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Éditorial
IL FAUT ETRE FOU
POUR PARLER TOUT SEUL
Le peuple du Palais
au Palais du Peuple : ainsi pourrait-on résumer le grand
show auquel la haute administration djiboutienne a été
convoquée par le candidat unique dimanche dernier. Devant
quelques centaines de participants, pour la plupart des
S.T.O réquisitionnés, son état-major de campagne a
tenté de maladroitement défendre un bilan, condensé
dans un livre-bilan, forcément et globalement positif, du
sixtennat de l’imposture. De l’avis de nombreux
participants, la plaidoirie de ces deux piètres avocats
fut un flop. Mais que dit au juste ce livre-blanc de
couleur verte, imprimé sur papier glacé, d’une
centaine de pages, agrémenté de quelques photos et
tableaux ? Que la République de Djibouti, après quelques
années difficiles, est sur le chemin du développement,
grâce au docteur honoris causette ! Le contraire aurait
étonné, même si depuis 2000, le niveau de vie de nos
concitoyens s’est tellement dégradé que la pauvreté
extrême touchait 42% de la population en 2002.
La convocation de
ces hauts fonctionnaires doit être rapprochée d’un
travers du système, que nous avons dénoncé : la
confidentialité des listes électorales. En effet, le
seul examen des résultats par bureau de vote suffit à
démontrer la nette progression de l’opposition dans
cette catégorie socioprofessionnelle. Tout étant ici
fiché par le SDS, il est facile d’imaginer la pression,
que n’hésite pas à exercer à l’encontre des
velléités de changement, un régime dans lequel même le
recrutement d’une femme de ménage ou d’un gardien
requiert la signature du chef du gouvernement.
Par ailleurs, l’événement
se tenait dans la foulée d’une prestation télévisée
au cours de laquelle il prétendait que l’opposition ne
cherchait qu’à les remplacer, lui et elle. Lui :
certainement ! Elle, l’administration dans son ensemble,
n’étant que la victime de sa prédation. La
présentation ex cathedra du bilan présidentiel, sous la
forme d’un livre dont le principal attrait est d’ordre
esthétique, renoue avec la vieille tradition du
Roi-Savant.
Toutefois, cette
posture protectrice, qui rappelle celle du seigneur
féodal face à ses féaux, trahit à elle seule la
véritable nature du régime. Le candidat est unique parce
qu’il s’agit d’un système de parti unique
médiatisé par la pensée unique. D’ailleurs, cette
publicité rappelle celle d’une célèbre marque de
chaussures bon marché : « il faut être fou pour
dépenser plus ! ». Car, il y a au moins un domaine dans
lequel ce régime fonctionne à l’économie : c’est
celui du débat d’idées. Quand les idées sont aussi
limitées que creuses, pourquoi les confronter
publiquement à celles des autres ? Et quand le système n’a
besoin que d’un seul candidat pour tourner dans le vide,
pourquoi créer les conditions de transparence rendant
possible une pluralité de candidatures, donc une avancée
de la démocratie ?
C’est contre cette
pathologie du monopole que l’UAD s’est désormais
immunisée, par son boycott actif. Car, si l’opposition
a peur d’une chose, c’est bien du vide et de l’errance
que la fraude institutionnalisée tente d’imposer à nos
concitoyens. Parce que la démocratie ne peut pas exister
sans le Peuple dont elle est censée incarner la volonté
librement exprimée.
Un jour, selon une
fable locale, un poisson prétentieux se serait fâché
contre la mer et l’aurait quittée en guise de défi. Il
se rendit compte, mais un peu tard, que le sable doré de
la plage n’irriguait pas ses branchies, pas plus qu’il
ne lui fournissait de plancton. Rapporté au contexte
local, il conviendrait plutôt de parler de cachalot tant
ce régime, qui n’a que trop duré, s’est
outrageusement engraissé aux dépens du Peuple.
Que le candidat
solitaire devenu naturellement candidat soliloque trouve
normal de n’entendre que l’écho de sa litanie montre
bien que la situation est anormale : parler tout seul est
le propre du fou. S’y complaire en politique relève du
despotisme le plus rétrograde : qui cherche à imposer l’immobilisme
et la permanence est toujours emporté par ce qu’il
croyait avoir étouffé. Bien avant La Baule, Mitterrand l’avait
énoncé à Caucun : « Aucun ordre, aussi répressif qu’il
soit, ne peut résister au soulèvement de la vie. » L’omniprésence
médiatique du candidat qui parle seul n’est donc qu’une
vaine gesticulation.
Brèves
nationales
Bilan du mandat présidentiel :
Livre blanc ou livre vert solitaire ?
La Palais du Peuple ne désemplit pas
ces jours-ci. Ainsi, dimanche dernier, le candidat
solitaire a convoqué toute la haute administration et la
société civile embrigadée pour le lancement de son
livre-bilan, consacré à l’éloge de son mandat
présidentiel qu’il espère naïvement être le premier
d’une longue série.
Ce qui nous choque, c’est qu’un
chapitre entier soit consacré à la paix et à la
réconciliation nationale. Ainsi, on peut lire dans ces
quelques pages vides de sens et pleines de suffisance que:
« le Président de la République a su trouver les
mots justes pour obtenir un cessez-le-feu fin 2000. »
Bizarre lorsque l’on se souvient que l’accord de
réforme et de concorde civile a été signé dix mois
plut tôt en février 2000 à Paris. Et de continuer en
prétendant qu’il « reste à confirmer cette
victoire par la réparation rapide des dommages de la
guerre, la participation effective de tous à la vie
publique et la réinsertion effective des anciens
combattants. »
On remarquera que, contrairement à ce
qui est écrit dans les successifs agendas présidentiels
de la République de Djibouti depuis quelques années, ce
document reconnaît que le conflit civil qui a déchiré
notre pays a duré toute une décennie. La réalité est
donc tardivement reconnue.
Trop tard pour assurer la reconduction
d’un violeur patenté de tous les accords de paix et
principal saboteur de la réconciliation nationale.
Cette tardive invocation de l’accord
de paix du 12 mai 2001, violation que nous n’avons
cessé de dénoncer, n’est pas sans rappeler un épisode
relaté dans le Saint Coran dans la Sourate Yuunus Versets
90 et 91. Submergé par les flots alors qu’ils
poursuivait les Hébreux avec ses troupes, Pharaon aurait
finalement reconnu la suprématie du Dieu vénéré par
ses anciens esclaves.
Ce à quoi Allah lui a répondu : « Maintenant
? Alors qu’auparavant tu as désobéi et que tu as été
du nombre des corrupteurs. » Il est trop tard pour
que le candidat solitaire reconnaisse la nécessité d’appliquer
l’accord de paix du 12 mai 2001 : qu’est-ce qui l’en
a empêché jusqu’à présent ? Ce n’est pas pour
quelques strapontins dans son gouvernement impopulaire que
nous avons combattu. Notre Peuple attend un véritable
changement profitable à tous, et surtout inscrit dans la
durée, au service du développement et de la
réconciliation nationale.
*
Soliloque du solitaire :
Quand l’orgueil vide son trop-plein
Invité de l’émission « Gros Plan
» la semaine dernière, le candidat solitaire connu pour
sa suffisance, s’est montré vraiment insuffisant et
même passablement vide. C’est un homme blessé, meurtri
et déstabilisé qui s’est prêté au jeu des
questions-réponses pourtant largement préparé en
avance. Passons sur le style redondant et faussement
intellectuel qui a amplement démontré qu’un honoris
causa n’est pas nécessairement docteur de quoi que ce
soit, si ce n’est peut-être, comme le disait un ancien,
de « foukrologie ».
Arrêtons-nous sur un débatteur
bafouillant et usant des le, la, heu, ha, en un mot
complètement à côté de la plaque : on se serait crû
au cours de solfège d’un professeur bègue. La
sérénité était plus affichée que réelle. Le langage
du corps ne plaidait pas pour lui. Outre son regard vide,
son discours complètement hors sujet et son inspiration
brisée servie par une voix dont l’intonation furieuse
rappelait celle d’un vaincu, ont fini d’achever son
mythe.
Citons copieusement quelques-unes des
perles ayant émaillé son pathétique soliloque :
« Je respecte la Constitution, je
respecte les lois, c’est pour cela que je me présente
devant le peuple. Je suis candidat seul ou avec d’autres.
Je n’ai pas le droit de me dérober, de refuser le
combat. J’aborde ce mandat avec sérénité. L’opposition
a peur de perdre. Elle le sait bien. Le peuple est
satisfait de moi. Je suis candidat avec le soutien total
de mon peuple. Voter est un droit et un devoir. C’est un
crime de priver le peuple du droit de vote. L’opposition
cherche à mettre de côté le gouvernement et l’administration
pour les remplacer.»
Plaidoirie ou délire d’un imposteur
laissé seul face à son despotisme. Si le Peuple était
satisfait de lui, il n’aurait pas mené campagne sous
haute surveillance dans des casernes, au Palais du Peuple
ou au siège de l’UNFD. Qu’il ose donc se présenter
devant ce Peuple sur le terrain, à cheval ou à pied
comme bon lui semble, dans les quartiers, sans imposer sa
pléthorique garde rapprochée composée de centaines d’hommes
lourdement armés et équipés de véhicules blindés et d’automitrailleuses.
Oui, l’opposition a peur, mais pas d’un
verdict libre et transparent. Elle a peur des fraudes
généralisée et non du frileux candidat coupé de la
réalité. Le boycott est effectivement la seule arme qui
nous reste et si crime il y a, c’est un crime de
lèse-majesté pour démystifier l’imposture de quelqu’un
qui se prend pour le Roi-Soleil.
Que le candidat unique accepte nos
conditions pour la transparence et nous sommes prêts à
lui administrer une raclée électorale historique.
Qu’il fasse la preuve que son budget
de campagne ne provient pas des deniers publics
détournés, qu’il fasse la preuve que la Justice
restera impartiale, que le Conseil constitutionnel est
véritablement indépendant et que la CENI est constituée
de membres au-dessus de tout soupçon.
Le véritable peureux est celui qui
refuse la transparence.
*
Convoi humanitaire pour badauds
itinérants :
L’autre façon de faire la politique
Vendredi dernier, le tout nouveau parti
politique dénommé Union des Partisans pour la Réforme
(UPR) célèbre pour son slogan « l’autre façon de
faire la politique », était dans la Ville-Blanche.
Il s’agissait officiellement, pour ces admirateurs du
candidat solitaire et dissidents du FRUD, d’organiser la
cérémonie d’inauguration d’une annexe à Tadjourah.
Comble de malheur ou de présomption pour lui, cet
événement coïncidait avec le meeting de l’ARD, que
cette nouvelle formation devait contrecarrer selon les vœux
du régime. Pour ce faire, ce nouveau club de dissidents
du FRUD avait convoyé sur place des badauds
réquisitionnés depuis la Capitale à bord de minibus, et
de la brousse à bord d’une Toyota pick-up.
Libre à nos lecteurs d’imaginer dans
quelle mesure la marée humaine se dirigeant vers l’annexe
de l’ARD a submergé cette rachitique démonstration en
faveur du candidat solitaire sur des bases inavouables. La
cérémonie s’est déroulée en présence de quelques
invités venus de la Capitale et de badauds: un auditoire
ne dépassant pas la cinquantaine, qui a tôt fait de
massivement grossir les rangs de la foule massée devant
notre annexe.
Le problème n’est pas là. Le drame
qui s’est joué ce jour-là pour les badauds
itinérants, c’est que la défaite fut telle que la
Direction de l’UPR a quitté Tadjourah si
précipitamment dans l’après-midi qu’elle en oublia d’organiser
leur retour, qui dans la Capitale, qui en brousse. C’est
ainsi que, selon des informations recueillies sur place,
ce serait le Commissaire de ce district qui aurait, à
titre humanitaire bien sûr, assuré la logistique pour
permettre à ses déracinés d’un jour de regagner leur
domicile.
Quand on plane si haut en politique, il
est somme toute normal de ne pas penser à certaines
contingences matérielles. Les badauds mobiles sauront
retenir la leçon : après la figuration, plus rien n’est
assuré. Pas plus que pour les troupes artistiques qui
attendent des mois avant d’être payées pour leur
prestation d’un jour.
*
Campagne présidentielle à la Place du
27 juin :
Le District ferme certains commerces
La Place du 27 juin abrite quelques
populaires restaurants particulièrement fréquentés,
surtout en cette période électorale. Depuis l’officialisation
du boycott actif de l’UAD, les citoyens affluent dans ce
genre d’établissements pour s’informer et échanger
des points de vue.
Cette mobilisation trop visible ne
semble pas du goût des autorités qui ont, par une
décision en date du 13 mars 2005, décidé de fermer deux
d’entre eux, situés entre le Café de Paris et l’Office
du Tourisme. La mesure, signée par le Commissaire chef du
District de Djibouti, est libellée comme suit :
« Pour des questions de sécurité
publique, j’ai l’honneur de vous faire connaître que
votre établissement fait l’objet d’une fermeture
administrative pour compter du 15 mars au 15 avril 2005.
Durant cette période, vous êtes tenus de rester fermer
et à respecter scrupuleusement la présente décision.
Faute de quoi, la décision de fermeture infligée à l’encontre
de votre établissement sera étalée sur une période d’une
année voir aboutir à une fermeture définitive.»
Qu’un régime soit obligé de
restreindre la liberté de commerce et les libertés
individuelles en période électorale suffit à montrer
que la comédie a peur. Que ces restrictions frappent
sélectivement certains n’en est que plus révélateur.
*
Djibouti cimetière des banques :
la BCI prochaine victime ?
L’environnement politique djiboutien
semble avoir un effet néfaste sur le développement du
secteur bancaire. Car, contrairement à la propagande
officielle, la liberté d’entreprendre se heurte aux
injonctions du népotisme et aux peaux de banane de la
corruption généralisée. Ce sont ainsi pas moins de sept
banques qui ont ici été obligées de fermer, pour
diverses raisons tenant souvent à leurs raisons d’être
: Banque Éthiopienne, Banque Somalienne, British Bank,
BDMO, BCCI, Gulf Trust Bank et Al Baraka.
Parce que l’État djiboutien détient
33% de son capital, on pensait que la BCI-MR serait à l’abri
des caprices gouvernementaux. Surtout que, dans les
moments difficiles, cette institution financière n’avait
pas hésité à venir au secours du régime, en payant par
exemple les traitements des fonctionnaires et agents de l’État,
que mauvaise gouvernance et effort de guerre condamnaient
à des fins de mois difficiles.
Rien n’y fait. La BCI-MR est depuis
quelque temps dans la ligne de mire des autorités
djiboutiennes. Après les attaques aussi ciblées qu’incitées
d’une prétendue association de consommateurs, l’origine
des tirs sont aujourd’hui clairement identifiées. Son
Directeur général en est la première victime, qui vient
de perdre son poste et le plaisir de vivre à Djibouti.
Motif ? Il se murmure dans les milieux
informés que le régime voulait ouvrir un compte bancaire
pour financer la campagne électorale. Évidemment sans
indiquer l’origine des fonds colossaux mobilisés. Selon
toute vraisemblance, il s’agissait de deniers publics
détournés de toute nécessité publique.
Malheureusement, depuis un certain 11 septembre, une telle
traçabilité est devenue obligatoire, pour lutter contre
le terrorisme international et l’argent sale qui le
finance. Le siège parisien aurait opposé un refus ferme
et définitif à cette opacité locale. Sanction
immédiate. En attendant que d’autres têtes tombent ?
Et qu’à terme, la BCI-MR ferme ?
*
L’opposition s’active à l’extérieur
:
La diaspora se mobilise pour le boycott
Le représentant de l’ARD en France a
rendu une visite aux Djiboutiennes et aux Djiboutiens dans
les villes de Poitiers, Lyon et Bruxelles du 1er au 10
mars 2005. Un dialogue constructif avec les Djiboutiens
rencontrés a pu s’établir après un échange vif sur
les attentes nombreuses placées dans l’opposition
nationale et singulièrement dans la représentation de l’opposition
en France. L’occasion permit de célébrer la naissance
de l’ARD-Poitiers, et la visite éclair à Lyon permit
de nouer les premiers contacts avec des Djiboutiens
également décidés à ancrer dans l’espace lyonnais la
lutte pour la démocratie djiboutienne.
La rencontre du mercredi 9 mars à
Bruxelles a été l’occasion de manifester aux côtés
des militants du Mouvement pour le Renouveau et la
Démocratie (MRD)-Comité de Belgique, du Forum pour la
Démocratie et la Paix (FDP), et du FRUD, pour dire non à
la mascarade électorale et au viol de l’État de droit.
La foule de manifestants étirée le long du Boulevard
Régent était déployée face aux ambassades française
et étasunienne de 14 h à 17 h.
Reçus trois quatre d’heure dans l’ambassade
de France en Belgique, nous avons délivré un message
clair sur l’utilisation néfaste de l’aide accordée
à Djibouti et remis un mémorandum paraphé de l’Union
pour l’Alternance Démocratique (UAD), sur la situation
qui y prévaut.
Enfin, Djiboutiens de France et de
Belgique ont accueilli avec enthousiasme la « Pétition
nationale pour boycotter la mascarade électorale du 8
avril 2005 à Djibouti », parrainée par des
célébrités dont l’artiste Mohamed Habib Boko dit
Père Robert et l’écrivain Abdourahman A. Waberi.
Appeler les Djiboutiens à boycotter la
mascarade d’avril, c’est souvent enfoncer une porte
ouverte. Car depuis belle lurette déjà, nos compatriotes
ignorent superbement le cirque que le dictateur organise
pour s’auto-légitimer.
Le mémorandum remis par l’UAD à l’Union
Européenne est reproduit aux pages 6 et 7 de ce numéro
de "Réalité".
L’ARD
en tournée dans le Nord
Un ARDent boycott de l’imposture
Poursuivant sa tournée d’explication
et de mobilisation, une importante délégation de notre
parti, conduite par le Président Ahmed Youssouf, s’est
rendue le week-end dernier à Tadjourah et Obock. Lassée
de l’imposture du candidat solitaire, spécialiste de
promesses non tenues, la population de ces deux districts
a manifesté son soutien total au boycott actif de l’UAD.
Récit de deux jours qui ébranlèrent un régime qui
touche à sa fin.
Après celui de Dikhil, c’était au
tout des districts de Tadjourah et d’Obock d’accueillir
la délégation de l’ARD et tournée d’explication et
de conscientisation face à la démarche prônée par l’ensemble
de l’UAD dans le cadre de la prochaine présidentielle
qui ne devra pas avoir lieu.
Tadjourah :
L’apothéose dans la rue
« Vous avez certainement
remarqué à l’entrée de notre ville le grand portrait
d’Ismaël Omar, peint par un artiste d’ici. Mais
savez-vous pourquoi ce tableau géant n’a pas été
détruit malgré tout l’écœurement que le chef de l’État
nous inspire? Premièrement, c’est pour montrer que nous
aimons les Arts, même si certains artistes sont pour le
moment strictement alimentaires. Deuxièmement, c’est
pour démontrer notre tolérance et notre attachement à
la démocratie. Troisièmement, c’est surtout pour
laisser intacte la preuve que si Ismaël Omar adore à ce
point le culte de sa personnalité, c’est parce qu’il
est un dictateur inguérissable. »
Le jeune de Tadjourah qui tient ces
propos est un chômeur, militant actif de l’ARD, venu
accueillir à l’entrée de sa ville la délégation de l’ARD
arrivée vendredi matin aux alentours de 9 heures 30.
Chaleureusement ovationnée par une foule très nombreuse
massée devant notre siège central, la délégation de l’ARD
escortée par des militants à dos de chameau, est montée
sur le podium sous les vivats. Ils étaient plusieurs
milliers, hommes, femmes, jeunes et vieux, à scander à
tue-tête « UAD 100% ! A bas l’UMP ! » D’autres
criaient également : « Non au candidat solitaire !
Vive le boycott actif ! »
De leur côté, les jeunes filles
entonnaient un chant militant dédié à l’opposition et
traduisant le ras le bol populaire contre le régime du
candidat unique.
C’est donc dans une ambiance de fête
et de grande ferveur citoyenne que le meeting a débuté
peu avant 10 heures. Tadjourah étant un bastion confirmé
de l’opposition, les différents orateurs de l’ARD qui
se sont succédé au micro ont tous rappelé l’éclatante
victoire de l’UAD lors des dernières législatives dans
ce district et le hold-up électoral du 10 janvier 2003.
La population de la Ville-Blanche n’a toujours pas
digéré cette amère spoliation et a tenu à le
manifester massivement en acclamant le mot d’ordre de
boycott actif lancé par l’UAD contre cette mascarade.
D’ailleurs, les murs de cette ville
étaient couverts de graffitis rappelant le hold-up du 10
janvier 2003, la violation de l’accord de paix du 12 mai
2001 et l’absence de transparence électorale pour la
prochaine présidentielle, appelant par conséquent au
boycott actif. les jeunes ont été particulièrement
sensibles aux arguments de l’ARD en ce qui concerne le
chômage que ce régime leur propose en guise d’avenir,
lui qui a décrété que, désormais, il n’y aurait plus
d’emploi pour les plus de 30 ans!
Les agents de la Police politique
présents sur les lieux ne cachaient ni leur nervosité ni
leur déception face à la démonstration de force de l’opposition.
Nervosité car leurs gesticulations ne font plus peur à
personne et déception d’avoir à reconnaître la
déroute du candidat solitaire dans cette ville
emblématique.
La nouveauté, c’est que certains
anciens admirateurs locaux du despote nous ont
spontanément félicités après le meeting, suivi d’une
grande parade de la jeunesse dans les artères de
Tadjourah.
En effet, pour la première fois, cette
jeunesse survoltée et déterminée a tenu à manifester
son soutien total à l’UAD en traversant la ville au pas
de charge, sur plusieurs centaines de mètres, entraînant
et escortant le cortège des véhicules de l’ARD.
Du jamais vu, de mémoire de Tadjourien,
on n’avait pas assisté à une telle démonstration
depuis les heures glorieuses de la lutte pour l’Indépendance.
Il a fallu que les dirigeants de l’ARD demandent
expressément à ces centaines de jeunes de se disperser
pour que la manifestation prenne fin peu avant midi.
Après la grande prière du vendredi,
la Direction de l’ARD a été invitée à partager un
copieux déjeuner avec les Sages de cette ville. Festin
organisé par Fato Omar, figure féminine emblématique de
l’ARD à Tadjourah. Cette militante dévouée et
influente donne tout son sens à ce que doit être le
véritable engagement politique de la femme djiboutienne
libre et intègre : tout sauf alimentaire.
Dans l’après-midi, la délégation
de l’ARD a fait cap sur Obock, deuxième étape de sa
tournée, où elle est arrivée au crépuscule après deux
heures passées sur la méchante piste reliant Tadjourah
à cette ville, que le candidat solitaire a refusé de
bitumer alors qu’un financement avait été obtenu dès
2001.
Obock :
Haro sur les fraudeurs !
Notre délégation est donc arrivée à
Obock vendredi soir vers 18h 30. Elle y a été accueillie
devant la résidence du Commissaire chef du district par
une centaine de jeunes garçons et filles qui chantaient
et dansaient en l’honneur de notre parti. Dans la
soirée, la Direction de l’ARD s’est réunie à l’annexe
situé au centre-ville avec une cinquantaine de militants
de cette ville.
Samedi matin, ce centre-ville était en
effervescence. La principale artère de la ville, où
trône le tableau de notre parti, était noire de monde.
Dès 8 heures du matin, nos militants munis de mégaphones
appelaient la population de cette ville martyr à se
rassembler devant le siège de l’ARD.
Le meeting a débuté vers 9h 30 dans
une ambiance électrique. Deux heures durant, plusieurs
orateurs ont harangué une population lassée des fraudes,
de la violation de l’accord de paix et de l’absence de
toute réhabilitation. Les dirigeants de l’ARD ont
particulièrement insisté sur le mépris officiel à l’endroit
de cette ville et de sa population, caractérisé par la
construction et l’attribution injuste de quelques
dizaines de logements cages à poule.
Alors que le candidat solitaire vit
dans une résidence ayant coûté plus cher que les 240
habitations devant être construites à Obock sur
financement européen. Résidence de Haramous estimé à
500 millions de nos francs, soit 2 millions d’euros,
soit enfin 10 ans du budget de chaque région !
En expliquant par le détail les
raisons du boycott actif de l’UAD, l’ARD a lancé une
fatwa politique contre les hauts fonctionnaires zélés et
corrompus, qui abrutissent la population par des
distributions de khat financé sur deniers publics, tout
en cherchant à la diviser sur des bases claniques.
Des centaines d’Obockois survoltés
ont alors publiquement crié : « A ceux-là, nous
leur ferons la peau ! A bas le RPP ! A bas les fraudeurs
! ».
Obock attend fermement le mot d’ordre
définitif de l’opposition pour passer pacifiquement à
l’action. Ce sera pour très bientôt.
Sur le chemin de retour, après avoir
quitté Obock peu avant midi, la Direction de l’ARD a
fait une courte halte au petit village d’Orobor.
Orobor :
Non à l’amnésie !
Situé à une vingtaine de kilomètres
d’Obock, sur la piste menant à Médého, ce village est
abandonné depuis l’indépendance : la fermeture de son
école dès 1977 avait sonné le glas de son
développement.
Dès sa prise de pouvoir, l’actuel
chef de l’État avait été saisi au sujet des civils
froidement assassinés par les troupes gouvernementales.
Ni lui ni son gouvernement n’ont donné suite aux
plaintes déposées.
La vie quotidienne d’Orobor n’est
guère enviable. Voulant se faire pardonner de ce déni de
justice, le régime a construit une nouvelle école sur
les lieux. Mais la blancheur de cette bâtisse cache une
véritable misère. L’école dispose de deux classes, CI
et CP, respectivement d’un effectif de 22 et 18 enfants
et occupe trois enseignants et un gardien.
Les enfants d’abord : leur âge
oscille entre 6 et huit ans. Ces bambins font au minimum 1
heure de marche par jour pour se rendre à l’école le
matin et le même temps le soir, les classes fermant à 17
heures. Contraints donc de se nourrir sur place le midi,
ces écoliers ruraux présentent des signes évidents de
malnutrition. Sous-alimentés, l’aide alimentaire
fournie par le PAM ne contribue guère à l’amélioration
de leur condition d’existence. Cette généreuse
contribution mondiale n’est composée que de cartons de
pâtes et de bidon d’huile, aucun produit laitier. Le
stock actuellement détenu sera épuisé dans les dix
jours à venir. Pour la sieste de l’après-midi, ils se
partagent à quarante trois matelas mousse posés à même
le sol en dur dans le magasin de stockage.
Le personnel enseignant ne dispose d’aucun
logement et passe la nuit dans les salles de classe. Il
partage les repas avec les enfants. Gravement affectée
par le problème de l’eau, la population d’Orobor est
alimentée par le seul camion citerne de la région d’Obock,
une fois par mois pour remplir un réservoir mitoyen au
bâtiment de l’école d’une contenance de 6 m3. Le
village souffre de la soif, le camion mettant parfois un
peu plus d’un mois avant de repasser.
Rappelons qu’aux législatives de
janvier 2003, le régime avait conditionné la
distribution de l’aide alimentaire au vote en sa faveur.
Cette fois-ci, la population martyre est déterminée à
ne plus subir l’imposture et attend les fraudeurs de
pied ferme. Et, pour bien marquer son soutien au boycott
actif de l’UAD, elle installera elle-même une annexe de
l’ARD dans son village.
En remerciant l’ARD d’être
sensible aux problèmes des ruraux méprisés par le
régime du candidat solitaire, la population du secteur d’Orobor,
notables en tête, a réaffirmé son engagement total à
nos côtés. On le voit, la tournée de l’ARD dans le
Nord a durablement réveillé les consciences et
déraciné l’imposture. Bientôt, c’est toute l’UAD
qui ira en ordre serré à la bataille finale contre les
forces de la régression coalisées au sein de l’UMP et
soutenant l’imposture.
Prochaine étape de cette mobilisation
: le district d’Ali-Sabieh, bastion de l’opposition
dans le Sud.
Mémorandum
de l'UAD à l'Union Européenne
A l’attention de l’Union
Européenne
(Document des partis légalisés d’opposition
coalisés sous l’appellation
d’Union pour l’Alternance Démocratique -UAD)
PETIT PAYS
MAIS GRANDE VALEUR STRATEGIQUE
La République de Djibouti est un petit
pays de la Corne d’Afrique entre l’Érythrée, l’Éthiopie
et la Somalie. Cette ancienne colonie française
indépendante depuis le 27 juin 1977 couvre 23 000 km2 et
compte une population d’environ sept cent mille
habitants composée d’Afars, de Somalis et d’Arabes.
Sa situation géographique privilégiée la place au
carrefour de l’Arabie et de l’Afrique, sur les rives
de la Mer Rouge, et lui confère une position de verrou de
cette ligne maritime si importante pour la vie économique
internationale. Elle en tire une réelle valeur
stratégique et géopolitique qui explique qu’elle
accueille plusieurs milliers de soldats occidentaux dont
deux bases. Les Français y disposent de leur plus
importante base d’Outre-mer (près de trois mille
hommes) depuis l’Indépendance du pays; et, au titre de
la lutte anti-terroriste, les États-Unis d’Amérique y
ont installé l’autre base occidentale avec pas moins de
1500 hommes depuis 2002, tandis que Allemands et Espagnols
y entretiennent quelques centaines de soldats. Elle en
tire une rente conséquente (la France à elle seule lui
verse 30 millions d’euros par an et les Américains
quelque 15 millions de dollars) à laquelle s’ajoutent
les dépenses induites. Sans parler de l’explosion de
ses activités portuaires commerciales depuis la guerre
entre l’Éthiopie enclavée et l’Érythrée de 1998.
Sans parler du reste de son économie de services et de l’aide
extérieure.
LES STIGMATES
DU SOUS-DEVELOPPEMENT
Il n’en reste pas moins que la
République de Djibouti connaît un sous-développement
criant. Le chômage frappe plus de la moitié de la
population active, les systèmes de santé et éducatif
sont sinistrés, les infrastructures routières
délabrées, la distribution d’eau et d’électricité
plus qu’aléatoire. La jeunesse est livrée au désœuvrement
et à la détresse, le SIDA fait des ravages (11, 7% en
2000 selon l’ONUSIDA) et la fuite hors du pays est un
phénomène désormais réel.
Selon le rapport du PNUD du 14 juillet
2004, les taux de pauvreté ont pratiquement doublé à
Djibouti entre 1996 et 2002 où environ 75% de la
population perçoit moins de 3 US$ par jour contre 45% en
1996. La pauvreté, l’ignorance, la maladie et la faim
persistent. La pauvreté extrême (moins de 1,8 US$ par
jour) est passée de 9,6% à 42,2% en 2002.. !
De même, la démocratie comme les
libertés publiques qu’elle garantit n’ont pas droit
de cité et le respect des droits de l’Homme n’est
point enviable.
DES RESSOURCES ACCAPAREES
PAR LE POUVOIR
C’est que le pays est livré à la
mal-gouvernance d’une autocratie prédatrice. L’essentiel
de l’économie nationale est entre les mains du pouvoir
et de ses quelques fidèles. Tous domaines confondus.
Tandis que le chef de l’État contrôle le secteur
privé via des amis et des membres de sa famille, le
Trésor public comme les établissements et sociétés d’État,
fonctionnent comme ses véritables caisses privées.
Citons, à titre d’exemple, le port et l’aéroport de
Djibouti qui forment le poumon de notre économie. Ils ont
été confiés pour «gestion», à une équipe dite de
Dubaï Ports International (DPI) dans le cadre d’un
contrat dont seuls le chef de l’État et un homme d’affaires
(ainsi que ses amis signataires de Dubaï) connaissent la
teneur. Or, il s’agit d’éléments du patrimoine
national constitutionnellement soumis au contrôle public.
SYSTEME
DE PARTI UNIQUE
Il faut dire que Djibouti est dirigé
depuis son accession à l’Indépendance en juin 1977 par
le même parti, le Rassemblement Populaire pour le
Progrès (RPP). Le chef de ce parti est actuellement
Monsieur Ismaël Omar Guelleh, ancien chef de Cabinet de
la présidence chargé de la sécurité sous son
prédécesseur Hassan Gouled Aptidon dont il est le neveu
et qui l’a coopté en 1999. Depuis, il est le président
de la République, chef de l’État, du gouvernement, de
l’administration, de la police, des forces armées, de
la sécurité politique, de la justice, des sociétés et
autres établissements publics, etc.
L’assemblée nationale a toujours
été monocolore à 100 % en ce sens que Djibouti est le
seul pays où n’existent que deux élections :
- la présidentielle tous les six ans ;
- et les législatives tous les cinq
ans.
Pour ces dernières, le scrutin en
vigueur est le scrutin majoritaire à un seul tour ! C’est
ainsi que depuis 1977, l’Assemblée nationale
djiboutienne comprend toujours soixante cinq députés du
seul parti au pouvoir : le RPP (Rassemblement Populaire
pour le Progrès). Aux dernières élections législatives
du 10 janvier 2003, l’UAD a été crédité de plus de
40% alors qu’en réalité l’opposition dirigée par le
regretté Ahmed Dini Ahmed avait largement gagné les
suffrages du peuple que le régime s’est encore
arrogés. A cet effet, en mars 2004, lors de la visite à
Djibouti d’une délégation de l’Assemblée
Européenne, l’UAD (Union pour l’Alternance
Démocratique) lui avait, à cette occasion, soumis son
rapport sur cette consultation de 2003.
A Djibouti, point de décentralisation,
c’est-à-dire de collectivités locales, quoique promise
depuis l’Indépendance et prescrite par la Constitution
du 12 septembre 1992 (qui est au reste la première Loi
fondamentale post-coloniale du pays !) et les accords de
paix signés avec le FRUD-armé (Front pour la
Restauration de l’Unité et de la Démocratie) le 12 mai
2001. A preuve, la promesse officielle du chef de l’Etat
pour la tenue au 3 décembre 2004 des élections
régionales est restée vaine, sans explication aucune.
Aussi, point non plus d’élections
libres et démocratiques, et Ismaël Omar Guelleh entend
encore s’auto-reconduire en avril 2005 prochain au
mépris de la volonté populaire et des règles
élémentaires de la démocratie. Tous les accords d’ouverture
démocratique signés par le pouvoir avec l’opposition
à travers son aile armée, le FRUD, sont restés lettre
morte. Le pouvoir les a tout simplement ignorés. Le
dernier en date est l’accord de paix et de concorde
civile conclu le 12 mai 2001 entre le régime et le
FRUD-armé du regretté Ahmed Dini Ahmed. Malgré l’engagement
solennel à le respecter pris devant le peuple djiboutien
et la communauté internationale (Union européenne,
France, Etats-Unis, etc.), monsieur Ismaël Omar Guelleh y
a, en dehors d’un multipartisme entaché d’entraves,
tourné le dos et maintient de plus belle son joug.
UNE OPPOSITION
MUSELEE
L’opposition est victime des
persécutions constantes du régime et ses membres
régulièrement jetés en prison. Pas un mouvement dont
des membres n’aient connu la sinistre prison centrale de
Gabode, dans des conditions de détention qu’un rapport
conjoint de la FIDH et de l’Observatoire international
des prisons a dénoncé de manière accablante en 1999.
Il n’est pas rare qu’un parti d’opposition,
pourtant régulièrement légalisé, se voit purement et
simplement décrété illégal et que ses nom, attributs
et reconnaissance aillent à quelques agents du pouvoir.
Le PRD (Parti du Renouveau Démocratique) en a été
victime en 1997, qui a dû changer de nom et se faire
re-légaliser sous l’appellation de MRD en 2002 à l’occasion
de l’entrée en vigueur du multipartisme intégral. Le
PND (Parti National Démocratique) de Monsieur Aden Robleh
Awaleh, aujourd’hui rallié au pouvoir, a lui aussi
connu cette sorte d’élimination.
NI SYNDICATS LIBRES
NI PRESSE INDEPENDANTE
Comme évoqué plus haut, les libertés
publiques n’existent guère, en dehors des textes. Le
mouvement syndical libre a été tout simplement éliminé
à l’instar des partis d’opposition. Aucune des deux
centrales syndicales (Union Djiboutienne du Travail et
Union Générale des Travailleurs Djiboutiens), ni aucun
syndicat individuel indépendant, n’on été épargnés
par le retrait arbitraire de la reconnaissance au profit
de structures non représentatives et affidées au
gouvernement.
La situation syndicale de Djibouti,
avec notamment sa négation de la liberté syndicale et
ses persécutions des syndicalistes (licenciements,
détentions arbitraires, etc. ), est bien connue de la
communauté internationale du travail (O.I.T, B.I.T,
Confédération internationale des Syndicats Libres,
Internationale de l’Éducation, etc.).
De même, les associations ne sont
reconnues que si elles appartiennent à ce que le régime
appelle «Réseau national des associations
djiboutiennes» qui est son instrument de contrôle du
mouvement associatif.
Non plus, la liberté d’expression n’est
pas mieux lotie. Pas de radio, ni de télévision libres,
et les médias d’État sont bien entendu la voix du
maître. La presse indépendante se résume à deux
bulletins de l’opposition (Le Renouveau du MRD et
Réalité de l’ARD) qui sont constamment harcelés. Le
Renouveau est, par exemple, souvent victime d’emprisonnements
de son directeur (Daher Ahmed Farah qui préside
également le MRD), de suspensions, de saisies, d’amendes
et autres dommages et intérêts.
RISQUES
D’EXPLOSION SOCIALE
Cette situation conduit naturellement
à bien de frustrations populaires et réunit les
conditions d’une réaction désespérée et dangereuse.
La résistance, jusqu’ici pacifique, peut tourner à la
violence.
Le cas du FRUD (celui-ci n’est d’ailleurs
pas sans présence au maquis), qui a éclaté fin 1991,
témoigne de la tournure que peuvent prendre les choses.
Avec, cette fois, l’adhésion de la
majorité de toutes les composantes nationales. . .
ET
POURTANT...
Et pourtant, Djibouti a tous les atouts
pour être une vitrine de démocratie et de développement
harmonieux pour la région. Sa petite taille, une
population gérable liée par de multiples affinités, une
culture pastorale qui prédispose au dialogue et au
compromis démocratique, une unité nationale retrouvée
grâce à la prise de conscience du néfaste «diviser
pour régner» cher au pouvoir et grâce à l’unité de
l’opposition, des femmes et hommes formés qui ne
demandent qu’à être valorisés et servir leur pays, un
potentiel économique certain... sont autant de facteurs
positifs à même d’en faire un pays qui marche.
Voilà pourquoi nous nous tournons vers
le monde démocratique, en particulier vers l’Union
Européenne dont nous partageons les valeurs
démocratiques et humanistes. Que ce soit à travers son
aide à Djibouti, ou par l’intermédiaire de ses pays
membres telle que la France qui a de l’influence sur le
régime de monsieur Ismaël Omar Guelleh, l’Union
Européenne pourrait significativement contribuer à un
déblocage de la situation et à la nécessaire ouverture
démocratique.
EXIGER L’APPLICATION DE L’ACCORD DE
PAIX ET DE CONCORDE CIVILE
DU 12 MAI 2001
Ce que nous souhaitons de la part de l’Union
Européenne, c’est d’exiger du régime l’application
de l’accord de paix et de concorde civile qu’il a
signé le 12 mai 2001 avec le FRUD du regretté Ahmed Dini
Ahmed, accord où le pouvoir s’engage solennellement à
un certain nombre de réformes démocratiques, notamment:
1 - L’entrée en vigueur du
multipartisme intégral (c’est la seule réforme
appliquée mais non sans entraves politico-administratives)
;
2 - La décentralisation des régions
autre que Djibouti-ville, la capitale (elle fait l’objet
d’une loi organique joint à l’accord qui jaunit dans
les tiroirs du pouvoir) ;
3 - Une justice indépendante et la
réactivation du Tribunal du Contentieux administratif
tombé en désuétude, à dessein, depuis 1996 ;
4 – L’élaboration conjointe
(Opposition/Gouvernement) du nouveau Statut de la
capitale. A présent, Djibouti-ville, qui rassemble près
de 80% de la population de la République, est dirigée
par un Commissaire et des Adjoints nommés par le
gouvernement !
5 - Le réexamen du Conseil
constitutionnel dans son statut comme dans sa composition
(il est, comme le reste de l’appareil d’État,
totalement inféodé au régime) parce que entièrement
nommé par le régime;
6 - La mise en place d’une Commission
électorale nationale indépendante en charge de l’ensemble
du processus électoral depuis la confection des listes
jusqu’à la proclamation des résultats et composée à
parité de représentants de l’opposition et du régime
sous la présidence d’une personnalité indépendante
acceptée par les deux parties (c’est la condition sine
qua non de la transparence électorale) ;
7 - Le respect des libertés
fondamentales (syndicale, d’expression, de presse, etc.)
et des Droits de l’Homme ;
8 - L’accès libre et équitable des
partis politiques aux médias publiques (radio, TV,
journaux, etc.).
Le peuple djiboutien serait très
reconnaissant à l’Union Européenne de son soutien.
Fait à Djibouti,
le Vingt sept février deux mille cinq
Syndicat
de la Poste contre syndic d’Etat
Salaires impayés,
conditions de travail déplorables, absence de
consultation paritaire : les postiers ont beaucoup de
raisons de se plaindre de leur Direction. Et appellent à
la grève pour défendre des acquis sociaux hérités de
la période coloniale. A considérer leurs difficultés à
négocier, on comprend pourquoi tant de hauts
fonctionnaires ont été convoqués au Palais du Peuple :
ils sont au service d’un régime qui exige d’eux la
plus entière soumission. Sous peine de perdre leur
emploi.
Loin d’être une exception, les
ingérences sous toutes ses formes dans les affaires
syndicales constituent la règle en République de
Djibouti. Ce que la centrale UDT (Union Djiboutienne du
Travail) n’a de cesse de dénoncer et de condamner avec
la plus grande vigueur depuis plus d’une décennie,
soutenue en cela par les travailleuses et les travailleurs
djiboutiens ; mais aussi par une opinion publique
nationale plus éclairée aujourd’hui qu’hier sur la
situation sociale du pays.
A cela s’ajoute le fait que le
gouvernement, sourd aux appels réitérés à la raison
des organisations et institutions internationales comme la
CISL ( Confédération Internationale des Syndicats
Libres) et l’OIT (Organisation Internationale du
Travail) et tant d’autres, a estimé plus judicieux de
renforcer son joug pour étouffer les libertés et droits
syndicaux pourtant garantis par la Constitution de
septembre 1992.
Sur le plan social, il en résulte un
véritable désastre qui en alimente un autre : celui d’une
pauvreté structurelle, qui s’enracine dans la durée en
République de Djibouti. C’est ce que démontrent les
rapports des Nations Unies constatant une généralisation
de la pauvreté dans notre pays.
Ses exemples quotidiens d’abus et d’ingérences
confinent parfois au tragi-comique, dans le contexte
suffisamment dramatique d’un pays où 73% des habitants
vivent au-dessous du seuil acceptable de la pauvreté et
où 4 citoyens sur 5 en âge de travailler sont condamnés
à l’inactivité professionnelle, au chômage.
Ainsi, à la Direction générale de la
Poste, qui est en situation de faillite administrative,
financière et sociale, on est visiblement en manque d’idées
et en panne de plan de sauvetage pour remettre l’entreprise
à flots. Excédé par l’état plus que piteux de la
Poste, et désespéré de ne voir aucune chance d’alternative
au naufrage programmé de cette entreprise en dépit de
tous les recours intentés tant auprès de sa Direction
que de son ministère, de la Primature et même de la
Présidence de la République, le syndicat des Postiers de
Djibouti (SPD), par une note d’information en date du 2
mars 2005, a menacé de recourir à l’option de la
grève générale illimitée si ses doléances et ses
réclamations ne sont pas prises en considération. Les
neuf points énumérés dans cette note sont :
1) le paiement des cotisations de l’OPS
et de la CNR,
2) le paiement des transports et des
heures supplémentaires des gardiens,
3) le paiement des sous-caisses des
agents des guichets,
4) l’arrêt de la retenue
discriminatoire de salaire pour absence,
5) l’arrêt de la prescription
arbitraire des cumuls de congés,
6) la consultation du syndicat pour
toute réforme sociale ou touchant de près les
travailleurs,
7) la constitution des moyens de
transport pour les travailleurs,
8) le respect de la législation du
travail et l’arrêt des harcèlements,
9) la restitution du siège du
syndicat.
Face à la léthargie prononcée de la
Direction de la Poste, le SPD a par ailleurs appelé l’Etat
à se pencher sur les difficultés de cette entreprise.
Malheureusement, au lieu d’engager l’indispensable
dialogue social, base de toute réelle démocratie, la
Direction de la Poste a préféré la fuite en avant qui
caractérise ce régime dans tant d’autres domaines.
Par un appel solennel aux « Postiers
et Postières de la République de Djibouti » en date du
8 mars 2005, le Directeur général de la Poste a
contre-attaqué en dénonçant « ce geste stérile que
quelques jeunes éléments inconséquents pensent avoir
fièrement perpétré à l’encontre du Personnel postal
historique dont j’ai la charge publique de la dignité
professionnelle et du progrès individuel. »
Comprenne qui pourra.
Et il en profite pour mettre ledit
personnel au pied du mur, sommé de choisir par une
consultation interne entre son Maqam du « personnel
historique» dont il est l’officiant en chef et le
légalement constitué Syndicat des Postiers de Djibouti.
Mais peu importe. Le Directeur qui se
prend un peu pour tous, sauf pour ce qu’il est vraiment
de par ses fonctions, sommé par sa hiérarchie de briser
un mouvement revendicatif qui pourrait s’étendre à d’autres
services, croit faire l’économie d’un conflit social
que la situation de la Poste rend inévitable. Cette
précipitation qui confine à la confusion illustre le
désarroi d’une administration de plus en plus vidée de
sa substance et pratiquement astreinte à la dévotion d’un
seul homme, d’un seul système de mauvaise gouvernance.
Faire preuve de sang-froid, vouloir
démontrer son sens de rationalité ou appeler au bon sens
peut constituer une forme d’apostasie passible d’excommunication.
Il ne reste le plus souvent aux hauts
responsables de l’administration que de faire appel aux
bons remèdes du docteur Coué ou d’imiter Gribouille
qui, voyant la pluie arriver, se jette à l’eau.
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