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Éditorial
DÉSORDRE DANS LES TÊTES,
ORDRE DANS LES RUES
C’est bien connu, l’humour reste la
politesse du désespoir : tourner une injustice en
ridicule est le moyen le plus immédiatement accessible de
la combattre. Connaissant la nature du régime, les
Djiboutiens pressentaient que l’Accord de paix du 12 mai
2001 ne trouverait aucune application. Édifiés par le pathétique
bouffon du Conseil constitutionnel lors des législatives
du 10 janvier 2003, ils y ont répondu par une boutade :
« pour faire croire qu’il a appliqué le point de l’Accord
de paix du 12 mai 2001 relatif au Conseil constitutionnel,
le régime aurait au moins pu envoyer son président pour
un petit stage de formation juridique.» Car, tout le
monde sait ici que l’actuel président du Conseil
constitutionnel n’a jamais suivi le plus élémentaire
cours de droit, certaines vérités méritant d’être
crûment énoncées, même si sa seule ignorance en la
matière n’avait pas motivé cette réforme
démocratique.
« Administratif » : c’est ainsi que
ledit président du Conseil constitutionnel s’est permis
de qualifier tout le contentieux qui oppose l’UAD au
régime. Seule l’incompétente prétentieuse au service
d’une usurpation partisane l’autorise à pérorer sur
un domaine qui ne relève pas de ses prérogatives. Au
demeurant, ce personnage du régime est une incarnation
vivante de l’illégalité que nous dénonçons : si un
minimum de légalité existait, il ne serait pas à sa
place aujourd’hui. Car, la démocratie au respect de
laquelle nous invite monsieur le président du Conseil est
démentie par sa seule apparition télévisée, parce qu’il
n’avait même pas le droit d’être là où il est
exhibé. Et, pour donner la plus complète information
possible à nos concitoyens voulant mieux comprendre,
pourquoi la RTD ne permet-elle pas à l’opposition d’argumenter
sa position sur ses ondes, au lieu d’un «Gros Plan»
sur un sujet secondaire ? C’est cette circularité
spécieuse, par laquelle chaque pantin du régime tente de
légitimer l’ensemble de la comédie, que l’UAD a
décidé de tout simplement ignorer : le seul verdict qui
aura le dernier mot sera celui d’une volonté populaire
librement exprimée ailleurs que dans des urnes truquées
!
Il y a comme un paradoxe à Djibouti,
si l’on suit tel philosophe qui postule que l’ordre
règne dans nos rues parce qu’il règne dans nos têtes.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que dans la tête
de nos compatriotes, est loin de régner un quelconque
ordre. Ce serait plutôt le contraire. Soumis à de
multiples formes de socialisation politique (tribu,
région et classe), le Djiboutien ne connaît aucune paix
dans son esprit, parce que la raison de ses conditions
quotidiennes d’existence lui commande de radicalement
rejeter l’ordre en place. Dans leur grande majorité,
les Djiboutiens ont parfaitement conscience que la survie
du pays passe par la fin du système actuel : les choses
ne peuvent plus continuer comme avant. Et la prochaine
échéance électorale est le moment ou jamais pour donner
une ultime chance à notre avenir, qui réside dans le
respect de notre diversité. Tous les Djiboutiens ont
conscience que la politique d’une fausse représentation
tribale, telle qu’elle a cours pour le moment, ne
garantira pas la coexistence harmonieuse entre les
diverses composantes de la communauté nationale, pas plus
que le développement équilibré des différentes
régions de notre territoire national. Comme cela l’a
été rappelé au chef de l’État à Ali-Sabieh, aucune
tribu ni aucun district ne pourront jamais se développer
au détriment des autres. Tout comme les salariés du
privé ou du public ne se sentiront jamais en sécurité,
pour leur salaire comme pour leur retraite, tant que des
syndicalistes authentiques seront réprimés. Seuls les
nantis de l’inégalité ont intérêt à ce que ce
régime perdure.
Donc, l’ordre est loin de régner
dans la tête de nos concitoyens : tout les inclinerait
plutôt à se révolter radicalement contre le système en
place. Pourquoi un ordre inexistant dans les têtes
régnerait-il alors dans nos rues ? Certainement une
question de circonstance : les gens ne se révoltent que
lorsqu’ils estiment la situation en leur faveur. L’opposition
a conscience de cette réalité: le Peuple ne peut être
mobilisé que si et seulement si une réelle perspective
de changement lui est proposée.
Ce qui est le cas aujourd’hui, car il
n’est nullement question pour nous de tergiverser avec
le despotisme en place, tout simplement parce que ce n’est
pas l’amélioration de nos situations personnelles qui
est en jeu. Au risque d’y perdre ce que nous avons de
plus cher, jamais nous n’accepterons de sacrifier une
cause pour laquelle tant de sacrifices ont été consentis
: pour un démocrate sincère, l’avenir des ses
concitoyens n’est pas négociable. Le civil innocent, le
rebelle armé et le soldat surarmé ne doivent pas être
morts pour que survive ce régime par notre seule
inaction.
C’est pour cela que nous irons jusqu’au
bout de nos convictions, quoi qu’il nous en coûte. Et
nous sommes persuadés que la majorité de nos concitoyens
désireux de mettre leur esprit en conformité avec les
souffrances quotidiennement endurées nous accompagnera en
ce moment décisif. Il est temps de libérer l’esprit
torturé, en combattant le tortionnaire. Tant que l’individu
vivra mal dans sa peau, toute la société est condamnée.
Brèves
nationales
« Kaadi badane,
waa loo gogol badiya » :
Candidature bidon !
L’annonce par « La Nation » du
lundi 28 février 2005 de la candidature du président du
PDD (Parti Djiboutien pour le Développement) à la
présidentielle d’avril prochain, constitue pour nous un
non-événement. Elle suscite plutôt chez nos concitoyens
dérision et suspicion, ne serait-ce qu’au regard du
tapage médiatique dont le régime la comble. Dans sa
version officielle en langue arabe, « Al Qarn » en
dresse un portrait subitement élogieux.
Passons sur la justification par M.
Mohamed Daoud de sa candidature, affirmant qu’il s’agirait
pour lui de « montrer sa bonne volonté à l’opinion
internationale. » Libre à lui d’attendre Godot, c’est
le peuple djiboutien qu’il faut avant tout convaincre de
la justesse de sa position.
Parce qu’il a participé aux
législatives du 10 janvier 2003 aux côtés de l’UAD,
il vu son salaire abusivement suspendu. Son recours
auprès de tribunal administratif n’a pas eu de suite.
Il a cosigné en mai 2004, avec l’ensemble
de l’UAD, un texte posant les conditions de la
participation de l’opposition aux prochaines échéances
électorales. Il a été exclu de l’UAD pour avoir
abdiqué ses droits et conditions car, depuis ce courrier
officiel, rien de nouveau n’est venu rassurer l’UAD
quant à la transparence électorale. C’est pour fuir
les innombrables injustices que nos compatriotes ont
massivement émigré cette dernière décennie en Europe,
aux USA et au Canada.
Cette diaspora auprès de laquelle il
mènerait campagne en ce moment, soutient massivement le
boycott actif prôné par l’UAD et nous l’a fait
savoir. Rappelons enfin que sa candidature est loin de
faire l’unanimité au sein de son propre parti, qui la
condamne majoritairement. Ses membres n’ont pas jugé
utile de répondre à une énième manipulation qui ne
profite qu’au régime : ils s’exprimeront en temps
utile et en toute indépendance, sans publicité de la RTD.
Cette candidature sans crédibilité n’apportera
donc pas au pouvoir l’onction démocratique qu’il
cherche désespérément.
*
Autisme politique et
élections :
Transparence zéro !
Un récent éditorial de « Réalité
» avait établi un diagnostic du mal dont souffre ce
régime : l’autisme politique. Voilà que le ministre de
l’Intérieur vient confirmer, dans une tonitruante
déclaration radiotélévisée, la pertinence de nos
analyses, en lançant un pathétique appel à l’Opposition.
Ainsi, c’est effarés que les
djiboutiens qui ont massivement approuvé la position de l’UAD
relative au boycott actif de l’élection présidentielle
ont suivi les propos décalés de la réalité d’un
ministre apparemment sommé de monter au créneau. Sans
rire, rappelons ce qu’a dit en substance le Ministre peu
inspiré du candidat fatigué :
« je lance solennellement un appel
à l’Opposition afin qu’elle reconsidère sa position
et accepte de participer aux élections car le temps
presse : la CENI doit être mise en place le dimanche 20
février, l’opposition doit donc désigner au plus vite
ses représentants ».
Cette invitation fait froid dans le dos
pour qui se rappelle que ce Ministre a été le premier à
recevoir la réponse négative de l’UAD, quant à sa
participation à cette prétendue CENI. Les Djiboutiens se
souviennent également que l’opposition a clarifié sa
position sur la présidentielle au cours d’un mémorable
meeting tenu à l’avenue Nasser, le 13 février dernier.
Confortée par le soutien massif de nos
concitoyens au boycott actif, l’UAD a publié quelques
jours plus tard un communiqué de presse, on ne peut plus
clair, expliquant sa nouvelle démarche politique.
Mais que vient donc chercher un
Ministre ne craignant pas le ridicule au point d’affirmer
: « je vous promets la transparence comme en Janvier
2003, le Président en personne, m’a ordonné d’organiser
les élections de la manière la plus transparence qui
soit, alors faites preuve de civisme et de patriotisme et
participez à la prochaine consultation électorale…
» ?
*
De qui croit-il se
moquer ?
Notre position au sujet des élections
truquées d’avance est irréversible tant que le régime
persistera à ignorer nos conditions pour la mise en place
d’une réelle transparence.
Enfin, symptôme visible de l’autisme
de ce régime, un ministre de l’Intérieur scandant :
VIVE L’UAD ! alors que le médiocre pamphlet de son
parti, le mal-nommé « le Progrès » clame sans cesse
que « l’Opposition djiboutienne n’est pas
crédible car anti-nationale ».
C’est pourquoi l’UAD a décidé de
lancer un combat sans merci contre l’autisme politique.
Le mensonge et l’imposture connaîtront bientôt le
cinglant désaveu populaire qu’ils méritent.
*
District de Tadjourah
:
Armée de
développement ou de ratissage ?
Lundi dernier, les généraux des
Forces Armées Djiboutiennes (FAD) et les autorités
civiles et militaires du district de Tadjourah, ont
assisté à une cérémonie d’ouverture de trois pistes
récemment réhabilitées par les soldats du groupement
interarmes de Tadjourah. Selon les médias
gouvernementaux, une centaine de militaires aurait
travaillé d’arrache-pied durant plus de deux mois, pour
construire trois pistes donnant toutes accès au plateau
de Dalha à partir de Guirori et d’Assa-Gayla.
La nouvelle armée de développement du
candidat solitaire aurait par la même occasion fourni
diverses assistances humanitaires aux populations
enclavées de cette région montagneuse. Malheureusement,
la situation sur le terrain est loin d’être aussi rose.
Il s’agit ni plus ni moins d’une opération de
militarisation d’une zone connue pour avoir abrité dans
le passé des éléments rebelles. Ainsi, selon nos
informations, le régime chercherait, en violation de l’accord
de paix du 12 mai 2001, à installer de nouveaux
casernements de l’armée sur le plateau de Dalha et à
Médého. Ce nouveau quadrillage militaire n’est pas
pour rassurer les populations qui redoutent des ratissages
de sinistre mémoire. Il y a quelques jours de cela, une
jeune fille aurait été sauvagement violée dans la
région du lac Assal par plusieurs soldats de cette armée
de sous-développement.
La paix reste donc plus que jamais
menacée par ces nouveaux déploiements des forces armées
dans une zone qui a particulièrement souffert du conflit
civil de dix ans.
*
Commerce régional :
Obock sous blocus ?
Lors du dernier passage du candidat
solitaire à Obock, une habitante de cette ville s’était
adressé au chef de l’État en ces termes : « nous
vivons d’un petit commerce maritime avec le Yémen dont
nous importons du carburant que nous revendons ici.
Malheureusement, l’État taxe trop lourdement ces
produits. » Bon prince, le candidat unique avait
alors annoncé que ces taxes seraient illico supprimées,
mais à condition que le produit importé ne soit revendu
qu’à Obock et nulle part ailleurs.
Quelques jours plus tard, après cette
énième promesse présidentielle, les trois agents des
Contributions affectés à cette tâche à Obock ont été
purement et simplement suspendus et le montant des taxes
revu à la hausse. Conséquence : les Obockois vivant de
ce commerce régional sont pris à la gorge et la mesure
gouvernementale s’apparente à un blocus économique du
district le plus pauvre et le plus enclavé de notre pays.
Bravo le candidat solitaire ! Les Obockois ont
parfaitement compris l’avenir économique que leur
prépare celui qui a décrété que les deux districts du
Nord devraient vivre de la mer.
*
La forêt du Day en
péril :
A cause du docteur
honoris causa
Fatma Samora, Représentante du
Programme Alimentaire Mondial (PAM) à Djibouti, a
récemment écrit un long article par dans « La Nation »
consacré à la forêt du Day, qui force notre admiration.
Dans son édition de mercredi dernier, notre confrère en
a reproduit de larges extraits. « Réalité » qui l’a
lu avec intérêt tient sincèrement à la féliciter et
la remercier. Félicitations pour son érudition, la
sincérité d’un témoignage poignant où
transparaissait la douleur de voir se mourir un patrimoine
qu’elle considère comme mondial, la qualité du texte,
concis à la différence de beaucoup de textes savants et
redondants écrits sur le sujet. Remerciements pour sa
démarche : nombre de montagnards de la région nous ayant
demandé de lui faire part de leur gratitude.
Si l’on ne devait retenir qu’une
seule phrase de son plaidoyer, c’est son espoir de
sauver la forêt, résumé en une ligne : « le prix à
payer pour la sauvegarde du Day n’égalerait en rien les
sommes colossales investies en Égypte pour sauver le
temple d’Abou Simbel… on pourrait mettre un terme à l’agonie
du Day avec des moyens infiniment réduits. »
Déplorant que la superficie de la forêt du Day, qui
renferme 60% de la biodiversité du pays, soit passée de
3000 hectares à l’indépendance à 900 aujourd’hui,
elle conclue qu’ « il faut sauver cette forêt qui
est d’un intérêt primordial pour l’environnement
mondial. »
Sa position rejoint ainsi le point de
vue de « Réalité » qui, à plusieurs reprises, s’est
prononcé pour, sinon son classement au patrimoine mondial
de l’UNESCO, du moins sa sauvegarde d’urgence par un
don multi ou bilatéral. Mais cette démarche doit être
gouvernementale et ce gouvernement crédible et soucieux
de l’intérêt général. Force est de constater qu’il
ne l’est pas. Gouverner, c’est prévoir, dit-on, or il
n’entreprend rien pour enrayer la mort prévisible de
cette forêt.
Pire, les préoccupations du
gouvernement sont ailleurs et se situent au niveau des
mandibules. Son chef, le docteur honoris causa en
agriculture y acclimate le khat aux frais du contribuable
et en bordure de la forêt. Sur les 4 hectares cultivés
dans le ranch présidentiel, une part est occupée par
cette plante venue des hauts plateaux éthiopiens.
Si le gouvernement et son chef
comprenaient le langage de cette forêt et celui de ses
riverains, ils ne lui auraient pas imposé un si mauvais
voisinage, mais on ne peut pas comprendre quand on est
malvoyant et malentendant.
Heureusement, le bon sens est la chose
la mieux partagée au monde : c’est une femme originaire
d’Afrique de l’Ouest qui milite pour la sauvegarde d’une
forêt primaire d’Afrique de l’Est.
Merci Madame, le Day s’en souviendra
toujours ! A notre humble avis, le premier pas pour la
sauvegarde de ce patrimoine national inestimable.
*
Lutte contre l’insalubrité
:
Les pauvres
réprimés !
Comme la plupart des décisions prises
par la district de Djibouti, la dernière en date
concernant le commerce informel, signée par le directeur
des services techniques, est une décision irréfléchie.
« Réalité » ne désapprouve pas l’intention
commandée par le bon sens de réglementer le commerce
informel et lutter contre l’occupation sauvage des
espaces publics, qui font de notre Capitale une ville sale
et aux allures anarchiques.
Mais nous condamnons les méthodes
répressives et brutales employées contre ces malheureux
commerçants (dont la plupart sont des femmes) et le fait
qu’aucune mesure d’accompagnement ne leur ait été
proposée. Il aurait fallu au préalable tenir des
réunions de concertation avec ces commerçants, en
aménageant à leur intention là où c’est possible
quelques locaux dans chaque quartier et surtout accorder
un délai d’un à deux mois pour leur permettre une
réinstallation conforme à la réglementation.
La lutte contre l’insalubrité ne
doit pas se faire de façon aussi brutale et répressive
(plusieurs dizaines de commerçants sont jetés en prison
et leur matériel détruit), mais maintenant que les
trottoirs sont dégagés, il faut d’urgence installer
des bennes à ordures (la centaine offerte par la Chine
est inexplicablement louée à des forces étrangères
stationnées sur notre sol) pour transformer notre
Capitale qui reste un dépotoir à ciel ouvert.
L’ARD
en tournée dans le Sud-Ouest
Le flambeau ARDent se
multiplie
Joignant le
geste à la parole, l’ARD a commencé sa tournée de
mobilisation dans les districts par la région de Dikhil.
Ainsi, le week-end dernier, une forte délégation de
notre Parti, conduite par le Président Ahmed Youssouf, a
sillonné le Sud-Ouest. Compte rendu d’un déplacement
historique qui a ébranlé le régime et embrasé le cœur
et les esprits d’une population abandonnée à son
triste sort.
« Là où passe la caravane de la
vérité, le mensonge n’a plus sa place » : cette
phrase d’un vénérable notable de Yoboki résume l’accueil
populaire enthousiaste réservé à l’ARD dans le
district de Dikhil. Lassée du verbiage stérile du
régime, et souffrant autant qu’ailleurs des méfaits de
la mauvaise gouvernance, la population veut entendre un
discours nouveau, à mettre en pratique dans les plus
brefs délais.
Galafi
La délégation de l’ARD a quitté
Djibouti tôt jeudi matin, en direction de Galafi,
première étape de cette tournée. Arrivés sur place
vers 11 heures, les dirigeants et cadres de notre Parti
ont été portés en triomphe par une population massée
devant notre annexe. Après une courte réunion avec notre
comité de Galafi, les dirigeants de l’ARD se sont
adressés à la foule en liesse qui scandait : « Vive
l’ARD ! Vive la vérité ! » Les différents
orateurs ont pointé du doigt les misérables conditions
de vie imposées aux habitants de cette contrée oubliée.
Le message de lutte et d’espoir délivré sur place a
été bien reçu.
Le meeting a été suivi d’une
réunion avec les notables et les jeunes de cette
localité. Tous ont parfaitement compris la nouvelle
démarche de l’UAD concernant l’élection
présidentielle et promis d’œuvrer concrètement à nos
côtés. Dans ce bureau de vote, les délégués de l’opposition
avaient été brutalisés puis emprisonnés par les
militaires lors des législatives du 10 janvier 2003 :
inutile d’exposer qui que ce soit à ces vols à main
armé.
Ils ont également témoigné de leurs
difficultés quotidiennes : la peur des mines
antipersonnel enfouies par les troupes gouvernementales et
encore disséminées dans le coin les empêchent de
librement circuler. C’est dire combien la paix n’est
pas encore une réalité pour eux. Sans parler de
développement : il n’y a que des chômeurs, aucune
école ni dispensaire. Dans ces conditions, pas étonnant
que le régime ne soit pas aimé. Et l’ARD est à l’heure
actuelle le seul parti à s’être installé à Galafi.
D’ailleurs, la réussite de notre
implantation dans cette zone a été telle que les
habitants de Daoudaouya ont réclamé à leur tour l’ouverture
d’une annexe chez eux dans les plus brefs délais.
Après Galafi, ce fut au tour de Yoboki, où la
délégation est arrivée peu avant 13 heures.
Yoboki
Il faut dire que les habitants de ce
gros village étaient massés devant notre annexe en plein
soleil depuis 10 heures du matin. Hommes et femmes
chantaient et dansaient en scandant « Vive l’ARD !
Le RPP, on n’en veut plus ! » Paniqué par l’ampleur
de l’accueil réservé à l’ARD, le Commissaire du
district avait dépêché des forces anti-émeutes dans ce
village, avec pour mission d’empêcher coûte que coûte
le meeting public de l’ARD. Nos dirigeants ont alors
poliment fait savoir aux autorités policières et
administratives que notre Parti est légalement constitué
et qu’il s’adressera à la population, quoi qu’il
arrive.
Passant outre ces manœuvres d’intimidation,
les responsables de l’ARD ont pris la parole vers 13h
30, sous un soleil de plomb et dans une grande ferveur
militante. Là aussi, le mot d’ordre de l’UAD est
très bien passé.
Rappelons que ce village martyr, aux ¾
détruit lors du conflit civil, n’a jusqu’à présent
bénéficié d’aucun programme de reconstruction digne
de ce nom. La petite centrale électrique dispose de deux
groupes électrogènes, mais un seul fonctionne et une
partie de la journée seulement. Pas un seul jeune ne
travaille. Le ras-le-bol de cette jeunesse a d’ailleurs
failli la conduire à violemment exprimer sa colère ce
jour-là en manifestant sur la route qui traverse Yoboki,
n’eût été les conseils d’apaisement de notre Parti.
Le meeting public a été suivi d’un
copieux déjeuner auquel a pris part une centaine de
militants de cette localité. Dans l’après-midi, la
direction de l’ARD s’est entretenu avec les notables
et les jeunes. Les discussions ont surtout porté sur les
difficultés de vivre à Yoboki et ses environs,
principalement causées par la mauvaise gouvernance
instituée par le candidat solitaire.
L’ARD a rallumé la ferveur de lutte
et son passage à Yoboki restera inoubliable. Les
habitants de Gourabous, présents à Yoboki lors de ce
meeting, ont demandé à l’ARD d’installer une annexe
dans leur village.
La délégation de l’ARD a ensuite
rejoint As-Eyla, troisième étape de sa tournée, peu
avant le coucher du soleil.
As-Eyla
Chaleureusement accueillis par les
habitants de cette bourgade, notre délégation a passé
la nuit sur place. Après la prière du soir, une
délégation de Sages et de jeunes d’As-Eyla a été
reçue par le Président de l’ARD, entouré de ses
proches collaborateurs. Les Sages et les jeunes nous ont
tous fait part de leur rejet du RPP et de son chef, qui
ont réduit au chômage la jeunesse en âge de travailler
et dont une grande partie a quitté l’école après le
BEPC, à survivre en brûlant du bois mort pour le
transformer en charbon. Voilà, ont-ils conclu, l’avenir
auquel ce régime de mauvaise gouvernance et de
favoritisme condamne les forces vives d’As-Eyla. Le
boycott actif de l’UAD est une chance de les
débarrasser d’un système voulu et institué par le
candidat solitaire. Système de mépris officiel
consistant à affamer le peuple pour le soumettre.
Le lendemain, vendredi, l’ARD avait
prévu de tenir un meeting devant son annexe à 10 heures.
Vers 9 heures, quelle ne fut pas sa surprise quand le chef
de poste administratif du coin est venu nous signifier que
le meeting public était interdit et qu’une réunion
avec les militants à l’intérieur de l’annexe était
seulement tolérée. Là encore, les autorités
administratives de Dikhil avaient ordonné aux forces de l’ordre
d’empêcher la tenue du meeting public.
Rejetant cette énième provocation et
soutenue par toute la population d’As-Eyla, notre
délégation s’est adressée à la foule à 10 heures
précises. Les forces de l’ordre prétendument mises en
alerte n’ont pas quitté leurs casernements et le
meeting fut un grand succès.
Peu avant la fin du meeting, deux
véhicules 4x4 flambant neufs sont entrés dans la ville
en voulant passer par l’artère principale où se tenait
le rassemblement populaire de l’ARD. Des proches du
régime, pour l’essentiel de hauts fonctionnaires dont
un responsable du service technique de l’ONED, connu
pour son zèle partisan et un membre de la rédaction du
« Progrès », faisaient partie de cette étrange
délégation venue là sous couvert d’une activité
associative. Des jeunes surexcités ont commencé à les
huer en scandant « Aux voleurs ! » avant de tenter de
bloquer leur passage. Nos dirigeants qui s’adressaient
à la foule ont alors intimé l’ordre de les laisser
passer.
On le voit, la jeunesse désœuvrée de
la région de Gobaad est particulièrement remontée
contre le système prédateur du RPP, personnifié par la
candidat solitaire qui, rappelons-le, s’était déplacé
en catimini à As-Eyla en juillet 2003, au lendemain du
passage d’une équipe de « Réalité » invitée par
les forces américaines venues soigner la population. Rien
n’a changé depuis, dans cette localité très peuplée
où l’eau courante et l’électricité ont disparu. La
population s’abreuve au puits du coin et le groupe
électrogène ne fonctionne que lors de brefs et rares
passages des dignitaires du régime.
D’ailleurs, les Sages de la ville
nous ont fait remarquer que l’électricité était
miraculeusement revenue, dans la partie électrifiée, une
heure avant l’arrivée de la délégation de l’ARD,
jeudi soir vers 18 heures. Manque de pot pour les
partisans du mensonge, nos dirigeants ont passé la nuit
chez l’habitant dans le secteur non éclairé de cette
vaste bourgade.
Profitant du passage de l’ARD, la
population a massivement démontré sa volonté de
changement, celle-là même que notre Parti préconise
depuis la transformation du FRUD-armé en organisation
politique, au lendemain de la signature de l’accord de
paix du 12 mai 2001. C’est pourquoi des militants de
Koutabouya et de Kontali, présents ce jour-là à As-Eyla,
ont demandé à ce que l’ARD ouvre rapidement et vienne
inaugurer une annexe dans leur village. Demande acceptée
et bientôt honorée. Cap sur la dernière étape : Dikhil,
ville de l’Unité.
Dikhil
Après la prière du vendredi midi et
le repas, jeunes, notables et femmes, toutes communautés
confondues ont envahi notre annexe de Dikhil pour
participer à une réunion de travail destinée à
dynamiser cette structure. Là aussi, le même message de
mobilisation et de vigilance leur a été délivrée par
les responsables de l’ARD qui leur ont donné
rendez-vous pour une prochaine rencontre, avec toute l’UAD
cette fois.
Le district de Dikhil s’était
illustré en réservant un accueil froid au candidat
solitaire lors de son dernier passage, d’autant plus
écoeuré par sa distribution tribale d’argent de poche
(50.000 FD par clan), généreux avec les uns, oubliant
les autres.
La ville de l’Unité ne pouvait
tolérer une telle zizanie, cherchant à semer la discorde
entre ses habitants. D’autant plus que, sur près d’une
trentaine d’agents de l’Etat récemment licenciés de
l’Assemblée nationale, plus de vingt étaient
originaires de cette région. A l’occasion de la visite
de l’ARD, Dikhil a démontré qu’il était aussi
frondeur que la ville d’Ali-Sabieh. Ce sera bientôt au
tour de Tadjourah et d’Obock.
Dans un somali lyrique, une ancienne
militante de la LPAI a galvanisé l’assistance en
rappelant les heures glorieuses de la lutte pour l’indépendance.
Pour appeler ses compatriotes à encore plus d’unité
face à ce régime de division, elle a évoqué une
anecdote. Un jour, les forces coloniales avaient encerclé
la cité d’Arhiba pour réprimer ses habitants.
Sous la conduite du regretté Ahmed
Dini, les militants de la LPAI, toutes ethnies confondues,
ont alors déferlé sur Arhiba, en signifiant à l’administration
coloniale qu’ils partageaient la colère de cette cité.
Les forces de répression ont fait marche arrière et l’unité
nationale est sortie renforcée de cette épreuve.
C’est cette même unité nationale
que cherche à saper le régime divisionniste du candidat
solitaire. Aux jeunes générations, oubliant parfois les
leçons de l’Histoire, elle a expliqué en quoi le RPP
est pire que le colon : « non seulement il tue comme
lui et même plus, mais il dénie tous les droits,
salaire, santé, école, travail, liberté d’expression,
rien n’est plus comme avant. Avec l’UAD, mettons fin
à ce système pour que renaisse enfin notre pays »
a-t-elle conclu.
Quelle meilleure preuve que la
maturité de notre peuple, plus décidé que jamais à
mettre un terme aux agissements néfastes de ce régime.
De
la réforme du système éducatif
QUEL BILAN ?
Son précédent
article ayant soulevé une certaine polémique
dans le milieu enseignant, un instituteur nous a fait
parvenir cette contribution à l’indispensable
réflexion sur notre système éducatif.
Nous avions refusé de participer au
forum-débat sur l’Éducation Nationale organisé par le
ministère, car nous estimions que les grandes
cérémonies de ce genre ne servent à rien du moment que
l’on ne peut donner abondamment son opinion ni exercer l’acuité
sceptique de son jugement. A cela, nous avons préféré
« le silence de la réflexion ». C’est donc tout
naturellement que j’envois mon article critique à «
Réalité». En effet, je vous le demande, où devrait s’adresser
tout citoyen en quête de vérité, lorsqu’il cherche un
soutien moral, si ce n’est à ce journal : n’est-il
pas vrai que l’on y parle réalité ? Bref, commençons
!
Nous avons déjà, dans ce même
journal, dressé une vive critique à l’encontre de l’actuelle
réforme de l’École, dont on vient de faire le bilan
officiel. Nous avons, entre autre, suffisamment montré
comment celle-ci ne remettait pas fondamentalement en
cause l’inadéquation du système éducatif; qu’elle n’a
en réalité abouti qu’à l’aménagement du statu quo
par des réformettes. Errare humanum est, perseverare
diabolicum : persister dans l’erreur, n’est-ce pas la
marque du diable ?
Nous avons dû renoncer à apprécier
en détail toutes les mesures prises pour améliorer le
système ; le pauvre enseignant que je suis ne pouvait
prétendre rechercher ou examiner toutes les sources
éparses auxquelles les auteurs de la réforme ont puisé
leurs arguments. Il a fallu laisser cette tâche à de
plus compétents en la matière. Nous avons exclusivement
critiqué la réforme du seul point de vue linguistique.
Nous avons pu affirmer, en effet, que la cause principale,
sinon la racine, de la faillite de notre système
éducatif résidait dans le maintien d’une politique
linguistique qui exclut les langues nationales du cursus
éducatif. Or, on sait aujourd’hui que le problème de
la langue joue un rôle considérable dans l’échec
scolaire, explique en grande partie le phénomène de
déscolarisation, le retard dans le développement
cognitif (inutile de s’y attarder ici, nous avons
longuement exposé les données du problème dans notre
précédent article). C’est à ce point précis que l’on
a pu mettre le doigt sur les insuffisances de l’actuelle
réforme de l’École, qui aborde les problèmes de
façon unilatérale, en négligeant le facteur
linguistique (de seules spéculations sur les conditions
économiques ne mèneront jamais à rien). Ainsi, nous
avons pu affirmer qu’aussi longtemps que nous
négligerons cet aspect, le problème de l’École
restera non résolu et cette pseudo-réforme ne pourra
satisfaire qu’un public plutôt naïf mais jamais les
enseignants que nous sommes.
La tenue des États Généraux sur l’École
avait éveillé à l’époque chez nombre d’entre nous
l’espoir que l’on arriverait à dégager de nouvelles
perspectives plus réalistes pour notre École. En
réalité, cela s’est révélé être un leurre : la
montagne a accouché d’une souris. La méconnaissance de
la question linguistique n’a pu avoir pour conséquence
que de rendre les discours sur la réforme insignifiants,
inefficaces et relativement insensés par rapport au
projet du ministère exprimé dans son vœu de créer un
système éducatif authentique, enraciné dans les
réalités socioculturelles de notre pays.
La question de savoir à quelles
finalités répond le choix de la langue française comme
langue exclusive de scolarisation, comme langue
officielle, n’est pas si oiseuse qu’il n’y paraît,
surtout quand on sait que la grande majorité de nos
concitoyens échappe à toute alphabétisation en
français. C’est pourquoi nous avons souligné la
nécessité de voir redéfinir le rôle et la place du
français et, partant, de décider sans plus tarder de l’introduction
des langues nationales à l’École. De plus, s’il est
vrai que les choix linguistiques dépendent de choix
éducatifs, il nous a paru contradictoire de maintenir le
français dans son statut de langue d’enseignement,
maintenant que nous avons résolument opté pour le
concept d’école de base (qui centre ses actions sur l’acquisition
des savoirs de base que sont lire, écrire et compter). Le
ministère, on le voit, cède à la magie du nominalisme,
qui croit changer les choses en en dépossédant les
signes (en abandonnant le concept d’école primaire pour
celui d’école de base). Nous avons enfin répondu à
ceux qui, de leur hauteur, jettent un regard de mépris
sur les langues nationales, qu’ils ne devraient pourtant
pas ignorer eu égard à l’importance stratégique
partout confirmée de leur introduction à l’École.
Mais, lorsque certains d’entre eux
qualifient mes propos de réactionnaire au prétexte qu’il
est inutile de lutter contre la France (sic), ils donnent
une preuve supplémentaire de leur totale incompréhension
sur ce point. Or, nous n’avons rien prétendu de tel. Il
nous faut rappeler ici une évidence, pour dissiper tout
malentendu : les langues afar et somali, de même que la
langue française, n’appartiennent à ceux pour lesquels
elles sont maternelles. Par définition, une langue
appartient à tous ceux qui la maîtrisent. Nous avons
distingué les langues des nationalités et des pays. Ce n’est
pas à nous mais à eux-mêmes que les auteurs doivent s’en
prendre pour cette généralisation abusive. La seule
chose qu’il faut se demander, est donc celle-ci : est-il
logique et réaliste d’enseigner à nos enfants dès le
CI à renommer en français le réel qui les entoure et qu’ils
appréhendent dans leur langue maternelle ? C’est
pourtant ce que les instituteurs exigent de nos enfants à
l’école: nommer les tables, les chaises, la parenté,
les fables, les contes, raconter une histoire en français
: on pourrait multiplier les exemples à l’infini. Le
fait est que c’est uniquement dans les ménages à haut
niveau de scolarisation que le français est couramment
usité à la maison : l’école ne fait donc que
reproduire des inégalités sociales fondées sur la
maîtrise de cette langue. Et ce n’est pas un hasard si
les enfants des classes sociales supérieures sont les
seules à fréquenter les écoles françaises : Nativité
ou Dolto.
Le plaidoyer pour la réforme de l’École
aurait gagné en crédibilité si le ministère avait
publié les résultats effectifs des élèves ; or, il s’en
est bien gardé, à juste titre. Pour toutes ces raisons,
il nous est difficile de partager le sentiment
triomphaliste des auteurs de la réforme. Un tel langage
de satisfaction est le malheur qui s’ignore. Ainsi,
faute de convaincre sur le terrain, il leur faut
convaincre par l’image, ce qui explique le tapage
médiatique, la multiplication es journaux édités par le
ministère, les colloques et rencontres organisés, etc.
La débauche verbale est une nécessité dans cette
économie de l’impuissance. Le bavardage nous semble
être quant à lui comme une manière de nier le réel. On
préfère discuter de tout et de travers,
superficiellement, de toutes choses insignifiantes, pour
éviter d’aborder en paroles et en pensée ce qui est
réellement important. Une autre manière de faire
accepter ce que la simple logique rejetterait et d’entourer
la discours en question, en témoigne encore l’ouvrage
édité par le ministère, qui retrace le bilan de la
réforme, de considérations apologétiques. L’attention
du lecteur est détournée du problème crucial, de la
vérité du discours sur la réforme, pour se porter sur d’autres
questions. Mais nous savons que l’apologétique est un
déguisement qui veut combattre la nécessité de créer
un authentique système.
La recherche de l’authenticité exige
quant à elle la rigueur de la pensée, au-delà des
slogans. Du reste, peut-on parle de réforme quand en
réalité on ne fait que perpétuer la logique coloniale
qui a imposé le français comme unique langue de
scolarisation. On ne peut qu’être encore frappé dans
cette réforme par la persistance d’éléments tout à
fait traditionnels, de discours au milieu de la prétendue
nouveauté : le thème de la généralisation scolaire est
un exemple frappant. Dès l’accession de notre pays à
la souveraineté, l’objectif d’un enseignement public
de masse fut très tôt proclamé. L’actuelle réforme
ne semble suivre que la même politique, tout en se
gardant de refonder le système en profondeur. Proposer
une réforme, c’est marquer une rupture avec l’ancien
système ; or, tel n’est pas le cas aujourd’hui.
Pourtant, le discours du ministère de l’Éducation est
partout applaudi, on le qualifie de révolutionnaire. C’est
de n’avoir rien appris et d’être voué à la
répétition de la renonciation à soi, qui doit être
sans cesse dévoilée, dénoncée. Mais il est toujours
possible de chercher la cohérence et la logique de l’attitude
de quiconque veut aller plus loin, qui refuse de se
contenter du fait accompli.
Nous revendiquons le droit d’explorer
la vérité par une voie nouvelle. Au demeurant, la
complète faillite du système éducatif classique
excuserait toute tentative et la stérilité de l’orientation
classique devrait inciter ses adeptes (je parle ici des
auteurs de la réforme) à plus de mesure et de modestie
dans leur critique des enseignants : il est vain de les
critiquer quand les responsabilités incombent à ces
auteurs incapables de percevoir les contradictions
internes dans lesquelles l’actuel système s’est
enfermé.
Certes, on ne saurait nier le
formidable effort d’investissement entrepris pour
améliorer l’actuel système éducatif (augmentation de
ses capacités d’accueil, multiplication des postes d’enseignant).
Cependant, la portée de ces actions reste limitée :
elles ne couvrent qu’une partie des besoins. D’ailleurs,
en cela, le ministère n’a fait que suivre les
recommandations de la Banque Mondiale (dont nous
regrettons ici le déphasage par rapport à nos
réalités) qui s’intéresse plus au budget consacré à
l’Éducation, qui reste confiné dans des généralités
sur la nature des matériaux utilisés pour la
construction des écoles, qu’à la question « simple
mais essentielle de savoir si les enfants comprennent ou
non la langue dans laquelle on leur donne l’enseignement
» comme l’écrit Chaudenson dans sa « nouvelle
francophonie ».
On l’aura compris, la rhétorique de
la réforme devenue une langue nationale supplémentaire a
pour dessein d’occulter la réalité de la défaite de
la pensée. Elle a pour fonction, pouvons-nous dire
encore, de faire l’économie d’une réflexion autonome
puisant aux meilleures sources des principes d’éducation
et fortement ancrée dans les réalités de la société
djiboutienne : quand 80% sont analphabètes, est-il
sérieux d’imposer le français ? Les inconséquences
dont les auteurs de la réforme se sont rendus coupables
en généralisant un présupposé de classe, parce qu’ils
parlent le français à la maison à leurs enfants, nous
laissent penser que l’idée de la réforme n’est qu’un
prétexte. Notre analyse nous permet d’ores et déjà de
supposer que les discours sur la réforme (et leur tapage
médiatique) n’est pas seulement au service d’intérêts
pratiques (ils n’indiquent pas un vrai désir de
changement) mais de s’assurer de la reconduite de
certains dans les affaires du pays.
Sur un autre plan, on peut
légitimement s’étonner de voir s’accepter la
réforme telle qu’elle se présente, avec un contenu
pauvre, des prétentions que ses méthodes et sa pratique
rendent dérisoires. Il est désormais clair que sa force
ne lui vient pas d’abord de son contenu de vérité : sa
valeur ou sa fascination proviennent d’une régulation
externe qui en impose, avec sa certitude et son assurance,
ses thèmes, concepts méthodes et toute leur
légitimité. Seules les « autruches » que nous comptons
parmi les cadres du ministère pourront nier cela. En
réalité, ils ne feront qu’ânonner ou bégayer des
concepts venus d’ailleurs. Mais la négation de soi nous
installe dans une éternelle dépendance. L’aide et l’assistance
caractérisent notre être ; en témoigne par exemple le
discours du ministère de l’Education dans son ouvrage
sur « la réforme de l’école. Bilan des réalisations
». Voici ce qui y est écrit pages 4 et 5 : « Il a fallu
pour conduire la réforme, faire appel à nos partenaires
financiers et techniques ». Le langage adopté est celui
de la servilité et de la négation de soi. On veut s’affirmer
selon une loi qui n’est pas celle de son être : l’entreprise
est contradictoire. C’est ainsi que s’explique la
haute estime souvent peu justifiée où l’on tient les
idées des autres, de même que le mépris pour tout ce
qui est authentiquement national.
Quant à nous, il nous faut dénoncer
cet état d’esprit qui permet le déni de soi, de sa
culture propre. Car, on ne comprend pas comment les
assistants techniques qui ignorent la morale propre de
notre société, nos besoins concrets, pourraient
comprendre mieux que nous ne comprenons, nous apporter l’aide
dont nous avons vraiment besoin. Il est difficile pour
nous d’accepter un tel état d’esprit.
Apparaît encore un autre phénomène,
que peu ont relevé : c’est celui de s’octroyer des
parrains (ainsi du ministère sollicitant toujours l’avis
des experts de la Banque Mondiale, de l’UNICEF, etc, qui
les supplie de donner leur assentiment). On est allé
jusqu’à solliciter l’onction de l’ambassadeur de
France (voir Educ-Info/MENESUP n°10 de mai 2004 : on y
trouve en page 6 le compte rendu de la réunion du 24 mai)
pour donner sa « bénédiction » à la réforme. On aura
saisi le sens de cet étrange comportement : le ministère
recherchait une caution de conformité de la part des
anciens maîtres.
Si nous étendons nos observations au
niveau du collège et à l’université, nous ressentons
les mêmes ambiguïtés, les mêmes embarras. Les contenus
des disciplines enseignées n’ont jamais été
clairement définis. Ainsi, l’Histoire et la Géographie
la littérature étudiées sont celles de la « métropole
des vrais hommes ».
Pour le ministère, peu importe que le
contenu des disciplines soit sans aucun encrage réel,
sans lien avec les besoins réels de notre pays, il lui
faut accepter cela. Mais, quel genre de citoyen
voulons-nous vraiment former pour demain ? Le système
actuel, tel qu’il est constitué, ne produira comme il l’a
produit par le passé, qu’une élite acculturée,
incapable de scruter la réalité de notre société. On a
toujours privilégié la culture cosmopolite. Il en est
ainsi parce que ce n’est pas le ministère de l’Éducation
qui fixe ni organise les programmes. Les professeurs sont
jugés dignes d’exercer leur fonction au collège ou a l’université
à partir du moment où ils ont obtenu les attestations et
diplômes par les universités françaises. Du reste, n’est-ce
pas un abus de langage que de parler d’université
autonome à Djibouti, quand en réalité on ne fait que
reproduire le modèle français ?
Les considération énoncées plus haut
montrent que notre pays est à la croisée des chemins :
ou bien nous nous engageons dans la voie d’une profonde
réforme utile à la majorité de nos enfants, ou bien
nous continuons à maintenir l’actuelle tyrannie d’un
système sans finalité collective parce que ne profitant
qu’aux enfants des classes supérieures.
A.W
Courrier
des lecteurs
« Je tiens
par la présente vous demander de bien vouloir insérer
dans les colonnes de votre journal cette copie de mon
message électronique dont je sais que la Nation ne le
fera pas. Comme vous constatez j’ai réagi à l’offre
d’emploi du Port de Djibouti. Sachez enfin que j’avais
envoyé cette réaction pour soulager ma conscience.»
Sachant nous aussi que ledit journal gouvernemental
étouffera toute réalité incompatible avec la propagande
officielle, et considérant inadmissible qu’au chômage
endémique s’ajoute le favoritisme qui pénalise la
majorité des postulants non pistonnés par le régime, c’est
un devoir pour nous de publier ce cri de détresse et de
révolte.
Djibouti, le 24/02/05
VOS LECTEURS VOUS ECRIVENT :
A
Mr le rédacteur en chef de la NATION
lanation@intnet.dj
*
DJIBOUTI DOIT ETRE UNE REPUBLIQUE DES
CITOYENS
ET NON UNE REPUBLIQUE DES COUSINS ET DES
CLANS.
Dans l’édition du Mercredi 16
Février 2005, le Port de Djibouti faisait une annonce d’offre
d’emploi concernant son service de pompier qui sera
créé prochainement.
Je tiens à réagir à cette offre du
port parue dans cette édition et je vous demande de bien
vouloir insérer cette réaction dans vos colonnes.
Il est demandé officiellement aux
citoyens djiboutiens d’avoir des conditions normales ou
la compétence est exigée. Ces conditions sont bien sur l’âge,
des diplômes, un casier judiciaire vierge et un CV bien
garni…
Il n’est un secret pour personne qu’il
faut aussi montrer « pattes blanches » même après
avoir remplis les conditions officielles.
Pour cela il faut justifier par des
preuves à l’appui que les candidats à ces postes sont
des «citoyens honnêtes.»
Ces citoyens honnêtes sont, ceux qui
soutiennent profondément ce régime et ont par
conséquent les droits à être embauchés dans les
services publics avant les autres. Il faut dire aussi que
la priorité est donnée au clan du président même s’il
y a très peu de chômeurs en son sein.
Pour le poste du chef de service du
future service pompier du port, au lieu de prendre le plus
compétent des chômeurs, l’exécutif décide de mettre
en position d’indisponibilité un officier mobilisé qui
est réellement sergent du pompier et proche famille du
président à cette poste. Quant aux autres, ces sont des
sous citoyens selon les critères de l’exécutif.
Il serait donc judicieux de ne pas
insulter l’intelligence des djiboutiens et d’ajouter
aux conditions, les critères essentielles
(conditions officieuses) que sont :
1) Détenir la carte d’adhérent
du RPP,
2) Avoir une caution morale d’un
membre du bureau politique de ce parti.
En 2001, lors d’une embauche des
employés de la sécurité de ce même port, j’avais
répondu à toutes les conditions officielles. J’avais
été qualifié et mon nom était apparu dans la Nation du
Lundi 17 Septembre 2001, mais je n’avais pas montré
pattes blanches.
Dans cette même année un autre
djiboutien avait été sélectionné pour le poste du chef
de service de la sécurité mais il n’a pas pu montrer
patte blanche donc présenter une caution morale. Ce
dernier il faut reconnaître était plus diplômés et
plus expérimenté que moi et avait même été un
officier d’un corps national.
C’est fort regrettable qu’afin de
participer au développement de mon pays les responsables
politiques s’il y a et les établissements publics m’obligent
à faire la danse du ventre et à mentir.
Dans tous les cas, je ne regrette pas d’avoir
soutenu l’UAD lors des dernières élections. Cette
fois-ci je serais beaucoup plus malin et je ferais tout
pour avoir ce travail de pompier.
Ne dit-on pas que l’expérience
corrige !!!
Signé : Daniel
Merci de nous avoir fait confiance pour
la publication de cette lettre : que "La Nation"
l’ait censurée ne nous étonne guère. Tout comme nous
comprenons l’usage du prénom Daniel : c’est
certainement un pseudonyme utilisé pour préserver ses
chances de postuler à un futur emploi : c’est dire
combien le simple droit d’exprimer son désarroi n’est
pas toléré sous ce régime.
La triste histoire que vous nous
racontez confirme la pertinence de nos analyses : non
seulement ce régime impose un chômage massif aux jeunes
du fait de choix budgétaires incohérents de la mauvaise
gouvernance privilégiant le gaspillage et le favoritisme,
mais en plus il crée une intolérable ségrégation entre
concitoyens auxquels l’avenir devrait normalement
appartenir. Il faut en finir.
* * *
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