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Éditorial
DÉMISSION PUBLIQUE NATIONALE,
MÉCÉNAT MILITAIRE ÉTRANGER
La commémoration du massacre d’Arhiba,
à laquelle nous accordons une large place cette semaine,
pose une question de fond, relative au sens que l’on
doit donner à un tel événement. En une telle
circonstance, le rappel d’un passé douloureux masque
mal l’inachèvement de l’indispensable travail de
deuil qui doit impérativement être celui d’une Nation
désireuse de se réconcilier avec elle-même au sortir d’un
douloureux conflit civil. Dans cette perspective
seulement, il peut s’agir d’un rite d’expiation,
afin que les erreurs du passé ne se renouvellent pas.
Encore faut-il pour cela que toutes les parties se
persuadent d’une telle nécessité, comme les y invite d’ailleurs
une disposition essentielle de l’accord de paix du 12
mai 2001, en vertu de laquelle il s’agit d’œuvrer à
l’instauration d’une culture de paix.
Malheureusement, considérant qu’une
action citoyenne comme celle du FestHorn investit dans
cette culture de la paix beaucoup plus que le régime
djiboutien, force est de regretter que ce dernier semble
peu soucieux d’une paix civile sans laquelle aucune
politique équilibrée de développement n’est
envisageable. Nier les problèmes intérieurs par la
promotion d’une manifestation culturelle à prétention
régionale, tout en cantonnant à la clandestinité les
actions citoyennes à impact national comme celle qui s’est
déroulée le 18 décembre dernier dans notre Capitale, ce
n’est qu’une piètre et dangereuse façon d’annoncer
des troubles à venir. Pour mieux les discréditer, dans l’optique
d’une politique solidement établie et consistant à
diviser pour régner.
C’est dans cette optique
négationniste qu’il convient d’analyser un
événement rapporté par le journal gouvernemental « La
Nation » : le village de Randa disposerait désormais d’un
terrain de football digne de ce nom. Il était temps ! Là
où le bât blesse, trahissant toute l’impudeur de ce
régime, c’est qu’il s’agit d’une initiative
privée, soutenue par une sorte de mécénat militaire
découlant de la dimension purement géostratégique à
travers laquelle notre pays est de plus en plus perçu par
les puissances étrangères. Donc, palliant la démission
des pouvoirs publics djiboutiens, les troupes françaises
auraient généreusement doté le village de Randa d’un
terrain de football. Or, nul n’ignore à moins d’être
ambassadeur de Djibouti à Washington, qu’il s’agit
là d’une zone durement affectée par le conflit et qui
devait, de ce fait, bénéficier d’un programme de
réhabilitation qu’apparemment plus soucieux de paix
civile que la partie gouvernementale cosignataire dudit
accord de paix, les bailleurs de fonds étaient disposés
à financer.
Il n’est pas question ici de jeter la
pierre sur ces forces militaires étrangères : la
réhabilitation des pistes et des infrastructures
publiques (écoles et dispensaires) de l’Intérieur
profitent directement à ces populations aussi
défavorisées que nécessiteuses. Mais le fait, peu
glorieux, qu’elles oeuvrent dans le domaine social
beaucoup plus que nos forces armées nationales, renvoie
aux faibles préoccupations du gouvernement en matière de
consolidation de la paix.
D’ailleurs, même le rapport de la
Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire a relevé
que les crédits affectés à ce chapitre étaient très
peu utilisés. Et quand ils l’étaient, ce n’était
que rarement vers leur destination initiale. Tout se passe
donc comme si le régime s’acharnait à maintenir en l’état
le dénuement des zones affectées par le conflit : s’agit-il
en quelque sorte d’en punir les habitants d’avoir osé
se révolter contre l’oppression ?
Dès lors, il est normal que la
commémoration, à laquelle ont participé toutes les
composantes de la communauté djiboutienne désireuses de
s’impliquer de façon citoyenne dans la réconciliation
nationale, du massacre d’Arhiba soit passée sous
silence par la presse gouvernementale. Parce que le
pouvoir en place n’a aucun intérêt à ce que s’instaure
un climat de confiance intercommunautaire qui ne peut que
saper les bases de son arbitraire.
Cela, la majorité l’a bien compris.
Même les futurs footballeurs de Randa pour qui un terrain
est certes nécessaire, mais pas suffisant quand le
minimum manque à ce point, à commencer par l’électricité
et l’eau courante, faute d’une implication minimale
des pouvoirs publics.
Même les mécènes militaires des
puissances étrangères qui, en attendant, parent au plus
pressé, conscientes que ce n’est pas là leur mission
première, mais désireuses de contribuer un tant soit peu
à l’instauration d’une indispensable stabilité
intérieure.
Brèves
nationales
*
Rassemblement au cimetière d’Arhiba :
Un devoir de mémoire
Ils étaient plusieurs milliers de
Djiboutiennes et de Djiboutiens, jeunes et vieux, de tous
les quartiers de la Capitale, à s’être rassemblés au
cimetière des martyrs d’Arhiba le 18 décembre dernier.
Cette commémoration des tragiques événements de 1991
était placée sous le signe de la dénonciation de l’impunité
et du devoir de mémoire envers toutes les victimes de la
répression.
Dès quinze heures, plusieurs centaines
de jeunes déployant de larges banderoles où l’on
pouvait lire entre autres « Le Peuple condamne fermement
les auteurs des massacres », avaient pris position à
quelques mètres du cimetière où reposent plusieurs
dizaines d’innocents froidement exécutés par les
forces de répression le 18 décembre 1991.
Vers seize heures, une foule très
nombreuse a rejoint la cérémonie qui a débuté par la
lecture des versets du saint Coran.
L’ambiance était au recueillement et
à la fraternisation.
Cette cérémonie du souvenir et de la
solidarité a été ponctuée de quelques brefs messages
de soutien lus ou improvisés par différents responsables
de la société civile, dans toutes les langues nationales
et en français. Les inévitables indicateurs de la police
politique, présents sur les lieux, n’en croyaient ni
leurs yeux ni leurs oreilles, ne s’attendant
certainement pas à la totale réussite d’un tel
rassemblement fraternel, où communiaient ensemble toutes
les communautés nationales révoltées contre les manœuvres
divisionnistes du régime en place depuis 27 ans.
Ce rassemblement organisé onze jours
après la brutale répression des récentes manifestations
se voulait également l’expression d’un ras-le-bol
populaire unanime contre les menées répressives
récurrentes à l’approche d’une élection
présidentielle. La cérémonie du souvenir a pris fin au
coucher du soleil et l’immense foule s’est dispersée
dans le calme et la dignité.
Le succès historique d’une telle
manifestation fraternelle et citoyenne à quelques mois d’une
nouvelle farce électorale devrait donner à réfléchir
à tous ceux qui s’extasiaient par avance sur la
victoire programmée du candidat solitaire, principal
responsable de tous les malheurs du Peuple Djiboutien.
*
Duplicité gouvernementale :
Le dire sans le faire
Dans notre pays, un seul qualificatif
résume l’action gouvernementale : la duplicité. En
effet, les exemples abondent pour illustrer cette
situation. Ainsi, pendant que le chef de l’Etat, par la
voix du porte-parole de son gouvernement, se félicitait
de l’état de salubrité de Djibouti, Arhiba et d’autres
quartiers de la Capitale se débattaient dans le cloaque
et les mares d’eaux usées.
Inutile d’être un expert pour juger
des conséquences sur la santé de ces populations :
paludisme, diarrhée, etc. Si d’aventure les habitants
de ces taudis protestent contre les mauvaises conditions
de vie qui leur sont ainsi imposées par la démission de
l’Etat, la réaction des pouvoirs publics est le plus
souvent violente. Pas d’autre alternative : mourir de
ces maladies ou crever sous les balles des policiers.
Il en résulte alors un profond
sentiment d’injustice et de désarroi chez les
administrés ainsi méprisés.
Mais pourquoi diable ne punit-on pas
les principaux responsables de la mauvaise gouvernance
qui, au lieu de convenablement faire leur travail, passent
leur temps à palabrer dans les mabraz et afficher leurs
privilèges ? Les rares fois qu’ils daignent venir dans
ces quartiers insalubres, c’est pour exhiber leur
insolence d’apparatchiks : bolides 4x4 rutilants et
tenues vestimentaires impeccables.
Pendant ce temps, les élèves d’Arhiba
et d’ailleurs marchent dans le cloaque pour rejoindre
leur école envahie par les eaux usées. Dans ces
conditions, quel peut valablement être le rôle
éducateur de l’Etat : comment peut-on demander aux
enseignants d’inculquer aux écoliers les règles de l’hygiène
publique et les bienfaits de la propreté quand, de l’autre
côté, l’Etat-éducateur ne fait rien pour endiguer ces
eaux usées ?
Mais qu’est-ce qui justifie donc ce
sentiment d’impunité ? Est-ce peut-être une politique
délibérée que de laisser mourir ces populations
abandonnées à leur triste sort ?
Tout ceci n’est pas sans rappeler une
anecdote édifiante : du temps de la Russie impériale, la
tsarine Catherine avait pour habitude, lors des
réceptions d’ambassadeurs des pays étrangers, d’entourer
d’un gigantesque rideau rouge les quartiers mal famés
de Saint-Pétersbourg. Ne serait-il pas tentant de faire
le parallèle avec ce qui se passe dans notre pays ?
Etait-elle moins bien inspirée que le
régime djiboutien qui se contente de nier verbalement et
inlassablement la réalité insalubre devant les bailleurs
de fonds ?
*
Haramous s/mer :
QG de campagne?
La nouvelle et modeste résidence
présidentielle de Haramous a, pour la première fois,
fait parler d’elle en 1999, lorsque le candidat RPP y
avait reçu la visite du ministre Français de la
Coopération de l’époque, Charles Josselin. Depuis
cette date et le début de l’actuel mandat
présidentiel, le lieu est devenu familier à tous les
hôtes de marque de passage dans notre Capitale. Ainsi,
jeudi dernier, le président allemand et sa délégation
en visite pour quelques heures à Djibouti, y ont été
conviés à une réunion de travail par le
président-candidat, loin du bruit et de la misère
ambiante. Dans ce nouveau quartier résidentiel aux
allures futuristes, le médiateur régional, uniquement
préoccupé par la stabilité dans la sous-région, n’aurait
eu aucun mal à se positionner comme le candidat le mieux
placé pour trouver des solutions miracles à tous les
problèmes de l’heure.
Sauf ceux de chez lui !
*
Djibouti-Union Européenne :
Dialogue ou monologue ?
Dans le cadre de l’accord de Cotonou,
l’Union Européenne s’est engagée depuis quelques
années dans un dialogue politique avec certains Etats
bénéficiant de son aide économique, mais connaissant
également une transition démocratique difficile. De leur
côté, désireuses de voir se renforcer leur coopération
avec l’Union Européenne, beaucoup de nations africaines
à la traîne de cette démocratisation sont ainsi
contraintes de jouer le jeu et d’apporter leur
contribution à l’ouverture démocratique à travers un
dialogue constructif avec leurs oppositions respectives.
Le récent dialogue politique initié
entre le gouvernement djiboutien et l’Union Européenne
est-il d’un genre nouveau ? Selon la presse
gouvernementale relatant la réunion de travail du 13
décembre dernier, le régime ne semble pas en attendre
grand chose, puisqu’il affirme que tout s’est bien
passé comme d’habitude.
Tout juste apprend-on que «
conformément aux dispositions de l’article 8 de l’accord
de Cotonou, les deux parties ont convenu d’instaurer un
dialogue permanent et ont décidé de poursuivre tous les
six mois le dialogue politique afin de renforcer le
partenariat ».
Si ce dialogue politique entre Djibouti
et l’Union Européenne s’est vraiment limité au
monologue de la partie djiboutienne, pourquoi donc le
poursuivre inutilement ?
*
Budget virtuel 2005 :
La méthode Coué appliquée aux
Finances publiques
Une croissance du P.I.B de 3,5%, une
inflation contenue à 3%, la suppression de la surtaxe sur
le pétrole lampant, la réduction de la TIC sur les
denrées alimentaires, les automobiles,… le Budget 2005
accorderait, à en croire notre confrère « La Nation »
du 16 décembre, la part belle au social. Rien n’est
moins sûr ! Dans son dernier rapport général public, la
Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire nous a
éclairé sur le taux très moyen d’exécution des lois
de finances pour les exercices 2000, 2001 et 2002.
D’autre part, les mal-élus n’ont
toujours pas à ce jour examiné ledit Budget 2005, dont
ils n’ont pourtant adopté, lors de la récente session
budgétaire, que les grandes lignes lues sur un ton
monocorde par un Premier ministre qui ne l’a
certainement pas lui-même examiné. C’est pourquoi nous
saluons les efforts techniques et financiers du PNUD pour
le renforcement de nos capacités institutionnelles et
notamment le dernier séminaire sur les procédures
budgétaires.
Mais, dans un pays où les
dysfonctionnements sont la règle et le respect de la loi
l’exception, nous apprenons, dans un erratum paru dans
le n°146 de « La Nation » du jeudi 9 décembre 2004 que
la Commission des Affaires Etrangères a examiné le lundi
6 décembre un projet de loi portant compte définitif du
budget de l’Etat pour l’exercice 2003 et un projet de
loi portant budget rectificatif de l’exercice 2004.
Depuis quand l’examen de ces projets
de loi relèvent-ils de la compétence de la Commission
des Affaires Etrangères ? Pourquoi la Commission
normalement compétente a-t-elle été court-circuitée ?
La Chambre des Comptes et de Discipline
Budgétaire a décidément du pain sur la planche pour
conseiller (et obliger ?) les mal-élus à respecter la
légalité des procédures budgétaires. Et à la faire respecter par l’Exécutif
!
Avis
de recherche
PORTRAIT D’UN « SERIAL KILLER »
POLITIQUE
Un dangereux et
insatiable tueur sévit ces dernières années dans notre
pays. Les éléments de similitudes qui attestent que nous
sommes en présence de crimes en série, commis de
surcroît par un seul et même individu, sont nombreux.
Personne n’ayant malheureusement pu identifier ce
mystérieux « serial killer » qui rode toujours autour
de nos ornières, nous nous contenterons de la fine
expertise qu’un « profiler » de métier a bien voulu
nous esquisser de cet individu, selon les données
disponibles à ce jour sur ce dossier. C’est dans l’espoir
que vous nous aiderez, à travers vos témoignages, à
débusquer cet individu malfaisant, que nous lançons cet
avis de recherche. A défaut de vous proposer une
quelconque prime (contrairement à lui qui, manifestement,
bénéficie d’une prime à tuer) (sic), soyez certain de
l’éternelle reconnaissance de la Patrie.
Nous nous interrogions la semaine
dernière sur la disparition des intellectuels
djiboutiens, ne remplissant pas le rôle de libre penseur
qu’une société en quête de développement serait en
droit d’attendre d’eux. Il se trouve malheureusement
que de lourdes menaces pesant sur eux les inciteraient à
la démission discrète, pour ne pas tomber comme certains
d’entre eux, sur le champ peu glorieux des règlements
de compte artisans, victimes d’un serial killer frappant
impunément.
LES FAITS
Depuis près de quatre ans, on
dénombre une dizaine de hauts fonctionnaires sauvagement
trucidés dans leurs bureaux et dans l’exercice de leurs
fonctions, (l’arme des crimes, invariablement, serait un
stylo à plume de grande marque au bout doré, planté au
cœur des victimes) et en plein jour. De plus, à chaque
récidive, tel Fantomas, l’auteur de ces actes
disparaît dans la nature. Et, aussi bizarre que cela
puisse paraître, les enquêtes officielles n’ont fait
état jusqu’à ce jour d’aucun témoin leur ayant
révélé un quelconque indice tangible.
La première uniformité que l’on
peut déceler entre ces crimes, c’est en premier lieu le
mobile : les victimes ont été choisies sur la seule base
de l’inimitié personnelle. Et elles sont toutes, en
second lieu, des hauts cadres de l’administration,
intellectuels pour certains, et plus ou moins «
intellectuellisants » pour d’autres.
Pour mémoire, rappelons à nos
lecteurs qu’ils ont pu lire dans nos colonnes, à
différentes périodes et sous différentes rubriques, de
mystérieux décès administratifs (les liens entre ces
actes ne transparaissant que progressivement) de tels
Commissaires de la République, de tel Directeur d’un
grand établissement autonome, de tel chef de corps
fraîchement nommé à la suite d’une retentissante
défection de son prédécesseur, ou encore de celui qui
fut en charge d’un fond social, pour ne citer que les
plus illustres d’entre eux.
Et... last but not the least, nous ne
pouvons ne pas citer la dernière sommité victime du
serial killer, qui lui, était chargé d’un fond de
retraites et qui, à l’examen de ses innombrables
victimes privées du droit à leur pension de retraite,
avait permis à l’Etat d’engranger de substantielles
économies sur leurs dos, économies certainement
réutilisées de façon opaque dans de sombres activités
partisanes, allant du Day à Hanlé, en passant par Mabla.
LES INDICES
Nous affirmions un peu plus haut que
des indices, il n’y en avait point. L’absence
flagrante d’éléments, alors qu’il s’agit d’actes
répétés en plein jour et en des lieux publics, nous
donne de facto, un faisceau d’indices relevant du bon
sens. L’auteur de ces actes opère en toute confiance,
convaincu d’être couvert quoi qu’il advienne.
Cette « couverture », qui est
manifestement de taille et peut être même d’un poids
exceptionnel démontre qu’indéniablement, notre
surprotégé est pour le moins le « chouchou » d’un
grand gourou. Mais alors, agit-il de son propre chef ou
existerait-il un commanditaire à qui profite réellement
ces crimes administratifs ? Nous reviendrons sur cette
question, car les éléments de réponse figurent dans le
profil psychologique du serial killer.
Par ailleurs, nos constats nous ont
amené (permettez-nous de vous épargner les menus
détails de nos investigations) à affirmer que notre
homme figure parmi les supérieurs hiérarchiques des
victimes, et connaissait parfaitement les lieux, ainsi que
les habitudes de chaque administrateur. Les côtoyant de
surcroît à l’occasion d’une tasse de café
populaire, cette proximité lui fournissait des raisons
supplémentaires pour les désigner comme prochaines
victimes, coupables de lui renvoyer une image
dévalorisante de sa fonction.
Et une prétention immodérée à
vouloir pourtant le remplacer : la vie rampante est sans
pitié pour les apprentis Iznogoud !
LE PROFIL PSYCHOLOGIQUE
Paradoxalement, ce tueur en série
opère immuablement au sein d’une seule communauté
nationale donnée. Nous ne sommes donc pas en présence d’un
individu sociopathe, dont la fureur frapperait sans aucune
distinction d’origine, comme on pourrait le croire de
prime abord. Il s’agit donc de comprendre les ressorts
psychologiques et politiques de cette pathologie ciblée
et chronique. Cette forme de déviance, constatée et
analysée ces quinze dernières années par le docteur
Réalitus dans ses manifestations cliniques et qui se
développe dangereusement, selon les criminologues, au
sein d’une mystérieuse caste de dignitaires courtisans,
mériterait un plus large développement de notre part,
mais nous y reviendrons.
Vous aurez en outre remarqué que
toutes les victimes lors de leur décès étaient en
charge de hautes responsabilités, que ce soit dans l’administration
publique ou dans les arcanes des départements
ministériels. A ce titre donc, ces hauts fonctionnaires
étaient perçus dans leur société (à tort ou à
raison) et en premier par leur bourreau comme figurant
parmi les élites intellectuelles dirigeantes de ce pays.
Nous constaterons par conséquent que
notre homme est aussi un « intellophobe » patenté. La
question relative à la disparition des intellectuels, que
nous posions la semaine dernière dans nos colonnes
trouverait-elle ici un début d’explication ?
Toujours est-il que ces phobies
cumulées démontrent indiscutablement que cet individu
souffre de profondes inhibitions et de sérieux complexes
d’infériorité, comme s’il était mal assuré d’une
place que beaucoup convoitent.
Les pathologies identifiées donnent à
penser que ce tueur en série ne se sentant manifestement
pas fait à sa place, se venge de ses lacunes sur ceux qui
pourraient se gargariser de titres ronflants ou s’en
prévaloir pour prétendre le remplacer et faire mieux que
lui. Surtout que, conformément à la loi universelle des
affinités électives que romançait Goethe, un supérieur
affublé du titre de docteur honoris causa peut
légitimement chercher un adjoint universitaire, à moins
que l’honoris causa opère là comme un repoussoir.
Ces fixations ne s’expliquent que
dans le cas où ce serial killer exerce une fonction qui,
de son point de vue, est convoitée par ses subalternes,
et qu’il ne songe nullement à quitter, même au prix
des plus horribles crimes administratifs.
N’étant nullement assuré d’avoir
le temps d’acquérir le savoir « sur le tas » et ne
daignant se forger par sa propre volonté comme tant de
self made men ; il use par conséquent de la seule
solution expéditive à sa portée qui, à défaut d’être
finale, n’en demeure pas moins efficace : l’élimination
pure et simple des concurrents présumés ou potentiels.
Enfin, nous tenons à souligner un des
points saillants de ce profil, en affirmant que l’aspect
délibérément ciblé de ces crimes administratifs
indique, contrairement à ce que l’on pourrait croire,
que son auteur est issu de la même communauté que ceux
qu’il décime à tour de bras.
Ces singuliers crimes « fratricides »
s’expliquent aisément au vu du système
politico-administratif en vigueur, qui inculque aux
cooptés du système (comble d’un éhonté mensonge
auquel ne persistent à croire cupidement que les plus
servilement intéressés ) que leurs sièges ne pourraient
être menacés que par leurs cousins. La division du
travail politique détermine donc l’origine sociale des
victimes. Avidement accrochés à leur meuble, certains se
contentent de s’équiper d’œillères et de boules
Quiès, mais ouvrent grande leur bouche, implorant des
deux mains le grand Manitou d’y laisser choir quelques
miettes du gargantuesque gâteau. S’ingéniant à plaire
et à s’effacer, on se tenait pour dit, semblait-il, que
leur monotone carrière perdurerait, tant que leur numéro
de faire-valoir servira de devanture minimale aux curieux
regards inquisiteurs des étrangers de passage.
Mais voilà qu’opère désormais un
dangereux frère prédateur, chamboulant du coup les
règles du jeu (quel jeu ? Mais celui du « qui perd gagne
», bien sûr !) qu’on pensait établies au sein de
cette secte. Son commanditaire protecteur aura
certainement décidé de réduire comme peau de chagrin
cette devanture communautaire minimale, et il ne pouvait
manipuler meilleur exécutant que ce serial killer
convaincu d’agir selon ses propres convictions.
Les vraies raisons de ces curieux
agissements sont donc ailleurs. Les inhibitions, craintes
et autres pathologies de l’individu semblent habilement
entretenus, attisés, exploités et dirigés de main de
maître, à d’inavouables fins autrement plus
machiavéliques et jusqu’au-boutistes que la légitime
recherche de l’efficacité bureaucratique. Des horizons
que l’esprit peu mature (politiquement s’entend ) de
notre tueur en série ne pourrait en aucun cas entrevoir.
PREMIÈRES CONCLUSIONS
Nous sommes finalement arrivés à
cerner, du moins dans ses traits essentiels, la
personnalité du serial killer, ses motivations et son
environnement. Mais il court toujours, et de la même
manière qu’un portrait robot aussi réussi soit-il ne
peut remplacer un fidèle photomaton, les analyses d’un
« profiler » attendent d’être corroborées ou
démenties par un réel et exhaustif témoignage.
Pour preuve, le seul « rescapé » à
ce jour des agissements du tueur en série fait état,
apprend-on de source sûre, d’une curieuse singularité
réfractaire à toute analyse objective, depuis les
déroulements de ces faits, à deux semaines d’aujourd’hui.
Ce directeur de l’Hôtel des
prélèvements, ayant tardé dans son bureau au-delà de
13 heures, aurait échappé in extremis au serial killer,
ayant promptement eu le réflexe de claquer la porte au
nez d’un individu masqué à la Zorro et brandissant de
la main droite un scintillant stylo à plume.
Et, dans ce contact furtif, il aurait
nettement aperçu sur les lèvres de ce tueur en série,
un large et fendant sourire. Mystère et boule de neige..
Appel à témoins !
La
Somalie se cherche encore
LA MÉFIANCE RESTE DE MISE
Dans cette région
sensible de la Corne de l’Afrique, le cas de la Somalie
demeure une préoccupation majeure pour tous : somaliens d’abord,
la communauté régionale, le monde arabe et la
communauté internationale. L’insolubilité de cette
situation de guerre, de plus d’une décennie, aurait,
peut-être, trouvée la solution si les interactions
politiques des intérêts (internes et externes) étaient
atténuées, du moins, le temps nécessaire pour la
réalisation sinon la finalisation et le succès d’une
réelle réconciliation entre les parties en conflit en
Somalie. Malheureusement, la toute dernière conférence
de réconciliation, engagée sous l’égide de la
communauté régionale et internationale à Mbgathi au
Kenya, semble, elle aussi rendre l’âme, après deux
années de discussions et de tiraillement et plus de vingt
millions de dollars américains de frais engagés.
La Communauté internationale qui avait
salué le succès « inattendu » du Président de la
région autonome du Puntland, le Général Abdillahi
Youssouf Ahmed, se trouve perplexe devant la position
adoptée par l’Assemblée Nationale Transitoire qui l’avait
élu il y a de cela deux mois seulement.
En effet, la nomination dans les
délais d’un Premier Ministre, Dr Mohamed Ali Guedi, n’ayant
pas posé de problème particulier et apparent, la
constitution de son équipe gouvernementale s’était
heurtée à de multiples difficultés de divers ordres,
lesquelles « auraient transgressé » et la Constitution
et l’Unité Nationale : une base pour une véritable
réconciliation. Cette conférence du Kenya, contrairement
au processus de réconciliation d’Arta, avait le mérite
d’engager les Chefs de guerre pour qu’une chance
définitive à la paix soit donnée. Malheureusement, le
problème somalien reste toujours tributaire des
ingérences politiques internes et externes dont les
impacts demeurent encore minimisés.
Ce dernier point nécessite une autre
analyse mais dans l’immédiat la somalie se trouve une
fois de plus dans l’impasse. Depuis la mise en place du
gouvernement formé par le Premier Ministre le Dr. Mohamed
Ali Guedi, une opposition ouverte s’était instaurée
entre l’Exécutif et le Législatif.
En effet, alors que déjà un
tiraillement grave opposait les parlementaires sur des
points du Règlement Intérieur de l’Assemblée
provisoire, une réunion avait été convoquée à cet
effet. Or, un groupe puissant de cette instance
considérait que cette réunion devait débattre plutôt
du non-respect de plusieurs articles de la Constitution
par le Premier Ministre, notamment ceux portant sur l’équilibre
des pouvoirs entre clans dans le gouvernement et la
précipitation du Chef de Gouvernement dans la publication
de la liste de son équipe avant d’avoir obtenu la
confiance de l’Assemblée. En priorité ont-ils jugé
par rapport à la révision des articles du règlement
intérieur de la Chambre.
Le Président de cette chambre
provisoire M. Sharif Hassan jugeant qu’un tel débat
prendrait plus d’une séance avait reporté cette
rencontre au samedi 11 décembre 2004.
C’est donc lors de cette journée qu’en
l’espace de quelques heures et après un débat houleux
que celui-ci ordonna le passage au vote de la motion de
confiance qui fut procédé à main levée et se solda par
le renversement sans appel de la première équipe
gouvernementale du Président Abdillahi Youssouf Ahmed,
élu par cette même instance un peu plus de deux mois
auparavant.
Cette résolution définitive de l’Assemblée
provisoire a transformé l’hémicycle en champ de
bataille, en ce sens que l’affrontement physique entre
parlementaires a fait plusieurs blessés, dont l’ancien
Président de l’Assemblée issue d’Arta, M. Abdallah
Deero, évacué d’urgence vers un hôpital.
Selon certains témoins présents sur
les lieux, des erreurs en matière du non-respect de la
constitution avaient été commises de part et d’autre
(Exécutif et Législatif) et cette séance devait être l’occasion
de les corriger. Malheureusement, celle-ci a constitué la
mise à mort de l’unité de la Somalie, puisqu’elle a
porté atteinte à l’Intérêt Suprême de la Nation
Somalienne telle que prévue dans la Constitution
provisoire. Cependant, compte tenu de l’atmosphère
tendue ce samedi-là, le Président de l’Assemblée
Nationale provisoire aurait volontairement ignoré qu’il
avait la possibilité de clore cette séance comme lui
autorisait le règlement intérieur. Dans la mesure où il
avait appelé au vote de la motion de confiance, cette
consultation aurait dû se faire à bulletin secret
plutôt qu’à main levée en raison de l’importance de
la question. Ce qui aurait pu éviter la transformation de
la Chambre en champ de bataille et les députés en chefs
de guerre.
Aussi regrettable que soit cette
situation pour la Somalie, toujours est-il que, selon
certaines sources dignes de foi, un grave malaise se
serait néanmoins instauré entre le nouveau Président
somalien et le Président de l’Assemblée depuis la
nomination de l’équipe gouvernementale. En effet, ce
dernier semble considérer que la représentation clanique
au sein du gouvernement serait sabotée et remettrait en
cause le principe de l’Unité Nationale. D’ailleurs,
cette opposition aurait été remarquée, en ce sens que
le Président de la Chambre aurait brillé par son absence
à la réception offerte en l’honneur de l’Exécutif
mis en place.
Quoi qu’il en soit, cette guerre de
tranchée paraît encore plus sérieuse, puisque certains
députés affirmaient ouvertement qu’en cas de refus de
la destitution de l’équipe gouvernementale par le
Président de la République, la Chambre se verrait dans l’obligation
d’agir en conséquence en lui retirant sa confiance,
puisqu’il aurait failli aux responsabilités que lui
conférait la Constitution, à savoir la garantie des
institutions républicaines et de l’Unité Nationale.
En vérité, selon certains, le
Président de l’Assemblée nationale provisoire aurait
activement participé au renversement du premier
gouvernement intérimaire formé au Kenya, avec des
membres de l’Exécutif tels que Mohamed Kanyaré,
Ismaël Bouba et le Colonel Shaati Gaduud. Ces ministres
se seraient considérés comme lésés dans ce
gouvernement et auraient par conséquent choisi la mise à
mort de toute l’équipe. D’ailleurs, M. Bouba n’a
pas caché sa position puisqu’il a affirmé que le
gouvernement de Mohamed Ali Guedi contrevenait à l’Unité
scellée au Kenya.
La Constitution permettant au
Président Abdillahi Youssouf de reprendre une seconde
fois M. Guedi , c’est ce qu’il fit et, à l’heure ou
nous mettons sous presse, celui-ci n’a toujours pas
formé son équipe depuis une semaine.
En attendant, force est de regretter
que les incessantes tables rondes, dépendant d’une
diplomatie extérieure avec ce qu’elle comporte d’effets
(négatifs ou positifs), s’avèrent être vouées de
plus en plus à l’échec, en raison de l’endossement
conscient et collectif d’une irresponsabilité de la
part de la communauté internationale, à commencer par
celle des Etats du premier front : L’Igad.
Cette démission collective face à la
détresse humanitaire d’un peuple somalien victime d’une
situation de génocide indescriptible et d’une fin
définitive pour une destination sans nom, ne semble pas
interpeller la conscience collective. La dernière
décision de Assemblée Transitoire relève de cet état
de fait qui reconduit le statu quo ante pour une
permanence de l’anarchie et de la mort pour des
centaines de milliers de victimes civiles. « Réalité »
reviendra prochainement sur ce dossier.
Communiqué
de la LDDH

COMMUNIQUE DE PRESSE
DU 18 DECEMBRE 2004
COMMEMORATION DU MASSACRE D’ARHIBA
LE 18 DECEMBRE 1991
Dans l’après-midi du samedi 18
décembre 2004, sous l’égide de l’Association
Djiboutienne des Victimes et des Handicapés de la Guerre,
s’est tenue une cérémonie de commémoration au
cimetière d’Arhiba, dans une ambiance de prière et
dans un contexte de mobilisation en Mémoire aux victimes
d’Arhiba et à toutes les victimes de la répression en
République de Djibouti.
Malheureusement, force est de regretter
que les répressions aveugles continuent de s’abattre
sur les populations civiles djiboutiennes, répressions
insoutenables, répressions qui perdurent avec leurs lots
de morts mystérieuses et d’exécutions
extrajudiciaires, répressions qui tuent surtout lors des
manifestations pacifiques ou à l’approche, entre
autres, des élections présidentielles. Et pourtant, l’indépendance
nationale devait en principe permettre à notre Peuple de
bénéficier des Libertés fondamentales - c’est l’essence
même de l’indépendance -.
Il est légitime de se demander, de se
poser des questions, d’essayer de savoir si les
dirigeants de notre République continueront encore à
salir et de souiller notre drapeau avec le sang de ses
enfants ; il serait intéressant d’effectuer des
recherches en vue de comparer le nombre des victimes des
répressions avant et après l’indépendance ?
Des principes doivent s’imposer et
constituer le leitmotiv du combat des Défenseurs des
Droits de l’Homme: la lutte contre l’impunité, le
combat pour le Droit à la Mémoire des victimes d’Arhiba,
de toutes les victimes des Répressions intolérables de
la Machine gouvernementale et ce depuis l’accession du
pays à l’indépendance.
Dans un esprit de Réconciliation
nationale, il est demandé au Chef de l’Etat dans le
cadre des pouvoirs qui lui sont conférés, de déclarer
et de décréter le « Pardon de l’Etat » ainsi que le
droit à la Mémoire à l’égard et à l’attention de
toutes les victimes civiles de la répression sur tout le
territoire national depuis l’accession de notre pays à
l’indépendance Nationale.
Le Président de la LDDH
M. NOEL ABDI Jean-Paul
Comme le Président de la LDDH, nous
constatons et regrettons la persistance de dangereuses
pratiques répressives et le règne de l’impunité. Sans
nous livrer à une macabre comptabilité historique, il ne
nous semble pas exagéré d’avancer que les victimes de
ce régime se comptent par milliers depuis l’indépendance.
Ainsi, dans une interview accordée à
notre journal à l’occasion du premier anniversaire (de
la violation) de l’accord de paix du 12 mai 2001, le
regretté Président de l’ARD déclarait : « je ne
regrette pas d’avoir fait la paix, même si l’accord
qui la sanctionne n’est toujours pas appliqué ; tout
comme je ne regrette pas d’avoir lutté pour l’indépendance,
même s’il y a eu plus de morts par balles ou torture à
l’ombre de notre drapeau qu’en 115 ans de
colonialisme. »
L’époque des libertés et de la
justice ne semblant pas encore arrivée pour le Peuple
djiboutien, il ne lui reste qu’à lutter.
LA REDACTION
Les
comptes de la Chambre des Comptes (2) 2
: LA CONFUSION BUDGÉTAIRE
Après un premier
survol la semaine dernière, entrons dans le détail du
rapport public de la Chambre des Comptes et de Discipline
Budgétaire. A l’heure où le régime vante les mérites
de son Budget 2005, examinons les incohérences notoires
dont souffre ses prévisions en matière de recettes.
I) la censure exportée
Nous avions suggéré la semaine
dernière que la version publique du rapport de la Chambre
des Comptes et de Discipline Budgétaire, paru dans le
Journal Officiel, n’était qu’une parure expurgée aux
fins de tromper les bailleurs de fonds. Le seul fait que,
contrairement aux règles de procédure normalement en
vigueur pour ce type de travail, les établissements
publics épinglés n’aient pas été explicitement
mentionnés, donnait une petite idée du volume de
non-dit. Mais, pour qui voudrait encore s’en convaincre,
voici in extenso un court extrait d’un flagrant délit
de censure, tel qu’il apparaît à la page 351, sous la
rubrique 5 des « anomalies diverses :
La délibération N° 475 stipule, en
son article 34 alinéa premier, que « certains chapitres
peuvent comporter des crédits globaux destinés à faire
face à des dépenses éventuelles ou accidentelles ».
Conformément à cette disposition le chapitre 39.11
inclut l’article 84 intitulé « dépenses imprévues
». De l’examen approfondi des dépenses de cet article
ressort des dysfonctionnements graves au regard de la loi
budgétaire.
Il fait l’objet, en premier lieu, d’un
dépassement chronique des crédits disponibles. Les taux
de dépassements de crédit sont faramineux (134,16% en
1999, 104,37% en 2001 et sept fois le crédit en 2000).
En second lieu, cet article est le
réceptacle des dépenses diverses et variées. Son
existence encourage des telles dérives qui autrement n’auraient
pas existées. Au nombre de ces dépenses on peut citer :
Les dépenses imprévues révèlent
enfin une gestion budgétaire laxiste par le biais des
opérations imputées et l’importance des dépenses de
régularisation. »
Comme le lecteur, nous sommes donc
restés sur notre faim, car l’énumération que
précédaient les deux points a manifestement été
censurée dans la version publique de ce rapport.
Sur la base des informations ayant
échappé à cette rétention, examinons à présent l’amateurisme,
certainement pas innocent, qui préside à l’élaboration
du Budget national.
II) des Recettes
Le Rapport note que les procédures
prévues par le code des impôts sont souvent ignorées,
irrégularités se manifestant par :
1) des écarts entre les recettes
indirectes constatées et le recouvrement ;
2) des restes à recouvrer d’impôts
directs non justifiés;
3) la non cohérence des informations
chiffrées détenues par les structures d’un même
service ;
4) la gestion des redevances pour
services rendus, susceptibles d’être qualifiée de
gestion de fait ;
5) l’irrégularité de la méthode de
répartition des pénalités, qui peut constituer
également une gestion de fait ;
6) l’abandon de la procédure du
traitement des réclamations contentieuses et de la
procédure d’admission des émissions en non valeur ;
7) l’absence de politique de
contrôle fiscal et de recensement des personnes et
produits imposables avec en place d’un fichier central d’identification
et de suivi des contribuables ;
8) absence totale de contrôle et de
suivi des régies des recettes d’avances en dehors de l’arrêté
de caisse effectué le 31 décembre.
Quand on sait que l’élaboration d’un
Budget consiste à programmer des dépenses en fonction de
recettes escomptées, les dysfonctionnements ci-dessus
montrent clairement le laxisme en la matière : même
retenu à la source, il existe d’importants écarts
entre prévisions virtuelles et réalisations concrètes
de l’impôt sur les salaires !
Parmi les recommandations de la Chambre
des Comptes en ce domaine, il faut citer :
1) que la Direction de l’Elaboration
Budgétaire, du ministère des Finances, présente au plus
tard au mois de juin des prévisions argumentées ;
2) que chaque service concerné mette
tout en œuvre pour atteindre ses objectifs dans le
recouvrement des recettes à sa charge ;
3) engager la responsabilité
personnelle et pécuniaire pour les sommes non encaissées
;
4) appliquer rigoureusement la
procédure du Code général des impôts en ce qui
concerne les réclamations contentieuses et les recours
gracieux;
5) renforcer les brigades de contrôle
fiscal ;
6) mettre en place un identifiant
unique pour chaque contribuable ;
7) répartir clairement les
responsabilités entre le Directeur des Recettes et celui
des Finances d’une part, de dernier et son chef du
service de Recouvrement d’autre part.
Dans un prochain numéro, nous
examinerons les incohérences qui président à la
définition et à l’application du Budget en ce qui
concerne les dépenses.
Là aussi, c’est la pagaille la plus
complète qui prévaut, et les critiques à l’égard du
premier responsable du ministère des Finances sont pour
le moins acerbes et explicites.
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