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Éditorial
AVEUGLEMENT FRAUDULEUX
A intervalle d’à peu près un mois
(29/01-26/02), nous avons publié dans « Réalité » le texte
de notre recours devant le Conseil Constitutionnel ainsi
que la décision de cette juridiction rejetant le recours
introduit.
Notre requête demandait l’annulation
des élections du 10 janvier 2003. A l’appui de notre
demande, nous avons évoqué comme griefs : la rupture de la
légalité par la violation des lois, décrets, arrêtés,
décisions, circulaires ; la violation du principe
constitutionnel d’égalité, l’abus de pouvoir ; les fraudes
commises avant, pendant et après le scrutin. Nous avons
décrit la nature et les circonstances des griefs avancés
et avons fourni comme preuves les témoignages,
déclarations, attestations et autres documents pertinents
et officiels.
Le Conseil Constitutionnel, par sa
Décision n°002/2003 du 20 février, a rejeté, écarté,
refusé tous ces arguments et preuves en déclarant que : « les
circonstances évoquées ne sont pas suffisamment établies »
pour la rupture de légalité. Que le grief tiré d’une
violation du principe constitutionnel d’égalité « ne
pouvait être accueilli » car, dit-il, « le
législateur a pris soin de prévoir l’égalité entre les
nombres des représentants des partis politiques au sein de
la CENI ». Concernant l’excès de pouvoir, ce grief est
rejeté par le Conseil Constitutionnel qui l’explique et le
justifie par les craintes « des troubles à l’ordre
public » et la nécessité de les prévenir. Quant aux
allégations de fraudes, le Conseil Constitutionnel les
balaie en arguant de l’absence de « preuves précises »
et de la présence de « procès verbaux qui ne
mentionnent aucune réclamation, protestation ou
observation de la part des délégués UAD ». Exit donc
toutes les fraudes, sous toutes leurs formes !
Pourtant, les membres du Conseil
Constitutionnel n’ignorent nullement, puisqu’ils ne
peuvent ignorer ce qui est connu et su de tout le monde :
le refus absolu et systématique de permettre aux ayants
droit légaux l’accès à la liste électorale et que cela
constitue une rupture manifeste de la légalité et
représente le socle principal de la fraude mise en place
et exécutée par l’administration publique. Parce que cette
liste comporte autant des électeurs fictifs, entre les
morts et les inscriptions (volontairement) multiples, que
de vrais électeurs.
Le Conseil Constitutionnel sait
parfaitement que les capitales des districts d’Ali-Sabieh,
Dikhil, Tadjourah ou Obock ne sont pas de simples
campements nomades en transhumance, mais bien des cités
urbaines peuplées de citadins sédentaires urbanisés. Tout
comme d’ailleurs leurs agglomérations rurales, postes
administratifs et autres villages de garnison.
Comme une des méthodes de base de la
fraude électorale, l’administration publique au service du
régime en place refuse le principe constitutionnel
d’égalité. La preuve ? A Djibouti-ville, la liste
électorale et le registre d’émargement sont établis par
bureau de vote ; les cartes d’électeur sont établies
conformément à la loi et comportent outre l’identité et
l’adresse de l’électeur, le numéro du bureau de vote où il
doit se rendre pour voter.
Par contre, dans tous les districts de
l’Intérieur, y compris les chefs-lieux et autres
agglomérations urbaines, sédentaires, les cartes
d’électeur sont établies en violation de la loi et du
principe d’égalité, sans identité complète ni adresse, ni
précision du numéro du bureau de vote. Ce qui permet à
l’administration de transformer en NOMADES les cartes des
électeurs eux bien sédentarisés.
Nous avons déposé devant le Conseil
Constitutionnel des centaines de telles cartes illégales,
comptabilisées au bénéfice de l’UMP sans le consentement
de leurs véritables titulaires, privés de leur droit. Ces
cartes sont ramassées dans la nature, aux environs des
bureaux de vote où elles étaient abandonnées après
utilisation, comme des détritus, par les partisans de l’UMP
qui les détenaient en exclusivité. Cela, à peu près tout
le monde le sait, sauf apparemment les « sages » du
Conseil Constitutionnel.
Il est donc regrettable qu’une telle
cécité les ait frappés dans un contexte aussi important.
Comme un château de cartes
Pourquoi le Conseil Constitutionnel ne
pouvait dire la vérité
Parce que nous ne nous trompons pas de
cible, il ne nous a pas semblé nécessaire de nous
appesantir sur les errements du Conseil Constitutionnel :
il ne faut pas confondre la proie et son ombre. Pour
donner toute la mesure du discrédit, pour ne pas dire
plus, qui frappe ses membres, nous avons estimé utile de
publier certaines pièces du dossier que l’UAD lui avait
soumis aux fins d’annulation des résultats électoraux. Les
conditions de déroulement des opérations électorales dans
le bureau de vote n°19 (Daffeynaïtou) du district de
Tadjourah résument de façon caricaturale le caractère
massif et organisé des fraudes qui ont gravement entaché
le scrutin législatif du 10 janvier dernier. Procédés
tellement grossiers que, comme le montre le document
ci-dessous, les notables de la région, ont
particulièrement tenu à dénoncer les irrégularités au
terme desquelles les paisibles citoyens ont été dépossédés
de leurs voix.

De même, le représentant de la CENI dans
ce bureau de vote nous a adressé l’attestation suivante,
que nous reproduisons en rappelant qu’une copie en a été
expédiée au Conseil Constitutionnel dans le recours en
annulation. C’est le document reproduit en page suivante.


Ces pièces, et beaucoup d’autres tout
aussi significatives, les membres du Conseil
Constitutionnel, en ont pris connaissance. De deux choses
l’une : soit ces documents sont véridiques, auquel cas il
y avait lieu d’invalider les résultats de ce bureau de
vote de Daffeynaïtou ; soit ces documents constituent des
faux, auquel cas nous en aurions subi les conséquences
pénales prévues par la loi.
Pour des raisons qui tiennent à la
nature de ses liens de dépendance vis-à-vis du pouvoir
Exécutif, le Conseil Constitutionnel a préféré s’exposer
au ridicule en cautionnant toutes ces irrégularités : cela
ne nous a absolument pas surpris !
Une question se pose alors : puisqu’il a invalidé les
résultats du bureau de vote de Kalaf ( 948 UMP contre 11
UAD), pourquoi le Conseil Constitutionnel n’a-t-il pas
également invalidé ceux de Daffeynaïtou ? La réponse est
arithmétique : après l’invalidation des résultats de
Kalaf, l’UMP se retrouve avec 4796 voix et l’UAD avec 3478
voix dans cette circonscription électorale de Tadjourah.
Si les résultats de Daffeynaïtou avaient été invalidés au
motif de déplacement illégal.
du lieu de vote, ce sont quelque 1060
voix qui auraient ainsi échappé à l’UMP dont le score
serait tombé à 3736 voix. L’UAD aurait alors perdu quant à
elle 40 voix, son score s’établissant à 3438 voix.
Mais il aurait également fallu
invalider pour le même motif de déplacement illégal du
lieu de vote les résultats de Monkour, dont le bureau de
vote, comme chacun le sait, a été déplacé à Dabrima. Dans
ce cas, ce sont pas moins de 440 voix qu’aurait perdues l’UMP,
l’UAD ne perdant que 174 voix. Le score final dans cette
circonscription électorale de Tadjourah aurait été le
suivant : 3296 pour l’UMP et 3264 pour l’UAD. Courte
victoire de 32 voix : quel citoyen de cette
circonscription aurait accepté une telle énormité ?
Surtout que si le Conseil
Constitutionnel, dans cette optique, s’était montré aussi
respectueux de légalité, les résultats du bureau de vote
d’Adaylou auraient immanquablement été invalidés. En
effet, parmi les nombreux témoignages d’irrégularités
soumis à sa « sagacité », il y avait celui du secrétaire
de ce bureau de vote, donc nommé par le régime que nous
reproduisons ci-dessous.

Une question de bon sens aurait pu se
poser au Conseil Constitutionnel : qui a alors rédigé le
procès verbal de ce bureau de vote ? Lorsque le Conseil
Constitutionnel ose affirmer que les faits ne sont pas
établis, il manque de respect non seulement à ses
concitoyens, mais avant tout à lui-même ! Devant de telles
preuves, les résultats de ce bureau de vote auraient dû
être normalement annulés : l’UMP y aurait perdu 834 voix
et l’UAD 102. Le score se serait alors établi comme suit :
2462 voix pour l’UMP et 3162 voix pour l’UAD. La
circonscription électorale de Tadjourah serait donc
logiquement revenue à l’UAD.
Là encore, c’est l’effet boule de neige
qui aurait prévalu : aucun autre district n’aurait accepté
de rester sous le joug du parti unique. Car nul n’en
doute : parce que notre victoire est indiscutable, les
documents que nous avons produits à l’appui de notre
recours en annulation sont tout aussi solides dans les
quatre autres circonscriptions électorales de Djibouti,
d’Ali-Sabieh, de Dikhil et d’Obock. Ce sont donc toutes
ces pièces indiscutables que, dans une insouciance qui
n’est que le reflet d’un régime irresponsable, le Conseil
Constitutionnel a jugé préférable d’écarter d’un revers de
manche lourd de conséquences.
Nous examinerons prochainement la
typologie générale de toutes les fraudes par lesquelles le
régime prétend confisquer la volonté populaire.
Cher “ nouveau confrère ” (2)
2 ème
partie. Les KAAR DAMEER du coq à l’âne : les vrais
problèmes de la nationalité
Merci au tout jeune l’Évènement de
la Corne d’avoir repris la citation d’Ernest RENAN
(1823-1892), Écrivain et Académicien Français sur la
définition de la Nation lors d’une Conférence restée
célèbre et donnée à la Sorbonne en 1882, parue dans
Al-Wahdaa, Édition n° 36 du 31 janvier 2001, sous le
titre de La Nationalité : un problème et un Enjeu
politique. Certes, à chacun sa Réalité, mais celle-ci
tendancieusement traitée ne devient pas pour autant
Vérité. Si la bouteille à demie-pleine signifie pessimisme
pour certains, la frilosité habite lesdits Optimistes,
jusque là incapables de mettre en application l’Accord de
Paix définitif du 12 mai 2001, entre le Gouvernement et le
FRUD-armé. Pour diriger les optimistes sur cette question,
nous rappelons qu’en son titre IV sur les Réformes
démocratiques, et principalement en son article 10 sur la
Nationalité, l’Accord stipulait :
Les personnes dont
l’appartenance à la communauté djiboutienne est vérifiable
par tous les moyens peuvent prétendre à la citoyenneté
djiboutienne. Pour ce faire, les deux parties s’engagent à
mettre en place une commission ad hoc chargée d’accélérer
la délivrance des cartes nationales d’identité à ces
personnes. Or, la volonté de
vivre ensemble, qui induit naturellement la formation
sinon l’existence d’un État et d’une Nation, dans un
pouvoir organisé, n’a pas été le souci majeur du pouvoir
au lendemain de l’indépendance.
Pour être plus clair, la question de la
Nationalité frappe et touche, depuis cette époque,
certaines communautés considérées comme susceptibles de
remettre en cause un « ordre national établi », au mépris
du Droit le plus élémentaire de l’Etre humain. Loin, bien
entendu, de la citation de RENAN qui dit : « Une Nation
est une âme, un principe spirituel. L ‘une est dans le
passé, l ‘autre dans le présent. L’une est la possession
en commun d’un riche legs de souvenirs. L’autre est le
consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la
volonté de continuer à faire valoir l’ héritage qu’on a
reçu indivis».
Trois éléments définissent une Nation :
une population, un territoire et un pouvoir organisé. Il
ne peut y avoir d’État que si et seulement si, une
population existe. Cette dernière est formée de multiples
individus qui composent la Nation. Cependant, cette
population est normalement liée à l’État par la
nationalité, laquelle distingue ce groupement humain entre
nationaux et non nationaux ou étrangers avec pour chacun
d’entre eux des droits et des devoirs.
Si dans le passé notre territoire était
intégré par fait colonial à l’État Français, on ne pouvait
imaginer cet État si loin de nous et la formation d’une
Nation avec la puissance colonisatrice considérée par le
peuple comme étrangère. De la même manière, et pour
défendre au mieux ses intérêts dans ce territoire, la
France avait choisi l’arme de la division pour demeurer.
La notion de consentement mutuel, à vouloir vivre ensemble
entre dominé et dominant était donc totalement absente
dans ce contexte. Seul le rapport de force en faveur du
colonialisme déterminait, l’individu ou le groupe
d’individus pouvant faire partie ou non de « son État ».
D’où, l’attribution de la nationalité
par la puissance dominatrice était l’arme idéale
pérennisant sa présence sur ce territoire. Tout groupe
supposé « nuisible aux intérêts de la France », à tort ou
à raison, ne pouvait bénéficier d’une quelconque
intégration à la nationalité. Cette pratique coloniale a
ainsi mis des familles entières dans une situation de Non
droit, pire que la situation des étrangers sur leur propre
sol, un déni des Droits les plus élémentaires.
Certes, notre jeune confrère
l’Évènement de la Corne cite la réponse sans équivoque
du Président Dini à une question de M. Ali Couba mais sans
préciser toutefois qu’elle était la réalité vécue par des
familles entières sous le colonialisme. Nous rappellerons
à toutes fins utiles que c’était toujours Dini et Cheiko
qui avaient plaidé à Paris et ailleurs en faveur de ces
milliers de familles sans pièces d’identité, et contraint
les autorités françaises à la régularisation de leur
situation avant l’indépendance. La solution a été
d’attribuer, en attendant l’accession à la souveraineté
nationale, des Cartes d’Identité de Résidents sur le
Territoire à ces hommes et femmes.
Ayant voté massivement en faveur de
l’indépendance, et malgré la promesse faite par le leader
Gouled de faire de ces non-citoyens des vrais Djiboutiens,
les porteurs de Kaar Dameer endurent 26 ans après les
mêmes injustices, et sur trois générations.
Pire, une politique délibérée destinée
à marginaliser certaines communautés a été systématisée
depuis 1977, période à laquelle Djibouti a pourtant
enregistré un accroissement démographique invraisemblable,
mais dont l’explication tire toute sa source dans la loi
de 1981 sur la Nationalité, laquelle base l’attribution de
la nationalité à une population vivant dans une limite
territoriale dénommée « territoires circonvoisins ».
Mieux que le colonialisme cette
politique de marginalisation des communautés suspectes
frappe non seulement la population citadine mais aussi
celles des régions du Nord et du Sud-Ouest.
Dans ces régions, après une enquête que
nous avons menée sur le terrain, nous avons été acquis
d’une réalité révoltante. En effet, sous le régime
colonial, une équipe de la Direction de la population se
déplaçait plusieurs fois dans l’année, munis d’un appareil
photo instantané, procédait à la régularisation gracieuse
de la situation en matière de nationalité des citoyens de
ces contrées.
Il s’avère que depuis l’indépendance, à
quelques exceptions près, aucun déplacement de ce service
n’a été enregistré. D’ailleurs, un des hauts responsables
de l’administration centrale dans ces régions nous a
confirmé ce manquement irresponsable, puisque conscient de
la part du Ministère de l’Intérieur, mais a voulu
expliquer cet état de fait par l’impossibilité des
populations rurales à payer les quelques centaines de
francs occasionnés par la confection des pièces à savoir :
les timbres fiscaux, les photos, etc. Le ridicule ne tue
pas !
Plus ridicule est qu’il y a tout juste
quelques mois avant les dernières législatives, un
Directeur d’une Société d’Etat ait été chargé de
distribuer des pièces d’identité à des familles de la
région nord triées sur le volet , en vue du scrutin de
2003, alors que des milliers d’enfants et parents
demeurent en ce début du vingt-troisième millénaire sans
justificatif pour leur appartenance à la communauté
nationale. D’ailleurs, cela n’a eu aucune suite puisque
aucune carte n’a été distribuée !
Quant à la communauté citadine, elle
est composé de deux catégories. La première catégorie est
oubliée volontairement. Déjà marginalisés par le
colonialisme, ces Kaar-Dameeristes et leurs
progénitures attendent toujours une régularisation de leur
situation de ni citoyen ni étranger. C’est le cas du
porteur de la CIR en page 7, né en1946 à Djibouti et
grand-père de plusieurs petits-enfants. Et ce n’est pas la
colonisation française qu’il rend aujourd’hui responsable
de sa situation de quasi-apatride de fait dans sa patrie
de droit.
La seconde catégorie de familles, par
rapport à la première, n’est pas aussi avantagée, que l’
on croit. Elle se définit par le fait que l’un des deux
conjoints soit Étranger, non djiboutien. Dans cette
catégorie très importante, le conjoint étranger, quel que
soit le nombre d’années de vie commune ou le nombre
d’enfants issus de cette union, ne peut bénéficier de
l’acquisition de la Nationalité Djiboutienne, par le lien
du mariage.
Il semblerait, que très peu de familles
des deux catégories en question arrive tout de même à
obtenir ce «droit» par des circuits détournés et certes
non officiels, ou moyennant argent. Une pratique valable
depuis l’indépendance de notre pays.
Il est donc certain, que ces citoyens
entièrement à part ( et non citoyens à part entière )
vivent en raison de leur statut, toujours et depuis des
décennies, dans une alarmante situation de Non-Droits,
puisque Étrangers dans leur pays.
De par leur statut, ces « mi-citoyens,
mi-étrangers » endurent les mêmes problèmes. Leurs Droits
et Devoirs sont bafoués quotidiennement. Si, lors des
premières années qui suivirent l’indépendance du pays le
droit au travail était toléré à la catégorie KAAR DAMEER,
ce « droit » ne fut qu’une parenthèse bouclée dès le début
des années 80.
Quant aux descendances ( pour les deux
catégories ) issues de ces Djiboutiens à part, au moins
sur deux générations, bien que bénéficiant de la
scolarisation, sont freinées lors des passages des examens
: de fin du primaire, du secondaire et au baccalauréat.
Aucune chance ne peut s’offrir à elles, quels que soient
leurs âges et leurs capacités intellectuelles pour pouvoir
suivre des études supérieures à l’Étranger.
Le seul titre de voyage dont ces
enfants ont droit, comme d’ailleurs leurs parents
(forcément la catégorie Kaar Dameer et le conjoint
Étranger pour la seconde), n’est autre qu’un simple « laisser-passer »
les autorisant à pouvoir se déplacer vers les pays
limitrophes tels que le Somalie, l’Éthiopie et le Yémen.
Titre de voyage d’ailleurs très utilisé en période
estivale.
Le paradoxe de cette situation
humiliante pour toutes ces familles est, que ces « citoyens-spéciaux »
forment un électorat de taille. Les détenteurs du pouvoir
et leurs hommes de main s’en servent, moyennant finances
et promesses, pour un vote en leur faveur lors des
élections (législatives et présidentielles).
Ces populations, ni citoyennes, ni
étrangères, nombreuses et inscrites depuis l’Indépendance
sur les listes électorales du Ministère de l’Intérieur
sont, lors de chaque scrutin, victimes des mêmes promesses
non tenues par le régime et ses représentants, à savoir:
1- la régularisation de leur situation
de citoyen et de celle de leurs progénitures ;
2- le remplacement de la C.I.R par la
Carte d’Identité Nationale - C.I.N, et naturellement
l’acquisition de la Nationalité Djiboutienne pour tous les
enfants et suivants, issus de cette première catégorie,
3- l’attribution de la C.I.N à celui
des deux conjoints Étranger, ainsi qu’aux enfants et
petits-enfants.
Une telle situation d’exploitation des
faiblesses de ces citoyens ne peut certainement pas
déroger à la règle fixée depuis l’indépendance par le
régime, et en l’absence d’une réelle démocratie avec des
élections transparentes, ces électeurs otages voteront de
gré ou de force en faveur du régime en place, soit avec
des ordonnances, sinon avec des cartes électorales
renouvelées sur simple présentation de l’ancienne carte
électorale.
Il est dit, que bon nombre de ces
citoyens otages avanceraient même le prix du ou des
timbres fiscaux que nécessiterait la nouvelle Carte
Nationale, au Candidat choisi dans la tribu par le Parti
au pouvoir, pour les législatives; par le Ministre et les
Députés de cette même tribu, lors des Présidentielles.
Quelle cagnotte, pour l’heureux candidat! Au nom de la
Tribu. Joli coup non?
Il est d’abord choquant de voir les
dirigeants de notre petite République battre le record de
signatures des différentes conventions internationales, et
surtout se vanter d’avoir été parmi les dix premiers pays
signataires.
C’était, pour ne citer que la dernière
en date, la signature de la charte africaine fondant les
« États-unis » d’Afrique, initiés par le Colonel Kadhafi.
Une heureuse initiative dirait-on, et surtout pour avoir
été le 6 ème
pays à parapher l’intégration inter-africaine.
Seulement, la simple question que ce
citoyen-otage du système est en droit de poser à ses
gouvernants est la suivante : « Quel serait mon statut
dans ces « États-unis » d’Afrique avec ses millions de
citoyens, alors que je n’existe pas, statutairement
parlant, dans mon minuscule pays et surtout parmi sa très
faible population? »
Alors que les conditions de cette
catégorie de citoyens n’étaient guère meilleures sous
Gouled, l’arrivée au pouvoir de son neveu n’a fait que
rendre plus difficiles les possibilités offertes par les
lois antérieures sur la délivrance du certificat de
nationalité
En effet, publié dans le Journal
Officiel du 13 septembre 1999, le Décret n° 99/015/PR/MI
abroge et remplace les décrets n ° 82-113/PR du 28Octobre
1982 et le n° 90-0107/PR/INT relatifs à la délivrance du
certificat de nationalité.
Ce décret n’apportant aucune avancée
pour soulager ces victimes suscitées, introduit en son
article 3, nous citons : « Avant l’établissement du
certificat de nationalité, le dossier comportant les
éléments d’enquête sera transmis pour avis au Directeur de
la Population ».
Une nouveauté, puisque le Juge qui
ordonne l’enquête auprès des services de police ou de la
gendarmerie, après avoir, au regard de la loi sur la
question, et des pièces fournies par le demandeur, se voit
dans l’obligation de tenir compte, dans sa décision
d’attribuer ou non le Certificat de Nationalité, de l’avis
du Directeur de la Population.
Ce Juge de nationalité, peut-il juger
en son âme et conscience et au regard de la Loi, si telle
ou telle autre personne est de nationalité djiboutienne ou
pas ? Où se situe « l’avis » du Directeur de la Population
face aux responsabilités qui incombent au Juge? .
Ce n’est qu’un frein encore pour que
Justice ne soit pas rendue en faveur de tous ces Citoyens,
dans la désolation dans leur propre pays.
Le drame de notre pays, c’est qu’aux
problèmes légués par la puissance coloniale, sont venus
s’ajouter de nouveaux, artificiellement créés par un
régime qui non seulement trouve normal de ne pas remédier
aux injustices des KAAR DAMEER héritées de la
colonisation, mais se permet de surcroît de priver de
larges franges de la population nationale de ce droit le
plus élémentaire : avoir une patrie.
Si le régime avait pour sa part la
conscience tranquille, il y a longtemps que la commission
ad hoc sur la Nationalité, prévue à l’article 10 de
l’Accord du 12 mai 2001, aurait été mise en place. La
violation de cette disposition, une de plus, montre
clairement que le régime n’est pas encore disposé à
assurer une réelle coexistence entre toutes les
composantes de la communauté nationale.
« En voulant extraire l’épine qui
est plantée dans sa patte, le chameau ne parvient qu’à
l’enfoncer davantage » dit un proverbe du coin.
Une certaine presse spécialisée dans la
propagande en faveur du régime aurait été mieux inspirée
de ne pas évoquer un tel sujet où, de toute évidence, la
culpabilité du parti unique est totale. <
Le
dessous d’un symposium
Courage, fuyons la réalité !
En organisant un symposium sur la
langue afar à Djibouti, le régime cherche à occulter les
vrais problèmes nationaux en récupérant l’admirable
travail effectué par des bénévoles. La valorisation des
langues nationales ne sera effective que lorsque les
droits politiques injustement bafoués seront reconnus aux
différentes composantes de notre Nation. Le réveil des
langues nationales est donc illusoire tant que sera niée
la réalité du sous-développement économique, politique et
culturel.
Un symposium consacré à
l’uniformisation des néologismes en langue afar se tient
depuis deux semaines au Palais du Peuple à Djibouti.
Contre certaines mauvaises interprétations, il convient
d’abord de préciser que toute action visant à promouvoir
les langues nationales mérite encouragement et soutien. Ce
que nous regrettons par contre, c’est l’hypocrisie d’un
système qui a fait de la marginalisation de certaines
composantes de la communauté djiboutienne une constante de
sa politique, tout en feignant de les courtiser au gré de
ses déboires intérieurs...
Ainsi, c’est effarés que nous avons pu
lire dans « La Nation » que l’organisation de ce symposium
découle du respect d’un engagement pris par le Chef de
l’État… En matière d’engagements solennels non respectés,
nous aurions trouvé beaucoup à dire, tout comme de son
courage politique, qu’une voix autorisée, juriste de
surcroît, n’a pas manqué de saluer dans une tonitruante
interview. Ventre, quand tu nous tiens...
La promotion des langues nationales est
la dernière préoccupation de ce régime. Pour preuve,
aucune politique d’alphabétisation à grande échelle n’a
été menée ici depuis 25 ans. Même sous les régimes
dictatoriaux des pays voisins, de grands progrès avaient
été accomplis dans ce domaine. Dans cette continuité,
chaque Région autonome d’Éthiopie peut en toute liberté
enseigner sa langue. L’État érythréen a, quant à lui en
dix ans d’existence, beaucoup entrepris pour la
valorisation de ses langues nationales, en les enseignant
dans les écoles primaires avec un matériel didactique de
qualité.
Chez nous, à part l’organisation de
séminaires, colloques et autres symposiums à travers
lesquels le régime cherche à récupérer le travail des
bénévoles, aucune volonté politique n’existe et l’Etat ne
fait rien pour subventionner des associations dont
certaines fonctionnent depuis 1973 avec de grandes
difficultés matérielles et financières.
La tenue d’un symposium à Djibouti,
avec la participation des représentants des pays voisins
où vivent près de 80% des locuteurs de langue afar, est en
soi une bonne chose. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est la
tentative djiboutienne de vouloir régenter l’avenir d’une
langue qui est en fait un patrimoine appartenant à tous
ceux qui l’utilisent dans la région. La cooptation
d « experts djiboutiens » plus prompts à crédibiliser le
régime qu’à sérieusement contribuer à l’enrichissement de
la langue afar, en est une parfaite illustration. A voir
ces messieurs s’extasier à longueur de journée sur le
mérite du pouvoir djiboutien dont la volonté politique
aurait permis de sauver la langue afar, il y a
manifestement d’autres enjeux sans rapport avec la
promotion d’une culture menacée.
Tout comme le symposium sur la langue
somali, tenu il y a un an, n’a pas concrètement fait
avancer le développement de cette langue où le bien-être
de ses locuteurs dans notre pays, il est fort à craindre
que ni le destin de la langue afar ni celui de ses
locuteurs, ne sera amélioré ici tant que la philosophie de
l’esbroufe ne sera pas abandonnée.
Ces réserves étant posées, il convient
de saluer le mérite des bénévoles altruistes qui se sont
dépensés sans compter pour faire de ce symposium une base
de départ pour la promotion réelle des langues nationales
injustement écartées de l’enseignement public djiboutien.
La formation des formateurs doit être
rapidement mise sur pied si l’on veut vraiment donner à
ces langues la place qui leur revient dans notre système
éducatif déjà fort mal en point. L’uniformisation des
termes est nécessaire et utile, si l’on tient compte des
propositions formulées par ceux qui sont les plus avancés
en la matière, sans oublier que tous les locuteurs n’ont
pas la même histoire coloniale ni le même environnement
démographique.
Or, les séquences du symposium
diffusées à la télévision font clairement apparaître la
volonté de certains de faire main basse sur les travaux et
ce malheureusement aux dépens de l’efficacité. Ce n’est
pas parce qu’il a financé l’organisation de ce symposium
que le régime doit s’attendre à en tirer un quelconque
bénéfice politique.
Car il est illusoire de prétendre
promouvoir une langue tout en niant les droits primordiaux
de ses locuteurs. A commencer, dans le contexte actuel,
par le droit de librement choisir par les urnes ses
représentants politiques les plus à même de justement leur
assurer un réel développement dans toutes ses dimensions.<
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