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Éditorial
PAS D’ÉLECTION
SANS NOUS !
La raison d’être d’un parti
politique, c’est d’un jour assurer la gestion de la
chose publique en accédant au pouvoir par la voie des
urnes, grâce aux suffrages librement exprimés en sa
faveur par des électeurs ayant rempli leurs devoirs de
citoyen responsable. Si une telle banalité se doit d’être
aujourd’hui rappelée, c’est parce qu’une proche
échéance électorale commande aux partis politiques
regroupés au sein de l’UAD de clarifier leur position :
espérons-nous gagner lors de la présidentielle qui se
profile ? Sans hésiter, nous répondons OUI ! D’où
nous vient un tel optimisme ?
Tout simplement du caractère massif et
préparé des fraudes par lesquelles nous avons été
dépossédés de notre victoire lors des législatives de
janvier 2003. L’aspiration au changement, le besoin
quasi physique d’en finir avec ce régime rétrograde
étant très largement majoritaires, encore faut-il que
les mécanismes institutionnels en vigueur garantissent ce
droit inaliénable à l’alternance politique. Mais, nous
rétorquera-t-on, pourquoi vouloir encore participer en
2005 à une fraude généralisée que vous aviez prévue
et dénoncée en 2003 ? Outre le fait qu’un parti n’est
digne de ce nom que si et seulement si il peut incarner
une alternance crédible et appliquer tout ou partie de
son programme, un bref rappel historique s’impose.
C’est contre les manœuvres d’un régime
qui n’aurait pas hésité à reconduire la limitation
des partis politiques légaux à quatre, qu’une
disposition de l’Accord de paix du 12 mai 2001 avait
explicitement prévu le multipartisme intégral dès
septembre 1992. Comme nous, qui avions patiemment attendu
cette échéance, tous les autres partis d’opposition
regroupés au sein de l’UAD (le PRD ayant été cloné)
sont les enfants de cet Accord : la paix ne peut exister
sans une totale ouverture démocratique par des réformes
dont les trois autres volets étaient l’accès à la
nationalité, l’instauration de la Commission Electorale
Nationale Indépendante et la réforme du Conseil
constitutionnel.
Mais, se demandera encore l’honnête
citoyen, pourquoi avoir participé dans ces conditions
frauduleuses aux dernières législatives, puisque ces
aspects et beaucoup d’autres dont la Décentralisation,
ont été violés par le chef de l’Etat, actuel candidat
solitaire avec tambours et trompettes ? Pour deux raisons
essentielles, toutes au service de la paix et de l’instauration
d’un Etat de droit. La première, c’était l’assurance
que, malgré les fraudes que tous prévoyaient, nos
concitoyens devaient être mobilisés autour d’un
véritable projet de société dépassant la seule
personne des leaders et proposant l’indispensable
ébauche d’une identité djiboutienne encore à
construire. La seconde, c’était l’intime conviction
que ces fraudes ne constituant qu’une nouvelle et
récurrente dimension de la violation d’un accord de
paix, il nous fallait impliquer le plus grand nombre (ce
qui ne signifie pas prioritairement ce qu’il est convenu
d’appeler la communauté internationale) : pas de paix
sans démocratie et pas de démocratie sans paix.
Et maintenant ? Les leçons du 10
janvier 2003 ont été retenues par tous : par nos
concitoyens qui ne veulent pas être mobilisés sur de
faux espoirs de changement, par l’UAD qui ne tient pas
à participer à la énième édition d’une compétition
électorale truquée d’avance. Préférant moins que d’autres
le chaos au changement, l’UAD a formulé des
propositions claires et raisonnables afin que la prochaine
consultation électorale puisse se dérouler dans des
conditions à même de garantir une compétition
équitable et transparente, en bref le respect du verdict
des urnes, en amont et en aval. Elles sont sur le bureau
du candidat-chef de l’Etat.
Alors, de deux choses l’une. Soit le
régime, en fait le candidat du pouvoir, accède à nos
demandes, auquel cas le vaincu sera celui dont les
promesses et surtout le bilan auront été désavoués par
une majorité librement exprimée de citoyens égaux et
responsables, pour peu que l’égalité et la
responsabilité leur soient accordées. Soit le régime
refuse de garantir la transparence électorale en
reconduisant une machine à frauder qui a déjà fait ses
preuves auparavant, auquel cas il n’y aura pas d’élection
du tout.
A chacun d’assumer ses
responsabilités : les nôtres nous interdisent de
cautionner l’illégalité. Et, s’il est écrit que
nous devions en passer par là, il ne sert absolument à
rien d’hésiter ! Parce qu’en matière de farce
électorale, il n’y a qu’un seul dindon : le Peuple.
Et cela, nous ne pouvons le tolérer, car il s’agit de
juste faire croire à l’existence d’une démocratie
qui n’existe pas. Peuple auquel l’UAD donne
rendez-vous vendredi prochain à partir de 15 heures à l’Avenue
Nasser.
Brèves
nationales
Convention de l’UMP
:
Investiture ou imposture ?
« Plus de 7.000 militants ont
répondu présents au rendez-vous du meeting de l’Union
pour la Majorité Présidentielle marquant la convention
des quatre formations politiques dont le RPP, le FRUD, le
PND et le PSD ».
Ainsi s’extasiait notre confrère
gouvernemental « La Nation » dans son édition de jeudi
dernier. Le journal gouvernemental n’a pas fait dans la
nuance en rapportant l’évènement dont nous avions
annoncé par avance, au vu des préparatifs, une
couverture exceptionnelle par les médias du pouvoir. Le
régime n’a pas lésiné sur les moyens (publics) pour
donner l’illusion d’une popularité qu’il n’a
jamais eue. En vue de ratisser large, plusieurs milliers
de cartons d’invitation ont été effectivement
confectionnés.
De leur côté, les bonimenteurs du
régime ne se sont pas gênés pour les distribuer à tout
va, allant jusqu’à menacer de représailles certains
commerçants ou fonctionnaires qui oseraient bouder cette
soirée d’imposture.
Selon nos informations, ce seraient au
total quelque 2.000 personnes, dont une grande partie a
été réquisitionnée, qui auraient fait le déplacement
à l’ancien Club Hippique sur le boulevard Guelleh Batal
(coïncidence ?).
Les observateurs ont relevé que nombre
de réquisitionnés mécontents et fatigués ont commencé
à s’éclipser à partir de 21 h 30mn. Après les
animations culturelles dignes des sombres périodes du
parti unique et les discours des dirigeants enlisés des
partis de la mouvance, ce fut au tour du candidat
solitaire de monter sur le podium.
A cette heure tardive, plus de la
moitié des figurants était déjà partie. Ce qui n’a
pas empêché le candidat unique de se fendre d’un
hypocrite discours de plus d’une demi heure.
Dans cette grande causerie, tenue
ex-cathedra, le docteur honoris causette est revenu sur la
paix : « il a ainsi évoqué les efforts en faveur de
la restauration de la concorde civile et l’unité
nationale … La paix des braves scellée en mai 2001 lors
de la signature d’un accord cadre entre le gouvernement
et les rebelles du FRUD a mis un terme à un conflit
fratricide ».
La plume commanditée de « La Nation
» omet bien sûr de préciser la date réelle de cet
accord de paix, comme la tendance du Frud qui en est
signataire et sans oser rappeler la durée de ce conflit
fratricide que même l’actuel candidat solitaire avait
lui-même qualifié le 12 mai 2001 au Palais du Peuple :
« des dix années les moins glorieuses de notre
histoire ».
Ce rappel historique étant fait, il
faut reconnaître que cette soirée d’imposture a été
une réussite technique à défaut d’être politique. En
premier lieu, saluons l’exploit des TP qui, pendant plus
d’une semaine, ont mis les bouchées doubles en temps et
en matériel mobilisé pour viabiliser le lieu du meeting.
On aimerait bien que le ministère de l’Equipement et
des Transports mette un même zèle à réhabiliter les
routes défoncées de la capitale. Enfin mention spéciale
pour l’équipe de retransmission de la RTD et celle du
studio présidentiel qui ont su nous présenter une
convention d’investiture ni démocrate ni républicaine,
car financée sur les deniers publics. Rappelons que ce
spectacle faisait penser à Disneyland.
Ce pitoyable gâchis aura tout de même
coûté plusieurs millions de nos francs au contribuable
djiboutien. Le vide continue de vider les caisses de l’Etat.
Jusqu’à quand ? Pour le reste, qui vivra verra.
*
Centre informatique de Tadjourah :
6 sur 10 ?
Suite à notre brève relative à l’inactivité
du centre informatique de la ville blanche géré par l’AFT
(Association des Femmes de Tadjourah), nous apprenons avec
satisfaction cette semaine que 6 ordinateurs sur la
dizaine reçue (où sont passés les quatre autres ?)
seraient effectivement branchés depuis quelques jours.
Seul bémol : le local réservé à ces
équipements serait peu fonctionnel et la direction de ce
centre exigerait le paiement préalable d’une somme de
3.000FD aux scolaires et 5.000FD à tout jeune chômeur
désirant s’initier à l’outil informatique. Au
secours, les bailleurs de fonds national ! Autrement dit,
le candidat richissime mais solitaire.
Quant à la connexion Internet, ce sera
pour plus tard : quand les plants de khat et de café du
jardin présidentiel du Day ne seront pas prioritaires
pour le développement économique de la région. A
suivre...
*
Etudiantes djiboutiennes à Dakar :
Djibouti ne répond plus ?
En octobre dernier, une dizaine de
jeunes étudiantes djiboutiennes ont été envoyées au
Sénégal pour suivre des études universitaires dans les
facultés réputées de ce pays d’Afrique de l’Ouest.
Au moment de leur départ, les jeunes filles djiboutiennes
ont bénéficié d’un billet d’avion et d’une somme
de trente mille francs chacune. Depuis, le ministère de l’Education
nationale n’aurait plus rien envoyé à ces étudiantes
qui survivent là-bas dans des conditions difficiles et
demeurent toujours à la charge de leurs familles
respectives.
Pourtant, le régime clame toute honte
bue que l’Education nationale et la jeunesse constituent
ses priorités. Pas plus tard que samedi soir, le candidat
solitaire affirmait dans un démagogique discours
prononcé à la « convention » : « seuls des jeunes
fiers de leur identité et confiants en eux-mêmes ainsi
que des responsables n’abusant pas de leur pouvoir sont
les meilleurs garants pour construire une République
forte et indépendante ».
Pour l’heure, force est de déplorer
que les étudiants djiboutiens à l’étranger soient
ainsi abandonnés par le pouvoir de tous les abus.
*
Campagne présidentielle :
Le Trésor occulte n’y suffit plus
Le candidat solidaire a beau engranger
un trésor de guerre censé assurer sa réélection, les
fonds publics accumulés à cet effet lui paraissent
toujours insuffisants tant ses besoins et dépenses
restent énormes. Ainsi, il se murmure dans les cercles
dirigeants dont les membres alimentaires s’entredéchirent,
que la mise en route d’un nouveau programme de
financement ayant pour but de renforcer la machine
électorale gouvernementale serait sur pied.
C’est semble-t-il la raison pour
laquelle le régime aurait récemment vendu à un
particulier membre d’un parti de la mouvance, la
cargaison de riz débarquée le 8 janvier dernier et
provenant de l’aide alimentaire japonaise au peuple
djiboutien. Selon des informations concordantes, ce riz
japonais écoulé au prix fort sur le marché local
devrait rapporter une centaine de millions de nos francs
aux caisses du régime. Par ailleurs, il serait également
question de mettre en vente la résidence de notre
Ambassadeur dans une capitale européenne, celle-là même
que l’actuel candidat solitaire avait inauguré en
grandes pompes il y a plus de deux ans.
Dans cette affaire, si « Réalité »
pouvait se permettre une suggestion, ce serait celle-ci :
il serait préférable de mettre en vente la modeste villa
de notre Ambassadeur à Washington, qui rapporterait une
coquette somme. Mais nos financiers savent que le dollar
continue son repli face à l’euro.
Alors, que faire ? L’argent permet d’acheter
des voix, certaines consciences fatiguées, mais pas tout.
N’en déplaise aux cupides qui affament leur peuple.
*
Manifestation anti-française avortée :
Détente nerveuse ?
Au plus fort de l’escalade
anti-française, le pouvoir avait convoqué pour le 28
janvier dernier une manifestation populaire «
spontanée » devant la résidence de l’Ambassadeur
de France. Ce jour là, le régime avait dès 6 heures du
matin positionné des forces de police chargées de
contenir la marée humaine attendue.
Pour des raisons que les organisateurs
patentés n’oseront jamais avouer, l’appel est resté
ignoré. Pas un seul « jeune patriote » version
locale n’est venu se frotter aux grilles de cette
résidence côté zone portuaire sud où devait avoir lieu
ce rassemblement. Il est vrai que la veille au soir, la
vigilance française en a découragé plus d’un.
Certains djiboutiens n’hésitent pas à établir le
parallèle entre l’échec cuisant de cet appel à
manifester et la tenue intra muros et intime d’une
pseudo convention d’investiture. L’imposture finit par
lasser sérieusement.
Ce que n’a pas compris le candidat
solitaire qui, évoquant maladroitement ses relations avec
l’ancienne métropole, s’est exclamé à la «
convention » samedi dernier : « s’il existe des
gens ou des Etats désireux de nous discréditer à
travers des affaires dont nous n’avons rien à voir, qu’ils
sachent que nous ne ferons aucune concession en ce qui
concerne nos droits et notre souveraineté ».
De son côté, une veuve déterminée
et confiante en la justice indépendante de son pays, dit
à peu près la même chose. Une belle empoignade en
perspective !
*
3ème anniversaire de la Garde
présidentielle :
Les figurants en première ligne
La toute récente unité dévolue corps
et âme à la défense du chef de l’Etat et de sa
famille, a fêté le week-end dernier le troisième
anniversaire de sa création. Cette milice clanique est
particulièrement choyée par le frileux candidat unique.
Pourtant, ce dernier n’a même pas
assisté à la fête de cette garde prétorienne
organisée dans l’enceinte du camp Omar Aline, sis sur
la route de Boulaos menant à Haramous. Le chef des
Armées a préféré déléguer à cette cérémonie deux
figurants de son gouvernement, en l’occurrence le
Premier ministre et le ministre de la Défense, qui
étaient les moins qualifiés pour s’adresser à un
corps ne relevant que de la Présidence.
Autre curiosité protocolaire : l’ambassadrice
des Etats-Unis a été chargée de remettre des médailles
à certains officiers distingués. Pourquoi ? Quoi qu’il
en soit, les observateurs ont noté l’absence de l’ambassadeur
français, alors que les officiers des FFDJ étaient
présents. A-t-il préféré bouder cette cérémonie ?
Tant mieux s’il a compris!
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BONNE ET HEUREUSE
ANNÉE 1426
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A l’occasion du Nouvel An musulman
Muharram 1426, l’UAD et la Rédaction de
"Réalité" souhaitent aux Djiboutiens et aux
Musulmans du monde entier une bonne et heureuse année.
Que cette nouvelle année soit pour le Peuple Djiboutien
celle de la paix, de la réconciliation et de l’alternance
démocratique.
L’UAD invite tous ses militants et
sympathisants, ainsi que les Djiboutiennes et Djiboutiens
souhaitant le changement démocratique, à assister
massivement à son grand meeting sur l’élection
présidentielle, le vendredi 11 février 2005 à partir de
15 heures devant le siège de l’UDJ à l’avenue
Nasser.
Réalité
du développement humain
Nous avions consacré le
mois dernier une série d’articles au rapport général
public de la Chambre des Comptes et de Discipline
Budgétaire, qui démontrait clairement que notre pays est
tout sauf un Etat de droit. Le Rapport National sur le
Développement Humain pour 2004, le deuxième du genre
après celui de 2002, publié par le PNUD, est tout aussi
accablant pour le gouvernement.
Apparu en 1990, le concept de
développement humain, parce qu’il considère les
individus comme les bénéficiaires des politiques du
bien-être social et non comme de simples maillons du
processus de production, est un meilleur outil d’analyse
que les théories classiques. Celles-ci considèrent les
chiffres froids de la croissance économique se rapportant
à l’augmentation du PNB, l’équilibre budgétaire ou
les taux d’inflation et sur la base desquels les
institutions de Bretton Woods accordent ou non des prêts
conditionnés par la privatisation tous azimuts du secteur
public, comme si c’était une panacée.
Le rapport mondial sur le
développement humain de 1995 a retenu trois indicateurs :
l’IDH (Indicateur de Développement Humain), l’ISDH
(Indicateur Sexo-spécifique de Développement Humain) et
l’IPH (Indicateur de la Participation des Femmes), pour
mesurer le développement humain. Lequel s’articule
autour de quatre pôles :
- la productivité,
- la justice sociale devant éliminer
tous les obstacles entravant les potentialités
économiques et politiques de manière à permettre aux
individus de jouer un rôle actif dans la société et
tirer parti de ces potentialités,
- la durabilité en assurant le
renouvellement de toutes les formes de capital (matériel,
humain et naturel) et enfin,
- le contrôle des personnes, les
individus devant être des acteurs du développement,
participant aux processus de prises de décisions, qui
décident du cours de leur vie.
Pour en finir avec la méthodologie qui
a conduit à l’élaboration de ce document indispensable
en ce qu’il enrichit et complète les données
statistiques officielles, rarement fiables, saluons l’idée
originale et enrichissante de la « caravane de
développement humain » qui, en sillonnant l’ensemble
du pays et en allant au contact des populations, a permis
à celles-ci de participer à la production de ce
document.
Les salamalecs d’usage qu’impose la
bienséance protocolaire sitôt expédiés, le document
pour l’année 2004 entre dans le vif du sujet, dressant
un état du développement humain. Il constate que « Djibouti
se caractérise actuellement par des indicateurs sociaux
en dessous des normes des pays en développement à faible
revenu et des pays arabes, avec un PIB par tête d’habitant
estimé à 890 dollars et un indicateur de développement
humain de 0,462 (0,445 en 2002) qui le classe à la 153 ème
place dans le classement mondial sur un total de 175 pays.
»
Le PNUD définit la pauvreté comme
étant relative lorsque la dépense journalière d’un
adulte est inférieure à 3 dollars US et la pauvreté
extrême lorsque le seuil de cette dépense tombe à moins
de 1,8 dollars US par jour. Les efforts des pouvoirs
publics pour redresser une désastreuse situation
économique entre 1996 et 2002, ont permis d’obtenir des
résultats macroéconomiques jugés satisfaisants.
Mais, au cours de la même période, la
détérioration des indicateurs sociaux s’est
particulièrement accélérée, comme l’ont démontré
les enquêtes djiboutiennes auprès des ménages (EDAM-IS
1 et 2, financées par la Banque Mondiale et le PNUD) : la
pauvreté relative touchant 74,4% de la population en 2002
contre 45,1% en 1996 ; tandis que la pauvreté extrême
est passée de 9,6% en 1996 à … 42,2% en 2002 ! La
caravane constatant que « la pauvreté frappe les
quartiers périphériques et les zones rurales montrant
ainsi l’exclusion spatiale touchant les couches
vulnérables de la population que sont les jeunes et les
femmes, preuve de la marginalisation sociale. »
Pointant le chômage et la
centralisation administrative et économique comme causes
et déterminants de la pauvreté qui s’est accélérée
en même temps que le redressement du taux de croissance
entre 1996 et 2002, les clairvoyants rédacteurs de ce
document concluent que, pour y remédier, « il
faudrait par conséquent, en attendant le retour d’un
taux de croissance soutenu, œuvrer au plus vite en faveur
des régions, notamment en activant le projet de
décentralisation administrative et économique, voire
politique. » Tout est dit.
Même aussi explicitement formulée et
même si ce gouvernement nous donnera l’occasion d’en
reparler, la décentralisation mérite que l’on s’y
attarde quelque peu. Inscrite dans la Constitution, elle
est toujours reportée aux calendes grecques. Prévue par
l’Accord d’Aba’a, elle a été inappliquée. Elle
constituait le volet le plus important des Accords de paix
signés avec le FRUD-armé en 2000 et 2001. Restée
inappliquée, elle a été plus gravement violée.
Tous les partenaires impliqués dans le
développement de notre pays (Etats et Organisations)
ayant toujours été et demeurant disposés à accompagner
et soutenir financièrement cette nécessaire et
indispensable réforme, les difficultés pécuniaires
invoquées par le gouvernement pour la retarder sont un
prétexte fallacieux. La raison de son inapplication est
essentiellement politique, le régime cherchant
préalablement à sa mise en œuvre à déstructurer les
fondements socio-juridiques structurant la société
semi-nomade de l’arrière-pays.
L’attestent la maladroite tentative d’acquisition
de la concession du Day, où le docteur honoris causa
tente d’acclimater le khat ; la dénaturation et la
violation du projet de loi organique portant
décentralisation, adoptée en Conseil des ministres, par
une Assemblée de mal élus au prétexte de sa
souveraineté et, plus récemment et gravement sournois,
le projet de loi sur l’agropastoralisme, que nous avons
dénoncé.
Nous savons de source sûre que tous
ces projets attendent, pour être exhumés, la
réélection du candidat en campagne à sa propre
succession, que nous mettons en garde : ces projets
scélérats trouveront en l’ARD un irréductible
adversaire, qui empêchera leur réalisation par tous les
moyens. Ces entraves politiques au développement humain
harmonieux expliquées et dénoncées, nous vous proposons
d’examiner avec nous ces données comparées de
développement humain.
Nous reviendrons la semaine prochaine
sur les conclusions de ce très riche rapport, mais l’examen
de ces données statistiques démontre clairement, s’il
en était encore besoin, que malgré ses importants atouts
le peu enviable classement de notre pays est
essentiellement dû à la mauvaise gouvernance.
Comment expliquer autrement qu’avec
dix fois plus d’Aide publique au Développement par
tête d’habitant que nos voisins immédiats, le taux de
croissance du PIB par habitant soit ici négatif ? Comment
expliquer, autrement que par l’injuste redistribution
des richesses et les choix politiques et budgétaires
irrationnels, l’aggravation des inégalités et de la
pauvreté extrême durant la même période qui a vu un
taux de croissance positif avec le boom des activités
portuaires et la rente des présences militaires
étrangères ?
Mauvaise gouvernance aggravée par le
caractère délibéré des violations (consignées dans le
Journal officiel) des lois et règles fondant la
coexistence pacifique dans un Etat. Inaccessible parce que
ne voyant et n’écoutant que ses obligés et griots,
dont le plus obséquieux semble être notre confrère à
prétention intellectuelle « Balbala », le candidat
solitaire à sa propre succession donne l’image d’un
paon malvoyant et malentendant avançant en terrain
marécageux. Plus dur sera le réveil.
Développement humain, pauvreté humaine
et pauvreté monétaire.
Quelques éléments de comparaison
internationale

Source : PNUD.
Rapport mondial sur le développement humain. 2002
Les
coups bas d’Ali Coubba
Uguta/Toosa : c’est
sous cette appellation qu’un nouveau mouvement politique
est né le mois dernier en Europe. Animé par M. Ali
Coubba, il se place résolument dans le camp de l’opposition.
Si nous ne pouvons que saluer l’engagement militant de
la diaspora djiboutienne en général et d’un allié
démocrate en particulier, nous sommes toutefois au regret
de prendre quelque distance, à la lecture de la
présentation qui en est donnée sur le site www.uguta.org,
auquel nous renvoyons nos lecteurs internautes pour plus
amples informations.
A l’occasion du premier anniversaire
de son accession à la magistrature suprême, l’actuel
chef de l’Etat avait brièvement évoqué ce qu’il
pensait des exilés djiboutiens : beaucoup de mal. Pour
lui, ils ne seraient que des enfants ingrats, préférant
trahir leur patrie au profit d’une mesquine
amélioration ailleurs de leurs conditions matérielles d’existence.
Un tel mépris est somme toute bien compréhensible : ce
sont trop souvent l’étouffement des libertés et l’absence
de perspectives d’avenir qui expliquent l’exode de nos
concitoyens.
Le président du nouveau mouvement
politique Uguta (Toosa) en sait quelque chose. Sauvagement
torturé par la police politique en août 1990 au
prétexte d’un tract dénonçant les collusions entre
les régimes djiboutien et irakien, les causes de son exil
sont directement imputables aux actions néfastes d’un
ancien chef de cabinet aujourd’hui devenu chef de son
cabinet.
Parce que la dignité interdit d’oublier
les sacrifices consentis et les persécutions endurées,
Ali Coubba n’a jamais faibli dans sa détermination à
combattre ce régime. En connaissance de cause, il en
parle sans détour : « Dans notre pays, le chef de l’Etat
ne respecte ni les lois ni la Constitution nationale.
Notre combat vise donc à éradiquer la classe politique
actuelle dont Ismaël Omar Guelleh est la caricature
absolue et répugnante. » lit-on dès l’introduction.
C’est la continuité historique d’un
engagement initié, apprend-on, dans le cadre de « l’Alliance
des forces pour la démocratie (A.F.D. : Ali Coubba) entre
1988 et 1992, date à laquelle les militants de ce
mouvement ont préféré rejoindre individuellement le
FRUD…) Des noms auraient été les bienvenus, car
nous regrettons, sans nullement nous sentir concernés,
que ce sigle AFD ne soit connu que de rares initiés
indétectables même au microscope !
Après avoir défini en cinq principes
la démocratie qu’il souhaite voir s’instaurer à
Djibouti, ce mouvement se fixe les objectifs suivants :
- conquérir la diaspora djiboutienne
installée en Europe, aux Etats-Unis et au Canada ;
- nouer des relations avec les partis
politiques et les organismes internationaux qui luttent
dans le domaine des droits de l’homme ;
- participer activement à l’information,
à la sensibilisation de la population djiboutienne sur la
campagne présidentielle prévue pour l’année 2005.
En attendant d’obtenir sa
légalisation ici, Uguta (Toosa) souhaiterait enfin « servir
de vitrine politique à l’Opposition intérieure, en
relayant son combat sur le plan international. »
Merci pour cette touchante attention mais, même modeste,
nous avons déjà notre propre « vitrine » à l’étranger.
Le problème est malheureusement là : si nous souscrivons
à ses analyses sur la nature despotique du régime en
place, nous regrettons cette posture d’ « entrepreneur
de la 25 ème
heure » consistant à dénigrer toute forme d’opposition
nationale pour justifier son positionnement… tardif.
« La création de Uguta s’imposait
d’elle-même pour défendre les intérêts de tous les
Djiboutiens et Djiboutiennes –cette majorité
silencieuse- qui ne se reconnaissent ni dans le régime
qui les considère moins que terre, ni dans le mutisme de
l’opposition complaisante qui devient aphone dès qu’il
s’agit de défendre la vraie cause du peuple. »
Le tout est dit le plus sérieusement
du monde : c’est peut-être à cause de l’éloignement
géographique que ce mouvement n’a pas pu prendre la
juste mesure de l’énorme adhésion populaire suscitée
par l’UAD lors des législatives de janvier 2003.
Dans la justification de sa nécessité
historique, la présentation du mouvement ne fait pas dans
la dentelle, puisqu’il se positionnerait « face à l’opposition
de façade atrophiée (chacun se reconnaîtra) qui est aux
abonnés absents, dont la véritable philosophie est «
chacun pour soi » et qui guette des hypothétiques
miettes qui pourraient glisser de la bouche de IOG. On ne
peut malheureusement que constater au jour d’aujourd’hui
qu’une fraction de l’opposition djiboutienne, non
seulement ne remplit pas sa tâche, mais elle est à la
remorque de IOG dont elle attend un renvoi d’ascenseur.
Attendu qu’on a rien en commun avec cette opposition, il
est urgent et vital pour le salut du peuple djiboutien de
proposer des hommes et des femmes de Uguta (Toosa)
capables d’apporter un changement profond dans le
paysage politique de la république de Djibouti.»
Alors, de quelle opposition intérieure
ce mouvement souhaite-t-il devenir la vitrine
internationale ?
Seule l’inexpérience fait croire que
la virginité est toujours un gage de fidélité. C’est
ce qui amène ce mouvement à dénoncer « la présence
d’une classe politique, hier complice du régime de
parti unique de Hassan Gouled et qui se réclame aujourd’hui
de l’opposition, ce qui gêne la visibilité des
mouvements démocratiques. En même temps, ces partis
politiques et la promptitude avec laquelle leurs
dirigeants apportent leur caution au dictateur en place,
ne facilitent pas le travail de sensibilisation et de
dénonciation du régime. Ces revirements… parasitent le
travail de véritables démocrates. »
Sidérant ! Sachant que dans les quatre
partis regroupés au sein de l’UAD, il y a au moins un
responsable à avoir connu la prison de Gabode, prétendre
qu’ils seraient tous dans un starting-block prêts à
bondir à la première offre d’achat (ou de rachat) du
régime, c’est accessoirement mal cerner les ressorts de
chaque engagement et tout simplement mépriser les
souffrances endurées par autrui. Ce qui est grave lorsque
l’on a été soi même emprisonné et torturé.
Alors, aux côtés de quel parti d’opposition
le mouvement Uguta (Toosa) veut-il s’engager lors de la
prochaine présidentielle « dans le but de faire des
propositions concrètes » ? Il convient de ne pas
confondre vitesse et précipitation : la hâte dans le
positionnement ne doit pas passer par le dénigrement
systématique et irresponsable du camp que l’on prétend
rejoindre.
Mais, parce que nous sommes persuadés
qu’il n’y a pas de nouvel électorat à conquérir
ici, demandons-nous sur quelles terres ce nouveau
mouvement compte chasser, lui qui s’affirme volontiers d’une
« opposition qui sache s’opposer à IOG,
représenter une force d’alternance et qui possède un
vrai projet politique et la volonté de le mettre en
œuvre en dépassant les clivages partisans et les
intérêts tribaux. »
La réponse est à chercher dans la
page en langue afar, dont nous traduisons le point
essentiel : « Vous voyez tous de vos propres yeux ce
qu’est devenu le FRUD. Petit à petit, ses responsables
ont fini par soutenir le régime. » Telle est, nous
semble-t-il, le véritable objectif d’Uguta, auquel
Toosa ne serait qu’un faire-valoir linguistique parce
que tribal : séduire tous les déçus de la paix d’Aba’a.
C’est pour cela que, pour lui comme pour les signataires
de cette paix qui a effectivement tant déçu, le conflit
civil a pris fin en 1994. C’est peut-être pour cela qu’il
n’évoque pas la violation de l’Accord de paix du 12
mai 2001. Silence qui ne déplaîra certainement pas au
régime.
Encore une fois, c’est peut-être l’éloignement
géographique qui l’a empêché de voir les dizaines de
milliers de citoyens qui ont accueilli ici la délégation
du FRUD-armé, après la signature de l’Accord-cadre du
7 février 2000.
C’est dommage, car il a raté le plus
important : la consolidation de la paix et la
réconciliation nationale mobilisent plus et plus
durablement que tous les discours sur les droits de l’homme
et la relève des générations. Tout ceci, sans rien
enlever à la détermination des membres de ce mouvement.
Droit
de réponse
Notre brève de la
semaine dernière, consacrée aux préparatifs d’un
pélérinage à Obock, sponsorisé par le régime, nous a
valu ce droit de réponse ci-dessous.
Au nom du droit de réponse qui s’impose
en vertu de la liberté d’expression, je vous prie de
bien vouloir publier le texte suivant. Nous avons beaucoup
d’estime pour votre journal. C’est pourquoi il nous
est difficile de l’accuser de subjectivité scandaleuse.
Cependant, grande fut notre surprise lorsque parurent les
quelques lignes relatives à un prochain pèlerinage à
Obock.
Elles nous ont profondément touchés
car vous y insinuiez que nous étions proches de l’actuel
régime, qui nous utiliserait à des fins partisanes pour
bientôt célébrer cette cérémonie à Obock.
Or, vous semblez ignorer le fait que ce
pèlerinage sur la tombe de Cheik Bourhan s’effectuait
depuis très longtemps et qu’elle avait été interdite
avec l’accession de notre pays à l’indépendance et l’arrivée
de quelques prestigieux religieux d’obédience
wahhabite. Les informations qui vous ont été transmises
sont absolument fausses et infondées : il se pourrait
même qu’elles émanent de personnes malintentionnées
cherchant à semer la zizanie et troubler la cérémonie
qui est sur le point de retrouver son importance d’antan.
Tous ceux qui sont habilités à l’officier
l’ont toujours soutenue, de génération en
génération, indépendamment de toute influence
extérieure et de tout parrainage partisan. Il est donc de
notre devoir de vous le rappeler, afin d’apporter à vos
propos les rectificatifs qui s’imposent.
M.A.H.
Le pouvoir spirituel fait rarement bon
ménage avec le pouvoir temporel, sauf quand il s’est
agi pour le premier de cautionner le second, quelle que
soit la religion. Et, quel que soit le caractère
forcément sujet à réticences, de nos informations, nous
pensions avoir été assez clairs dans notre brève de la
semaine dernière. Le pèlerinage programmé sur la tombe
de cheik Bourhan est une initiative du régime et financé
par lui.
C’était tout : votre droit de
réponse ne nous contredit pas sur ce point. D’autre
part, nous n’avions pas remis en cause la légitimité
religieuse de ce genre de pèlerinage sur la tombe d’un
saint homme, quoi que même celle du Prophète (PSL) n’a
jamais fait l’objet d’une telle vénération.
Ceci pour rappeler, mais vous le savez
peut-être, que la tombe d’un certain Abu Yazid est
fréquemment visitée au Day, alors qu’il est
tranquillement mort chez lui à Bistam, en Iran. Or, en
matière de pèlerinage, ce sage a laissé à la
postérité une puissante maxime, que l’on retrouve dans
ses « Dits » : « Mon Dieu, les créatures sont à
Toi ; Tu es leur propriétaire ; qu’ai-je à m’interposer
entre vous, n’était-ce l’insouciance ? » Le fait
de se recueillir sur la tombe d’un saint homme pour y
implorer Allah, n’est-ce pas une forme d’intercession
que récusait Abu Yazid Al Bistami ?
Pour le reste, comme le dit un proverbe
du coin, « la bouche qui a prié ne peut en même
temps maudire ». Or, prier en ayant bénéficié pour
son transport de deniers publics détournés (car tout ce
que ce régime qui n’accorde même pas une évacuation
sanitaire aux malades ou aux parturientes, mobilise pour
sa promotion partisane constitue un vol au détriment de l’intérêt
général), c’est de notre point de vue se rendre
complice d’un délit. D’autant plus grave que l’on
se trouve dans le domaine religieux.
Enfin, ce ne sera pas la première fois
que le régime aura recours au surnaturel pour manipuler
les consciences : l’on se souvient des moutons égorgés
en sacrifice pour que les générateurs de l’EDD se
remettent miraculeusement à fonctionner !
L’Éducation
rend sa copie
Bilan : Illettrisme et Chômage
A deux jours de la tenue du Forum-bilan
qui devait clôturer la tournée des districts de l’Intérieur sur la «
Réforme de l’Ecole », le Ministre chargé de l’enseignement a, par souci
de transparence, jugé utile de nous adresser, pour information seulement,
trois exemplaires des résultats de l’action engagée après les Etats
Généraux de l’Education organisés à la fin de l’année 1999. Alors que
nous avions publié, dès réception il y a de cela quelques mois un droit de
réponse émanant de ce ministère, c’est tardivement que nous avons reçu
son Livre-bilan. Nous le remercions quand même pour ce geste. Il n’empêche,
toutefois, que cette initiative ministérielle ne modifie en rien notre
position vis-à-vis de la politique démagogique du gouvernement. C’est
pourquoi, à partir de ce numéro, nous vous proposons une série d’articles
sur l’action de ce département, avec nos analyses et propositions sur l’état
actuel de l’enseignement dispensé à nos progénitures et les perspectives
réelles pour les générations futures ; celles d’aujourd’hui subissant
les effets de l’échec scolaire dont le chômage et l’illettrisme.
Après son périple régional, le Forum « volant » animé
par le Ministre en charge de l’Education a fini par atterrir pour sa
clôture, aux fins d’une campagne électorale, chez son génie géniteur, le
candidat solitaire. L’ambiance de la cérémonie de clôture a bien entendu
été à la hauteur de l’échec du programme édicté par les Etats
Généraux de l’Education, dont le coût financier a été le plus important
sous l’actuel mandat de son concitoyen d’origine.
Résumée dans un Livre-bilan d’une qualité
exceptionnelle et tout en couleur (document auquel nous attribuons d’ailleurs
une note honorable de 17/20, seulement pour son aspect purement
esthétique), l’action du ministère de l’Education est certainement d’un
grand intérêt national. Raison pour laquelle, ce Livre-bilan est une pièce
de collection rare qui trouvera, certainement dans les jours prochains, une
place à la mesure de son succès « au musée » des échecs politiques du
régime. La principale richesse de ce recueil réside donc dans son aspect
physique, suggérant l’importance de l’investissement financier consacré
à la production de ses cent quatre-vingt pages.
Une première impression à laquelle s’ajoute la place
accordée au mariage intelligemment réussi entre le texte et les photos dont
vingt neuf clichés ont été consacrés au Superministre contre dix-sept à
son Guide Suprême. Les enseignants, les parents et surtout les premiers
concernés que sont nos enfants n’ayant récolté qu’entre douze et
dix-sept poses.
Certainement que l’investissement engagé dans la
confection de cette brochure de campagne en milliers d’exemplaires sur papier
glacé, dépasse outrageusement la réhabilitation de l’école de Médého
qui n’a coûté qu’un million francs Djibouti déboursé par les FFDJ. La
corvée qu’est la réhabilitation des établissements scolaires s’avérant
nécessiter un engagement financier et humain sans aucune retombée, ces
travaux ont, comme il se doit, été confiés aux forces étrangères
présentes sur notre sol. Leur concours, dit-on plus haut, est normal compte
tenu de l’exceptionnel terrain d’entraînement pacifié mis à leur
disposition par l’ingénieux bradeur et ses intermédiaires.
Dans ce même ordre d’idée, l’énorme contribution des
Américains à l’Education nationale à travers la distribution de kits
scolaires à la rentrée comme la fourniture d’équipements et autres
matériels de formation comme l’outil informatique à nos progénitures,
constitue un des éléments majeurs dans la lutte contre le terrorisme
international. Il se dirait dans les arcanes du pouvoir que contribuer à l’Education
de nos enfants c’est prévenir, c’est conscientiser les jeunes, à la base,
pour mieux lutter contre ce danger international. Peut-être ! Mais il est
regrettable que le geste des Américains ait été quelque peu détourné de sa
gratuité, puisque les dons de matériels scolaires ont transité en partie par
des boutiques privées avant d’arriver à leur destination finale : les
écoliers. A ce chapitre, la contribution du ministère est nulle, donc une
note de 2/20 lui est attribuée : peut mieux faire. Dispose d’une
capacité financière importante, mais n’investit pas dans les créneaux
porteurs pour un développement durable du pays !
A la matière « vivres, bourses, transport et conditions de
travail », le concepteur de la réforme comme le chef de chantier n’auraient
pas ménagé leurs efforts en faveur des nos enfants du milieu rural, de nos
étudiants à l’étranger comme de nos enseignants. En effet, sollicitant un
secours familial (pour ceux dont les parents perçoivent normalement les
salaires) nos étudiants à l’étranger et nommément au Sénégal souffrent
de précarité, les bourses se faisant attendre.
Dans les districts de l’Intérieur, les élèves des zones
rurales subissent le même sort que leurs frères et sœurs partis étudier à
l’étranger. Les cantines scolaires alimentées par l’aide du PAM sont
curieusement vides et les restaurants qui devaient servir les repas à nos
enfants dans les chefs-lieux n’ont pas été payés depuis longtemps par la
Présidence.
Physiquement et psychiquement affectés par l’irresponsabilité
voulue du ministère de l’Education nationale dont les errements sont
couverts par la Présidence, ces enfants resterons-ils les « damnés de notre
terre » ?
Quant au corps enseignant, rescapés des actions syndicales
durement réprimés au milieu des années 1990, rejoints depuis par d’autres
formateurs susceptibles de combler le déficit né de l’exil forcé de
nombreux enseignants, leurs conditions de travail demeurent pitoyables : des
classes surchargées, des avantages supprimés, des salaires en retard, des
mises à niveau délaissées, etc.…
Mal-vivre qui explique la multiplicité des grèves,
aggravé par les troubles dans les établissements scolaires : l’autorité se
perdant, la maïeutique s’accouche au forceps.
Au génie donc : une note de 0/20 pour cette matière
pluridisciplinaire. Un chapitre qui relève de cette mauvaise gouvernance dont
les effets se font cruellement sentir en matière d’Education.
Décision du conseil national de fin de mandat : n’est pas
apte à continuer. Orientation : Vie active. Attention au chômage ? La bête
dévoreuse de nos jeunes !
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