|
|
Éditorial
LE CIRQUE POLITIQUE BIENTÔT EN
REPRÉSENTATION A YOBOKI
Terminator, Gouvernator, Exterminator,
Doctor : ce n’est certainement pas un hasard si les
comédiens et autres acteurs de cinéma sont statistiquement
(par rapport à d’autres métiers) les plus nombreux à être
attirés par une carrière politique. Sans parler de la
candidature de Coluche, même la reconversion réussie de
Bernard Tapie en sens inverse le montre clairement : la
politique est inséparable du spectacle. Mais si la
concurrence électorale entre les partis et l’alternance
des régimes, qui définissent une véritable démocratie,
tempèrent ailleurs le recours abusif à la mise en scène
mystificatrice, l’action politique est le plus souvent
réduite, dans les situations de parti unique comme à
Djibouti, à la seule imagerie officielle exagérément
produite par des médias dociles, avec tout ce que cela
implique de retouches ou de trucages.
Au moment où, dans le cadre de ses
activités, l’ARD projette pour bientôt une tournée dans le
Sud et le Sud-Ouest, c’est essentiellement dans cette
optique symbolique (au sens de nulle) qu’il convient de
comprendre les récentes et prochaines attentions que le
régime feint d’accorder à Yoboki et sa région. A régime
sans dessein, coopération sans envergure : tout le monde,
à commencer par les habitants de Yoboki, aura noté le
ridicule consistant à financer aujourd’hui une étude aux
fins d’installation d’un réseau électrique alimenté par un
groupe électrogène qui s’ennuie sur place depuis plus d’un
an. Mettre la charrue avant les bœufs, c’est la meilleure
trouvaille du régime pour simuler le mouvement au point
mort.
Pourquoi le spectacle tient-il donc ici
lieu d’action et de pensée politiques ? Principalement
parce qu’il s’agit, sous la conduite peu éclairée du Chef
de l’État en campagne électorale anticipée, de violer les
dispositions de l’Accord de paix du 12 mai 2001 relatives
à l’indemnisation des biens civils détruits et à la
Réhabilitation des zones affectées par le conflit. On
saisit alors toute la mesure de la démagogie en action,
surtout quand il s’agit d’une région comme celle de Yoboki
qui, bien que sécurisée d’un point de vue militaire dès
les Accords d’Ab’a en 1994, n’a jamais bénéficié du
moindre programme de reconstruction de ses
infrastructures. Et si nous rappelons sans cesse cette
violation, c’est surtout parce que partout dans le monde,
elle s’est terminée par un nouveau conflit : seul un
régime irresponsable peut l’oublier.
Comme pour Obock ou Randa, aucune
visite ministérielle ou présidentielle n’y changera rien :
le triste spectacle des artifices politiques, servi
jusqu’à la nausée par les médias gouvernementaux, ne sert
qu’à masquer la réelle absence d’un programme tendant à
restaurer dans leur dignité, dans leurs biens et dans
leurs droits les habitants de ces régions dévastées et
visant à durablement arracher toutes les masses
défavorisées au dénuement dans lequel les maintiennent
prédation et mauvaise gouvernance généralisées.
Le pain et le cirque, disaient déjà les
Latins. A défaut d’assurer le pain quotidien en améliorant
leurs conditions d’existence, le régime est en tout cas
très généreux dans la promotion de son cirque politique :
bientôt à Yoboki. Les invités de la région sont rassurés :
aucune carte nationale d’identité ne sera exigée pour
pouvoir assister au spectacle.
C’est déjà cela de gagné !
Brèves nationales
Présidence de la République :
Bailleur de fonds national ?
Le Chef de l’État a récemment inauguré
une unité de dialyse du service de santé des FAD. Cet
appareillage coûteux mais très utile n’a été financé ni
sur le budget de la Défense ni sur celui de la Santé, mais
par la Présidence. Mais d’où proviennent alors les fonds
apparemment inépuisables et non budgétisés de ce nouveau
bailleurs de fonds national ? Rappelons qu’il y a plus
d’un an la première dame avait « fait don » à l’Hôpital
Peltier d’un coûteux appareil de mammographie, au cours
d’une cérémonie médiatisée à outrance.
Nous ne serions pas étonnés d’apprendre
dans quelques mois que la Présidence a financé
l’acquisition de nouveaux équipements pour la RTD
fragilisée après l’incendie de samedi dernier. A quoi
servent les départements ministériels et leurs budgets
respectifs, si les projets relevant de leur compétence
sont concoctés et financés par la Présidence, seul îlot de
prospérité dans un océan de précarité ?
Sud-Ouest :
Visite de l’agronome volant ?
Dans le cadre de la promotion du
développement agropastoral, le Chef de l’État, frais
émoulu de l’Université d’agriculture de Tokyo,
s’apprêterait à effectuer une visite médiatique dans la
région Yoboki Galafi à la mi-octobre.
Après ses visites éclairs du mois de
juillet dernier à Assamo et As-Eyla au cours desquelles il
avait prodigué ses conseils éclairés aux cultivateurs de
ces deux localités, nul doute que cette fois, « le numéro
un djiboutien » s’entretiendra avec les nomades du
Sud-ouest, de la riziculture en milieu aride. A moins que
ce ne soit de l’autosuffisance en kath…
A ce chapitre, le jardin
d’acclimatation du Day, propriété privée de notre agronome
volant, accueille déjà plus de 2000 plants de khat tout
droit venus de la région de Dire-Dawa. Une façon comme une
autre de lutter contre l’érosion des hauts plateaux
djiboutiens !
Yoboki :
Réhabilitation élec…toraliste ?
Après les réhabilitations ébranlées de
Randa et d’Obock, le régime planche actuellement sur
l’électrification bien tardive de Yoboki. Neuf ans après
les accords d’Ab’a, cette localité abandonnée végète
encore dans l’obscurité. Pré-campagne présidentielle
oblige, les autorités semblent à présent décidées à la
sortir des ténèbres dans lesquelles elle était injustement
maintenue depuis 1992. Le groupe électrogène livré en 2002
attend peut-être la visite du Président lui aussi
électrogène pour fonctionner.
Dans une logique d’esbroufe, le
Commissaire de Dikhil évoque déjà la mise sur pied d’un
comité de gestion du futur réseau électrique dont la mise
en service est prévue dans trois mois. On se souvient du
groupe électrogène de Randa qui a cessé de fonctionner,
faute de carburant, dès le lendemain de son inauguration
en grande pompe. Les habitants de Yoboki restent pantois
devant ce qu’ils considèrent comme une gageure
électoraliste. Après tout, ces populations n’oublient pas
qu’à leur retour d’exil, elles ont dû attendre près de dix
ans pour entendre à nouveau parler d’électricité.
En attendant, il reste les habitations
détruites à reconstruire, les démobilisés à réinsérer,
toutes les victimes ayant perdu leurs biens à indemniser.
Pari impossible à tenir par ce régime se nourrissant de la
détresse de ses concitoyens en les abrutissant avec du
khat financé avec les deniers publics. Pur délire que
prétendre pouvoir convaincre ainsi une population oubliée
depuis si longtemps. Avant de renouer avec la lumière, la
vraie, Yoboki entend se libérer de l’obscurantisme imposé
pour ce régime paternaliste et sectaire.
Education Nationale :
Le triangle de l’ignorance
Hanlé, Galafi, Gagadé, Assal, toutes
ces régions bien peuplées du district de Dikhil se
singularisent par un injuste et criminel abandon dans le
domaine de l’Éducation. En effet, aucune école n’y a été
construite en un quart de siècle d’indépendance. Les
habitants de ces contrées n’ont ni école, ni dispensaire,
ni même de pièces d’identité. Ils se considèrent comme les
damnés de notre pays.
En février 2002, lors d’un pompeux
séminaire sur l’action gouvernementale, le Vice-président
du Conseil régional coopté de Dikhil avait courageusement
évoqué la gravité de la situation dans ces régions, sans
être entendu. Un véritable développement respectueux des
populations commence par la lutte contre l’ignorance, en
un mot par l’éducation des enfants, avant le GSM et la
Télévision !
Damerjog :
Futur ranch agropastoral ?
Nul n’est censé l’ignorer, notre
Président est un amoureux de la terre. Anticipant sur
l’installation à Damerjog d’un Centre Régional
d’Exportation de Bétail, notre illustre paysan y
disposerait déjà d’une propriété à finalité agropastorale.
Les méchantes langues affirment même qu’il compte y
pratiquer la riziculture apprise au Japon paraît-il. La
future rizière serait irriguée à partir de l’eau de mer
dessalée par une usine devant être installée su la côte et
destinée à fournir de l’eau douce pour les millions de
tête de bétail qui transiteront par cette localité de
Damerjog.
On n’arrête pas le progrès agropastoral
de notre pays et de son Président. Pour l’heure, Damerjog
reste reliée à la Capitale par une piste qui attend d’être
goudronnée comme celles des autres zones rurales.
Port pétrolier de Doraleh :
En attendant l’Oléoduc ?
Les ports d’Aden (Yémen) et de Salalah
(Oman) n’ont qu’à bien se tenir. Le futur port de Doraleh
(voulu par le Chef de l’État) et dont le Conseil
d’Administration déjà en place est présidé par un très
proche du « promoteur », deviendra à n’en pas douter le
plus performant de la région, et pour cause : des
gisements de pétrole découverts paraît-il dans la zone
côtière du nord-est du Somaliland, seraient bientôt mises
en exploitation. Il s’agit donc à présent de plancher sur
la faisabilité d’un projet d’oléoduc qui relierait cette
région pétrolifère du Somaliland au futur terminal
pétrolier de Doraleh. Il fallait y penser ! Depuis que l’Emirat
de Dubaï est devenu notre modèle…
Clandestins :
Retour à la case départ
Le régime a beau claironner que des
centaines d’étrangers en situation irrégulière ont été
refoulés depuis le début des rafles, on observe depuis
plusieurs jours un mouvement en sens inverse. Les immigrés
reviennent dans la Capitale. Il suffit pour s’en
convaincre d’observer la cohorte des mendiants et autres
sans domicile fixe qui errent en ville. Ce mouvement de
retour est rendu possible par l’existence de trois
facteurs : la porosité de nos frontières, le dynamisme des
passeurs professionnels et le dépeuplement progressif du
camp d’Awr-Aoussa au profit de la Capitale.
A ce rythme, d’ici le mois du Ramadan,
Djibouti retrouvera son visage d’avant le mois d’Août.
Conçue dans une logique démagogique et électoraliste, la
brutale et maladroite lutte contre l’immigration
clandestine mise en œuvre par le régime ne pouvait que
lamentablement échouer.
Ce docteur m’abuse :
L’honneur sans cause
La communauté internationale est
décidément ingrate : bien qu’il ait inventé une approche
révolutionnaire dans le règlement des conflits (faire la
paix sans ceux qui font la guerre) et bien que le Budget
du pays ait beaucoup souffert de la générosité d’Arta, le
prix Nobel de la paix n’a pas été décernée au Chef de l’Etat
djiboutien pour son inestimable contribution à la
réconciliation intersomalienne. Les ingrats l’auraient
même oublié, lui préférant d’ombrageux voisins, puisque
notre pays ne semble pas avoir été le bienvenu à la énième
conférence des chefs de guerre qui se tient actuellement
au Kenya.
Qu’à cela ne tienne ! l’intolérable
injustice ainsi commise est aujourd’hui réparée : une
illustre université japonaise reconnaît enfin ses
incommensurables qualités, qui vient de lui accorder le
titre de docteur honoris causa. Le quidam national est
sommé de gober la plaisanterie internationale, même s’il
sait qu’une telle distinction est généralement une sorte
de transaction au terme de laquelle une université
rehausse son propre prestige en distinguant une
personnalité ayant elle-même un cursus académique et une
action politique incontestables.
Sans avoir à évoquer la prétention
présidentielle d’introduire à Djibouti la culture du riz
jaune (sans rire, bien entendu !), les motifs invoqués
pour cette distinction honorifique laissent perplexes :
c’est à se demander si l’honorable université nippone ne
s’est tout simplement pas trompé d’impétrant.
En effet, comment rester sérieux
lorsque l’on apprend, dans les colonnes de « La Nation »,
que le Chef de l’État a été distingué pour « son
encouragement à l’égard de l’Université d’Agriculture de
Tokyo dans son projet intitulé ‘’le reboisement du
désert’’ » ? Il y a une nouvelle coopération Sud-Nord dont
nous ne sommes apparemment pas au courant.
Quant à « ses efforts entrepris dans la
lutte contre la famine et la désertification, son combat
pour l’autosuffisance énergétique, son initiation d’une
grande campagne « vert » visant la régénération de la
végétation et la lutte contre la pauvreté, son rôle actif
dans le développement et l’amélioration de l’agriculture,
dans la lutte pour la préservation de l’environnement »
(excusez du peu), au-delà des répétitions qu’impose
l’hagiographie officielle, il est malheureux de constater
que la réalité nationale ne corrobore absolument pas de
tels exploits.
La dégradation des conditions de vie,
de l’environnement, l’état d’abandon des régions de
l’Intérieur démontrent tout le contraire. A moins que
l’auguste institution ait pris le projet présidentiel
d’acclimatation du khat et du café au Day pour une action
visant à l’autosuffisance alimentaire et à la protection
de cette forêt unique en son genre.
Il faut être irresponsable RPP ou
quelque fonctionnaire international pour prétendre que
tout va bien. Heureusement, si les Djiboutiens ont
beaucoup moins de raisons que les Irakiens d’être
désespérés de l’impuissance des Nations Unies, le Japon
est pour nous un partenaire de développement constant et
efficace qui vaut bien que lui soit pardonné ce doctorat
de circonstance.
Service National Adapté :
Le grand bluff de l’insertion sociale
des jeunes
Dans un pays où le chômage frappe la
quasi totalité des jeunes en âge de travailler et vu le
mécontentement grandissant de cette catégorie sociale, le
régime en panne d’imagination n’a rien trouvé de mieux que
de tenter l’embrigadement. Ce projet loufoque œuvre de
l’imagination débordante de notre Einstein national a été
confié pour explication à deux spécialistes de « la
gestion de vraie problématique» : le Premier Ministre et
le Ministre de la Défense. Ce dernier, au gouvernement
depuis plus de 8 ans et de surcroît signataire d’un accord
de paix avec le régime, oublie que plus d’un millier de
démobilisés du Frud d’Ab’a attendent une vraie
réinsertion.
Quant au numéro deux virtuel du régime,
par ailleurs négociateur de l’accord cadre de réformes et
de concorde civile de février 2000, et responsable de
tutelle du Prac (Programme de Réinsertion des Anciens
Combattants) , se souvient-il des 774 démobilisés du
Frud-armé qui ne bénéficient d’aucune réinsertion sociale
?
En cette période préélectorale, le
régime ne sait plus à quel saint se vouer pour appâter les
jeunes. La formation professionnelle n’a jamais constituée
une priorité gouvernementale. La preuve: l’Éducation
nationale fabrique elle-même chaque année des milliers de
chômeurs.
Géostratégie du légionnaire

du mercredi 24 septembre 2003
C’est le bordel à Djibouti
On savait depuis longtemps que ce
n’était pas la réussite de ce régime qui propulsait notre
pays sur le devant de l’actualité internationale. On
apprend aujourd’hui, aux dépens de notre honneur national,
que ce n’est pas non plus les seuls attraits
géostratégiques qui attirent l’attention internationale
sur les manœuvres de la présence militaire étrangère. Loin
des considérations tactiques de la lutte antiterroriste,
le scandale qui secoue actuellement les sphères galonnées
tricolores, et que révèle le document ci-dessous reproduit
du Canard Enchaîné, concerne le commerce des corps,
souvent mineurs. Et interpelle sur la responsabilité du
régime en place dans cette intolérable prostitution.
Alors qu’ils travaillaient sur une
affaire de corruption qui éclabousse l’armée à Djibouti,
les pandores sont tombés sur plus surprenant encore. Dans
l’une de ses dépositions, un officier gardé à vue a craché
le morceau sur la gestion du bordel qui jouxte l’enceinte
du camp militaire de la Légion étrangère.
Ce « pouf », selon l’expression en
vigueur chez les képis blancs, avait déjà eu les honneurs
du « Canard » le 18 juin dernier. Pour y avoir abusé de
gamines dont la plus âgée avait onze ans, un caporal
répondant au nom de Colin Powell (rigoureusement sic)
avait été interpellé par les gendarmes. Mais, bien que
relevant du tribunal aux armées de Paris, selon les
accords franco-djiboutiens, l’intéressé avait récupéré
fissa par la Légion et remis aux autorités locales.
Lesquelles l’avaient condamné à… 3 mois de prison (pour ce
genre de facéties, c’est 10 ans, selon le Code pénal
français).
Or la déposition récente de cet
officier mis en garde à vue dans une autre affaire éclaire
d’un jour nouveau l’obligeance de ces messieurs à képi
blanc envers un des leurs. « Quand je suis arrivé à la
division, explique le mouchard, j’ai été mis au
courant de l’existence d’un cahier qui devait être tenu
secret et que chaque chef de corps remettait à son
successeur. Ce cahier relatait tout l’historique financier
des différents « poufs » (maison close militaire). Sur ce
cahier apparaissaient les noms des différents chefs de
corps ayant autorisé cette activité au sein du régiment.
»
Et le naïf de narrer par le menu le
malaise du nouveau patron du régiment découvrant le fameux
« cahier » avec les noms de « généraux actuels qui y
figuraient », et demandant, après l’avoir mis au coffre, «
que personne n’en parle». « Toutes les personnes dont le
nom figure sur ce cahier pourraient être accusées de
proxénétisme aggravé et de détournement de fonds. » Des
généraux maquereaux, quelle affiche !
L’ambiance est telle, sur place, qu’en
sortant de sa garde à vue le témoin a souscrit une
assurance-vie ! Mais les pandores, qui travaillent sur
commission rogatoire, sont bien décidés à mettre la main
sur l’encombrant brûlot. Car, depuis la fin de la guerre
d’Algérie, les bordels sont interdits dans les armées. Une
exception avait été faite pour la Légion étrangère,
jusqu’en 1978, époque à laquelle Bourges avait ordonné la
fermeture de tous les établissements. Au grand dam des
anciens.
A Djibouti pourtant, le petit commerce
a perduré jusqu’en 1993. mais, lors d’une inspection, un
général a finalement exigé que le pouf soit installé à
l’extérieur du camp militaire. On l’a donc collé de
l’autre côté du grillage. « Dans le cadastre, ce n’est
plus une emprise française », se marre un gradé. Mais le
nom des généraux, lui, est bien à l’intérieur… du cahier.
B.R.
**
COMMENTAIRE
A moins de supposer une
extraterritorialité, une sorte de « zone franche sexuelle
», il est légitime de penser que ce bordel est une société
commerciale de droit djiboutien, appartenant à des
Djiboutiens et dont les bénéfices vont à des Djiboutiens :
le régime RPP est au moins son complice, sinon son
actionnaire. Qui sont donc ces malheureuses prostituées,
souvent mineures ? Françaises : strictement impossible !
Immigrées clandestines : quelques-unes, mais certainement
majeures. Djiboutiennes : au moins les mineures, à n’en
pas douter. Beaucoup de bruits courent à propos de réseaux
djiboutiens de prostitution, dont un à Ambouli.
Le mode de recrutement de la Légion
étrangère ainsi que la misère sexuelle des garnisons
peuvent largement expliquer de tels comportements
déviants. Mais que la Justice djiboutienne ne réprime pas
ces perversions, surtout le trafic de mineures, en dit
long sur la moralité qui règne dans certaines sphères
dirigeantes et de leur prétendue « promotion de la femme
». Réalité mène son enquête et livrera bientôt ses
conclusions.
En
hommage à Edward Saïd
L’œuvre du grand intellectuel, Edward
Saïd, récemment décédé, mérite d’être connue. Son origine
palestinienne donnait à ses écrits une impression
d’écorché vif, tandis que sa citoyenneté américaine
d’adoption se retrouvait dans sa totale liberté de pensée,
loin du conformisme ambiant. Voici un texte publié dans Le
Monde Diplomatique d’août 1998 dans lequel il invite les
intellectuels arabes à éviter les explications trop
faciles dans la recherche d’une solution au problème
israélo-palestinien.
RÉPONSE AUX INTELLECTUELS ARABES
FASCINÉS PAR ROGER GARAUDY
Israël-Palestine, une troisième voie,
par EDWARD SAÎD
La décision prise, cet été, par le
gouvernement israélien d’accélérer la judaïsation de
Jérusalem-Est confirme l’échec des accords d’Oslo. Cette
impasse ravive le débat entre intellectuels arabes sur les
responsabilités qui leur incombent. Ainsi nombre d’entre
eux - à de très rares et courageuses exceptions près -
saluent en Roger Garaudy, dont souvent ils ne connaissent
pas les derniers livres, un défenseur de l’islam victime
de la censure occidentale. Très critique envers ce dernier
ainsi qu’à l’égard de ses partisans arabes, notamment
égyptiens, Edward W. Saïd revient ici sur la question de
l’engagement moral et politique de l’intellectuel arabe ou
israélien.
MAINTENANT qu’Oslo s’est révélé
foncièrement inopérant et impraticable, il serait pour le
moins souhaitable que les défenseurs arabes, israéliens et
autres de cet accord se décident à faire un effort de
clarté. Un certain nombre de points préliminaires semblent
s’imposer à cet égard; pour commencer, que le terme de
"paix" est un mot désormais discrédité, voire frauduleux,
dont l’usage a montré qu’il ne constitue aucune garantie
contre l’avènement de nouvelles entreprises de répression
et de destruction à l’encontre du peuple palestinien.
Comment peut-on décemment continuer à parler de "paix"
alors qu’Israël ne cesse, à force de pouvoir et
d’arrogance, de démolir, d’interdire, de confisquer les
terres, de procéder à des arrestations et de pratiquer la
torture (1)?
L’historien romain Tacite disait de la
conquête de l’Angleterre qu’ "ils [les soldats romains]
avaient créé la désolation et lui avaient donné le nom de
paix". C’est très exactement ce qui se passe aujourd’hui
dans les territoires occupés, et ce avec la collaboration
de l’Autorité palestinienne, des États arabes (à peu
d’exceptions près), d’Israël et des États-unis.
Il est, d’autre part, inutile et vain
de penser que l’on peut sortir de l’impasse par un retour
au passé. Nous ne pouvons ni revenir aux jours d’avant la
guerre de 1967 ni accepter le recours à des slogans de
rejet et de ségrégation, prétendument inspirés de l’âge
d’or de l’islam. Comme le disent aussi bien Israël Shahak
(2) qu’Azmi Bishara (3), il faut, pour défaire
l’injustice, créer davantage de justice et non pas de
nouvelles formes de surenchère du type: "Ils ont un État
juif, nous voulons un État islamique." Sans compter qu’il
est stupide de vouloir imposer un boycottage à tout ce qui
est israélien (mode de pensée actuellement en vogue dans
plus d’un cercle d’intellectuels progressistes arabes), et
de prétendre que c’est là que se trouve la vraie voie du
nationalisme.
Et le million de Palestiniens qui sont
citoyens israéliens, faut-il aussi les boycotter, comme ce
fut le cas dans les années 50? Et les Israéliens qui
appuient notre combat, faut-il qu’ils soient boycottés
parce qu’ils sont israéliens? Une telle attitude équivaut
à nier le triomphe du peuple sud-africain sur l’apartheid
et à faire fi de toutes les victoires de la justice dues à
la coopération politique non violente entre gens de même
opinion situés des deux côtés d’une frontière mobile.
Comme je l’ai écrit récemment (4), nous ne pouvons gagner
cette bataille en souhaitant que les juifs s’en aillent ou
en prônant l’islamisation: nous avons besoin de ceux qui
de l’autre côté de la frontière sont partisans de notre
lutte. Nous nous devons de franchir cette ligne de
séparation que les accords d’Oslo ont, entre autres,
consacrée et qui maintient une situation d’apartheid entre
juifs et Arabes en Palestine. La franchir et non pas la
renforcer.
Enfin, et ce point est sans doute le
plus important, il y a une différence majeure entre un
comportement politique et un comportement intellectuel. Le
rôle de l’intellectuel est de dire aussi pleinement, aussi
honnêtement et aussi directement que possible la vérité.
Cela implique qu’il ne se soucie ni de plaire ou déplaire
au pouvoir, ni de s’inscrire dans la logique d’un
gouvernement, ni de répondre à un intérêt de carrière. Le
comportement politique repose, en revanche, sur des
considérations d’intérêts et de maintien de pouvoir. Il
est évident, à cet égard, que la poursuite de la voie
tracée par les accords d’Oslo place les États arabes,
l’Autorité palestinienne ainsi que le gouvernement
israélien dans une position strictement politique et non
pas intellectuelle.
Prenez, par exemple, la déclaration
conjointe des Égyptiens (Société du Caire pour la paix) et
des Israéliens (La Paix maintenant) (5), retirez- en les
phrases redondantes sur la "paix" et constatez le
résultat: vous avez là non seulement un endossement
d’Oslo, mais aussi un retour à l’esprit des accords de
Camp David entre Anouar El Sadate et Menahem Begin à la
fin des années 70, ici décrits comme un modèle de courage,
d’une importance décisive. Tout cela est très bien, à cela
près que l’on est tout de même en droit de se demander ce
qu’il en est des Palestiniens dans cette affaire. Ni la
question de leur autodétermination ni celle de leur
territoire ne sont mentionnées dans ce fameux "modèle de
courage" que sont les accords de Camp David.
Que penserait-on si une poignée
d’Israéliens et de Palestiniens formulaient ensemble de
vibrantes proclamations de paix israélo-syriennes en lieu
et place de ces deux gouvernements? Au nom de quoi deux
parties, l’une étant l’oppresseur des Palestiniens et
l’autre s’arrogeant le droit de parler pour eux,
seraient-elles habilitées à concevoir l’issue d’un conflit
qui ne les oppose pas directement? Sans compter que, s’il
devait s’agir d’en appeler à l’actuel gouvernement
israélien, cela équivaudrait à demander au comte Dracula
de nous vanter les vertus du régime végétarien! Bref, un
tel comportement politique ne fait qu’abonder dans le sens
d’un processus agonisant, celui d’Oslo, et hypothèque les
chances d’une vraie paix, en opposition à la paix
frauduleuse américano-israélienne. Néanmoins, il est
intellectuellement irresponsable de revenir au confort de
l’esprit de boycottage qui se répand actuellement dans un
certain nombre de pays arabes. Cette sorte de tactique
(pas plus maligne que l’entêtement d’une huître à chercher
son chemin dans le sable) constitue une pure régression.
Israël n’est ni l’Afrique du Sud, ni
l’Algérie, ni le Vietnam. Et, que cela nous plaise ou non,
les juifs ne sont pas des colonialistes ordinaires. Oui,
ils ont souffert de l’Holocauste, oui, nombre d’entre eux
sont victimes d’antisémitisme. Non, ces faits ne leur
donnent pas le droit d’exercer ou de poursuivre une
politique de dépossession à l’encontre d’un peuple qui ne
porte aucune responsabilité dans l’histoire de leurs
malheurs. Je le dis et le répète depuis vingt ans: nous
n’avons pas d’option militaire dans ce conflit et n’en
aurons pas de sitôt. D’ailleurs, en dépit de leur énorme
pouvoir, les Israéliens n’ont pas réussi, de leur côté, à
obtenir la sécurité qu’ils souhaitaient. Il ne faut pas
oublier non plus que les Israéliens ne sont pas tous les
mêmes, et que nous nous devons, quoi qu’il arrive,
d’apprendre à vivre avec eux de la manière la moins
injuste ou, mieux encore, la plus juste possible.
La troisième voie dont je parle se
démarque aussi bien de la faillite d’Oslo que des
politiques rétrogrades de boycottage. Elle nécessite, tout
d’abord, d’être conçue en termes de citoyenneté et non de
nationalisme, dans la mesure où la notion de séparation
(Oslo) et d’un nationalisme théocratique triomphaliste,
qu’il soit juif ou musulman, ne répond ni ne traite des
réalités qui nous attendent. Ce concept de citoyenneté
implique que tout individu bénéficie d’un même droit,
fondé non sur la race ou la religion, mais sur une égalité
de justice garantie par la Constitution, concept
inconciliable avec la notion largement dépassée d’une
Palestine "purifiée" de ses "ennemis". Qu’elle soit
pratiquée par les Serbes, par les sionistes ou par le
Hamas, la purification ethnique est la purification
ethnique.
La position qu’Azmi Bishara et plus
d’un juif israélien - tel Ilan Pappé (6) - tentent à
présent de faire entendre et de promouvoir politiquement
est une position qui accorde les mêmes droits aux juifs et
aux Palestiniens qui se trouvent au sein de l’État juif.
Et on ne voit pas pourquoi ce même principe d’égalité ne
serait pas applicable dans les territoires occupés, où les
Palestiniens et les juifs israéliens vivent côte à côte,
sachant qu’à l’heure actuelle un peuple - les juifs
israéliens - domine l’autre. Le choix est clair: c’est
soit l’apartheid, soit la justice et la citoyenneté.
Le véritable enjeu se pose ici en
termes de clarté et de courage intellectuels, un enjeu qui
consiste à combattre toute discrimination raciale, d’où
qu’elle vienne. Or il s’insinue, à l’heure actuelle, dans
le discours et la pensée politiques d’un certain nombre
d’intellectuels arabes une mauvaise vague d’antisémitisme
rampant et d’hypocrite vertu. Une chose doit être claire:
nous ne combattons pas les injustices du sionisme pour les
remplacer par un nationalisme odieux (religieux ou civil)
qui décréterait les Arabes de Palestine plus égaux que
d’autres.
L’histoire du monde arabe moderne, avec
son cortège d’échecs politiques, de violations des droits
humains, d’incroyables incompétences militaires, de
baisses de production (le tout accompagné du fait que,
plus qu’aucun autre peuple moderne, nous reculons au lieu
d’avancer en matière de démocratie, de technologie et de
sciences), cette histoire est déformée par toutes sortes
de poncifs et d’idées indéfendables qui vont, notamment,
jusqu’à mettre en doute la réalité de l’Holocauste et la
souffrance du peuple juif.
La thèse selon laquelle l’Holocauste ne
serait qu’une fabrication des sionistes circule ici et là
de manière inacceptable. Pourquoi attendons-nous du monde
entier qu’il prenne conscience de nos souffrances en tant
qu’Arabes si nous ne sommes pas en mesure de prendre
conscience de celles des autres, quand bien même il s’agit
de nos oppresseurs, et si nous nous révélons incapables de
traiter avec les faits dès lors qu’ils dérangent la vision
simpliste d’intellectuels bien-pensants qui refusent de
voir le lien qui existe entre l’Holocauste et Israël. Dire
que nous devons prendre conscience de la réalité de
l’Holocauste ne signifie aucunement accepter l’idée selon
laquelle l’Holocauste excuse le sionisme du mal fait aux
Palestiniens. Au contraire, reconnaître l’histoire de
l’Holocauste et la folie du génocide contre le peuple juif
nous rend crédibles pour ce qui est de notre propre
histoire; cela nous permet de demander aux Israéliens et
aux juifs d’établir un lien entre l’Holocauste et les
injustices sionistes imposées aux Palestiniens, établir un
lien et du même coup le mettre en cause pour ce qu’il
recouvre d’hypocrisie et de déviation morale.
Abonder dans le sens de Roger Garaudy
et de ses amis négationnistes au nom de la liberté
d’expression est une ruse imbécile qui ne fait que nous
discréditer davantage aux yeux du monde. C’est une preuve
de méconnaissance fondamentale de l’histoire du monde dans
lequel nous vivons, un signe d’incompétence et d’échec à
mener une bataille digne. Pourquoi ne combattons-nous pas
plus durement en faveur de la liberté d’expression dans
nos propres sociétés, une liberté dont tout le monde sait
qu’elle existe à peine? Les mesures d’oppression et de
censure de la presse et de l’opinion publique sont tout de
même autrement plus inquiétantes dans le monde arabe qu’en
France! Pourquoi ne pas concentrer nos efforts à les
combattre plutôt que de s’exciter à défendre M. Garaudy et
à se fourvoyer au point que certains, et parmi eux des
intellectuels de renom, n’hésitent pas à ériger cet homme
en Zola!
Des pays tels que l’Égypte et le Liban
comptent respectivement 130 000 et 400 000 réfugiés
palestiniens de 1948. Et voilà cinquante ans que ces
derniers n’ont pas droit, pour la plupart, à un permis
légal de séjour. Traités en ennemis par les États arabes
qui les hébergent, ils sont privés de permis de travail,
d’accès à l’éducation ainsi que d’assistance sociale ou
médicale, et ils sont de surcroît sommés de se présenter à
la police tous les mois. Oubliés de tous, n’appartenant ni
à un lieu ni à un autre, ils vivent une situation
littéralement kafkaïenne. On pouvait donc légitimement
s’attendre à ce que des intellectuels responsables se
mobilisent, dans les pays concernés, pour l’amélioration
de leurs conditions de vie. L’obtention d’une aide
humanitaire élémentaire et la levée des mesures
discriminatoires auraient été bien plus utiles à la cause
palestinienne que la pléthore de théories auxquelles nous
avons droit, qu’il s’agisse de déclarations contre la
"normalisation" ou pour les "nouvelles initiatives de
paix" entre gouvernements égyptien et israélien.
Ce n’est pas tout. Suite à un article,
publié en novembre dernier, dans lequel j’évoquais la
question de l’Holocauste (7), j’ai été l’objet des plus
stupides diffamations que je n’aurais pu imaginer. Un
intellectuel bien connu a été jusqu’à m’accuser de
chercher à obtenir un certificat de bonne conduite auprès
du lobby sioniste. Bien sûr que je suis en faveur du droit
de Garaudy à dire ce qui lui plaît et bien sûr que je
m’oppose à cette lamentable loi Gayssot qui a servi à son
procès et à sa condamnation (8). Il n’en demeure pas moins
que son propos est vide de réalité et irresponsable, et
que l’endosser consiste nécessairement à rejoindre le camp
de M. Jean-Marie Le Pen et de tous les éléments fascistes
et rétrogrades de l’extrême droite française.
LE combat que nous menons est un combat
pour la démocratie et l’égalité des droits, pour un Etat
ou une République laïque dont tous les membres sont
citoyens égaux, et non pas un faux combat inspiré d’un
passé mythologique et lointain, qu’il soit chrétien, juif
ou musulman. Le génie de la civilisation arabe trouve son
apogée dans l’Andalousie pluriculturelle, pluri religieuse
et pluriethnique. Voilà un idéal à suivre en lieu et place
d’un processus d’Oslo moribond et d’une attitude malsaine
de rejet négationniste. La lettre tue, mais l’esprit donne
vie, comme il est dit dans la Bible.
Nous devrions concentrer notre
résistance sur le combat contre les colonies israéliennes,
à partir de manifestations non violentes qui soient de
nature à entraver la confiscation des terres, à créer des
institutions civiles démocratiques et solides (hôpitaux,
cliniques, écoles et universités, actuellement en terrible
déclin, ainsi que d’autres projets d’amélioration de
l’infrastructure) et à mettre en évidence le contenu
d’apartheid inhérent au sionisme.
Compte tenu de l’impasse, il est
beaucoup question, à l’heure actuelle, d’une imminente
explosion. Or, quand bien même ces prévisions se
vérifieraient, elles ne doivent pas nous faire oublier la
construction de l’avenir, sachant que ni l’improvisation
ni la violence ne sont de nature à garantir la création et
la consolidation d’institutions démocratiques.
************
Notes:
(1) Lire Edward W. Saïd, "La Palestine
n’a pas disparu", Le Monde diplomatique, mai 1998. Toutes
les notes de cet article sont de la rédaction du Monde
diplomatique, ainsi que les surtitres, le titre et les
intertitres.
(2) Ancien dirigeant de la Ligue des
droits de l’homme, M. Israël Shahak a été l’un des
intellectuels juifs israéliens les plus engagés dans la
défense des droits des Palestiniens. Il a notamment écrit
Jewish History, Jewish Religion. The Weight of Three
Thousand Years, Pluto Press, Londres, 1994 (voir Le Monde
diplomatique, août 1994).
(3) Professeur de philosophie à
l’université de Bir Zeit, dirigeant de l’Alliance
nationale démocratique, élu député à la Knesset le 29 mai
1996 sur une liste commune avec le Parti communiste
israélien, M. Azmi Bishara est désormais l’une des figures
marquantes du combat pour l’égalité des droits et
l’autonomie des Arabes israéliens. Il s’est déclaré
candidat au poste de premier ministre d’Israël.
(4) Al Hayat, Londres, 9 juin 1998.
(5) Lire Mohamed Sid-Ahmed, "Les
intellectuels arabes et le dialogue", "Proche-Orient
1967-1997: la paix introuvable", in Manière de voir, n°
34, mai 1997.
(6) De tous les "nouveaux historiens"
israéliens, M. Ilan Pappé passe pour le plus engagé,
historiquement et politiquement - il est membre du Front
démocratique pour la paix et l’égalité (Hadash). Lire
Dominique Vidal, Le Péché originel d’Israël. L’expulsion
des Palestiniens revisitée par les "nouveaux historiens"
israéliens, Éditions de l’Atelier, Paris, 1998.
(7) Al Hayat, 5 novembre 1997.
(8) Adoptée le 13 juillet 1990, la loi
dite loi Gayssot, du nom du dirigeant du Parti communiste
français qui l’avait proposée, modifie la loi française
sur la liberté de presse par l’adjonction d’un article 24
bis, qui rend passible de sanctions (emprisonnement d’un
an et amende de 300 000 francs, augmentés de diverses
peines annexes) quiconque conteste "l’existence d’un ou
plusieurs crimes contre l’humanité tels qu’ils sont
définis par l’article 6 du statut du Tribunal militaire
international annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945
et qui ont été commis soit par les membres d’une
organisation déclarée criminelle en application de
l’article 9 dudit statut, soit par une personne reconnue
coupable de tels crimes par une juridiction française ou
internationale".
Des personnalités de grand prestige
intellectuel et connues pour leur combat contre le
négationnisme - comme le professeur Pierre Vidal-Naquet,
auteur des Assassins de la mémoire (Le Seuil, Paris,
1995), et Madeleine Rebérioux, présidente d’honneur de la
Ligue des droits de l’homme - se sont interrogées sur la
pertinence d’une loi qui établit en quelque sorte une
"vérité d’État" (lire Le Monde, 4 mai et 21 mai 1996).
Saisi par le négationniste Robert
Faurisson, le Comité des droits de l’homme des Nations
unies a toutefois considéré, en novembre 1996, que la loi
Gayssot ne portait pas atteinte à la liberté d’expression.
De
la Tchétchénie à Israël
Dans le contexte actuel des guerres chaudes en cours
depuis la fin de la guerre froide (que ce soit au
Proche-Orient, en Tchétchénie ou ailleurs) il y a, si tant
est qu’il s’agisse d’un jeu « maldonne» , jeu auquel
s’adonnent tous ceux qui ne croient qu’à la force brute.
Courte vue ! l’Histoire, pourtant pleine d’enseignements,
nous rappelle entre autres leçons que les rapports de
force sont par définition contingents.
En espérant nous tromper, nous
écrivions et prédisions dans quelques lignes consacrées à
la guerre en Tchétchénie au lendemain de la prise d’otages
dans un théâtre moscovite par un commando tchétchène que «
d’une part et d’autre, un degré sera franchi dans
l’horreur ». Ce qui malheureusement eut lieu. En réponse à
cet acte désespéré la Russie de Poutine a lancé une énième
offensive dans cette république du Caucase. Exactions et
exécutions sommaires sont opérées à grande échelle sur
ordre et à « huis clos » tant par l’armée rouge que par la
milice du tout dernier président tchétchène sponsorisé par
Moscou, M. Ahmed Kadirov, lui aussi élu à « huis clos ».
D’après la presse internationale, les
USA ont volontairement fermé les yeux sur le génocide en
cours dans le Caucase parce que présenté par Poutine comme
étant une lutte contre le « terrorisme ». Comment ? Tous
les hommes en âge de combattre (plus de treize ans) sont
exécutés. La terre brûlée et les femmes violées… Justement
c’est elles qui montent au créneau la-bàs et ailleurs.
Pharaon épargnait les femmes et tuait les fils d’Israël.
Les russes les violent. Ce n’est donc pas un hasard si
toutes les femmes figuraient dans ce fameux commando comme
il n’est pas fortuit qu’une avocate palestinienne
s’explose et tue sans discernement. Ce que Hitler n’a pas
réussi contre le peuple juif, les gouvernements actuels
d’Israël ne le réussiront par contre le peuple
palestinien. Poutine n’aura pas plus de succès que Staline
et ses prédécesseurs contre la chevaleresque résistance du
peuple tchétchène qui a plus aujourd’hui qu’avant
d’insondables profondeurs stratégiques ?
Contrairement à une idée reçue et
paresseusement acceptée, ce n’est pas l’Amérique de Bush
qui a inventé la politique de la « guerre préventive ».
Les administrations US (Démocrates et Républicains) ont
par contre conçu et plus ou moins efficacement appliqué «
la containment policy ». Endiguer toute menace
communisante sur la planète terre. La « guerre préventive
» quant à elle a été conçue par les Romains (qui veut la
paix prépare la guerre) et pratiquée depuis sa création
par l’État sioniste : La destruction d’une centrale
nucléaire à usage civil à Tamuz en 1979 en Irak (déjà)
mais aussi Sabra et Chatila et les assassinats ciblés des
résistants palestiniens en Tunisie (Sidi Bou Said,
Carthage…), au Liban ou ailleurs.
Ce qui nous autorise à avancer au
risque de déplaire, qu’Israël a « soufflé » à G.W.Bush et
à son administration ce concept de « guerre préventive ».
Nous n’affirmerons pas que Bush et son administration sont
les otages d’un lobby sioniste mais le soutien
inconditionnel, les veto US contre les résolutions des
Nations Unis condamnant Israël, la constante générosité de
l’oncle Sam (plusieurs milliards de dollars) a été et
demeure suspect aux yeux du reste du monde.
Du coup, le seul gendarme du monde que
sont aujourd’hui devenus les USA pour le moment, s’aliène
la sympathie du monde Arabo-musulman dont l’écrasante
majorité rejette en bloc cette violence aveugle commise en
son nom par des groupuscules dont la prolifération et la
détermination sont proportionnelles à la paranoïa et
l’agressivité des « forces coalisées ». La poursuite par
Israël de cette politique (attaque programmée depuis
longtemps de la Syrie) de guerre préventive ainsi que son
approbation diplomatique par Bush junior, n’augure rien de
bon dans un proche avenir. Dans cette guéguerre, il n’est
pas sûr que les détenteurs de bombes atomiques sortent
vainqueurs. Combattre partout et tout le temps un
invisible ennemi conduira inéluctablement les « coalisés »
à la ruine financière !
Il y a pourtant de plus urgents et plus
nobles combats à mener…
* * *
|
|
|
|