Bilan présidentiel en supplément
gratuit :
Le passif ne se vend plus !
Un mois après avoir fêté son élection
« sans ostentation », le Chef de l’État commémore depuis
le week-end dernier son investiture, toujours sous « le
signe de la sobriété » bien sûr. A cette occasion, les
médias gouvernementaux n’ont pas lésiné sur les moyens
afin de couvrir l’événement comme il se doit en rappelant
les « réalisations », forcément grandioses de ces quatre
années écoulées.
N’étant pas griots pour un sou, nous
avions à notre manière analysé dans nos précédentes
éditions ce maigre bilan présidentiel à la lumière de la
réalité quotidienne plus morose que jamais. Si changement
il y a eu, avions-nous écrit, c’est essentiellement en
négatif. Sans revenir sur toutes les occasions ratées à
cause de la mauvaise volonté de ce régime, arrêtons-nous
tout de même sur la nouvelle image de rassembleur que
cherche à se forger le « numéro un » djiboutien, après le
hold-up électoral du 10 janvier 2003.
Comme le vent rassemble les nuages,
puis les disperse, le « Président rassembleur » a fait le
vide autour de lui après la violation de l’Accord de Paix
du 12 mai 2001, qu’il s’était pourtant solennellement
engagé devant Dieu et le Peuple djiboutien à sincèrement
appliquer. Comment prétendre renforcer l’Unité nationale
tout en sabotant la reconstruction de zones dévastées par
le conflit, l’indemnisation des victimes et en
refusant la réinsertion sociale aux démobilisés ? Comment
favoriser le développement des régions en reconduisant des
conseils régionaux cooptés, opaques et inefficaces au lieu
de mettre en œuvre une réelle Décentralisation ?
Maintenant qu’il semble engagé dans une
pré campagne de réélection présidentielle, porter des
habits neufs de rassembleur lui apparaît peut-être plus
judicieux. Seulement, nos concitoyens se posent quelques
questions : comment peut-on rassembler après avoir si
longtemps divisé au moyen du clonage politique et du
bakchich ? S’acharner contre Daher Ahmed Farah, Président
d’un parti d’opposition légalisé, ressemble-t-il à un
rassembleur ?
Comment fait-on pour « corriger ce qui
peut l’être» tout en restant seul maître à bord : tantôt
timonier, tantôt tisonnier ?
La fuite en avant pratiquée jusque-là,
loin de constituer une parade à la crise, la renforce
immanquablement, tout en faisant perdre un temps précieux
à notre Peuple.
L’opposition part
en guerre diplomatique
Sous ce titre, L.O.I (la Lettre de
l’Océan Indien) a publié le 10 mai 2003 dans son numéro
1041 un article consacré à la politique intérieure
djiboutienne que nous offrons ci-dessous à nos lecteurs :
« Le président de l’Alliance
républicaine pour le développement (ARD, opposition),
Ahmed Dini, qui séjourne actuellement à Paris, a pris
quelques initiatives pour tenter d’isoler le régime
djiboutien au plan diplomatique. Dini a mené la liste de
l’Union pour l’alternance démocratique (UAD, opposition)
aux élections législatives du 10 janvier 2003. Avec ses
colistiers, il a estimé que ce scrutin avait été terni par
des fraudes et avait déposé un recours en annulation de
ces élections auprès du Conseil constitutionnel djiboutien
assorti, selon lui, de «preuves formelles de violations
des lois sur les élections ainsi que de fraudes
flagrantes». Mais l’opposition a été déboutée et
finalement aucun siège de député ne lui est revenu alors
même qu’elle a remporté, selon les chiffres officiels
contestés par elle, 45% des suffrages à Djibouti-ville et
38% sur l’ensemble du pays.
Le 28 avril, Ahmed Dini au nom de l’ARD
a écrit au sénateur Jacques Legendre, secrétaire général
de l’Assemblée parlementaire francophone et à Mme Monique
Pauti, secrétaire générale de l’Association des cours
constitutionnelles partageant l’usage du français (ACCPUF)
pour dénoncer cette situation.
Dans sa lettre de quatre pages assortie
d’un gros dossier présentant les recours de l’opposition
djiboutienne devant la Cour constitutionnelle de son pays,
il a repris la liste des griefs de l’opposition au sujet
de ces élections (problèmes dans l’élaboration des listes
électorales, dans la remises des cartes d’électeur à leurs
titulaires, dans la rédaction des procès verbaux du
scrutin etc.). En outre, deux ans après la signature de
l’accord de reforme et de concorde civile, le 21 février
2001, Dini estime que « le régime refuse toujours
obstinément de mettre cet accord en application » et juge
que « la situation est bloquée au même point de départ qui
avait occasionné la lutte armée ». Après avoir dressé ce
sombre constat, Dini réclame dans sa lettre que la
« section djiboutienne soit suspendue de l’Assemblée
parlementaire de la francophonie dont elle est membre car
cette présence lui apporte une légitimité indue ». Il
souhaite également que l’ACCPUF « prenne en considération
la réalité du Conseil constitutionnel de la République de
Djibouti » qui selon lui contrevient à l’article 3 des
statuts de l’ACCPUF « en s’opposant à l’avènement d’un
État de droit ».
Loin de la politique du mensonge,
privilégiée par le régime, le président Dini poursuit son
juste combat pour l’avènement d’un véritable État de Droit
dans notre pays. N’en déplaise au pouvoir en place, pour
nous, la seule vraie politique reste la politique du vrai.
La Paix vue par
le petit bout de la lorgnette
Dans un éditorial panégyriste consacré
au quatrième anniversaire du mandat présidentiel, le
journal gouvernemental « La Nation », peu suspect de
sympathie envers nous, écrivait jeudi dernier : « Nous
nous sommes interrogés sur l’image la plus forte, la plus
significative, la plus symbolique de ces quatre dernières
années. A notre humble avis, aucune image n’est plus forte
que celle du bûcher de la Paix dans le Nord du pays. Ces
bûchers ont marqué le désarmement du FRUD-armé, dernier
mouvement rebelle. Cet événement qui a eu lieu précisément
à Ripta et Waddi le 7 juin 2001 a constitué
l’aboutissement sur le terrain de l’accord de paix signé
le 12 mai 2001 au Palais du Peuple entre le gouvernement
et le FRUD-armé. Ces accords, qui ont d’ailleurs parachevé
ceux d’Aba’a (un moment présentés comme une hache de
guerre définitivement enterrée, NDLR) ont définitivement
restauré la paix sur l’ensemble du territoire
djiboutien. »
Après cet événement, dont la réussite
ne dépendait que du FRUD-armé qui l’a voulu, quelle
avancée significative, forte ou symbolique le régime
a-t-il accompli dans l’application de l’Accord de Paix
historique du 12 mai 2001 ? Honte au mensonge officiel
cachant la vérité au peuple et réduit à brandir une simple
photo de famille prise au Palais du Peuple le 12 mai
2001 !
Les plus belles images, aussi
émouvantes soient-elles, n’incarnent pas la paix, sans
l’existence d’une volonté politique d’appliquer
honnêtement et sincèrement le contenu de l’accord signé.
Conférence de presse du Chef de l’Etat :
de la fausse modestie à la vraie
insuffisance
Dans un long entretien à bâtons rompus
accordé à la presse présidentielle Son Excellence
(pardon !) le Président de la République a, une fois de
plus, déployé ses talents de grand communicateur. Dès la
première question, il reconnaît avoir été rattrapé par le
temps : « à vrai dire, je n’ai pas vu le temps passer
(…) je ne peux pas dire que j’ai fait tout ce que j’avais
à faire. C’est vous (les journalistes) et le peuple qui
devez juger. »
Les journalistes de la presse
gouvernementale, c’est bien connu, ont pour mission de
glorifier le régime et ce n’est pas un hasard si aucun
d’eux ne s’est hasardé à lui poser des questions relatives
à l’application de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Quant
au Peuple, il a si sévèrement sanctionné l’action
présidentielle aux législatives du 10 janvier 2003 qu’il
en a été spolié de sa victoire.
Enfin, pour ce qui est de la presse
d’opposition, ses critiques dérangent tellement que notre
ami DAF en a perdu sa liberté pour avoir dénoncé le
pouvoir de tous les abus. Si le Chef de l’État s’est
subitement mué en démocrate, nous en prenons acte, en
espérant que la presse d’opposition sera conviée à sa
prochaine conférence urbi et orbi.
La plante verte ne volera plus
en première classe : Khat roues
motrices ?
Afin de mieux montrer tout le décalage qui
existe entre un discours gouvernemental prétendant que
l’application de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 suit son
cours normal, et la réalité des multiples violations,
voici un état des lieux au bout de deux ans. Alors que la
presse gouvernementale fait l’impasse sur ce sujet,
pourtant essentiel à la réconciliation nationale, chacun
pourra apprécier à travers les lignes qui suivent, la
mauvaise foi en action du régime.
DECENTRALISATION
Article 20 : Du cadre juridique.
Elles adoptent le projet de loi de
décentralisation, annexé au présent Accord, comme loi
organique fixant le cadre juridique de la
décentralisation.
Article 21 : Des niveaux de
décentralisation.
a. Les deux parties s’entendent sur les
niveaux de la décentralisation qui sont de l’ordre de
deux, à savoir: la Région et la Commune.
b. Les deux parties ont accepté de
mettre d’abord en place les régions et ultérieurement les
Communes. Les 5 régions sont: ALI SABIEH, ARTA, DIKHIL,
OBOCK et TADJOURAH. La Capitale disposera d’un statut
particulier.
Article 22 : Commission Nationale de la
Décentralisation.
Une commission de mise en place de la
Décentralisation composée de douze membres (12) dont 3
représentants de chaque partie signataire de
l’Accord-cadre de Réforme et de Concorde Civile
susmentionnée est créée.
C’est toute l’économie du texte annexé
à l’Accord de Paix qui a été remise en cause par le
gouvernement et son Assemblée Nationale. La version
adoptée par cette dernière constitue l’antithèse d’une
véritable démocratie locale puisque des dispositions
essentielles telles que le respect des limites régionales,
la transparence des élections locales ou encore la
coopération décentralisée ont été purement et simplement
supprimées par le « législateur ». Tout comme le
gouvernement a estimé légal de ne pas mettre en place la
Commission Nationale de Décentralisation prévue à
l’article 23.
Persistant dans sa mauvaise foi, le
régime, une fois toutes ces violations perpétrées, a
unilatéralement initié un pseudo séminaire consacré à la
décentralisation, au terme duquel le Premier ministre a
décrété qu’elle devait se faire non pas dans le respect du
calendrier fixé par l’Accord de Paix, mais en fonction des
ressources du pays qui ne suffiraient pas.
Les hasards de la tombola politique qui
préside à la sélection du personnel politique au sein du
RPP peuvent peut-être expliquer qu’un dirigeant sans
envergure ni expérience, pour ne pas parler de projet,
puisse faire preuve d’une telle désinvolture.
Mais lorsque de telles inepties se
retrouvent dans la bouche du Chef de l’État, c’est à
désespérer de la réelle volonté du régime à ce chapitre.
En effet, dans l’interview accordée à
l’occasion du quatrième anniversaire de son mandat, le
Président de la République a avancé que sur recommandation
d’un expert étranger, il fallait marquer une longue pose
dans la mise en place de la Décentralisation !
Il est tout simplement pitoyable que le
premier responsable du pays en arrive à fuir des
responsabilités auxquelles il s’est solennellement engagé
devant le Peuple le 12 mai 2001 en se cachant derrière la
potion magique d’un « grand sorcier blanc ».
En agissant ainsi, le Chef de l’État
donne les preuves supplémentaires qu’il participe lui-même
activement à la violation de cet Accord de Paix dont,
faut-il le rappeler, le point B de l’article 24 stipule
clairement que « Les deux parties signataires du présent
Accord conduiront de concert l’application stricte et
honnête de la totalité de son contenu et de toutes autres
mesures entreprises dans son cadre ou en rapport avec ses
objectifs. »
REFORMES DEMOCRATIQUES
Article 10 : De la nationalité.
Les personnes dont l’appartenance à la
communauté djiboutienne est vérifiable par tous les moyens
peuvent prétendre à la citoyenneté djiboutienne. Pour ce
faire, les deux parties s’engagent à mettre en place une
commission ad hoc chargée d’accélérer la délivrance des
cartes nationales d’identité à ces personnes.
Article 11 : Du conseil
constitutionnel.
Considérant l’importance du Conseil
Constitutionnel, régulateur de la vie politique et
protecteur des libertés fondamentales, les deux parties
conviennent de réexaminer sa composition et son statut.
Article 13 : Des libertés publiques.
a. Les deux parties s’engagent à
respecter les conventions ratifiées par la République de
Djibouti et à tout mettre en oeuvre afin qu’une véritable
liberté syndicale s’instaure. Tous les corps
professionnels sont libres de s’organiser et de défendre
leurs intérêts dans le respect des lois et règlements.
b. Les deux parties s’engagent à
réaliser effectivement la protection des droits
fondamentaux tels que proclamés dans la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme et dans la Charte
Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, et
contenus dans le Préambule de la Constitution Djiboutienne
du 15 Septembre 1992.
Article 14 : De la liberté de la
presse.
Les parties s’engagent à oeuvrer pour
assurer la liberté de la presse conformément à la loi
organique no21/An/92/2ème L du
15/09/92 telle qu’amendée dans ses articles 4, 60 et 63,
relative à la liberté de communication, qui concilie le
droit à l’information avec le droit à la vie privée et à
l’ordre public.
Article 15 : De l’égalité de tous les
citoyens.
a. Les deux parties réaffirment leur
attachement au principe de l’égalité de tous les citoyens,
tel que défini par l’article 3 de la Constitution de
Septembre 1992.
b. Les institutions civiles et
militaires de la République refléteront équitablement,
dans le respect des qualifications requises, par leur
effectif encadrement et hiérarchie la pluralité de
communautés composant le peuple Djiboutien.
Article 16 : Le contrôle des
opérations électorales sur le plan national est assuré par
une commission électorale nationale indépendante. Un
décret déterminera son fonctionnement et sa composition.
Article 17 : Droit à l’Éducation.
a. Les deux parties souscrivent à la
volonté, telle qu’affirmée au Titre V de l’Accord de paix
de Décembre 1994, d’un soutien scolaire renforcé aux
enfants des zones affectées par le conflit armé.
b. Elles reconnaissent la nécessité de
poursuivre ces efforts en direction des zones affectées
par la guerre en matière éducative, par la réouverture des
écoles fermées.
Aucune avancée significative n’est
malheureusement à signaler dans ce domaine, le régime
gardant toujours ses mêmes caractéristiques autoritaires.
Ainsi, la Commission ad hoc sur la
Nationalité prévue à l’article 10 et devant remédier au
déni de citoyenneté en procédant à la délivrance des
cartes d’identité à tout citoyen pouvant y prétendre, n’a
pas encore été mise en place. Quoi qu’en dise le régime,
la discrimination dans l’octroi des pièces d’identité et
l’inscription sur les registres d’état civil persiste.
De même, l’article 11 qui prévoyait
d’améliorer le fonctionnement du Conseil Constitutionnel
n’a trouvé aucune application, certaines notabilités en
mal de reconversion se bousculant au portillon pour
reconduire les intolérables dysfonctionnements d’une
institution qui s’est totalement discréditée lors des
dernières législatives. Si la clé de voûte
institutionnelle d’une démocratie est aussi déréglée, il
est illusoire de parler d’État de droit.
Dans ce registre, la mise en place
d’une CENI réellement indépendante, prévue à l’article 16,
a également connu de telles violations, le régime se
contentant d’instituer un ersatz. Lequel, logiquement
pourrait-on dire, s’est particulièrement illustré le 10
janvier 2003 puisque certains de ses membres ont été pris
en flagrant délit de fraude sans qu’aucune sanction n’ait
été prise à leur encontre. Inutile d’enfoncer une porte
ouverte : le ridicule de cette institution maison n’a
échappé à personne.
Plus gravement, comment le Chef de
l’État ose-t-il prétendre œuvrer pour l’Unité nationale
alors que l’article 15 qui prévoyait dorénavant l’égalité
entre les citoyens par la dépolitisation des chances
d’accès aux richesses nationales et du recrutement dans la
fonction publique tarde encore à se concrétiser ?
D’autant plus dramatiquement que
l’illégalité et l’opacité dans lesquelles travaillent les
sociétés de travail temporaire sont propices à tous les
abus sectaires.
Au chapitre du droit à l’Éducation
(article 17) notons qu’aucune amélioration n’a été
constatée, surtout en milieu rural et en ce qui concerne
le rattrapage scolaire en faveur des écoliers dont la
scolarité a été perturbée par le conflit.
Enfin, l’article 14 relatif à la
liberté de la presse a été tout simplement oublié par le
régime qu n’a même pas soumis à l’Assemblée Nationale les
différents amendements portés à la loi en question dans le
cadre des négociations. Le pluralisme de l’information
n’est décidément pas à l’ordre du jour.
PAIX CIVILE
ET SECURITE
Article 4 : De la Concorde civile.
Les deux parties s’engagent à
promouvoir l’instauration d’une culture de paix pour
réaliser pleinement la fraternité et la réconciliation
nationale afin que les tragédies passées ne se
renouvellent pas.
Article 5 : Du désarmement et de la
démobilisation.
a) Les échanges des prisonniers,
l’arrêt des hostilités, le déminage et l’instauration de
dialogue, étant des acquis tangibles, les deux parties
conviennent, au plus tard, dans les 7 jours, après la
signature du présent accord de procéder aux opérations de
désarmement et démobilisation et ce en phases successives
:
1) Regroupement des éléments FRUD-armé
à : RIPTA et Waddi (Districts Nord)
2) Désarmement et démobilisation des
combattants du FRUD-armé s’effectueront simultanément dans
les points de regroupement convenus.
3) L’ensemble des opérations de
désengagement, démobilisation et désarmement doit
s’achever impérativement dans un délai de sept jours.
b) Les forces gouvernementales
réintégreront leur position habituelle d’avant conflit dès
lors que les opérations ci-dessus énumérées prendront fin.
Elles doivent procéder au déminage avant leur repli de
leurs anciens campements.
c) Les éléments du Frud Armé
démobilisés bénéficient de l’intégration dans les corps de
défense et de sécurité ou de l’insertion dans la vie
sociale ou bien de l’indemnisation.
d) Pour la bonne gestion de ces
opérations, une commission mixte sera mise en place. Elle
sera chargée de l’identification complète de chacun des
combattants suivant le formulaire ci-joint.
Elle sera chargée également du
recensement physique des hommes et de leurs équipements de
guerre (notamment armes individuelles et collectives)
ainsi qu’à leur réception.
Au sein de cette commission mixte, une
cellule chargée des opérations sanitaires et médicales
sera mise en place.
Article 6 : De l’intégration,
réintégration, indemnisation et réinsertion
a) Le passage des conflits à la paix
durable implique le désarmement et la démobilisation.
b) Tout ancien fonctionnaire ou
conventionné appartenant au Frud Armé sera réhabilité et
réintégré dans son droit.
Pour le règlement de la situation des
ex militaires, des ex gendarmes et des ex policiers
figurant dans les mêmes cas; ils pourront selon leur
statut respectif et leurs âges, prétendre à :
Mise à la retraite ;
Rachat des annuités manquantes ;
Pécule ;
Remboursement des cotisations.
Les conditions d’octroi de ces droits
seront précisées ultérieurement par un décret.
c) Les deux parties conviennent de
faire appel à la communauté internationale afin qu’elle
apporte son assistance au processus de la démobilisation
et de la réinsertion pour son financement dans le cadre de
la prévention des conflits.
Article 7 : Des ayants droit.
Les ayants droit des victimes du Frud
seront assistés. Une aide financière extérieure sera
sollicitée pour appliquer ce programme dans le cadre du
renforcement du processus de paix et de la prévention des
conflits.
Les seuls points ayant trouvé une
application concrète et rapide dans ce volet, ce sont le
désarmement et la démobilisation des combattants du
FRUD-armé dès juin 2001, conformément à l’alinéa b. de
l’article 25 qui stipulait : « Les procédures de
démobilisation prévues à l’article 6 du présent Accord
débuteront dès la signature… et devront obligatoirement
s’achever dans 15 jours. ».
Notre mouvement a donc respecté ces
dispositions qui ne dépendaient que de lui et le bûcher de
la paix n’a pu être réalisé uniquement parce qu’il en a
décidé ainsi.
Par contre, si l’incorporation de 300
éléments du FRUD-armé au sein de l’Armée, la Police et la
Gendarmerie a bien eu lieu, ils ont inexplicablement été
classés « Mobilisés » alors qu’aucune situation de guerre
ne le justifie. De plus, les grades qui devaient leur être
attribués tardent toujours à arriver.
Quant à une autre disposition de cet
article 5 prévoyant le retour des troupes gouvernementales
à des positions d’avant le conflit, elle est
quotidiennement violée à Adaylou. Ce qui crée un climat
malsain que nous avons souvent évoqué dans nos colonnes.
L’article 6 prévoyait pour sa part la
réintégration des fonctionnaires et conventionnés, de
nouvelles intégrations dans la Fonction Publique et dans
la Convention Collective, ainsi que l’indemnisation des
anciens militaires, policiers et gendarmes.
Sur le premier point, quelques cadres
du FRUD-armé ont été non pas réintégrés mais recrutés, ce
qui implique perte de l’ancienneté et du droit à la
retraite. Aucun d’eux n’a par contre été affecté à un
quelconque poste dans quelque administration que ce soit.
La Primature a vainement et maladroitement tenté de
transformer ce droit en faveur personnelle en cherchant à
procéder à des nominations sélectives. Puis, la carotte
n’ayant pas marché, le régime a eu recours au bâton : les
salaires de certains de ces cadres, recrutés a compter de
janvier 2002, ont été purement et simplement suspendus au
bout de quatre mois.
Ce qui fait qu’ils sont aujourd’hui les
seuls salariés djiboutiens à totaliser quatorze mois
d’arriérés. Cette petite mesquinerie aurait été imaginé
par la Présidence et la Primature : l’amélioration de
l’existence individuelle n’a aucun poids quand des
dispositions collectives de l’Accord de Paix sont à ce
point violées.
De même, pratiquement aucun
fonctionnaire ou conventionné ayant été abusivement
licencié pour raisons politiques durant le conflit n’a été
réintégré.
De même qu’aucune intégration dans la
Fonction Publique ou la Convention Collective, dans le
cadre du rééquilibrage, n’a été effectuée.
Quant à l’indemnisation des anciens
militaires, policiers et gendarmes, aucun décret
présidentiel n’a encore été pris dans ce sens bien que,
selon nos informations, les services concernés de l’AND
aient pour leur part préparé le dossier technique s’y
rapportant.
Enfin, à ce chapitre de la paix civile,
l’article 7 qui prévoyait une assistance aux ayants droit
des victimes FRUD, n’a pas davantage trouvé un début
d’application.
Réhabilitation des zones dévastées par
le conflit et indemnisation des biens privés
Article 8 : Principes généraux.
a. Soucieuses de contribuer à accélérer
le développement économique du pays ainsi que son
intégration régionale, les deux parties s’engagent à tout
mettre en oeuvre pour remédier aux effets néfastes du
conflit sur l’environnement macro- économique.
b. Devant l’ampleur du chantier de la
reconstruction nationale, les deux parties sont convenues
d’accorder à ce chapitre une importance toute particulière
et d’engager toutes les mesures appropriées visant à la
réhabilitation des réfugiés et des déplacés, à
l’indemnisation des particuliers dont les biens ont été
détruits durant le conflit et à la reconstruction des
infrastructures publiques.
c. Le programme de réhabilitation et de
reconstruction déjà engagé depuis plusieurs années sera
poursuivi jusqu’à son terme sur toute l’étendue du
territoire touchée par le conflit armé - par la mise en
état des infrastructures
- par la mise en état d’adduction
d’eau,
- programme de construction et de
réhabilitation de logement à Yoboki et à Obock devront se
réaliser dans un délai raisonnable.
Parallèlement aux programmes en cours
de réalisation, le réaménagement du Port d’Obock sera
entrepris à l’instar de celui de Tadjourah.
Dans le même cadre, le projet
d’adduction d’eau à Day déjà entamé sur l’initiative du
gouvernement djiboutien, sera poursuivi.
Un soutien financier international sera
sollicité à cet effet.
Article 9 : Des conséquences sur les
civils.
a) Les deux parties s’engagent à
oeuvrer pour que tous les civils victimes des conséquences
de la guerre soient restaurés dans leurs biens et puissent
retrouver leur cadre de vie.
b) Une indemnisation sera allouée aux
victimes civiles dont les biens ont été détruits ou
endommagés par la guerre.
c) Un soutien financier international
sera sollicité à cet effet.
Dans le meilleur des cas, la
réhabilitation des infrastructures publiques prévue à
l’article 8 est laissée à la générosité des Forces
Françaises stationnées à Djibouti, dont la presse
gouvernementale se fait souvent l’écho, sans se demander
les raisons d’un tel désintérêt de nos pouvoirs publics.
Et pour cause : la Conférence des donateurs au cours de
laquelle devaient être collectés les financements
nécessaires, a été ajournée sine die au plus haut niveau
djiboutien.
Certes, c’est délibérément que l’Accord
n’avait établi aucun échéancier à cet effet : la
réalisation des immenses chantiers de la reconstruction
dépassant de loin nos maigres ressources nationales, elle
nécessite le concours financier de la coopération
bilatérale et multilatérale impliquée dans le
développement de notre pays. Il aurait été imprudent de
budgétiser des dons extérieurs qui sont, par définition,
aléatoires. En revanche, nous ne nous lasserons pas de
condamner l’unilatéralisme irresponsable du régime qui, en
violation de l’article 24 et des attentes populaires,
consiste à faire passer pour une application de l’Accord
la construction sur deux ans d’un pâté de logements à
Obock et à Yoboki, pour le montant dérisoire de deux
millions d’euros.
Pour sa part, l’article 9, se fondant
sur un volumineux travail de recensement annexé à
l’Accord, prévoyait une indemnisation aux civils dont les
biens ont été détruits durant le conflit. Alors que le
régime distribue des cadeaux à ses griots patentés, il est
pour le moins regrettable et contraire à la Réconciliation
nationale comme au développement économique, que les
civils dont l’outil de travail a été détruit (pirogues,
boutres ou véhicules 4x4) ne soient pas indemnisés.