Brèves nationales
Coupures d’eau :
le coupable identifié ?
On connaît la boutade de la BBC à
propos du fatalisme des Djiboutiens : ils se contentent de
dire « Ohh ! » quand il y a coupure d’électricité
et « Ahh ! » quand le courant revient.
Pour démentir cette caricature, par pur
civisme, nous nous sommes penchés sur les récentes autant
qu’intempestives coupures d’eau qui ont frappé la
Capitale : à qui la faute ? Est-ce un déficit de gestion
du matériel ?
Un premier élement de réponse est
fourni par… le Chef de l’Etat en personne. En effet, l’on
se souvient qu’à l’occasion de l’inauguration de la
fontaine publique du Day, le Président de la République
avait tenu à féliciter le Directeur de l’ONED qui, selon
lui, s’est tellement engagé dans la réalisation de ce
projet, « n’a fait que cela depuis douze mois faisant
des va et vient entre la Capitale et le Day ».
En toute logique, il en aurait donc
négligé le reste de ses énormes charges dont, entre
autres, le suivi de la situation hydraulique à
Djibouti-ville.
Accessoirement, on aurait pu se
demander, toute responsabilité étant par ailleurs
partagée, au terme de quelle séance son Conseil d’administation
lui a donné le feu vert pour s’investir personnellement et
pour investir financièrement dans le projet d’adduction
d’eau du Day.
Le régime vaccine
contre l’opposition
Selon des témoignages concordants, les
sympathisants de l’UAD seraient actuellement victimes de
nombreuses discriminations sur le marché du travail.
Ainsi, la dernière campagne de
vaccination qui vient de s’achever dans les districts du
Nord, a été pour la mouvance présidentielle l’occasion
d’une vengeance aveugle contre les vaccinateurs
temporaires auxquels le ministère de la Santé fait appel
en de telles circonstances.
Habituellement recrutés en raison de
leur expérience, une dizaine de ces jeunes militants de
l’UAD ont été tout simplement rayés de la liste des
recrutés, malgré la bonne volonté des responsables de la
Santé, et remplacés par des militants RPP sans aucune
expérience en matière de vaccination.
D’autre part, les membres du syndicat
des transporteurs routiers du District de Tadjourah, déjà
largement pénalisés par la fermeture de la frontière
éthiopienne à Bouya depuis plusieurs mois, n’ont pas non
plus été épargnés par cette discrimination. Ainsi, les
services en charge de cette campagne de vaccination n’ont
pas pu, sur insistance expresse d’en haut lieu, attribuer
ce marché temporaire du transport du matériel et des
vaccinateurs à trois véhicules pourtant en très bon état
de fonctionnement. Leur tort : ils avaient été loués par
le représentant de l’UAD lors de la campagne électorale.
Il s’agit des véhicules tout-terrain
immatriculés 719D33, 915D40 et 698D41, auxquels le
ministère de la Santé faisait pourtant appel auparavent
dans le cadre de ses campagnes de vaccination, justement
en raison de leur état de marche plus que satisfaisant.
Décidément, la rigueur administrative
ne semble pas une vertu appréciée par ce régime plus
soucieux de réprimer sur le marché du travail : rappelons
que l’ancien Commissaire de la République, Chef du
District de Tadjourah, limogé de ce poste depuis peu,
avait en son temps refusé de cautionner une telle pratique
discriminatoire qui lui avait été suggérée un ponte local
du RPP ayant ses entrées à la Primature. Laquelle reste
accusée d’avoir instauré cette chasse aux sorcières à
l’encontre de la Jeunesse UAD de Tadjourah. Et pour cause…
Immobilisme gouvernemental :
les « députés » inspirent, les ministres
expirent
Sous respiration artificielle depuis
leur déroute aux dernières législatives, les ministres et
« députés » parlementent à l’Assemblée Nationale, dans
l’indifférence générale.
Ces douloureuses séances de
remue-ménage, pardon ! de remue-méninges, sont comme il se
doit, largement retransmises à la télévision.
Après le pompeux séminaire sur l’action
gouvernementale de l’an dernier, dont les recommandations
sont restées lettre morte, nul ne doute que les actuelles
« cogitations » constituent, elles aussi, une nouvelle
version de la mystification chère au régime.
Ces parlottes, visiblement inspirées
d’en haut lieu pour faire croire que cette législature mal
élue existe, seraient un peu plus crédibles si certains
thèmes ne restaient pas tabous.
Par exemple, la politique intérieure et
les violations des règles démocratiques : quel député mal
élu oserait interpeller le Ministre de l’Intérieur sur la
violation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 ainsi que sur
le sabotage de la loi de Décentralisation ?
Osera-t-on, dans ces faux débats
médiatiques, questionner le Ministre de la Communication
sur les aspects non appliqués de la loi relative à la
liberté de communication, uniquement invoquée par le
régime pour réprimer la liberté de la presse, d’opposition
bien sûr ?
Quel député, féru d’économie, se
permettra-t-il d’interpeller le Ministre des Finances
chargé de la Privatisation, sur les conditions de
concession au privé de la gestion de certains
établissements publics et sur l’opacité qui entoure
certaines privatisations réalisées ou prévues ?
Pourquoi le Ministre des Transports et
de l’Equipement n’a-t-il pas été interrogé sur l’absence
des engins des TP dans les districts du Nord, sur les
activités et les recettes du Fonds d’Entretien Routier?
Enfin, quel développement est possible
dans les conditions d’enclavement qui étouffent les
régions de l’Intérieur ?
Tant que les vrais problèmes n’auront
pas été abordés, à commencer par les conditions de
légitimité du mandat électif en situation de fraudes
massives, nous continuerons à dénoncer l’immobilisme et la
régression dont est synonyme ce régime d’inertie et de
gaspillage.
Salubrité publique :
de la fumée aux yeux
Mais où est donc passée la Voirie ?
Malgré les réunions techniques et autres déclarations
d’intention, la Capitale reste l’endroit le plus sale de
notre pays.
Les détritus s’amoncellent
dangereusement et les colonnes de fumée signalant leur
incinération s’élèvent un peu partout. L’odeur âcre et
nauséabonde de ces fumées fait désormais partie de
l’environnement de notre ville.
Les ministères concernés ne font rien
et continuent à discourir dans les salles feutrées et
aseptisées sur l’embellissement de la Capitale. Avant
d’embellir, il est plus urgent de nettoyer.
Alors que le paludisme fait des ravages
dans la population, plutôt que de combattre efficacement
ce fléau en distribuant par exemple des moustiquaires
comme cela se fait dans beaucoup de pays, le régime
préfère inaugurer la journée mondiale contre le paludisme
par des banderolles et des réunions philosophiques.
Dixième jour de détention arbitraire
pour DAF :
qui a peur du « Renouveau Djiboutien » ?
Une semaine après avoir jeté en prison
le Président du MRD et directeur de publication du « Renouveau
Djiboutien », le régime s’est permis une énième
provocation en procédant à la confiscation illégale de son
matériel de publication et d’impression. Le pouvoir aux
abois semble à ce point fragilisé qu’il craint même les
machines appartenant à notre ami DAF.
Rappelons que l’acharnement contre
notre confrère a déjà suscité de multiples protestations
dans le monde et ternit encore plus l’image d’un régime
très largement discrédité par les récentes fraudes
électorales. L’UAD a publié dimanche 27 avril un
communiqué le presse suivant à l’attention de l’opinion
nationale et internationale :
« Le président du MRD (Mouvement
pour le Renouveau Démocratique et le Développement) et
directeur de publication du journal le « Renouveau
démocratique » croupit toujours, depuis déjà une semaine,
à la sinistre prison centrale de Gabode.
Malgré les permis de communiquer
délivrés par le juge d’instruction, le Directeur de la
prison n’autorise que la mère du détenu, dépassant ainsi
ses prérogatives et bafouant les lois en vigueur en la
matière.
En outre, très tôt ce matin, la maison
de la mère de Daher Ahmed Farah (DAF) a été fouillée de
fond en comble par la police criminelle qui a emporté deux
ordinateurs et un scanner et cela sans mandat de
perquisition.
L’Union pour l’Alternance Démocratique
(UAD) qui regroupe les quatre partis d’opposition s’émeut
de la nature de la détention arbitraire du Président Daher
Ahmed Farah, notamment le manque de visite, hormis sa mère
et la confiscation de la radio et de tout objet
d’écriture ;
réitère son exigence sur sa libération
immédiate et inconditionnelle comme le stipulent les lois
sur la presse, ainsi que la restitution du matériel
informatique saisi illégalement ;
informe l’opinion nationale et
internationale sur le non-respect des Droits de l’Homme à
Djibouti. »
Affaire à suivre...
Réhabilitation :
le bluff continue
Un des volets de l’Accord de Paix du 12
mai 2001, censé réparer les conséquences du conflit, la
réhabilitation des zones affectées, continue d’être saboté
par le gouvernement.
La conférence des donateurs devant
participer au financement du vaste programme de
reconstruction, pourtant prévue par l’Accord de paix,
n’est plus à l’ordre du jour.
Dans ces conditions, le projet de
reconstruction de toutes les zones affectées par le
conflit, financé à hauteur de deux millions d’euros par
l’Union Européenne et dont l’exécution a été confiée au
PNUD, reste largement insuffisant en nature et en volume.
Pourtant, le régime s’en gargarise en
présentant cette aide extérieure comme « la continuité
des efforts du gouvernement et de ses partenaires pour la
reconstruction et la réhabilitation des zones touchées par
le conflit ». De qui se moque-t-on ? 360 millions FD
permettent-ils de reconstruire les habitations détruites
et pillées dans les trois districts et sur trois ans ?
Loin d’en vouloir à nos partenaires
extérieurs obligés de traiter avec le pouvoir établi, nous
considérons cependant comme encourageant de voir
l’exécution de ce projet confiée à une agence des Nations
Unies expérimentée en la matière. Cela démontre que la
confiance en ce régime de mauvaise gouvernance a des
limites.
Cela nous rassure également sur
l’utilisation efficiente du financement accordé par les
bailleurs de fonds.
Toutefois, seule une véritable
réhabilitation permettra la reconstruction totale des
biens détruits et l’indemnisation de milliers de victimes
civiles qui vivent dans le dénuement le plus complet.
Quand on sait que le pouvoir s’est
permis de financer pour plus d’un demi-milliard de nos
francs la construction d’une tribune présidentielle et
d’une nouvelle route goudronnée lors du défilé du 25ème
anniversaire de l’Indépendance, c’est le comble !
Le régime doit donc comprendre que
toute prétendue réhabilitation engagée sans concertation
avec l’autre partie signataire, c’est-à-dire nous,
constituera une violation de l’Accord de Paix et restera
de ce fait insuffisante et sans effet réel sur le
développement régional.
Législatives du 10 janvier 2003 :
les mal-élus persistent dans la fuite
Sanctionné pour appartenance à la
mouvance présidentielle, et durement désavoué pour cela
lors des dernières législatives, le FRUD d’Aba’a, qui ne
s’en est toujours pas remis, a récemment tiré, bien qu’à
sa façon mais pouvait-il faire autrement, les
enseignements de sa déroute électorale. Selon ce mouvement
particulièrement soluble dans le RPP, le score revu,
corrigé et considérablement augmenté de « 62% » des
suffrages que s’attribue l’UMP, resterait insuffisant au
regard de ses prétentions.
Toutefois, ce « faible » score
s’expliquerait comme l’on s’en doute par la « désaffection
de nos populations pour la politique ». Tout cela a un air
de déjà entendu.
A en croire ces politiciens apparemment
rompus à la langue de bois du régime, les 52%
d’abstentionnistes seraient des citoyens certainement
partis à la pêche ce jour-là.
Comme les Français au premier tour de
la présidentielle de 2002.
Cependant, reconnaît ce même parti qui
n’est pas à une contradiction près, les véritables raisons
ayant provoqué cette désaffection pour la politique
restent : « la pauvreté, le chômage, l’usure du
pouvoir,… ».
Pourquoi avoir alors fait alliance avec
un pouvoir usé, générateur de chômage et de pauvreté ?
Enfin, comment ces idéologues fatigués expliquent-ils que
62% de nos concitoyens ont préféré reconduire un tel
gâchis ? En vérité, comme l’appêtit vient en mangeant,
l’inspiration politique s’en va en nageant à
contre-courant dans des eaux glauques.
Alors qu’ils n’osent même pas se rendre
dans les circonscriptions qui les auraient «
officiellement élus», voilà que les mal-élus profitent des
médias généreusement mis leur disposition par le pouvoir
qui les a décrêtés vainqueurs pour montrer qu’ils ont bien
appris leur leçon.
Mais surtout pour faire acte
d’allégeance dans la perspective de la prochaine
présidentielle; ce qui n’étonne personne quoique, comme
l’aurait dit un certain Lapalisse, faudrait pouvoir y
arriver!
Qui vivra verra...
Le
mensonge permanent (4)
3ème partie : le social est-il
réellement une priorité ?
Depuis des années, la situation de crise
économique est expliquée par le pouvoir tantôt par le fait
de la guerre civile tantôt par une conjoncture économique
internationale. Or, les différents budgets de l’Etat
dénotent cette démarche explicative. Il ressort de sa
lecture le manque d’adéquation entre les mesures
économiques et leurs multiples retombées.
Le gouvernement semble dans une
impassibilité totale face à cette longue conjoncture, les
excuses d’une guerre n’étant plus recevables, celle-ci
ayant pris fin dès le 7 février 2000, date la signature de
l’Accord-cadre de réformes et de concorde civile.
La première étude économique du Budget
de l’exercice 2003 par notre organe d’information, dans sa
partie Recettes, démontrait le manque d’objectivité des
décideurs de l’économie nationale. Les changeantes
impositions fiscales dirigées vers les modérés salaires
engendrant l’amplification simultanée de la pauvreté, la
politique « de redressement économique» du régime
conduirait inéluctablement à la faillite socio-économique
du pays.
En effet, la croissance des recettes à
travers les ponctions fiscales dirigistes du système en
raison de l’augmentation continue des dépenses publiques
non-maitrisées à ce jour, explique la montée d’année en
année du Budget prévisionnel présenté par le Ministère de
l’Economie et des Finances.
Ce constat mérite de considérer que les
pouvoirs publics ont bel et bien conscience des
conséquences d’une telle politique économique qui relève
de l’arbitraire. Ils savent que la morosité économique
n’est pas prioritairement exogène, mais endogène, effet de
sa politique délibérée, appliquée sans que des actions
préventives, encore moins curatives, soient prises à
temps.
Il est dit que l’on ne peut pas
empêcher les catastrophes naturelles, mais le fait de les
avoir prévues permet de s’en prémunir et de se mettre à
l’abri. En ce sens que depuis des années, aucune prévision
économique fiable, pour le futur proche (sur deux, voire
trois périodes budgétaires), avec une marge d’erreurs très
limitée, semble n’avoir été dressée par le Ministère
chargé de ce secteur public.
Une politique courageuse et
volontariste, face à la conjoncture, suppose des
prévisions impliquant, nécessairement, la définition d’une
thérapie qui repose soit sur la guérison, une fois le mal
arrivé, soit sur la prescription, a priori, d’un
traitement capable d’anticiper l’arrivée du mal pour
éventuellement le freiner à temps. Ainsi, la thérapie
économique dispose de ses propres leviers, comme les
multiples possibilités de la politique fiscale sur les
importations, celle portant sur les investissements, celle
sur une fiscalité appropriée aux différentes ressources de
l’Etat ou encore celle, globalement, budgétaire.
Ces actions aussi variées étant
absentes, puisque la crise perdure et frappe davantage les
maigres revenus, le Budget 2003 commenté ci-dessous, rend
le gouvernement responsable de l’inexistence de remèdes,
tant curatifs que préventifs, pour asseoir une politique
d’assainissement des Finances de l’Etat, acte préalable au
fondement d’une politique de développement économique. Le
régime ne peut donc espérer un quelconque retournement de
la situation de crise que vit le pays ces dix dernières
années.
La persistance de l’impôt patriotique,
sous une forme différente des anciennes pressions fiscales
sur les traitements et les salaires, en plus des
trouvailles annuelles autoritaires, particulièrement
accentuées sur les travailleuses et travailleurs, prouvent
l’inaccessible relèvement d’une demande globale qui est
dépendante du revenu ; lequel dicte le volume de la
consommation et de l’épargne, piliers d’une croissance
économique réellement libérale.
Les dépenses inconsidérées de l’Etat,
dont les rétombées négatives sont palpables, justifient à
elles seules l’irréalisme du dirigisme budgétaire
engraissant seulement une couche de la communauté
nationale, au détriment de son économie et de sa
population soumises plus que jamais à la mendicité
internationale, si rien de fiable et d’honnête n’est
entrepris incessament.
En effet, si les pouvoirs publics
augmentent leurs dépenses, il est imparable que seules
trois solutions s’offrent à lui :
- celle d’augmenter ses dépenses sans
toucher aux impôts,
- celle de modifier les recettes sans
toucher le montant des dépenses,
- enfin, celle de changer simultanément
les dépenses et les recettes.
Or, Djibouti semble opter pour la
troisième possibilité, dont les conséquences de sa
politique de dépenses publiques tirent leur origine sur un
semblant d’équilibre budgétaire.
Face à la croissance accrue des
dépenses, une imposition plus importante des contribuables
se voit budgétisée, frappant principalement les moins
rémunérés.
Cette politique a également des effets
pervers sur l’économie puisque la Dette Publique lui est
aussi subordonnée. Toute dépense non-couverte par une
recette fiscale du même ordre donne lieu à un emprunt, ce
qui implique remboursement de la part du contribuable.
De plus, les dépenses publiques n’étant
par définition pas génératrices d’un accroissement du
Revenu Global de la nation, les augmentations des charges
de l’Etat, en personnel comme en matériel, ne se
justifient nullement en ce sens qu’elles ne touchent que
les Ministères autres que ceus réputés sociaux, la preuve
étant donnée par la part alloués aux différents postes
budgétaires principalement consommateurs de dotations
(intérieures ou extérieures).
« Réalité » livrera sur la base des
données de l’Etat la situation réelle des secteurs sociaux
dans tous les budgets passés et présents en comparaison
aux secteurs « sécurisants » d’un régime sous haute
protection.
En plus, en plus de manière par
laquelle chaque poste est financé : Budget intérieur,
Dons, Emprunts et autres recettes inexpliquées au peuple.
Sinon, comment imaginer les secteurs Défense et Intérieur
totalisent 23% d’un Budget de plus de 41 Milliards de nos
francs alors que la Santé et l’Education n’en bénéficient
que de moins de 20%.
Alors, où se situe le souci du régime,
en lutte contre la pauvreté ? Sûrement pas en faveur des
travailleuses et travailleurs saignés au profit de ses
propres protecteurs et de leurs arsenals répressifs.

Source : ministère des Finances.
Djibouti. 2003
La
Jeunesse de Tadjourah nous écrit
La Jeunesse de Tadjourah rejette la
politique du ventre
Nous avons reçu un courrier de la Jeunesse
de Tadjourah, retraçant la detresse économique et sociale
dans laquelle se débat sa région. Nous le publions
intégralement en la remerciant pour sa contribution à
l’information régionale et en l’assurant des constants
efforts de l’ARD afin que, par un changement de régime et
de méthode de gouvernement, les citoyens délaissés soient
restaurés dans leurs droits.
A l’heure où les fonctionnaires
originaires de Tadjourah arrivent par petits groupes dans
l’espoir de nous retourner et de nous tromper avec les
plus plats arguments, nous leur répondons que la réalité
crève les yeux sur le terrain. Ainsi, le centre
hospitalier de la Ville-Blanche se dégrade sous nos yeux,
sans que les pouvoirs publics s’en inquiètent. Dès que
l’on approche l’entrée du pavillon où est situé le bureau
du médecin-chef, on suffoque à cause de la puanteur
dégagée par les déjections des pigeons. Les asthmatiques
ne peuvent tenir quelques minutes devant le bureau du
médecin-chef. Il faut parfois patienter plusieurs heures
pour obtenir une ordonnance destinée à la pharmacie
locale.
Les jeunes de Tadjourah sont chômeurs à
plus de 90% et ressentent difficilement l’indifférence
autant que l’insouciance des autorités locales et
gouvernementales. Les malades hospitalisés sont oubliés
dans leur souffrance. Cette négligeance est en partie
causée par les rivalités opposant le médecin à certains
infirmiers doyens, ayant participé au hold-up électoral du
10 janvier 2003. leurs querelles incesssantes nuisent au
bon fonctionnement du dispensaire. Aussi, nous pensons que
les cadres originaires de Tadjourah seraient mieux
inspirés de trouver, avec les autorités politiques qu’ils
soutiennent, des solutions aux maux dont souffre notre
district. Fuyant la réalité, ils préfèrent tenter de nous
soudoyer afin de nous vendre au régime en grande partie
responsable de nos malheurs. Dans ces conditions, qu’ils
ne doutent pas de notre détermination à lutter aux côtés
de l’opposition. Notre appartenance à ce mouvement n’est
pas une aventure, c’est une ferme conviction. Nous ne
sommes pas prêts à céder aux pressions alimentaires d’un
pouvoir qui a confisqué notre victoire électorale.
Nous ne sommes pas près d’oublier le
hold-up du 10 janvier 2003 car nous l’avons vécu sur le
terrain ce jour-là.
Nous en avons assez des figurants, nous
voulons de vrais parlementaires soucieux avant tout des
intérêts de leurs électeurs et non inféodés au pouvoir
autocratique d’un seul homme.
La décentralisation telle que négociée
et signée avec le FRUD-armé reste notre grand espoir. Elle
seule permettra un véritable développement de notre région
dont les potentialités restent immenses.
Nécrologie
Nous avons appris avec tristesse le
décès de Madame Maryami Ahmed Issé, survenu à Tadjourah le
samedi 26 avril 2003. la défunte, âgée de 80 ans, était la
mère de notre compagnon Kabbo Idriss.
Elle laisse de nombreux enfants et
petits-enfants.
L’ARD et la Rédaction de Réalité
adressent leurs sincères condoléances à toute sa famille.
Qu’Allah l’accueille en Son Paradis
Eternel
INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN.
La
face immuable du pouvoirIl
faudrait tout un numéro spécial pour énumérer les multiples entraves aux
libertés publiques chez nous. Nous ne le ferons pas : on ne tire pas sur un
corbillard. Les lignes qui suivent peuvent se lire autant comme une sommation
que comme une invitation à pacifier les conflits d’intérêt par le strict
respect des règles en vigueur communément acceptées. Il en va de notre avenir
commun.
S’estimant diffamé non par quelques lignes mais par les
accusations d’un livre (sulfureux il est vrai, « La face cachée du Monde ») le
directeur de la rédaction d’un des plus sérieux quotidiens européens, Edwy
Plenel porte plainte et réclame un euro symbolique de dommages et intérêts et
la publication du jugement aux frais de l’éditeur dans la presse nationale
française.
Les quelques lignes incriminées chez nous ont hier été
présentées par les médias officiels comme « l’affaire du mois ». C’est
aujourd’hui devenu une affaire d’Etat. Et demain ? Notre confrère sera-t-il
déféré pour haute trahison devant la Cour de Sûreté de l’Etat ?
Nous apprenons que le 27 avril dernier au matin, tout le
rudimentaire matériel d’impression de notre confrère « Le Renouveau
Djiboutien » a été saisi. Sur ordre de quel juge et en vertu de quelle loi ?
Munis d’un permis de communiquer dûment délivré par le juge, MM. Mohamed Daoud,
Président du PDD et Souleiman Farah, 2ème vice-Président
du MRD, se rendent à la prison de Gabode pour prendre des nouvelles de DAF. Ils
sont vertement éconduits par le policier de garde qui, pour mettre fin à la
légitime insistance des susnommés, affirme avoir reçu des ordres (qui, comme
chaque militaire le sait, ne se discutent pas !). Qui est cet ordonnateur dont
les ordres sont plus exécutés qu’un permis de communiquer délivré par un juge ?
Les logorrhées d’un avocat de la place cherchant aujourd’hui
à justifer un état de non-droit dont il a lui-même été victime, ne convainquent
personne. Peu nous importe ici car, après tout, tout plaignant a droit à une
défense ! Ces agissements sont en totale contradiction avec les lois en
vigueur. Si encore il ne s’agissait que d’une exception. Tel n’est pas le cas,
car ces sautes d’humeur sont récurrentes, illégales et compulsives, sans doute
parce que banalement impunies.
On se souvient tous que sous le règne de l’ancien Président
de la République, en toutes illégalité et impunité, un chef (soyons polis)
ambitieux, aujourd’hui très et auto promu, avait ordonné la saisie de l’outil
de travail d’un opposant déterminé du FUOD, aujourd’hui codirecteur de
publication de « Réalité ».
Inentamée, la détermination de ce dernier est encore
intacte : au moins autant que le pain (qu’Allah octroie généreusement à toutes
Ses Créatures) la Lutte légitime nourrit aussi son homme, au moins en terme de
dignité sauvegardée. Les décideurs publics seraient donc plus inspirés de
vaquer de manière responsable à leurs occupations, plutôt que de perdre leur
temps et dilapider notre argent à des intimidations forcément vouées à l’échec.
Ce qui nous préoccupe pour l’heure, c’est l’avenir de la
liberté d’opinion, son exercice, ses limites légales. Car, la disproportion de
la réaction du Pouvoir démontre le naturel illégalement répressif du régime que
nous avons toujours dénoncé et qui est incompatible avec l’Etat de droit,
présenté par nos décideurs politiques comme étant un souci gouvernemental.
L’être humain étant ce qu’il est (faillible), il peut
arriver à n’importe qui d’abuser d’une Liberté conquise ou octroyée. C’est
pourquoi toutes les véritables démocraties à travers le monde prévoient et
sanctionnent, au civil, tout abus de quelque bord qu’il provienne.
Décourager par une très forte amende propagation de fausses
nouvelles ou diffamation, c’est du déjà vu. Obliger le condamné à publier le
jugement définitif dans chaque édition pendant un certain temps, c’est du déjà
entendu. Ce que nous n’avons ni vu ni entendu dans une démocratie digne de ce
nom, c’est l’emprisonnement, la condamnation au pénal, par le tribunal des
flagrants délits, sans instruction publique, d’un homme et de son journal.
Quels que soient les griefs, avérés ou supposés, reprochés à
notre confrère, nous ne resterons pas indifférents à ce qui, de toute évidence,
constitue un injuste procès intenté à l’exercice des libertés publiques,
d’expression et d’opinion.
Où va-t-on si chaque chef (restons toujours polis)
s’estimant diffamé, abusant d’un pouvoir normalement limité par le droit et par
définition limité par le temps, emprisonne, saisit, condamne, exproprie ?
Prenant à témoin l’opinion nationale et internationale, nous
lançons un avertissement au gouvernement et à nos soi-disant serviteurs sur les
réels dangers que font courir à la stabilité de notre pays ces comportements
répressifs irresponsables.
* * *