somaliland n’est pas un voisin «
fantôme », comme vous dites. C’est une entité
physique palpable pour les Djiboutiens. Son avenir ne dépend
pas de notre pays. Nous avons toujours été partisans de
la non-ingérence dans les affaires internes de nos
voisins. Il leur appartient de décider de leur destinée.
Djibouti peut-il contribuer à atténuer
les tensions entre Washington et Khartoum ? Quelles
seraient les bases durables d’une solution aux conflits
du Soudan?
Le Soudan est un grand pays, pas
seulement géographiquement. La stabilité de ce pays frère
aura des retombées positives sur l’ensemble de la Corne
de l’Afrique. Nous avons donc tous intérêt à ce que
la crise au Darfour trouve une issue négociée, comme
celle qui se dessine pour le Sud-Soudan. Les efforts
d’arbitrage déployés par I’Union Africaine avec le
soutien des grandes puissances vont, j’en suis persuadé,
aboutir. La Communauté internationale dans son ensemble,
y compris Washington, doit privilégier cette approche.
Car il ne s’agit pas de déstabiliser davantage le
Soudan ; il faut l’aider à consolider le processus de réconciliation.
Êtes-vous satisfait de la coopération
avec les pays du Nord pour un « développement durable »
?
Souvent le Nord se contente des effets
d’annonce. Cela s’est vu dans la lutte contre le sida,
mais également à propos du Nepad, le Nouveau Partenariat
pour le développement de l’Afrique. Nous attendons du
Nord qu’il soit sensible à nos priorités et qu’il
nous aide en conséquence.
En matière de transfert des
technologies – et, notamment, pour combler le fossé numérique-,
la famille francophone ne doit-elle pas adopter un plan
d’action urgente, qui dépasse les vœux pieux?
La fracture numérique est une réalité.
Elle accélère la marginalisation des pays pauvres sur «
le marché » de la mondialisation. La famille francophone
doit réagir à cette situation, car l’accès aux
nouvelles technologies pourrait intensifier les échanges
culturels. J’espère qu’à Ouagadougou des mesures
concrètes seront arrêtées pour accéder à un
instrument indispensable au développement durable.
Arafat devant l'ONU (3)
DEVANT L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES
NATIONS UNIES
GENÈVE 13 DÉCEMBRE 1988 (3)
Voici la dernière
partie du discours prononcé par le regretté Arafat. En
demandant l’indulgence de nos lecteurs : la Cause incarnée
par ce grand homme mérite bien une telle longueur.
Il m’importe ici, au moment de répéter
cette proclamation historique devant famille des nations
et maintenant qu’elle est devenue un document officiel
des Nations Unies, d’affirmer qu’il s’agit d’une décision
sur laquelle nous ne reviendrons jamais et que nous
n’arrêterons pas d’œuvrer à sa réalisation pour
venir à bout de l’occupation et pour que notre peuple
exerce sa souveraineté dans son État.
Cet État de Palestine est l’État
des Palestiniens où qu’ils soient. Ils pourront y développer
leur identité nationale et culturelle. Ils y jouiront de
la pleine égalité des droits et de leurs convictions
religieuses et Politiques, ainsi que de leur dignité
humaine. Ils y seront protégés par un régime
parlementaire et démocratique fondé sur les principes de
la liberté d’opinion, la liberté de constituer des
partis, la prise en considération par la majorité des
droits de la minorité et le respect par la minorité des
décisions de la majorité, la justice sociale, l’égalité
et l’absence de toute discrimination dans les libertés
publiques sur la base de la race, de la religion, de la
couleur, ou entre la femme e l’homme, à l’ombre
d’une constitution qui assure la primauté de la loi et
l’indépendance de la justice, en totale fidélité à
l’héritage spirituel de la Palestine, patrimoine fait
de tolérance et de cohabitation entre les religions à
travers les siècles.
L’État de Palestine est un État
arabe, son peuple fait partie intégrante de la nation
arabe, de son patrimoine, de sa civilisation et de ses
aspirations au progrès social, à l’unité et à la libération.
Il se réclame de la Charte de la Ligue des États arabes,
de la Charte de l’ONU, de la Déclaration universelle
des droits de l’homme et des principes du
non-alignement..
Cet État est épris de paix et attaché
aux principes de la coexistence pacifique ; il oeuvrera de
concert avec tous les États et tous les peuples pour
instaurer une paix permanente basée sur la justice et le
respect des droits.
Cet État croit à la résolution des
conflits régionaux et internationaux par des moyens
pacifiques, en application de la Charte des Nations Unies
et de leurs résolutions. Il rejette la menace de
l’usage de la violence, de la force et du terrorisme,
leur utilisation contre la sécurité de son propre
territoire ou contre son indépendance politique, ou
contre l’intégrité territoriale de tout autre État,
sans porter atteinte à son droit naturel à défendre son
territoire et son indépendance. Cet État croit que
l’avenir ne réserve que la sécurité à ceux qui
auront agi justement, ou auront aspiré à la justice.
Voici l’État de Palestine que nous
avons proclamé et que nous oeuvrerons à concrétiser,
pour qu’il prenne sa place entre les autres pays,
qu’il participe et innove dans l’édification d’un
monde libre oÙ règnent la justice et la paix. Notre État
aura son gouvernement provisoire, avec l’aide de Dieu,
dans les plus brefs délais. Le Conseil national
palestinien a chargé le Comité exécutif de l’OLP
d’assumer les responsabilités de ce gouvernement
provisoire en attendant sa formation. Pour concrétiser
cette décision, notre Conseil national palestinien (CNP)
en a adopté une série d’autres dont il importe de
souligner ici les plus importantes, pour confirmer notre détermination
à aller de l’avant avec sérieux dans la voie de la
juste solution pacifique, et à déployer les plus grands
efforts pour sa réussite.
Notre Conseil national a affirmé la nécessité
de la tenue de la conférence internationale sur la
question du Moyen-Orient, dont le cœur est la question de
Palestine, sous l’égide des Nations Unies et avec la
participation des cinq membres permanents du Conseil de sécurité
ainsi que de toutes les parties au conflit dans la région,
y compris l’OLP, unique représentant légitime du
peuple palestinien, sur un Pied d’égalité. Ceci en
considérant que la conférence internationale se tiendra
sur la base des deux résolutions du Conseil de sécurité
242 (1967) et 338 (1973), ainsi que sur la base de la
garantie des droits nationaux et politiques légitimes du
Peuple palestinien, au premier rang desquels son droit à
l’autodétermination.
Notre Conseil national a également
affirmé la nécessité du retrait d’Israël tous les
territoires palestiniens et arabes qu’il a occupés en
1967, y compris la Jérusalem arabe, l’établissement de
l’État palestinien et l’abolition de toutes 1es
mesures de rattachement et d’annexion, ainsi que le démantèlement
des colonies édifiées par Israël dans les territoires
palestiniens et arabes depuis 1967. Toutes ces exigences
ont été formulées par les sommets arabes, et particulièrement
par les sommets arabes de Fès et d’Alger.
Notre Conseil national a affirmé la nécessité
d’œuvrer pour placer les territoires palestiniens occupés,
y compris la Jérusalem arabe, sous la tutelle des Nations
Unies pour une Période limitée. Ce pour protéger notre
peuple et créer un climat propice à la réussite des
travaux de la conférence internationale, ce pour parvenir
à un règlement Politique global et instaurer la sécurité
et la paix pour tous, peuples et États, au Moyen-Orient,
à travers l’acceptation et le consentement mutuels, et
afin de permettre à l’État de Palestine d’exercer
son autorité effective sur ces territoires. Tout ceci également
a été affirmé dans le 8 décisions issues des sommets
arabes. Notre conseil a aussi affirmé la nécessité de résoudre
la question des réfugiés palestiniens, conformément aux
décisions des Nations Unies. Il a également affirmé
qu’il garantirait la liberté de croyance et de culte
dans les Lieux saints de Palestine pour les adeptes de
toutes les religions. Notre Conseil national a également
confirmé ses décisions précédentes concernant les
relations spéciales et privilégiées entre les deux
peuples frères, jordanien et palestinien, et que la
relation future entre l’État de Palestine et 1e Royaume
Hachémite de Jordanie se fera sur une base confédérale,
selon le principe du choix volontaire et libre des deux
pays frères. Ceci pour consolider les liens historiques
et les intérêts vitaux qui les réunissent.
Le Conseil national a renouvelé sa
conviction que le Conseil de sécurité des Nations Unies
devait établir et garantir les dispositions de la sécurité
et de la paix entre tous les États parties au conflit
dans la région.
Je tiens à souligner ici que ces décisions,
ainsi qu’il ressort clairement de leur contenu et de
leur formulation, reflètent la fermeté de notre foi dans
la paix et la liberté, ainsi que notre profonde
conscience du climat de détente internationale, et de
l’attachement de la communauté internationale à des
solutions équilibrées qui répondent aux aspirations et
aux intérêts fondamentaux des parties au conflit. Ces décisions
reflètent également le degré de sérieux de la position
palestinienne au sujet de la paix, son attachement à la
paix et la nécessité de la garantir et de la préserver
par le biais du Conseil de sécurité, et sous l’égide
des Nations Unies.
Ces résolutions apportent une réponse
claire et ferme à tous les alibis et les prétextes
colportés par certains États au sujet de la position et
de la politique de l’Organisation de libération de la
Palestine. Alors que notre peuple, par son soulèvement
comme par l’intermédiaire de ses représentants au
Conseil national, votait pour la paix, confirmant son
accord avec la tendance dominante elle-même consolidée
par la détente nouvelle dans les relations
internationales, propice à la Solution des conflits régionaux
et mondiaux par des moyens pacifiques, le Gouvernement
israélien, pour sa part, alimente les tendances
agressives et expansionnistes ainsi que le fanatisme
religieux, confirmant son obstination à choisir
l’agression et à nier les droits de notre peuple.
La partie palestinienne a formulé de
son côté des positions politiques claires et
responsables, conformes à la volonté de la communauté
internationale pour aider à la tenue et à la réussite
des travaux de la Conférence internationale de paix.
L’appui international, courageux et
bienvenu, à la reconnaissance de l’État Palestine est
la preuve éclatante de la justesse de la voie que nous
avons choisie de la crédibilité de nos résolutions et
de leur conformité avec la volonté et l’amour de la
paix qui animent la communauté internationale.
En dépit de notre grande estime pour
ces voix américaines libres qui ont pris l’initiative
d’expliquer et de justifier notre position et nos résolutions,
l’administration américaine se refuse toujours à
appliquer des critères uniques toutes les parties au
conflit et continue à nous imposer -et à nous seuls -
l’acceptation de positions qui ne sauraient être tranchées
avant la négociation et le dialogue dans le cadre de la
conférence internationale.
Je tiens ici à rappeler que reconnaître
aux deux parties au conflit l’égalité des droits sur
la base de la réciprocité constitue la seule approche
qui réponde aux diverses interrogations, d’où
qu’elles viennent. Et si les Politiques pratiquées sur
le terrain reflètent les intentions de ceux qui les
conduisent, 1a partie Palestinienne a plus de raisons de
s’inquiéter et de s’interroger au sujet de son propre
sort et sur son avenir face à un État d’Israël bardé
des armes les plus modernes, y compris des armes nucléaires.
Notre Conseil national a renouvelé son
engagement vis-à-vis des résolutions des Nations Unies
qui affirment le droit des peuples à résister à
l’occupation étrangère, à la colonisation et à la
discrimination raciale ainsi que leur droit à lutter pour
l’indépendance. Il a également renouvelé son refus du
terrorisme sous toutes ses formes, y compris le terrorisme
d’État, confirmant par là son adhésion aux décisions
prises à ce sujet : la résolution du sommet arabe d’Alger
en 1988, les deux résolutions des Nations Unies, 42/159
de 1987 et 40/61 de 1985, ainsi que ce qui figure à ce
sujet dans la Déclaration du Caire du 7 novembre 1985.
Cette position est claire et sans équivoque. En dépit de
cela, je réaffirme ici une fois encore, en ma qualité de
président de l’OLP, que je condamne le terrorisme sous
toutes ses formes.
Je salue tous ceux que je vois face à
moi dans cette salle, gui ont un jour été accusés d’être
des terroristes par leurs bourreaux et leurs colonisateurs
au cours des combats menés dans leurs pays pour les libérer
du joug de la colonisation. Ce sont aujourd’hui des
dirigeants investis de la confiance de leurs peuples et de
fidèles et sincères partisans des principes et des
valeurs de la justice et de la liberté. Un grand salut
aux martyrs qui sont tombés, victimes du terrorisme et
des terroristes, au premier rang desquels le compagnon de
ma vie, mon adjoint, le martyr-symbole Khalil el Wazir,
ainsi que tous les martyrs tombés dans les massacres
infligés à notre peuple dans les lieux les plus divers,
dans les villes, les villages et les camps de Cisjordanie,
de Gaza et du Liban.
La situation dans notre patrie
palestinienne ne souffre plus l’attente. Les masses de
notre peuple et nos enfants sont à la tête du cortège,
portant le flambeau de la liberté, tombant
quotidiennement dans la lutte pour chasser les occupants
et consolider les fondements de la paix dans leur patrie
libre et indépendante aussi bien que dans la région tout
entière. Le Conseil national palestinien a ainsi fondé
ses résolutions sur le réalisme, prenant en considération
les circonstances particulières aux Palestiniens et aux
Israéliens ainsi que la longue histoire de tolérance qui
les a unis dans le passé.
Les Nations Unies ont à l’égard de
notre peuple et de ses droits une responsabilité
historique exceptionnelle. Voici plus de 40 ans que les
Nations Unies ont décidé, sur la base de la résolution
181 (Il), d’établir deux Etats en Palestine, l’un
arabe palestinien et l’autre juif. Et nous voyons
qu’en dépit de l’injustice historique qui a frappé
notre peuple, cette résolution assure aujourd’hui
encore les conditions de légitimité internationale qui
garantissent le droit du peuple arabe palestinien à la
souveraineté et à l’indépendance nationale.
L’accélération du processus de paix
dans la région requiert un effort exceptionnel de la part
de toutes les parties concernées et de leurs partenaires
internationaux. Je citerai plus précisément les
Etats-Unis d’Amérique et l’Union soviétique,
investis d’une grande responsabilité vis-à-vis de la
cause de la paix dans notre région.
A cette étape, le rôle des Nations
Unies et des cinq membres permanents du Conseil de sécurité,
celui des blocs et des instances internationales est vital
et crucial. C’est pourquoi, j’ai l’honneur, en ma
qualité de président du Comité exécutif de l’OLP,
qui assume momentanément les responsabilités du
gouvernement provisoire de l’Etat de Palestine, de vous
présenter l’initiative de paix palestinienne suivante.
Premièrement, que de sérieux efforts
soient déployés pour réunir le Comité préparatoire de
la Conférence internationale de paix au Moyen-Orient,
sous l’égide du Secrétaire général des Nations
Unies, et ce, sur la base de l’initiative des deux Présidents,
Gorbatchev et Mitterrand, qui a reçu l’appui de
nombreux Etats et que le Président Mitterrand a eu
l’obligeance d’exposer devant votre assemblée à la
du mois de septembre dernier - initiative préludant à la
tenue de la Conférence internationale, qui est appuyée
par la totalité des Etats dans le monde, à l’exception
du Gouvernement d’Israël.
Deuxièmement, partant de notre foi en
le rôle vital des Nations Unies et fort de la confiance
que nous accordons à la légalité internationale, nous réclamons
une action visant à mettre notre terre palestinienne
occupée sous la tutelle momentanée des Nations Unies :
que s’y déploient des forces internationales qui protègent
notre peuple en même temps qu’elles supervisent le
retrait des troupes israélien de notre patrie.
Troisièmement, l’Organisation de libération
de la Palestine recherchera un règlement pacifique global
avec les parties concernées au conflit arabo-israélien,
y compris l’État de Palestine, Israël et ses autres
voisins, dans le cadre de la conférence internationale de
paix au Moyen-Orient, sur la base des résolutions 242
(1967) et 338 (1973) du Conseil de sécurité, de façon
à garantir l’égalité et l’équilibre des intérêts
et, tout particulièrement, le droit de notre peuple à la
liberté et à l’indépendance nationale, ainsi que le
respect du droit de toutes les parties au conflit, comme
je viens de le dire, à exister dans la paix et la sécurité.
Si ces bases sont adoptées lors de la
conférence internationale, nous aurons franchi une étape
essentielle en direction de la solution juste, ce qui
permettrait de parvenir à un accord sur l’ensemble des
dispositions et des arrangements de sécurité et de paix.
J’espère qu’il est bien clair que
notre peuple palestinien, qui aspire à la réalisation de
ses droits nationaux légitimes, à l’autodétermination,
au retour et à la fin de l’occupation de la terre de sa
patrie palestinienne, tient à réaliser ces objectifs en
continuant à avancer sur la voie pacifique, dans le cadre
de la conférence internationale tenue sous l’égide de
l’Organisation des Nations Unies et conformément à sa
charte et à ses résolutions. J’affirme que nous sommes
un peuple qui aspire à la paix, comme tous les peuples de
la terre, peut-être avec un peu plus d’ardeur, étant
donné la longueur de cette épreuve tout au long de ces
années et la dureté de la vie que mènent notre peuple
et nos enfants, qui ne peuvent jouir d’une vie normale,
à l’abri des guerres, des malheurs, de la souffrance et
de l’exil, de la dispersion et des difficultés de la
vie quotidienne. Que s’élèvent des voix pour soutenir
le rameau d’olivier, pour appuyer la pratique de la
coexistence pacifique et pour renforcer le climat de détente
internationale. Joignons nos mains et nos efforts pour ne
pas laisser passer une occasion historique, qui pourrait
ne pas se représenter, de mettre fin à un drame qui
n’a que trop duré et qui a coûté le sacrifice de
milliers de vies et la destruction de centaines de
villages et de villes.
Et si nous tendons la main vers le
rameau d’olivier, le rameau de la paix, c’est parce
que celui-ci se répand dans nos cœurs à partir de
l’arbre de la patrie et de la liberté.
Je suis venu à vous au nom de notre
peuple, la main ouverte, pour que nous œuvrions à
instaurer une paix véritable, une paix bâtie sur la
justice. Sur cette base, je demande aux dirigeants d’Israël
de venir ici, sous l’égide de l’Organisation des
Nations Unies, pour que nous accomplissions cette paix. Et
leur dis, tout comme je vous le dis : notre peuple désire
la dignité, la liberté et la paix. Il désire la sécurité
pour son État tout comme il la désire pour tous Etats et
parties au conflit arabo-israélien.
Je m’adresse ici tout particulièrement
aux Israéliens de toutes les catégories, de tous les
courants et de tous les milieux et, avant tout, aux forces
de la démocratie et de la paix, et je leur dis : Venez !
Loin de la peur et de la menace, réalisons la paix, loin
du spectre des guerres ininterrompues depuis 40 dans le
brasier de ce conflit, loin de la menace de nouvelles
guerres, qui n’auraient d’autre combustible que nos
enfants et vos enfants, venez, faisons la paix, la paix
des braves, loin de l’arrogance de la force et des armes
de la destruction, loin de l’occupation, de la tyrannie,
de l’humiliation, de la tuerie et de la torture.
Je dis : « O gens du Livre,
retrouvez-vous en une seule parole», pour que nous établissions
la paix sur la terre de la paix, la terre de Palestine. «
Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et Paix sur la terre
aux hommes de bonne volonté ! »
Mon Dieu, Tu es la Paix. La Paix vient
de Toi. la Paix aboutit à Toi. Seigneur, fais-nous vivre
dans la paix et accéder au Paradis, ta demeure, la
demeure de la Paix.
Enfin, je dis à notre peuple :
l’aube, inéluctablement, vient, et la victoire elle
aussi, est déjà en chemin. Je vois la patrie dans vos
pierres sacrées ; je vois le drapeau de notre État
palestinien indépendant flotter sur les hauteurs de la
patrie bien-aimée.
Je vous remercie et vous salue, avec la
miséricorde de Dieu, et ses bénédictions.
Le citoyen djiboutien
est-il immatriculé TT ?
Si un régime aussi
impopulaire que celui du parti au pouvoir arrive encore à
exister ici, c’est surtout parce que tous les citoyens
ne se sentent pas égaux en droit devant les responsabilités
qu’implique le fait de se considérer comme djiboutien.
Pour en finir avec ce despotisme et cette division, nous
devons tous avant tout revendiquer notre droit le plus
fondamental et le plus inaliénable : celui d’être
d’un citoyen voulant vivre en égalité avec les autres
et dans leur respect. Car, le risque réel de reprise du
conflit civil n’apportera aucune solution miracle à ce
déficit de citoyenneté.
A la fin des années 70, lorsque la
couleur de l’oppression commençait à virer au noir, la
population djiboutienne, qui ne manque pas d’humour,
avait réussi à faire coïncider les lettres A, B et C
des véhicules administratifs en signes de proximité par
rapport au nouveau pouvoir post colonial. Aujourd’hui,
l’on se rend compte avec gravité que cette ségrégation
entre automobiles d’État et entre citoyens (qui les
conduisent ou pas) est tellement intériorisée et banalisée
qu’aucune opposition sérieuse, fondant son action non
pas sur des élections truquées mais sur la mobilisation
citoyenne, ne peut l’ignorer si elle veut véritablement
canaliser et fédérer le mécontentement général. Car
ne peut être mobilisé que celui qui est conscient de ses
devoirs de citoyen, considérant que la terre lui
appartient autant qu’à d’autres. Ce qui signifie que,
si un parti-Etat n’a surtout pas besoin de vrais
citoyens pour pérenniser son oppression, il n’en est
pas de même pour l’opposition démocratique qui ne peut
exister que si et seulement si le citoyen responsable
existe et s’assume.
Quelles sont alors les caractéristiques
des différentes composantes d’une population
djiboutienne dont la cohabitation, dans les actuelles
limites territoriales, découle pour ainsi dire d’un
acte fondateur sui generis imposé par
l’installation de la puissance coloniale ? La
principale, c’est que les origines de ce peuplement
provoqué par la construction du chemin de fer franco-éthiopien
et donc de la ville de Djibouti, sont diverses. Contre
l’idée candide d’un melting-pot tolérant, il
convient de rappeler que ce sont des logiques tribales préexistantes
d’agrégation communautaire qui sont au principe de la
constitution des quartiers de la Capitale : les premières
zones d’habitat intercommunautaire étant les cités
Lher et Einguela. Certes, la domination coloniale s’est
plus ou moins traduite par la construction d’une identité
djiboutienne qui, bien que fluctuant en fonction des
circonstances politiques, n’en était pas moins réelle
que la singularité des anciennes cités commerciales de
Zeyla ou de Harar. Identité qui s’est justement renforcée
dans la résistance à cette présence coloniale : en
rupture avec la politique de division en vertu de laquelle
les citoyens étaient de première ou de seconde classe,
indigènes ou allogènes, tous espéraient que l’Indépendance
nationale serait synonyme d’égalité entre les
citoyens, sans aucune distinction d’origine régionale,
ethnique ou tribale.
Hélas : au prétexte de prévenir tout
risque de dérive identitaire préjudiciable à la
construction d’une conscience nationale dont il s’est
érigé en promoteur exclusif, le parti au pouvoir s’est
autoproclamé unique, instaurant dans la pratique une hiérarchisation
des citoyens allant de pair avec leur cloisonnement.
Politique d’apartheid version locale qui est directement
à l’origine du conflit civil en 1991. Conflit dont la
pertinence nationale avait été démontrée par la première
forme d’opposition pluriethnique regroupant l’ensemble
des composantes du pays : le Front Uni de l’Opposition
Djiboutienne (FUOD). Dans cette perspective unitaire, le
FRUD ne devenait que le bras armé de toutes les
aspirations populaires à la justice et à l’égalité.
Ceux qui ont vécu cette période dans la Capitale se
souviennent avec nostalgie de leur légitime fierté de
participer à l’affirmation d’un intérêt général
transcendant les traditionnels clivages ethniques et
tribaux. C’était, pour les franges dont la
marginalisation à l’époque coloniale avait été
reconduite à l’Indépendance, le moyen de revendiquer
leur citoyenneté bafouée, la sinistre catégorie des
Kaar-Damer n’étant que la partie la plus brutalement
visible d’un déni plus général.
C’est dans ce cadre qu’il convient
de replacer la capitulation d’une dissidence en 1994 au
sein de la guérilla : en faisant croire que le conflit ne
concernait contre une autre qu’une seule composante de
la communauté nationale dont les représentants armés
allaient, sous diverses modalités, participer à
l’arbitraire en place, l’accord d’Ab’a a
principalement porté atteinte à la dynamique unitaire du
FUOD. S’il est normal que la résistance soit
proportionnelle à l’oppression et que certains en
viennent plus que d’autres à sacrifier leur vie, le
seul enjeu crédible ne peut être que national : aucune
composante de notre communauté nationale n’a jamais prétendu
qu’elle pourrait vivre ici au détriment des autres, en
profitant de toute la redistribution des richesses du
pays.
Aujourd’hui, cette démobilisation
traumatise encore les esprits. Ce n’est pas un hasard si
certains accordent moins d’importance à ce qui se passe
ici que dans la région : le régime fait sentir que tous
ne sont pas complètement chez eux en République de
Djibouti, ne serait-ce qu’en leur choisissant des «
représentants » qu’ils ne reconnaissent nullement
comme légitimes et que certains sont plus citoyens que
d’autres, à la recherche d’un espace vital à conquérir
aux dépens des populations voisines dans la région.
C’est cette apathie pour l’action collective locale
que l’opposition démocratique doit combattre. Pour
cela, elle doit rassurer les uns et les autres sur la
dimension nationale de sa lutte, comme l’avait réussi
le regretté Ahmed Dini qui, pour avoir proclamé l’Indépendance,
n’avait jamais été soupçonné de vouloir porter
atteinte à l’unité d’un pays à la naissance duquel
il avait tant contribué.
C’est en cela que les intolérables
violations de l’accord de paix qu’il a signé avec le
régime le 12 mai 2001 reconduisent les conditions d’un
inévitable affrontement armé à venir, que seule une
mobilisation pacifique de tous les citoyens peut
contribuer à éviter. L’avenir de notre pays dépend de
cette prise de conscience citoyenne. Autrement, cela
reviendrait à dire qu’une importante partie de notre
population s’estime être sur notre territoire national
en situation de transit temporaire (TT).
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