Brèves
nationales
M. Mohamed Daoud Chehem renonce :
Se tromper est humain
Par
un communiqué officiel rendu public dimanche dernier, le
Président du PDD, M. Mohamed Daoud Chehem a décidé de
finalement renoncer à se présenter à la présidentielle
annoncée.
Nous
ne pouvons que nous en féliciter et le féliciter de ce
tardif retour à la raison : on ne joue pas avec des
tricheurs! Par cette décision courageuse, même motivée
par des difficultés financières, M. Mohamed Daoud Chehem
a démontré, contre certaines rumeurs locales, que son
intention de se présenter n’était pas une manipulation
du régime en quête de challenger.
Nous souhaitons à son Parti le renforcement qu’il mérite, dans la
transparence et la clarification.
*
Le
nouveau parti prend position :
Le suspense était insoutenable !
Le
multipartisme intégral était une disposition de
l’accord de paix du 12 mai 2001. C’est pourquoi nous
ne pouvons, par principe, que saluer toute création
d’un nouveau parti politique. L’Union des Partisans
pour la Réforme (UPR) est donc née samedi dernier, après
une longue gestation ponctuée de bilans de santé établis
par les médias gouvernementaux. En effet, annoncée
depuis plus d’un an, cette formation les inquiétait
quant à son positionnement sur l’échiquier politique.
C’est
du moins ce que la RTD déclarait quelques jours avant la
cérémonie de fondation au Palais du Peuple. A croire que
la radio n’a pas lu le communiqué de presse publié à
cette occasion par le futur président du parti à naître
dans lequel il annonçait que sa formation s’ancrerait
solidairement dans la mouvance présidentielle.
N’est
pas Hitchcock qui veut !
Ce
qui n’était qu’un secret de Polichinelle est
finalement devenue le pedigree officiel de l’UPR et ce
serait offenser le droit à la vie que de ne pas présenter
ce bébé. Son Président est M. Ibrahim Chehem Daoud,
fils du regretté Chehem Daoud, Vice-Président du
FRUD-armé jusqu’à la création de l’ARD que des
raisons de santé l’avaient empêché de rejoindre.
Peut-être par une modestie inhabituelle, les médias
gouvernementaux n’ont pas dressé le tableau de ce jeune
et dynamique Président.
Silence
que nous devons combler : il est fonctionnaire à la Présidence
depuis qu’il a rejoint le pays dans le cadre d’une
dissidence du FRUD en 1996. Dissidence dont il a
aujourd’hui officialisé sa propre dissidence : le
lancement de l’UPR est donc avant tout un coup porté
par le RPP à un parti membre du cercle des admirateurs du
chef de l’État. C’est un cinglant désaveu de la
fameuse coalition RPP-FRUD.
Partant
de cette trajectoire, dans le détail de laquelle nous
n’entrerons pas ici par respect pour nos lecteurs, il était
évident qu’un fonctionnaire de la Présidence ne
pouvait pas créer un parti politique hostile à la Présidence:
« c’est la raison pour laquelle nous avons choisi de
soutenir la politique du gouvernement dirigé par le Président
de la République M. Ismaël Omar Guelleh et de nous
prononcer en faveur du renouvellement de son mandat…. »
a crû utile de préciser le Président de l’UPR.
Le
soutien « par acclamation » n’aurait choqué personne
s’il n’avait pas cherché à se justifier par une
intolérable intolérance sectaire dudit Président : « Car
pour nous, Ismaël est un homme de principes, décidé et
capable de faire marcher les choses. C’est la raison
pour laquelle tous les citoyens dignes de ce nom voteront
Ismaël Omar».
Ce
qui revient à dire que tous ceux qui n’ont pas voté et
qui ne voteront pas en faveur du candidat solitaire sont
indignes d’être des « citoyens dignes de ce nom ».
Homme de principes : le Peuple et tous ceux victimes de sa
violation l’accord de paix du 12 mai 2001, ne sont pas nécessairement
de cet avis.
Conception
de la démocratie à l’image de celle de son concepteur.
Hormis le RPP et l’UPR, jamais aucun parti politique
djiboutien n’a osé aller aussi loin dans le mépris du
Peuple : l’élève récite la leçon de son maître.
Tel
serait le fin mot de cette naissance : un non événement
pour la démocratie.
*
Quand
« La Ration » dément « Réalité » :
Nassib n’a pas de chance
Sale
temps pour les laudateurs du mensonge : tout comme le régime
qu’il sert, le journal gouvernemental « La Nation»
connu sous le sobriquet « La Ration », déprime sérieusement
ces jours-ci. A preuve, sa méchante humeur à propos
d’un article de « Réalité » consacré au succès de
l’ARD dans le Sud-Ouest en général et à As-Eyla en
particulier.
Ainsi,
dans son édition de lundi dernier, ce confrère auquel
nous souhaitons sincèrement une autre dimension à la
mesure des attentes du lectorat, apparemment sonné par le
choc de la réalité manifestée à As-Eyla, a décoché
quelques flèches en papier contre notre organe de presse.
Malheureusement, cette sale besogne a été dévolue à un
journaliste connu pour ses sympathiques chroniques intitulées
« Lettre à ma grand-mère » traitant l’actualité
nationale et internationale sous un angle humoristique.
Sont-ce
les piqûres des moustiques qui auraient poussé ce
journaliste à copieusement dénigrer notre journal ? Prétention
au-dessus de son inspiration et de ses informations de
toute évidence incomplètes. Car, en dépit de ses démentis,
l’association-maison présente sur les lieux en même
temps que notre délégation, n’a pas été franchement
bien accueillie ce jour-là.
Relater
dans quelles circonstances une association « Mouvement
Avril 99 » créée pour l’adoration d’une seule
personne a été rejetée par la population, c’est un
crime de lèse-majesté : à travers elle, c’est
l’objet de son adoration qui est jeté de son piédestal.
Le temps de l’ignorance est désormais dépassé, même
dans le Sud-Ouest que le régime s’entête à considérer
comme sa chasse gardée.
Mais,
peut-on démentir « Réalité » avec un sombre chapeau
de présentation et quelques photos plus sombres encore ?
Pathétique tentative peu « démocrazik », comme l’écrivait
l’auteur dans un autre contexte. Inutile de répondre à
des contrevérités dictées par les circonstances et
indignes d’un journal fonctionnant sur les deniers
publics.
Assurément,
la nouvelle devise de « La Nation » est celle-ci : la
meilleure attaque, c’est la fuite. Quoi qu’il en soit,
nous retenons que le journal gouvernemental n’a pas osé
démentir que le régime avait vainement tenté d’empêcher
nos meetings publics à Yoboki et à As-Eyla, et ce en
violation de la prétendue démocratie en vigueur à
Djibouti.
« Réalité » déplore vraiment que la schizophrénie du régime déteigne
également sur des journalistes devenus (comble de
malchance lorsque l’on signe Nassib) les porte-voix en
papier d’un système aphone et fini.
*
Colère
des scolaires de Dikhil :
Et pourtant elle tourne !
Depuis
que la déroute politique du candidat solitaire est
devenue évidente, le journal « La Nation » s’illustre
plus que d’habitude par le vide des mots et l’échec
des photos. Comme en écho à une pleine page consacrée
dans son édition de lundi dernier à l’association-maison
dénommée « Mouvement Avril 99 »
en tournée d’adoration à As-Eyla, la récente
actualité de la région de Dikhil a infligé sa propre réalité.
Ainsi, nous avons appris que la ville de Dikhil a été
mercredi et jeudi derniers le théâtre de violents
affrontements entre forces de l’ordre et lycéens en colère
soutenus par des collégiens.
Les
jeunes manifestants sont descendus dans la rue pour
manifester contre les mauvaises conditions d’étude
auxquelles ils sont soumis du fait de l’absence de
certaines filières et de professeurs insuffisamment formés.
Les forces de police et de gendarmerie ont été
rapidement submergées et il a fallu le déploiement des
militaires des FAD pour que les protestataires se
dispersent enfin.
Depuis,
les cours ont repris, mais l’ambiance reste électrique
dans la ville de l’Unité, où collégiens et lycéens
originaires de l’arrière-pays, résidant dans des
familles d’accueil, restent les plus mal lotis du fait
des fausses promesses du candidat solitaire.
En
d’autres temps, la censure officielle avait exigé du
savant Galilée qu’il démente sa théorie selon
laquelle la Terre tourne. Pour ne pas être condamné pour
hérésie, il renia, sans s’empêcher d’ajouter : «et
pourtant, elle tourne». Ainsi en est-il des
journalistes-pigistes, obligés de démentir pour le
moment et pour sauver leur pain, une vérité évidente
qui s’imposera très bientôt : ce régime est fini !
Nier la réalité ne sert à rien : elle finit toujours par s’imposer.
*
République
en uniforme du candidat solitaire :
Loin des yeux, loin du Peuple
La
solitude du candidat de l’UMP est désormais telle que
ce dernier recherche désespérément le maigre réconfort
très peu démocratique des hommes en armes. Depuis
plusieurs semaines, sa campagne bat tellement de l’aile
qu’il en est réduit à arpenter les casernes, faute de
soutien populaire à la reconduction de son imposture.
Le
sommet et pathétique tournant de cette recherche de
soutien a été le rassemblement de la semaine dernière
au Palais du Peuple. Ainsi que l’atteste la photo de
famille prise à cette occasion, ce sont quelque 700
membres des forces armées, Police et Gendarmerie, qui
auraient été convoqués pour « réchauffer » le
frileux candidat solitaire à sa succession. Rejeté par
le Peuple, le chef suprême des armées s’est donc réfugié
chez les hommes en armes. Il ne lui reste donc plus qu’à
endosser l’uniforme pour se proclamer chef d’Etat à
vie, tel le sergent Samuel Doe, tiens, un autre docteur
honoris causa. La grotte d’Haramous tremble sous ses
pieds bottés.
Au plus fort du mouvement contestataire de Mai 68, lorsqu’étudiants et
travailleurs avaient occupé la rue parisienne, l’on se
souvient que le Général de Gaule s’était rendu à
Baden-Baden visiter les troupes françaises stationnées
en Allemagne ; histoire de faire croire qu’il
envisageait le recours aux forces armées pour rétablir
l’ordre. Seule l’Histoire sait si c’était un coup
de bluff. Ici, personne ne doute que la résistance
populaire à venir, qui dépassera les clivages
traditionnels par lesquels le régime tente de diviser nos
concitoyens, saura rallier à sa juste cause des forces
armées victimes, elles aussi, de la mauvaise gouvernance.
*
Bureaux
de vote ambulants :
La fraude comme en 2003
Nous
n’en sommes nullement étonnés, puisque cela justifie
encore plus notre boycott. La Loi dispose que la carte
d’électeur doit explicitement mentionner le bureau de
vote de son titulaire, tout comme ses pièces d’identité.
Les observateurs internationaux présents lors des législatives
du 10 janvier 2003 avaient pour leur part estimé que l’établissement
des cartes d’électeur par district pouvait générer
des votes multiples. Surtout quand tous les partis en lice
n’avaient pas accès aux listes électorales.
Comme le montre l’exemplaire ci-dessous des cartes établies et
distribuées pour la présidentielle d’avril 2005, qui
n’aura pas lieu, le régime récidive dans l’illégalité.

Interview du Président de l’ARD
« D’ores et déjà, nous
assurons et rassurons les autorités du caractère
pacifique
de cette mobilisation, qui
aura lieu en tout état de cause. »
Ahmed Youssouf, Président de
l’ARD
Né en 1938
à Tadjourah, Ahmed Youssouf Houmed, membre fondateur de
l’A.R.D, en a été élu Président à l’unanimité le
18 septembre 2004, succédant ainsi à la tête du parti
au regretté Ahmed Dini Ahmed dont il était un ami de
toujours au quotidien, un compagnon de lutte et le 1er
Vice-Président. C’est un poids lourd politique
djiboutien, connu et respecté pour sa piété et son intégrité
morale. Haut fonctionnaire et indépendantiste, puis
Ministre sous les gouvernements Dini et Kamil. C’est un
combattant constant et déterminé de la Démocratie. A la
veille d’une échéance électorale déterminante pour
l’avenir de notre pays et que l’U.A.D a décidé
d’activement boycotter, nous avons jugé utile
d’interroger le Président de l’ARD sur sa vision, sa
démarche, ses espoirs…

Réalité
: Monsieur le Président, cinq mois après votre élection
à la tête de l’ARD, pouvez-vous dresser un bilan de
vos activités ?
Ahmed Youssouf Houmed
: permettez-moi avant tout de rendre un hommage appuyé à
l’œuvre de mon prédécesseur, qui a fondé ce parti,
imposé le multipartisme intégral et ancré la logique de
l’argumentation et de la réfutation dans les mœurs
politiques. Il a conduit l’UAD à la victoire aux législatives
de 2003 et apporté la preuve que ce régime est
inamendable ; et surtout que l’opposition est une
alternative crédible puisque la paix civile est redevable
à son sens des responsabilités. Il n’est pas facile de
succéder à un tel homme et je n’ai accepté cette
charge que sur l’insistance du Conseil Central et la
conscience qu’une telle œuvre doit être poursuivie.
J’ai la ferme détermination de la
faire aboutir. Pour cela, j’ai hérité d’un parti
structuré et dynamique. Je suis entouré d’une équipe
qui a exercé de hautes responsabilités politiques et
administratives, compétente et qui a fait ses preuves
quant à sa détermination. Dès le surlendemain du décès
de mon prédécesseur, nous avons entamé une tournée de
sensibilisation dans la Capitale et les annexes du Parti
et avons reçu le ferme soutien de nos militants pour nous
accompagner dans ce combat pour l’instauration d’un État
de droit à Djibouti.
Nous avons adressé de nombreuses
correspondances officielles au régime, disant notre
disposition au dialogue et à la négociation. Régime
qui, comme à son habitude, a préféré faire la sourde
oreille. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si ma
première interview en qualité de Président de l’ARD
est passée sur les ondes d’une radio étrangère (RFI)
et non dans les médias publics djiboutiens : ici,
l’opposition n’a pas le droit d’être visible dans
le domaine public. De même, ce n’est pas un hasard si
la section somali de la BBC ne m’a jamais demandé une
quelconque interview. Ni à moi ni au Président Ismaël
Guedi, ni au Président Daher Ahmed Farah d’ailleurs.
Sauf que, pour ce qui est de moi et de
l’ARD, c’est une façon insidieuse de nous cantonner
à la défense des seuls intérêts d’une communauté
parlant une langue autre que le somali, que je maîtrise
parfaitement au demeurant. Donc, il est évident qu’un régime
qui monopolise les médias publics et achète certains médias
internationaux, confisquera également le verdict des
urnes. A ce chapitre, nous avons adressé des courriers
aux représentations diplomatiques des pays amis, ainsi
qu’un mémorandum à l’Union Européenne et aux États-Unis,
sur la situation politique. Nul ne conteste que, dans les
circonstances actuelles, la transparence électorale est
loin d’être garantie. Enfin, nous sommes en tournée
dans les districts de l’Intérieur pour expliquer notre
position à cause de cette situation…
R
: Pouvez-vous décrire cette situation…
A.Y.H
: En un mot, c’est l’impasse totale ! Vous la décrivez
chaque semaine et je la résumerai en rappelant que :
·
sur le plan
social, on constate et nos partenaires au développement
avec nous, l’aggravation des inégalités, un chômage
endémique, des conditions sanitaires déplorables partout
et des violations récurrentes des libertés syndicales
qui valent à notre pays des condamnations répétées par
les organisations syndicales internationales ;
·
sur le plan
politique, les multiples entraves et blocages au processus
démocratique, la décentralisation reportée aux calendes
grecques, le déni de citoyenneté aux ayant-droits font
que toutes les causes qui ont conduit à la confrontation
armée ne sont pas traitées. Pire, elles s’aggravent !
·
dans le
domaine économique, le boom des activités portuaires,
les loyers revus à la hausse des présences militaires étrangères
sur notre sol, les cessions et concessions au capital privé
étranger du Port et de l’Aéroport, ne se traduisent
pour nos concitoyens par aucune amélioration de leurs
conditions de vie, surtout qu’elles sont antinationales
car opérées au mépris de l’intérêt national ;
·
au plan
diplomatique enfin, nous notons avec déception que les
relations avec la France sont prises en otage par une
affaire pendante devant la justice de ce pays et que les
tergiversations à propos de la Somalie et du Somaliland
ont relégué notre pays à un rang régional indigne de
l’Histoire et de la fraternité qui nous ont toujours liés
à cette région. D’autant plus inadmissible lorsque
l’on voit le chef de l’État se présenter en grand
rassembleur de la Nation Somalienne, alors qu’il n’est
même pas capable de réconcilier la Nation Djiboutienne.
Pour ce qui est de la lutte antiterroriste, qui a conduit
les États-Unis à renforcer leur présence militaire à
Djibouti, nous la soutenons sans réserve, pour peu
qu’elle ne donne pas lieu à un dangereux amalgame entre
Islam et extrémisme. Surtout que le Peuple djiboutien
attend que sa contribution, de quelque nature qu’elle
soit, n’aille pas à l’encontre de ses aspirations démocratiques.
R
: A quoi est due cette impasse et comment en sortir ?
A.Y.H
: Elle est essentiellement due à la violation de l’Accord
de paix du 12 mai 2001 et il n’y a pas 36 solutions pour
en sortir : soit il est intégralement appliqué et de
concert, auquel cas tout le monde et le Peuple djiboutien
en premier lieu en sortira gagnant, soit la partie
gouvernementale s’obstinera
à vouloir nous imposer sa violation, ce qui
augmentera d’autant notre détermination à la
combattre, avec les conséquences incalculables que
n’assumeront que les fourbes et autres fraudeurs
irresponsables qui nous gouvernent.
R : La coalition de l’opposition a
décidé de boycotter la prochaine présidentielle, alors
qu’elle avait participé aux législatives de janvier
2003. Pourquoi refuser aujourd’hui le jeu électoral ?
A.Y.H :
Le contexte n’est pas le même. A l’époque, il nous
fallait renforcer le multipartisme intégral naissant après
un long et douloureux conflit armé qui, ayant pris fin en
février 2000, ôtait toute crédibilité aux précédentes
consultations électorales. Nous avons à l’époque,
malgré un mode de scrutin inique, des listes électorales
imprimées la veille du scrutin et tant d’autres irrégularités
consignées dans l’épais dossier de recours en
annulation introduit auprès du Conseil constitutionnel,
accepté de jouer le jeu car nous étions convaincus que,
malgré tout, le rapport de force électoral penchait
largement en notre faveur. Et surtout apporter la preuve
qu’après le Conseil constitutionnel, la CENI créée en
violation d’une disposition de l’Accord de paix du 12
mai 2001, ne garantissait pas les conditions de neutralité
nécessaires à sa crédibilité.
Ce qu’il fallait démontrer à l’époque
l’ayant amplement été, nous avons durant deux ans
adressé de multiples courriers au ministre de l’Intérieur
puis au chef de l’État pour travailler ensemble à l’établissement
d’une véritable transparence électorale. Devant le
silence irresponsable qui nous a été opposé, et pour ne
pas faire une seconde fois de notre Peuple le dindon de la
farce, nous n’avons pas eu d’autre choix que de lancer
le mot d’ordre de boycott actif de la prochaine élection.
R : Que signifie « boycott actif »,
alors que le candidat solitaire parade à la télé devant
des uniformes et que le ministre de l’Intérieur
affirmait récemment que cette élection aurait lieu quoi
qu’il arrive ?
A.Y.H
: Ce sont là des manœuvres et des réflexes de parti
unique qui n’intimident plus personne. Je vous remercie
de me permettre de m’expliquer sur ce point, puisque les
médias publics sont exclusivement affectés à la
propagande du régime. Ce qui, soit dit en passant, est
une marque supplémentaire du mépris à l’endroit des
45% du corps électoral, pour nous en tenir aux seuls
chiffres officiels, plus que contestables, ayant accordé
leur confiance aux listes de l’UAD le 10 janvier 2003.
Par « boycott actif », nous entendons, mobiliser tous
nos partisans, cette marée humaine qui a triomphalement
accueilli le retour au pays du regretté Ahmed Dini en
2000, tous les privés du droit inaliénable à la
citoyenneté, tous les déçus de l’UMPisme, c’est-à-dire
du mensonge permanent, de la corruption, de la discorde…
Nous leur demandons, par une action pacifique,
d’exprimer leur refus de cette mascarade.
R
: Et si le régime interdit cette expression pacifique ?
A.Y.H
: Il ne le pourra pas ! Nous connaissons la frilosité et
les réflexes répressifs du pouvoir en place. Sa
violation de chaque accord de paix et son refus de négocier
avec l’opposition aujourd’hui, indiquent clairement
qu’il succombera à une nouvelle tentation de passage en
force et par la fraude. En démocratie, il n’y a de
force que celle du droit et du Peuple. Il est interdit
d’interdire une marche pacifique, même si les syndicats
sauvagement réprimés sont bien placés pour savoir de
quoi un despote est capable.
Au lendemain des législatives de
janvier 2003, le ministère de l’Intérieur avait déjà
tenté d’interdire un meeting de l’UAD. Après
l’avoir assuré qu’il serait pacifique, nous avons
quand même tenu ce meeting, passant outre une
interdiction que ne justifiait aucune disposition légale.
D’ores et déjà, nous assurons et rassurons les autorités
du caractère pacifique de cette mobilisation, qui aura
lieu en tout état de cause.
R
: C’est la position de toute l’UAD ?
A.Y.H
: Tout à fait ! Et j’en profite pour féliciter et
encourager tous les partis alliés au sein de l’UAD pour
l’action unitaire et décisive qu’ils mènent sur le
terrain. Toutes les tentatives gouvernementales pour
diviser l’opposition ont échouées. ARD, UDJ et MRD et
même PDD, même combat! Certaines mauvaises langues
avaient prématurément annoncé que le Président de l’UAD,
M. Ismael Guedi, allait se présenter contre le candidat
du pouvoir. C’était mal juger de ses convictions car il
a clairement prouvé son attachement aux valeurs démocratiques
fondant notre coalition et il a relégué le candidat RPP
à la position peu enviable et antidémocratique de
solitaire condamné à un face-à-face peu crédible avec
lui-même et son propre despotisme. Quant au Président du
MRD, nous espérons qu’il rentrera bientôt au pays, car
la détermination de sa présence et
l’éloquence de sa fougue sont appréciées dans
toutes les communautés.
R
: Un message à la Nation, pour finir ?
A.Y.H
: Je lui adresse un message de paix et d’espérance,
ainsi qu’à la diaspora à qui je demande également de
manifester pacifiquement le jour de l’élection, devant
les représentations diplomatiques de Djibouti. Cette
mobilisation devra être un acte de résistance
collective, de courage, de civisme, en un mot de sursaut
national pour désavouer l’imposture.
Propos recueillis par Mahdi Ibrahim
Courrier
des lecteurs
La mauvaise gouvernance s’exporte : même nos
compatriotes de la diaspora en souffrent. A tel point,
lorsqu’il s’agit du refus de délivrer des pièces
d’identité, que certains en arrivent à sérieusement
douter de l’avenir de leur patrie. Témoignage poignant
d’un exilé djiboutien installé en Suède, qui nous a
demandé de publier cette lettre adressée aux autorités
djiboutiennes. Avec plaisir : que tous les destinataires
aient refusé de lui répondre est en soi une raison
suffisante pour amplifier son cri de détresse.
A
Monsieur
Hassan Djama
Monsieur
le Chef d´État Major de la police
B.P.
22
Djibouti
République
de DJIBOUTI
Cher Colonel,
Permettez moi tout d’abord de me présenter.
Je m´appelle Ibrahim Djama, né à Djibouti en 1965. Après
mes études scolaires je me suis engagé dans l’armée
nationale et j’ai suivi ma formation de soldat de trois
mois à l´école militaire de Hol-Hol en 1981 avant de
partir en France pour un stage de transmission à Paris au
service central des chiffres et de la sécurité des télécommunication,
au service du Premier ministre Pierre Mauroy dont je me
suis classé premier de ma promotion. J’habite en Suède
depuis 1987.
Le commandant de l´école militaire de
Hol-Hol était à cette époque le lieutenant Omar Bouh
Goudadé, actuel colonel du FAR.( Force d´Action Rapide)
Une anecdote préalable pour illustrer
mon propos et je propose des méthodes correctives, qui
sont efficaces.
A l’école militaire de Hol-Hol, la
nourriture donnée aux soldats était devenue tellement
mauvaise à un tel point qu’elle ne répondait plus aux
besoins en calories définies par les normes de l’Armée.
Les soldats tombaient souvent malades après avoir mangé
les repas servis dans la cantine. Effectivement, chaque
jour des soldats se plaignaient de douleurs intestinales.
Même les chèvres et les moutons en dehors de la caserne
ne voulaient pas manger les restes de ces repas !!
Face à cette situation, je décidais
d’agir à ma manière.
Je profitais de ma corvée de nettoyage
du bureau du commandant de l´école militaire, le
Lieutenant Omar Bouh, pour écrire une longue lettre
anonyme de 6
pages que je déposais sur la table de travail du
Lieutenant.
Dans ma lettre je parlais de la
nourriture avariée que l’on donnait aux soldats, de la
baisse de leur moral à cause de cette négligence et du
traitement inhumain affligé par un sergent alcoolique du
camp qui était allé jusqu’à obliger un soldat à
boire son urine pour le punir.
Une semaine après ma lettre, le
lieutenant Omar Bouh s’est déguisé en soldat et il a
fait la queue devant la cantine pour évaluer la qualité
des repas servis aux soldats.
Le lieutenant Omar Bouh constata
personnellement la véracité des faits que j’avais
relaté dans ma lettre anonyme. Les repas étaient exagérément
salés pour masquer leur mauvais goût et ils ne
fournissaient pas les éléments nécessaires pour la
bonne santé des soldats.
Le lieutenant Omar Bouh a pris aussitôt
des décisions courageuses pour faire cesser cette
situation. Il a mis aux arrêts de rigueur l’adjudant
responsable de la cantine des soldats et il a changé
l’ensemble du personnel de la cantine.
Une nouvelle équipe a investi la
cantine et a servi des menus convenables aux soldats. Cela
contribua bien entendu au redressement rapide du moral des
troupes qui avait atteint un niveau inquiétant.
Le lieutenant Omar Bouh rétrogradera
non seulement le sergent X mais il ira aussi loin et le
mutera dans le Groupement de Commando des frontières - le
GCF de Galafi pour le punir de son action de démoralisation
de ses soldats, contraire à la loi des Armées.
En faisant cela le commandant Omar Bouh
faisait tout simplement son devoir et faisait respecter
les lois et règles en vigueur dans l´Armée nationale
dont il est responsable aux yeux de la Loi. Aucun
officier, sous officier ni homme du rang n’est au-dessus
des Lois et encore moins des règlements précis des Armées..
Une question fondamentale.
Si je n´avais pas écrit cette lettre
anonyme, le lieutenant Omar Bouh n´aurait jamais su ce
qui se passait dans son camp et aurait peut-être eu à
affronter des problèmes avec ses hommes. Le sergent
aurait toujours continué à faire boire de l’urine à
ses soldats et à piétiner leur dignité.
J’ai tenu à vous relater ce fait avant de vous
expliquer et attirer votre attention sur ce qui est arrivé
récemment à ma famille à Djibouti.. Car je propose une
action simple mais efficace contre les agissements illégaux
des fonctionnaires et pour évaluer les dysfonctionnements
des services publique
et pour y remédier.
Ma femme, djiboutienne et mes six
enfants tous nés en Suède, sont rentrés à Djibouti le
10 juin 2004. Retour prévu le 02 août 2004. Je tenais à
ce qu’il passe les vacances scolaires dans leur pays
d’origine et qu’ils le découvrent pour la première
fois. Qu’ils connaissent l’environnement dans lequel
j’ai grandi.
Possédant tous des passeports suédois,
ma femme déposa en prévision du retour, conformément
aux règles en vigueur, aux services des Etrangers les 7
passeports suédois 14 jours avant leur départ pour avoir
les autorisations de sortie nécessaires.
Chaque fois que ma femme se présentait
au bureau d’un certain capitaine Mohamed Houssein Rabeh
pour récupérer les passeports, celui-ci lui disait de
revenir un autre jour sans jamais lui en donner la raison.
Les jours passaient et la réponse du
capitaine restait pareille “reviens un autre jour “.
Le jour J approchait et mes enfants commençaient à
s’angoisser. Le capitaine Mohamed Houssein Rabeh était
soit absent du bureau soit il leur disait de revenir sans
explication.
Ma femme n´était pas la seule à subir
les abus de pouvoir manifestes de ce jeune fonctionnaire.
Chaque fois, elle croisait une cinquantaine de personnes
djiboutiennes et étrangères qui faisaient la queue
devant son bureau et qui attendaient aux guichets pour
payer les frais et récupérer leur passeport selon les
procédures légales.
Hélas, les jours se suivaient et se
ressemblaient devant le service de l´immigration de
Djibouti. Ma femme a même vu chaque jour des femmes avec
des nourrissons et des vieillards qui passaient des journées
entières pour tenter d’obtenir leurs papiers.
Le sort de tous ces gens dépendait
uniquement du bon vouloir d’un seul individu qui ne
respectait ni les lois de son pays ni les gens entassés
chaque jour devant son bureau.
Pour que ma femme puisse obtenir les 7
passeports, il n’y avait plus qu’une alternative.
·
La première
était de corrompre le capitaine Mohamed Houssein Rabeh en
lui donnant de l´argent. Vieille et triste méthode en
Afrique.
·
La seconde était
de passer par l’intervention d’un supérieur à lui.
Vieille et triste méthode en Afrique encore.
Bien entendu ma femme choisit la seconde
solution, qui était la bonne à ce moment là. Dans un
petit pays comme Djibouti, chaque djiboutien a toujours un
ou plusieurs cousins bien placés dans l´appareil de l´Etat.
24 heures avant le départ de ma femme
et mes enfants à destination de la Suède, ma femme est
allée voir un Ministre qui chargea son proche
collaborateur de téléphoner au capitaine Mohamed
Houssein Rabeh.
Monsieur le Chef d´Etat-major de la
police, le haut fonctionnaire du Ministère débloquera
sur un simple coup de fil et en moins de deux minutes ce
que ma femme avait essayé d’obtenir pendant 14 jours :
les 7 passeport qui dormaient dans le tiroir du capitaine
Mohamed Houssein Rabeh..
Ce jour-là heureusement ma femme avait
eu cette chance d´avoir un cousin ministre.
·
Mais vers qui
peuvent se tourner les Djiboutiens ou les autres qui n´ont
pas, dans leurs relations, un Ministre ou quelqu’un de
haut placé dans l´appareil de l´État ?
·
Comment
peuvent-ils faire prévaloir leurs droits légitimes auprès
de l’Administration quand elle est tenue par des
individus sourds, insensibles et opposés au bon
fonctionnement du service public?
·
Est-il encore
nécessaire, en 2004 á Djibouti, de solliciter
l’intervention d´un Ministre de la République pour
obtenir l’application des droits les plus élémentaires
par les services publics de État. ?
·
Si les
Ministres doivent régler ces petites choses auprès des
différents services de l´État, comment pourront-ils
trouver le temps nécessaire pour gérer l´intérêt supérieur
de la nation?
Toutes ces questions resteront
probablement sans réponses.
Monsieur le Chef d´État Major de la
police. le Président de la République á nommé un Médiateur
de la République par le décret n°2000-0150/PRE du 11
juin 2000 pour faciliter le rapprochement des services de
l´administration publique et de la population, afin que l´arbre
ne cache plus la forêt.
Le père de ma femme est un des héros
de la République et il est tombé sous les balles du
colonialisme en libérant Djibouti en 1976 à Loyada. Vous
comprenez très bien combien cela a fait mal au cœur ma
femme, de voir les fruits de son père mal gérés aujourd´hui.
Monsieur le Chef d´État Major de la
police, permettez-moi un conseil, en tant que citoyen de
ce pays que j´aime toujours. Déguisez-vous un jour, en
simple citoyen et adressez-vous aux différents services
publics de l´État pour évaluer, comment vos droits
seront ou ne seront pas bafoués pas des gens qui se
croient investis d’un pouvoir absolu de nuisance,
n’ayant aucune légitimité ni justification au regard
de leur poste.
Précisément comme l’avait fait le
lieutenant Omar Bouh Goudadé commandant de l´école
militaire de Hol-Holl en 1981, en se déguisant en soldat
pour se rendre compte de lui-même de la qualité des
repas servis à ses hommes.
Pour montrer que le capitaine Houssein
Mohamed Rabeh a détenu dans ses tiroirs sans motif ni
raison valable les 7 passeports, ma femme a fait appel au
Commandant Houssein qui est le supérieur direct du
capitaine en question.
Le commandant est intervenu et il n’a
eu qu’à dire à son subordonné : «cette femme est là
devant ton bureau depuis plus de 10 jours et tu retiens
ses passeports sans raison. Je t’ordonne de les signer
et d’expédier cette affaire »
Le Capitaine Houssein Mohamed Rabeh lui
a répondu que son supérieur faisait de la politique et
que cela ne l’intéressait pas. Dans l’armée le refus
d´obéir à un supérieur était puni de 30 jours d´arrêt.
Monsieur le Chef d’État Major de la
police,
·
La République
de Djibouti est une et indivisible comme l´a dit le
premier Ministre Monsieur Ahmed Dini dans sa déclaration
de l´indépendance de la veille de l´indépendance le 26
juin 1977.
·
Il y a une et
une seule constitution qui s´applique à tout le monde
dans le territoire national.
·
Il n´y a pas
deux catégories de Djiboutiens.
·
Tous les
djiboutiens quels que soient leur grade, leur fonction,
leurs origines ou leur sexe sont soumis à la même Loi.
·
Les
fonctionnaires de l´Etat sont au service de la population
et doivent respecter et appliquer la Loi, sans aucune
autre considération.
Monsieur le Chef d´Etat Major de la
police, cette lettre n´est pas pour vous demander de
punir le capitaine Mohamed Houssein Rabeh mais tout
simplement vous montrer pourquoi les Djiboutiens qui sont
en colère face à cette maladie des services de État et
à leur inefficacité, voire à leur nuisance dans
certains cas.
Leur colère porte sur le plus haut
responsable, qui est élu au suffrage universel direct :
je désigne ici le Chef de l´Etat, qui est le garant de
la Constitution selon l´article 22. Dans une véritable démocratie
ce seraient les urnes qui parleraient et qui puniraient le
Président en le renvoyant dans ses quartiers.
Nos trois enfants aînés, Aden né
1992, Elias né 1993 et Laila née 1994 ont décrit
Djibouti, à leur retour, comme un pays sans loi et des
hommes sans têtes. Cette histoire les a profondément
affectés, car ils n’imaginaient même pas que ce soit
possible auparavant.
Pour eux et à leur âge, un pays sans
Loi est un pays où un seul individu accapare le
fonctionnement d’un service administratif sans respect
ni pour la Loi, ni pour son supérieur hiérarchique, ni
les fils et filles des héros de la libération de la République,
ni pour les hommes, les femmes et les enfants qui
faisaient la queue devant son bureau.
Ce jeune capitaine parachuté par le Général
Yacin Yabeh uniquement par son appartenance tribale, n´a
ni la compétence, ni l´honneur, ni la qualité du poste
qui lui est confié.
Pour eux, des hommes sans tête, c’est
un pays où personne ne respecte les règles communes :
prenons par exemple, le nombre des véhicules qui ne
respectent pas le code de la route, les bus qui roulent à
des allures exagérées et dangereuses dans les quartiers
et dans le centre ville, des voitures garées n´importe où
et n´importe comment.
Ils ont raconté tout cela à leur maître
de l´école. C´est lui qui me l´a dit ensuite.
Le résultat est consternant : mes
enfants ont décidé de ne plus jamais revenir à
Djibouti, tant que tous ces problèmes ne seront pas
solutionnés / normalisés.
Et comprenez combien cela me touche et
m’attriste profondément: mes propres enfants rejettent
la terre de mes ancêtres à cause des dérives de
certains petits potentats de la fonction publique !
C’est affligeant et ça me fait mal au Coeur.
Ici en Suède, en Europe ou en Amérique
du nord, l´Administration est au service de la
population. Elle est neutre et objective et elle n’a pas
le droit à l´erreur. Les heures d´ouverture ne dépendent
pas des états d’âme des fonctionnaires, titulaires du
bureau. Pour assurer la continuité du service de Etat, si
le fonctionnaire est absent ou malade un collègue se
substitue à lui.
Chaque citoyen a le droit d´obtenir une
réponse à ses demandes dans les délais fixés par la
Loi. Si le citoyen n´est pas satisfait de la réponse, il
peut saisir le tribunal administratif de la Commune. Le
citoyen et le fonctionnaire se présentent devant un juge
qui examine la plainte. Si le fonctionnaire a tort, il
aura un avertissement. Trois avertissements dans une année
entraîne la révocation du fonctionnaire.
Si j’ai jugé utile d’attirer votre
attention aujourd´hui, Monsieur le Chef État Major de la
Police sur ce cas, c’est parce qu’il concerne des
milliers de nos concitoyens.
Dans l´attente d´une réponse veuillez recevoir Monsieur le Chef d´Etat-major
de la Police, mes salutations les plus respectueuses.
IBRAHIM
DJAMA,
Gråvädersv.
4.J, 226 42 LUND
Tel
: 46 705 14 83 90
Jaamac002@Hotmail.com,
Suède
Mise au point de M. Ali Mahamadé
Comme cela était prévisible, les médias gouvernementaux
n’ont pas hésité à transgresser les lois en vigueur
en refusant de diffuser la mise au point de M. Ali Mahamadé.
Lequel avait été mis en cause par le ministre de l’Intérieur
lors de son passage à l’émission “Gros Plan”,
donnant à penser que l’opposition avait rendez-vous
avec le régime dimanche dernier, pour négocier en
cachette sa participation à la présidentielle programmée.
Propagande d’intoxication étant incompatible avec
devoir d’informer, voici le texte de ce démenti
.

MISE
AU POINT
A
Monsieur
le Directeur de la RTD
De
M. ALI MAHAMADE
Secrétaire à l’Information
et porte-parole de l’ARD
Directeur de publication du
journal « Réalité »
Monsieur
le Directeur,
Ayant été nommément mis en cause dans
l’émission « Gros Plan » de vendredi dernier, je vous
saurais gré de bien vouloir diffuser le plus rapidement
la mise au point suivante :
Lors de l’émission « Gros Plan » du
vendredi 3 février 2005, monsieur le ministre de l’Intérieur
a affirmé que régime et opposition gardaient le contact
dans le cadre de la préparation de la présidentielle :
pour preuve il aurait aujourd’hui dimanche rendez-vous
avec moi. Ceci constitue une contrevérité absolue : ni
mon Parti ni l’UAD ne m’ont désigné pour entretenir
un quelconque contact avec le gouvernement. Il n’en a
jamais été question, puisque ce dernier n’a pas daigné
répondre à nos multiples courriers officiels.
Par contre, il est vrai que, dans le
cadre de mes fonctions de Directeur de publication,
j’avais demandé à voir le ministre de l’Intérieur
mercredi dernier. Tôt ce jour-là, j’avais été informé
de ce qu’une des revendeuses de « Réalité » avait été
arrêtée par la police. Voyant dans cet acte une entrave
à la libre diffusion de l’organe de presse de mon
Parti, je me suis effectivement rendu au ministère de
l’Intérieur pour exiger la libération de cette
vendeuse.
Après m’avoir poliment écouté et
assuré qu’il s’agissait d’une rafle de routine ne
visant en rien mon journal, le Secrétaire Général de ce
ministère m’a suggéré de m’entretenir aussitôt
avec son ministre. Lequel, bien qu’au courant de
l’objet de ma visite, n’a pas jugé cet entretien
aussi urgent que je l’avais souhaité, puisqu’il
s’agissait pour moi d’obtenir la libération rapide de
la revendeuse. Par téléphone, il a demandé à sa secrétaire
de bien vouloir m’inviter à repasser dans trois ou
quatre jours. Ce que j’ai tout aussi poliment décliné,
espérant bien que la revendeuse serait libérée d’ici
là.
Il est regrettable que le ministre de
l’Intérieur se soit servi de cette affaire pour désinformer
les téléspectateurs en faisant croire que, par mon
truchement, l’UAD négocierait secrètement sa
participation à l’élection présidentielle qu’il prétend
organiser. Une telle manœuvre d’intoxication cherchant
à jeter le discrédit sur tout ou partie de
l’opposition donne la mesure du désarroi du régime
devant le mot d’ordre de boycott actif lancé par l’UAD.
Si monsieur le ministre de l’Intérieur
a bien un rendez-vous, ce n’est nullement celui qu’il
a prétendu avoir avec moi, lors de son passage à l’émission
« Gros Plan ».
Ce serait plutôt celui que tout le régime auquel il appartient a avec
l’ensemble de l’opposition regroupée au sein de l’UAD,
à l’heure de vérité : pas d’élection sans nous !

* * *