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Éditorial
MUTILATIONS GÉNITALES FÉMININES :
TOLÉRANCE ZÉRO !
Il y a comme cela des domaines où,
par-delà les clivages partisans, un consensus devrait se
dégager pour ensemble promouvoir le bien-être de nos
populations. La lutte contre les Mutilations Génitales
Féminines (MGF) est l’un d’eux, actuellement sur le
devant de l’actualité. Blessures physiques et
psychologiques loin d’être uniquement symboliques, l’éradication
de ces pratiques barbares nécessite une prise de
conscience et une vigilance quotidienne de chaque
citoyenne et de chaque citoyen. Quotidienne étant donné
qu’il naît des filles tous les jours, dont beaucoup
sont aussitôt excisées et infibulées, en toute
impunité, malgré les dispositions légales en vigueur.
Car, en la matière, une tradition sédimentée donne trop
facilement une bonne conscience religieuse qu’il faut à
tout prix déstabiliser, déranger. Preuve parmi d’autres
que l’on ne change pas une société par décret, c’est
tout un travail de sensibilisation qui doit être mené,
en permanence.
Sur le long terme, il est bien évident
que l’élévation du niveau d’instruction,
spécialement chez le genre féminin, se traduira par un
abandon progressif de ces mutilations. D’ores et déjà,
le caractère barbare de leur prégnance varie
considérablement selon ce niveau d’études : plus
intolérable dans le milieu rural essentiellement
illettré.
Pour l’heure, sur le court terme, c’est
sur l’illégitimité religieuse des MGF que les messages
de sensibilisation doivent insister. C’est dire combien
la contribution des autorités religieuses est décisive
dans ce juste combat. Selon la Constitution de septembre
1992, l’Islam est ici religion d’État : il serait
malheureusement plus juste de dire qu’en fait c’est le
« clergé » musulman qui est au service du régime.
On se souvient qu’au début du
conflit civil, un prédicateur du vendredi appelait
solennellement au Djihad contre une composante de la
communauté nationale. Au nom de toutes les fillettes
injustement et quotidiennement charcutées, on aimerait qu’un
même zèle soit mis au service de l’intégrité
physique et psychologique d’une personne humaine trop
jeune pour se défendre. Pourquoi est-il plus facile d’inciter
au meurtre de son prochain que d’inviter au respect de
la vie ? Pourtant, l’Histoire est là pour nous
enseigner que cette indispensable révolution culturelle n’a
rien d’impossible : n’oublions pas qu’avant l’Islam,
les tribus de la Péninsule Arabique avaient pour coutume
de tuer les fillettes, comme le rappellent les verset 8 et
9 de la Sourate 81.
« Et quand on leur dit ‘Suivez ce
qu’Allah a fait descendre’, ils répondent ‘Nous
préférons suivre ce que nos ancêtres faisaient avant
nous’ quand bien même ce serait le Diable qui les
appellerait au châtiment du feu ». C’est bien ce
Verset 21 de la Sourate 31 qui explique le conformisme
culturel consistant à systématiquement mutiler les
fillettes. Car l’excision et l’infibulation n’ont
rien à voir avec le Coran : on les retrouve chez des
peuples chrétiens de l’Afrique de l’Est comme chez
des peuplades animistes d’Afrique de l’Ouest. La seule
référence religieuse, cosmogonique en fait, des
mutilations génitales scientifiquement attestée, est en
réalité pharaonique. C’est le mythe de l’androgynie
d’Amon, retrouvé par les ethnologues chez les Dogon :
pour que l’humanité se perpétue, il fallait enlever à
l’homme ce qu’il y a de féminin en lui (le prépuce)
et à la femme ce qu’il y a de masculin en elle (le
clitoris érectile). L’ablation des grandes lèvres n’étant
plus, pour ainsi dire, qu’une sophistication
ornementale. On chercherait en vain une telle
rationalisation de ces pratiques dans le Coran ou la
Sunna.
Plutôt que de tout attendre d’une
inefficace pénalisation, ou de l’inévitable processus
de laïcisation (et de relâchement des mœurs) qui
accompagne l’élévation du niveau d’instruction, c’est
aux autorités religieuses d’assumer leurs
responsabilités, en insistant sur le fait que les MGF
sont avant tout des pratiques païennes que l’Islam ne
saurait ni cautionner ni tolérer.
Brèves
nationales
Obock redécouverte
:
Cérémonie de prière pour le candidat
solitaire
Dans l’espoir de booster la campagne
chaotique du candidat solitaire, des pèlerins peu
ordinaires dépêchés de Djibouti seraient sur le point
de débarquer à Obock. Ces marabouts proches du régime
projetteraient de se recueillir sur la tombe du Cheik
Bourhan au cimetière situé à 1km au nord de cette
ville. Lieu d’un pèlerinage annuel autrefois, l’oratoire
du Cheik Bourhan était rarement fréquenté depuis l’indépendance.
C’est donc à cet endroit mythique qu’une cérémonie
de prière à l’intention du candidat unique devrait
être organisée prochainement. On le voit, le régime
fatigué cherche à faire flèche de tout bois.
Dans la polémique sur l’interdiction
du voile islamique, au moins les choses étaient claires :
un État laïc n’instrumentalise ni la religion ni le
clergé. Ici, l’Islam et ses officiants ne semblent pas
toujours sollicités pour la bonne cause.
*
Soirée électorale de l’UMP :
Fête ou défaite ?
Afin de conjurer le sort et redonner de
l’espoir au candidat solitaire, le régime organise en
début de semaine prochaine une grande soirée. Les
préparatifs vont bon train pour donner un éclat
particulier à cette fête à la gloire du candidat
officiel. Plusieurs centaines de figurants et autres
réquisitionnés feront bombance avant de swinguer dans l’air
du temps.
Cette méga boum du régime sera
certainement l’occasion de discours creux dont le RPP a
le secret. Les médias gouvernementaux sont d’ores et
déjà mobilisés pour nous faire revivre les grands
moments de cette fête de l’illusion organisée bien
sûr aux frais du contribuable djiboutien. Une chose est
sûre : le peuple sera le grand absent de cette fête qui
sent la défaite, morale sûrement.
*
Galafi :
Zone oubliée ou abandonnée ?
La localité de Galafi dans le district
de Dikhil est un des endroits les plus désolés de notre
pays. Ce poste frontalier situé sur le corridor routier
reliant Djibouti et l’Ethiopie ne dispose d’aucune
infrastructure de base, le lieu est si déshérité que la
population se sent condamnée à l’oubli. Au début de
cette année, l’ARD a ouvert une annexe dans ce village
abandonné pour répondre aux souhaits maintes fois
exprimés par nos militants.
Depuis cette date, des missi dominici
du régime sillonnent la région et promettent monts et
merveilles aux populations désespérées. Ainsi, à l’invitation
de nos dynamiques militants de cette contrée, une
délégation de notre parti compte se rendre prochainement
sur place pour délivrer à cette population un message de
lutte et d’espoir. Gageons que le candidat solitaire
nous emboîtera le pas. Mais, contrairement à nous, l’agronome
volant viendra les bras chargés de cadeaux et la tête
pleine de fausses promesses.
*
Quand les mal-élus pensent aux autres
:
Le ridicule ne tue pas !
Selon le journal gouvernemental « La
Nation » les mal-élus se seraient dernièrement
retrouvés à l’occasion d’une session dite
budgétaire pour également réfléchir à la situation de
certaines régions du monde. Au cours de cette session
épique, plusieurs résolutions à portée planétaire
auraient été adoptées.
L’une d’elle était relative aux
régions dévastées par le tsunami du 26 décembre 2004.
On se souvient que le 26 décembre 2004 était
précisément le jour où les mal-élus, les membres du
gouvernement et autres militants de la mouvance avaient
organisé un défilé parti de la route de Venise pour
commémorer le dixième anniversaire de la paix d’Aba’a.
Citons copieusement ce qu’à écrit notre confrère «
La Nation » dans son édition de lundi dernier.
"…L’Assemblée nationale,
réunie en séance plénière le samedi 29 janvier 2005, a
exprimé sa compassion et sa solidarité avec les pays et
les peuples touchés, et s’est félicité de l’aide d’urgence
et de la méga mobilisation de la communauté
internationale dans de si meilleurs délais pour venir en
aide aux populations sinistrées.
L’Assemblée nationale soutient les
efforts pour reconstruire les zones dévastées et pour un
retour aussi rapide que possible de ces populations
gravement touchées à des conditions de vie décentes, et
a par ailleurs exhorté la communauté internationale à
tirer les leçons de ce cataclysme qui a pris au dépourvu
des milliers de personnes et à coordonner les activités
de recherche sismologiques notamment sous-marines dans le
but de la mise en place de mécanismes d’alerte précoce
et rapide à grande échelle pour pouvoir sauver le
maximum de vies humaines…".
Une autre réaction tout aussi ubuesque
concernait la situation dans certaines régions d’Afrique.
Toujours selon ce confrère gouvernemental :
«… L’Assemblée nationale a
exhorté la communauté internationale à ne pas oublier
les victimes des guerres civiles incessantes dans
certaines régions d’Afrique… ».
Quand on songe au sort injuste imposé
par ce régime aux victimes du conflit chez nous, qui
attendent toujours la réhabilitation et la réinsertion,
cette réaction des mal-élus ne fait que confirmer le
pitoyable cynisme politique du système en place depuis 27
ans : pour n’avoir pas été vraiment choisis, ils n’ont
apparemment pas le temps de s’occuper de leurs
compatriotes, trop pris qu’ils sont dans des
considérations planétaires.
*
Visite Présidentielle au quartier 4 :
Réalité d’une esbroufe
Mardi 25 janvier dernier, le chef de l’État
accompagné des membres de son gouvernement a effectué
une visite éclair au quartier 4 où il a vécu dans sa
jeunesse. Le candidat solitaire se serait rendu sur place
pour inspecter les travaux d’assainissement en cours
dans ce quartier populaire. A cette occasion le candidat
en campagne n’a pas manqué de lancer quelques promesses
électorales dont il a le secret.
Pourtant ce quartier partiellement
assaini pour les besoins de sa visite ne figure pas dans
les projets d’assainissement de certains quartiers de la
capitale dont l’exécution est confiée à l’Adetip.
Cette agence a diffusé un appel d’offres national où
il est question de l’assainissement d’Arhiba, Einguela,
Cité du stade, Cité Cheik Osman et Salines Ouest, mais
point de quartier 4.
Rappelons que « Réalité » avait
relevé dans un précédent numéro, que les 50 millions
fd destinés à l’assainissement de ce quartier avaient
en fait servi au règlement d’une entreprise qui avait
participé à la construction du complexe présidentiel
pour le défilé du 27 juin. Alors est-ce pour réparer ce
dommage et cet oubli que le chef de l’État s’en est
allé parader dans son ancien quartier ?
*
Commerce international :
La Chine au chevet de l’Afrique
Nouveau géant du commerce mondial, la
Chine tient également à renforcer ses relations
commerciales avec l’Afrique dont elle importe l’essentiel
de ses matières premières et qui constitue également un
grand débouché pour ses exportations.
Ainsi, depuis le 1er janvier 2005, les
importations chinoises provenant de 25 pays africains
seront exonérées de taxes douanières. Cette mesure
concerne près de 200 articles exportés par ces pays vers
la Chine. Parmi les heureuses nations africaines
bénéficiaires des exemptions tarifaires chinoises,
figure aussi Djibouti.
Tout en remerciant le gouvernement
chinois pour l’intérêt qu’il porte à notre pays,
nous nous demandons vraiment si cette mesure profitera
réellement à l’économie nationale. Que peut bien
exporter notre pays en direction de l’Empire du milieu ?
*
Djibouti-France :
La vigilance semble de mise
L’euphémisme diplomatique a beau
prétendre calmer le jeu, il y a pourtant des signes de
nervosité qui ne trompent pas. La récente crispation
dans les relations franco-djiboutiennes auront en tout cas
fait quelques victimes collatérales : des chauffeurs de
taxi djiboutiens. Alerte ou entraînement ? Toujours
est-il que les ressortissants français ont déserté les
rues et les commerces de la Capitale jeudi dernier tôt
dans la soirée. Espérons que ce n’était là qu’une
fausse alerte.
Même s’il y a ici une malheureuse
tradition d’attentats anti-français, notre population
ne souhaite nullement que les tragiques événements de la
Côte d’Ivoire se répètent ici. Car, sur ce terrain,
le régime sera ce qu’il est déjà : seul contre la
majorité.
Un
fantôme dans la réalité
BORREL HANTE
LA PRESSE FRANÇAISE
En représailles aux
récents développements judiciaires de l’affaire Borrel
(comme s’il demandait à l’État français de
contrôler sa Justice), le régime djiboutien a procédé
à l’expulsion de six coopérants français, après
avoir fermé l’antenne locale de RFI. Sur le premier
point, dans un communiqué rendu public le 29 janvier
2005, le Quai d’Orsay regrettait cette mesure, qui
touche des experts oeuvrant dans des secteurs vitaux :
Santé, Éducation, Sécurité publique, Développement
rural. Nous le regrettons aussi, quoi que l’on aurait
été plus indulgent s’il s’était agi d’un
conseiller militaire. Car, pour l’honnête citoyen
djiboutien, cette nervosité regrettable autant que
suspecte, se résume à deux questions. 1) Soit ces
coopérants expulsés ne servaient à rien ici, auquel cas
pourquoi les avoir tolérés jusqu’à ce que la Justice
française ait demandé à entendre deux hauts
fonctionnaires djiboutiens dans le cadre d’un assassinat
? 2) Soit ces coopérants expulsés servaient à quelque
chose, auquel cas est-il responsable d’en faire des
boucs émissaires et des instruments de chantage à des
fins ne relevant pas nécessairement de la défense des
intérêts supérieurs de la République de Djibouti ? Sur
le second point, concernant la fermeture de l’antenne
locale de RFI, il s’agit là d’une inadmissible
violation de la liberté de la presse, que nous condamnons
fermement. Par solidarité journalistique, conscients de
notre propre sursis et pour combler dans la mesure de nos
moyens ce déficit imposé d’information, qui plus est
francophone, il est de notre devoir de nous faire l’écho
de tout ce que ce régime cherche ainsi à censurer. C’est
pourquoi nous proposons cette semaine, suite à de
nombreuses réclamations de nos lecteurs, deux articles
publiés par nos confrères français : le premier paru
mercredi dernier dans « Le Canard Enchaîné» n° 4396
du 26 janvier 2005, le second
dans le n°1120 du 29 janvier 2005 de la « Lettre de l’Océan
Indien ». Sans oublier de renvoyer l’internaute
intéressé par tous les déboires de la France dans son
pré carré, au site «assassinatsdecooperants.ouvaton.org,»
dans lequel le chapitre consacré à Djibouti n’est pas
le moins épais. Pour ce qui est de la position de l’UAD,
rappelons qu’elle n’a jamais tenté aucune
récupération de cette sombre affaire, même si le
régime avait maladroitement accusé tel ou tel opposant d’en
avoir été l’instigateur, bénéficiant de complicités
au sein d’une certaine magistrature hexagonale. Car, si
le fait que les plus hauts responsables du régime soient
accusés de meurtre ne soit ni glorieux ni déplacé, c’est
l’arbre qui cache la forêt. D’une part du fait que le
chef de l’État peut être tenu pour responsable de la
mort en 1999 et en 2000 ( sans parler de ses
«contributions» en sa qualité de chef de cabinet de la
Présidence) d’au moins cinq civils djiboutiens :en tant
que chef suprême des Armées, il n’a diligenté aucune
enquête. D’autre part, la seule dimension crapuleuse,
aujourd’hui sur le devant de l’actualité française,
nous préoccupe malheureusement moins que les multiples
violations ici perpétrées contre les Droits de l’Homme
d’une manière générale. C’est pourquoi, l’UAD,
solidaire du juste combat que mène la veuve Borrel pour l’avènement
de la vérité, estime que, face à la violation de l’Accord
de paix du 12 mai 2001 et au refus de tout changement
démocratique, la mobilisation du Peuple djiboutien pour
mettre un terme à l’imposture de ce régime peut
véritablement restaurer la dignité perdue de notre pays.
Polar
franco-djiboutien
JUGES ET DIPLOMATES SOMBRENT
DANS UN POLAR FRANCO-DJIBOUTIEN
Depuis l’assassinat du juge Borrel, il
y a neuf ans, tout a été fait pour cacher la vérité.
Y compris par des magistrats français,
aujourd’hui ridiculisés.
( Le Canard Enchaîné n° 4396 du mercredi 26 janvier 2005)
LES militaires français n’excluent
plus l’hypothèse d’un retrait pur et simple de
Djibouti, leur plus importante base en Afrique. Les
relations avec Ismaël Omar Guelleh, actuel président, se
sont encore dégradées ces derniers jours. Six
coopérants français ont été expulsés, et, le 21
janvier, l’émetteur local de Radio France
Internationale a été coupé. Principal motif de la
fureur des autorités djiboutiennes, la décision de la
Cour d’Appel de Versailles d’ordonner l’audition du
chef des services secrets, Hassan Saïd, compromis dans l’assassinat
du juge Borrel, magistrat français retrouvé mort le 19
octobre 1995 à 80 km de Djibouti.
Au grand désespoir de l’état-major
français, qui voit déjà les Américains s’installer
à notre place, la crise n’est pas près de se tasser.
Car la Ministre de la Défense, Michèle Alliot Marie,
vient d’accepter de déclassifier quelques documents
"confidentiel-défense" qui dormaient sagement
dans les archives de la DPSD (ex-Sécurité militaire).
Certains de ces papiers vont faire encore monter la
pression. Notamment une note, rédigée en mars 2000 par
un officier, qui dresse un tableau peu ragoûtant des mœurs
politico-judiciaires locales (notre document).
Il aura fallu près de dix ans pour que
la justice et l’armée acceptent de laisser poindre la
vérité sur la mort du juge Borrel. On comprend aujourd’hui
pourquoi : il s’agissait de haute diplomatie et d’intérêts
stratégiques. L’enquête sur la disparition du
magistrat a été sacrifiée à la raison d’État. En
pure perte. Car l’obstination de la veuve de Bernard
Borrel et l’accumulation des maladresses, voire de
grossières manipulations, ont abouti à ce brillant
résultat: la crise diplomatique est là. Et, en prime,
une véritable affaire d’Etat, mettant en cause le
fonctionnement de la justice et l’attitude de plusieurs
magistrats qui risquent… des poursuites judiciaires.
EPIDÉMIE DE MYOPIE
Dés les premières heures qui ont
suivi la découverte du corps à demi calciné du juge
Borrel, alors détaché à Djibouti pour préparer une
réforme du Code de procédure pénale, les opérations d’étouffement
ont commencé. Les gendarmes, arrivés les premiers sur
les lieux, rédigent, alors qu’ils ne sont pas saisis de
l’affaire, deux procès-verbaux au ton catégorique :
"Le suicide est l’hypothèse la plus vraisemblable,
d’autant qu’aucun élément ne permet de penser le
contraire." Puissamment raisonné !
Bien que seule la justice djiboutienne
soit saisie, ce sont des militaires français qui
emportent le corps, et plus précisément le médecin-chef
du centre hospitalier des Armées. Une autopsie devait
être pratiquée. C’est du moins ce qu’on avait
annoncé à la famille. En fait, les médecins militaires
ne font que quelques radios. Lesquelles seront perdues :
la justice ne les verra jamais. Et déjà se pose la
question de la dissimulation délibérée de preuves. Car
il est acquis aujourd’hui, après expertises et
contre-expertises, que le juge Borrel avait une fracture
du crâne et l’avant-bras cassé. Ce qui suggère, dit
aujourd’hui un collège d’experts, un coup porté par
un instrument contondant, et un geste de défense avec le
bras. Même le plus nul des radiologues n’aurait pu
passer à côté de ces fractures. Pourquoi les médecins
militaires se sont-ils tus, avant de "perdre"
les clichés ?
Pendant cinq ans, avec une obstination
et une constance qui forcent l’admiration, la justice s’accrochera
à la thèse du suicide. Deux juges d’instruction
parisiens, Marie-Paule Moracchini et Roger Le Loire, vont
témoigner d’un dévouement de tous les instants pour
réunir les preuves en ce sens. Ils iront jusqu’à
effectuer deux reconstitutions sur place. La seconde,
organisée le 11 mars 2000, a été filmée.
UN SUICIDÉ ACROBATE
On peut voir, sur la cassette vidéo,
les dignes magistrats batifoler dans les pierrailles où a
été retrouvé le corps de leur collègue. Ils tentent d’expliquer,
notamment, que le suicidé, après s’être aspergé d’essence,
a pu, le corps en feu, dévaler les 15 mètres sans
blesser ses pieds nus. Après avoir descendu la pente,
abrupte, avec lenteur et maintes précautions, l’un d’eux
montre triomphalement ses orteils intacts à la caméra.
La preuve est faite...
L’enquête prend un nouveau tour
lorsqu’un ancien garde du président djiboutien affirme
qu’il a surpris, au lendemain de la mort du juge, une
conversation d’où il ressort que le chef des services
secrets de l’époque (devenu chef de l’État) aurait
commandité le meurtre du petit "juge fouineur".
Lequel s’intéressait à un attentat commis à Djibouti
contre un café français, et était en relation à ce
sujet avec son collègue… Le Loire !
Dans un premier temps, la juge
Moracchini estime l’audition de ce témoin inutile. Elle
consent tout de même à l’entendre et se rend pour cela
en Belgique. Mais, selon un avocat présent, elle tente de
le convaincre qu’il prend de grands risques en tenant
ces propos. Peu après, le chef de la grade
présidentielle de Djibouti témoigne
"spontanément" que ce témoin n’est qu’un
fieffé menteur. En réalité, cette tentative pour le
discréditer lui a été soufflée par Hassan Saïd, l’actuel
chef des services secrets de Djibouti.
La manœuvre est suivie d’une démarche
du procureur de la République djiboutienne, qui conseille
vivement au témoin de revenir sur ses déclarations. Pure
coïncidence, ledit procureur de Djibouti et Mme
Moracchini se tutoient, et s’embrassent comme du bon
pain.
OFFENSIVE JUDICIAIRE
En dépit de ces nombreux efforts
conjugués, la vérité va peut être enfin surgir.
Dessaisis en juin 2000, les magistrats Le Loire et
Moracchini sont remplacés par le juge Parlos, puis par
Sophie Clément. C’est cette dernière qui vient d’obtenir
la communication de documents classifiés. Et elle
envisage de lancer des mandats d’arrêt internationaux
contre le chef des services secrets de Djibouti. Avant de
mettre en cause le chef de l’État ?.
Pour parachever le désastre
diplomatique, une autre procédure judiciaire a été
ouverte, à Versailles, pour "subornation de
témoin". Une juge est chargée d’éclaircir le
ballet des aimables "conseillers" autour du
fameux témoin entendu en Belgique. Elle a déjà
interrogé comme "témoins assistés" ses
collègues Le Loire et Moracchini. Elle tremblait un peu
à l’idée de convoquer le procureur de Djibouti et le
chef des services secrets. D’autant que le parquet de
Versailles, toujours à la pointe du combat pour la
vérité, s’opposait à ces auditions. Mais la cour d’appel
vient, en deux arrêts successifs, d’ordonner à la juge
de les interroger. Bien entendu, ils ne se rendront pas
aux convocations.
En d’autres temps, on aurait envoyé
l’armée. Mais elle y est déjà. Et c’est elle qui
sera peut-être obligée de se retirer en bon ordre…
Louis-Marie Horeau
L’homme
qui défie à nouveau Paris
La Lettre de l'Océan Indien
LOI n°1120 du 29 janvier
2005
Le président Ismaël Omar Guelleh
vient une nouvelle fois de défier Paris que l’intérêt
pour la position stratégique de Djibouti rend impuissant
face à ces chantages répétés. Mécontent de la
décision de la justice française d’entendre comme
témoin assisté le chef des services secrets djiboutiens
dans le cadre de l’enquête sur la mort du magistrat
Bernard Borrel à Djibouti en 1995. Guelleh a fait fermer
l’émetteur de RFI et expulser six assistants techniques
français auprès de ministères civils djiboutiens. Ne
croyant pas à l’indépendance de la justice, il s’estime
victime de déstabilisation avant le scrutin présidentiel
d’avril où il briguera un second mandat.
Surenchère. La méfiance à l’égard
de la France et la surenchère pour en obtenir le maximum
de financements est une longue tradition des cercles
dirigeants djiboutiens. Le président Guelleh n’a fait
qu’en systématiser la pratique après 1999. Selon une
note confidentielle rédigée le 18 mars 2000 par le
lieutenant-colonel Clément chef de la DPSD à Djibouti et
récemment déclassifiée, Guelleh avait déjà utilisé
des mesures de rétorsion après un article sur l’affaire
Borrel paru en France en janvier 2000 : campagne de presse
et manifestations anti-françaises, refus de Guelleh de
recevoir l’ambassadeur de France, interdiction du
débarquement d’un détachement de chars Leclerc à
Djibouti alors que les autorisations avaient été
préalablement données.
Le débat sur le contrôle de l’utilisation
de l’aide française à Djibouti a également donné
lieu à des passes d’armes épiques entre les deux pays.
Paris a finalement accédé en partie aux exigences
djiboutiennes en acceptant de payer un « loyer » de 30
millions d’euros par an, durant neuf ans à partir de
2004, pour prix du maintien de la présence militaire
française dans ce poste d’observation et d’entraînement
au bord de la Mer Rouge.
Réputation. Bien que formé dans la
police coloniale française, Guelleh a toujours eu une
mauvaise réputation à Paris depuis l’époque où il
était chef de cabinet du président Hassan Gouled Aptidon
et patron des services secrets djiboutiens. A ce poste, il
a été aux premières loges pour tous les coups fourrés
contre les opposants djiboutiens susceptibles d’obtenir
une oreille attentive à Paris. Des agents des services
secrets français ont soupçonné les services secrets
djiboutiens d’avoir été impliqués dans l’attentat
du Café de Paris intervenu à Djibouti le 27 septembre
1990. Au même moment, le frère de l’actuel président,
Idriss Omar Guelleh, décédé il y a dix ans, était le
chef des milices tribales Issas. C’est la visite du
patron de la DGSE Jacques Dawatre à Djibouti an avril
1995 qui va un peu modifier la donne : Guelleh lui
apparaît comme un homme de parole qui s’est toujours
acquitté de ses promesses envers la France et comme « le
seul homme d’État dans le pays ». Et lorsqu’il est
élu à la présidence en 1999, des mirages français
survolent sa maison en battant de l’aile en signe de
félicitation.
Cela n’empêche pas sa mauvaise
réputation de perdurer : la note confidentielle du
lieutenant-colonel Clément faisait ainsi état en 2000 de
la « mise en cause de diverses personnalités politiques
locales, dont l’actuel président de la République,
dans des affaires de trafics d’armes, de stupéfiants ou
de fausse monnaie ».
Nationalisme. Les autorités
françaises ont également eu du mal à se faire au
nationalisme du président Guelleh qui lui a permis de
récupérer nombre de ses opposants dont certains ornent
aujourd’hui son gouvernement et sa majorité au
Parlement. D’autant plus colérique qu’il se sait
malade, le chef de l’État djiboutien est coutumier des
diatribes anti-françaises en privé et récemment, il
aurait même évoqué en petit cercle l’hypothèse
(finalement non retenue) de la fermeture de son ambassade
à Paris.
Au plan économique, il a pris ces
dernières années plusieurs mesures pour briser la
position dominante des sociétés françaises dans les
secteurs du transit et de l’assurance, ce qui n’a pas
été sans léser certains intérêts particuliers. Sous l’influence
de l’homme d’affaires djiboutien Abdurahman Boreh, il
veut faire de son pays un Dubaï africain. Enfin, il a
accepté d’accueillir une base militaire américaine
pour faire la nique aux Français et remplir les caisses
du Trésor djiboutien.
Tout en souscrivant à l’analyse sur
l’aspect mafieux du régime, deux réticences toutefois.
1) On cherche en vain une once de
nationalisme dans l’équipe au pouvoir. Ce serait son
absence, allant de pair avec l’incitation à la haine
tribale, qui caractériserait ceux que la veuve Borrel
tient pour responsables de l’assassinat de son mari.
2) Que la manne financière
consécutive au surenchérissement du loyer des présences
militaires ait pu remplir les caisses du Trésor
djiboutien prête ici à sourire, si l’on reste poli.
Car les retards dans le versement des salaires perdurent,
pas plus tard que le mois dernier : l’opacité et les
détournements des deniers publics sont encore la règle.
Courrier
des lecteurs
Je suis un jeune chômeur et un lecteur assidu de «
Réalité ». Je trouve votre journal très profond, responsable et même
modéré. Je veux parler du ton employé bien sûr. Même si j’estime que les
dirigeants que vous critiquez ne méritent pas la mesure de vos propos, en
sondant mes compatriotes qui lisent votre journal, j’ai remarqué que votre
lectorat, le plus nombreux, approuve votre modération.
Ce n’est pas pour tenir des propos acerbes ou injurieux
que je vous écris, mais pour interpeller le Chef de l’État puisque c’est
comme ça que vous vous obstinez à l’appeler. Sa dernière visite au
quartier 4 a été qualifiée par un journaliste de « La Nation » comme une
« visite d’inspection inopinée dans un des secteurs populaires de la ville
de Djibouti, en l’occurrence le quartier répertorié n°4 ».
Inopinée ? Contrairement à vous, votre confrère n’a pas
peur des mots (Xishood…). Tout le monde sait que chacun de ses déplacements
est préparé plusieurs jours à l’avance et le lieu de visite, comme par
exemple la place de la prière de l’Aïd, nettoyé et sécurisé dès la
veille. Nous savions tous qu’il allait visiter le quartier 4, tous les
riverains ainsi que le personnel des Travaux Publics affecté à la
réhabilitation, tous prévenus, présents, sapés et à l’œuvre pour l’applaudir,
l’écouter et l’applaudir encore. Tous les médias gouvernementaux (RTD,
Nation) étaient inopinément présents pour saluer et immortaliser l’événement…
Je le félicite de s’être souvenu qu’après avoir
quitté Diré-Dawa, il a été accueilli et hébergé par ce quartier et ses
habitants. Je me félicite qu’à l’approche des élections présidentielles
pour lesquelles il est le seul candidat sérieux et déclaré, il se soucie de
l’assainissement de ce quartier et du bien-être de ses habitants, puisqu’il
y a promis, pré-campagne oblige, la construction prochaine d’aires de jeux
sur la place de l’ancien jardin du quartier. En espérant être démenti, je
suis prêt à parier que ces aires de jeux ne verront pas le jour durant son
prochain mandat, si toutefois il est réélu.
Il a précisé que le gouvernement mène les opérations de
réhabilitation des quartiers populaires sur le Budget national, en attendant l’octroi
du fonds prévu par l’Union Européenne à cet effet. J’ai lu avec beaucoup
d’intérêt la série d’articles que vous avez consacrés aux commentaires
du rapport général de la Chambre des Comptes.
Je me demande de quelle ligne budgétaire ils ont détourné
ces fonds pour réhabiliter le quartier 4, qui en avait bien besoin. Tant mieux
pour ses habitants. Quant à moi, je réside à Einguela depuis sa création.
Je voudrais tout d’abord rafraîchir la mémoire d’IOG, en lui rappelant qu’il
y avait résidé quand elle était flambant neuve. Je l’invite donc, au nom
de tous ses habitants, à venir nous visiter inopinément et constater par
lui-même son état d’insalubrité. Il n’y a plus d’aires de jeux.
Depuis le rond-point jusqu’au théâtre des Salines, tout
son pourtour est pollué par les eaux usées et pluviales et les fosses
septiques qui débordent. Toutes ces eaux stagnantes ne sont pas évacuées car
les canalisations sont bouchées depuis des années. Je sais qu’il le sait,
mais c’est un simple rappel.
Mais, même si c’est mon droit le plus élémentaire, je
suis gêné de me plaindre au vu de l’état d’insalubrité de cette
cité-ghetto qu’est Arhiba. Là-bas, tous les pouvoirs publics ont
démissionné depuis longtemps : les TP, l’Intérieur et le District, la
Santé… elle survit en marge de toute politique publique. Est-ce parce que
ses habitants sont réputés frondeurs qu’Arhiba est délibérément
marginalisée ? Peut-être qu’ils le seraient moins si le pouvoir s’occupait
de ses habitants comme de citoyens ordinaires. Même pendant les campagnes
électorales, le RPP dont il est président y tient meeting à ses abords.
Même dans le quartier résidentiel huppé du Héron, il
suffit d’une demi-heure de pluie pour rendre impraticables, pendant des jours
ses rues pourtant bitumées, simplement parce que les eaux pluviales ne sont
pas évacuées, ce qui dégrade le bitume, oblige les T.P à la réfection de
quelques tronçons qui se dégradent à nouveau à la première goutte de pluie
et engloutissent en pure perte des dizaines de millions de fd des deniers
publics.
J’ai entendu dire que les riverains, les Chancelleries
étrangères (Nations Unies et Ambassades qui y ont leurs bureaux et
résidences) se sont plaints quand un tout nouveau résident du quartier, le
Ministre des finances pour ne pas le nommer, a entrepris le bitumage de 150
mètres d’une ruelle qui mène à sa résidence en délaissant les autres
tronçons dégradés.
Je l’exhorte donc à multiplier ses visites inopinées
dans les quartiers populaires à l’approche d’avril 2005, ils sont très
nombreux qui nécessitent son attention et ses promesses.
M.A.S
fidèle lecteur d’Einguela
Merci cher lecteur pour ce sympathique
papier. Nous en avons apprécié le ton ironique. Pour ce
qui nous concerne, nous maintiendrons le cap concernant la
mesure et le ton du propos, qui est effectivement très
apprécié à en croire le volumineux courrier que nous
recevons. Nous en profitons pour nous excuser auprès de
tous nos lecteurs de ne pouvoir faute de place et d’une
actualité toujours chargée, reproduire dans nos colonnes
les nombreuses et très intéressantes lettres que vous
nous adressez chaque semaine.
Quant à votre courrier, il est
transmis à qui de droit. Vous avez parfaitement raison d’attirer
(nous le faisons régulièrement) les pouvoirs publics sur
l’état des cités populaires et des routes de la
capitale. C’est une appréciable réponse d’un citoyen
responsable aux campagnes de sensibilisation que le
gouvernement mène à grands frais dans ses médias. Comme
s’il s’agissait d’une insalubrité dont est
responsable la seule population ! Même si le comportement
de certains habitants est incivique (dont la majorité est
une population flottante qui a envahi de plus belle la
capitale, un an après la grande mascarade de l’année
dernière), le premier responsable et coupable, c’est le
pouvoir. La centaine de bennes à ordures offert par la
Chine aurait été louée à des forces stationnées à
Djibouti et l’incinérateur offert par les Américains
est donc forcément inutile pour l’instant. Nous ne
pouvons qu’espérer avec vous qu’à la faveur de la
campagne électorale qui s’annonce insolite, votre
courrier sensibilisera les malentendants et mal-voyants
qui nous gouvernent.
Intikhaab
: puisse ce bébé grandir ! «
Election », c’est ainsi qu’une maman irakienne chiite
a prénommé son fils né le dimanche 30 janvier 2005. c’est
en effet les premières élections pluralistes en Irak,
depuis 1953. Ce baptême symbolise à lui seul l’espoir
de tout un peuple, et singulièrement de la majorité
chiite jusque là marginalisée et martyrisée par la
minorité sunnite qui a accaparé tout le pouvoir sous le
règne du Baas… Zoom sur le contexte politique dans
lequel grandira le bébé Intikhaab.
Depuis le 20 mars 2003, date à
laquelle les troupes américano-britanniques et
australiennes envahissent l’Irak dans le cadre d’une
opération baptisée « Iraqui Freedom », jusque cette
historique journée de dimanche 30 janvier, il ne s’est
pas passé un jour qui n’ait vu des massacres de civils,
des attentats suicides ou pas, des soldats tués (le bilan
côté corps expéditionnaire dépasse le millier), des
otages enlevés (plusieurs centaines dont l’écrasante
majorité irakiens) ou exécutés ( la plupart des
étrangers dont l’exécution a été cyniquement
médiatisée). C’est pourquoi l’empressement de
millions d’électeurs irakiens à se rendre aux urnes
force l’admiration. Le taux de participation qui
dépasse 60% en dit à lui seul suffisamment assez sur la
détermination du peuple irakien à être un acteur majeur
dans le jeu politique très complexe où se joue son
avenir.
Alors que selon un bilan du ministère
de l’Intérieur, 36 personnes, 30 civils et 6 policiers
ont été tués et une centaine blessés à travers l’Irak
dans des actes de violences pendant la journée des
élections, 8 millions d’électeurs ont voté dans 5159
bureaux. 17 000 candidats et 223 listes étaient en lice
pour 3 scrutins. 111 listes et 7 761 candidats pour 275
sièges au Parlement national.
Le taux de participation élevé s’explique
également par le fait que les Kurdes ont massivement
voté pour choisir 111 députés de leur parlement
autonome. Enfin, les Irakiens élisaient en même temps
les 41 membres des 17 Conseils Provinciaux et les 51 du
Conseil de Bagdad.
Même dans les villes du « triangle de
la mort » et d’autres zones sunnites où il est vrai la
participation a été moindre, des milliers d’électeurs
se sont rendus aux urnes, bravant les menaces de mort des
organisations extrémistes et ignorant l’appel au
boycottage de la principale association religieuse de la
communauté sunnite, tandis que le principal dignitaire
religieux chiite en Irak qui use de son influence pour
favoriser une domination chiite sur le futur gouvernement
a publié un décret qualifiant le vote de « devoir
religieux ».
Bien que les résultats officiels
définitifs ne soient pas attendus avant plusieurs jours,
l’organisme chapeautant les quelques 10 000 observateurs
irakiens indépendants, l’Ong Ein, le Représentant de l’Onu
auprès de la commission électorale indépendante ont
tous assuré que «ces premières élections multipartites
depuis 1953 n’avaient connu que très peu de violations
et de fraudes ». Ce qui, avec cette très forte
participation devrait conforter la légitimité du pouvoir
qui sortira des urnes.
Intikhaab est donc bien né, mais
après ?
Car ce qu’a exprimé comme un seul
homme le peuple irakien, toutes ethnies et confessions
confondues, c’est outre le fait d’en finir avec l’anarchie
en choisissant ses dirigeants, c’est aussi le souhait de
voir prendre fin l’occupation de leur pays.
Or, le retrait des troupes ne figure
pas dans l’agenda de l’administration républicaine et
ses alliés. Et cela, peu après avoir reconnu l’absence
d’armes de destruction massives dont la menaçante
existence était le mobile de l’invasion, un
porte-parole du Département d’État l’a affirmé sans
ambages. C’est là que le bât blesse, car la présence
de près de 200.000 soldats étrangers sur son sol, à
tous les coins de rue à Bagdad, si elle ne remet pas en
cause la légitimité du pouvoir, risque assurément d’en
ternir l’indépendance. Personne n’arrive à lire
clairement les contours de la politique US en Irak.
Certes, Saddam est en prison et la
menace des missiles conventionnels pouvant atteindre
Tel-Aviv n’est plus. C’est bien peu par rapport aux
dommages humain, financier et surtout diplomatiques subis
et en cours. Ni la région, ni le reste du monde n’en
sont plus sûrs. Bien au contraire.
Car la principale conséquence de la
chute du dictateur et de la gestion du chaos qui s’en
est suivi, aura été la « libanisation » de l’Irak.
Voulue ? Ce n’est pas sûr car près de deux ans après
l’invasion, l’administration républicaine donne
franchement l’impression de subir l’événement que d’en
diriger le fil. Au demeurant, on voit mal en quoi l’éclatement
actuel de l’Irak en communautarismes ethnique et
confessionnel répondrait à la sécurité au Moyen Orient
et aux intérêts immédiats des États-Unis dans la
région.
Une guérilla urbaine terroriste née
avec l’invasion et qui selon toute vraisemblance ne
disparaîtra qu’avec le départ des forces d’occupation,
un Irak éclaté en régions autonomes et communautés
confessionnelles et ethniques et qui facilite l’influence
des États voisins, des États-Unis déterminés à y
imposer sa vision du monde, non seulement à l’Irak mais
aussi à l’Iran voisin… Après une naissance pénible
mais heureuse, Intikhaab connaîtra assurément un
allaitement amer.
Souhaitons-lui bonne croissance.
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