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Éditorial
VOYAGE AU BOUT DU SUPERFLU
Il y a environ trente-cinq ans, alors
que son pays traversait une profonde crise de
civilisation, le Premier ministre Pompidou partait en
voyage officiel en Iran et en Afghanistan : de retour à
Paris, Mai 68 l’attendait fermement. Quelques jours après,
c’était au tour du Chef de l’Etat de s’envoler pour la
Roumanie de Ceausescu, fréquentable à l’époque : le
Général a dû écourter ses bains de foule, rattrapé par la
dégradation du climat social hexagonal à la suite des
grèves générales décrétées par les centrales syndicales.
Notre Chef de l’Etat s’est envolé il y a quelques jours
pour l’Inde, sans état d’âme quant aux incidences
financières de sa promenade, encore moins en ce qui
concerne la détérioration de la situation politique,
économique et sociale que connaît notre pays. La
différence entre les deux situations française et
djiboutienne n’échappe à personne : de par leur stature,
ni Pompidou ni De Gaulle n’avaient besoin de s’offrir des
voyages officiels intercontinentaux pour fuir les
difficultés intérieures. Au demeurant, les conditions
démocratiques dans lesquelles ils ont accédé au pouvoir
leur interdisaient ce déni des réalités qui est, bien
malheureusement, le trait essentiel de bien de
« dirigeants » du Tiers-Monde.
Le fond du problème est donc là : pour
certains responsables politiques aux conditions de prise
et d’exercice du pouvoir pour le moins douteuses, les
tournées internationales, avec tout le faste tape-à-l’œil
et compassé du dispositif protocolaire, sont avant tout
occasion à mystifier des peuples pas toujours satisfaits
d’eux sur le plan intérieur. A cette aune, les incessants
voyages intercontinentaux du Chef de l’Etat djiboutien
qui, à ce rythme, connaîtra certainement mieux le reste de
la planète que sa brousse locale, en disent beaucoup sur
son besoin effréné de rechercher à l’extérieur une
satisfaction que le contexte national ne lui procure pas
vraiment.
Il est vrai que la situation nationale
peut avoir pour son auguste médiation l’effet d’un
épouvantail, si ce n’est d’une véritable pollution
spirituelle. Chômage galopant parmi la Jeunesse, niveau de
vie à la baisse, administration totalement démotivée par
le marasme économique qu’aggrave le laisser-aller
gouvernemental, opposition vindicative et déterminée :
trop, c’est trop !
Le voyage officiel est donc pour
certains hommes politiques ce que le divan du
psychanalyste est à certains esprits torturés : un
mouvement pour retrouver un calme intérieur quelque peu
perturbé par les vicissitudes de l’existence quotidienne.
Quelques millions puisés auprès d’un Trésor Public qui
lutte souvent pour honorer des petites créances
ordinaires, quand il ne s’agit pas de salaire, et hop :
une sympathique virée au pays de Ghandi. Son modeste
mausolée tout de marbre noir, rien de tel pour oublier les
habitations détruites d’Obock ou de Yoboki, désespérément
en quête de reconstruction par manque d’initiative
gouvernementale en ce sens.
Puisse au moins la sérénité que procure
la contemplation du Taj Mahal avoir quelque incidence
positive sur notre politique intérieure comme pour les
conditions de vie de la population djiboutienne !
Brèves nationales
Progrès des graves déficits
démocratiques
Après une éclipse remarquée,
« L’hebdomadaire » paraissant à l’improviste, porte-voix
enroué du régime, a-t-il repris du service ? Dans son
style inimitable, il s’échine à justifier l’injustifiable,
avec des arguments qui en disent long sur son impuissance
et son désarroi. Pamphlet de mauvaise facture, sa
sous-culture démocratique le pousse souvent à se livrer à
des insultes contre l’opposition, comme si les
dénigrements suffisaient à contenir le mécontentement
populaire.
Pire, le journal du parti unique ose
affirmer qu’en Afrique les opposants contestent toujours
les résultats des élections et que l’opposition
djiboutienne ne déroge pas à la règle.
De quelle Afrique s’agit-il ? Notre
confrère n’a-t-il pas entendu parler d’alternance
démocratique dans certains pays africains ? Pour ce
nostalgique des années 80, le parti au pouvoir remporte
toujours les élections, l’opposition les perd toujours. Il
est vrai que, comme à Djibouti, certains régimes bafouent
les règles démocratiques les plus élémentaires et que,
comme à Djibouti, certains Conseils Constitutionnels
discréditent l’Etat de droit.Cela s’appelle le progrès à
reculons. Lamentable !
DAF embastillé
depuis 30 jours
Le Président du MRD et directeur de
publication du « Renouveau Djiboutien » entame sa
cinquième semaine de détention illégale dans la sinistre
cellule 13 à Gabode.
Outre la chaleur accablante du mois de
mai, son environnement carcéral est des plus insalubres.
C’est dans un nid à moustiques qu’il attend courageusement
son procès prévu le 20 mai prochain.
Un avocat dépêché par « Reporters Sans
Frontières » doit arriver le 26 mai pour assurer sa
défense. Espérons que le régime ne prendra pas prétêxte de
sa défense par un avocat venu de France pour inventer un
nouveau chef d’accusation : l’antipatriotisme.
Ce procès sera l’occasion de
démystifier la situation des droits de l’homme dans notre
pays. Nous ne doutons pas de la ferme détermination de
notre ami DAF à faire face à ses accusateurs et à gagner,
enfin, la liberté.
Obock : de l’enclavement
au sous-développement durable
L’enclavement qui étouffe la ville
sinistrée d’Obock est particulièrement pénible pour ses
habitants en ce mois de mai caniculaire. Depuis quelque
temps, la centrale électrique est défaillante et ne
fournit que quelques heures d’électricité par jour. Dès
vingt heures chaque soir, la ville est entièrement plongée
dans l’obscurité, le fond de l’air est lourd et les
moustiques font des ravages parmi la population.
Contrairement à la résidence du Commissire, même l’unique
dispensaire de la région n’échappe pas à ces délestages.
Certaines nuits, les accouchements se font à la lumière
d’une torche électrique ou d’une lampe à pétrole. Tous les
soirs, les hospitalisés sont obligés d edormir dehors.
Pourquoi les pouvoirs publics se
désintéressent-ils à ce point du sort de cette ville ?
Attendent-ils qu’elle soit rayée de la carte pour la
reconstruire ? Pourquoi le groupe électrogène offert par
un philanthropique entrepreneur privé tarde-t-il à être
installé alors qu’il est livré depuis plusieurs mois ?
Pourquoi le second groupe, autrefois en service à
Ali-Sabieh, n’y est toujours pas acheminé ? Est-ce un
problème de transport ? Auquel cas, est-il interdit de
demander l’aide logistique aux forces des pays amis
présents sur notre sol ? Qui a programmé la mort lente de
cette ville et l’abandon de ses habitants ? Dans ce
district emblématique de la pauvreté durable, pourquoi
laisse-t-on enfin sans salaire depuis quatre mois la
trentaine de coolies récemment embauchés par le district ?
Honte à la mauvaise gouvernance responsable de la mise en
coupe réglée d’une région potentiellement riche et
totalement délaissée.
Le Chef de l’Etat en Inde : visite de la
caricature à l’authentique Démocratie
Après plus d’un mois de repos, le
Boeing présidentiel a repris ses vols intercontinentaux.
Le Président de la République se trouve cette semaine en
Inde, la plus grande démocratie du monde et deuxième pays
le plus peuplé de la planète. Cette visite au Taj Mahal et
au Fort d’Agra fait suite à celles effectuées en France et
en Chine, ainsi qu’aux Etats-Unis d’Amérique. Décidément,
le numéro un djiboutien reste fasciné par l’infiniment
plus grand, à défaut de grand dessein pour son pays,
peut-être trop petit pour lui.
Reste à savoir si notre médiateur
régional, à l’origine comme nul n’est censé l’ignorer de
la pacification de la Corne de l’Afrique, proposera ses
talents pour contribuer à la détente dans ce
sous-continent indien où, depuis plusieurs décennies, une
guerre larvée oppose deux puissances nucléaires à propos
du Cachemire.
Histoire de mériter le futur prix Nobel
de la paix.
Table ronde sur le VIH/SIDA :
enfin une gestion de vraie problématique
Dans son édition de lundi dernier, le
bihebdomadaire officiel nous offre un carnet des activités
gouvernementales, forcément chargé. A défaut du poids des
mots, on peut y admirer le choc des photos. Notre fringant
Premier ministre y semble en pole position dans la lutte
contre la pandémie du SIDA, qui continue ses ravages
destructeurs dans notre société.
Quant au ministre en charge de ce
dossier prioritaire, celui de la Santé en l’occurrence, on
le voit « lisant quelques mots » comme le dit la légende
de la photo. A travers ces photos éloquentes, c’est la
mauvaise gouvernance qui se donne à voir. Chez nous, cela
s’appelle « la gestion de vraie problématique ».
N’ayant pas de réelles prérogatives, la
primature semblait se contenter de la figuration
protocolaire à laquelle l’assigne la Constitution. En tout
cas ces derniers temps, elle donne l’impression d’être au
four et au moulin.
La lutte contre le terrorisme
international
enrichit le régime djiboutien
Sous le titre « Paris casse sa tirelire
pour la base », L.O.I (La Lettre de l’Océan Indien) a
publié dans son édition n°1042 du 17 mai 2003, l’article
ci-dessous, consacré aux retombées financières de la base
militaire française.
« Concurrencée par les Américains et
les Allemands, la France a été obligée de doubler la mise
de ses contributions pour maintenir sa présence militaire.
A l’issue de longues négociations de
marchands de tapis, Paris a fini par accepter de quasiment
doubler ses contributions à Djibouti pour le maintien de
ses installations militaires et de ses facilités
portuaires. Une enveloppe globale de 30 millions d’euros
(34 millions $) par an a remplacé les diverses taxes
payées par l’armée française et qui représentaient un
montant global de 18 millions d’euros.
La France avait longtemps refusé de
globaliser sa contribution, liée à sa présence militaire,
afin qu’elle ne prenne pas la forme d’un «loyer». Le
nouvel accord annoncé le 11 mai par l’ambassadeur de
France, Patrick Roussel, s’en approche très fortement. Les
autres pays africains qui accueillent des bases françaises
sur leur sol, à l’instar de la Côte d’Ivoire, du Gabon et
du Tchad, ne vont ainsi pas tarder à se manifester auprès
de leurs nouveaux «locataires».
Le diplomate français a tenu à préciser
que ce montant de 30 millions d’euros s’ajouterait à
l’aide française au développement qui s’élève à environ 25
millions d’euros par an. Quant on sait que, dans un
premier temps, Paris avait proposé 2, puis 10 millions
d’euros d’aide exceptionnelle à Djibouti lors de la visite
officielle à Paris, début octobre 2002, du président
Ismai1 Omar Guelleh, on mesure le chemin par couru.
A l’annonce de cette «menue monnaie»,
le président djiboutien avait boudé le ministre français
de la coopération, Pierre-André Wiltzer, en se faisant
porter pâle. C’est le chef de la diplomatie djiboutienne
qui était venu lui-même expliquer à son homologue français
que la proposition était» indigne et humiliante» et que»
le président préférait croire qu’il avait mal entendu’.
Les «malentendants» réclamaient à l’époque 50 millions
d’euros par an pour la location de la base française de
Djibouti ! Sous par sous, on s’en approche. . . »
Fidèle à sa politique du bakchich, le
régime semble vouloir engranger des sous dans la
perspective de la prochaine présidentielle. D’ici-là,
quelques cadeaux pré-électoraux sous la forme de paiement
des arriérés de salaire sont prévus, mais rien qui mette
fin à la misère volontairement entretenue. Nous n’avons
jamais cessé de dénoncer le gaspillage de nos maigres
ressources et des aides internationales organisé par la
mauvaise gouvernance.
Avec un budget national en constante
augmentation, le boom des activités aéroportuaires, les
retombées financières de notre position géostratégique,
notre pays continue de souffrir de la pauvreté durable et
du sous-développement injuste. Tant que les prédateurs
resteront aux commandes de l’appareil d’Etat, aucune
amélioration des conditions de vie de la population n’est
à espérer, tant il est vrai que les naufrageurs de
l’économie nationale ne peuvent en être les sauveteurs.
Seule une véritable alternance…
Le mensonge permanent (6)
6ème partie : à quoi servent les
dons extérieurs ?
C’est parce que la date du 12 mai 2001 avait une
importance capitale pour nous, contrairement au
gouvernement du mensonge, que nous avions consacré la
quasi-intégralité du précédent numéro de Réalité à cet
événement national. La conférence de presse du Chef de l’Etat,
couverte seulement par les médias gouvernementaux, n’a
séduit aucun djiboutien. Le seul succès du régime, par
rapport à l’ère Gouled, réside dans l’utilisation à
outrance des médias audiovisuels : le faux doit passer en
vrai pour "la populace", considère-t-on plus haut. Pour
l’anecdote l’ex-URSS utilisait de la même manière ces
supports pour la désinformation : les images des
manifestations anti-nucléaires à l’Ouest, reprises et
falsifiées, passaient, à l’Est, comme l’avant-goût d’un
soulèvement contre les régimes dictatoriaux de l’Ouest,
les mobilisations des travailleurs contre des mesures
contraires à leurs intérêts, sous la forme d’une réelle
décadence des économies capitalistes risquant d’engendrer
rapidement une famine inéluctable.
Que dire donc de ces quatre années de
promesses non tenues et des propos «plus qu’optimistes» du
Chef de gouvernement dont les résultats visibles se
résument à : l’appauvrissement accentué et à la détresse
de la population, l’insécurité alimentaire et sanitaire,
l’inexistence d’une administration citoyenne et
responsable, le délabrement et l’absence d’hygiène dans la
Capitale devenue une poubelle à ciel ouvert, le chômage et
la faim des exclus vivants dans les régions de
l’Intérieur ?
Il n’y a vraiment pas de quoi en être
fier, si ce n’est… La vérité est que l’Education redouble,
la Santé s’alite, l’Economie déprime. Et le gouvernement
dans tout cela…
Amer constat d’un système qui avance à
reculons dans un monde en compétition. «Shitari», il
semble l’être, mais ne l’est pas du tout. Réalité
concluait dans sa précédente étude : «les charges du
régime en augmentation constante se trouvaient non
couvertes par ses recettes propres, c’est-à-dire par les
impôts et autres ressources générés par lui-même. C’est à
peine si ces prélèvements douloureux pour les
contribuables recouvrent l’intégralité des dépenses en
personnel et en matériel de l’Etat. La solution de
l’Argentier du régime dilapidateur face à l’accumulation
des déficits budgétaires successifs de ces dernières
années ne pouvait être que le recours aux emprunts.
Loin d’être une conclusion à la crise
qui perdure, malgré le maintien de l’impôt patriotique
sous une autre forme, malgré les prélèvements du 1% sur
les Chiffres d’Affaires des entreprises déficitaires,
malgré les retards cumulés des paiements des salaires et
des factures fournisseurs, retards entretenus pour une
simulation d’une trésorerie nationale progressivement
confortable à l’adresse des bailleurs de fonds, etc…, ce
choix politique ne fait qu’accroître la saignée des
classes les plus défavorisées. Le contribuable djiboutien
doit payer pour l’année en cours, 501 millions fd
d’Intérêts et Frais Financiers pour le service de la
dette. Ce chiffre, il faut le souligner, est en
augmentation de 39% par rapport à l’exercice 2002. Quel
dilemme budgétaire pour pouvoir joindre les deux bouts ?
A vouloir dépenser plus qu’on en a, on
est pris dans un goulot d’étranglement. Après les impôts
patriotiques, après le retard injustifié des paiements des
salaires des fonctionnaires et des créances des
fournisseurs, reste la solution finale pour faire de ces
actifs des esclaves.
Des esclaves dont le rationnement
alimentaire serait à la charge (à travers les relations
bilatérales ou multilatérales) des chapitres budgétaires
«sécurisantes et secouristes» de l’Onu, des Etats riches
décideurs ou des instances émanant de ces derniers dont
l’Onu est la première de ses institutions.
Les finances puisées au chapitre des
«calmants» et de la lutte contre la pauvreté, contre la
malnutrition, contre les maladies, contre les échecs
scolaires, contre le travail des enfants, contre la
domination de la femme, contre les mutilations génitales,
contre… ne figurent pas celles relatives à la lutte contre
les responsables de ces maux.
Bien au contraire, les régimes
responsables de ces conditions contraires aux Droits de
l’Homme sont soutenus par des injections financières
dopantes pour leur pérennité et conjointement convenues
pour l’immortalité des luttes contre des fléaux comme les
maladies, famines (qui ne distinguent pas la nationalité,
le clan, la couleur, la tribu, le sexe ni l’âge).
Cette politique douloureusement
irresponsable n’a peut-être pas évalué que les centaines
de véhicules 4x4 qui ne quittent jamais la Capitale et
offerts par ses soins peuvent garantir la survie, la
croissance et la scolarisation de plusieurs centaines
d’enfants de Djibouti et des pays du tiers-monde.
Les connivences pernicieuses avec les
régimes responsables et leurs ONG, canaux de transit des
fonds illicitement spoliés aux contribuables des pays
riches, garantissent en récompense les promotions des
Représentants ayant scrupuleusement «à l’esprit l’objectif
de leurs missions» dont les rapports doivent confirmer
l’Avancée de la lutte contre X fléau et non son
Eradication.
Cette triste réalité est contraire à
celle des peuples «secourus» dans cette lutte contre des
menaces indéfinies. Elle fait le bonheur de régimes
crédibilisés, ne représentant qu’une poignée immensément
riche et dont la fin serait identique à celle de ces
dictateurs foncièrement fortunés sans et secours. Mobutu,
Bédié, Saddam et bien d’autres ont fait le constat d’une
fin de non-recevoir de la part de… Quelle que soit
l’immensité de leur fortune, l’océan de famine et de
détresse demeurera sourd aux sirènes des expropriateurs.
C’est cette co-responsabilité qui fait
que le régime djiboutien profite de la manne financière de
ceux qui participent à la couverture des dépenses non
assurées par un système politique budgétivore. Les
Dons octroyés par les Institutions Internationales et les
États Étrangers représentent plus de 21% des Recettes.
Totalisant 8,8 milliards fd contre 7,3
milliards fd en 2002, ces dons des institutions
internationales en augmentation semblent être destinés à
des projets d’investissements ambitieux, notamment celui
relatif à l’assainissement du quartier 4 pour 1,1
milliard. Ce projet, Réalité l’avait largement commenté
l’année dernière. Aucune réalisation n’est visible sur le
terrain, pourtant 445 millions fd avaient été affectés en
2002 pour l’assainissement de ce quartier populaire.
Concernant les aménagements des rocades
urbaines, en augmentation de 300 millions fd par rapport à
l’exercice antérieur, les 600 millions fd affectés au
réseau routier de la périphérie de la Capitale relève de
la duperie. En effet, ces axes routiers avaient été
réalisés par le Japon, sauf celui concernant la route
Nelson MANDELA (du Club Hippique au rond point d’Ambouli),
l’aménagement de la route de Venise étant financé par un
don Italien.
A remarquer aussi à la lecture des
chiffres du Ministère des finances, que parmi les soutiens
financiers des Institutions Internationales figure, dans
le chapitre des dons affectés aux dépenses courantes, un
appui au « Ministère de la Promotion de la femme » dont
l’enveloppe de 75 millions fd en 2002, émanant de la
Banque Africaine de Développement, a été reconduite en
2003. Il est clair ici que le Budget de l’Etat ne peut
même pas financer ce ministère si cher au Président de la
République, dans ses actions pour l’égalité entre les
sexes.
Il en est de même pour d’autres
départements comme la Chambre des Comptes dont les
résultats des travaux reste dans l’opacité absolue, mais
qui continue de bénéficier de la baraka des généreux
donateurs pour un montant de 90 millions fd.
Nous disions plus haut que l’Education
redoublait. Malgré la tenue d’un « débat national » sous
le thème d’Etats Généraux de l’Education Nationale, ces
assises dirigées et non démocratiques sur l’enseignement
n’ont nullement amélioré les conditions de travail des
enseignants, ni la scolarité des élèves, ni par conséquent
la qualité de l’enseignement dispensé. Alors, l’appui
attendu de la France en 2003, pour la construction
d’écoles et lycées pour 267 millions fd aura-t-il un
impact positif susceptible de parer à cette situation
déplorable pour l’avenir des enfants djiboutiens ?
Nous connaissons tous le problème de
l’eau en milieu rural. Notre confrère le « Renouveau
Djiboutien » en parle souvent dans ses colonnes et évoque
les détresses de nos compatriotes des régions de
l’Intérieur. Et pourtant, le régime bénéficie de dons
renouvelés par le Japon dans ce secteur, avec deux fois
800 millions fd. Alors à quoi ont donc servi ces fonds
officiellement destinés à la lutte contre la soif ?
Quant aux dons provenant de
gouvernements Etrangers, en progression de près de 250
millions fd, ils interviennent dans les recettes à hauteur
d’environ 5 milliards fd. La France, à la tête du peloton
des donateurs, aide Djibouti et surtout le régime pour
l’assistance, la santé, le fonctionnement et le matériel
de la Défense. Ce qui est inimaginable pour un pays qui
doit être aidé pour le développement économique. Par
ailleurs, les 2,2 milliards fd que ce pays ami affecte à
l’Éducation et à la Santé interviennent pour 1/3 dans les
budgets alloués à ces deux ministères auxquels le
gouvernement se vante donner la priorité. Il clair ici que
le régime fait peu de cas de ces secteurs sociaux,
pénalisés au profit de la Défense et de la Police.
Dans ce même chapitre figurent deux
dons provenant on ne sait d’ou, d’un montant global de
plus d’un milliard fd et non affecté,. Nous n’avons trouvé
aucune explication à ces mystérieuses dotations. Par
contre, l’augmentation des dépenses de l’administration en
général et du Ministère de la Défense en particulier
justifie que la Démobilisation, qui bénéficie du soutien
de l’Union Européenne pour 354 millions fd en 2003 et 251
millions fd en 2002, n’est sûrement pas mise en œuvre. Et
pourtant…
Nous laissons au lecteur le loisir de
procéder lui-même aux autres calculs qu’il peut tirer des
chiffres de ces dernières semaines et de ceux à venir, par
la lecture du tableau ci-dessous les recettes fiscales
dégagées par l’État, directes ou indirectes, représentent
65,20% des rentrées escomptées face à des Dépenses de
fonctionnement de l’État de 60,10%.
Cette différence ne justifie nullement
une quelconque croissance, mais la couverture limitée avec
une marge d’erreur de 5% des dépenses «Sécuritaires» d’un
régime dictatorial. Les dépassements proviennent
essentiellement, à lire le tableau, des recettes non
fiscales, dont un mystérieux Produit Financier de l’ordre
de 900 millions fd intervenant à hauteur de la moitié de
ces rentrées d’une valeur de 1,8 millions fd.
Or, le pays doit supporter, outre le
remboursement des Emprunts couvrant les déficits
antérieurs, le paiement du loyer de l’argent, soit des
Intérêts et Frais Financiers d’un montant de 501 millions
fd. L’évolution est donc totalement différente entre les
produits financiers nés de l’apport des placements et ceux
provenant des emprunts au profit des «généreux préteurs»,
le rapport en millions de fd étant de 1 contre 2. Recourir
aux emprunts risque d’entraîner le pays dans la
dévaluation et le détachement du franc Djibouti au dollar
US.
A suivre…


Tournée de l’ARD dans le Nord
DANS LES DISTRICTS DU NORD
Un peuple ARDemment mobilisé
Dans le cadre des routinières activités
partisanes, l’ARD s’est rendue à Tadjourah et Obock. Une
imposante délégation conduite par le 1 er
Vice-Président, M. Ahmed Youssouf, a ainsi sillonné le
Nord de jeudi à samedi dernier. Bref aperçu de ce périple
en pays profond, que les prétendus élus de la mouvance
présidentielle n’osent jusqu’à présent pas entamer.
C’est dans l’après-midi du jeudi 15 mai
2003 que la délégation de l’ARD a quitté la Capitale pour
Tadjourah où elle a été accueillie par une forte et
enthousiaste représentation des femmes de la Ville
Blanche. Celles-ci ont, pour l’occasion, quitté le four
pour démontrer leur détermination militante et le rôle
moteur qu’elles entendent jouer dans la conquête d’une
véritable démocratie à Djibouti.
Après que le Secrétaire Général ait
déclaré ouverte la réunion, le 1er
Vice-Président, et Président par intérim, a pris la parole
en exposant brièvement les motifs de la visite qui, outre
la routine de la vie partisane, était destinée à maintenir
nos militantes et militants mobilisés dans la perspective
d’un plus que prochain aboutissement de la lutte légitime.
Très tôt le lendemain, ce fut le tour
des notables (tous présents) d’accueillir et d’écouter la
délégation de l’ARD, qui les a attentivement écoutés.
Après un bref échange d’informations, les notables ont
religieusement écouté et approuvé le speech bref et
sincère de M. Ahmed Youssouf. Après un copieux repas
offert en l’honneur de la délégation de l’ARD par une
fervente membre active de l’annexe Tadjourah du Parti en
son domicile, Fato Omar pour ne pas la nommer, l’ARD s’est
ensuite rendue dans l’après-midi à Obock. Par la même
occasion, la délégation a pu constater l’état qui laisse à
désirer de la piste reliant les deux capitales régionales
du Nord.
Obock est désespérément enclavée car
cette piste n’est praticable que par des véhicules 4x4 en
très bon état (et encore, quel rodéo !). Il n’y a plus de
bac depuis belle lurette et aucun minibus ne peut se
rendre à Obock par route. C’est donc la nuit tombante que
la délégation est arrivée à Obock où elle a eu la
désagréable surprise de constater un délestage. Tant bien
que mal, la réunion prévue avec le dynamique comité de
l’annexe a pu avoir lieu et s’est poursuivie jusqu’à une
heure très tardive de la nuit.
La délégation a d’abord écouté le
compte rendu des activités du responsable local, puis les
doléances de divers intervenants. Le Secrétaire Général du
Parti s’est réjoui après cet exposé du nombre croissant
(après les législatives) des membres cotisants grossissant
nos rangs et ce malgré les innombrables difficultés que
traversent les Obockois (chômage généralisé, enclavement,
absence de réhabilitation et des pouvoirs publics, etc.),
mais aussi les pressions exercées par le pouvoir sur la
poignée d’employés à cause de leurs activités partisanes
bénévoles extra-professionnelles. Tôt le lendemain, une
autre réunion s’est tenue à l’annexe ARD d’Obock entre la
délégation venue de Djibouti et les responsables locaux du
Parti. Les moyens de dynamiser davantage cette section
furent abordés par les participants.
De retour sur Tadjourah, et après un
déjeuner chez un membre aussi dynamique qu’influent, M.
Mohamed Ibrahim plus connu sous le surnom d’As-Baba, les
responsables de l’ARD ont tenu une réunion de travail avec
les Jeunes membres du comité de l’annexe de Tadjourah.
Outre l’organisation intérieure du
Parti, les conditions de vie dans ces deux districts,
connaissant un taux de chômage très élevé, et victime du
refus gouvernemental de réhabiliter les zones détruites
lors du conflit et d’indemniser les populations dont les
biens ont été pillés par les troupes gouvernementales, ont
également été analysées. Partout, c’était la même
condamnation unanime d’un régime insouciant devant la
détresse de ses concitoyens et préférant sélectivement
attirer certains à des seules fins clientélistes, plutôt
que de s’atteler au vaste chantier de la Reconstruction et
du Développement.
A ce titre, le sabotage dont est
victime la politique de Décentralisation (ce n’est pas aux
populations concernés que le régime mentira en parlant des
réalisations inexistantes des Conseils Régionaux) continue
de vivement préoccuper les habitants de ces districts qui
attendent beaucoup de cette libération des initiatives
régionales. De l’avis de tous, il n’y a absolument rien à
espérer d’un régime aussi impopulaire et insouciant : ce
n’est pas peu dire que l’alternance politique y est
ardemment souhaitée pour que les citoyens sans aucune
distinction soient enfin respectés dans toute leur
dignité.
A n’en pas douter, ce sont les mêmes
préoccupations que les responsables de l’ARD rencontreront
dans les districts du Sud à l’occasion de la tournée
prévue pour très bientôt.
Car, du Nord au Sud, c’est tout le
Peuple djiboutien qui souffre de la mauvaise gouvernance
d’un régime de plus en plus antidémocratique.
L’autre terrorisme
Aucun pays nulle part au monde n’est à
l’abri des actes d’un fou. Que ce soit à Oklahoma-City ou
dans les banlieues de Londres, de Washington D.C (serial
killers) ou d’ailleurs, il est difficile de prévenir les
actions imprévisibles d’un dément. Sans chercher ici à les
définir, il nous semble utile de livrer en quelques mots,
notre point de vue sur d’autres terrorismes, ceux dont des
régimes politiques sont responsables.
New York, 11 Septembre 2001 : 3000
morts au bas mot.
Ryad (Arabie Saoudite) : 2003, 50
morts.
Moscou, 2002 : une centaine de morts.
Grozny, 2003 : une centaine de morts.
Gaza, Jérusalem, Tel Aviv 1999 :
chiffres fiables non disponibles.
Casablanca, 2003 : une cinquantaine de
morts.
Ce terrorisme-là, ce ne sont pas les
actes de fous. Il s’agit d’actions d’un groupe d’individus
qui tue consciemment, sciemment, sans discernement. C’est
une réponse inadéquate à un problème réel. Parce qu’il tue
des innocents, il doit être combattu.
Sur les ondes de la B.B.C et de R.F.I,
ainsi que dans « La Nation », le Ministre de l’Intérieur
s’est longuement exprimé sur ce sujet. Selon des sources
autorisées mais non citées, notre région présenterait des
risques potentiels. Une réunion spéciale consacrée au
renforcement de la lutte contre le Terrorisme s’est tenue
la semaine dernière à Djibouti. Un comité national, placé
sous la responsabilité du ministère de la Justice, est
même chargé depuis deux ans de cette lutte difficile. Les
FAD, la F.N.P et la Gendarmerie sont tous mobilisés à cet
effet. Stages de formation, séminaires, cellules
interministérielles sont organisés au bénéfice des moins
aptes et au frais de la coopération.
Tout ceci précisé, le Ministre de
l’Intérieur n’a pas tort de mobiliser son ministère et
sensibiliser l’opinion publique nationale sur ce sujet
d’une extrême gravité pour la stabilité politique de la
région et singulièrement de notre minuscule et fragile
pays aux frontières poreuses et à l’attrait certain.
Nous sommes quant à nous, de ceux qui
pensent que ( plus dans ce domaine que dans d’autres),
« il vaut mieux prévenir que guérir ». Ce terrorisme-là
est né et se nourrit de l’injustice. Appelons Orwell à la
rescousse pour appuyer notre argumentation : « Que la
moindre dégradation de l’Homme, infligée au moindre des
hommes à des milliers de kilomètres, rejaillit sur notre
vie intime en blessant notre humanité profonde.
Accepter la servitude intérieure revient à entériner, et
souvent à entraîner, l’esclavage d’autrui. A travers
chaque cas particulier se joue l’avenir de tous. La
défense de soi est indissociable de la défense de
l’humanité en soi. La reconquête de l’homme est à refaire
chaque matin… sur soi-même. »
Voilà ce que nous dit l’illustre
écrivain britannique dans son «1984».
Vous aurez tous compris que ce qui nous
préoccupe au plus haut point à Djibouti, c’est le
comportement répressif et irresponsable de nos dirigeants.
Au sortir d’un douloureux et ruineux conflit armé, les
Djiboutiens paupérisés et meurtris, excepté un petit clan,
avaient espéré des lendemains qui chantent suite à
l’Accord de Paix du 12 mai 2001.
Bien qu’ayant déchanté (en sanctionnant
les députés sortants le 10 janvier 2003) ils ont raison de
continuer à placer en nous l’espoir de lendemains
meilleurs.
C’est un bon placement car, qu’il soit
bien compris que ce terrorisme-là, nous le combattrons
autant que faire se peut, avec discernement,
pacifiquement, inlassablement. Ces irresponsables qui nous
gouvernent, parce qu’ils s’imaginent à tort être les plus
forts, les plus rusés, sont en train de mener notre pays
et la région vers l’indescriptible chaos que vit
aujourd’hui la Somalie (pas le Somaliland). Dans ce chaos,
tout le monde sera perdant.
Ces quelques lignes s’adressent
principalement à tous nos partenaires politiques et
économiques, car tout comme nous, eux aussi seront
perdants, ne serait-ce que parce que les contribuables
Américains et Européens ne souhaitent pas voir leur argent
dilapidé par les choix politiques imprudents de leurs
représentants.
Notre Peuple se refuse quant à lui à
être le perdant collatéral d’une coopération bilatérale ou
multilatérale qui serait préjudiciable à ses intérêts.
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