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Éditorial
CONSCIENCE CITOYENNE OU VERTU
POLITIQUE ?
Un régime sans aucune perspective
politique, fondant le recrutement de son personnel, il
aurait été plus judicieux de parler de ses domestiques,
sur la seule base de la servilité, invente forcément des
subterfuges pour éviter le vrai débat public sur les
obligations respectives des dirigeants comme des citoyens
ordinaires. Ainsi est-on peu surpris d’apprendre, dans
« La Nation » du 9 juin, que les pouvoirs publics
s’échinent à inculquer aux citoyens djiboutiens « une
nouvelle conscience citoyenne » tendant à faire d’eux de
véritables protecteurs de notre environnement pollué et de
notre écosystème aride. C’est oublier et en même occulter
beaucoup de choses.
Tout d’abord, il est normal que notre
société de consommation dans laquelle sont engagés tous
les Djiboutiens jouissant du plus haut niveau de vie
régional (soit dit en passant, un État voisin, bien que
plus pauvre comme l’Éthiopie en termes de revenu par tête
d’habitant, a réussi à mettre en place une politique de
décentralisation qui force le respect, même dans les
nations politiquement et économiquement plus évoluées)
produise une quantité de déchets difficilement gérable.
Mais le problème, c’est que chacun se souvient
parfaitement que dans les années 80, bon an, mal an,
l’État djiboutien arrivait parfaitement à assurer ce
minimum de voirie que l’on est en droit d’attendre d’une
administration digne de ce nom.
Le fait est que l’État djiboutien,
spécialement depuis trois ou quatre ans, cherche
éperdument à masquer ses lacunes : à qui la faute si la
Voirie nationale n’arrive même pas à assurer le minimum
qui est attendu d’elle ?
Il est donc bien facile de demander aux
citoyens de s’engager dans la voie de le salubrité
publique lorsque l’Etat lui-même démissionne tout
simplement, abandonnant ce secteur public à la seule
initiative privée, en l’occurrence aussi peu respectueuse
de l’intérêt général. Ainsi, à quoi bon demander aux
citoyens, avant tout soucieux de leur cadre de vie,
d’œuvrer à l’assainissement de leur environnement
immédiat, si les pouvoirs publics ne sont même pas
capables de leur fournir les moyens techniques pour y
pourvoir ?
Chacun l’admettra facilement, ce n’est
la faute à aucun quartier de la Capitale si les services
techniques de la voirie urbaine sont à ce point
défaillants : qui est responsable de la disparition des
innombrables moyens techniques généreusement offerts à la
République de Djibouti par les nombreux donateurs
internationaux ? Certainement pas l’actuel Chef du
district de Djibouti. Car, chacun s’en souvient, notre
pays a reçu l’occasion de chaque inondation, une multitude
de motopompes pour conjurer tout risque d’inondation, pour
ne citer que cet exemple.
Dans un tel contexte, il est vraiment
malhonnête de voir les marionnettes du régime demander aux
citoyens une plus grande implication dans le processus de
voirie urbaine quand ses moyens techniques ont été
volontairement bradés par la bourgeoisie d’État en place.
A ce chapitre, il serait extrêmement facile à tout un
chacun, dans un esprit purement citoyen, d’exiger des
comptes quant à l’affectation des millions dégagés dans le
cadre du Fonds d’Entretien Routier.
Le véritable problème est donc bien
là : avant de demander aux citoyens djiboutiens de faire
preuve de civisme par rapport à un environnement
écologique mis en danger par la modernité, il serait plus
judicieux et surtout plus honnête d’exiger des
responsables politiques des comptes quant à l’affectation
des innombrables dons, reçus dans ce cadre. Ce n’est donc
pas aux citoyens djiboutiens qu’il convient de demander
des sacrifices : c’est avant tout aux responsables
politiques, qui n’ont pas hésité un seul instant à mettre
en faillite la Voirie nationale, d’exiger des comptes
quant à la gestion des deniers publics. Mais, comme chacun
le sait, le propre de ce régime de parvenus sans
conscience nationale, c’est de fuir la réalité en exigeant
du Peuple une rigueur qu’il est bien incapable de
respecter lui-même dans la gestion des affaires publiques.
Il n’est donc pas principalement question de demander aux
citoyens djiboutiens d’assurer un cadre de vie décent pour
leurs enfants : il s’agit surtout de savoir si nos
responsables sont disposés à respecter leurs concitoyens
en arrêtant de fuir la réalité : l’assainissement de notre
cadre de vie incombe avant tout aux décideurs politiques.
Mais il est, somme toute, bien normal
qu’un régime qui témoigne d’aussi peu de respect pour le
verdict des urnes et pour la profonde aspiration au
changement d’un Peuple fatigué par de mauvaise foi
affairiste, cherche à tout prix à fuir ses obligations les
plus primordiales.
Brèves nationales
Chambre de commerce :
après Coubèche, qui ?
Les élections consulaires du 4 juin
dernier ont connu une couverture médiatique sans précédent
et l’assemblée de 44 membres qui en est issue a du pain
sur la planche maintenant qu’il s’agit d’élire en son sein
le bureau et son président. La Chambre de commerce est la
plus vieille institution de notre pays et la plus méconnue
aussi. Sous l’impulsion du Président Coubèche, homme
d’affaires dynamique et charismatique, cet établissement
public a pu résister à la contagion de la mauvaise
gouvernance qui gangrène l’administration nationale.
En effet, le Président Coubèche avait
su maintenir de bonnes relations avec les pouvoirs
publics, tout en veillant à l’autonomie de cet organisme
placé sous la tutelle du ministère du Commerce. Son départ
constitue donc un événement ouvrant la voie à une ère
nouvelle, prometteuse si son successeur et les nouveaux
membres élus en décident ainsi. Si toutefois l’affairisme
de la bourgeoisie d’État est maintenue à une distance
raisonnable et les influences politiques contenues dans
les limites permises par les textes.
Dans ces conditions, ils ne sont pas
légion, les opérateurs économiques réunissant les qualités
de sérieux et d’indépendance d’esprit que requiert la
fonction de Président de la Chambre de commerce, compte
tenu des pratiques politiques en vigueur dans notre pays.
Qui qu’il soit, puisse le futur Président de cette
institution devenir l’homme de la situation.
F.A.D. : la grande muette mutée au
développement ?
Une fois n’est pas coutume, un article
en forme de plaidoyer pour une armée de développement a
attiré notre attention citoyenne. L’autocensure et la
censure en vigueur dans la presse gouvernementale sont
connues de tous. C’est donc avec un réel intérêt que nous
avons relevé certains passages dudit article. Lesquels
passages prônaient la nécessaire adaptation de l’armée
nationale au nouveau contexte de paix : « mais avec la
paix retrouvée, l’armée nationale doit désormais faire
moins de parade et plus de travail. ».
Ayant par le passé et à plusieurs
reprises fustigé toute l’improductivité de ce corps
budgétivore bénéficiant de la seconde place dans le Budget
national, bien loin devant la Santé par exemple, nous ne
pouvons que souscrire à cette nouvelle vision des choses.
Malheureusement, notre courageux journaliste ne pousse pas
plus loin sa témérité, s’excusant même d’avoir suggéré
tant de bon sens à un régime lui-même improductif. Il
rectifie : « Notre but n’est pas de fustiger nos forces
armées garantes des institutions républicaines mais de
sensibiliser nos politiques d’en utiliser à bon escient
pour mettre en place des projets civils visant à améliorer
les conditions de vie de notre population ».
Depuis le temps que nous proposions,
aux fins d’efficacité et de réconciliation nationale, que
les forces de défense participent activement au vaste
chantier de la Reconstruction et de la Réhabilitation.
Mais le problème, c’est que faire quand le régime sabote
lui-même cette Reconstruction des zones affectées par le
conflit, ne trouvant même pas impudique que ce soient les
Forces Françaises ou la « Task Force » qui s’occupent de
la remise en état des écoles ou des pistes rurales ? En
attendant le miracle, les galonnés cherchent pour le
moment à défendre leur « honneur » contre DAF.
Affaire DAF : les sombres manœuvres
d’un pouvoir aux abois ?
Y a-t-il péril en la demeure ou est-ce
plus banalement une manifestation de plus de l’hystérie
répressive ambiante ? Toujours est-il, c’est dans la
confusion la plus totale que le Président du MRD a été
reconduit en prison moins de 48 heures après sa
libération-surprise intervenue mardi 3 juin. Selon
certaines informations, le régime serait tiraillé entre le
durcissement dans sa gestion de ce dossier et la voie de
la sagesse en tempérant ses ardeurs aventuristes. Le
traitement chaotique de cette affaire a révélé au grand
jour la cacophonie interne comme les intentions
liberticides et antidémocratiques d’un pouvoir ébranlé par
la dynamique unitaire de l’opposition. En arrêtant notre
ami DAF et en confisquant son matériel d’impression, les
autorités espéraient mettre hors-jeu le MRD et son
journal, de manière à intimider toute l’opposition. Peine
perdue ! Le « Renouveau Djiboutien » a continué à paraître
et même à gagner de l’audience. Quant à l’opposition
regroupée au sein de l’UAD, elle a poursuivi son action
unitaire, comme l’ont bien démontré le meeting du 12 mai
et la manifestation du 28 mai derniers. Dans ces
conditions, il ne sert à rien de s’acharner contre un
combattant de la démocratie dans l’espoir d’entraver le
véritable combat démocratique contre cette situation de
non-droit. Les forces démocratiques et le Peuple
djiboutien espèrent que le procès du 16 juin sera enfin le
dernier et DAF vraiment libre à son issue.
Environnement :
Remèdes inadaptés aux vraies causes
La journée mondiale de l’Environnement
a été célébrée le 5 juin un peu plus bruyamment que les
années précédentes, et pour cause... Ayant mis sur pied un
comité interministériel chargé de lutter contre
l’insalubrité de notre Capitale, les pouvoirs publics ont
donné de la voix, à défaut de redynamiser une voirie
défaillante. Car, comme tout le monde le sait, la
préservation de l’environnement ne doit pas se limiter à
des opérations médiatiques et ponctuelles de nettoyage,
mais exige aussi de se donner les moyens appropriés de
cette lutte permanente. Outre les moyens techniques qui
font cruellement défaut à cause de la mauvaise
gouvernance, c’est toute la notion d’Etat et de ses
obligations qui a également disparu. Ainsi, le régime
préfère discourir sur les maux, principalement engendrés
par l’environnement politique et institutionnel insalubre
qu’il perpétue.
Prétendre soigner les effets visibles de
l’insalubrité tout en se voilant la face sur les
véritables causes à l’origine de la dégradation de notre
environnement, revient à faucher les mauvaises herbes en
espérant qu’elles ne repousseront plus : ce sont les
racines du mal qui doivent être arrachées.
Djibouti vue de Paris
QUAND LA « VACHE A LAIT » INVITE A LA
RAISON
Un régime impopulaire est toujours, par
définition, narcissique : tout ce qu’il fait est grand,
tout ce qu’il dit est beau. A tel point qu’il déforme la
réalité de son pays et empêche les citoyens d’avoir une
vision claire du contexte dans lequel ils vivent ainsi que
de l’appréciation que les autres portent sur nous. L’un de
ces autres, c’est bien sûr la France : ancienne puissance
de tutelle et principal partenaire du développement, à
défaut de parler de commerce, tant il est vrai que
Djibouti ne produit absolument rien, si ce n’est la
stagnation provoquée par un régime archaïque. Loin des
spots médiatiques et du style obligé des médias
gouvernementaux, il était intéressant de savoir la vision
que des décideurs politiques français ont de notre pays et
de son régime. Une de ces visions est contenue dans le
document officiel ci-dessous, que nous reproduisons
intégralement pour le chapitre concernant la République de
Djibouti. Il s’agit du rapport d’information n°200 du
Sénat, annexé au procès verbal de la séance du 5 mars
2003. il s’agissait, pour les sénateurs qui en sont les
auteurs, d’analyser la pertinence de la base militaire
française à Djibouti, ainsi que ses incidences pour les
populations locales. Avant de vous livrer notre point de
vue sur ce document, au lecteur d’en prendre connaissance,
en exclusivité comme on dit.
DJIBOUTI ATOUTS STRATÉGIQUES,
CARENCES ÉCONOMIQUES
La situation géographique très
privilégiée de Djibouti a été encore renforcée par le
nouveau contexte stratégique qui prévaut depuis le Il
septembre 2001. Ainsi, les troupes françaises stationnées
dans ce pays de longue date, et maintenues après
l’indépendance en 1977, grâce à un accord de défense signé
la même année, ont été rejointes, en 2002, par un millier
de soldats américains, ainsi que par des éléments
allemands et espagnols.
Les tensions qui opposent
historiquement la communauté afar, soutenant la rébellion
du FRUD (Front pour la Restauration de l’Unité et de la
Démocratie), et le gouvernement d’origine issa n’ont
cependant pas empêché la tenue d’élections générales le 10
janvier 2003. Leur résultat est certes contesté par
l’opposition, mais dans un climat moins tendu que lors des
précédentes consultations.
Il faut regretter que les atouts
géopolitiques et économiques de Djibouti ne bénéficient
guère à la population.
A. DES RELATIONS BILATÉRALES ÉTROITES,
TANT POLITIQUES QU’ÉCONOMIQUE
1. Une présence française ininterrompue
depuis la fondation du territoire
La présence française dans la région
remonte à la signature, le Il mars 1862, d’un traité
d’amitié entre la France et les trois sultans qui règnent
sur ce territoire. Les possibilités de mouillage existant
à Obock sont alors cédées à la France. En 1884, la France
marque son intérêt pour cette zone en y envoyant le
gouverneur Lagarde, qui fonde la ville de Djibouti. Cet
intérêt est affirmé par la création, en 1896, du
territoire de la Côte française des Somalis, et le début
de la construction du chemin de fer reliant Djibouti à
Addis-Abeba, dont l’exploitation débute en 1917.
En 1946, la Côte française des Somalis
reçoit le statut du territoire de l’Union française; le
référendum de 1967 confirme cette appartenance à la
France, malgré de premières revendications
indépendantistes, et adopte la dénomination de «
territoire français des Afars et des Issas » . En 1977, un
nouveau référendum conduit à l’indépendance sous le nom de
République de Djibouti. Des élections législatives
conduisent à l’investiture d’Ahmed Dini (Afar) comme
Premier ministre, et à la désignation d’Hassan Gouled
Aptidon (Issa) comme Président de la République, fonction
qu’il occupe sans interruption jusqu’à son retrait de la
vie publique et l’élection, en 1999, du Président Ismaël
Omar Guelleh (de la même ethnie).
La vie politique du territoire est,
depuis l’indépendance, marquée par une constante tension
entre les deux principales communautés, afar (environ 40%
de la population) et issa (environ 60 %).
Cette opposition a débouché sur un
conflit armé entre 1991 et 1994, qui a opposé le FRUD afar
et le gouvernement issa.
Le premier accord de paix de 1994 n’a
pas totalement fait taire les armes, et a été suivi de
l’accord- cadre de février 2000, aux dispositions plus
globales. En effet, cet accord prévoit le désarmement
volontaire des combattants du FRUD, leur réintégration
dans la vie civile, l’introduction du multipartisme et une
décentralisation du pouvoir.
Les élections générales du 10 janvier
2003 ont donc été organisées dans un climat de liberté
d’expression jamais connu auparavant, et leurs résultats
ont manifesté une nette percée de l’opposition, même si le
mode de scrutin (liste majoritaire à un tour) a permis à
la majorité sortante de remporter les 65 sièges de
l’Assemblée. Cette émergence de l’opposition (37 % des
voix dans la ville de Djibouti) traduit sans doute le
désarroi d’une population qui ne bénéficie d’aucune
retombée des masses financières que le Gouvernement tire
de l’activité portuaire et de la présence des troupes
étrangères sur son sol.
2. Un fort appui économique de la
France, insuffisant pour apurer la situation financière du
gouvernement
La France est le premier bailleur de
fonds de Djibouti, en terme de coopération civile. Le
territoire a ainsi bénéficié en 2002 d’une enveloppe de
12,9 millions d’euros, permettant notamment la
rémunération de 103 assistants techniques. L’application
de l’accord de paix est soutenue par des actions de
réhabilitation des ‘zones afar (0,76 millions d’euros en
2001 financés par le Fonds Social de Développement (FSD).
De nombreuses aides budgétaires ont
également été consenties au profit du territoire, dont 1,8
million d’euros en 2001 et 6 millions d’euros en 2002. Ce
soutien constant n’a pas permis, cependant, d’enrayer
l’émergence d’une crise des finances publiques, dont la
principale manifestation se traduit par un retard constant
dans le versement des traitements de la fonction publique.
La masse d’arriérés se monte aujourd’hui à environ cinq
mois de salaire.
Ce constat est préoccupant car il
témoigne d’un manque de maîtrise des disponibilités
financières aux mains du gouvernement djiboutien.
B. LES FORCES FRANÇAISES
DE DJIBOUTI
1. Un dispositif qui a évolué avec la
professionnalisation de notre armée
La délégation a consacré une des deux
journées de son séjour à Djibouti à l’organisation de ces
forces, qui regroupent actuellement quelque 2.800 soldats
des trois armées et de la gendarmerie. Les forces
terrestres comprennent le 5ème
régiment inter-armes d’Outre-mer, la 13ème demi brigade de
la Légion étrangère et un détachement de l’Aviation Légère
de l’Armée de Terre. Les forces aériennes sont composées
du détachement Air 188, regroupant, outre les moyens
nécessaires au fonctionnement d’une base aérienne,
l’escadron de chasse « Vexin » et l’escadron de transport
outre mer « Larzac ».
Le service de santé est implanté au
centre hospitalier des armées Bouffard qui compte 63 lits,
et dont les services sont largement ouverts aux civils
français et djiboutiens. Les patients djiboutiens
représentent, en effet, près de 90 % de l’activité
générale de l’hôpital. Une équipe américaine de 12
médecins y exerce aujourd’hui sous l’autorité des médecins
français.
C’est un protocole « provisoire » du 27
juin 1977 qui fixe les conditions de stationnement des
forces françaises sur le territoire djiboutien L’accord
prévoit que (art. 1) « en cas d’agression par une armée
étrangère, le gouvernement de la République française
apportera à la République de Djibouti la participation des
Forces armées françaises stationnées sur le territoire de
celui-ci ». En revanche, « les forces françaises
stationnées sur le territoire de la République de Djibouti
ne peuvent participer à des opérations de maintien ou de
rétablissement de l’ordre ». Par ailleurs ( art. 10) «
le territoire de la République de Djibouti ne pourra
être utilisé comme base ou point d’ appui pour une
intervention armée contre une tierce puissance, hormis le
cas prévu à l’article premier ». Deux accords en
matière de surveillance des eaux territoriales et de
l’espace aérien de la République de Djibouti ont en outre
été signés en février 1991.
Djibouti présente pour l’armée
française trois avantages essentiels. Elle permet une
présence française dans une zone d’intérêt stratégique
majeur (accès à la Mer Rouge et au Golfe Persique), elle
constitue une base relais pour des opérations se déroulant
dans un cadre éloigné de la France, et enfin un terrain
d’exercice idéal pour la préparation d’éventuelles
interventions en milieux similaires à celui de Djibouti.
Les FFDJ assurent quatre missions
principales :
- une mission intérieure de présence
destinée à participer à la défense de l’intégrité de
Djibouti, dans le cadre des accords de défense entre cet
Etat et la République française; à concourir de façon
permanente, et contre tout type de menace, à la défense
des intérêts français à Djibouti, en particulier celle des
ressortissants, ainsi qu’à la stabilité du pays ;
- une mission extérieure d’intervention
limitée pouvant s’appliquer, sur ordre de l’état-major,
aux pays limitrophes comprenant le stockage et le maintien
en condition des matériels destinés à équiper un bataillon
RECAMP ;
- une mission d’aide au profit de l’Etat
et des forces armées nationales de Djibouti ;
- une mission de prévention et de
coopération de défense.
Les forces sont actuellement de 2.800
(basées à Djibouti, Ouéah et Arta) et devraient être
réduites à 2.600 en 2003. La moitié des effectifs sont des
unités tournantes (de quatre mois).
Cette configuration, plus resserrée,
découle de la professionnalisation de l’armée française.
Elle peut conduire, dans certains cas, à des tensions au
sein du personnel militaire du fait du manque de stabilité
de la structure d’encadrement.
Les autorités djiboutiennes, quant à
elles, semblent avoir surestimé les conséquences
financières négatives de cette réduction de format. En
effet, les dépenses effectuées par les familles, qui
accompagnaient plus systématiquement les militaires en
poste avant le passage à l’armée professionnelle, ont été
largement compensées par les coûts plus élevés suscités
par des forces de métier .
Rappelons qu’un contingent de 200
hommes a participé à la MINUEE durant le 2ème semestre
2001, et que deux officiers basés à Asmara y participent
actuellement.
2. Un dispositif dont les bases juridiques mériteraient
d’être actualisées
Cet accord de défense a
incontestablement contribué à maintenir l’intégrité de
Djibouti. Les FFDJ ont un rôle stratégique majeur, tant
par leur localisation que par leur capacité interarmées.
Elles bénéficient de possibilités appréciables
d’entraînement en milieu désertique et nautique, dont
elles font également profiter les forces locales. Elles
sont parfaitement intégrées au sein de la population.
La présence des FFDJ permet une
coopération militaire significative; ainsi, 54 stagiaires
ont été formés en 2001 dans les écoles nationales à
vocation régionale, pour un financement de 350.000 euros.
Le nombre de coopérants militaires permanents est de 22,
répartis sur sept projets: la restructuration du service
de la santé, le développement des communications
interarmées, l’automatisation de l’administration et de la
gestion, la mise à niveau de la gendarmerie, le
renforcement de l’action de l’Etat en mer, le
développement des écoles de Hol Hol et Ambouli, le soutien
à l’établissement centralisé des matériels.
Une aide logistique de 2,1 millions
d’euros a par ailleurs été attribuée pour l’année 2002. Le
protocole de 1977 devrait être actualisé, d’autant plus
qu’il était qualifié de « provisoire ». Certes, des
ajustements mineurs lui ont été apportés au fil des
années: mais les tracasseries administratives qui
entravent la vie quotidienne de nos forces devraient
conduire à une négociation plus globale, qui aurait
également le mérite de faire évaluer à son juste niveau
par les autorités djiboutiennes le montant global de
l’aide française, tant civile que militaire, dont elles
sont bénéficiaires.
Cette suggestion a d’ailleurs été
évoquée auprès du Premier ministre, sans d’ailleurs
rencontrer l’écho souhaité par la délégation. En effet,
s’il est indéniable que Djibouti constitue une zone
importante pour notre dispositif outre-mer, notamment par
sa situation privilégiée au débouché de la mer Rouge sur
le golfe d’Aden (comme l’atteste d’ailleurs
l’implantation, depuis septembre 2002, d’un millier de
soldats américains sur l’ancien camp Lemonnier, contigu à
l’aéroport), il est à craindre que cette rente de
situation dispense les autorités locales d’une réflexion,
pourtant nécessaire, sur les causes du délabrement des
infrastructures publiques, qui ajoutent encore au
dénuement de la population, et qui s’accroît
proportionnellement aux sommes dont elles sont
destinataires.
La recherche par la France de la
possibilité d’implantations alternatives pour ses forces
permettrait peut-être de dissiper une certaine illusion
sur le caractère totalement vital de Djibouti pour notre
pays. Il conviendrait, tout au contraire, d’inverser cette
croyance fallacieuse, et faire réfléchir le pouvoir en
place sur l’avenir réservé à leur pays si la France s’en
détournait.
Cette prise de conscience n’est pas,
pour l’heure, à l’ordre du jour, ainsi qu’en témoigne la
conclusion, annoncée au début d’avril 2003, d’une
convention entre la France et Djibouti portant sur une
réévaluation du coût de notre présence militaire, et sur
la situation financière et fiscale des FFDJ. Le contenu de
cette convention n’a pas été rendu public.
Il faut cependant relever que la
spécificité et la rudesse du territoire permettent à
l’armée de terre française d’y organiser, au sein de « l’Ecole
de formation au désert », la formation et l’aguerrissement
d’unités tournantes aux combats et à la vie dans les zones
désertiques. La délégation a pu d’ailleurs assister à une
présentation terrestre, puis à des manœuvres aériennes qui
ont illustré les capacités de nos troupes tant au combat
qu’à des missions d’évacuation aérienne de civils, ou de
blessés. L’organisation sans faille de ces manœuvres
démontre, s’il en était besoin, la grande maîtrise de
leurs missions dont nos forces font preuve.
QUE PENSER DE TOUT CELA ?
Le lecteur djiboutien en conviendra
aisément : ce regard sans complaisance (signe
caractéristique des vrais amis) n’aurait jamais été rendu
public par le régime. Preuve qu’au moins les hommes
politiques français sont tout aussi soucieux de
rentabiliser les deniers du contribuable français
finançant cette base militaire, que de ses retombées pour
une population locale empêchée par son régime de
pleinement profiter des retombées économiques et
financières d’une telle présence, indispensable tant que
les impératifs géostratégiques en décideront ainsi.
Il est donc tout à fait déshonorant de
lire sous la plume de ces sénateurs qu’ « il
conviendrait, tout au contraire, d’inverser cette croyance
fallacieuse, et de faire réfléchir le pouvoir en place sur
l’avenir réservé à leur pays si la France s’en détournait.
Cette prise de conscience n’est pas, pour l’heure, à
l’ordre du jour » : si l’opposition n’attend pas
grand-chose d’une France pour laquelle Djibouti est avant
tout un pré-positionnement et un terrain d’entraînement
militaires, abstraction faite des aspirations
démocratiques de sa population, le régime en place est
quant à lui foncièrement responsable de ne chercher qu’à
faire fructifier cette présence en treillis, sans se
soucier d’assurer la bonheur des djiboutiens.
C’est donc au Peuple djiboutien, sans aucunement
remettre en cause les diverses formes de présence
militaire, de mesurer à quel point ce régime est
irrémédiablement réfractaire à toute notion d’intérêt
général.
Le
présidentialisme djiboutien (2)
Démocratie, Dictature ou Caricature ? 2ème
partie : nous ne sommes pas en démocratie
Nous avions présenté la semaine
dernière la première partie d’une série d‘articles
consacrée aux dysfonctionnements institutionnels en
République de Djibouti, consécutifs à l’hypertrophie d’un
présidentialisme qui pose la question de savoir si nous
sommes vraiment en démocratie. Après avoir exposé
l’argumentaire du FRUD-armé durant les négociations de
paix, en faveur d’un réaménagement dans le sens d’un
meilleur équilibre, il convient dans cette partie de
démontrer pourquoi il est difficile de prétendre que
Djibouti est une démocratie.
Il s’agit donc de voir dans quelle
mesure le présidentialisme tel qu’il a cours à Djibouti ne
s’inscrit pas exactement dans la configuration communément
admise de tout système démocratique autre que populaire.
Parler du rôle démesuré d’un Président de la République,
c’est aussi une façon de pudiquement ignorer l’existence
purement formelle de son Premier ministre : la réalité de
l’un renvoie à la virtualité de l’autre.Mais dira-t-on,
certaines grandes démocraties, et non des moindres,
fonctionnent à merveille sur la base du système
présidentiel. Évoquer les seuls pouvoirs, aussi
exorbitants soient-ils, que les dispositions
constitutionnelles confèrent à un Chef d’État ne suffisent
pas à remettre en cause la nature démocratique des
institutions politiques de son pays. Il convient donc de
confronter cette position dominante aux autres
caractéristiques fonctionnelles définissant communément un
État de droit et une démocratie.
Le pluralisme politique
et la transparence électorale
Une démocratie se définit tout d’abord
par la liberté offerte aux citoyens de librement choisir
leurs représentants politiques. Nous n’apprendrons
certainement rien à personne en affirmant qu’à Djibouti,
cette liberté fondamentale est constamment bafouée : à
notre connaissance, aucune élection ne s’est ici déroulée
dans des conditions d’honnêteté minimales.
Les dernières législatives n’ont pas
échappé à cette règle et ont clairement montré à quel
point la consultation des citoyens n’était qu’une pénible
corvée à laquelle le régime devait s’astreindre pour se
parer du vernis démocratique qu’exige la nouvelle donne
internationale.
Si les fraudes ont généralement lieu
par la falsification a posteriori des résultats, le 10
janvier 2003 a démontré qu’un pouvoir illégitime était
également capable de chercher à assurer sa survie en tout
simplement empêchant les électeurs de voter. La récente
actualité politique continentale a pour sa part mis en
évidence que cette technique était une invariante
caractéristique des formations en difficulté :
l’opposition togolaise a dénoncé une pratique similaire
lors de la dernière consultation électorale.
Le pluralisme de l’audiovisuel
et l’indépendance de la presse
Là encore, n’importe quel
téléspectateur ou auditeur de la Radio Télévision
Djiboutienne (RTD) ou n’importe quel lecteur du journal
« La Nation », appartenant en principe à tous les
djiboutiens et devant refléter la diversité des opinions,
sont singulièrement monocolores, partisans pour tout dire.
Nos médias publics n’ont de public que le nom : hormis le
temps d’une comique soirée post électorale, il est
impensable d’espérer que les médias officiels se fassent
l’écho des activités politiques ou des points de vue de
l’opposition nationale. Quant à la presse de cette
opposition, les récents déboires judiciaires du directeur
de publication du « Renouveau Djiboutien » montrent
clairement qu’une épée de Damoclès est en permanence
suspendue au-dessus d’elle et que l’invocation de délits
tels que la « diffusion de fausses nouvelles » ou encore
la « diffamation » suffit au régime pour l’empêcher de
librement s’exprimer.
L’existence de contrepouvoir
et la séparation des pouvoirs
Il n’y a donc aucun contrepouvoir aux
excès de pouvoir permanents de l’Exécutif djiboutien
singulièrement personnifié(s). Par pudeur moins que par
manque d’argument, nous n’insisterons pas ici sur le
ridicule dont s’est couvert le Conseil Constitutionnel
djiboutien en avalisant des résultats aussi fantaisistes
que ceux de Daffeynaïtou : sa mission commanditée autant
par le caractère limitatif des textes que par le mode de
désignation de ses membres, ne l’a jamais érigée en garant
de la légalité.
Quant aux parlementaires, inutile de
démontrer que la cooptation dont ils sont les miraculeux
bénéficiaires leur interdit toute velléité d’honnêteté
professionnelle. Pour ce qui est enfin de la Justice, nous
défions quiconque de démontrer son indépendance à l’égard
de l’Exécutif : son seul statut violant la disposition
pourtant constitutionnellement garantie de l’inamovibilité
des magistrats du siège suffit à mesurer sa subordination.
La liberté syndicale
et les droits des travailleurs.
les dirigeants syndicaux licenciés pour
fait de grève, c’est-à-dire pour avoir défendu les droits
des travailleurs, et qui attendent, malgré toutes les
promesses présidentielles, d’être réintégrés dans leur
emploi, seront certainement les derniers à parler en bien
de ce régime.
En fait, les sempiternels retards de
salaire dont sont victimes les travailleurs djiboutiens du
secteur public, sufissent à démontrer tout le mépris dans
lequel ce régime d’arrivistes tient l’effort personnel et
le droit à la reconnaissance individuelle.
++++++
Ainsi donc, si le système politique
djiboutien, fondé sur la prééminence du Président de la
République, n’est absolument pas une démocratie, il s’agit
de savoir s’il s’agit d’une dictature, même personnelle.
C’est ce que nous tenterons d’examiner
la semaine prochaine voyant dans quelle mesure on peut, ou
on ne peut pas, véritablement parler d’une dictature à la
djiboutienne.
Samireh
est-il pigiste au Daily Mirror ?
Cela faisait longtemps que le héros de
la petite BD que « La Nation » propose à ses lecteurs
avait réussi à mériter notre indulgence : fini le temps où
il se plaignait qu’il y avait trop de Houmed parmi les
dockers du Port. Peut-être parce qu’il n’est pas tout à
fait libre de disposer de sa sagesse bédouine, il nous
revient malheureusement, dans l’édition du jeudi 5 juin,
avec des propos cryptés en langue afar (certainement le
premier effet positif du symposium) qu’il nous a semblé
utile de traduire afin que chacun se rende compte qu’il
est indécent de présenter une lecture de caniveau comme
grille de lecture de la vie politique nationale.

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- Hassan-le-grand, pourquoi es-tu
tout seul ?
- Je pensais à ce que Ahmed Dini m’a
dit. |

- Que t’as-t-il dit ?
- Il m’a dit : « même après
ancienneté, un notable n’en devient pas pour autant
Sultan ; moi, je n’ai aucune augmentation de salaire
pour un gardien. |
|

-Mon ami, je ne connais personne à
part Ahmed Dini qui n’ait aucun respect pour le
travail
- Celui qui est repu pense que tu
l’es aussi. |

- Ahmed Dini sera ingrat avec tout
le monde comme il l’a été avec Hassan-le-grand |
Commentaires : le fameux
Hassan-le-grand dont il est question dans ce feuilleton
plein de bassesse serait à notre connaissance un chantre
de l’Unité nationale, célèbre pour ses vers rythmés au
moment de la lutte pour l’Indépendance. Ce patriote
militant de la LPAI était une figure culturelle d’Arhiba
et un personnage emblématique des années 70. Ancien
nomade, il gagnait sa vie comme gardien à l’EDD bien après
l’Indépendance. Les propos imaginaires qui lui sont prêtés
dans cette bande dessinée de mauvais goût auraient été
soufflés à un responsable de la rédaction de « La Nation »
par un indicateur des services de la police politique.
Comme par hasard, le journaliste en question aurait été
félicité en haut lieu pour avoir publié de telles attaques
personnelles contre un des pères de l’Indépendance et de
surcroît signataire de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. A
ce jeu, il nous aurait été facile de dégonfler certaines
outres réellement repues, mais nous savons que la bassesse
ne grandit pas ses auteurs
Moralité : un régime à court
d’arguments politiques et de réels projets d’avenir quant
à la consolidation de la paix civile et de la
réconciliation nationale en est réduit à s’abaisser à des
attaques personnelles, assuré qu’il est que sa Justice ne
laissera jamais aboutir une quelconque plainte en
diffamation. Considèrant l’Etat comme sa propriété
personnelle et n’ayant donc aucun sens de l’intérêt
général, il poursuit sa fuite en avant. Mesquin, Maskiin !
Violation de la
Décentralisation : mode d’emploi
Nous avons souvent évoqué dans nos colonnes les multiples formes de sabotage
dont le régime se rendait coupable à l’encontre du processus de
décentralisation tel que prévu par l’Accord de Paix du 12 mai 2001. pour qui
aurait encore quelque doute à ce propos, le journal gouvernemental « La
Nation », dans son édition du jeudi 22 mai 2003, dévoile en pleine page toute
la mauvaise volonté du régime quant à la mise en place d’une véritable
décentralisation. Passage en revue du mode d’emploi de la violation préméditée.
Il convient tout d’abord de relever un exploit dont seul un
média tendancieux est capable : parler de décentralisation sans évoquer une
seule fois l’Accord de Paix du 12 mai 2001 dont elle tire réellement son
origine, au moins en terme de projet. Au lieu de cela, le journal
gouvernemental se croit encore obligé de présenter comme une décentralisation
en action des Conseils régionaux, désignés par l’Exécutif et n’ayant aucun
compte à rendre aux populations administrées.
Le caractère ridicule des réalisations effectuées par ces
Conseils régionaux en dit suffisamment long sur l’inefficacité et l’opacité de
leur mode de fonctionnement. A voir la liste de ces réalisations, on comprend
aisément que ces Conseils ne rendent jamais leurs comptes publics : « dépenses
de personnel, réhabilitation des locaux abritant ces Conseils, et leurs
équipements matériels informatifs et autres mobiliers de bureau, acquisition de
véhicules 4x4 » nous apprend-on sans rire.
Même si, dans l’interview, le fonctionnaire réquisitionné
estime à juste titre qu’ « on ne peut pas dire que le bilan soit vraiment
positif », la raison invoquée pour cet échec patent ne convaincra personne : la
nouveauté.
En effet, mis à part la faible dotation financières de 50
millions, l’Etat djiboutien ne s’est jamais soucié d’une dimension essentielle
accompagnant toute véritable décentralisation : la mise à la disposition des
entités décentralisées d’un personnel compétent, soit par transfert direct de
fonctionnaires en service, soit par la formation, les deux approches étant par
définition complémentaires. Le mode de désignation du personnel de ces Conseils
régionaux montre bien que la bonne gestion et le respect des administrés ne
sont pas forcément une priorité gouvernementale.
La vérité, c’est que ces 50 millions constituent un
gaspillage supplémentaire et, dans la plupart des cas, leur affectation n’a
absolument aucune incidence positive sur la qualité de vie des administrés.
C’est juste une nouvelle poudre aux yeux dont la fonction est de faire
semblant : un artifice supplémentaire de la mauvaise gouvernance pour en
quelque sorte régionaliser l’absence de perspective globale.
Tout comme il est fallacieux de prétendre que « des pays
beaucoup plus développés et plus riches que nous ont du mal à réaliser cette
politique » de décentralisation : c’est mentir par omission car il est tout
aussi vrai que des pays beaucoup plus pauvres que nous, le Mali par exemple,
ont réussi, parce que les responsables politiques en avaient la ferme volonté,
à mettre en place une réelle décentralisation. Ce n’est donc pas un problème de
moyens financiers ou humains qui se pose à Djibouti.
Ce qui se passe ici, c’est que le régime, peut-être parce
qu’il n’a pas assez de crédibilité intérieure pour penser et agir autrement,
s’obstine à admettre que c’est justement l’étouffement de certaines régions et
de certaines populations qui est directement à l’origine d’un conflit civil
dont le renouvellement devait être évité par la mise en place d’une
décentralisation capable de libérer les initiatives locales et d’assurer le
développement régional.
Comme l’écrit lui-même le journal gouvernemental « la
décentralisation est une idée forte lorsque l’Etat est fort, elle peut être une
idée faible quand l’Etat est faible » : c’est donc parce que l’Etat djiboutien
n’a d’Etat que le nom que ses dirigeants ne peuvent concevoir pour le moment
une réelle décentralisation. Par manque général de projet de société, ils se
contentent de bluffer : quand il n’y a pas de démocratie au niveau national,
aucun miracle ne peut instituer une démocratie au niveau régional.
« Création de baronnies, augmentation du coût de
l’administration, des espoirs déçus » : les risques inhérents à toute
mauvaise décentralisation, tels que les énumère « La Nation » grâce à un
document émanant du ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation peuvent
parfaitement s’appliquer aux actuels Conseils régionaux. S’il est bien évident
pour tout le monde que les actuels Conseils régionaux ne constituent nullement
une réelle décentralisation, prétendre le contraire n’est qu’une vaine fuite en
avant, la politique de l’autruche aux conséquences fâcheuses pour les uns et
les autres.
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