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Éditorial
TADJOURAH :
LE CIRQUE MINISTÉRIEL EN TOURNÉE
Le fait n’est pas nouveau, mais
revêt cette fois-ci une dimension dont le caractère
pathétique n’a d’égal que le sabotage ainsi
perpétré contre l’administration publique. Ainsi donc,
d’innombrables fonctionnaires, pratiquement tous d’une
même communauté et s’ennuyant dans la Capitale, ont
été réquisitionnés pour faire office de badauds
applaudissant dans les rues de Tadjourah mardi dernier, à
l’occasion d’un Conseil des ministres «
décentralisé » qui s’est tenu dans ce chef-lieu de la
région la plus peuplée des districts de l’Intérieur,
soit dit en passant.
Il ne s’agit pas ici de compatir aux
génuflexions qu’un régime d’abus de droit impose aux
agents de l’Etat qu’un chantage au salaire ou à la
promotion transforme abusivement en militants partisans en
quête de rétribution. Ces victimes consentantes d’un
STO (Service du Travail Obligatoire) version parti unique
attirent l’attention uniquement parce qu’elles ne sont
que les pitoyables figurants d’une comédie politique
qui porte gravement atteinte à la dignité de nos
concitoyens. Sans oublier qu’accessoirement, elles
servent d’agents de propagande au service d’un régime
fondant son usurpation sur la jalousie que ses politiques
de développement à deux vitesses provoque entre les
Djiboutiens. Car le drame, et l’inexcusable, est là :
comment ose-t-on parler de développement, surtout
décentralisé, à une population injustement ignorée et
dont les conditions de vie se sont dramatiquement
dégradées depuis plus d’une décennie ?
Pour ne pas défoncer des portes
ouvertes, n’évoquons qu’incidemment le folklore d’un
prétendu Conseil régional censé incarner une
décentralisation en action : on chercherait vainement sa
contribution au développement d’une région qui ne
manque pourtant pas de potentialités. Sans plus évoquer
son opacité dans la gestion des 50 millions de fonds qui
lui sont alloués par la Présidence : Tadjourah n’est
malheureusement pas la seule victime d’une concussion
généralisée et d’une absence de rendement de l’administration,
nationale ou régionale.
Par contre, considérant les énormes
préjudices que le conflit civil a causés dans ce
district au niveau des infrastructures publiques comme des
biens privés, détruits et pillés par les troupes
gouvernementales, la démagogie officielle selon laquelle
le régime fonderait l’essor économique de ce district
sur sa façade maritime doit être dénoncée avec la plus
extrême vigueur. Car, comme l’ont rappelé il y a
quelque temps de cela les notables d’Ali-Sabieh, toutes
les régions du territoire national nécessitent un égal
traitement d’urgence quant à la mise en valeur de leurs
richesses.
Ainsi, force est de rappeler à ce
gouvernement paresseux et à ses adorateurs, que la mer ne
constitue pas un atout en soi, encore faut-il donner aux
populations qui vivent sur ses côtes les moyens de la
mettre en valeur. Car, à Tadjourah, l’on attend en vain
une quelconque contribution d’un quai dont la réfection
avait été fortement médiatisée par la presse
gouvernementale il y a quelques années de cela et dont
les retombées en termes d’emplois et de revenus tardent
encore à se concrétiser. Tout simplement oserait-on
dire, parce qu’un port n’existe que par ses
débouchés : les pistes de l’intérieur sont
abandonnées et la frontière régionale avec l’Ethiopie
demeure désespérément fermée. L’instauration de la
paix semble être un événement qui ne concerne pas la
région, comme en témoigne par ailleurs le renforcement d’une
caserne à Adaylou, en violation du principe du retour des
troupes régulières à leur position d’avant le
conflit.
Comme quoi, le district de Tadjourah
est encore en situation d’occupation militaire : le
régime n’a donc pas tiré les douloureuses leçons d’un
récent passé pour reconnaître que des fusils, quand
bien même ils seraient commandés par un criminel de
guerre, dont beaucoup attendent le procès conformément
à la lutte contre l’impunité, ne pourront jamais rien
face à une population déterminée à revendiquer son
droit à la vie.
Et cela, les habitants de Tadjourah l’ont
clairement manifesté hier : malgré tous les renforts de
figurants officiels venus en masse de la Capitale, ceux
qui veulent vivre dignement au pays, sans avoir à
quémander des mendiants attitrés ont, sans équivoque,
dénoncé la politique du faire-semblant. L’Histoire
leur en saura gré, ne serait-ce qu’en souvenir de
toutes les victimes civiles injustement mortes pour que s’améliorent
les conditions de vie matérielles et morales des
générations futures.
Le Combat est toujours là, qui nous
attend : la Paix tant attendue n’est toujours pas
réalité !
Brèves
nationales
Le « Miroir » aux alouettes
:
Centriste, mon oeil !
Après une éclipse de plusieurs mois
le « Miroir », curieux mensuel lancé en mai 2004 par un
groupe proche du pouvoir, nous revient cette fois avec de
nouvelles prétentions mais toujours le même discours.
Ainsi, dans sa dernière livraison ce confrère se croit
obligé de clarifier sa position sur l’échiquier
politique national et proclame : « nous nous voulons
centristes pour que notre position soit et reste
absolument en phase avec la réalité. Pour ne pas la voir
uniquement avec l’œil droit à l’instar des hommes du
pouvoir, ni uniquement avec l’œil gauche à l’instar
de ceux de l’opposition. Mais avec les deux yeux pour
avoir une vue équilibrée du panorama politique de notre
pays. Et dire notre vérité à nous au lieu de répéter
celle de l’autre. Ne dit-on pas que toute vérité est
relative. ! ». Rappelons à nos lecteurs que le
Directeur de publication de ce Journal fabriqué à l’Imprimerie
Nationale n’est autre que le Secrétaire Général d’un
parti de la mouvance présidentielle et ayant récemment
apporté comme il se doit son soutien à la candidature du
candidat solitaire.
Pour le reste, inutile de s’attarder
sur le contenu de cette brumeuse publication destinée à
leurrer les citoyens. Tout juste dirons-nous un mot de son
article en langue Somalie intitulé: « C’est quoi un
Pays et qui est Citoyen « ? La question de la
citoyenneté semble préoccuper notre nouveau confrère
qui chercherait, ce faisant, à lancer un débat sur la
question en proposant le numéro d’une boîte postale
(2005, tiens !) et une adresse e.mail…
Ne voulant pas engager une polémique
sur un sujet régulièrement traité dans ses colonnes,
«Réalité » souhaite de l’inspiration à ce « Miroir
» embué par de sombres considérations partisanes.
Quant à nous autres, opposants
djiboutiens, nous demeurons avant tout des citoyens, des
patriotes sincères, luttant contre toutes les dérives de
ce régime divisionniste et prédateur.
*
Voirie et Environnement :
Le «Sans fil », incinérateur et
dépotoir ?
Le régime poursuit sa propagande sur
la salubrité publique et l’assainissement, en faisant
appel au sursaut citoyen et aux menaces de sanctions. De
leur côté, les administrés se demandent à quoi servent
la décharge publique de Doudah et l’incinérateur
offert l’an dernier par les Américains ? En effet, pour
les riverains de la route d’Arta, la situation est
dramatique.
Chaque vendredi des milliers de sacs d’ordures
sont incinérés sur le terre plein du « sans fil »,
face à l’école primaire d’Arhiba. Incapables de
mettre à la disposition des habitants d’Arhiba des bacs
à ordures et des camions-bennes, les pouvoirs publics
préfèrent rassembler les ordures et les faire incinérer
le long de la route d’Arta au mépris du bon sens et de
la préservation de l’environnement. Ainsi, les passants
et les automobilistes, empruntant cette voie très
fréquentée, se disent outrés et incommodés par les
fumées âcres se dégageant de l’incinération à ciel
ouvert des ordures sur le terrain du « Sans fil ».
Quant aux malheureux habitants de la
Cité d’Arhiba, la pollution visuelle et olfactive de
ces fumées leur paraissent un moindre mal comparé au
danger représenté par l’accumulation des détritus
dans leur quartier oublié.
A l’heure ou le candidat solitaire
entame sa campagne démagogique sur les progrès
économiques et sociaux accomplis durant son sixtennat,
nous l’interpellons solennellement sur le sort cruel
imposé aux habitants des quartiers populaires condamnés
à l’insalubrité dans une Capitale devenue dépotoir à
cause de son régime de mauvaise gouvernance.
*
Ali-Sabieh :
Le développement en trompe-l’oeil
La Capitale du District Assajog a subi
comme Arta et Dikhil avant elle le passage de la caravane
présidentielle en campagne. On raconte que, déçu de sa
virée à Dikhil où ses promesses démagogiques n’ont
pas trouvé d’oreilles complaisantes, le candidat
solitaire aurait mis le paquet à Ali-Sabieh. Une
formidable machine de propagande cherche à faire croire
que les Assajogs sont les principaux bénéficiaires de la
politique de développement initiée depuis six ans par le
candidat actuel à sa propre succession. Ainsi à en
croire le journal gouvernemental «La Nation » les Sages
d’Ali-Sabieh auraient affirmé: « notre district n’a
rien à envier à la Capitale ». Doit-on prendre cette
déclaration à la lettre, si tant est qu’elle a eu
lieu, comme un témoignage de satisfaction ou de
déception ?
La condition des Djiboutois, sous ce
régime de mauvaise gouvernance est connue de tous, celle
des Assajogs aussi. Cela signifierait donc que le district
Assajog reste, lui aussi, gangrené par le chômage, l’insalubrité,
l’insécurité et la pauvreté : maux classiques du
sous-développement causés par la démission des pouvoirs
publics. Selon les médias gouvernementaux, les méga
projets d’Ali-sabieh, en grande partie virtuels,
auraient tellement modifié la carte socio-économique de
la région qu’un vieux sage éberlué se serait écrié :
« Eu égard à toutes les réalisations faites dans notre
district, nous ne devrions même pas formuler une seule
doléance».
Là, nous restons bouche bée.
Le génie de Haramous aurait-il
transformé Ali-Sabieh en nouvel émirat tropical le temps
d’une courte visite électoraliste ? Trêve d’esbroufe
! Le virtuel ne nourrit pas, les Assajogs le savent bien.
Certains notables ont tenu à courageusement le rappeler,
mais les médias gouvernementaux ont censuré leurs
propos.
Il est vrai que le candidat solitaire
déjà passablement fatigué par cette nouvelle campagne
électorale dans les districts de l’Intérieur, en a
suffisamment vu et entendu.
*
Développement routier :
Le régime fait fausse route
La troisième séance du Conseil des
ministres décentralisé tenue à Ali-Sabieh, aurait été
principalement consacré à l’examen du développement
du transport routier urbain et national. Le département
de l’équipement et des transports, gérant le fameux
Fonds d’Entretien Routier (FER) organisme dont la
gestion opaque est connue de tous, était ainsi mis en
vedette dans la ville d’origine de l’actuel titulaire
de ce portefeuille ministériel.
Si le richissime ministre en charge de
ce département sommé d’exposer le bilan, forcément et
globalement positif de ses activités n’a pas craint le
ridicule en affichant ses maigres réalisations, la
réalité sur le terrain est à mille lieues de ses
prétentions démagogiques.
En effet, est-il besoin de rappeler
que, mise à part la route Nelson Mandela récemment
réhabilitée, les prétendus succès du département de l’équipement
et des transports s’enlisent dans la gadoue. Ainsi en
est-il des réhabilitations avortées de l’avenue
Nasser, de l’avenue Guelleh Batal, de la rue Abdallah
Guedid (anciennement rue des Issas) ou encore du boulevard
18 et de la rue des Mouches dont le pavage à grands frais
n’a servi à rien, vu leur état actuel.
Par ailleurs, ce ministère ose toute
honte bue prétendre avoir amélioré les pistes rurales,
dont l’état d’abandon est de notoriété publique et
faisant périodiquement l’objet d’une réhabilitation
partielle de la part de forces armées étrangères.
Quant aux ouvriers cantonniers
embauchés pour l’entretien des pistes rurales dans la
région d’Obock par exemple, il convient de rappeler que
ce recrutement électoraliste survenu en 2003 s’est
révélé n’être qu’une esbroufe de mauvais goût.
Comme en atteste une lettre datée du 8 janvier 2005, le
directeur du Fonds d’Entretien Routier annonce
brutalement aux responsables des ouvriers d’Obock que le
budget 2004 ne prévoyait que des crédits de paiement des
salaires pour seulement 15 cantonniers, au lieu des 30
effectivement recrutés.
Cette correspondance administrative,
dont nous avons pu nous procurer copie; est ainsi
libellée : « J’ai l’honneur de vous faire savoir
que les lignes de crédits affectés au paiement de vos
salaires sont épuisés il y a six mois de cela. En effet,
le budget 2004 a été prévu pour 15 ouvriers à Obock,
mais le nombre s’est avéré le double, soit 30
ouvriers. Par conséquent, les crédits étant épuisés
à la moitié de l’année 2004, aussi bien pour les
ouvriers d’Obock que pour ceux de Tadjourah. Veuillez
agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.»
Signé : le directeur par intérim du FER. La dernière
formule de politesse n’était vraiment pas de trop, en
considération des drames humains ainsi provoqués par ces
quelques millilitres d’encre sur autant de grammes de
papier.
Rappelons que les ouvriers d’Obock
avaient été embauchés en 2003 pour raison
électoraliste et ont continué à être exploités
malgré des mois d’arriérés de salaire. Aujourd’hui,
ils sont tout simplement congédiés sans autre forme de
procès. Alors que, pendant deux ans, ils travaillaient
dans des conditions difficiles pour un salaire de misère
(17.000 FD) souvent versé au bout de plusieurs mois.
Le ministère des transports ayant
retiré les engins des Travaux Publics du Nord du pays,
depuis au moins trois ans, il vient à présent de saboter
le travail de réhabilitation effectué avec pelles et
pioches par de misérables cantonniers.
Où est donc le développement rural
prôné par le docteur honoris causa en campagne ?
*
Tadjourah en état de siège :
Le candidat solitaire de plus en plus
frileux
Venus par terre, air et mer, ils
étaient plusieurs milliers d’écoliers privés de
cours, de fonctionnaires débauchés de leur travail et de
ruraux obligés de déserter leurs campements et villages,
à se retrouver dans la Ville-Blanche pour accueillir le
candidat solitaire et sa suite. Au prétexte d’y tenir
un Conseil des ministres, le régime et ses forces de
sécurité ont pris d’assaut Tadjourah mardi dernier. Le
séjour du grand chef ne fut pas de tout repos. Dans la
matinée, ses forces de sécurité ont brutalement
maîtrisé quelques jeunes qui distribuaient paisiblement
des exemplaires de l’accord de paix du 12 mai 2001.
Ainsi, le régime vient de démontrer
pathétiquement son mépris de la paix civile et de sa
consolidation. Le candidat du RPP doit comprendre une fois
pour toutes qu’aucune de ses promesses démagogiques ne
sera prise au sérieux tant qu’il persistera à ignorer
les clauses de l’accord de paix signé avec le
FRUD-armé. Les populations des zones affectées par le
conflit le considèrent avant tout comme le saboteur de la
réconciliation nationale.
Raison pour laquelle il déploie sa
soldatesque sur son passage. Sa frilosité excessive
explique à elle seule sa mauvaise conscience et ses
sombres desseins.
Les
comptes de la Chambre des Comptes (4)
DES DÉPENSES MIROBOLANTES
Malgré l’antériorité
de la période ayant fait l’objet des contrôles
budgétaires de la Chambre des Comptes, nous avons porté
une attention particulière à un Titre très significatif
de la mauvaise gouvernance du pouvoir. Il s’agit des «
Dépenses Communes » qui représentent entre 24% et 25%
des crédits engagés depuis 1999.
Il aurait été souhaitable que les
travaux de la Chambre des Comptes et de Discipline
Budgétaire soient plus pointilleux dans la recherche des
imputations multiples de crédits identiques. Nous
traitons cette semaine un chapitre des Dépenses qui
reflète de par son importance les utilisations faites des
fonds des contribuables djiboutiens.
Ces dépenses communes qui, par le
volume conséquent de l’enveloppe, devaient être
suivies avec rigueur croissent d’année en année et
semblent relever d’un pouvoir « discrétionnaire » du
ministère des Finances. Lequel ministère dispose, selon
la Chambre des Comptes des prérogatives pour l’attribution
des dotations sectorielles, de la détermination de leurs
priorités, du montant des enveloppes nécessaires et
enfin de la gestion des règlements.
C’est pourquoi, la Chambre des
Comptes s’étonne dans son rapport que les imputations
aient été déjà programmées en vue de l’absorption
totale des crédits de ce chapitre de Dépenses communes,
qui est l’exemple type des violations des règles des
Finances Publiques. Il relève particulièrement dit-on du
non-respect des procédures voire une violation des
principes budgétaires de base.
Pour appuyer ces constats, nous vous
livrons ci-dessous un sous-compte de ces « Dépenses
Communes » : les Dépenses Carburant qui, importantes en
volume budgétaire (près de 200 millions FD) relèvent
directement de ce pouvoir « discrétionnaire » du seul
Ministère des Finances.
Avant d’entamer les commentaires que
nécessite ce tableau, il est regrettable que la Chambre
des Comptes n’ait pas fait le lien entre ces dépenses
en carburant et des autres sous-comptes que sont « les
frais de mission » et « les frais de transport » qui
figurent en plus des dépenses en carburant dans les
budgets 1999, 2000 et 2001, et curieusement disparaissent
en 2002.
A les voir de très près, ces trois
sous-comptes représentaient dans les comptes définitifs
une consommation totale sur quatre ans de 1,9 milliards FD.
Montant qui ne tient pas compte de Dépenses
Subventionnées en Hydrocarbure de 400 millions FD
exceptionnellement en 2000.
En observant de près ce tableau, il
est clair que sur les 200 millions FD au prix actuel, que
représentent ces dépenses en carburant, plus de la
moitié revient aux différents services du ministère des
Finances alors que d’autres ministères plus importants
pour le développement ne bénéficient guère de ces
coupons et autres approvisionnements en vrac.
En effet dix-sept départements
dépendant de ce ministère bénéficient de ces largesses
sur un total de 43 dans cette liste ci-dessous. Il est
révoltant d’observer que des ministères comme la
Santé, l’Education, l’Elevage et la Pêche, etc.
soient totalement lésés par rapport au SDS.
Nous vous livrerons dans nos prochaines
éditions d’autres aberrations sur les dépenses
inconsidérées d’un régime dont les multiples
impositions fiscales et sociales contribuent fortement à
l’appauvrissement des populations.

Transport
: le corridor en concession ?
Lorsque la presse
gouvernementale nous cite, c’est le plus souvent en
forme d’invectives, à propos de tel ou tel article
ayant déplu en haut lieu. Par contre, il arrive à la
presse étrangère de prendre position par rapport à nos
écrits, restitués dans le contexte spécifique des
relations bilatérales. Ainsi, dans son édition du 5
décembre 2004, le sérieux hebdomadaire éthiopien «
Fortune » proche des milieux d’affaires a consacré un
long article au contentieux djibouto-éthiopien relatif au
connaissement direct et ce que nous avions publié sur le
sujet.
Sous le titre « les inquiétudes de
Djibouti au sujet de connaissement direct », notre
confrère d’Addis-Abeba rappelle que le gouvernement
djiboutien est actuellement en train de faire marche
arrière sur ce dossier, après que le journal d’opposition
« Réalité » « ait déclaré la proposition
éthiopienne inacceptable. » L’hebdomadaire « Fortune
» explique que l’opposition regroupée au sein de l’UAD,
qui tient la dragée haute au pouvoir, ferait de ce
dossier un cheval de bataille lors de la prochaine
présidentielle. Et conclut que, dans le cas d’une
alternance au sommet, l’opposition djiboutienne
renégociera les termes de cet accord. Une délégation de
haut niveau devait se rendre à Djibouti le 5 décembre
dernier pour finaliser un accord de principe déjà
donné. A la dernière minute, la visite a été annulée
à la demande de la partie djiboutienne.
Selon notre confrère, qui le tient de
source diplomatique, les autorités de notre pays ont fait
savoir à leurs homologues éthiopiennes que la
finalisation de cette négociation en ce moment serait
inopportune, la reportant à l’après avril 2005. Après
quoi la neuvième commission mixte interministérielle la
finalisera, ainsi que celles relatives à d’autres
dossiers.
Que l’on nous permette de longuement
citer notre confrère qui se livre à un rappel du fil des
événements : « Lors de la réunion de la commission
mixte des deux pays, qui a eu lieu à Djibouti en 2004, un
accord de principe fut conclu sur l’acheminement des
marchandises de port à port ; une équipe d’experts
éthiopiens a produit un document de 40 pages comportant
des propositions visant notamment à rassurer Djibouti sur
les intentions monopolistiques d’ESL, laquelle
sous-traiterait les opérateurs locaux et éthiopiens
soumissionnant aux appels d’offres lancés par elle. Une
semaine après la soumission de la proposition
éthiopienne à Djibouti, une journal d’opposition,
«Réalité», a déclaré cette proposition ‘’inacceptable’’
».
1) Si le régime s’est rétracté à
présent sur ce dossier, c’est uniquement pour des
raisons électoralistes. Pour notre part, les conditions
de notre participation à la prochaine consultation
électorale n’étant pas réunies, ce dossier n’a
jamais constitué un cheval de bataille pour nous ;
2) Nous ne contestons pas le
connaissement direct en tant que mode de travail
permettant aux conteneurs unifiés d’être acheminés
aux points de livraison dans un document unique, en
utilisant au moins deux moyens de transport dans un délai
le plus court possible et au moindre coût ;
Ce que nous avons jugé et continuons
de juger inacceptable, ce sont les modalités de mise sa
œuvre telles que proposées par la partie éthiopienne :
il y était clairement stipulé dans une proposition
portant sur les transporteurs que la société ESL (Ethiopian
Shipping Lines) « sera désignée comme Le transporteur
pour les importations éthiopiennes. » ESL est en effet
en situation de monopole chez elle ; c’est une dynamique
compagnie qui pratique le slot, c’est-à-dire la
location d’un espace dans les lignes marchandes de P.I.L
: plusieurs centaines de conteneurs. Elle a par ailleurs
acquis pour dix millions de birrs à Kaliti, dans la
banlieue de la Capitale éthiopienne, un entrepôt de
34.000 m2. on sait que l’essentiel des marchandises
transitant par le port de Djibouti sont des importations
éthiopiennes.
Ainsi donc, si les termes de l’Accord
de principe étaient finalisés tels quels, d’amont en
aval, ESL serait en situation de monopole et les agents
maritimes et transporteurs djiboutiens n’auront plus qu’à
mettre la clé sous le paillasson.
Après le Port et l’Aéroport, c’est
le corridor routier qui serait en voie d’être concédé
à un opérateur privé étranger. Le dynamique manager d’ESL,
M. Ambachew Abraha, comprendra aisément que « Réalité
» cherche uniquement à préserver les intérêts des
transporteurs nationaux ou étrangers opérant à
Djibouti, qui emploient des centaines de personnes et qui
versent des impôts au fisc djiboutien. Notre organe de
presse est favorable à une situation de concurrence qui
bénéficiera également aux importateurs et hommes d’affaires
éthiopiens.
Nous avons au demeurant critiqué les
atermoiements en 2001 des dirigeants djiboutiens,
prétendant réserver le transit maritime aux seuls
opérateurs nationaux et excluant de ce fait MTS, ce qui
était inamical. Tout comme nous considérons inamicale l’OPA
d’ESL sur le corridor terrestre djibouto-éthiopien et
nuisible aux bonnes relations commerciales entre
partenaires et voisins. Ces atermoiements et voltes faces
décrédibilisent nos dirigeants auprès de nos
partenaires éthiopiens, tout comme les décrédibilise la
gestion du scandale du Fonds d’Entretien Routier (ce
sont les camions éthiopiens qui entretiennent ce fonds)
auprès de tous nos partenaires impliqués dans le
développement économique de notre pays.
Le gouvernement djiboutien clame et
répète à l’envi son souci de la bonne gouvernance et
démontre dans la pratique tout le contraire, comme l’atteste
le rapport de la Chambre des Comptes et de Discipline
Budgétaire.
Enfin, vigilants et responsables, «
Réalité » et l’UAD d’une manière générale
restent favorables au renforcement des relations
commerciales (qui ne datent pas du port de Djibouti) entre
notre pays et son principal partenaire commercial et
voisin, sans que ne soient lésés les intérêts d’aucune
partie.
Abou
Mazen président !
L’HEURE DE VÉRITÉ POUR ISRAËL
Avec plus de 66% des
suffrages exprimés et un taux de participation avoisinant
les 70% des inscrits, Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen, a
donc succédé à son vieux compagnon de lutte, le
regretté Yasser Arafat, à la tête de l’Autorité
Palestinienne. La tâche qui l’attend est immense.
Le premier scrutin depuis l’élection
de Yasser Arafat en 1996 était considéré par tous les
observateurs internationaux comme celui de tous les
dangers. La présence en Palestine comme observateurs de l’ancien
président des Etats-Unis, Jimmy Carter et de l’ancien
Premier ministre français Michel Rocard, témoigne de l’importance
accordée par les Etats-Unis, l’Union Européenne et la
communauté internationale en général, à ce scrutin
dont dépend en partie l’avenir de la région. La
question palestinienne empoisonne les relations
internationales depuis 1948, mais elle est, depuis la fin
de la guerre froide, la clé de la paix dans cette région
et dans le monde.
La phobie sécuritaire, que seul
justifie en fait un expansionnisme colonial de l’Etat
juif, avait conduit l’ancien Premier ministre Netanyahou
à soutenir officiellement devant le Congrès américain
en 2000, l’ « urgente nécessité» de neutraliser le
dictateur irakien Saddam Houssein afin d’élargir le
périmètre vital de sécurité autour d’Israël.
Attentas terroristes qui, de façon inexplicable, avaient
valu à un mouvement de résistance tel que le Hamas, de
figurer sur la liste des ennemis de la Démocratie!
Efficacement relayée par le très
influent lobby sioniste aux Etats-Unis, cette doctrine a,
de toute évidence, trouvé un écho favorable auprès de
l’administration républicaine. Après l’échec des
Accords d’Oslo, imputable à Israël du fait de sa
poursuite des colonies de peuplement, et le tournant du 11
septembre 2001, les défenseurs de cette doctrine ont
réussi à entraîner leur allié américain dans une
croisade en Mésopotamie, où il s’est totalement
enlisé.
C’est dans ce contexte, dans une
région en proie à un indescriptible chaos, que vient de
se dérouler l’élection présidentielle remportée par
Abou Mazen.
Dépourvu de tout charisme, mais
jouissant d’une indéniable légitimité tant au sein du
Fatah, dont il est un membre fondateur, qu’auprès de la
communauté internationale pour son opposition à l’Intifada
qu’il estime contre-productive, Abou Mazen est un
pragmatique. Négociateur hors pair, il était l’artisan
des Accords d’Oslo.
En désignant un Exécutif légitime, l’électorat
palestinien a clairement et massivement exprimé son
souhait de sortir de l’impasse. En élisant un candidat
qui se posait comme alternative aux violences de l’Intifada
et s’engageait à œuvrer à l’ouverture des
négociations de paix avec Israël, pour la conclusion de
laquelle sa longue expérience de pourparlers et son
pragmatisme sont des atouts majeurs.
Abou Mazen a, le temps d’une campagne
sereine, courtisé les extrémistes de son camp en les
persuadant qu’il souhaitait diriger avec eux et non
contre eux, avec pour objectif la création d’un Etat
palestinien ayant Jérusalem pour « Capitale Eternelle
».
Les espoirs de paix au Proche-Orient
sont donc relancés par son élection à la tête de l’Autorité
Palestinienne et il lui faudra, dans l’immédiat,
parvenir à un accord avec le Hamas et les autres
organisations afin de réunifier le Fatah, pour aller en
rangs serrés aux pourparlers de paix.
Son challenger Mustapha Barghouti,
cousin de Marwane Barghouti qui, avec environ 20% des
suffrages exprimés, se pose comme la deuxième force
palestinienne, a déjà reconnu sa défaite et souhaité
plein succès à son vainqueur. La démocratie
palestinienne a donc fait la preuve de sa vitalité et est
sans doute aujourd’hui la seule véritable dans le monde
arabe.
Dès lors, la balle est dans le camp de
l’occupant sioniste, pour qui sonne l’heure de
vérité. Après avoir diabolisé le défunt président
Arafat, Israël devra montrer ses dispositions à conclure
un accord de paix durable avec l’Autorité nouvellement
élue. L’Etat sioniste aura fort à faire avec les
colons fanatisés et leur évocation exaltée du Grand
Israël, déterminés qu’ils sont à saboter le retrait
unilatéral des tous les Territoires Occupés.
Sitôt les résultats de cette
consultation électorale connus, le président Bush a
salué l’événement et promis de vouloir travailler
avec le nouvel homme fort de la Palestine. Cette prise de
position américaine est en soi encourageante et laisse
augurer d’une implication positive des Etats-Unis dans
le règlement de la crise israélo-palestinienne, qui
envenime la paix au Proche-Orient et discrédite pour le
moment une puissance américaine que les peuples épris de
liberté souhaiteraient voir jouer un rôle à la mesure
de sa puissance, au lieu de soutenir un colonialisme qui
opprime au nom d’une justification religieuse.
De son côté, une fois n’est pas
coutume, le régime israélien a également, par la voix
de son Premier ministre Sharon, salué les résultats de l’élection
présidentielle palestinienne qui s’est déroulée
dimanche dernier. Il faut à présent espérer que le
futur gouvernement d’union nationale formé hier en
Israël assumera ses responsabilités en s’engageant
dans des négociations sincères avec la nouvelle
Autorité Palestinienne.
Enfin, pour leur part, les Palestiniens
de Gaza, de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et d’ailleurs,
sans oublier les réfugiés dont Mahmoud Abbas souhaite le
retour, ont largement fêté la victoire du nouveau leader
palestinien.
Conforté par ces signes encourageants,
Mahmoud Abbas qui doit prêter serment ce mercredi, semble
avoir les coudées franches pour engager sa patrie et son
peuple dans une ère nouvelle.
Car, autant que les Israéliens, les
Palestiniens veulent rompre avec un dramatique engrenage d’une
violence qui, jusqu’à présent, ne profite qu’aux
extrémistes des deux bords : colons en quête de
territoire et islamistes transformant en combat religieux
le légitime droit d’un peuple à l’autodétermination.
Accord
de paix final au Sud Soudan
ESPOIR DE RÈGLEMENT AU DARFOUR ?
La plus longue guerre
civile d’Afrique (21 ans de conflit armé, au moins 2
millions de morts et 4 millions de déplacés) a
officiellement pris fin avec la signature d’un accord de
paix définitive entre le gouvernement soudanais et la
rébellion du SPLA à Nairobi dimanche dernier. La
communauté internationale a unanimement salué cet accord
historique et appelle également à la résolution de la
crise du Darfour, nouvelle plaie ouverte du Soudan depuis
février 2003.
Le 9 janvier 2005 restera certainement une date historique
pour le Sud Soudan, en proie à une guerre civile meurtrière depuis plus de
deux décennies. La rébellion déclenchée en 1983 par le Sudan’s People
Liberation Army (SPLA) de John Garang a officiellement pris fin cette semaine
au bout de deux années d’âpres négociations entre les frères ennemis
Soudanais au Kenya. La cérémonie de signature a été organisée dans un
grand stade de Nairobi, en présence de représentants de la communauté
internationale, d’une vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement et de
quelque 5.000 spectateurs.
Cet accord a été contresigné par le président du pays
hôte, le Kenya, ainsi que par le chef d’Etat ougandais, président en
exercice de l’IGAD. La communauté internationale, qui s’était
particulièrement impliquée dans ce processus de paix, exprime sa satisfaction
et espère que, dans la foulée, le gouvernement soudanais fera les efforts
nécessaires pour que les pourparlers d’Abuja (Nigeria) entre les rebelles du
Darfour et le régime de Khartoum débouchent rapidement sur un règlement
pacifique de la crise dans cette région à l’est du Soudan, où sévit une
sanglante guerre civile depuis février 2003.
La crise humanitaire du Darfour est l’une des plus graves
qu’ait connues le continent africain depuis le drame biafrais. Cette guerre
aurait déjà fait plus de 70.000 morts et deux millions de déplacés ou
réfugiés.
Fort de la paix retrouvée au Sud, le régime
militaro-islamiste de Khartoum devra désormais activement se consacrer au
règlement du conflit du Darfour, région musulmane où l’armée
gouvernementale et les milices arabes Djandjawid terrorisent les populations
civiles accusées de soutenir les mouvements rebelles. Après la signature de l’accord
de paix de Nairobi, le président soudanais Omar El Béchir a déclaré vouloir
désormais signer un accord similaire de partage du pouvoir et des richesses
avec les rebelles du Darfour.
Pour l’heure, l’euphorie du règlement de la crise au
Sud Soudan incite le gouvernement soudanais à l’optimisme. Les mois qui
viennent diront si vraiment le plus grand pays d’Afrique cherche
effectivement à tourner la page des guerres internes pour se consacrer enfin
au développement économique et social de ses populations. Il reste pour le
moment à sérieusement appliquer l’accord signé le 9 janvier dernier avec
le SPLA de John Garang. Selon les observateurs, le chef historique de la
rébellion du Sud Soudan deviendrait le premier vice-président d’un
gouvernement d’union nationale, qui doit être formé dans les mois qui
viennent. L’accord signé à Nairobi prévoit en effet une période de
transition de six ans et la rédaction d’une nouvelle Constitution excluant
de l’application de la Charia les populations non musulmanes. A l’issue de
cette période transitoire de six ans, les populations sudistes à majorité
chrétiennes et animistes seront appelées par voie de référendum à choisir
si elles veulent rester dans l’ensemble soudanais ou alors devenir
indépendantes dans un Etat qui leur appartiendrait en propre.
Aussitôt l’accord signé, le leader sud soudanais a
humblement reconnu que la paix dans son pays ne serait réelle qu’après le
règlement juste de la crise du Darfour. Garang a même souhaité se faire
inviter au processus de paix en cours à Abuja, consacré au Darfour en
rappelant que le Soudan risquait de connaître la guerre tant que ne serait pas
réglée la crise du Darfour, où deux nouveaux mouvements rebelles seraient
récemment apparus.
De son côté, le Secrétaire général des Nations Unies,
Koffi Annan a, dans son rapport au Conseil de sécurité rendu public vendredi
dernier, laissé entendre que le conflit du Darfour serait actuellement sur le
point de gagner la province voisine du Kordofan.
La paix globale qui se dessine dans le plus étendu pays d’Afrique
est certes une avancée positive qui permettra au régime de Khartoum de briser
son isolement international tout en soulageant ses populations des affres de la
guerre civile. Mais un accord de paix n’est viable que s’il est
sincèrement et intégralement appliqué, afin de pouvoir soigner tant les
causes que les conséquences du conflit.
Ce n’est pas un hasard si le chef de l’Etat djiboutien
faisait pâle figure à Nairobi parmi ses pairs africains. Ayant honteusement
violé l’accord de paix le liant au FRUD-armé, il était le moins qualifié
pour jouer un rôle honorable de médiateur régional. C’est la deuxième
fois qu’il est obligé de se déplacer à Nairobi pour constater que les
Kenyans ont réussi là où il a lamentablement échoué.
Si la scène régionale et internationale lui offrira
certainement une nouvelle opportunité de redorer son blason terni, pas besoin
d’être devin pour lui prédire qu’une telle violation de l’accord de
paix du 12 mai 2001 lui réserve chez lui de pénibles lendemains. Il ne pourra
pas impunément parader à l’extérieur ou à l’intérieur avec une telle
forfaiture.
Une
citoyenneté à marée basse Les
conséquences dramatiques du tsunami qui a frappé l’Asie
du Sud-Est le 26 décembre dernier, ont donné lieu à un
élan international de générosité jamais enregistré
auparavant. Toutefois, cette mondialisation de l’émotion
cache de profondes disparités nationales, à l’aune
desquelles notre position de citoyens djiboutiens, peu
glorieuse, devrait nous inciter à réfléchir sur le sens
de notre passivité. Car, si nous sommes uniquement
spectateurs des cataclysmes mondiaux, si nous nous sentons
si peu citoyens du monde, n’est-ce pas surtout parce que
nous ne nous sentons pas assez citoyens responsables chez
nous ?
La presse gouvernementale nous apprend
que la Présidence djiboutienne aurait ouvert un compte
bancaire afin de collecter tous les dons pour venir en
aide aux populations somaliennes frappées par les
dernières vagues du tsunami. Sur les côtes de ce pays
déjà en proie au chaos, l’on dénombrerait en effet
près de 300 morts. Cette générosité de la Présidence
djiboutienne, pour appréciable qu’elle soit, ne doit
pas nous dispenser de nous interroger sur la compassion
active que chacun d’entre nous devrait normalement
témoigner à l’égard des victimes d’une telle
catastrophe naturelle. Car, il ne s’agit pas ici de
panser les blessures d’une guerre provoquée par la
folie des hommes : il est question de rester solidaires
face à un aléa de notre condition de terrestres devant
lequel, pas définition, toutes les victimes sont
innocentes.
Dans ces conditions, pourquoi est-ce
encore dans les pays occidentaux que les citoyens se sont
massivement mobilisés, pour venir au secours des
habitants d’une région si éloignée de leurs
préoccupations quotidiennes ? Une bonne conscience trop
facile voudrait que ce soit le niveau de vie élevé des
Occidentaux, et corrélativement leur mauvaise conscience
à la vue de la misère du Tiers-Monde, qui expliquerait
leur élan de solidarité face au drame que vivent les
populations du Sud-est asiatique.
C’est plus compliqué que cela :
quand des enfants font le tour des voisins pour collecter
des fonds destinés aux écoliers démunis du Sri Lanka,
quand des collégiens lavent des voitures pour reverser l’argent
ainsi gagné à une organisation caritative ou quand même
les détenus d’une prison se cotisent pour apporter leur
contribution financière aux aides humanitaires, l’on
est bien obligé de reconnaître que, plus que la richesse
matérielle, il serait plus pertinent de parler d’une
richesse morale, dont l’absence ou la faiblesse renvoie
à un déficit de citoyenneté qui devrait nous
interpeller.
En premier lieu, la mobilisation
individuelle renvoie à la notion de responsabilité : c’est
lorsque, même en prison, l’on se sent maître de son
destin et acteur des événements, que l’on s’estime
en devoir d’activement participer à la marche de l’Histoire.
Cette application concrète de la Déclaration Universelle
des Droits de l’Homme (en vertu de laquelle « tous les
hommes naissent libres et égaux en droits et en devoirs
» et s’agissant dans le cas présent d’une
solidarité de l’espèce humaine face à une catastrophe
naturelle dont chacun aurait pu être victime), ne peut
elle-même advenir que dans un système politique
respectant la liberté et reconnaissant au citoyen ce
droit et cette capacité d’agir. Autrement dit, c’est
lorsque l’on s’estime citoyen chez soi (avec tous les
droits et les devoirs afférents) que l’on peut s’investir
dans la citoyenneté mondiale. Un despotisme politique
issu d’une fraude électorale et se perpétuant par l’abus
de pouvoir est donc synonyme d’une irresponsabilité
citoyenne, cantonnant chacun individu dans le rôle peu
glorieux de spectateur inerte face à de telles urgences
internationales, parce qu’il en est ainsi au regard des
événements nationaux. Inutile de trop rappeler qu’un
adulte ne peut inculquer à son enfant la conscience d’un
civisme qui lui est si méthodiquement dénié : la
passivité présente face à ce genre de régime handicape
même les futures générations !
En second lieu, cette dépossession d’une
citoyenneté agissante, car responsable, montre bien à
quel point il est pour le moment vain de parler de
société civile à Djibouti : la pléthore d’associations
non gouvernementales, dont l’existence est loin d’être
synonyme d’efficacité, ne peut masquer le fait qu’il
manque véritablement ce pilier essentiel de toute
démocratie digne de ce nom.
Au niveau individuel de l’irresponsabilité,
vient alors s’ajouter la dimension collective. Chez
nous, le seul esprit associatif que se soit imposé, c’est
celui des tontines auxquelles les femmes ont souvent
recours, quoique cela constitue une forme d’entraide
difficilement assimilable à de la gratuité.
Enfin, dans les conditions actuelles d’opacité
dans la gestion des deniers publics, accompagnée d’une
corruption généralisée, elle-même renforcée par l’impunité
dont bénéficient ceux qui détournent l’argent public,
comment en vouloir à l’honnête citoyen très peu
enclin à verser au Croissant-Rouge djiboutien une somme,
même symbolique, au nom d’une cause aussi noble
soit-elle ?
A la misère matérielle à laquelle la
mauvaise gouvernance condamne la grande majorité de nos
concitoyens, s’ajoute donc une misère morale, née d’un
déficit de citoyenneté, qui nous maintient en marge de
la solidarité internationale : pour être respecté
ailleurs, il faut d’abord recouvrer sa dignité chez
soi. S’aider soi-même pour aider autrui.
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