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Éditorial
L’ETAT
CONTRE LA SOCIÉTÉ
Une des ruses d’un
système despotique consiste à systématiquement
cloisonner ses concitoyens et à saboter l’émergence d’une
conscience nationale, de sorte qu’une communauté
donnée dispose de très peu d’informations sur une
autre. Le premier résultat de cette méconnaissance de l’Autre
est que chaque communauté, confinée dans son
insularité, tend à réduire une oppression collective en
expérience tribale : ça nous arrive parce que c’est
nous. Pour démanteler ces barbelés cognitifs et
combattre le régime qui les a dressés, le démocrate
soucieux de rassembler le plus grand nombre, par-delà les
origines, doit montrer l’invariance de l’arbitraire
sous les manifestations multiformes de l’injustice.
Colonialisme et
despotisme ont donc au moins ceci en commun qu’ils
fondent leur usurpation sur l’assujettissement des
structures traditionnelles. La fonctionnarisation des
notabilités ne date pas d’aujourd’hui et certains
récalcitrants, drapés dans leur dignité, avaient été
déportés à Madagascar. Une récente actualité
électorale, exhibant des têtes enturbannées
réquisitionnées aux fins de propagande partisane, pose
avec urgence la question de la place de la société
traditionnelle dans le contexte d’un État postcolonial
pluriethnique.
Savez-vous pourquoi
les Sultans des Ishaq ou l’Ougas des Gadaboursi n’ont
pas été invités à soutenir le candidat solitaire, ni
leur allégeance médiatisée ? Parce qu’ils ne sont pas
des fonctionnaires payés par l’Etat djiboutien? Pas
seulement : la vraie raison est que la définition
dominante de la nationalité n’a jamais intégré leur
pouvoir à Djibouti.
Certains se
demandent, par ailleurs, pourquoi les Issa n’ont plus d’Ougas
depuis 1994 ? Cette société s’est pourtant dotée de
règles de succession solidement établies. C’est que ce
vide profite à une autre succession, par laquelle le
neveu a ici remplacé l’oncle. Une telle ingérence n’est
pas inédite: nul ne devrait ignorer qu’un Ougas,
hostile à la construction du chemin de fer, avait vu son
pouvoir décliner après que la puissance coloniale eut
suscité l’émergence d’un nouveau notable plus
docile.
On apprend, ces
jours-ci, que des autorités traditionnelles Afar auraient
décidé de soutenir la candidature du premier responsable
de ce régime corrompu. Parce que leur mission
héréditaire consiste à incarner et à préserver le
consensus social, une telle intrusion de la Tradition dans
la sphère partisane démontre une chose : c’est qu’en
outrepassant les limites de leurs prérogatives, le
despotisme du régime RPP a déteint sur la conception du
pouvoir de ces autorités traditionnelles.
Parce qu’elles n’ont
pas le droit d’afficher leurs préférences partisanes,
surtout quand il s’agit de se mettre au service d’un
violeur d’accord de paix. Et qu’elles n’ont pas le
droit, ce faisant, d’engager la responsabilité de leur
Miglis respectif, pas plus que d’influencer les
convictions politiques de leurs sujets respectifs.
D’ailleurs, elles
ne le pourraient pas ! On se souvient qu’au début du
conflit civil, ces mêmes autorités traditionnelles
avaient lancé un appel exigeant que les rebelles, c’est-à-dire
leurs propres enfants, déposent leurs armes et rentrent
à la maison. On connaît la suite…
Von Hayek l’avait
déjà énoncé : « L’Histoire est le grand
cimetière des aristocraties ». Que celles-ci
contribuent à leur propre dépérissement, en cautionnant
l’injustice et l’arbitraire comme c’est le cas
aujourd’hui, n’en est que plus regrettable. Et le
regret n’a jamais été le moteur de l’Histoire. Dans
la Décentralisation, telle que nous la concevons, le
salaire revalorisé des notables aurait pu être inscrit
au budget de la Région : ils auraient ainsi été plus
libres de défendre les intérêts des leurs.
Que le premier
responsable de ce régime corrompu et corrupteur en soit
réduit à les instrumentaliser, en semant la zizanie et
en leur conférant des capacités de neutralisation qu’elles
ne peuvent absolument pas avoir, prouve toute sa
fragilité. Car il n’a jusqu’à présent réussi qu’à
exhiber ses propres fonctionnaires, pas le Peuple, qui
refuse massivement de retirer les cartes d’électeur.
Cette compromission ne pourra éviter l’inévitable : la
Victoire de la Liberté.
Brèves
nationales
La Paix selon la RTD :
Un pêché de plus
Dans le cadre de la campagne
électorale de son patron et candidat unique, la RTD a
consacré jeudi dernier une longue rétrospective
télévisée à la cérémonie de signature de l’Accord
de paix du 12 mais 2001. Empêchant les morts de reposer
en paix. Car nul n’ignore à quel point il a été
saboté par le candidat solitaire : l’application de cet
Accord étant incompatible avec la nature de son régime.
Pour donner une plus complète information à ce sujet,
relatons le dernier dialogue entre le regretté Ahmed Dini
et Ismael Omar Guelleh, dans la matinée du lundi 6
septembre 2004. Cela se déroule dans la chambre de l’Hôpital
Bouffard :
Ismael Omar : Hadji, voulez-vous que
je mette mon avion à votre disposition pour que vous
soyez évacué en France ?
Ahmed Dini : Non, merci. Mais sachez
que si je quitte ce lit guéri, je vous combattrai. Et si
je le quitte mort, je vous attendrai au Jour du Jugement
Dernier, parce qu’en refusant d’appliquer l’accord
de paix, vous avez trahi ma confiance et celle du Peuple.
Ismael Omar : Que puis-je faire pour
vous satisfaire?
Ahmed Dini : Applique immédiatement
l’accord de paix du 12 mai 2001 et restitue à l’UAD
les 32.500.000 FD de la caution électorale. C’est tout
ce que je demande.
Ismael Omar (probablement
convaincu que son interlocuteur ne quitterait pas son lit
vivant) : Entendu, Hadji. Pour ce qui est de la
caution, je vous l’enverrai ici, donnez-moi deux jours
pour prendre les dispositions.
Fin du dialogue. Plus de six mois
après cette promesse, l’UAD attend encore que les
32.500.000 FD de caution, déposés lors des législatives
du 10 janvier 2003, lui soient restitués. Quant à l’application
de l’Accord de paix du 12 mai 2001, inutile d’insister
sur la permanence et la systématicité de sa violation.
Nos concitoyens musulmans donneront
eux-mêmes un nom au fait de faire des fausses promesses
à quelqu’un qui est sur son lit de mort. Tout comme ils
avaient condamné le caractère profondément immoral de
cette rétrospective de la RTD.
*
Gros Plan sur un présentateur partisan :
L’arroseur arrosé ?
Décidément, certains chiffres ne
semblent pas porteurs de bonheur à ce régime d’imposture.
Ainsi, la quinzième édition de l’émission « Gros
Plan » qui devait être consacrée au Président de l’UAD,
a mis à nu la mauvaise foi et la véritable nature du
système RPP. Sans revenir sur les raisons de la non
participation de M. Ismael Guedi (il s’en explique dans
son communiqué et dans son interview) arrêtons-nous sur
l’intolérable réaction et la dérive sectaire d’un
présentateur connu pour sa couverture partiale de l’affaire
Borrel, furieux de constater la faillite de la mise en
scène. Pis : cette comédie s’est retournée contre
celui qui l’avait préparée, le mettant ainsi dans la
ridicule position de l’arroseur arrosé.
De son côté, sûr d’une telle
réaction de la part du régime, le Président de l’UAD
a choisi de célébrer à sa manière le 19 mars 1967, qu’il
a vécu en valeureux partisan indépendantiste,
contrairement à l’actuel candidat solitaire en
publiant, à l’occasion de l’anniversaire de cette
date historique, un communiqué dénonçant la
manipulation médiatique. Ce communiqué a donc fait
foirer une foire d’empoigne médiatique concoctée par
la fourberie officielle.
A malin, malin et demi. La manipulation
n’a trompé personne !
*
Le régime commence à sévir :
Une restauratrice bastonnée
Nous avions dénoncé la semaine
dernière une mesure injuste et sélective prise à l’encontre
de deux cafés populaires de la place du 27 juin. Cette
décision du Commissaire chef du district de Djibouti de
fermer pour une durée d’un mois deux établissements «
pour des questions de sécurité publique» à compter du
15 mars 2005, nous paraissait illégale et injustifiée. La
suite est plus brutalement injuste.
Ainsi, jeudi dernier, Mme Waris
Mouhoumed, sexagénaire propriétaire d’un de ces
établissements, était venue nettoyer son local et le
désinfecter pendant quelques dizaines de minutes. Quand
soudain, agissant sur ordre verbal, parait-il, du chef de
district, des policiers de faction dans les environs, l’ont
aussitôt prise à partie et furieusement bastonnée,
avant de l’embarquer au commissariat où elle a été
détenue durant plusieurs heures, d’où elle a été
libérée en fin de journée.
La Ligue Djiboutienne des Droits
Humains (LDDH) a élevé une vive protestation contre l’agression
sauvage d’une des plus anciennes propriétaires de café
populaire de la Capitale. Le temps est venu pour nos
concitoyens d’en finir avec l’arnaque et la matraque
du RPP.
*
As-Eyla :
Des ânes contre la soif
La localité d’As-Eyla, que la soif
tenaille depuis belle lurette, a trouvé une antique
méthode pour s’abreuver. Ainsi, l’on a appris cette
semaine sans grand étonnement que les habitants d’As-Eyla
ont acheté des ânes pour le transport de l’eau
potable, uniquement servie par le puits d’eau douce de l’oued
Goba’ad, situé à quelques centaine de mètres de ce
gros village.
Le forage d’eau saumâtre très
éloigné de cette localité ne fonctionne pas, tout comme
le réservoir d’eau hors d’usage faute d’entretien.
La population s’apprête donc à manifester son
mécontentement de la manière la plus éloquente qui
soit, à l’occasion de cette pitoyable campagne
électorale du candidat solitaire qui n’hésitera pas,
encore une fois, à faire des promesses auxquelles ne
croiront que les crédules. As-Eyla, comme le reste du
pays, veut quitter le chemin du sous-développement tracé
par le docteur honoris causa.
*
Sécheresse et campagne électorale
:
L’arme de la faim et de la soif
La seule réalisation gouvernementale
en matière de décentralisation, c’est la tenue, l’espace
d’un mois, des conseils des ministres dans les régions
: lancement médiatique de la campagne du candidat
solitaire. En marge de celui tenu à Tadjourah, les
notables de la région (Moussa Ali, Andaba, Assa-Guela…)
lui ont fait part de l’urgence qu’il y avait à
assister les populations rurales de ce district en
situation de détresse. Dialogue de sourds : le candidat
leur faisant des promesses pour son second mandat que les
notables accablés par l’urgence n’ont poliment
écouté que d’une oreille distraite et dubitative.
Car ce qu’auraient aimé entendre les
notables et que le candidat a soigneusement omis de
révéler, c’est que ses services ont depuis plus d’un
trimestre lancé un S.O.S humanitaire auprès des
traditionnels donateurs. Lesquels ont répondu, comme le
Japon dont le don de riz connaît le même sort que le riz
indien d’il y a deux ans. Le Programme Alimentaire
Mondial – PAM qui a l’expérience des S.O.S d’États
en périodes électorales a sollicité l’avis d’un
expert aussitôt dépêché par le Fonds des Nations Unis
pour l’Agriculture et l’Alimentation – F.A.O.
Lequel après avoir sillonné l’arrière
pays a conclu à l’état d’urgence. Pour éviter l’irréparable
dans l’arrière pays et empêcher que cette aide ne
connaisse le même sort que les riz indien et japonais, il
serait souhaitable que le PAM distribue lui-même cette
aide (comme il le fait en temps ordinaire) aux
nécessiteux et véritables destinataires car, si cette
distribution échoit à l’État, l’usage partisan qu’en
font, en période électorale, les Commissaires désignés
par le parti au pouvoir ne fera qu’aggraver la détresse
des populations rurales au nom desquelles l’aide est
sollicitée. Et leur colère…!
D’autant que cette détresse est
générale dans les zones rurales : en effet, depuis
plusieurs semaines, un des rares forages fonctionnant
convenablement dans le district d’Obock, celui de
Lahassa situé à environ 40 km au nord du chef-lieu, est
hors d’usage. Dernièrement cinq ânes assoiffés s’y
sont noyés empoisonnant cette denrée vitale déjà rare.
Rappelons qu’au forage de Lahassa
abreuvent des pasteurs et leur maigre bétail vivant dans
un rayon de plus de 20 km à la ronde.
*
Grand markaz de Tadjourah :
Arrêt des travaux ?
Selon des informations concordantes
recueillies dans les milieux religieux, le projet du grand
markaz (centre), dont les travaux ont débuté il y a plus
d’un an au PK9, serait gelé suite à une récente
décision des autorités de Djibouti. Rappelons que,
depuis quelque temps, la ville de Tadjourah abrite chaque
année un grand rassemblement de religieux venus des
quatre coins du monde. Organisée par l’Association de l’Appel
Islamique, cette cérémonie religieuse annuelle attirait
beaucoup de monde, en raison de son caractère pacifique
et consensuel.
Les Khourouj djiboutiens qui s’étaient
investis corps et biens dans la construction de ce grand
centre islamique de Tadjourah au PK9 ne cachent pas leur
déception, suite à l’arrêt de ce projet de
construction. Le candidat solitaire lâché par tous
serait-il tombé sur la tête ou aurait-il peur d’une
fatwa ?
*
Campagne insulaire du candidat touriste
:
Les rêveries du promeneur solitaire
Après les casernes, le palais du
peuple ou encore le siège de l’UNFD, la campagne
chaotique du candidat unique semble avoir traversé la mer
et quitté le continent pour les îles. Ainsi, c’est
médusé que le téléspectateur djiboutien a suivi la
pseudo inauguration du centre touristique de l’île
Mousha, pourtant ouvert il y a plus d’un an. Vêtu d’une
djellaba immaculée, le candidat solitaire se serait rendu
vendredi dernier aux îles en compagnie de quelques
proches pour y inaugurer un charmant complexe touristique
créé sur initiative privée.
Faut-il rappeler que, durant son
premier mandat, des gîtes d’étape de l’Office du
tourisme ont été fermés sur l’ensemble du territoire
national et que, selon nos informations, les employés de
cet office accuseraient des retards de salaire
impressionnants ?
Sa contribution personnelle au
développement du tourisme s’est limitée à la seule
privatisation de la forêt du Day, où il a bâti une
somptueuse résidence secondaire, certainement aux frais
du contribuable.
Pour le reste, cette escapade aux îles
était destinée, semble-t-il, à lui donner des forces en
prévision de la grande soirée sur « Gros Plan »
consacrée au Président de l’UAD. Le solitaire qui
soliloque espérait ainsi suivre à partir de Haramous la
prestation certainement minée du leader de l’opposition
: qui croira qu’il aurait laissé ses médias offrir une
tribune à un boycott qu’il avait récemment qualifié
de « crime » ?
Malheureusement pour lui, cette
énième manipulation médiatique est tombée à l’eau.
Le locataire du palais présidentiel s’est
fait avoir comme un bleu. Bleu comme l’eau du lagon de
Mousha et Maskali.
Interview
du Président de l’UAD
« Nous voulons mettre fin à une
intolérable situation d’appauvrissement de notre
Peuple,
en redistribuant les richesses de notre
pays à tous ses habitants et à toutes ses régions
sur la seule base de l’égalité entre tous. »
Ismael Guedi Hared
Président de l’UAD
Prévue depuis
longtemps, l’interview du Président de l’UAD tombe à
point nommé. Né en 1939, M. Ismael Guedi Hared est connu
pour avoir exercé les fonctions de Directeur de Cabinet
du Président Gouled de 1977 à 1996. Dans l’opposition
depuis cette date, d’aucuns l’avaient prématurément
pressenti comme le candidat naturel de l’UAD, qu’il
dirige depuis le décès du regretté Ahmed Dini. Or,
prenant acte du refus du régime d’assurer les
conditions de transparence électorale qu’elle exige
depuis deux ans, l’UAD a décidé de boycotter la
prochaine présidentielle. Appelant du même coup ses
concitoyens à pacifiquement s’opposer à la mascarade.
Sur cette initiative, et sur bien d’autres sujets qu’il
aurait volontiers abordés si la RTD avait été plus
sérieuse, le Président de l’UAD livre ici son point de
vue. Analyses d’un homme politique expérimenté et
lucide.
Réalité :
Après votre refus de participer à l’émission « Gros
Plan », le régime a prétendu que vous aviez fui le
débat. Que répondez-vous, Monsieur le Président, à
cette accusation grave pour l’UAD et son Président ?
Ismael Guedi Hared :
Il est vrai que j’ai refusé de participer à cette
émission de la RTD et j’en explique sobrement les
raisons dans mon communiqué de presse du 19 mars dernier.
Je vous remercie de me permettre de revenir un peu sur
cette affaire.
Je commencerai par donner un seul chiffre,
pour montrer à quel point la RTD ne remplit pas sa
mission de service public : en treize ans, et en dehors
des périodes électorales où le régime doit faire
semblant, l’opposition dans son ensemble n’a eu droit
qu’à quatre heures d’antenne dans ce genre d’émission.
Alors, effectivement, j’avais donné mon
accord de principe au présentateur de cette émission,
une fois que ce dernier m’ait assuré qu’elle serait
réalisée en direct. Malheureusement, une de mes
conditions majeures n’a pas été respectée. En un mot,
la publicité que j’avais exigée pour 48 heures avant
(à la radio et à la télévision) au même titre que le
direct n’a pas eu lieu. C’est une question de principe
et d’égalité de traitement. Tout ceux qui suivent
cette émission savent qu’elle est communiquée sur les
ondes de la RTD longtemps à l’avance même quand les
invités sont des hauts fonctionnaires de l’administration.
Contrairement à ses promesses le
présentateur n’a pas cru bon dans mon cas de
médiatiser l’évènement comme de coutume. Devant un
tel mépris de l’opposition, j’ai décidé, en accord
avec mes amis de l’UAD, d’ignorer cette mascarade
médiatique en cours.
D’ailleurs, le fait que la RTD ait
malhonnêtement fait croire que j’étais attendu jusqu’à
21 h 25 vendredi soir, alors qu’elle était prévenue
24 heures plus tôt de mon refus de participer à cette
interview, démontre la mauvaise foi et la préméditation
de la comédie programmée. C’est vous dire l’imposture
de ce régime qui n’a que trop duré.
Réalité : D’après le
présentateur de cette émission, votre refus de
participer serait dû au fait, qu’ayant exercé les plus
hautes responsabilités durant vingt ans, vous auriez des
« choses à vous reprocher ». Nos concitoyens pensent,
par exemple, à la faillite du PK 20 dans les premières
années de l’indépendance que l’on impute à votre
gestion. Pouvez-vous nous donner des éclaircissements à
ce sujet ?
I.G.H : Vous savez, je n’ai jamais
tué personne ni donné l’ordre de tuer qui que ce soit
! Pour ce qui est du parti unique, je répondrais que ce n’étais
pas moi qui étais le compagnon de lutte du regretté
Ahmed Dini : ce n’est donc pas moi qui l’ai trahi !
Enfin, je rappelle qu’en novembre 1992, j’étais
favorable à une paix réelle avec le FRUD du regretté
Ahmed Dini, contrairement à Ismael Omar, qui avait
préféré et obtenu une paix factice et séparée avec
une dissidence de cette rébellion.
Cela me fait sourire car j’ai la
conscience tranquille…
Réalité : Revenons à la question,
si vous voulez bien, et parlez-nous de ce fameux projet du
PK20…
I.G.H : Avec plaisir, d’autant que
je me suis déjà expliqué dans vos colonnes sur la
faillite de cet important projet de développement
agricole initié à la fin des années 70. Ce projet de la
Présidence partait d’une bonne intention nationale. Il
est vrai qu’à l’époque, en tant que jeune Directeur
de Cabinet du Président Gouled, j’avais la
responsabilité du pilotage de cet important projet. Mais
je n’en étais nullement l’unique décideur.
Je vous fais observer que plus de vingt
ans après l’échec de ce projet, l’actuel candidat
unique s’est même permis, en toute démagogie, de se
rendre sur les lieux pour une cérémonie de distribution
de lopins de terres à des familles djiboutiennes censées
les mettre en valeur. Pourquoi reprendre aujourd’hui ce
projet s’il n’avait pas été viable à l’époque ?
Entre temps, une parcelle de ce terrain
aurait été mise en valeur par le neveu du Président
associé avec des privés Israéliens. Cette culture sous
serre aurait brutalement cessé il y a quelque temps.
Pourquoi des privés ont-il repris vingt ans après un
projet qui a échoué ? Je vous rappellerai aussi qu’un
des chefs de projet du PK20 officie aujourd’hui encore
à la Présidence : est-ce un hasard ? Enfin, loin de
craindre d’être interpellé sur ma gestion passée, j’étais
disposé à contre-attaquer en dénonçant la gestion
actuelle du candidat officiel sur un point qui me tient
particulièrement à cœur et qui m’écœure.
De mon temps, malgré la faillite d’un
projet d’État dont je ne suis pas le seul à assumer l’échec,
les Djiboutiens vivaient mieux avec un Budget national
beaucoup moins important que l’actuel. J’ai laissé
une Administration qui marchait parfaitement, car les
fonctionnaires devaient obéissance au Parti-Etat et non
à une personne, comme c’est devenu la règle depuis
1999. Aujourd’hui, force est de regretter qu’ils
vivent mal alors que le pays n’a jamais été aussi
riche en terme de rentrées financières.
Je défie donc le candidat unique de
prouver que les dividendes du Port, de l’Aéroport, et la
manne financière générées par la présence des forces
étrangères, profitent réellement à notre Peuple. Si
notre pays n’a jamais été aussi riche, notre État n’a
jamais été aussi mendiant : et il y a une raison à
cette situation : le détournement et la confiscation des
richesses nationales par une infime minorité du cercle
dirigeant.
Nous voulons mettre fin à une
intolérable situation d’appauvrissement de notre Peuple
en redistribuant les richesses de notre pays à tous ses
habitants et à toutes ses régions sur la seule base de l’égalité
entre tous. J’ajouterais, pour terminer sur ce point,
même si votre question n’y faisait pas référence, que
l’on m’a également accusé d’avoir favorisé
certains au niveau d’une banque. Or, à en croire «La
Nation » de lundi dernier, l’on ne se bousculerait pas
pour adhérer à mon Parti. Ce qui signifie que, soit ces
allégations de favoritisme sont fausses et infondées,
soit ces favorisés manquent quelque peu de gratitude à
mon égard.
Comme quoi rien de durable ne peut être
en politique sans justice, et on en tire les leçons qui s’imposent.
Réalité : D’après tous les
rapports du système des Nations Unies, le niveau de vie
de la population djiboutienne se serait nettement
dégradé depuis l’an 2000. Selon vous, quelles en sont
les causes et quels remèdes y apporter ?
I.G.H : Durant les six dernières
années, le niveau de vie des Djiboutiennes et des
Djiboutiens s’est fortement et continuellement
dégradé. Une politique de spectacle et de comédie a
été menée par le gouvernement et son chef : beaucoup de
discours, beaucoup de bruits, beaucoup de projets
virtuels, certains diraient même beaucoup de mensonges.
- le chômage frappe plus de la moitié de
la population active ;
- le pouvoir d’achat des Djiboutiens n’a
cessé de chuter alors que la fiscalité augmente d’année
en année ;
- les pensions de retraite sont
excessivement ponctionnées;
- le traitement des fonctionnaires et les
salaires des travailleurs sont imposés à hauteur de 30%.
Selon un rapport du PNUD du 14 juillet
2004, les deux taux de pauvreté ont pratiquement doublé
à Djibouti. Et la pauvreté extrême, qui correspond à
moins de 1,8 dollar US par jour, est passée de 9,6% en
1996 à 42,2% en 2002.
La paupérisation qui se généralise en
République de Djibouti est due à une mauvaise
gouvernance, à un manque réel de projet de
développement, mais aussi au fait que l’homme
djiboutien n’a jamais été au centre des
préoccupations gouvernementales.
Durant la même période, l’équipe
gouvernementale a vécu dans le luxe le plus révoltant,
grosses 4 x 4, villas de grand standing, voyages à
travers le monde aux frais des contribuables djiboutiens,
sans se soucier des difficiles conditions d’existence de
ceux qu’ils sont censés servir et protéger. La crise
économique et financière, ainsi que le
sous-développement auxquels notre pays est confronté ces
derniers temps sont des problèmes relevant avant tout de
la situation politique et de la faiblesse de la
démocratie.
Il faut donc une autre politique qui
suppose des hommes nouveaux. Il n’y aura aucune
amélioration de la gestion de notre pays tant que le
despotisme règnera en maître absolu. Le début de l’assainissement
doit commencer par la lutte contre la corruption, le
népotisme primaire, la gabegie, l’irresponsabilité
organisée, et l’incurie sans limite des gouvernants.
Réalité : Après trois années de
multipartisme intégral, comment se porte votre parti et l’opposition
en général ?
I.G.H : La création de l’Union pour
la Démocratie et la Justice est récente comme d’ailleurs
celle des autres partis djiboutiens de l’opposition. L’UDJ
n’existe que depuis le 22 octobre 2002, c’est peu pour
établir un bilan. Malgré sa jeunesse, le travail
accompli par l’UDJ, l’ARD et le MRD en faveur de la
démocratisation de la vie politique en République de
Djibouti est immense.
En dépit des difficultés normales pour
tout parti politique, l’UDJ se porte bien. Les pressions
et les tracasseries de toutes sortes que subissent nos
militants de la part du RPP, les discriminations criantes
en matière d’emploi ne découragent pas l’UDJ et ne
la dissuadent aucunement.
Au contraire, jour après jour notre
sincérité, la justesse de notre politique ainsi que
notre fermeté contre le régime dictatorial en place sont
de plus en plus appréciés. L’UDJ tient bon et est
déterminée à intensifier la lutte pour la démocratie,
la défense des libertés individuelles et collectives
ainsi que les droits de l’Homme. Pour ce qui est de la
représentativité de mon Parti, j’estime qu’elle est
plus effective que celle de tel autre, plusieurs fois
cloné et actuellement allié du régime, après plusieurs
passages dans l’opposition.
Et pour être complet, je tiens à
préciser que, contrairement à une pratique courante, je
n’ai jamais cherché à recruter des « coopérants
tribaux» et ainsi mentir au Peuple : ce qui compte le
plus, c’est la pertinence du programme politique qui
doit prévaloir.
Car, avec le temps, je suis persuadé
que beaucoup de cadres et intellectuels qui se taisent et
se terrent découvriront l’utilité et l’importance
des partis de l’opposition.
En pleine harmonie avec l’ARD et le
MRD, nous libérons notre Peuple de l’oppression et la
République de Djibouti de ceux qui l’exploitent à des
fins essentiellement personnelles. L’UAD qui est
réellement la première force du pays gagnera encore du
terrain et contraindra, j’en suis sûr, la dictature en
place à capituler très bientôt.
Réalité : Avril 2005 sera votre
troisième expérience électorale en tant qu’opposant.
Pouvez-vous nous expliquer vos positions successives lors
des échéances passées et sur celle-là ?
I.G.H : Depuis que je milite dans l’opposition,
j’ai observé plusieurs élections. Je me suis impliqué
à fond dans deux d’entre elles, celle de l’élection
présidentielle de 1999 avec notre candidat Moussa Ahmed
Idriss et les dernières législatives du 10 janvier 2003.
Ces élections ont été une véritable mascarade. Tout a
été conçu et organisé pour faire gagner le parti au
pouvoir le RPP. Ces élections, nous les avons gagnées,
nous opposition, mais avons été spoliés de notre
victoire par des gens qui recourent à des fraudes
massives, à la force et à l’utilisation illimitée de
toutes les ressources de l’État.
Le recours en annulation transmis au
Conseil Constitutionnel pour les élections législatives
avec les preuves de toutes les irrégularités n’a pas
abouti. L’UAD a étudié tous les textes en vigueur en
matière électorale et nous nous sommes aperçus que,
sans modifier certains articles il ne pouvait y avoir des
élections transparentes.
C’est pourquoi nous avons arrêté
neuf points, neuf conditions susceptibles de mener à des
élections honnêtes et transparentes.
Les nombreuses correspondances tant au
Président qu’au Ministre de l’Intérieur demeurent
sans réponse jusqu’à ce jour. Nous ne comprenons pas
ce qui justifie ce silence de mort observé par les plus
hautes autorités de notre pays, sinon le non-respect de l’autre
et le mépris de l’UAD, de ses dirigeants et, en
définitive, du Peuple tout entier.
C’est pourquoi nous avons décidé de
boycotter l’élection présidentielle du 8 avril
prochain. Le boycott n’est pas, contrairement à ce que
certains affirment, une sortie passive du jeu politique.
Pour nous, c’est une forme de protestation, une mise en
cause de certaines pratiques du temps du parti unique, le
refus des règles du jeu. La défection de l’UAD n’est
donc pas synonyme de défaitisme ou de démission. Bien
au contraire !
Réalité : La paix sociale n’existe
donc que parce que l’opposition y a veillé jusqu’à
présent. Comment faire pour qu’elle soit préservée ?
I.G.H : La paix, qu’elle soit
civile ou sociale, est un bien très précieux pour toute
société et pour tout homme. Malheureusement, le RPP et
son gouvernement sont inconscients et ne cessent de rogner
le pouvoir d’achat et les salaires des travailleurs. Ils
ont même osé supprimer le SMIG, le salaire minimum
interprofessionnel garanti, qui se montait à 100 $US par
mois.
Aujourd’hui, un employeur a le choix
de la fixation du montant du salaire d’un ouvrier. Il
peut l’engager pour 5000 FD ou 10 000 FD ou même pour 1
000 FD, alors qu’autrefois il était interdit d’embaucher
quelqu’un pour moins de 18 000 FD ou 100 $US.
Le code de travail était très
intransigeant contre ceux qui violaient les dispositions
légales ci-dessus. La paix sociale existe aujourd’hui
grâce à la sagesse des responsables de l’UAD , des
syndicalistes reconnus internationalement et non les
syndicats maisons et surtout à la patience de l’ensemble
des travailleurs djiboutiens quelque soit leur niveau de
responsabilité.
Mais, à force de porter atteinte au
pouvoir d’achat des Djiboutiens et à celui des
travailleurs, à force de condamner les jeunes au chômage
et en bouchant tout horizon pour les diplômés, en
continuant cette politique économique, financière et
sociale irresponsable, le RPP et son gouvernement mettent
en danger la paix sociale.
Réalité : Dans le contexte actuel,
quel message adressez-vous à la Nation Djiboutienne ?
I.G.H : Je dis à mes compatriotes
que, dans un monde qui change en permanence sous la
pression de la mondialisation, notre pays ne doit pas
rester à l’écart de ce mouvement. A l’orée du
nouveau millénaire, notre Nation ne doit plus souffrir
sous la domination d’une dictature féroce qui a fait
main basse sur l’État et ses richesses, qui étouffe
systématiquement toute évolution politique et toute
ouverture démocratique pour mieux se maintenir au
pouvoir.
Les Djiboutiennes et les Djiboutiens,
qui ont inlassablement lutté pour l’Indépendance, en y
consentant un énorme sacrifice, doivent encore une fois
se mobiliser pour un changement radical de régime. Seul
un régime démocratique pourra assurer un réel
développement car il libère la réflexion, stimule la
pensée, dynamise les énergies, consolide l’action et
glorifie les aspirations individuelles dans le respect des
exigences collectives.
Je dis à mes chers compatriotes que l’aboutissement
de notre Combat sera celui de la Paix, de l’Unité
nationale, de l’espérance et des droits de l’Homme
dans une démocratie véritable.
Avec l’aide d’Allah, cela est
possible : il faut le vouloir!
Propos recueillis par
Mahdi Ibrahim
Courrier
des lecteurs
Un lecteur nous a fait
parvenir un message de félicitations à l’UAD, dont le
Président a décliné une invitation en forme de piège
de la RTD, suivi d’un texte annonçant la création d’une
association travaillant à la promotion d’une conscience
citoyenne. Nous lui disons merci et courage.
GROUPE D’ACTION CIVIQUE
(G – AC)
« J’AI ASSEZ »
Message pour l’UAD
Je vous demande de bien vouloir
informer nos concitoyens de la création du G-ac. Vous
constaterez que nous contribuons à la lutte pour un
avenir meilleur et pour le départ de la démocrature.
Hier soir, j’attendais l’émission
«Gros Plan» du RPP et je tiens à féliciter M. Ismael
Guedi d’avoir refusé d’y participer. Parce que le RPP
et sa RTD ne respectant ni les institutions ni les hommes
de ce pays, il faut les ridiculiser, jusqu’à ce que ce
régime foutu comprenne que l’imposture ne passe plus.
Les réactions du pigiste ne nous
étonnent pas, car il lit les mots de son maître.
Hier soir, j’étais vraiment fier de
l’UAD, uniquement parce qu’IOG n’a pas fermé l’oeil.
Merci et bon courage.
.........
En ce Mercredi 16 Mars, comme à l’accoutumée,
je me suis rendu chez Waris pour prendre mon café noir
qui vient lui aussi du plateau de l’Éthiopie et mon
hebdomadaire qui m’informe de la réalité et que j’attendais
une longue semaine.
Voyant que le restaurant en question
vient de subir une fermeture administrative relative à l’élection
présidentielle, je suis consterné et meurtri pour la
raison que c’était un lieu d’échange, de débat d’idée
où nous déposons nos frustrations que cette démocrature
nous impose.
Le petit peuple se rencontrait et
parlait de la politique et ses dernières évolutions.
Nous confrontions nos points de vues et la vérité se
manifestait presque sur tous les sujets. Bref nous
produisions des idées que chacun emmenait dans son
environnement.
Nous savions très bien que le régime
en place ne voulant point la vérité, était mécontent
des événements qui se déroulaient dans ces deux
restaurants et on s’attendait qu’il ferme mais pas
aussitôt et jusqu’à trente jours.
Le candidat solitaire persiste et signe
à maintenir le peuple sous la peur, la démagogie, le
besoin et dans l’ignorance.
Alors qu’il utilise l’argent du
peuple, le palais du peuple, les secrétaires généraux,
les directeurs, les chefs de services, les chefs des
quartiers, les religieux à des fins partisans, il nous
empêche d’échanger nos idées.
Aussi il empêche les citoyens de faire
leurs commerces. Cette fermeture administrative de ces
restaurants obligera à payer aux propriétaires les
charges fixes durant ce mois et DIEU seul sait comment ils
recouvriront ceci. La raison de la dictature passe avant
celle du droit de commercer librement et le droit d’exprimer
ses idées politiques, de se réunir et de débattre.
Compte tenu de cette situation,
réfléchissons, créons d’autres lieux d’échanges et
de débats et changeons ce pays pendant qu’il est encore
temps.
Nous avons la foi, le peuple, et nous
sommes sur le droit chemin. DIEU est avec les gens saints,
avec les patients, donc osons changer et commençons à
nous organiser.
Comment ?
Afin d’éviter la fin des haricots
il faut se décider à réfléchir et à contrer cette
dictature. Pour se faire il faut que les citoyens se
mobilisent dans la rue pour dire NON à cette démocrature.
Commençons déjà à nous organiser en petit groupe de
dix personnes et changeons ce pays.
Chacun doit rassembler neuf autres Djiboutiens majeurs et former une cellule.
Le responsable de cette cellule doit s’inscrire
auprès du groupe d’action civique qui lui donnera une
référence, des informations, des recommandations voire
des instructions.
Il faudra par conséquent adhérer au
Groupe d’Action Civique (G – AC = J’ai assez) dont
voici les adresses e-mail :
g-ac@hotmail.com ou g-ac@yahoo.fr
Il est très important de donner vos
doléances, celles de vos entourages, de vos amis et
connaissances, bref ce que vous avez assez de vivre, de
faire, de cautionner, ou d’entendre. L’anonymat sera
bien sûr assuré pour les intéressés.
DIEU est avec les hommes corrects et un
jour nous vaincrons- AMIN.
Responsable de la communication
g-ac@hotmail.com
Communiqué
de l’UAD
Union pour l’Alternance Démocratique
- U.A.D –
(A.R.D, U.D.J, M.R.D)
COMMUNIQUE DE PRESSE
Djibouti, le 19 mars 2005
Dans son émission de vendredi 18 mars
2005, le présentateur de « Gros Plan » a prétendu que
je n’avais pas osé honorer un engagement que j’aurais
pris envers lui. Si l’outrance et le caractère
tendancieux des propos de ce « journaliste » ont choqué
les téléspectateurs, il est de mon devoir de donner ma
version des faits.
Lundi 14 mars dans la soirée, M. Saleh
Ismael m’attendait à la sortie de la mosquée pour me
proposer d’être l’invité de son émission « Gros
Plan » en ma qualité de Président de l’UAD. N’ayant
pas l’habitude de me dérober chaque fois qu’il s’est
agi de remplir mon devoir de citoyen (j’ai d’ailleurs
connu la prison en raison de mes engagements en 1996), et
même si la RTD n’a jamais accordé la moindre
couverture médiatique aux activités de mon Parti depuis
sa création, j’ai donné mon accord de principe pour
participer à cette émission. A une condition, sine qua
non : qu’elle ait lieu en direct, afin de me prémunir
contre toute tentative de manipulation. Car je n’avais
pas oublié que, sous prétexte d’impossibilité
technique, le direct avait été refusé au regretté
Ahmed Dini lors de son passage dans cette émission.
Évoquant encore une fois une
impossibilité technique, il m’a quitté en m’assurant
qu’il en référerait à sa hiérarchie...
Après deux jours de silence, M. Saleh
Ismael est revenu me voir à mon domicile mercredi 16 mars
dans l’après-midi, m’annonçant que le direct avait
été accepté. Une telle tribune n’étant pratiquement
jamais offerte à l’opposition dans son ensemble, il me
semblait évident que mon passage à l’émission « Gros
Plan » devait être suivi du plus grand nombre de
téléspectateurs. C’est pourquoi, j’ai demandé à
son présentateur, comme il le fait si bien pour chacun de
ses invités, d’annoncer mon intervention sur les ondes
de la RTD dès ce mercredi soir. Parce que j’étais
intimement persuadé, qu’indépendamment de ma
personnalité, à laquelle ce présentateur semble avoir
tant à reprocher, le simple besoin citoyen de mieux
comprendre les raisons de notre boycott actif rendait
impossible tout risque d’audience confidentielle.
Ayant pris acte de ce que mon passage
à « Gros Plan » n’avait pas été annoncé comme
promis, j’ai contacté le présentateur par téléphone
jeudi 17 mars à 22 heures, devant témoins et je lui ai
clairement signifié ma ferme décision de me
décommander.
Raison pour laquelle, au cours d’un
meeting de l’UAD à Hayableh dans l’après-midi du
vendredi 18, que la RTD n’a évidemment pas mentionné,
j’ai expliqué à nos militants que les conditions de
transparence n’ayant pas été respectées, il m’était
malheureusement impossible de passer à la télé dans la
soirée.
Tenir après cela les téléspectateurs
en haleine pour prétendre que je me serais décommandé,
en dernière minute sans l’en avertir, dénote de la
part de ce présentateur une absence de rigueur
déontologique qui n’a certainement pas surpris mes
concitoyens. Et si quelqu’un a manqué de respect envers
les techniciens mobilisés ce soir-là jusqu’à 21h
25mn, ce ne peut être que le commanditaire de toute cette
manipulation de l’opinion, dont l’écrasante majorité
du Peuple Djiboutien est écœurée. D’ailleurs, du
temps où j’exerçais les fonctions de Directeur de
Cabinet de la Présidence, leurs salaires étaient
normalement honorés parce que leur travail et leur
personne étaient considérés.
Aucune parodie de démocratie ni aucune
diffamation ne pourront jamais détourner les responsables
de l’UAD, ni leurs concitoyens, de leur combat pour l’avènement
d’un État de droit.
La Justice triomphera !
Le Président de l’UAD
Ismael Guedi Hared
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