|
|
Éditorial
QUI EST AGABA ?
C’EST LE RPP !
Plus que le pouvoir en place, dont la
machine à frauder est rôdée depuis longtemps, la jeune
opposition démocratique est aujourd’hui à un tournant
historique. Au diapason des aspirations populaires,
étouffées par la farce électorale du 10 janvier 2003, l’UAD
doit désormais renouer avec la vigueur militante qui
était celle de tous les partis politiques légaux avant l’Indépendance.
Pour réussir dans cette entreprise véritablement de
salut public, il ne s’agit pas de pompeusement rédiger
un volumineux programme politique, ce qui est à la
portée de n’importe quel scribouillard voulant
sacrifier aux normes d’une démocratie qui n’existe
pas à Djibouti. Non, dans un pays où la pauvreté s’installe
dans une dramatique banalité, il s’agit de démontrer
en quoi ce dont se nourrit le partisan RPP porte atteinte
à l’intérêt général qui est la base minimale de
toute coexistence pacifique à l’intérieur d’un même
espace territorial. Et, parce que toute mobilisation
supposant prise de conscience des enjeux, l’illustration
par l’exemple concret vaut mieux que l’invocation de
Hobbes ou la nostalgie de Rousseau.
Ainsi, le régime a réquisitionné
tous ses moyens aériens pour convoyer depuis
Djibouti-ville de centaines de figurants devant peupler
les rues d’Obock mardi dernier à l’occasion d’une
représentation gratuite du cirque présidentiel au
prétexte d’un Conseil des ministres errant, à défaut
d’être décentralisé ou même délocalisé. Tout le
monde sait parfaitement que le carburant englouti par les
multiples rotations de cet aéronef n’a pas été
acheté avec l’argent du parti au pouvoir : c’est le
contribuable djiboutien qui a payé, encore une fois, pour
cette exhibition partisane que les médias d’État
présenteront comme nationale.
Tout le monde sait parfaitement, par
ailleurs, que plus aucun district de l’Intérieur ne
bénéficie depuis longtemps de la moindre évacuation
sanitaire par voie aérienne : il serait plutôt demandé
aux nécessiteux d’acheter le gasoil pour l’ambulance,
quand il ne s’agit pas d’un pneu. Et ne parlons même
pas de la vedette-ambulance, achetée par l’OPS,
réquisitionnée par l’Armée, mais en réalité
destinée à servir dans le cadre du projet de Doraleh.
Donc, c’est bien là la preuve que ce
régime ne perdure pas uniquement par la seule répression
brutale : il ne peut se maintenir qu’en rendant certains
de nos concitoyens, souvent les plus mendiants, complices
de tous ses abus : détournements des deniers publics,
usages privés de biens sociaux, corruption, faux
témoignages, etc. C’est le Peuple volant le Peuple !
Là est le plus grave ressort de toute
cette servitude volontaire, qui permet à l’oppression
de continuer sa néfaste survie : le partisan RPP, chef du
parti en tête, est un dangereux Agaba assuré d’une
impunité d’État : on dit «Qushi» en somali et «Rien
A Foutre» en français.
Inutile de croire que ces partisans
complices de vol ignorent le crime qu’ils commettent
ainsi contre l’Unité nationale par leur pitoyable
soumission : ils se savent pertinemment au service d’un
parti travaillant méthodiquement sur le registre de la
plus rétrograde concurrence tribale.
Dans ces conditions, tout citoyen en
paix avec sa conscience et soucieux de ne pas condamner
ses enfant à l’exil, devra très bientôt choisir, avec
toutes les implications à court terme : soit tolérer
cette inévitable destruction de l’Unité nationale,
soit reconnaître qu’un pays, et a fortiori une
ville-Etat, ne peut se développer au détriment des
autres membres, supposés inséparables et condamnés à
vivre ensemble, contrairement aux illusions de tel projet
comme celui de l’improbable port de Doraleh.
La question est donc simple en
définitive : voulons-nous continuer à vivre
séparément, comme le prétendait le régime d’apartheid
d’Afrique de Sud avant Nelson Mandela, en une poussière
polluante d’individus cloisonnés dans de mesquins
intérêts claniques, comme l’exige ce régime ? Ou
alors travailler ensemble à construire une Nation ne
lésant aucune de ses composantes et respectueuse de sa
diversité, comme le souhaite l’opposition démocratique
regroupée au sein de l’UAD ?
Nul doute que nos concitoyens sauront
faire le bon choix à l’heure de vérité, qui n’est
pas celle des urnes : il en va de notre survie. A
condition de faire barrage à tous les véritables Agaba :
ceux du RPP. Eux qui trouvent normal que l’aide
alimentaire soit systématiquement détournée, même au
sommet de l’État, même celle destinée aux cantines
scolaires. C’est à toute une immoralité banalisée qu’il
nous faut mettre un terme : il n’y a pas à hésiter !
Brèves
nationales
Visite présidentielle à Obock :
Échec et mat !
La tournée de campagne du candidat
solitaire dans la ville d’Obock n’a pas été une
promenade de santé. Les Obockois ont ostensiblement
boudé le carnaval du RPP. Seuls les malheureux écoliers
obligés de sécher leurs cours, quelques notables et
fonctionnaires réquisitionnés ont été mobilisés pour
applaudir au passage du candidat fatigué, venu inaugurer
des logements en forme de cages à poules, construits sur
financement européen et l’école yéménite où trône
déjà son portrait géant. Quant au matériel de pêche
fourni à la pêcherie d’Obock, les Obockois savent que
ce pseudo cadeau présidentiel est en réalité le don d’un
généreux commerçant djiboutois. Comme d’habitude, les
seuls cadeaux entièrement financés par les deniers
publics, que le régime condescend à distribuer à nos
concitoyens d’Obock ou d’ailleurs, c’est le khat.
Pour le reste, le rituel demeure
inchangé : les murs d’Obock étaient couverts de
graffitis hostiles au régime et dénonçant la
démagogie, tandis que les notables convoqués, bousculés
par les forces de sécurité fébriles, n’ont pas pu
exprimer toutes leurs doléances.
*
Reprises des insultes officielles :
«Le Progrès» steward du Boeing
présidentiel ?
Cela faisait longtemps que l’organe
de presse du parti unique au pouvoir n’avait pas
proféré des insultes aussi crues contre l’opposition.
Les rares et éventuels lecteurs du « Progrès» ont
peut-être raté son numéro, essentiellement consacré
aux élections dans les annexes du parti au pouvoir,
Toujours est-il, qu’apparemment
blessé par une de nos récentes publications, voici que
« Le Progrès » renoue avec sa tradition d’invective.
Se voulant pourtant d’une tolérance incurable, il s’estime
obligé de dénoncer « les écrits de ces apprentis
sorciers, DAF et les enfants Dini» qui seraient selon
lui « symptomatiques de ces graves manquements à l’honneur
et à la dignité de ceux que le peuple a choisi. »
Notre crime ? Ce serait de diffuser « une information
programme qui n’épargne, chaque semaine qui passe, ni l’État,
ni les personnes qui en incarnent l’autorité, ni le
Chef de l’État quand ce n’est pas la Première Dame du
pays. »
Nous retournerons donc à cette plume
ses propres arguments, selon lesquels il ne s’agit pas
ici d’un « écrit polémique, la polémique étant
un ressort du débat démocratique ». Que nous
reproche-t-on vraiment ? D’avoir écrit qu’en se
déplaçant inconsidérément à bord du Boeing
présidentiel, la Première dame se rendait coupable d’usage
privé d’un bien public ? Ce n’est pas la première
fois que nous le dénonçons, sans oublier de rappeler qu’un
tel abus trahit surtout un malaise au sommet de l’État :
elle n’a aucunement détourné cet avion !
Mais certainement plus que cela, c’est
le rappel des origines du conflit qui a agacé notre
triste confrère : l’ancien chef de l’État a bel et
bien été un brutal chef de guerre tribal et son neveu a
bel et bien été son bras armé. Si nous osons rappeler
cette vérité incontournable, c’est uniquement parce
que nous estimons qu’aucune paix véritable ne peut se
fonder sur l’occultation des origines de la guerre. En
les niant, seul le régime cherche en l’ancien dictateur
un bouc émissaire pour les problèmes actuels.
Que nous sommes les premiers à
regretter : Gouled ne doit nullement être tenu pour
responsable d’avoir violé l’accord de paix du 12 mai
2001. Tout comme, en tant que partie signataire, il est de
notre responsabilité d’en prendre acte.
*
Le régime censure RFI :
La démocratie pastorale en pratique ?
La République de Djibouti, îlot
francophone de la Corne de l’Afrique, terre de
rencontres et d’échanges, pays dont le chef de l’État
rappelait encore le caractère dans une récente interview
accordée à « Jeune Afrique/L’Intelligent» en
affirmant que pour ses concitoyens la francophonie était
« une seconde nature », a-t-elle basculé dans une
censure nationale et internationale de l’information ?
La question mérite d’être posée, au regard du
raidissement observé ces derniers temps. Les auditeurs
djiboutiens de la radio mondiale française RFI ne peuvent
plus capter sur FM cette chaîne radiophonique depuis le
12 janvier.
Ce n’est pas la première fois que
les autorités djiboutiennes, particulièrement frileuses
à propos d’une sombre affaire empoisonnant leurs
relations avec Paris, se permettent de brouiller ou de
suspendre les émissions en FM de cette radio, que le
journal gouvernemental « La Nation » compare sans
hésiter à celle des « Mille collines ».
La propagande sur la prétendue
démocratie pastorale vient de rencontrer ses limites
externes : en privant les auditeurs djiboutiens de la
réception en FM de RFI, par la désactivation de son
relais local pour lequel il perçoit pourtant de
substantielles redevances, le pouvoir djiboutien ne plaide
pas en faveur de son innocence dans l’affaire Borrel.
La frilosité du grand chef, constatée
depuis bien longtemps, semble gagner tout un appareil d’État
sommé de suivre et d’être complice. Après les basses
attaques contre la presse d’opposition, la réduction au
silence de RFI indique clairement que, loin de la
sérénité proclamée, le régime RPP et son chef de
file, le candidat solitaire sont plus instables que
jamais.
Pour le salut de notre pays, et sans
nous immiscer dans cette affaire de justice, oeuvrons
ensemble à les pousser vers la porte de sortie : plus qu’une
puissance étrangère, nous en serons certainement les
principaux bénéficiaires.
*
Insalubrité publique :
L’UNFD désigne les coupables
A la pointe du combat contre l’insalubrité
criante qui défigure notre Capitale, les dynamiques
militantes de l’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes
(UNFD) dirigée comme il se doit en tout despotisme
subtropical par l’épouse du chef de l’État, se
seraient retrouvées le 8 janvier dernier à l’occasion d’une
journée de sensibilisation baptisée « action des femmes
pour une ville propre ».
Selon notre confrère « La Nation »
qui rapporte l’événement, les femmes djiboutiennes,
militant au sein de cette organisation qui n’hésite
pas entre la politique partisane et la promotion du genre,
auraient été confrontée à une réalité qui est
malheureusement la nôtre : « Djibouti est devenue un
dépotoir à ciel ouvert et la situation perdure du fait d’un
manque de civisme latent de la part de la femme
djiboutienne, de la mère de famille qui est en fait celle
qui est à l’origine de la poubelle et des ordures
ménagères. »
Pauvre ménagère djiboutienne ainsi
injustement épinglée : la scandaleuse saleté de notre
Capitale serait donc due à sa coupable négligence ! C’est
parce qu’elle aurait abandonné son balai et sa
corbeille que notre ville serait devenue le dépotoir dont
nous souffrons : et tout cela affirmé par l’UNFD,
organisation-phare de l’émancipation féminine version
RPP.
Il devait vraiment s’amuser, le
directeur des services techniques du district, présent à
ce conclave féminin d’auto flagellation, lui dont les
services sont incapables, pour cause de prédation, de
mettre à la disposition de ces femmes (de ménage)
productrices d’ordures, des bacs et camions-bennes
pouvant accueillir leurs forfaits.
Honte à ce régime misogyne de
mauvaise gouvernance, préférant culpabiliser les
citoyennes et les citoyens, au lieu d’assumer des
responsabilités de salubrité publique pour lesquelles il
collecte pourtant des taxes. Chacun le sait : l’insalubrité
est avant tout causée par la démission des pouvoirs
publics, n’en déplaise aux femmes savantes de l’UNFD,
cinquième parti de la mouvance présidentielle.
*
Le nouveau Code de la famille rejeté
:
Non aux cadis déracinés !
Parmi les sujets problématiques qui,
à Tadjourah comme à Obock, attendaient le chef de l’État,
figurait la réforme du Code de la famille. En vertu de
cette nouveauté dont la prétention modernisante n’a d’égal
que le décalage par rapport aux réalités nationales,
des cadis nommés par le régime officieront désormais
dans tous les recoins du pays pour célébrer les mariages
ou pour constater les divorces.
C’est dans ce cadre que, s’autorisant
d’un prétendu concours dont beaucoup de postulants n’ont
même pas entendu parler (à part les ministères
concernés), des cadis ont été nommés pour les
districts d’Obock et de Tadjourah.
Le seul problème, c’est que ces
heureux agents de l’État, absolument intégrés dans le
milieu qui leur a ainsi été désigné, souffrent d’un
blues bien compréhensible, quoique faisant le malheur des
administrés. Car, et cela beaucoup plus dans certaines
composantes de notre communauté nationale, le mariage est
avant tout une affaire tribale : il ne viendrait pas à l’idée
de tout le monde de demander à un cadi ne parlant pas la
langue d’officier une cérémonie dont les implications
dépassent la seule rencontre entre un homme et son élue.
De fait, en cas de litige, souvent à l’ordre
du jour, les familles ayant contracté ce lien se
tourneront inévitablement vers l’officiant : bonjour le
surplus de difficultés s’il ne connaît rien aux
procédures coutumières qui, souvent plus que le canon
musulman, sont invoquées pour tout règlement. Et inutile
de prétendre, comme l’a maladroitement tenté le chef
de l’État, que des traducteurs appointés combleront
cette lacune.
Son Excellence El Hadj honoris causa
veut donc envoyer partout dans le Nord des cadis venus d’ailleurs
: osera-t-il en faire autant pour le Sud ? Pour le moment,
force est de déplorer que ce brassage au nom de l’Unité
nationale ne soit pas une réalité en ce qui concerne les
représentants de l’État dans les régions.
*
Sud-Ouest :
Yoboki condamné à la soif ?
En raison de la panne d’une motopompe
que la mauvaise gouvernance semble incapable de réparer
ou de remplacer, les habitants de Yoboki, gros village du
district de Dikhil, sont condamnés à la soif. Ainsi,
depuis plus de dix jours, l’eau courante a disparu de
cette localité particulièrement courtisée en octobre
2003. En attendant que le docteur honoris causa en
campagne trouve une solution miraculeuse au problème de
la soif à Yoboki, les milliers d’habitants de cette
bourgade en sont réduits à faire la queue devant les
rares camions-citernes de passage, venant de Dikhil.
A l’heure où le sourcier national se
vante d’avoir découvert de l’eau sur le haut du
plateau du Day, après avoir déversé des centaines de
millions de nos francs pour faire venir de l’eau de
Garenlé à 17 kilomètres en contrebas, qu’attend-il
également pour sauver les habitants assoiffés de Yoboki
?
*
Misère de l’Ecole publique :
Accès, équité, qualité ?
Le ministre de l’Éducation nationale
et sa délégation se sont rendus à Dikhil le 16 janvier
dernier pour constater que, comme partout ailleurs, tout
allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Pourtant, la réalité des écoles rurales reste
préoccupante. Ainsi, l’école de Dawdawya dans la
région de Yoboki est un exemple frappant du mépris
officiel en matière d’éducation dans les zones
rurales.
Dans cette école de trois classes,
comptant chacune une trentaine d’élèves, seuls deux
instituteurs sont contraints à prendre en charge près d’une
centaine d’élèves. Le ministre de l’Education
considère-t-il que l’accès équitable de l’enseignement
et sa qualité sont assurés dans ces conditions?
Pourtant, la presse gouvernementale avait, avec zèle,
expliqué que tels étaient les objectifs poursuivis par
les forums décentralisés tenus dans les différents
districts de l’Intérieur.
Pendant ce temps, le chef de l’État
et son pote le ministre de l’Éducation nationale, se
permettent d’inaugurer des écoles de six classes
construites par une organisation de bienfaisance
yéménite, osant même pompeusement les baptiser lycées.
Où a-t-on vu des lycées composées de six salles ? Au
fait, combien de classes existent au lycée privé Guelleh
Batal ?
A croire qu’elle participe activement
à la déperdition scolaire. Pour l’heure, tout le monde
est heureusement conscient que cette politique est
condamnée à l’échec.
Les
comptes de la Chambre des Comptes (5)
L’ANARCHIE DANS LES ETABLISSEMENTS
PUBLICS
Il n’y a pas que l’administration
centrale qui soit gangrenée par la mauvaise gouvernance.
Dotés d’un conseil d’administration comme organe
délibérant censé être indépendant de tout pouvoir
politique ou économique, les établissements publics à
caractère industriel et commercial (E.P.I.C) n’échappent
pas à cette plaie, comme l’attestent les anomalies
relevées dans les entreprises auditées par la Chambre
des Comptes et de Discipline Budgétaire (CCDB)
Dans son rapport, la CCDB commence par
constater que le gouvernement ne respecte pas les lois qu’il
a lui-même édictées et relatives aux conditions de
privatisation. A la loi n°130/AN/97 définissant quatre
modalités de privatisation (cession d’actifs, cession
de capital, transfert de l’exploitation et concession) a
succédé la Loi-programme n°12/AN/98, plus restrictive
et réduisant ces modalités à une seule : la cession d’une
partie du capital après création d’une société
anonyme de droit privé. Si cette modalité n’a pas du
tout été respectée parce que le mode de privatisation
privilégié du gouvernement reste la concession. Il est
à souligner par ailleurs, les différentes cessions des
entreprises publiques s’étaient faites dans une totale
opacité en ce sens que certaines d’entre elles en bonne
santé financière ont été bradées, comme par exemple
la Pharmacie de l’indépendance.
Nous le savions déjà, la mauvaise
gouvernance étant le mode de gestion des deniers publics,
la Chambre des Comptes en dehors de l’énumération des
défauts administratifs de ces établissements ne
quantifie pas les conséquences économiques et sociales
des dérapages de leur direction. Ce qui est grave puisque
les modifications des textes antérieurs régissant les
Conseils d’Administration qui ne sont plus présidés
par les Ministres de tutelle, n’ont rien changé dans le
fonctionnement anarchique de ces établissements. Quoiqu’il
en soit, la désastreuse situation financière, en l’absence
de tout contrôle en amont comme en aval, contribue à la
perpétuation des gestions plus que douteuses des
directeurs dont certains restent inamovibles.
Ne dit-on pas que «si la tête ne va
pas, rien ne va».
La Chambre constate seulement l’état
de déconfiture de ces entreprises dû principalement aux
manquements des directions et des Conseils d’Administration.
Or, il est curieux de la voir citer des paiements d’honoraires
aux administrateurs sous forme de primes exceptionnelles.
Elle écrit: «les membres de certains conseils d’administration
perçoivent des honoraires sous forme de primes
exceptionnelles contrevenant ainsi aux dispositions
légales». Même si les magistrats ne nous disent
rien du montant de ces primes exceptionnelles, elles
doivent quelque peu grever le budget de ces
établissements, quand nous savons que les conseils d’administration
se réunissent au moins trois fois par an.
Les graves anomalies relevées par la
Chambre n’ont pas de quoi surprendre puisque les
Directions et les Conseils d’Administration, tous deux
responsables de cette situation, demeurent inamovibles.
Quelle responsabilité peut-on donc attendre des
Comptables de ces sociétés d’État.
Certes, une entreprise étant un tout,
les dérapages financiers accentués par la mauvaise
gestion des responsables ne peuvent certainement pas
garantir une rentabilité quelconque, ni une trésorerie
positive.
La Chambre n’ayant toujours pas cité
objectivement l’origine du mal, l’absence des pièces
comptables et les passations de fausses écritures ne
peuvent suffire. Il faut clairement désigner les fautifs
et préconiser les décisions indispensables pour un
redressement de la situation des établissements publics.
C’est la permanence de la mauvaise
gestion depuis bientôt 30 ans qui assure ce que la
Chambre des Comptes qualifie timidement de camouflage des
dépassements des crédits qui se situeraient à environ
20% des prévisions. Or, tout un chacun sait qu’outre le
train de vie des responsables de ces sociétés, l’État
aussi s’en sert à l’occasion, y compris jusqu’à
épuiser leurs ressources financières pour les guerres
contre ces citoyens comme des voisins.
Ces contrôles de la Chambre manquent
de sérieux. Les dépenses, remarque-t-elle, sont
allégrement violées: fausses factures, faux bons de
commande, absence de recouvrement des créances...
Pourquoi les contrôleurs de la Chambre n’ont pas
procédé à utiliser la méthode de contrôle à travers
la réciprocité des comptes ? Ils auraient pu ainsi
déterminer la part des malversations dans les dépenses
de ces sociétés, mais aussi dégager la trésorerie
supposée effective de celles-ci, dans une gestion saine.
Point important qui sauverait peut-être certaines
sociétés utilisatrices permanentes des multiples
financements bancaires dont les frais pèsent et handicapent
lourdement tout investissement et donc tout
développement. A ce sujet, dans la déontologie bancaire
(il y a en une), le financement accordée à des
entreprises défaillantes constitue un délit, puisqu’il
contribue à précipiter leur faillite.
Nous aurions souhaité un peu plus de
sérieux et franchise en plus du dégagement de décisions
susceptibles d’assainir l’état de délabrement
économique, financier et social des établissements
publics. Dès lors, les recommandations de la Chambre des
Comptes et de Discipline Budgétaire se veulent comme un
programme de moralisation de la vie publique auquel ne
peuvent qu’adhérer les responsables, mais qui risque de
rester lettre morte tant que fera défaut une volonté
politique au sommet de l’État. Comme c’est le cas
actuellement.
Courrier
des lecteurs
OBOCK : ENCORE LE BLOCUS
En guise de contribution
à la visite du chef de l’État à Obock, un jeune
chômeur de ce district nous a fait parvenir ce courrier.
Peut-être était-il persuadé que le cirque présidentiel
en déplacement ne le laisserait par s’exprimer ? Merci
de nous accorder votre confiance.
Ces derniers temps, AIR-FAD assure la
desserte aérienne de Tadjourah et d’Obock, deux fois
par jour. Dès son premier vol, un certain journal avait
bel et bien précisé que c’était un signe de la
campagne pour la présidentielle. Ce qui semble absolument
vrai, tant cette région est oubliée par le gouvernement
comme par l’ensemble des médias, y compris votre organe
de presse, qui ne relate qu’occasionnellement sa
détresse sans fin.
A l’heure où la femme et l’enfant
sont des priorités partout dans le monde, des mères et
leurs progénitures n’ont pas ici la considération que
les ravisseurs du RPP accordent aux plantes vertes sur le
terrain de décollage d’AIR-FAD. Une fois arrivé l’aigle
provenant d’Éthiopie et transportant à son bord la
ration quotidienne de khat, toutes les listes de passagers
enregistrés sont annulées.
Et les rares mères retenues par
miracle avec leurs bébés ne doivent surtout pas
déranger les piles de khat occupant une place de choix.
Pour son confort, les listes de passagers sont souvent
réduites à 16 personnes. Cela leur est égal que ces
bébés meurent de faim ou de soif.
Je n’évoquerai pas la falsification
de ces listes, tout comme je n’évoquerai pas la
discourtoisie envers les passagers : les militaires ne
font ni dans le commercial, ni dans l’humanitaire. En
fait, ces liaisons servent principalement aux ravisseurs
du RPP qui regagnent Obock avec leurs rations de la plante
verte.
Plus gravement, il y a environ deux
mois, une jeune femme enceinte de plusieurs mois et
atteinte d’hémorragie interne, avait été
hospitalisée au dispensaire d’Obock. Constatant qu’elle
avait déjà perdu trop de sang et qu’il n’y avait
plus rien à faire pour elle ici, les responsables
médicaux ont pris la décision de procéder à son
évacuation sanitaire par voie aérienne sur la Capitale.
Au moment où l’avion s’apprêtait
à atterrir sur le terrain, de hauts responsables du
district et de la Santé l’accompagnèrent pour insister
sur le caractère urgent et vital de son évacuation, afin
que le pilote accepte de la prendre à bord. Détestant l’imprévu,
la seule réponse de ce pilote fut qu’une fois arrivé
à Djibouti, il en référerait à ses supérieurs mais
que, pour ce vol, il lui était impossible d’embarquer
la malade, la liste étant close. Que sa vie était en
danger ne constituait pas pour lui un cas de force majeur.
Pourtant, qu’y a-t-il de plus important que de venir au
secours de son prochain et même de sauver une vie ?
Un autre jour, l’avion arriva à
Obock aux environs de 15 heures, avec à son bord les
inévitables rations de plantes vertes. A la descente des
passagers, on remarqua enfin qu’une femme enceinte (et
sous perfusion) avait beaucoup de mal à respirer, à
cause de la promiscuité et de l’encombrante cargaison
de khat. Or, ce même jour, un hélicoptère avait été
mis à la disposition d’une autre campagne se déroulant
à Khor-Angar et transportant lui aussi du khat.
Mardi, le Président de la République
débarquera à Obock, sans se rendre compte de l’état
réel de ses concitoyens dans ce district. Concitoyens
dont il attend pourtant un accueil chaleureux. En marge de
cette visite, de courtoisie dira-t-on, il procèdera à l’inauguration
d’une école islamique entièrement financée et
construite par le Yémen ; qui sera plus tard transformée
en un lycée, paraît-il : on aperçoit déjà la photo de
notre chef d’État sur un mur de l’enceinte.
Ce que nous ne comprenons pas ici, c’est
le pourquoi de toutes ces gesticulations de la part d’un
Président de la République qui, grâce aux fraudes, n’a
rien à craindre des urnes. D’autant plus que l’opposition
qui le gênait a fait savoir qu’elle ne participerait
pas à la prochaine élection présidentielle.
Pour l’heure, tout est fin prêt à
Obock pour le recevoir : les écoliers doivent être dans
la rue poussiéreuse à applaudir, eux auxquels est
pourtant refusée l’aide alimentaire fournie par le
Programme Alimentaire Mondial destinée aux cantines
scolaires. Il entendra quelques notables ou autres
personnages le remercier de tous ses efforts en direction
d’Obock dans le cadre de la Réhabilitation.
Parlons-en, justement. Pour nous
Obockois, la Réhabilitation est uniquement le fruit de l’accord
de paix du 12 mai 2001 et son financement par la
communauté internationale a été sabotée par le
gouvernement djiboutien. Avant le 7 février 2000, la
ville et la région d’Obock étaient considérées comme
des zones de guerre : prétendre qu’un effort de
réhabilitation aurait suivi la paix de 1994 est donc
totalement fantaisiste. Nous en savons quelque chose, qui
avons dû fuir nos maisons et abandonner nos biens pillés
par les troupes gouvernementales, avec quelques civils
assassinés au passage. Pour ce qui est de la
Réhabilitation actuelle, observons déjà que toutes les
maisons prévues ne sont pas construites.
Mais il y a pire : les quelques
logements en construction n’ont qu’une seule chambre !
Sans évoquer le fait que, faute de ciment en quantité
suffisante, certaines portes d’entrée sont déjà à
terre.
Merci quand même, monsieur le
Président pour cet effort, quoique beaucoup de citoyens
aimeraient bien savoir où diable sont passés les
millions et les millions prétendument injectés dans
cette réhabilitation version RPP. Surtout, certaines
Obockois désemparés s’interrogent, eux auxquels est
refusée une maison en remplacement de la leur détruite,
parce qu’ils n’ont pas assez d’argent pour financer
la part de la construction laissée à la charge des «
réhabilité ».
Sans oublier, enfin, que le taux de
chômage avoisinant ici les 99%, il sera difficile à ces
nouveaux locataires d’honorer les factures d’eau et d’électricité.
Tout ceci pour dire qu’avec ce régime, notre avenir
restera désespérément triste.
Pour conclure, justement, cela concerne
l’actualité de cette semaine à Obock : des citoyens
privés de leur identité nationale (presque 60% n’ont
pas de pièces d’identité, le registre d’état civil
ayant été détruit par les soldats au début de la
guerre) n’auront pas eu l’honneur de participer à l’élection
pour désigner le président d’annexe d’un certain
parti. Comme quoi, le régime n’a besoin ni de militants
ni de citoyens. On aurait dit tant mieux s’il ne s’agissait
que de ne pas être militants de ce parti de malheur, qui
n’est autre que le RPP.
En ce qui nous concerne, pour les
pièces d’identité, le prétexte au refus opposé par l’administration
était autrefois que les cartes des parents étaient
introuvables. A présent, même si les pièces d’un seul
parent sont en principe suffisantes, l’accès à la
citoyenneté pose encore problème : une fois arrivés à
Djibouti, il paraît que les dossiers disparaissent. C’est
trop grave pour en rire.
Je profite de cette occasion pour
féliciter la jeunesse de Tadjourah pour sa remarquable et
constante mobilisation ; tout comme je tiens à féliciter
toute la Jeunesse djiboutienne, où qu’elle se trouve :
restons mobilisés et revendiquons nos droits.
M.A.M Obock
Djibouti-Somaliland
: du mépris au "respect"
Les observateurs
relèvent que, depuis peu, l’arrogance de la diplomatie
djiboutienne s’est quelque peu atténuée. Toutefois,
les rencontres soutenues avec la République du Somaliland
et la timide participation de notre pays à la
consolidation de la paix inter-somalienne scellée au
Kenya illustrent l’ambiguïté de notre diplomatie.

L’actuelle trajectoire de la
politique régionale djiboutienne ne correspond plus à sa
position initiale. Certes, le gouvernement formé au Kenya
y est pour quelque chose comme les élections
législatives en Somaliland prévues pour mars prochain et
la présidentielle à Djibouti un mois plus tard.
Cependant, le pouvoir a passé sous silence, dans sa
presse écrite, cette visite officielle de l’importante
délégation ministérielle du Somaliland.
Pour notre part, nous nous sommes
intéressés à l’événement. Car, quoi qu’il en
soit, il est clair que la visite à Djibouti des ministres
somalilandais fait suite au voyage officiel effectué chez
nous par l’actuel Président de ce pays, au lendemain de
son investiture, rencontre qui avait permis la reprise des
relations entre les deux voisins. Sous la conduite de leur
ministre de l’Intérieur, cette délégation était
composée de cinq ministres dont celui de la
Communication, de l’Économie, de l’Air et du
Transport aérien, celui en charge des relations avec le
Parlement et enfin du Maire de la Capitale somalilandaise,
Hargeisa, devant s’entretenir avec son homologue
djiboutien pour dégager les domaines d’intérêt
réciproque.
Interrogée par la presse de son pays,
le ministre somalilandais de la Communication avait
précisé que sa délégation allait visiter Djibouti sur
invitation du gouvernement de ce pays avec, pour objectif,
le renforcement des relations d’amitié et de
coopération entre les deux pays. Précisant que suite à
la création antérieure d’une commission
interministérielle, cette nouvelle rencontre devait
permettre la mise en place des commissions techniques des
deux pays.
Les discussions porteraient, avait-il
souligné, sur la coopération entre les deux États dans
les domaines de l’Économie, du Commerce, de la paix, de
la lutte contre le terrorisme et enfin de la finalisation
de certains points restés en suspens qu’il n’a pas
voulu citer.
Néanmoins, le Ministre voulait calmer
le gouvernement djiboutien, irrité des propos de son
homologue chargé de l’Élevage sur l’exportation via
le port de Djibouti du bétail sur pied, il s’est
refusé à confirmer si cette visite dans notre pays
appuyait la candidature du Président djiboutien en avril
2005. Mais il a surtout éludé la question portant sur le
refus de reconnaître le Somaliland par l’État hôte,
en soulignant que la République autoproclamé sans
reconnaissance internationale était obligée de
travailler avec son voisin immédiat, même sans sa
reconnaissance.
Or, si la presse nationale écrite (par
contre, toujours audio à l’adresse de certains
quartiers de la Capitale quand il s’agit de manœuvres
électoralistes) n’a pas jugé utile de commenter les
résultats de cette rencontre, celle du Somaliland, quant
à elle, présente à Djibouti, prétend que cette
visite a révélé les points tenus secrets de cette
réunion interministérielle. Ainsi, le gouvernement
djiboutien aurait demandé, et ce n’est pas la première
fois, le transfert de la frontière et du village de
Loyada, côté somaliland, de près de 20 km, à l’intérieur
de ce pays. Il est dit par ailleurs que, depuis deux ans,
Djibouti se plaint de la contrebande venant de ce pays, en
particulier celle du carburant et des cigarettes,
activité que combattent officiellement les forces de
police des deux pays.
La presse somalilandaise se demande
également si l’explosion perpétrée l’année
dernière contre les deux stations d’essence du village
frontalier de Loyada, dont les auteurs demeurent toujours
introuvables, ne serait une raison trop facile invoquée
par l’État djiboutien dans sa lutte contre l’activité
de contrebande. Cette même presse signale enfin que les
petits commerçants somalilandais se plaignent de la
confiscation de certains produits par les forces de
police, alors qu’ils seraient ensuite revendus ailleurs.
A cette réunion, à laquelle avaient
participé entre autres, côté djiboutien, le ministre
des Affaires Étrangères et de la Coopération, de l’Intérieur
et de la Décentralisation et celui en charge de la
Communication, aurait été discutée la question de l’exportation
du cheptel somalilandais via Djibouti.
Quoi qu’il en soit, cette visite a
suscité une levée de boucliers tant parmi la population
somalilandaise que du côté de l’opposition de ce pays
qui voient d’un mauvais œil le caractère secret de ces
relations tenues secrètes.
En effet, ils disent craindre que cette
insistance de la partie djiboutienne pour le transfert de
la frontière soit dictée par des visées obscures. D’ailleurs,
lors de son intervention télévisée le ministre
djiboutien des Affaires Étrangères n’avait pas hésité
à affirmer qu’entre les deux pays, la notion de
frontière n’avait aucun sens. Une attitude démagogique
que nous dénonçons avec vigueur.
Nous sommes tentés de rappeler que
cette invitation lancée au Somaliland en pleine campagne
pour la réélection du candidat solitaire reste, avant
tout, une opération électoraliste destinée à s’assurer
du concours des Djiboutiens installés dans ce pays en
faveur du renouvellement de son mandat. Le Somaliland n’a
pas la mémoire courte, ses dirigeants et sa population
savent bien que le FUOD et sa composante le FRUD, avaient
dès 1992 reconnu son choix à l’autodétermination.
L’ARD, continuité historique du FRUD
et du FUOD, reste toujours fidèle à cette position de
principe.
Enfin, il est clair qu’à travers
cette manœuvre de rapprochement avec le Somaliland, le régime
cherche à réitérer le forfait anti-démocratique d’avril
1999, tout en continuant de saboter la Réconciliation
somalienne initiée au Kenya.
Graner contre
Graner
Le caporal américain
Charles Graner, considéré comme le principal responsable
des sévices infligés à des détenus irakiens dans la
prison d’Abou Ghraïb, a été condamné samedi dernier
à dix ans de prison et à la radiation de l’armée par
la cour martiale de Fort Hodd, au Texas. Agé de 36 ans,
il a donc été reconnu coupable par les dix officiers
composant le jury de ce tribunal militaire, tous d’anciens
combattants en Irak et en Afghanistan. Cet ancien gardien
de prison dans le civil a été présenté par l’accusation
comme l’instigateur des sévices infligés aux
prisonniers d’Abou Ghraïb, tandis que, pour la
défense, le caporal Graner n’aurait fait qu’obéir
aux ordres de ses supérieurs.
Accusé de mauvais traitements envers
des détenus, incapacité à les protéger contre des
abus, actes de cruauté, agressions et actes d’indécence,
le caporal Graner avait notamment contraint des
prisonniers irakiens d’Abou Ghraïb à composer nus une
pyramide humaine, à se masturber devant leurs geôliers
ou encore à mimer des scènes de fellations.
Ce scandale avait éclaté au printemps
dernier, avec la publication de photos de prisonniers
irakiens humiliés par des soldats américains. Aucun
membre du jury ne pouvait décemment déclarer recevable l’argumentation
selon laquelle toute la chaîne de commandement était
complice, car il est impensable qu’une telle décision
ait été prise au plus haut niveau.
Pour sa défense, le soldat Charles
Graner a reconnu avoir agi de manière condamnable, en
affirmant : «Je n’ai rien aimé de ce que j’ai
fait là-bas. Beaucoup de choses étaient mauvaises,
beaucoup étaient criminelles.» Tout en précisant
aussitôt : «Ma hiérarchie m’a ordonné de
continuer les sévices.» Il s’est même permis de
donner les noms de plusieurs de ses supérieurs auprès
desquels il a affirmé avoir protesté contre les mauvais
traitements infligés aux prisonniers.
L’accusation a maintenu que Graner
était connu pour être un sadique notoire et qu’il n’avait
aucunement reçu des ordres pour se comporter de la sorte.
Dans sa plaidoirie, l’avocat de Graner avait pourtant
martelé que son client avait agi sur ordre des
responsables du renseignement militaire.
Après le verdict, la mère de Charles
Graner, pleine d’amertume, a nommément accusé le
président Bush et le secrétaire à la Défense Donald
Rumsfeld d’être les vrais instigateurs des tortures
contre les prisonniers irakiens.
Toujours est-il qu’il est à présent
établi que le pitoyable soldat Graner et sa compagne, la
première classe Lynndie England, dont les photos avec les
prisonniers irakiens nus ont fait le tout du monde, sont
des monstres à visage humain qu’une Amérique
bien-pensante ne pouvait tolérer. Le scandale de ces
humiliations a déjà conduit à la condamnation de quatre
autres soldats américains.
Pour leur part, les organisations des
droits de l’homme avaient eu parfaitement raison d’alerter
l’opinion publique internationale sur le sort des
prisonniers détenus à Guantanamo, dans des conditions
qui contreviennent à la Convention de Genève relative
aux prisonniers de guerre et, d’une manière générale,
cette condamnation de Graner intervient dans un contexte
de recul des droits de l’homme à la faveur de la lutte
antiterroriste. L’arsenal juridique adopté aux États-Unis
et en Europe fait régulièrement l’objet de
plaintes déposées par Human Right Watch. Les États-Unis
n’hésitent d’ailleurs pas à sous-traiter dans les
pays alliés, notamment dans le monde arabe, des polices
locales peu scrupuleuses dans leur recours à la torture
pour extorquer des aveux à de simples suspects.
Cette condamnation n’en reste pas
moins exemplaire, surtout pour un pays comme Djibouti, où
de gradés et de moins gradés s’étant rendus coupables
de crimes de guerre, jouissent encore de la plus totale
impunité, certains ayant même été décorés et promus.
Meeting populaire à
l’avenue Nasser
L’Union pour l’Alternance Démocratique souhaite une
bonne et heureuse fête de l’Aïd-El-Adha à toute la communauté
djiboutienne ainsi qu’aux musulmans du monde entier.
L’UAD invite toutes ses militantes et tous ses militants
à assister massivement à son grand meeting populaire qui se tiendra le jeudi
20 janvier à partir de 8 heures 30 devant le siège de l’UDJ à l’Avenue
Nasser.
Le
soldat, le ministre et le député FRAGMENTS
D’UN DIALOGUE CENSURÉ En
réaction aux derniers développements d’une
ténébreuse affaire, qui empoisonne ses relations avec la
France, le régime a repris sa diplomatie de l’insulte.
Fini la rigolade, apprend-on dans les colonnes de « La
Nation » : Paris coupable d’avoir laissé sa Justice
manquer de respect à l’égard des dirigeants
djiboutiens, doit désormais savoir que «the game is over»
! Comme il est vilain de manquer de respect vis-à-vis de
qui que ce soit, il est de notre devoir de relater les
conditions honteuses dans lesquelles s’est déroulé le
Conseil des ministres décentralisé à Tadjourah mardi 11
janvier. Le cirque en déplacement militarisé s’y est
tellement moqué du monde qu’ici, l’on peut estimer
que la machine à frauder a fait tilt.
« La démocratie pastorale en
pratique » : c’est sous ce titre fleurant bon la
nostalgie élitiste d’une peuplade subtropicale se
croyant Élue, que le journal gouvernemental « La Nation
» a relaté à sa manière les échanges qui se seraient
établis entre le chef de l’État et les habitants de la
région de Tadjourah. Le malheur, ce n’est pas que la
presse gouvernementale dénature à ce point les faits :
seul le cloisonnement des différentes composantes de
notre communauté nationale l’autorise à désinformer
ses lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs. En effet, s’étant
heurtée au devoir de vérité qu’impose une posture
citoyenne, la machine électorale du candidat en campagne
a en fait, tout simplement, censuré les propos de tous
ceux qui, en toute bonne foi, s’étaient déplacés pour
formuler les inévitables doléances d’une région
abandonnée.
Car c’est de cela qu’il était
question lorsque les émissaires du chef de l’État ont
sillonné ce district : l’illustre visiteur désirait
entendre ses concitoyens pour qu’ils lui fassent part de
leurs attentes. Cette démocratie directe, à défaut d’être
pastorale, devait en premier lieu se concrétiser par la
présence des notabilités après la séance du Conseil
des ministres. Hélas ! l’accès à la salle de réunion
a été refusé sans ménagement à certains des plus
importants notables de Tadjourah. Quant aux autres, qui
ont pu approcher, il ne leur a pas été possible d’exprimer
une quelconque doléance : tout allait pour le mieux dans
le meilleur des mondes. Beaucoup d’entre eux,
réquisitionnés du fin fond de la brousse, juraient mais
un peu tard qu’on ne les y reprendrait plus : non
seulement censurés, mais même les mandibules ont fait le
voyage pour rien, puisque le khat offert par le visiteur
avait été confisqué par la soldatesque !
Puis, ce fut au tour d’un « député
» de la région d’être brutalement éconduit par un
soldat de faction : par respect pour nos lecteurs, nous ne
reproduirons pas les propos (classés X) de cette
gâchette nerveuse. Occupant à l’Assemblée nationale
un siège qui aurait normalement dû revenir à un
candidat UAD, il nous est difficile de nous sentir
offusqués par l’humiliation ainsi infligée à ce
timide qui aurait certainement inspiré Brel.
Depuis l’Antiquité, l’instauration
de la démocratie s’est accompagnée d’un processus de
neutralisation des guerriers, selon le principe latin en
vertu duquel les armes cèdent le pas aux toges. Tout
comme chez nous, un Sultan ne doit jamais porter sur lui
des attributs guerriers : il gouverne uniquement par la
Parole.
Ce qui n’est évidemment pas le cas
de ce régime, comme le rappelait un graffiti condamnant
les « mal-élus » sur un mur de Tadjourah. Quand un
militaire se permet de publiquement insulter celui qui ose
se prétendre élu du Peuple, c’est de notre point de
vue un peu plus grave qu’une convocation à comparaître
adressée par la lointaine Justice française à un
fonctionnaire djiboutien, quel que soit son rang. C’est
aussi le moment où le vernis démocratique laisse
transparaître le despotisme local dans toute sa
sauvagerie : il est ainsi rappelé au mal-élu qu’il n’est
qu’une simple fabrication et qu’il ne devrait pas trop
se prendre au sérieux. Comme le sujet de Pharaon, il
appartient à son créateur, lequel accorde plus d’importance
au soldat qui le protège qu’au pantin qui le légitime.
Mais il n’est pas nécessaire d’être
armé pour ainsi bafouer la bienséance démocratique. Il
se raconte dans les couloirs de l’Assemblée nationale
qu’un député trop consciencieux avait été récemment
insulté par un ministre lui déniant tout droit d’expression,
en raison de l’origine tribale de l’un et de l’autre.
Le député et le ministre se reconnaîtront.
Le dictateur qui le précédait avait
une autre façon d’agir. En tournée dans ce même
district, il avait un jour des années 80 refusé la
parole à un illustre notable souhaitant s’exprimer. Si
le visiteur n’était pas venu pour l’écouter, lui ne
s’était pas déplacé non plus uniquement pour boire
ses paroles : ce notable quitta donc dignement une
réunion dans laquelle il ne se considérait pas à sa
place, parce que rabaissé au rôle d’un pitoyable
figurant convoqué pour applaudir. Le successeur préfère
pour sa part feindre écouter ceux que lui et ses obligés
ont préalablement sélectionnés parce qu’ils n’avaient
aucun intérêt à lui dire la vérité.
Vérité que, n’en déplaise à
certains mâles, une femme pourtant peu suspecte d’opposition,
a osé dire en face au chef de l’État : son gouvernement
n’offre aucune perspective de développement pour la
région de Tadjourah. Ainsi a-t-elle regretté que le
village de Sagallou, en tant que zone affectée par le
conflit, n’ait bénéficié d’aucun programme de
réhabilitation. L’interrompant sans courtoisie, le
Premier ministre lui aurait alors répondu que son
gouvernement allait corriger cette injustice «même en
détournant, s’il le faut, les crédits affectés à la
reconstruction des maisons d’Obock».
Dégoûtée mais pas convaincue, elle
lui aurait tout simplement répondu : « Ne m’interrompez
pas, c’est au chef de l’État que je m’adresse».
Pas convaincue : le régime aurait
commencé à reconstruire toutes les infrastructures
détruites durant le conflit, au lieu de se gargariser de
deux réalisations (un local pour stocker du poisson et
une école) entièrement financées par la générosité
extérieure.
Ce mardi-là à Tadjourah, la machine
du parti unique a vraiment fait tilt : il est impossible
de durablement berner une population de plus en plus
consciente des réalités. A quand la prochaine étape,
celle de l’heure de vérité ?
En toute logique, ce régime d’usurpation
et de fraude tentera vainement de réprimer toute
aspiration à la vie qui ose s’exprimer ailleurs que sur
le terrain miné d’une consultation électorale.
Mais de cela, tout le monde est
conscient : l’émancipation et le développement sont à
ce prix.
* * *
|
|
|
|