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Éditorial
ÊTRE INDÉPENDANT,
C’EST NE PAS ÊTRE DÉPENDANT
A force d’être ritualisée, banalisée,
une liturgie commémorative aussi importante que celle de
la date fondatrice de notre nation en arrive à perdre son
sens véritable : la dimension festive (congé payé) prend
le dessus sur la célébration proprement dite de
l’Indépendance. Pourtant, échappant un instant et autant
que faire se peut, aux tracas de la vie quotidienne, le 27
juin devrait être, pour chaque citoyen djiboutien,
l’occasion de se poser une question essentielle :
sommes-nous réellement indépendants ?
Certes, par temps de mondialisation, de
village planétaire et surtout de dégradation des termes de
l’échange, il peut paraître présomptueux pour une Nation
de revendiquer une quelconque autarcie. A fortiori lorsque
l’on est un minuscule État tel que le nôtre, ne disposant
de surcroît de pratiquement aucune ressource naturelle
exploitable. Dès le départ donc, nos maigres potentialités
nous interdisaient tout optimisme débordant quant à nos
chances de développement économique. Mais tout de même, cet
handicap ne saurait aucunement absoudre une gestion
gouvernementale désastreuse qui nous a rendus plus que
jamais tributaires de la générosité internationale. Le
problème n’est pas d’être naturellement pauvre, c’est de
mal gérer ses ressources. Or, par insouciance autant que
par irresponsabilité, le régime djiboutien étale à
longueur de temps dans sa presse spécialisée les
manifestations les plus flagrantes de son incompétence, de
son incapacité, bref son absence d’une réelle volonté
politique tendant à réduire autant que possible notre
dépendance à l’égard des aides extérieurs.
Ainsi, lorsque l’on apprend que l’État
djiboutien n’est même pas capable d’offrir sur fonds
propres un petit groupe électrogène aux habitants d’un
village sinistré tel que Randa, et qu’il doit pour cela
solliciter l’appui financier du PNUD, c’est la preuve
pathétique que ce régime prédateur refuse volontairement
de mettre nos moyens nationaux à la disposition de ses
concitoyens. De même, devoir mendier pour réhabiliter un
tronçon routier aussi vital que celui reliant Dikhil à
Galafi, alors que nul ne sait officiellement ce que sont
devenus les centaines de millions du Fonds d’Entretien
Routier, normalement prévues à cet effet, relève à maints
égards de la plus totale irresponsabilité politique.
Dans d’autres cas, c’est grâce aux
prêts contractés auprès d’institutions financières
internationales que des projets vitaux sont réalisés. Mais
ceci est tout aussi dramatique car, tôt ou tard, ce sont
les contribuables djiboutiens qui devront supporter les
sacrifices qu’exigera le remboursement de ces emprunts. Ce
ne sont là que quelques exemples parmi beaucoup d’autres :
dès qu’il s’agit d’investissement productif ou à caractère
social, le gouvernement de la mauvaise gouvernance a
surtout recours à la mendicité internationale, préférant
réserver les recettes nationales à ses dépenses
somptuaires et à sa politique clientéliste.
A deux jours du 27 juin, un tel
gaspillage pose une question : à quoi sert un régime
politique qui transforme aussi systématiquement ses
concitoyens en mendiants internationaux ? Fêter n’est pas
célébrer : la comédie politique, avec toute sa mise en
scène fastueuse ne peut nous faire oublier que nous sommes
de moins en moins indépendants. Djibouti ne survit que
grâce à la générosité internationale : nous sommes donc
bien loin de la souveraineté qu’incarne normalement le 27
juin. Il est vraiment grand temps que disparaissent ces
pratiques misérabilistes d’un régime incapable d’assurer
le minimum vital à ses concitoyens.
Brèves nationales
Affaire DAF :
Mea culpa de l’injustice
L’acharnement contre le Président du
MRD et directeur de publication du « renouveau
Djiboutien », M. Daher Ahmed Farah, a heureusement pris
fin le 23 juin, puisque le prévenu a été tout bonnement
acquitté à l’issue de son procès en diffamation. Nous nous
réjouissons de la libération de notre ami DAF, injustement
incarcéré durant plus de deux mois dans des conditions
intolérables à la sinistre prison de Gabode, au motif
fallacieux d’un délit de presse qui n’a finalement pas été
retenu.
Il semble que le récent séminaire
organisé à l’intention des magistrats leur a été
profitable, puisque ces derniers ont miraculeusement
daigné rendre justice à un opposant persécuté sans aucun
motif sérieux et dont l’acquittement logique contraste
fortement avec le refus opposé à sa demande de liberté
provisoire.
Rien ne justifiait donc l’incarcération
d’un prévenu qui allait être acquitté. Notre compagnon de
lutte s’est courageusement défendu en l’absence de son
avocat, soutenu qu’il fut par tous les leaders de
l’opposition, face à un avocat de la partie civile,
autrefois défenseur de droits de l’homme parait-il, qui a
fait bien piètre figure. Bravo DAF ! La lutte pour
l’avènement d’un véritable État de droit continue…
Randa :
Barrage au mensonge
La presse gouvernementale spécialisée
dans la désinformation ne manque par de lyrisme quant il
s’agit d’encenser les rares actions gouvernementales
entreprises de surcroît sur financement extérieur. Ainsi,
nous apprenons ébahis et en sueur, dans un article
dithyrambique de l’incorrigible « La Nation » : « il
faut dire que l’inauguration du mini-central
hydroélectrique, constitue une sorte de renaissance pour
le village d’après ses responsables ». Mais qui avait
tué ce village, et quelques-uns de ses habitants, depuis
un certain 5 juillet 1993 ?
Rappelons, moins pour le lecteur que
pour le bihebdomadaire gouvernemental, qu’une centrale
hydroélectrique fonctionne, par définition, grâce à
l’énergie fournie par la masse d’eau retenue par un
barrage. En attendant ce miracle de la pluviométrie
nationale, puisse au moins la mauvaise gouvernance fournir
les quelques rares barils de gasoil nécessaires au
fonctionnement du petit groupe électrogène et la mini
motopompe.
Réhabilitation à Randa :
Étape nécessaire mais insuffisante
Si le coûteux déplacement présidentiel,
avec sa cohorte de 4x4 rutilantes et ses centaines
d’obligés, a permis au village de Randa de sortir de
l’obscurité et de se soulager d’une corvée d’eau
épouvantable, la réhabilitation version Chef de l’État
n’en est pas une véritable. Le système du bakchich
privilégié en haut lieu continue à présenter un droit
inaliénable à être réhabilité comme une faveur
présidentielle réservée à quelques-uns.
Les Randaniens sinistrés ne l’ont pas
entendu de cette oreille, préférant dans leur grande
majorité boycotter une visite dont ils n’attendaient pas
beaucoup : le bla-bla finit sans doute par lasser les
auditeurs. Les maisons détruites restent à reconstruire et
les jardins pillés, à l’image du verger administratif où
la délégation présidentielle a fait une halte remarquée,
offre un spectacle de désolation. L’unique jardinier qui
arrosait ce qui fut autrefois la plus grande pépinière
nationale (jardin créé par un ingénieur français dans les
années 40) est aujourd’hui à la retraite et son poste
budgétaire n’a pas été pourvu. Tout comme les dizaines de
jeunes de ce village condamnés au chômage, la population
locale survit tant bien que mal, faute d’un réel intérêt
pour sa condition de la part des pouvoirs publics.
Cette station d’altitude, bien peuplée
l’été, a préféré se faire représenter aux festivités
animées par des groupes ramenées de Tadjourah et de
Djibouti, par des vacanciers, pour l’essentiel des curieux
et maladroitement comptabilisés au nombre des supporters
par les médias gouvernementaux éberlués.
Eau et électricité régionales :
L’énergique de Tadjourah
Comme il fallait s’y attendre, à chaque
fois que « Réalité » critique certaines personnifications
de la mauvaise gouvernance, le journal « La Nation »,
qu’il serait peut-être plus judicieux de rebaptiser « La
Ration », se croit obligé de donner une tribune aux
représentants épinglés de « la gestion de vraie
problématique ».
Ainsi, dans l’édition du lundi 23 juin
2003, le responsable régional de l’EDD, que nous avions
récemment interpellé au sujet de l’obscurité dans laquelle
reste plongée la pêcherie d’Obock à cause de la rupture
d’un câble électrique, nous revient miraculeusement par un
tour de passe-passe médiatique, pour nous parler de la
création d’un comité de gestion de l’eau et de
l’électricité à Randa, suite à la tout aussi miraculeuse
visite présidentielle.
Il est vrai que le cruel manque de
cadres compétents par lequel la mauvaise gouvernance
explique le cumul des fonctions et la parodie de
décentralisation que sont les « conseils régionaux », lui
permet en même temps que ce don d’ubiquité, l’absolution
de ses multiples défaillances techniques.
Lesquelles défaillances sont
directement à l’origine de la détresse des pêcheurs
d’Obock privés de glace pour conserver leurs poissons, et
accessoirement de certains malaises des malades et
parturientes qui étaient hospitalisés sans électricité au
dispensaire d’Obock dans le courant du mois dernier.
Chambre de commerce :
Victoire du bon sens !
Samedi 21 juin 2003 restera sans nul
doute inscrit dans les annales de la Chambre de Commerce
de Djibouti, institution quasi-centenaire, comme un grand
jour pour la communauté d’affaires de notre pays. En
effet, ce jour-là, l’assemblée consulaire réunie en séance
plénière et extraordinaire, a procédé à l’élection du
successeur du charismatique Président Coubèche, à la tête
de cet organisme depuis plusieurs décennies.
Les résultats des élections du bureau
de l’ex CICID ont donné vainqueurs des opérateurs
économiques reconnus pour leur contribution au
développement économique national, même si l’on peut
regretter que le secteur bancaire n’ait pas obtenu une
place correspondant à son poids réel.
L’un de ces opérateurs, élu président
avec une confortable majorité, malgré le vote orienté,
selon de nombreuses sources autorisées, de certaines voix
aux ordres du régime, mérite nos plus vifs encouragements.
Said Omar Moussa, dynamique
propriétaire de la « Pharmacie de la Corne de l’Afrique »,
est un membre unanimement respecté du Bureau de la Chambre
de Commerce auquel il appartient depuis de longues années.
Ce polyglotte affable a beaucoup contribué au
développement de l’information commerciale de la chambre
de commerce.
C’est en effet sous sa houlette que le
service d’information commerciale s’est considérablement
développé, au point de devenir la vitrine de cet
établissement public au service des initiatives privées.
Mise en vitesse de croisière par le
président sortant, la Chambre de commerce de Djibouti
s’apprête à prendre un nouveau départ sous la conduite du
Président Said Omar Moussa et des cadres nationaux
expérimentés, qui doivent à présent en prendre
nécessairement la direction.
Mauvaise gouvernance :
La mendicité encore et toujours
Toute honte bue, le journal
gouvernemental « La Nation » ne craint pas de médiatiser
une honteuse mendicité internationale révélatrice de la
démission des pouvoirs publics sous ce régime de mauvaise
gouvernance.
Après les réhabilitations des écoles de
Bondara et celles du district d’Ali-Sabieh, cette semaine,
les Forces Françaises Stationnées à Djibouti (FFDJ) sont
encore à l’honneur pour avoir accepté d’acheminer l’aide
alimentaire internationale destinée aux cantines scolaires
des districts d’Ali-Sabieh et de Dikhil.
Où est donc le mérite du régime
djiboutien, claironnant que l’Éducation Nationale
bénéficie du premier chapitre du Budget national, quand ce
sont des organismes internationaux qui fournissent
l’essentiel de l’aide alimentaire aux écoles de brousse,
autrefois approvisionnées et gérées sur fonds
exclusivement nationaux ?
Et que dire de l’acheminement de ces
vivres confiée aux FFDJ, alors que des 4x4 rutilantes de
l’administration, achetés sur fonds propres, sont
mobilisés pour l’acheminement du khat lors des
improductives tournées gouvernementales aux quatre coins
du pays ? Sans parler des dizaines de camions offerts à
l’Armée Nationale par les pays amis, véhicules qui ne sont
mobilisés que les jours de parade.
Lamentable gâchis permanent de la
mauvaise gouvernance.
Le
présidentialisme djiboutien (4)
Démocratie, Dictature ou Caricature ?
4ème et dernière
partie : une caricature despotique de la Démocratie
Jusqu’à présent, nous n’avions pas encore
clairement défini à quelle catégorie pouvait être rattaché
le système politique djiboutien, caractérisé par la
prééminence sans contrepouvoir du Chef de l’État, Chef du
Gouvernement, Chef suprême des Armées, Président du RPP,
Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, seul
autorisé à signer lois, décrets, décisions et arrêtés.
Singer la Démocratie tout en se montrant autoritaire et
peu respectueux de l’État de droit, cela a un nom :
caricature despotique et délinquante. Clôturons donc cette
série en examinant ces deux dimensions fondamentales du
présidentialisme djiboutien.
Nous avions dit la semaine dernière
qu’il était possible de parler de dictature à partir du
moment où l’on se trouve en présence d’un système
politique caractérisé par la concentration des pouvoirs
aux mains d’un seul individu, d’un groupe d’individus,
d’une organisation particulière (parti ou armée). Nous
n’en avions alors examiné que deux dimensions pour
démontrer que l’on ne pouvait pas parler de dictature à
Djibouti, puisqu’il n’y avait ni parti unique structuré,
ni groupe ethnique solidaire dans sa domination. Nous
avions volontairement laissé pour cette semaine un aspect
qui rend assez fidèlement compte de la réalité
djiboutienne : la concentration des pouvoirs aux mains
d’un seul homme.
De fait, la Constitution djiboutienne
accorde des pouvoirs absolus au Chef de l’État. Elle
organise également les autres pouvoirs, pensera-t-on :
Législatif et Judiciaire. Inutile de nous répéter : c’est
justement à ce propos que l’on est en droit de parler ici
de caricature. Les textes ne sont là que pour masquer un
profond dysfonctionnement de nos institutions.
Ainsi, la vie politique nationale se
caractérise par deux traits essentiels : un autoritarisme
personnifié profitant au Chef de l’État à tel point qu’il
est possible d’évoquer la notion de despotisme ; une
violation permanente des textes de loi autorisant quant à
elle le recours à la catégorie de « régime délinquant ».
Le despotisme renvoie donc à l’absence
totale de contrepouvoir susceptible d’encadrer ou de
contrôler les immenses pouvoirs du Chef de l’État. Même si
la Constitution organise les pouvoirs des membres du
gouvernement, le fait par exemple qu’aucun ministre ne
puisse recruter le plus humble gardien ou la plus modeste
femme de ménage sans une décision présidentielle montre
bien qu’il dispose d’un pouvoir de vie ou de mort sociales
sur l’ensemble de ses concitoyens.
C’est une forme d’organisation
politique dans laquelle le pouvoir est arbitraire,
c’est-à-dire non fondé sur le droit, le bénéficiaire
l’exerçant de façon absolue
Les traits caricaturaux de cette
disposition constitutionnelle n’autorisant aucun garde-fou
au pouvoir du Chef de l’État, se trouvent grossis par une
gestion quotidienne des affaires publiques justifiant
l’utilisation du concept de patrimonialisme, forgé par
Weber, ou encore celui de despotisme oriental inventé par
Montesquieu. Tous deux ont en commun de décrire une forme
d’organisation politique dans laquelle la société est
gouvernée à la manière d’un foyer domestique, les
relations normalement impersonnelles caractéristiques de
tout État de droit y sont remplacées par des réseaux
d’allégeance liant le Chef à ses courtisans. Il n’y est
pas rare que la confusion soit généralisée entre biens
publics et privés.
Cette privatisation de l’espace public
s’appuie sur des pratiques de favoritisme, eux-mêmes
indissociables d’une culture de la fidélité par laquelle
le Chef est obligé de constamment réactiver la loyauté des
bénéficiaires de ses largesses. Comme le jardin
d’acclimatation du Day, il lui faut irriguer ses réseaux
de soutien, laquelle manne liquide qui, comme pour le
ranch agropastoral du Day, n’est pas forcément budgétisée
de façon réglementaire.
Ce n’est pas par abus de langage que
nous parlons de caprice à propos des conditions dans
lesquelles l’eau est arrivée sur ces hauteurs. Que l’on en
juge par la définition que donne Montesquieu dans son
Esprit des Lois : « Le gouvernement républicain est
celui où le peuple en corps, ou seulement une partie du
peuple, a la souveraine puissance ; le monarchique, celui
où un seul gouverne mais par des lois fixes et établies ;
au lieu que, dans le despotique, un seul, sans loi et sans
règle, entraîne tout par sa volonté et par ses caprices. »
Le document que nous vous présentons en
page 7 de ce numéro est exemplaire à cet égard : le
favoritisme par lequel des nécessiteux sont soumis au
chantage et la violation de l’Accord de Paix du 12 mai
2001 y trouvent une actualité qui serait caricaturale,
n’eût été le drame de ceux qui ont tout perdu dans le
conflit.
Inutile de dire que, dans ces
circonstances, le favoritisme despotique est près peu
compatible avec le respect des normes de droit : c’est le
règne de l’arbitraire absolu sans lequel, justement, le
pouvoir arbitraire, discrétionnaire du Chef ne pourrait
exister ou se perpétuer.
C’est la seconde dimension
caractéristique du présidentialisme djiboutien : la
violation quasi-systématique des règles les plus
élémentaires, définissant toute Démocratie autorise à dire
que nous sommes en présence d’un régime délinquant.
Laquelle délinquance se définissant
généralement par l’existence de pratiques déviantes par
rapport aux normes édictées et s’appliquant uniformément à
tous.
Le droit est remplacé par le
passe-droit : tout devient, à condition que l’on sache à
quelle porte frapper et quelle intervention solliciter,
affaire de marchandage. Il n’est pas nécessaire
d’illustrer cette déviance devenue norme à Djibouti : la
seule physionomie volontairement rachitique d’une Chambre
des Comptes qui, comme par hasard n’adresse les résultats
de ses investigations qu’au Chef de l’État (alors que sa
justification serait de les rendre publics), suffit à
démontrer que ce que l’on nomme pudiquement « opacité dans
la gestion des deniers publics » est une dimension
constitutive du système politique djiboutien.
Mais l’aspect le plus dramatique de cet
usage privé des biens publics, c’est incontestablement
dans le mépris qu’un tel système affiche à l’égard de la
volonté populaire. Jusqu’aux dernières élections
législatives, il est bien établi qu’un pouvoir
absolutiste, despotique, ne laisse aucune liberté de choix
à ses concitoyens et aucune place à l’opposition
pacifique.
La fraude massive du 10 janvier 2003,
ainsi que l’acharnement contre un opposant tel que DAF
sont monnaie courante dans ces situations
monopolistiques : même éclairé, un despote ne peut
accepter une quelconque diminution, la plus légale
soit-elle, de son autorité. Dans cette logique, leur
propension naturelle à renforcer le pouvoir central
amènent les despotes de par le monde à refuser toute idée
d’une décentralisation : les caricatures que constituent
les actuels « conseils régionaux » et le sort réservé au
projet de Décentralisation signé le 12 mai 2001 montrent
bien que sous nos cieux également, cette constante
autoritaire se retrouve.
Ainsi va la République de Djibouti :
des textes consacrant largement l’État de droit et la
ratification de presque toutes les conventions
internationales coexistent sans douleur, tant la duplicité
est devenue une seconde nature, avec les formes les plus
extrêmes de la personnalisation du pouvoir (et de ses
abus) et les violations les plus flagrantes de toute règle
de droit. La maturité politique dont ont fait preuve tant
le Peuple que l’Opposition djiboutienne, nous autorisent
enfin à conclure cet article par une interrogation qui
hantait Rousseau : « On dira que le despote assure à
ses sujets la tranquillité civile. Soit : mais qu’y
gagnent-ils, si les guerres que son ambition leur attire,
si son insatiable avidité, si les vexations de son
ministère les désolent plus que ne feraient leurs
dissensions ? Qu’y gagnent-ils, si cette tranquillité même
est une de leurs misères ? On vit tranquille aussi dans
les cachots ; en est-ce assez pour s’y trouver bien ? »
Malheureusement, Djibouti n’a pas
toujours connu la « tranquillité civile » le refus
gouvernemental d’appliquer l’Accord de Paix du 12 mai
2001, persistant donc dans son acharnement à reconduire
les causes du conflit en creusant davantage le déficit
démocratique, nous inclinent à penser que le despotisme
local n’a même pas certaines vertus dont ce genre de
pouvoir est capable ailleurs.
De même que le gauchisme était la
maladie infantile du communisme, du moins si l’on en croit
ses détracteurs, on peut considérer que le despotisme est
la maladie infantile des systèmes politiques issus du
processus de décolonisation. Heureusement qu’une
caricature se fait au crayon: ça s’efface tôt ou tard.
Tadjourah-Randa : l’échec d’une politique
Six mois après le hold-up électoral du 10
janvier 2003, le Chef de l’État entouré de ses mal-élus
traumatisés, s’est rendu dans la Ville-Blanche pour y
inaugurer un mausolée, pardon, un nouveau bâtiment de
l’ex- parti unique rejeté à l’échelon national et
totalement défait à Tadjourah. Raison pour laquelle son
illustre président s’est personnellement investi dans une
campagne cherchant à le réanimer. Peine perdue!
C’est curieusement sur la place de
l’Indépendance où règne l’annexe de l’ARD, et haut lieu
des rassemblements de l’UAD, qu’un fantaisiste siège du
parti illégalement au pouvoir a été bâti. Le fait d’avoir
choisi ce lieu emblématique dans une ville considérée
comme le bastion de l’opposition, ne trompe personne. Ce
régime d’esbroufe cherchait à tester son influence,
moyennant faveurs et mensonges : échec total.
Quelques jours auparavant, des missi
dominici envoyés en éclaireurs et des agents de la
sécurité présidentielle pré positionnés, ne cachaient pas
leur pessimisme. Dans leur rapport d’inspection, ces
grenadiers-voltigeurs avouaient sans fausse modestie
l’échec de leurs entreprises de sensibilisation, ou plutôt
de désinformation. Ce serait, semble-t-il, suite à leurs
conseils avisés que le Chef de l’État, qui avait
initialement prévu d’aller à Tadjourah par mer, a
finalement préféré se rendre en hélicoptère dans la
Ville-Blanche.
Ce changement d’itinéraire au dernier
moment est en soi révélateur du désarroi d’un régime
déstabilisé et frileux. Il est vrai que la veille, les
dynamiques militants de l’Alliance Républicaine pour le
Développement (ARD) n’avaient pas caché leur opposition à
ces festivités qui leur apparaissaient comme une
provocation de la part d’un régime particulièrement
détesté depuis la mascarade électorale du 10 janvier 2003.
Une fois sur place, le Président de la
République et son gouvernement, habitués à amadouer en ces
circonstances, ont eu la désagréable surprise de voir que
quelque chose ne tournait pas rond dans cette ville
normalement connue pour son respect du visiteur et pour la
chaleur de son accueil.
Aussi, après une symbolique cérémonie
d’un local tout aussi symbolique, le Chef de l’Etat a
préféré retrouver la fraîcheur de l’altitude en se rendant
par hélicoptère à Randa. Pourtant, les engins des Travaux
Publics, absents du Nord depuis fort longtemps, avaient
fait des miracles sur la route PK9-Randa à son intention,
au plus grand bonheur des usagers de ce tronçon,
bénéficiaires bien malgré eux de cette manifestation
inattendue des services publics.
De l’avis même de certains
représentants de l’entourage présidentiel, la dernière
visite du « numéro un djiboutien» à Tadjourah a été un
cuisant échec. Pour preuve, les membres du second parti de
l’alliance illégalement au pouvoir, sous-traitants locaux
du RPP, ont préféré adopter un profil bas, n’apparaissant
qu’au dernier moment aux festivités organisées par
courtoisie en l’honneur d’un Président de la République
qui a déçu à beaucoup d’égards. Certains d’entre eux
s’éclipsant même pour rejoindre illico presto Randa ,
toujours avec la même discrétion. Pendant ce temps, nos
braves militants de Tadjourah se sont retrouvés à l’annexe
de l’ARD pour nettoyer ses alentours et badigeonner ses
murs. Ainsi, des centaines de femmes de Elaamo, Fii’a,
Tadjourah-centre et Marsaki ont allègrement boudé la
comédie présidentielle en restant chez elles
Quoi qu’en pense le RPP local
fossilisé, l’ARD, le grand parti emblématique de
l’opposition nationale et membre de l’Union pour
l’Alternance Démocratique, plus connu là-bas sous le sigle
« UAD 100% », reste absolument maître des lieux, parce
qu’elle incarne la seule solution crédible face à la
démagogie d’un régime plus soucieux de faire croire que de
réellement rendre service aux citoyens.
Aux dernières nouvelles, nous apprenons
que, suite au coûteux déplacement présidentiel censé tirer
un trait sur « la soif et l’obscurité » à Randa, dès
samedi 21 juin 2003, les habitants auraient constaté le
retour de l’obscurité et de la corvée d’eau. Et ce
quarante-huit heures après la médiatique visite
présidentielle qui s’est terminée, comme on le sait, en
queue de poisson : dans le cadre enchanteur du jardin
d’acclimatation du Day.
Qui peut donc croire que ce régime peut
encore survivre uniquement en mentant au Peuple et en
investissant des millions en propagande alors que la
réalité la plus évidente démontre qu’il a totalement
échoué dans la construction de l’Unité nationale et dans
le Développement économique durable.
Et dire que le vice-président du
Conseil Régional de Tadjourah prétendait que « l’État
va contribuer aux dépenses de gasoil et aux frais
d’entretien de ce groupe électrogène.»
Si le vernis ne dure qu’un temps, la
dure réalité insuffisamment combattue réapparaît tout le
temps.
La
Réhabilitation version calife
Comme nous le disions dans l’article
précédent, Djibouti est sous un régime essentiellement
fondé sur le seul caprice d’un leader qui se croit tout
permis, parce que lui-même préfère récompenser les
citoyens djiboutiens en fonction des attentes qu’ils
formulent à son égard. Ce qui est d’autant plus grave
qu’il s’agit d’une situation dans laquelle, par respect
pour les nécessiteux, aucun chantage ne doit être
moralement permis. Malheureusement, le régime despotique
que les citoyens djiboutiens doivent supporter jusqu’à
l’inévitable changement n’a quant à lui aucun scrupule à
terroriser de malheureux nécessiteux uniquement désireux
de voir réhabiliter un cadre de vie qu’ils on perdu à
cause de la prédation de soldats gouvernementaux impunis.
Le courrier ci-dessous reproduit, émanant du Président du
Croissant Rouge pour la région d’Obock, est assez
révélateur de toute cette injustice institutionnalisée.
Mr MOHAMED AHMED CHEHEM
Président du Croissant Rouge d’Obock
Tél. : 81 8642
Djibouti
Djibouti, le 21 Juin 2003
A
Son Excellence Monsieur le Ministre
de l’Habitat Et de l’Environnement
Djibouti
Objet : Doléances
Excellence,
En ma qualité de président du Croissant
Rouge d’Obock, j’ai assisté à la Réunion à Obock dans
l’enceinte du Centre Communautaire et on nous a soumis la
liste nominative de 240 personnes qui bénéficieront de la
réhabilitation de leurs logements à Obock, lequel projet
est financé par la communauté européenne.
Toutefois, j’ai été surpris de
constater que la majeure partie des personnes figurant sur
ladite liste ne sont pas réellement les personnes dont
leurs logements ont été endommagés par la guerre.
J’ai d’ailleurs avisé le Commissaire de
la République, Chef du District d’Obock à ce sujet car il
est regrettable que les réelles personnes qui ont subi un
préjudice par la guerre ne sont pas figurés sur cette
liste.
C’est pourquoi, je recours à vous,
Excellence, afin qu’une autre commission soit reconstitué
pour déterminer sur le terrain même à Obock en procédant à
une enquête auprès des habitants d’Obock pour connaître
les vrais personnes qui étaient propriétaires des terrains
sur lesquels ils possédaient dans le temps leurs logements
endommagés par la guerre. .
Aussi, il existe des personnes qui ont
construit des habitations de fortune à la suite de
l’endommagement de leurs logements par la guerre et qui
habitent dans des conditions pénibles, exposés aux
intempéries et aux moustiques. C’est donc ces gens qu’il
faudrait aider et assister en premier lieu et en urgence
car c’est vraiment eux qui ont subi des préjudices et qui
se sont installés suivant leurs moyens. Tandis que ceux
qui vont construire dans la Zone Palmeraie aux abords de
l’OUED et sur le LIT de l’OUED, il est recommandé de leur
octroyer par le District d’Obock des terrains dans
d’autres emplacements car l’OUED a déjà fait assez de
victimes.
En conséquence, je vous prie de bien
vouloir intervenir afin que les vrais nécessiteux soit
servis avant les autres qui veulent ont profité car cette
affaire risque d’avoir des conséquences fâcheuses si l’on
détermine pas les réelles sinistrés.
Comptant sur votre compréhension et sur
votre précieux recours ainsi que sur le bien fondé de
votre décision pour cette affaire.
Je vous prie de croire, Excellence,
Monsieur le Ministre, l’assurance de mon profond respect.

COMMENTAIRE
Il fallait s’y attendre : s’est pour
s’adonner à ce favoritisme malveillant et injuste que le
régime a saboté la Réhabilitation prévue par l’Accord de
Paix du 12 mai 2001. or, durant les négociations, le
FRUD-armé avait dressé un tableau exhaustif des
destructions subies dans les zones affectées par le
conflit. Il aurait suffi au régime de se référer à ce
document annexé au dit Accord pour savoir qui indemniser
et de quoi. Mais son souci n’est pas de rendre justice. La
dérive dont se plaint M. Mohamed Ahmed Chehem s’est déjà
produite par le passé, lorsqu’il a été question
d’indemniser les pêcheurs ayant perdu leur outil de
travail, de même que les jardiniers dont les potagers ont
été détruits durant le conflit. Contrairement à ce régime
démagogique qui ne veut récompenser que ses seuls fidèles,
il prône quant à lui une réhabilitation prioritaire des
vraies victimes.
Décentralisation et création de parti
Dans son édition du lundi 23 juin, le
journal gouvernemental « La Nation » a donné la parole,
sur visite spontanée comme d’autres le font à « Jeune
Afrique-L’Intelligent », pour rétablir ce qu’ils estiment
être une vérité que le lecteur ne peut ignorer à propos
des négociations entre le gouvernement et le FRUD-armé. on
y apprend beaucoup de choses, comme par exemple le fait
que le FRUD-armé aurait demandé à ce que l’administration
fonctionne sur la base des quotas ethniques. C’est tout le
contraire : nous avions insisté sur la nécessité d’éviter
les situations monocolores que l’on observe çà et là,
préjudiciables à l’Unité Nationale. On y apprend également
que nous aurions cherché à attenter à l’Unité nationale en
proposant l’abrogation d’un article de la Constitution.
Voyons cela.
« La Nation » propose donc au lecteur
une sorte de mise au point, d’autant plus intéressante
qu’elle émane d’un fonctionnaire présenté comme avoir
participé aux premières loges aux pourparlers de paix
entre le gouvernement et le FRUD-armé entre avril 2000 et
mai 2001. Accessoirement à sa participation à la
« Commission des Réformes Démocratiques », l’interviewé,
un certain Monsieur Ali Djama Abdi, n’est pas un inconnu à
« Réalité ». Au nom du ministre de l’Économie et des
Finances, il s’était en effet autorisé à nous répondre à
propos de quelques considérations économiques, en nous
invitant, au nom du gouvernement djiboutien « à faire
preuve de patience » car, selon lui, de centaines de
millions de nos francs avaient été investis par le régime
dans « la consolidation de paix ».
Histoire peut-être de nous suggérer de
détourner une partie de ces fonds puisque, de toute
évidence, la partie signataire que nous sommes n’a jamais
entendu parler d’une concrétisation dudit Accord de Paix.
Voilà donc que notre génial
fonctionnaire nous revient aujourd’hui pour éclaircir un
point d’histoire essentiel de notre pays. Sous le titre « Ils
n’ont pas le monopole de la paix », cet apparemment
paisible citoyen djiboutien qui, sommé par le journal
gouvernemental de « donner des exemples concrets »
des bonnes dispositions du régime quant à une
concrétisation rapide et sincère de l’Accord-cadre conclu
le 7 février 2000 à Paris, livre au lecteur des «
révélations » pour le moins inexactes.
Le monologue étant l’arme des
situations dictatoriales qu’il incarne, peut-être bien
malgré lui , ce sieur Ali Djama Bakal, qui jouait un rôle
plus que marginal dans cette « Commission des Réformes
Démocratiques » dont le co-président côté gouvernement
n’était autre que l’actuel Président de la mal-élue
Assemblée Nationale, se croit en droit de prétendre qu’ « à
la discussion qui a porté sur la constitution, deux points
ont été particulièrement importants à nos yeux, car il
était question de la sauvegarde de l’unité du pays et de
l’union des communautés. Le premier point était la réforme
de l’article 6 de la constitution, et nos adversaires nous
avaient proposé de réviser cet article pour extraire les
éléments tels que ‘’ ethnie, langue et région’’ comme base
d’identification pour un parti politique.
Autrement dit, toute organisation à
caractère politique aurait la possibilité de s’identifier
à une ethnie, à une langue ou à une région. Ce projet de
réforme était inacceptable dans notre esprit, dans la
mesure où elle s’inscrit dans une logique de division
ethnique et de haine tribale. Accepter cette proposition,
reviendrait à dresser les différentes communautés les unes
contre les autres pour entraîner notre pays dans une sorte
de ‘’balkanisation’’. »
Comme il le dit lui-même, et sans
nécessairement convoquer comme lui le pléonasme, « ne
pas évoquer l’intégralité de l’ensemble des arguments
émanant des deux parties et en ne tenant pas compte de
tous les aspects et contexte lié directement ou
indirectement aux pourparlers, consiste à manquer de
respect à la nation », une simple précision s’impose.
En effet, si lors de ces négociations
le FRUD-armé a suggéré l’abrogation de cet article de la
Constitution, c’était avant tout en référence à la loi
relative aux partis politiques dans le contexte d’une
réelle Décentralisation. Laquelle loi relative aux partis
politiques dispose, comme chacun le sait, que des
représentants de chaque région et de chaque composante de
la communauté nationale se portent garants de la création
de tout parti politique en République de Djibouti.
Ce qui peut sembler plus ou moins
normal dans le contexte d’une compétition nationale, même
s’il est bien évident que la référence à la sauvegarde de
l’Unité Nationale a toujours servi d’alibi à toutes les
situations de parti unique dans l’Afrique post coloniale :
une domination tribale a besoin de figurants d’autres
groupes tribaux pour se légitimer.
Mais si le FRUD-armé, c’est-à-dire
nous, a suggéré une telle réforme dans la constitution de
partis politiques, c’est pour une raison bien simple.
Imaginez, par exemple, dans le cadre d’une réelle
Décentralisation, que les citoyens d’une région
décentralisée comme Ali-Sabieh ou même Arta, aient envie
de s’organiser en parti politique pour mieux défendre
leurs intérêts régionaux à l’échelle de leur région, ce
qu’ils ont parfaitement le droit de faire.
Pourquoi les obliger alors, afin de
pouvoir créer leur propre parti politique, à s’adjoindre
des représentants de communautés ne vivant absolument pas
ou marginalement dans leur région ?
Il est donc tout à fait stupide et
malhonnête d’exiger des citoyens de ces régions d’exhiber
des faire-valoir d’autres communautés, d’autres régions ou
d’autres groupes ethniques pour être autorisés à défendre
leurs intérêts régionaux légitimes, dans la sauvegarde
bien entendu de l’Unité Nationale.
Car, dans une Décentralisation digne de
ce nom, il s’agit avant tout de respecter les choix des
citoyens pouvant librement désigner leurs élus locaux :
pourquoi leur imposer alors de passer par un parti
politique implanté à l’échelle nationale, avec tout ce que
cela suppose comme fraude, pour être autorisés à exister ?
Une telle entrave au libre exercice de la représentation
politique est totalement contraire à ce que l’on entend
communément par Démocratie.
Mais il est vrai que la République de
Djibouti est tout sauf une Démocratie. Il est donc bien
normal que certains représentants d’un régime illégal et
illégitime inventent des quotas régionaux ou tribaux pour
perpétuer la domination d’une minuscule clique au pouvoir,
s’autorisant de textes taillés sur mesure pour étouffer
des démocraties locales qui sont, à y bien regarder,
l’unique chance de survie d’un État pluriethnique comme le
nôtre.
Il est dramatique que le régime cherche
éperdument à fuir cette réalité incontournable : temps
perdu !
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