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Éditorial
ZINA WAA SIDEE ?
ZINA WAA SIDA
Prendre une décision politique
implique parfois, pour tout responsable consciencieux, un
choix moral et religieux déchirant. Aussi, ne
pouvons-nous que saluer le volontarisme affiché du
régime dans sa lutte contre le fléau du Sida : dans un
pays dont la Constitution a érigé l’Islam en religion
d’État, il fallait oser pour proposer le préservatif
comme moyen de ralentir la propagation du VIH. Et le seul
fait que les autorités religieuses n’aient pas lancé
une fatwa pour vice d’inconstitutionnalité ou d’apostat
contre cette publicité de la capote, et de l’incitation
à la débauche sexuelle qui en justifie l’usage, montre
bien la tolérance et la modernité de notre Islam : se
voiler la face serait en effet criminel quand le chiffre
des séropositifs atteint ces proportions catastrophiques.
Mais, au-delà du discours officiel et
de ses bonnes intentions, force est de regretter que la
pratique sur le terrain ne soit pas à la hauteur de la
menace : la lutte contre le Sida mérite un peu plus qu’une
simple mobilisation folklorique, même si le Premier
ministre se donne une importance factice en prétendant
que sa seule présence occasionnelle lors d’une journée
ad hoc démontre l’importance réelle que son
régime accorde à ce problème de santé publique.
La simple présentation par le journal
gouvernemental « La Nation » de cette journée de
sensibilisation trahirait plutôt une instrumentalisation
aux fins de capter un financement extérieur qui fournit l’essentiel
des fonds investis dans ce chapitre par le gouvernement :
à part le salaire de ses agents, la partie djiboutienne
ne prend pratiquement rien en charge. Ce n’est donc pas
un hasard si les déclarations de responsables politiques
ont intéressé notre confrère beaucoup plus que les
considérations, peut-être trop terre à terre des
praticiens vivant ce drame au quotidien.
Une déclaration mérite toutefois une
mention spéciale dans ce florilège : celle de la
Représentante du PNUD insistant sur la nécessité de
mettre en place une politique de dépistage. Plus
gravement, pour le citoyen responsabilisé, un triptyque
mobilisateur clairement défini aurait dû correspondre à
la trilogie abstinence-fidélité-préservatif.
Abstinence : elle regroupe la
catégorie temporelle et générationnelle la plus
importante parce que la plus exposée, à savoir le
célibat. A ces jeunes concernés, même si c’est
prêcher dans le désert, et pour peu qu’ils soient
sensibles aux sermons du vendredi, l’on ne peut que
rappeler le Verset 5 de la Sourate 23.
Fidélité : l’important taux de
divorce observable dans notre société, imputable aux
caractéristiques du marché matrimonial et à la
précipitation dans le choix du conjoint ou de la
conjointe ( quand choix il y a), tend à suggérer que l’infidélité
constitue un facteur non négligeable de la propagation du
Sida. A cet égard, l’excitation sexuelle post-khatique
mériterait une attention particulière et une lutte plus
sérieuse contre le racolage sur la voie publique ne
serait pas complètement malvenue.
Préservatif : alors qu’il est
facilement disponible dans les plus petites boutiques chez
nos voisins, il faut ici se rendre dans un dispensaire
(où l’on n’en trouve pas toujours) ou une pharmacie (
à un prix exorbitant) pour s’en procurer. Il y a donc
comme une contradiction ( ou une hypocrisie) entre inciter
à utiliser ce moyen de protection et ne pas en faciliter
l’accès à travers, par exemple, la mise en place de
distributeurs aussi discrets qu’accessibles pour les
consommateurs potentiels.
Plus dramatiquement, au regard de sa
vulnérabilité par sa constitution et par la culturelle,
il est primordial de mettre, avec tous les acteurs
impliqués dans ce secteur, la femme djiboutienne au
centre de cette mobilisation contre le Sida. Et si, en ce
domaine, l’UNFD fait véritablement œuvre utile en
conscientisant dans les langues maternelles plutôt que
dans des affiches en français, il serait irresponsable de
ne pas la soutenir dans cette noble tâche.
Parce que, pour de nombreuses raisons,
tout donnant lieu de penser que c’est l’homme qui
constitue le principal vecteur de propagation du VIH, la
protection du sexe pour une fois vraiment faible car
dominé et prédisposé, mériterait plus de
considération et d’investissement.
Mais, pour la protéger une fois femme
d’untel, encore faut-il l’avoir préservée lors du
mariage, moment crucial de la contamination, parce que le
statut de vierge est plus valorisant que celui de puceau,
selon les normes peu musulmanes de la domination
masculine. C’est pourquoi nous invitons les autorités
concernées à rendre obligatoire un test prénuptial de
Sida. De façon marginale, cela contribuera à ralentir la
progression de la pandémie en évitant une victime
potentielle. D’une façon générale, une telle
disposition énergique ne pourra que renforcer la prise de
conscience des unes et des autres.
Brèves
nationales
Il pleut sur Arhiba :
Mais ce sont des balles réelles !
Dans la matinée d’hier, les
habitants d’Arhiba, après avoir vainement exigé que
les eaux de pluie inondant leur quartier soient pompées,
ont tenu à manifester leur colère en bloquant la
circulation sur la route d’Arta. Plutôt que d’envoyer
des motopompes, le régime a, dans un élan répressif,
immédiatement dépêché sur les lieux les forces
anti-émeute, qui ont aussitôt arrosé les paisibles
manifestants massés aux abords de la route, de grenades
lacrymogènes, également tirées à l’intérieur des
habitations.
Les affrontements qui s’en sont
suivis ont duré plus de deux heures. Vers midi, les
forces de l’ordre auraient fait usage de balles
réelles, officiellement tirées en l’air, mais toujours
est-il que l’on dénombre au moins quatre blessés dans
les rangs des manifestants. De même que le régime aurait
ensuite procédé à de nombreuses arrestations.
Ce n’est pas la première fois que ce
quartier déshérité subit les foudres d’un régime
incapable de lutter contre la dangereuse insalubrité de
ce ghetto. Combien faudra-t-il de morts et de blessés
parmi une population déjà durement frappée par le
chômage et la précarité pour que les autorités, dont
la propagande sur la salubrité urbaine bat son plein
depuis quelques semaines, prennent enfin leurs
responsabilités en se rendant compte que la répression n’a
jamais constitué un remède miracle ?
Le directeur de l’OPS
limogé-restauré :
La valse de la mauvaise gouvernance
Pourquoi le directeur de l’OPS a-t-il
été récemment suspendu ? Mystère, mais il n’empêche
: la nouvelle a bien fait l’effet d’une bombe. Non
parce que le directeur de l’Office des Prestations
Sociales soit connu pour sa générosité à l’égard
des travailleurs et des retraités défavorisés, pas plus
que pour avoir instauré un climat de travail convivial au
sein de son administration. Non, le ci-devant ancien
directeur de l’OPS récemment suspendu de ses fonctions
pour des raisons que le régime n’a pas daigné
expliquer à ses concitoyens, puis tout aussi inexplicablement
réintégré à son poste, est
tristement célèbre au sein de sa communauté comme
étant le chargé de mission pour les affaires pastorales
du chef de l’État. Du Day à Hanlé, en passant par
Mabla, il a sillonné tous les recoins de la brousse
nationale pour se faire la voix de son maître
agropastoral, le président de la République, docteur
honoris causa.
Il s’agissait donc d’une disgrâce
temporaire que rien de sérieux ne pouvait justifier dans
ce régime de mauvaise gouvernance. Nul doute qu’en
raison de l’opacité dans la gestion des deniers publics
en général ou ceux de l’OPS, de l’EDD ou de l’ONED
en particulier, un confortable matelas a certainement
été mis en place pour amortir cette chute. En tout état
de cause, les retraités spoliés dans leurs droits
étaient les derniers à regretter cette brutale éviction
du responsable de leurs malheurs, éviction que certaines
mauvaises langues attribuent à de sombres règlements de
compte agitant la périphérie du régime, comme seraient
en train d’en faire les frais d’autres hauts
fonctionnaires.
C’est donc la valse : après tel
ministre démis puis restauré avec perte et fracas, c’est
au tour des hauts fonctionnaires de tester la solidité de
leur parachute. Comme si le candidat fragilisé voulait
mesurer la docilité de ses troupes à l’approche de l’échéance
électorale.
Une question se posait avec anxiété :
qui aurait désormais fourni le carburant du groupe
électrogène que cet ancien directeur avait si
généreusement mis à la disposition d’une population
vivant à 1300 mètres d’altitude, pour lui permettre de
suivre à la télévision les prestations électoralistes
de son protecteur candidat à sa propre succession ?
Mais il est peu probable que la chute
temporaire de ce haut fonctionnaire ait fait beaucoup d’orphelins,
comme le disait à un tout autre propos le griot du
régime et ami des siens, généreusement installé dans
le logement de fonction normalement occupé par tout
directeur de l’OPS. Aux frais de qui ?
Lutte contre les moustiques :
Ça gaze dur !
Samedi dernier en fin d’après-midi,
une épaisse couche de fumée s’élevait du côté du
marché central; de loin cela ressemblait à un
gigantesque incendie. Renseignement pris, c’était une
opération de fumigation contre mouches et moustiques dans
la Capitale, entreprise « de concert » par les
différents services concernés. Tout en saluant pour
notre part cet effort visible des pouvoirs publics,
certains Djiboutiens affirment avoir été incommodés par
cette pulvérisation massive et inattendue de produits
toxiques dans ces secteurs très habités ou fréquentés.
Force est de reconnaître avec eux que les moustiques ou
autres insectes n’ont pas été les seuls surpris par ce
déluge de fumée blanche à travers la ville. A l’avenir,
il serait plus sage de prévenir les riverains des zones
ciblées, sinon cela reviendrait à balancer les bébés
avec l’eau de leur bain.
Ces fumées doivent viser en priorité
les dépotoirs à ciel ouvert et les zones boisées. Dans
une deuxième étape, elles pourront s’étendre aux
secteurs fortement infestées. Relevons tout de même que
cette lutte soudaine contre l’insalubrité serait plus
efficace si les services techniques du district
disposaient de bacs à ordures un peu partout, au lieu de
ramasser de manière artisanale les détritus déversés
sur la voie publique. Prévenir vaut mieux que guérir, n’est-ce
pas ?
Insécurité publique :
Peur sur la ville ?
A l’instar des autres grandes villes
africaines réputées pour leur dangerosité que sont
Abidjan, Lagos, Durban ou Nairobi, notre petite Capitale
risque-t-elle de perdre son statut de ville sûre à cause
de la mauvaise gouvernance ? Ainsi, depuis que les
pouvoirs publics peut-être préoccupés par autre chose,
ont baissé les bras dans la lutte contre l’insécurité
et la délinquance urbaine, les agressions se multiplient,
parfois en plein jour. Même les résidents étrangers,
également exposés à ce phénomène, s’en plaignent
amèrement. Il ne se passe pas un jour sans que de
dangereux délinquants, pour la plupart clandestins, ne s’en
prennent impunément aux paisibles nationaux et
expatriés. Les sportifs pratiquant le jogging le soir se
plaignent régulièrement de la recrudescence de l’insécurité
dans les rues de la Capitale.
On raconte qu’il y a quelques jours
de cela, aux alentours de 19 heures en plein boulevard de
la République, deux dames étrangères cadres du système
des Nations Unies, auraient été agressées. Cette
insécurité tend à devenir endémique dans toute la
Capitale. Les policiers de faction interviennent rarement,
préférant racketter et relâcher les délinquants contre
le paiement d’une petite somme d’argent que les
criminels gardent toujours sur eux, en prévision d’une
interpellation intempestive. Corruption de bas étage
assez courante lorsque la criminalité à col blanc est à
ce point impunie. Si des policiers ripoux entretiennent l’insécurité
par leur passivité ou complicité, qui veillera donc sur
la sécurité de paisibles passants ?
Voirie publique :
La brouette avant la pelle ?
Poursuivant leur campagne de menaces au
moyen de textes réglementaires, les pouvoirs publics
annoncent cette semaine que des mesures punitives seront
désormais prises à l’encontre des personnes reconnues
coupables d’atteintes à la salubrité publique. Ainsi,
au lieu de disposer partout dans la ville des bacs à
ordures faisant cruellement défaut, les autorités plus
promptes à verbaliser qu’à comprendre, prétendent
sévir contre l’incivisme en brandissant des règles
répressives se présentant sous la forme de
contraventions risibles.
La démarche ainsi poursuivie rappelle
tristement des sanctions destinées à frapper des fumeurs
au prétexte que la salle de réunion est dépourvue de
cendriers. Nous le disons et le répétons : que la voirie
subitement inspirée commence par équiper la Capitale de
bacs à ordures, avant de prétendre sévir contre les
manquements directement cause de cette situation de
démission.
Il est parfaitement ridicule de
présenter dans les pages complaisantes de « La Nation »
des messages complètement déconnectés de la réalité.
Il serait plus judicieux de mettre fin à la prédation
avant de brandir des contraventions abusives surtout
destinées à renflouer les poches des petits charognards.
District d’Obock :
Prochaine visite présidentielle
Selon des informations recueillies par
notre journal, le candidat solitaire à sa propre
succession, autrement dit le grand chef, projetterait de
visiter cette ville dans les prochains jours. Pour l’heure,
nous ne savons toujours pas si le docteur honoris
«creusa» se limitera à l’annonce de la réalisation
future dans ce district de nouveaux forages destinés à
combattre la soif, ou s’il n’emportera dans ses
bagages que les traditionnels cadeaux présidentiels que
sont le khat et les vivres généreusement fournis par l’aide
alimentaire internationale.
A ce sujet, rappelons tout juste à l’illustre
touriste que le principal dépôt de nourritures du PAM
(Programme Alimentaire Mondial) dans cette ville est
douloureusement vide et que l’entrepôt est dans un
état de dégradation avancé.
Après AIR-FAD, compagnie aérienne des
forces Armées Djiboutiennes s’acquittant du
désenclavement aérien de ce district, quel nouveau
cadeau électoraliste l’agronome volant annoncera-t-il
lors de sa future escale dans ce district isolé ?
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Nous avons appris avec tristesse
le décès survenu à Djibouti le mardi 30 novembre
2004 de M. Bolock Abdou Mohamed. Le défunt,
octogénaire, originaire d’Obock, fut un
parlementaire connu et respecté. Il était en outre
le père de l’ancien ministre Abdou Bolock et l’oncle
paternel de notre compagnon Adan Mohamed Abdou.
Il laisse une veuve et quatre
enfants.
l’ARD et la Rédaction de Réalité
adressent leurs condoléances à toute la famille du
défunt Bolock Abdou Mohamed.
Qu’Allah l’accueille en Son
Paradis Eternel.
Amin.
Inna Lihhah Wa Inna Ilayhi Raaji’unn. |
Le
français en question
LÉGITIMITÉ D’UNE CRITIQUE
A l’heure où le régime prétend
valoriser l’étude de nos langues nationales, voici un
courrier pertinent allant plus loin : pourquoi ne pas les
introduire dans le système scolaire, puisque de
nombreuses études ont clairement démontré qu’elles
facilitaient grandement l’assimilation des connaissances
des jeunes écoliers.
Le constat du faible rendement de notre
système éducatif montre la nécessité d’engager une
réforme profonde en ce domaine. Un débat public s’avèrerait
dès lors nécessaire et incontournable pour procéder à
une évaluation sans complaisance et à nouvel examen. Si
l’on devait résumer les grandes lignes de la nouvelle
loi d’orientation qui a été adoptée dans la foulée
des États généraux en 2000, deux idées sont à retenir
:
1) Adapter notre système éducatif aux
réalités socio-culturelles du pays ;
2) Garantir à nos enfants l’accès
équitable à une Education de qualité.
Nous ne discuterons pas de la valeur de
ces principes. Cependant, s’il est un point sur lequel
il nous faudra insister, c’est bien celui de la
politique linguistique ainsi poursuivie. En effet, outre
qu’elle repose sur de nombreuses contradictions, elle
semble suivre le même chemin que celui de la politique
linguistique mise en place depuis l’indépendance, bien
qu’elle n’ait pas répondu aux besoins de notre
société.
Le ministère, en décidant de
maintenir le français dans son statut de langue exclusive
de scolarisation, a provoqué la déception de tous ceux
qui espéraient l’introduction des langues nationales
dans le cursus scolaire. Il était incompréhensible pour
eux que les pouvoirs publics n’aient pas jugé utile de
les enseigner pour parfaire la formation des jeunes
citoyens djiboutiens. On le voit, pour l’État, cette
question linguistique est secondaire, qui n’explique en
rien la crise actuelle que traverse notre système
éducatif.
Ne peut-on pas supposer, au contraire,
que l’imposition du français comme langue exclusive de
l’école puisse expliquer en grande partie la faillite
de notre système éducatif ? Bien de maux que nous
déplorons aujourd’hui, tels que le phénomène de
déscolarisation ou le retard dans l’acquisition des
connaissances ne s’éclairent que par ce décalage entre
la langue de l’école et celle de la maison.
Personne ne semble trouver étrange, en
tout cas, de demander à nos enfants d’acquérir les
bases du savoir dans une langue qui n’est pas la leur.
Ainsi, deux-tiers des élèves quittent l’école
pratiquement analphabètes, sans disposer d’un outil
linguistique adéquat pour appréhender la modernité
urbaine. Nous n’avons rien dit de plus ici que n’ont
déjà affirmé des personnes plus autorisées que nous.
Lesquelles ont maintes fois souligné l’incohérence
psychologique d’une telle démarche.
S’il est imprudent d’être
catégorique dans la réponse, il reste cependant une
question que l’on ne saurait écarter d’un revers de
main, car on ne fait pas disparaître un problème en le
cachant ou en le taisant. Est-il donc sage de demander de
renoncer à la langue maternelle dès la première année
de sa scolarisation ? Sachant pertinemment qu’ils ne
sont pas tous capables de réussir un tel déchirement :
certains réagissent par une inhibition intellectuelle
générale, alors que d’autres sont sujets à une
inhibition affective les conduisant précocement à
détester l’école.
Ce renoncement à la langue maternelle
est celui qui, de plus, impose incontestablement le plus
gros effort, qui participe à l’échec d’une
scolarité normale. Il reste enfin le plus difficile à
supporter et de surcroît le plus coûteux, car il laisse
inutilisées de précieuses énergies. « C’est une
chance, a dit Gérard Vigner, pour tout élève de
retrouver à l’école des signes qui renvoient à un
sens et non à une forêt de hiéroglyphes ».
Autre paradoxe, qui n’est pas le
moindre : dans le même temps où le ministère prône un
retour à la tradition, affirmant que « l’une des
finalités de notre école est d’être le creuset de l’identité
djiboutienne, intégrant les valeurs et cultures
nationales », il exclut les langues locales du
paysage éducatif. Se faisant, il admet du moins
implicitement que le français (qui reste une langue
étrangère malgré son statut privilégié) paraît tout
à fait capable d’exprimer les valeurs culturelles de
notre pays. Or, on ne peut séparer langue et culture,
tous les linguistes sont d’accord sur ce point, la
langue faisant partie intégrante de la culture dont elle
véhicule les valeurs. R. Galisson reconnaît que « c’est
en tant que pratique sociale et produit socio-historique
que la langue est toute pénétrée de culture ».
C’est pourquoi nous affirmons qu’un
vrai projet de réforme dans le sens d’une prise en
compte de la réalité socio-culturelle, ne peut se
réaliser sans une réelle promotion des langues
nationales qui sont seules aptes à expliquer à exprimer
notre identité. P. Dumont, exprime le même point de vue
dans son « français, langue africaine » : « aucune
méthode, fut-ce de FLE, ne parviendra jamais à combler
le fossé qui sépare l’école de la vie, parce que le
seul moyen de réconcilier l’élève africain avec son
environnement social, ce n’est pas de lui faire
apprendre une langue étrangère, mais bien de lui
enseigner à lire et à écrire dans sa langue maternelle ».
De plus, c’est bien la seule façon d’éviter que l’école
ne condamne à l’échec les enfants des milieux
défavorisés (ne constituent-ils pas la majeure partie de
nos enfants ?).
Enfin, si l’on veut préserver notre
culture, il nous faudra réhabiliter au plus vite le
statut de nos langues et faciliter leur introduction dans
le système éducatif. Victor Ségalène a écrit dans les
« Immémoriaux » qu’ « une culture meurt
lorsque l’on retire au langage qui avait pour fonction
de la maintenir son éminente dignité de conservation des
dieux ».
Si les différents ministres de l’Education
ont souligné la nécessité de promouvoir les langues
nationales, force est de constater que jusqu’à
maintenant, elles ne font l’objet d’aucun enseignement
à l’école. De plus, ils ne se sont pas posés et n’ont
donc pas résolu les problèmes spécifiques de l’enseignement
des langues nationales (formation initiale des maîtres,
niveau d’introduction, fonctions assignées à ces
langues, etc..). Enfin, si le ministère était convaincu de
la nécessité de promouvoir les langues nationales,
pourquoi n’a-t-il pas engagé une campagne nationale d’alphabétisation
en langues nationales ?
On aura compris, à la lumière de ces
faits, il est permis de douter de la réelle volonté du
ministère de promouvoir les langues nationales. S’il y
a une revendication, elle ne dépasse pas le niveau de la
pétition de principe. C’est du reste une faute
méthodologique que de résoudre l’épineuse question
des langues nationales par des déclarations ou des
professions de foi si enthousiastes et si sincères
soient-elles.
Reste donc à nous interroger sur les
raisons qui ont conduit nos responsables à maintenir le
statut quo dans le domaine linguistique (maintenant que
nous nous sommes débarrassés de la tutelle coloniale).
Mais qu’est-ce donc qui fait du français la langue de l’État,
la seule langue de l’institution scolaire ? Par quelle
vertu mérite-t-il cette prérogative ?
Le discours de légitimation et sa
critique
Pour beaucoup, le français participe
à l’unité du pays. P. Dumont note sur un autre passage
de son livre « le français, langue africaine » :
« les autorités djiboutiennes mises en place depuis l’indépendance
ont défini une politique dans laquelle le français est
non seulement l’instrument de la cohésion nationale,
mais aussi de la résistance d’un pays encore jeune,
faible, affirmant son indépendance face au monde
arabophone». Faut-il tout d’abord rappeler à P.
Dumont que Djibouti fait partie de la Ligue Arabe (et ceci
peu après l’accession de notre pays à la souveraineté
nationale) et que donc il n’a jamais été question pour
notre pays de « résister au monde arabophone ».
P. Dumont affirme là, ce qui à ma connaissance, n’a
encore été soutenu par personne, à tout le moins, pas
par nos élites politiques qui ont peu après l’indépendance
de notre pays, décidés de l’adhésion de Djibouti à
la Ligue Arabe.
Si l’auteur n’avait pas abandonné
la vois historique correcte au profit d’une déduction
plus rassurante mais fausse, l’inexactitude de son
assertion lui aurait sauté aux yeux. La manière dont P.
Dumont explique le conservatisme linguistique révèle en
tout cas une légèreté inhabituelle chez l’auteur,
légèreté que l’on pourrait expliquer – soit dit en
plaisantant – de cette façon : l’auteur a peut-être
pris son désir pour la réalité. Il faut en somme
considérer cela comme une spéculation personnelle de l’auteur.
De plus, soutenir qu’une remise en cause du statut du
français raviverait le conflit ethnique n’est rien d’autre
qu’une argutie de mauvais aloi, qu’il nous faudra
rejeter ; car on ne voit pas comment la langue du
colonisateur pourrait raffermir l’unité du pays (d’ailleurs,
n’est-ce pas le même argument que l’on invoquait pour
retarder l’accession de notre pays à l’indépendance).
Enfin, les partisans de cette idéologie ne peuvent pas
concevoir que l’on peut forger une nation pluriethnique
respectant la diversité culturelle.
Si déjà, nous avons rejeté le
parti-pris avec lequel P. Dumont explique le conservatisme
linguistique, pour les mêmes raisons, il nous faut
rejeter l’argument économique avancé par l’auteur
pour justifier du maintien du statu quo linguistique (P.
Dumont affirme un peu plus loin sur le même livre que «
si les africains ont gagné la bataille idéologique
contre le français, par contre, aucun Etat africain n’a
les moyens de sa politique linguistique»).
Si déjà, (voir plus haut dans notre
article) nous avons loué le courage avec lequel l’auteur
a flétri le chauvinisme linguistique, nous refusons par
contre de le suivre, lorsqu’au lieu de se borner à
constater des faits, il émet des jugements de valeur qui,
selon nous, n’ont rien à voir avec la psychologie mais
à la morale. Il es malheureux et même quelque peu
démoralisant de voir un linguiste de grand talent donner
un appui scientifique et sa caution morale à cette
entreprise (de « francisation » s’entend) ; car
quelque effort que nous faisions, il ne sera jamais
couronné de succès.
Pour d’autres, seule l’habitude
(plus qu’un choix délibéré) explique le maintien du
français dans son statut privilégié.
Sans entamer une discussion
philosophique plus approfondie, notons que « l’habitude
» étant un concept descriptif, il ne peut tenir lieu d’explication
; autrement dit, il ne peut expliquer le maintien du statu
quo linguistique. Voici ce qu’a dit à ce sujet G.
Vigner dans « le français, Langue Seconde : une
discipline spécifique » in Diagonales n° 4 – déc.
1987 : le choix d’une langue d’enseignement, en
Afrique, comme dans d’autres régions du monde ne doit
rien au hasard et ne saurait dans tous les cas s’expliquer
par le maintien d’une tradition si respectable soit-elle
?
Il nous faut donc chercher ailleurs les
raisons profondes de cette élection. Nul mieux que F.
Eboussi Boulaga n’a le mieux expliqué cette « étrange
fascination » pour le français. Écoutons ce qu’il dit,
à ce propos, dans son livre « La crise du Maître
» chez Présence africaine. Du fait de la situation
coloniale, nous assistons à « l’idéalisation d’une
langue de rencontre, la sublimation ou la divinisation d’un
vainqueur et de ses modes d’être, accompagnée de la
négation de soi et de son corps propre, de sa culture
». Il note dans un autre passage de son livre que presque
tous les dirigeants africains ont perpétué le système
colonial « sans en changer ni la forme ni le contenu,
en faisant comme si les institutions étaient le produit d’une
déduction d’un principe universel et non celui d’une
histoire sociale singulière ».
C’est pourquoi, il nous faudra
dénoncer sans ambages tous ces alibis fallacieux au nom
du réalisme. A y regarder de près, ce culte du français
ressemble étrangement au dogme chrétien, à la notion du
« credo quia absurdum », croire même si c’est absurde
(cette notion ne traduit-elle d’ailleurs pas la plus
amère auto-ironie ?) ; il est défendu de remettre en
question le statut du français comme il est défendu de
discuter des dogmes religieux.
Quant à nous, n’étant pas adeptes
de la « philosophie du comme si » (et de ses tours de
passe-passe), il nous est plus permis de tergiverser plus
longtemps : faut-il le rappeler, 70 à 80% de la
population ne parle pas français. Certes, vingt-sept ans
d’indépendance et trop court pour juger des résultats
de l’entreprise (de « francisation » s’entend).
Pourtant, quelque effort que nous fournissons, il ne peut
pas être couronné de succès même s’il est poursuivi
avec le plus grand zèle (le français, bien qu’il ait
conservé son statut privilégié, est d’emploi limité,
confiné à l’école).
Malgré les arguments qui plaident en
faveur des langues nationales, certains de nos
compatriotes ne sont pas convaincus de l’utilité de les
promouvoir. Chez les enseignants, cette idée suscite un
degré de méfiance et d’incrédulité qui excède les
limites de l’objectivité et trahit même une nette
malveillance (ils n’hésitent pas à tourner en
dérision ce qu’ils considèrent comme un combat d’arrière-garde).
Face à cette situation, pour espérer
un changement, ce qui est nécessaire, c’est une
conversion du cœur et de l’esprit de nos élites
politiques et du grand public. Pour cela, il nous faudra
agir, on le devine, au niveau des représentations liées
au français, car, c’est uniquement de l’évolution
des mentalités que nous pouvons attendre un véritable
progrès.
Que l’on ne se méprenne pas sur mon
propos : loin de moi l’idée de vouloir exclure le
français du passage éducatif (personne ne nie qu’il
est et restera un facteur de développement et de progrès
pour notre pays). Il est néanmoins essentiel de repenser
son statut et sa place (les enjeux sont énormes, surtout
maintenant que l’on souhaite créer une école de base).
L’intérêt que nous portons, enfin,
sur les langues nationales n’est pas seulement
pédagogique (comme certains le penseraient qui n’envisagent
l’étude de ces langues parce qu’elle préparerait à
une meilleure maîtrise de la langue française), il est
aussi culturel. L’étude et l’enseignement de langues
nationales est la condition préalable de toute promotion
d’une littéraire nationale (écrite en langues
nationales). Dans un texte qui date de 1937 et dont le
thème était « Le problème culturel en A.O.F » in
Liberté, négritude et humanisme – Paris – Seuil,
1964) Senghor affirme « qu’il n’y a pas de
civilisation sans une littérature qui en exprime les
valeurs, et sans une littérature écrite pas de
civilisation qui aille au delà de la simple curiosité
ethnographique ». Or, demande Senghor, « comment
concevoir une littérature indigène qui ne serait pas
écrite dans une langue indigène ? ».
On ne peut que s’accorder
entièrement sur ce point avec les vues d’un homme aussi
averti de ces sujets que Senghor.
Ainsi, pour conclure, nous osons
affirmer que toute option visant à réformer notre
système éducatif ne peut faire l’économie des
principes et remarques énoncés tout au long de cet
article.
Abdallah G. Warsama, Instituteur
à l’École d’Arhiba
Vol
d’aigle présidentiel
HAATUF A-T-IL CAPTÉ LE CRI D’UN ÉPERVIER ?
Lors de sa réunion du 5 décembre, l’UAD
a décidé d’exclure le Parti Djiboutien pour le
Développement (PDD), estimant que les initiatives
personnelles et intempestives du Président de cette
formation politique membre de l’UAD étaient
incompatibles avec le sérieux que le Peuple djiboutien,
lassé des magouilles politiciennes et alimentaires,
attend d’une opposition responsable se voulant incarner
une véritable alternance démocratique. Retour sur cette
décision historique.
Depuis la disparition de son leader
historique Ahmed Dini le 12 septembre 2004, l’opposition
djiboutienne avait enregistré son premier acte de
renaissance le 18 octobre 2004. Cette date marquait l’union
retrouvée et resserrée des quatre partis d’opposition
au sein de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD)
dans la perspective du scrutin présidentiel de 2005, par
une suspension concertée de la candidature prématurée
de l’opposant Mohamed Daoud Chehem à cette élection.
Malheureusement, ce dernier vient encore une fois de se
dédire à l’occasion d’un entretien avec un journal
somalilandais dans un luxueux hôtel de Hargueisa.
Pourquoi diable avoir été si loin pour lancer sa
campagne électorale : les électeurs djiboutiens sont-ils
plus nombreux là-bas qu’ici ?
Pourquoi diable n’avoir pas choisi le
cadre d’un luxueux hôtel à Djibouti : les médias
djiboutiens, au nombre desquels la RTD, se seraient fait
violence pour donner à cette candidature inespérée un
écho proportionnel aux attentes du candidat solitaire
cherchant désespérément un challenger candide ?
Toujours est-il que le Président du
PDD a choisi l’occasion de sa visite à Hargueisa pour
se présenter, au nom de son parti et de l’UAD, comme le
candidat le mieux placé pour battre celui du régime en
place. Qu’il s’exprime à titre personnel, c’est à
la direction de son parti d’évaluer en toute
indépendance la pertinence de ce positionnement. Qu’il
le fasse dans le cadre de l’UAD, cela est inadmissible
et appelait une décision à la mesure de cette violation.
Car toute cette gesticulation rappelle malheureusement le
vol d’un épervier aventurier au-dessus du Beit-el-Wali.
Chacun le sait : le candidat solitaire poursuivant tel un
aigle son vol plané à la recherche d’une proie facile
serait sur le point de fondre sur cet imprudent épervier.
Telle parait être la morale d’une
histoire rapportée cette semaine par le quotidien
indépendant «Haatuf», paraissant à Hargueisa. Ainsi,
dans son édition du 28 novembre 2004, notre confrère
somalilandais consacre sa une à notre pays, en relatant
généreusement les propos du Président du PDD, lequel
aurait récemment séjourné dans la Capitale du
Somaliland en compagnie de ses deux lieutenants pour,
paraît-il, se reposer et rencontrer des membres de la
communauté djiboutienne résidant là-bas.
Jusque là, rien à y redire : tout
Djiboutien a le droit de profiter du climat bienfaisant de
Hargueisa pour se reposer et visiter des compatriotes.
Seul hic : au cours de son séjour, la Président du PDD s’est
livré à des confidences publiques quant à ses
intentions présidentielles en 2005 et ce en violation
flagrante de la démarche unitaire de l’UAD. On se
souvient que M. Mohamed Daoud Chehem avait, dès le 30
août 2004, adressé un communiqué à l’AFP annonçant
sa candidature à l’élection présidentielle, avant de
se rétracter par son communiqué publié le 18 octobre
dernier.
Et voilà qu’aujourd’hui le
probable challenger du candidat solitaire dit tout le
contraire, en affichant ses velléités de candidature, au
mépris de la ligne politique de l’UAD à laquelle il a
jusqu’à présent prétendu entièrement souscrire.
Aussi, convaincue que le linge sale se lave parfois mieux
en public et fidèle en cela à sa politique de vérité,
l’UAD a-t-elle décidé de publier le 5 décembre 2004
le communiqué suivant, afin que nul doute ne subsiste
dans les esprits :
« L’Union pour l’Alternance
Démocratique (UAD),
- Fermement attachée au principe de
collégialité régissant toute prise de décision en son
sein ;
- Rappelant sa position maintes fois
réitérées relatives aux conditions préalables à sa
participation à toute consultation électorale ;
- Profondément navrée des violations
répétées de ce principe de collégialité perpétrées,
notamment en août et novembre 2004, par le Président du
Parti Djiboutien pour le Développement, M. Mohamed Daoud
Chehem, et cela malgré sa lettre d’autocritique du 18
octobre 2004 ;
DECIDE :
en sa réunion extraordinaire de ce
dimanche 5 décembre 2004, de procéder à l’exclusion
pure et simple de ses rangs du Parti Djiboutien pour le
Développement. Cette décision prise à l’unanimité
prend effet à compter de ce jour. »
Voilà pour la position officielle de l’UAD,
signée par MM. Ismael Guedi Hared, Président de l’UDJ,
Ahmed Youssouf Houmed, Président de l’ARD et Souleiman
Farah Lodon, Vice-Président du MRD.
Par contre, en tant qu’ARD
continuité historique et légitime du FRUD-armé
signataire de l’Accord de paix du 12 mai 2001, il nous
est impossible de ne pas réagir à certains propos tenus
à l’occasion de cette interview par le Président du
PDD. Certes, il est vrai qu’il a été emprisonné suite
à une fumeuse tentative de coup d’État en 1991, en
compagnie de son mentor politique de l’époque (et d’aujourd’hui
?), un ancien politicien des temps coloniaux aujourd’hui
membre du comité central du parti au pouvoir.
Mais il est totalement faux et
prétentieux de faire croire que, dès sa libération en
1993, il aurait rejoint les rangs de la guérilla : l’origine
de celle-ci ne doit absolument rien aux velléités de ce
soit-disant putsch manqué et de ses commanditaires
putatifs.
Pour le reste, cette regrettable
initiative du Président du PDD, croyant pouvoir battre le
candidat du régime sans même que soient acceptées les
conditions préalables exigées par l’UAD pour toute
participation à une consultation électorale transparente
et démocratique, ressemble fort à une occulte
manipulation visant trois objectifs :
1) discréditer la presse
somalilandaise espérant trouver à tout prix une
reconnaissance extérieure dans la victoire d’un
candidat djiboutien à la présidentielle, sans rien
connaître de notre réalité nationale ni de sa réelle
représentativité sur l’échiquier politique djiboutien
: si le Président Dini, au nom du FRUD, a reconnu le
Somaliland dès 1992, l’ARD fidèle à cette position n’a
jamais prétendu que sa position devait engager toute l’UAD
; les liens indissolubles qui nous lient au Peuple
somalilandais imposent autrement plus de sérieux que
cette entreprise électoraliste de charme ;
2) affaiblir l’UAD dont le sérieux
est ainsi mis à mal, tendant à faire croire que sa
solidité ne serait qu’apparente et que tout opposant,
pour peu qu’il y trouve son intérêt personnel, serait
prêt à trahir les espérances populaires en lui
placées, incitant à une démoralisation qui ne peut
servir qu’un régime à l’agonie et en quête de
faire-valoir pour cautionner ses pratiques liberticides ;
3) marginaliser l’ARD, continuité
historique du FRUD politico-militaire et coupable de
dénoncer toutes les violations de l’Accord de paix du
12 mai 2001, en inventant un leader de substitution
auréolé d’un passé de maquisard et seul à même d’incarner
les aspirations à l’égalité pour laquelle une
importante frange de la communauté djiboutienne a tant
sacrifié de sa personne et de ses biens, conformément au
précepte musulman appelant tout croyant à combattre l’injustice
des hypocrites.
Gratuitement, et sans que cela n’apparaisse
comme un renfort à cette campagne électorale
illégitime, voici des extraits, dans le texte, des propos
qui ont valu au Président du PDD son exclusion de l’UAD
pour aventurisme politique.
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EXTRAITS DES
PROPOS D’UN CANDIDAT
CANDIDE |
Musharaxa madaxweynenimada xisbiga PDD waxa uu ka hadlay
arimaha doorashada madaxtimada ee dalka Djibouti ka dhacaysa sannadka foodda
inagu soo haya, isaga oo saadaal ka bixiyey rajada uu xisbigiisu ka qabo inuu
guulaysto iyo aragtida xisbigiisa ee ku wajahan inay doorashadu u dhici si
cadaalad ah iyo inkale.
Sannadkii 1999-kii ayey markii u horaysay doorasho
madaxtinimo oo ku dhisan hanaanka xisbiyada badan ka dhacday dalka Djibouti,
waxaana ku guulaystay jagada madaxweynenimada Ismaaciil Cumar Geelle oo hadda
talada dalkaa hayey muddo 6 sannadood ah, laakiin iminkana inkasta oo aanu si
rasmi ah ugu dhawaaqin hadana waxa la filayaa inuu diyaar u yahay inuu mar kale
tartamo si uu talada u sii hayo, iyadoo lagu wado inay doorashada madaxtinimada
Djaboouti dhacdo inta u dhaxaysa Abril—May, 2005.
"Dadka reer Djabouti marka la eego dhibaatada maanta
haysata isbedel bay diyaar u yihiin, anaguna xisbi ahaan taageero badan ayaanu
ka haysanaa, markii aan is-sharaxaadda ku dhawaaqayna si weyn ayey dadka reer
Djabouti u soo dhoweeyey musharaxnimadayda, waxaanuna doonaynaa inaanu wax ka
bedelo maamul-xumada jirta oo aanu soo celino nidaamkii dawladnimo oo ee dalka
Djabouti oo lumay, iyo inaanu wax ka qabano dhibaatooyinka haysta dadka reer
Djabouti, mucaaradka ayaana aqlabiyadda dadka haysta"ayuu yidhi Mr. Shixim,
isaga oo ka jawaabaya inta ay le’eg tahay taageerada uu haystaa.
Musharaxa xisbiga PDD ee mucaaradka Djabouti Maxamed Daa’uud
Shixim, waxa uu dhashay sannadkii 1948-kii, wuxuuna ku dhashay degmada Tajura.
Isla markaana sannadkii 1977-kii ayuu waxbarasho heer jaamacadeed ah ku soo
qaatay dalka Faransiiska, isaga oo shahaado MA ah oo xisaabaadka ah ku soo
qaatay jaamacad ku taal Baariis, ka dibna waxa uu masuuliyado ka soo qabtay
wasaaradda maaliyadda Djibouti oo uu ka noqday madax sare.
Laakiin sannadkii 1991-kii ayey dawladda Djabouti jeelka
dhigtay iyadoo lagu eedeeyey inuu ka qayb qaatay inqilaab ay dawladda Djabouti
sheegtay inuu ku talaabsaday siyaasigii Canfarta ahaa ee la odhan jiray Cali
Caarif, ka dibna sannadkii 1993-kii ayaa la sii daayey, xiligaa ka dibna waxa
uu Mr. Shixim ku biiray jabhaddii mucaaradka ahayd ee la odhan jiray FRUD.
*
L’essentiel et le plus grave est dit :
selon le probable challenger du candidat solitaire à sa
propre succession, les élections de 1999 auraient été
régulièrement remportées par le grand chef et celle à
venir se dérouleront de manière transparente. Et comme
il aurait des chances de la remporter, il reconnaîtra alors le Somaliland. CQFD. C’est si simple de convaincre
loin de chez soi !
Une
session budgétaire sans Budget
Et en l’absence du grand Argentier !
Si, l’inexistence de toute alternative
contraint l’Exécutif à se soumettre à « l’impératif
» démocratique, en matière de perfectionnement ce qui s’est
passé la semaine dernière à l’Assemblée nationale
dément toute avancée graduelle (selon les vœux d’IOG
in JAI. cf. Réalité 115) de la démocratie dans notre
pays, y compris celle de prendre en considération le peu
de rôle dévolu au Législatif par la Constitution de
1992. En effet, la seconde session annuelle dite «
session budgétaire » a démontré par sa comédie l’incapacité
de l’Assemblée nationale à assumer les
responsabilités qui sont les siennes.
En raison des pressions extérieures
exigeant une bonne gouvernance, les inquiétudes
exprimées par le Président de l’Assemblée nationale,
lui feraient craindre, que la non-transmission fin
novembre du budget prévisionnel et des réalisations de l’année
écoulée par le gouvernement, rende impossible tout
débat sur le sujet et tout contrôle budgétaire du
parlement. A cet instant même, le Ministre en charge des
Finances est absent tout comme les supports budgétaires
(Comptes 2004 et prévisions budgétaires 2005).
C’est donc pour justifier ce
manquement de l’Exécutif que le Président de l’assemblée
nationale tente de trouver à travers son discours une «
solution échappatoire », une « issue de sortie
honorable », tout en constatant l’existence d’un
profond dysfonctionnement du Législatif auquel il propose
les corrections suivantes : « la mise en place d’une
commission ad-hoc chargée de réformer le règlement
intérieur de l’assemblée nationale et d’une
expertise internationale pour trouver les voies et les
moyens d’améliorer le fonctionnement du parlement ».
Relevant de la connivence cet alibi est
grave de conséquences pour le pays. La prochaine refonte
du règlement intérieur de l’assemblée nationale n’empêchant
pas dans l’immédiat le respect de la légalité de la
part du gouvernement et donc de donner les justificatifs
de sa gestion passée et à venir, les propositions du
Président de la « Chambre » cacheraient plutôt l’inaptitude,
voire l’incapacité des mal-élus à jouer pleinement le
peu de rôle que leur confère la Constitution. Cette «
douloureuse » condition d’existence contribuant
certainement à l’accentuation de l’inexistence
politique de ces hommes et femmes destinés, en principe,
à représenter le peuple et à le défendre contre tous
les abus du pouvoir Exécutif, les propos du Président de
la Chambre (d’enregistrement) confirme la démocratie
version Beit-El-Wali.
C’est donc, en l’absence de tous
les documents de base pour les discussions budgétaires,
lesquels devaient être déposés, normalement en octobre
au bureau de l’assemblée, pour permettre l’étude, le
contrôle de la véracité des recettes, et à l’occasion
les propositions d’amendements sur les dépenses jugées
inopportunes que s’est ouverte cette seconde session. Il
est à souligner au passage que, depuis l’indépendance,
aucun amendement n’a été enregistré, sauf celui
anticonstitutionnel qui avait dénaturé le projet de loi
sur la décentralisation adopté dans le cadre des accords
de paix définitive de mai 2001 entre le gouvernement et
le FRUD-armé.
Si bien que la soumission réelle à l’Exécutif
explique dans cette affaire la remarquable docilité du
Législatif satisfait d’écouter l’exposé du Premier
ministre sur les grandes lignes économiques du budget
2005, non ficelé encore par le ministère de tutelle. A
en croire «La Nation», les données économiques lues
par le premier des ministres ont été hautement
approuvées par l’Assemblée. Quoi qu’il en soit, ce
dernier tout en n’évoquant nullement dans son discours
l’absence des comptes définitifs des exercices 2002 et
2003, n’a pourtant pas manqué d’exalter les
performances économiques de 2004. Un budget que nous
avions largement commenté, en son temps, et qui
présentait tous les caractères d’une catastrophe
économique et sociale pour la population, surtout des
faibles revenus, victimes ciblées des multiples pressions
fiscales, directes et indirectes. Pour ainsi dire, malgré
les augmentations substantielles des impôts sur le revenu
salarial, le gouvernement n’arrive pas à dégager un
budget 2004 tablé à hauteur de 43 milliards FD. D’ailleurs,
les données économiques officielles du second semestre
de l’année en cours avaient confirmé nos prévisions.
C’est cette déception réelle que
traduit le discours du Premier ministre, prétendant au
passage que malgré la flambée des prix du pétrole et
les incidences négatives générées par la faiblesse du
dollar face à l’Euro, le régime a réussi son pari.
Une mystification démentie par la prudence visible sur
les prévisions budgétaires pour 2005 lesquelles sont
identiques à 2004 et qui explique l’échec des
ambitions affichées pour l’année en cours.
Concernant le prix du pétrole, les
ménages, derniers consommateurs, en savent davantage.
Cependant, les propos du Président de la République dans
« Jeune-Afrique l’Intelligent » vantant à la fois la
réussite économique et demandant parallèlement des
aides conséquentes aux pays du Nord trahissait la
réalité vécue par son peuple. Il justifiait sa faillite
financière par l’injection des recettes de l’Etat
dans la stabilisation des prix du pétrole du marché
intérieur. Or, si le pétrole est cher à Djibouti, c’est
tout simplement en raison des lourdes taxes et surtaxes
multipliant par trois le prix du litre à la pompe,
versées à la SIDH (ex EPH), une entreprise au service du
régime et à l’objectif non défini.
Parmi les performances chères au
Premier ministre sur l’exercice 2004 viennent en tête
du palmarès, le trafic portuaire et aéroportuaire. Une
argumentation de plus destinée à justifier
outrageusement le bradage pur et simple des seuls sites
créateurs de richesses, au risque de remettre en cause l’indépendance
réelle de notre Nation. En effet, le port, à lui seul
concédé pour vingt ans à Dubaï n’a toujours pas,
depuis l’année 2000, rendu public ses chiffres (bonnes
ou mauvaises).
Une situation qui devait inquiéter les
auditeurs de l’assemblée nationale qui n’ont même
pas été consultés ni en amont lors de la mise en
concession, ni en aval pour l’actuelle décision du
gouvernement de confier la gestion des recettes à Dubaï
International Port.
« Décision sage et prometteuse »
commentée par le Ministre de l’Economie, lequel n’a
pas exigé depuis quatre ans bientôt les versements des
dividendes tirées du port dans les caisses de l’Etat.
Si la prudence doit être de rigueur quand les moyens
manquent (pour des raisons relevant de la folie des
grandeurs), le Premier ministre ne dit rien sur l’état
actuel de la dette nationale, mais parle d’une épargne
budgétaire substantielle pour des investissements dans la
Capitale et à Ali-Sabieh.
Nous l’excuserons de sa confusion
entre un autofinancement et un crédit sur la projection d’un
investissement de 1 milliard FD, mais anticipons sur les
financements extérieurs de 18 milliards de nos francs, en
pariant sur les faibles retombées économiques et en
matière d’emplois pour cause d’évaporation, en ce
sens qu’elles serviront certainement à contribuer à
alimenter les caisses de la campagne présidentielle.
Concernant le bilan de ce mandat, il se
résume à : corruption, affairisme, paupérisation,
famine, chômage, expropriations de biens publics, etc.
Qui dit pire ?
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