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Éditorial
GOULAG PAR CONTUMACE POUR ALHOUMEKANI :
L’ARBRE VEUT CACHER LA FÔRET
Le propre d’un régime impopulaire,
c’est d’imposer aux citoyens ses propres préoccupations,
corporatistes pourrait-on dire, souvent bien loin des
difficultés quotidiennes du commun des mortels. Le moteur
a beau tourner à plein régime, une voiture n’avance pas si
sa boîte de vitesse est au point mort. Le matraquage
médiatique à propos du procès en diffamation du dénommé
Alhoumékani illustre parfaitement cette déconnexion entre
citoyens et dirigeants. Accessoirement, ce procès est
celui d’un autre procès au sujet duquel, parce que
l’affaire est justement en instruction, nous n’avons
jamais rien écrit, et n’écrirons encore rien aujourd’hui.
Mais ce procès est en vérité un écran mis en scène pour
occulter les véritables problèmes politiques auxquels il
nous est bien difficile de ne pas le rattacher.
Nous n’évoquons qu’incidemment un
aspect loufoque de l’argumentaire déployé par la partie
civile pour diaboliser l’accusé : il n’a malheureusement
pas le privilège d’avoir émis des chèques sans provision.
Rappelons en effet qu’après sa réhabilitation, le député
Moussa Ahmed Idriss a été lui aussi victime d’une telle
indélicatesse commise par l’Assemblée Nationale qui, en
guise d’indemnités, a trouvé normal de lui expédier un
chèque en bois, pour lequel le Trésor ne lui jusqu’à
présent rien versé.
En fait, le problème est à deux
niveaux.
En premier lieu, ce n’est pas souvent
que la télévision est invitée à couvrir dans son
intégralité le déroulement d’un procès : le privilège
médiatique accordé à ce qui n’est officiellement qu’une
affaire de diffamation, ne peut nous faire oublier les
conditions de « discrétion », pour ne pas parler
d’illégalité, qui entourent l’emprisonnement du Président
du MRD, M. Daher Ahmed Farah, lui aussi accusé d’avoir
diffamé. La « transparence » du procès par contumace du
sieur Alhoumékani, essentiellement à usage externe
(puisque, de toute évidence, l’objet de la diffamation ne
constitue pas une préoccupation à Djibouti, ni pour le
Peuple, ni pour l’opposition) contraste donc
singulièrement avec l’opacité généralisée dans la gestion
des affaires politiques. Dans ce souci de transparence de
la Justice, et après les prestations remarquées des chefs
de la Sécurité et de la Gendarmerie au procès par
contumace de M. Mohamed Saleh Alhoumékani, aurons-nous
également droit à la retransmission télévisée à travers le
magazine « Gros Plan » du procès DAF-Zakaria ? La majorité
de nos concitoyens assommés par le matraquage médiatique
du procès de l’ « affabulateur » saura gré à qui de droit
de l’informer du dossier d’un combattant de la démocratie
qu’elle souhaiterait voir libéré : DAF.
En second lieu, une telle focalisation
sur la mort d’un juge français (même si le journaliste de
la RTD se croit obligé de parler d’un « suicide
volontaire »), ne peut que légitimement nous inciter à
demander des réparations, au moins symboliques, pour les
centaines de victimes civiles assassinées par des éléments
des forces djiboutiennes de défense et de sécurité.
Surtout lorsque l’on se souvient que certaines de ces
victimes sans défense ont été sauvagement torturées puis
exécutées dans le district d’Obock au lendemain de
l’élection présidentielle de 1999. Pas plus que d’autres,
nous n’avons entendu parler d’une quelconque enquête
diligentée par les galonnés que DAF aurait aujourd’hui
diffamés, ni a fortiori par le Chef suprême des
Armées, que tel exilé aurait lui aussi diffamé.
A travers ce procès, c’est donc cette
puérilité du régime qui nous préoccupe : à quelques jours
du deuxième anniversaire de la signature de l’Accord de
Paix du 12 mai 2001, c’est toujours la même fuite en avant
qui semble prévaloir. Parce qu’il s’agit d’un crime de
lèse-majesté, diffamer est donc plus grave que massacrer à
Djibouti.
Chaque époque vit avec ses mythologies
judiciaires : accusés de sorcellerie, cochons, chiens ou
animaux de basse-cour comparaissaient au Moyen-Age devant
le tribunal des humains. Faute d’avocat peut-être, ils
étaient souvent condamnés.
Les procédures et les croyances ayant
évolué depuis, les régimes autoritaires trouvent moins
inhumains de vouer au Goulag toute conscience réfractaire
. Il est vrai que le froid conserve.
Brèves nationales
Hystérie répressive :
qui est en charge du dossier DAF ?
Alors que notre confrère entame sa
troisième semaine de détention dans des conditions
inhumaines, le régime continue ses persécutions à son
encontre : perquisitions et confiscations illégales. Ce
qui ne semblait au départ qu’une intolérable atteinte à la
liberté de la presse est devenue, au fil des jours, une
affaire politique impliquant tout l’appareil d’Etat et ses
instruments de répression.
Les violations du domicile privé de
notre ami DAF et du siège de son parti légalisé
constituent autant de gestes de défi à l’opposition
nationale, dont l’attitude responsable et unitaire
déstabilisent le pouvoir aux abois. Soucieuse de ne pas
prêter le flanc aux multiples provocations, l’Union pour
l’Alternance Démocratique (UAD) a publié le 30 avril
dernier le communiqué dont la teneur suit :
« Très tôt ce matin, la police
judiciaire a investi, sans mandat de perquisition, le
siège du parti du Mouvement pour le Renouveau Démocratique
et le Développement –M.R.D où elle a interpellé deux
membres du parti et emporté un ensemble de matériels sono
et de nombreuses cassettes audio. Au même moment, un autre
contingent de la police prenait la résidence du Président
Daher Ahmed Farah, toujours incarcéré à la prison de
Gabode, ou elle a saisi, en toute illégalité, 7 machines à
écrire, toutes les archives du journal le Renouveau
Djiboutien, trois tampons du parti, un ordinateur et
divers accessoires des machines à photocopier.
L’Union pour l’Alternance Démocratique
–U.A.D qui considère les agissements du pouvoir comme une
grave provocation :
- Réitère l’exigence de la libération
immédiate et inconditionnelle du Président de M.R.D, M.
Daher Ahmed Farah,
- Exige l’arrêt immédiat de telles
procédés arbitraires, qui risquent de créer une situation
incontrôlable,
- Réclame le retour immédiat des
matériels confisqués,
-Demande au Ministre de la Justice et
des Droits de l’Homme une réponse explicative de tels
faits,
- Enfin, informe la communauté
nationale et internationale sur le non-respect des Droits
l’Homme en République de Djibouti. »
L’UAD suit cette affaire avec
préoccupation et demande à toute la population de garder
son calme pour contrer les manoeuvres de division d’un
régime plus condamné que jamais.
Réinsertion :
les démobilisés du FRUD crient leur
désespoir
Dans un long courrier qu’ils nous a
fait parvenir cette semaine, le secrétaire général de
l’Association des Démobilisés du FRUD (ACDF) dénonce la
misérable conditions des ex-combattants neuf ans après
l’Accord d’Aba’a et malgré le pacte d’alliance avec le
RPP. Après avoir rappelé les multiples promesses non
tenues par les autorités politiques, il proteste et
s’indigne de la différence de traitement entre les
démobilisés gouvernementaux et les ex-rebelles du FRUD.
Bien qu’alliés du gouvernement, les
dirigeants du FRUD affirme-t-il, n’ont rien fait pour
soulager la détresse de leurs camarades oubliés de la
réinsertion sociale et condamnés à la misère sociale.
C’est l’une des raisons, conclut-il, qui a poussé nombre
de ces ex-combattants du FRUD à rejoindre les rangs de
l’ARD (UAD) dans la lutte pour la reconnaissance de leurs
droits bafoués à une juste réinsertion.
Rappelons que l’Association des
Démobilisés du FRUD-armé (ADFA), qui compte 774 membres,
reste quant à elle victime de la non-application de
l’Accord de Paix du 12 mai 2001, qui prévoyait justement
une véritable réinsertion sociale pour ses combattants,
dont certains totalisent une décennie d’engagement sur le
terrain.
Promotion des droits de l’homme :
la philosophie de l’esbroufe
s’exporte-t-elle ?
Le journal gouvernemental « La
Nation », spécialisée dans l’agenda gouvernemental, n’a
décidément rien à se mettre sous la dent en cherchant
désespérément à crédibiliser la mauvaise gouvernance.
Ainsi, dans son édition de lundi
dernier, le lecteur a droit à un exposé pompeux sur l’Etat
de droit et les droits de l’homme à Djibouti.
Sur une pleine page, on peut y lire un
long et indigeste discours prononcé à Brazzaville par le
ministre-philosophe, au cours d’une conférence « des
structures gouvernementales des droits de l’homme dans
l’espace francophone ». Brazzaville, capitale du Congo
est, soit dit en passant, un haut lieu de la paix et de la
démocratie en Afrique.
Les droits de l’homme étant par nature
indissociables d’une justice indépendante, nous aurions
aimé, après son discours de Brazzaville, connaître la
position de notre Garde des Sceaux, chargé des droits de
l’homme, sur les persécutions dont sont victimes le
Président d’un parti politique légalisé et son organe de
presse.
Dans un pays où des clones «
syndicalistes» continuent d’être présentés comme des
représentants légitimes des travailleurs, de quel
pluralisme se réclame un régime étouffant l’émergence
d’une véritable société civile indépendante ?
Si le régime djiboutien se dit «
fermement engagé à lutter en faveur des droits de
l’homme », c’est la preuve qu’ils ne sont toujours pas
respectés.
La Lutte continue donc !
Tadjourah :
le retour de l’enfant terrible ?
Mais de quelle nouvelle campagne
électorale est encore chargée l’ancienne tête de liste de
la mouvance présidentielle, dont les menées dilettantes
ont été sanctionnées lors des dernières législatives?
Toujours est-il, notre fringant Premier ministre a
débarqué timidement jeudi dernier à l’escale de Tadjourah,
accompagné des membres de sa « mouvance » et sans les
«parlementaires mal élus» de la circonscription de
Tadjourah. Ce qui aurait mécontenté certains intrépides
qui, par manque de légitimité, auraient bien voulu
débarquer dans ses valises.
Ayant pris soin quand même de dépêcher
à l’avance et par route un petit comité d’accueil présent
ce jour-là à l’arrivée, c’est donc entouré de quelques
supporters maison qu’il a fait son entrée non remarquée
dans la Ville Blanche.
Avec une certaine appréhension tout de
même, car les rabatteurs spécialistes en fausses promesses
envoyés sur place quelques jours auparavant n’avaient
accompli qu’un maigre travail de sensibilisation.
Parcourant volontiers plusieurs
dizaines de mètres à pied à la façon UMP, l’enfant du pays
a pu constater l’état de prospérité de sa ville et de ses
habitants, surtout depuis l’instauration de l’ère nouvelle
qui a vu le renforcement de la bonne gouvernance et la
lutte contre la pauvreté, chères au Chef de l’Etat.
Ce week-end de travail prévu de longue
date et sans cesse repoussé, se voulait avant tout une
« reprise de contact » avec la Ville Blanche et sa
Jeunesse frondeuse, dans l’espoir de se constituer une
petite clientèle locale. Peine perdue !
Dans ses bagages, le chef de file de la
« nouvelle génération aux affaires publiques » était censé
rapporter quelques propositions alléchantes et beaucoup de
promesses réalisables d’ici 2005 et surtout après cette
date.
Selon les quelques jeunes triés sur le
volet ayant eu l’insigne honneur de l’approcher et de
l’écouter, son monologue avait trait au développement
régional et comportait deux volets importants : le
développement du district de Tadjourah et la promotion de
sa jeunesse. Aussi, se serait-il engagé, une fois n’est
pas coutume, à réaliser le programme suivant :
- encourager les jeunes chômeurs à
créer leur propre entreprise, moyennant une aide
financière remboursable de l’Etat de l’ordre de un à 1,5
million FD ;
- régulariser la situation
professionnelle des bénévoles employés dans le secteur
public ;
- rouvrir prochainement la frontière
avec l’Ethiopie au niveau du poste de Bouya (fermé pour
des raisons inexpliquées depuis six mois, pénalisant les
transporteurs routiers) ;
- renflouer les caisses du Conseil
Régional pour un montant de 50 millions FD à partir d’un
financement déjà obtenu des Américains ;
- bitumer le tronçon Soudda de l’axe
routier Randa-Dorra ;
- recruter des cantonniers (coolies)
pour l’entretien des pistes rurales dangereuses ;
- ouvrir un centre d’enseignement
professionnel à Tadjourah ;
- construire des logements sociaux dans
ce district ;
- favoriser l’accès des entrepreneurs
locaux aux futurs marchés publics, etc.etc
Vaste programme donc !
Bien sûr, nous avons volontairement
laissé de côté d’autres promesses, démagogiques ou de
circonstance, comme nous tairons les questions sensibles
posées au Premier ministre et qui n’ont pas obtenu de
réponse.
En fin de séance, il été décidé de
créer une « commission de suivi » devant se réunir tous
les deux mois et forcément composée des membres de sa
« mouvance ».
Rendez-vous aurait donc été pris dans
deux mois pour « récolter les premiers fruits »,
selon ses propres termes.
On le voit, notre leader national a des
idées plein la tête mais peu de moyens politiques et
financiers. Les promesses n’engageant que ceux qui veulent
bien y croire, concédons-lui tout de même qu’un nouveau
sentiment volontariste semble l’animer.
Et si jusqu’à présent il n’avait pas
réussi à prendre à bras le corps la destinée de son
Peuple, c’est qu’il devait sûrement être occupé à « la
gestion de vraie problématique ».
Bien qu’étant victimes de son
surmenage, en notre qualité de partie cosignataire d’un
Accord de Paix violé par son Exécutif, nous compatissons
sincèrement, car on nous demande sans cesse d’oublier le
passé.
Tant qu’on ne nous demande pas
d’oublier l’avenir...
Le
mensonge permanent (5)
5ème partie : Les Dépenses
publiques contre le peuple
L’étude des dépenses de l’Etat, la semaine passée,
démontrait l’incohérence du Budget dans sa répartition
entre les différents ministères. Que les bénéficiaires des
accroissements budgétaires n’étaient pas les secteurs
sociaux, tel que le soutient le gouvernement, mais plutôt
les ministères de la Défense et de l’Intérieur. Que les
augmentations des dépenses publiques appelaient des
relèvements des impôts qui, loin de couvrir ces besoins,
engendrent des déficits budgétaires qui doivent être
comblés par des emprunts. C’est justement sur ces
dysfonctionnements de la politique économique de l’Etat
que porte le présent numéro.
L’accroissement d’année en année des
dépenses publiques ne se justifiait nullement par une
quelconque amélioration des conditions de vie des citoyens
du pays. Bien au contraire, la sécurité du système
politique en place reste le souci majeur du gouvernement
qui octroie une enveloppe budgétaire de plus de 9
milliards fd soit plus de 37% des dépenses de
fonctionnement et d’équipement de l’Etat, aux seuls
ministères de l’Intérieur et de la Défense. La largesse de
ces dépenses fort élevées s’opère au détriment des ménages
les plus faibles matériellement.
Cet état de fait peut encore être mieux
apprécié lorsque l’on approche la classification des
ministères en fonction de la part du budget allouée. La
Santé, secteur social clé, vient seulement en 5 ème
position après la Défense, l’Intérieur et le ministère des
Finances et de l’Economie. Bien entendu l’Education vient
en premier pour la simple raison que ses dotations
proviennent essentiellement des dons et aides des pays
amis ou des institutions internationales. D’autres
ministères du ressort du Social, notamment celui de
l’Emploi et de la Solidarité, celui de l’Agriculture et l’Elevage
comme celui de la Jeunesse et Sports, pour ne citer que
ceux-là, totalisent moins de 7% du Budget.
Cette situation n’est pas sans risque.
La confrontation des ressources (propres ou pas) et des
emplois résumée dans le tableau ci-dessous pourra éclairer
les lecteurs sur la bonne ou mauvaise utilisation des
deniers publics. Ces derniers étant toujours orientés au
détriment des plus faibles revenus.
Mais, en avant-propos rappelons que la
croissance des dépenses publiques bénéficie
essentiellement à des secteurs qui ne contribuent pas,
a fortiori, à un rehaussement du Revenu global et,
naturellement, de la Consommation globale. Par contre,
cette gestion des derniers publics entraîne une perversion
de la politique économique du pays dont la Dette,
subordonnée aux dépenses exorbitantes de la Sécurité entre
autres, devient un fardeau désormais insupportable pour
les contribuables.
L’analyse des données budgétaires de
2001, 2002 et 2003 confirme, on ne peut être plus clair,
que le montant absolu des impôts est fixé sur la base des
dépenses programmées, politique dirigiste oblige, et non
sur celle du Revenu global. Ces dépenses reposent sur une
politique qui a pour effet de prélever une partie des
revenus de certaines catégories sociales pour les
redistribuer à d’autres groupes, dont la propension
marginale à consommer est très faible jusqu’à atténuer la
Consommation globale de l’ensemble de la communauté
nationale. Ces ponctions par l’impôt sur les traitements
et salaires des ménages faiblement rémunérés, pèsent sur
le revenu national qui se trouve renforcé d’année en année
pour toujours grossir encore le rang des pauvres.
Rappelons à toutes fins utiles que l’Impôt sur les
traitements et salaires intervient à hauteur de 4,7
milliards fd, soit 45% des Impôts directs et 19% des
ressources propres de l’Etat dans le Budget de l’exercice
en cours.
Malgré cette évidence dramatique,
puisque paupérisant les masses laborieuses, le
gouvernement, depuis des années, n’a pas voulu remédier à
cette situation de détresse nationale par l’application
d’une thérapie économique fiable. Pourtant, chose encore
plus choquante, il reconnaît dans sa synthèse issue du
séminaire de réflexion sur l’action gouvernementale, en
février 2002, soit un peu plus d’un an, ce qui suit :
- l’appauvrissement intolérable de la
population dont 45% sont pauvres et 10% incapables de se
procurer la ration calorique minimale ;
- le chômage endémique qui frappe 52,5%
des hommes et 66,5% des femmes ;
- la détérioration des capacités de
gestion de l’Etat, le plus important agent économique,
d’où l’accroissement de la crise dans l’ensemble du
système économique et social, conséquence de l’absence du
sens des responsabilités du pouvoir politique miné par le
favoritisme, le clientélisme, la corruption à grandes
échelles, le tribalisme, etc… ;
- les ressources fiscales de l’exercice
2000 qui fléchissent de plus de 3,4 milliards fd et les
droits indirects en diminution de près de 2 milliards fd ;
- le niveau des dépenses publiques très
préoccupant, conduisant à une situation de délabrement des
services de l’Etat ;
- l’importance des effectifs et les
ponctions fiscales qui ont généré une baisse de 60% à 70%
du niveau de vie des agents de l’Etat ;
- enfin, la ruine des caisses de
retraite et l’accumulation des arriérés des salaires des
fonctionnaires.
Cette situation, née de la politique
tant économique que sociale du gouvernement, est la
conséquence de l’accroissement de la pauvreté frappant
principalement les couches les plus vulnérables de la
population nationale. Néanmoins, ces constats amers
démontrent l’échec de la politique gouvernementale, qui
navigue entre des «scénarios souhaitables » pour sortir de
cette impasse voulue et entretenue par lui-même. Lesquels
scénarios aboutissent à une conclusion résumée dans un
tableau dénommé « Scénario tendanciel de l’économie
nationale » dont les résultats projetés affichent une
situation de déficits successifs entre 2000 et 2004. Un
léger excédent pourrait être visible, seulement, en 2006
avec un produit intérieur brut (PIB) de l’ordre de 0,9%.
Ce bilan plus que déplorable d’un gouvernement en manque
d’imagination est en totale contradiction avec les budgets
successifs, votés par une Assemblée Nationale aussi
irresponsable, dans le rôle qui lui est dévolu,
qu’improductive.
Le miracle ne se produit pas dans une
économie où l’Etat dépense plus qu’il ne gagne. Le
gouvernement djiboutien vit au-dessus des moyens mis à sa
disposition par les contribuables, les Etats Etrangers et
les Institutions Internationales.
Aide-toi, le ciel t’aidera… Alors qu’en
2001 le Ministère des Finances et de l’Economie avait
budgétisé des recettes de 38,2 milliards fd, les comptes
définitifs, arrêtés en 2002, ont dégagé 31 milliards fd
seulement. Cette énorme différence représentant 19% (7,2
milliards fd), le gouvernement semble justifier que les
recettes attendues, pourtant déficitaires, dépasseraient
les dépenses de l’Etat pour dégager un Excédent budgétaire
de près d’un milliard fd. Que dire donc du Budget 2003
tablant sur des rentrées de 41,2 milliards fd, en
accroissement de 33% par rapport aux réalisations de
2001 ? Une folie lourde de conséquences ! Cette situation
ruineuse n’atténuant en rien les conclusions négatives
tirées des actions gouvernementales de l’année dernière.
La pauvreté ira davantage en
exponentiel en raison des ponctions fiscales en
augmentation constante, au seul profit de secteurs voraces
et improductifs pour la Nation : LA SECURITE DU POUVOIR
DEVIENT L’INSECURITE ALIMENTAIRE DU PEUPLE.
Entre la parole et les actes il y a un
énorme fossé. La part des recettes supportées par les
contribuables djiboutiens, bien que représentant plus de
26 milliards fd, n’améliore en rien leur bien-être, celle
provenant des dons et prêts participerait seulement à
soulager leurs conditions.
Les dépenses de l’Etat ne peuvent être
couvertes par les recettes propres. Il apparait que les
recettes budgétaires financent seulement les dépenses
publiques en personnel et en matériels. D’où
l’accumulation des déficits budgétaires que couvrent les
intérêts et prêts financiers ( 1,2% du Budget) consécutifs
aux emprunts destinés à compenser les pertes : il n’existe
donc aucun budget national excédentaire. A suivre...

Bonne gouvernance : posture ou imposture ?
Nous avons déjà eu l’occasion de nous
exprimer sur ce sujet. Non pas sur la mauvaise gouvernance
que nous épinglons sans passion dans nos colonnes chaque
semaine mais aussi sur le United Nations Development
Assistance Funds. A travers le regard vigilant (qui,
quoique partisan, se veut enrichissant) de notre
journal,le propos des lignes qui suivent vise à aider,
sans esprit polémique, le Système des Nations Unies
(S.N.U) assurer un « bon suivi des conditions de mise en
œuvre de l’UNDAF » de façon à lui permettre de bien
évaluer l’ « impact final des résultats attendus sur les
bénéficiaires »….
Le S.N.U est obligé de coopérer avec l’Etat
et ses représentants officiels, tout comme d’ailleurs les
traditionnels bailleurs de fonds impliqués dans la
coopération pour le développement à Djibouti, ce qui est
courant et normal et nous n’y trouvons rien à redire.
Le S.N.U, sans grand succès dans
l’impulsion du développement durable chez nous, colmate
bon an mal an, les brèches laissées béantes par les choix
irrationnels de nos décideurs politiques. C’est de notre
point de vue et en l’état actuel de sa collaboration avec
notre pays, un palliatif utile ! Sans plus ! Empressons
nous de préciser que n’est pas mise en cause sa bonne
volonté !
Signée en grandes pompes médiatiques la
semaine dernière cette « véritable charte pour l’action
commune en faveur du développement humain à Djibouti »
est censée structurer un plan quinquennal de
développement. Fort bien ! Et « dans cette perspective, ce
plan-cadre se concentrera sur quatre axes majeurs :
- Allègement de la pauvreté et
promotion du développement social,
- Promotion de la bonne gouvernance et
des droits humains,
- Promotion de la santé durable et
lutte contre l’expansion du VIH /SIDA et autres maladies
transmissibles
- Préservation des ressources en eau et
rationalisation de leur utilisation
Déjà paraphé en juillet 2002, le
document officiel que nous analysons ici ne fait pas état
du volume d’aide octroyé à ces axes majeurs, il y est tout
juste fait mention de l’origine des financements(PNUD ,
FAO, FMI, PNUE, OMS, PAM, BM…concernant les agences
spécialisées des N.U et sans doute quelques concours d’Etats
dans le cadre bilatéral) sans précisions sur la nature de
l’aide : dons et/ou prêts ? Peu importe !
A la page une d’un document en
comportant 47 et consacré à un avant-propos truffé de
vraies fausses assertions, on peut lire « qu’au plan
interne, la République de Djibouti qui est, depuis 1996
sous un programme d’ajustement structurel renforcé visant
à assainir la situation financière et économique
intérieure, est déterminée à mener à bien le processus de
réformes économiques et institutionnelles recommandées par
les institutions de Bretton Woods ». Le Gouvernement a
entamé en 2000, la formulation du « document
stratégique de réduction de la pauvreté » principal
document de référence des bailleurs de fonds, dont la
finalisation est prévue pour la fin 2002. »
Nous sommes en 2003 et nous vous
prouverons, documents officiels à l’appui dans une
prochaine édition, que non seulement ce programme n’a pas
été finalisé à la fin de l’année précédente mais qu’il est
quasiment resté au stade de la simple formulation d’un vœu
pieux. Mais il y a plus grave.
Car on apprend qu’ « au niveau
politique, le gouvernement entend poursuivre la
consolidation de l’Accord de paix conclu avec
l’ex-rébellion du Frud, par la mise en œuvre des termes
négociés, dont le principal élément demeure la mise en
place d’une décentralisation progressive, qui a déjà fait
l’objet d’une loi votée par l’Assemblée Nationale ».
D’abord de quel Frud s’agit-il ? Il ne
saurait s’agir du Frud-armé dont l’ARD et « Réalité » en
sont la continuité et le porte voix ! Pour une raison très
simple : le 12 mai, le Système des Nations Unis était
présent lors de la cérémonie de signature de l’Accord de
paix définitive, dont il a obtenu copie, y était annexé le
texte de loi sur la décentralisation.
Après que le gouvernement l’ait adopté
tel que convenu, d’accord parties, l’assemblée nationale
l’a totalement et illégalement dénaturé et vidé de sa
substance. Ce n’est donc pas le texte signé avec le
Frud-armé qui a fait l’objet d’une « loi votée par
l’assemblée nationale ».
Il s’agit donc vraisemblablement du
Frud qui a signé les accords d’Aba’a dont la poignée de
députés a signé comme un seul homme, sauf un seul, cet
attentat contre la décentralisation. Auquel cas qu’on nous
permette d’observer qu’en près de deux législatures
1992-1997, 1997-2002, la progression de la mise en place
de la décentralisation, huit ans après les Accords est
pour ainsi dire au point mort pour être prétendue
poursuivie aujourd’hui.
La création par décret de quatre
conseils régionaux dotés chacun de 50 millions de FD par
an et qui n’ont à ce jour fait aucun compte rendu
financier public de l’usage de ces fonds, est-ce cela une
décentralisation à encourager ? Surtout, quand tout le
monde (le Système des Nations-Unis compris) sait que les
commissaires sont encore à ce jour nommés par le pouvoir
central en fonction de leur obédience au parti au pouvoir
et président à ce titre le Conseil Régional.
Ce n’est pas cela une décentralisation
« considérée comme la base d’un développement économique
des régions, tout en permettant la participation de la
population à la gestion locale ».
Nous reviendrons en temps utile sur le
volet concernant l’allègement de la pauvreté et la
promotion du développement social à travers une analyse
des budgets de l’Etat.
S’agissant de la « promotion de la
santé durable et de la lutte contre l’expansion du VIH/SIDA
et autres maladies transmissibles », dédouanons
d’emblée les praticiens de la Santé qui malgré les très
faibles moyens mis à leur disposition par les pouvoirs
publics mènent une lutte quotidienne contre les maladies
qu’elles soient transmissibles ou pas.
Dans le budget 2003, il est écrit : « en
dépit des contraintes liées à l’application d’un système
de gestion des finances publiques basé sur un plan de
trésorerie où il s’agit de mettre en adéquation les
recettes et les dépenses, le budget 2003 reflète les
efforts consentis par le gouvernement pour développer les
secteurs sociaux ». Dans la présentation du même
budget, on apprend que le gouvernement compte consacrer
près de 1,7 milliard de nos francs en Investissements…
grâce aux ressources extérieures, en provenance de divers
bailleurs de fonds : BAD, FIDES, IDA, BID…
S’agissant de l’eau « considérée
comme le secteur prioritaire », elle bénéficiera…d’un
don Japonais d’un milliard fd.
Quant à la Santé, on nous affirme
« qu’afin d’accroître la capacité de l’Hôpital Peltier, la
construction d’un pavillon et d’un centre d’épuration est
prévue »…grâce à un don de la France.
Que Dons et Prêts soient affectés aux
secteurs sociaux n’est pas en soi une mauvaise chose. Vous
aurez compris que ce que nous réfutons, c’est le mensonge
qui consiste à faire passer pour prioritaires des soucis
qui en réalité et en pourcentages ne le sont pas ou si
peu.
Car sont considérés comme prioritaires,
les secteurs sociaux pour lesquels en pourcentage sont
mobilisées les ressources propres. Dons éventuels et Prêts
ne servant que d’appui infra….ou structurels. A ce sujet,
il est piquant de constater dans les débats à l’Assemblée
Nationale que les députés qui ont hier voté comme un seul
homme la portion congrue affectée au ministère de la
Santé, accablent celui chargé de l’exécuter. Pour le
remplacer ? Non pas que ce dernier soit exempt de critique
dans l’exécution de ce budget, mais nos « souverains »
dépités, parce que les moins bien placés pour lui jeter la
pierre, seraient plus inspirés à d’abord se livrer à une
introspection.
« Le secteur de la communication se
trouve quant à lui confronté à un certain nombre de
faiblesses institutionnelles susceptibles de freiner son
épanouissement parmi lesquelles on peut citer : l’absence
de statut juridique réglementant les professions liées à
la communication ; manque d’une stratégie visant à
encourager davantage la presse plurielle ; difficultés
financières liées à l’étroitesse du marché et à
l’inexistence de structures et de mécanisme de financement
« nous partageons ce constat sans complaisance ».
Plus loin p.11 « La République de
Djibouti a ratifié la majorité des conventions
internationales des Droits de l’Homme ; la Charte
Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (1981)…
cependant, même si la ratification de ces conventions
traduit la volonté du gouvernement de se conformer aux
instruments internationaux, leur application reste dans
certains cas difficiles, faute de cadre institutionnel et
de mécanismes de suivi appropriés. Ceci donne un caractère
quelques fois formel aux signatures accordées sans pour
autant que les clauses des conventions signées ne se
traduisent dans le Droit positif djiboutien ».
A l’euphémisme protocolaire près, c’est
exactement ce que nous reprochons chaque semaine dans nos
colonnes au gouvernement. Ne lui en déplaise, réellement
(crûment) exprimé cela signifie en clair que le fait de ne
pas se conformer aux conventions ratifiées, et de ne pas
appliquer les lois et règlements qu’il édicte, d’ignorer
les engagements écrits, manquer à la parole donnée,
traduit non seulement une mauvaise volonté, mais aussi et
surtout un mépris du Droit par le recours systématique et
la primauté accordée à la force brute ! Qui règne par
l’épée… !
Le monde libre a commémoré il y a
quelques jours, la Journée Internationale de la Liberté de
la Presse à juste titre considéré l’UNDAF comme un
indicateur de la bonne gouvernance.
En cédant à un jeu de mot facile, que
le Système des Nations-Unis nous pardonne une
bienveillante interpellation « What about UNDAF ? ».
Communiqués de l’UAD

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COMMUNIQUE DE L’UAD
MEETING DE l’UAD A L’AVENUE NASSER
A l’occasion du 2 ème
anniversaire de l’Accord de Paix Définitive, l’Union pour
l’Alternance Démocratique appelle ses militants et
sympathisants à venir nombreux lundi 12 mai 2003 à partir
de 15 heures, assister à son meeting unitaire
d’information à l’Avenue Nasser devant le siège de l’UDJ.
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