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Éditorial
RÉPUBLIQUE PACIFIEE DU SOMALILAND VISITE
DÉMOCRATIE AUTOPROCLAMEE DE DJIBOUTI
T out le
développement des rapports internationaux
entre toutes les civilisations humaines dans toutes
les zones géographiques l’atteste : il n’existe aucune
Histoire ex nihilo, se déployant à partir du néant. C’est
pourquoi la prétention du Chef de l’Etat de faire la Paix
dans la lointaine Mogadiscio, tout en osant ignorer le
proche Somaliland, ne pouvait que rencontrer le terrible
désaveu de la réalité concrète, historique. Surtout
lorsque l’on sait que, depuis la dislocation de l’ancienne
République Démocratique de Somalie, la seule
«contribution» des dirigeants de Mogadiscio à notre destin
national, ce fut l’envoi en 1993 de troupes mercenaires
chargées de combattre le FRUD et d’attiser un conflit
fratricide.
Donc, le verdict fut en effet
impitoyable : sans aller jusqu’à dire que la Conférence de
Réconciliation Somalienne d’Arta fut une énorme
mystification (le RPP réduit souvent la politique à la
comédie), il est révélateur que le régime djiboutien se
félicite aujourd’hui de l’échec de la nouvelle tentative
kenyane : alors que du temps d’Arta c’était l’Egypte que
Djibouti accusait de sabotage, c’est maintenant le Kenya
qui serait coupable de zizanie !
Mais il est autrement plus réconfortant
de voir l’Etat djiboutien adopter une position qui est
celle du FUOD (du FRUD et de l’ARD) depuis 1992 : la
reconnaissance du Somaliland comme entité étatique en
conformité avec les règles internationales. A l’ARD, nous
sommes donc extrêmement heureux qu’un terme soit de facto
mis à d’inadmissibles campagnes haineuses contre de si
proches voisins qu’il y a encore peu la presse
gouvernementale traitait de Juifs de la Corne et contre un
pays qu’elle qualifiait de Bantoustan ou encore de
Disneyland.
Personne ni aucune résolution du
Conseil de sécurité ne peut obliger les Somaliens à vivre
ensemble : en attendant leur réconciliation, les
Djiboutiens doivent impérativement, pour leur part,
établir les meilleures relations de bon voisinage possible
avec leurs plus proches voisins géographiquement, mais
aussi historiquement, culturellement et économiquement.
Notre pays ne serait pas tout à fait ce qu’il est si
Hargueisa et Borama n’existaient pas.
Même si les incohérences du dispositif
protocolaire déployé à l’occasion de la visite du
Président somalilandais à Djibouti montrent que le régime
RPP ne sait pas encore sur quel pied danser dans un
revirement imposé par certaines contraintes, nous
souhaitons vivement pour la consolidation de notre
concorde nationale comme pour la crédibilité de notre
diplomatie régionale, que la reconnaissance du Somaliland
en tant qu’Etat souverain devienne à très court terme une
réalité incontournable, irréversible, au plus grand
bénéfice des deux peuples.
Certes, Hargueisa n’offre aucune
opportunité mafieuse à certains affairistes patentés, mais
le Somaliland aurait certainement quelques leçons à donner
au RPP en matière de paix intérieure ou même de
transparence électorale et d’alternance démocratique:
d’une part parce que plus de civils ont été tués ici que
là-bas par les troupes gouvernementales depuis une
décennie, d’autre part parce que, contrairement à la
nôtre, la CENI ne s’y est pas couverte de ridicule.
Peut-être est-ce dû au fait qu’au Somaliland, où le
dynamisme du secteur privé n’est pas à démontrer, le
ridicule ne rapporte pas : ce Peuple a trop souffert de la
dictature et du génocide pour brader sa fierté et son
honneur au profit du premier opportuniste venu.Nous en
sommes donc tous convaincus, si cette reconnaissance même
tardive du Somaliland devait devenir réalité, elle
impliquera nécessairement une réhabilitation historique
par laquelle la démocratie autoproclamée de Djibouti
réparera une intolérable injustice dont sont victimes
depuis l’Indépendance des milliers de Djiboutiens : celle
des Kaar-Dameer.
Brèves nationales
Fatwa présidentielle contre le
palmier-doum:
Un discours qui fera datte ?
Ainsi que nous l’annoncions dans notre
brève de la semaine passée, le Chef de l’Etat n’a pas
hésité à prodiguer ses sages conseils à la population de
Yoboki et de tout le Sud-Ouest. Le nouveau lauréat de
l’université d’agriculture de Tokyo a ainsi proposé une
culture de substitution au palmier-doum dont est extrait
le vin de palme, doma en langue locale. L’auguste
visiteur, apparemment soucieux de préserver la santé de
ses concitoyens, suggère de cultiver le palmier dattier.
L’expert en question agropastorale
semble ignorer que le palmier-doum donne un fruit
savoureux et que ses feuilles servent à tresser des nattes
utilisés dans la fabrication des maisons traditionnelles(daboïta),
des tapis et des ustensiles de conservation du lait et des
denrées alimentaires. En outre, en période de sécheresse,
les vaches se nourrissent de ses feuilles. Quant au
palmier dattier, en plus de ses dattes nourrissantes, il
donne également un vin de palme. Tout dépend de
l’utilisation, bonne ou mauvaise, que la population fait
de ces palmiers, doum ou dattier.
Les méchantes langues se rient des
conseils d’un « agronome » lui-même promoteur de la
culture de khat, en rappelant l’utilité socioéconomique du
palmier doum contre lequel le Président a lancé son épique
fatwa. Ironie de l’histoire, quelques heures après ce
discours présidentiel, des dizaines de sacs de khat ont
été généreusement distribués aux habitants de Yoboki :
pour fêter la journée mondiale de l’alimentation ?
Un cadavre remuant :
Parabole à propos de l’affaire Borel
Cette parabole tirée du Coran vaut ce
qu’elle vaut. Elle n’en est pas moins riche
d’enseignements. Moïse, sur ordre divin, demande aux fils
d’Israël d’abattre une vache. Les enfants d’Israël
tergiversent, tournent autour du pot, rechignent mais
finissent par obtempérer, après description détaillée de
la vache à sacrifier.
Il y avait là le cadavre d’un homme
assassiné. Le coupable restant introuvable, il fut demandé
aux fils d’Israel de frapper le cadavre avec un morceau de
viande prélevée sur la vache sacrifiée. Ceci fait, le
cadavre ressuscita et désigna son meurtrier.
Le rappel de cette parabole est inspiré
par le récent rebondissement de l’affaire Borel. La partie
civile reste convaincue que, d’une manière ou d’une autre,
le cadavre du magistrat français désignera les coupables :
commanditaire, complices et exécutants de ce crime
maquillé, selon les derniers développements de l’enquête,
en suicide. Rappelons toutefois que tout suspect (si,
comme semblent le laisser croire les nouveaux éléments de
l’enquête, il s’agit d’un crime) reste par définition
présumé innocent. Mais cette parabole démontre enfin
qu’aucun crime ne reste impuni ici-bas, ni a fortiori
dans l’au-delà, quelles qu’en soient les
circonstances.
Grave accident sur la route
Dikhil-Galafi :
La négligence tue encore
Samedi dernier, vers 9 heures trente du
matin, un grave accident a coûté la vie à un jeune
policier embarqué quelques minutes plut tôt à bord d’un
camion militaire lourdement chargé et roulant en direction
de Dikhil. L’accident survenu au lieu-dit Sabir, entre
Gallamo et Gorabous, a été provoqué par la rupture du
capot qui a violemment heurté ce passager. Un taxi-brousse
en route vers Dikhil a accepté de convoyer le blessé
jusqu’au dispensaire. Une fois sur les lieux, les
autorités médicales de Dikhil bien que disposant de
plusieurs véhicules, et malgré l’état préoccupant du
blessé, ont demandé au taxi-brousse, déjà lourdement
chargé, de procéder lui-même à son évacuation sur
Djibouti-ville. C’est donc à bord de ce taxi-brousse que
le policier blessé est décédé aux environs de Wéa, victime
de la négligence des autorités médicales de Dikhil. Il
s’appelait Ali Cheiko Hamad.
Inna Lillah Wa Inna Ilayhi Raaji’uun
Immigrés clandestins :
Pignon sur rue ?
A l’approche du mois béni du Ramadan et
après qu’ils aient appris le caractère ephémère des
rafles, les clandestins expulsés en août dernier, ont
refait surface à Djibouti de manière ostentatoire. Dans
tous les quartiers de la Capitale, sur les principales
artères ainsi que dans les transports en commun, leur
retour remarqué alimente les conversations quotidiennes
des Djiboutiens. Le camp d’Awr-Awsa se dépeuple chaque
jour au profit de la Capitale. Les immigrés clandestins
ont donc gagné du terrain et les Djiboutois pourront
aisément vérifier cette réalité durant le Ramadan.
L’ARD dans le Sud-Ouest
Le flambeau ARDent contre l’obscurantisme RPP
A l’invitation des militants de cette
région, une forte délégation de notre parti, conduite par
M. Ahmed Youssouf, président par intérim, a effectué
vendredi et samedi derniers une tournée de travail dans le
district de Dikhil. Partout où elle est passée, la
direction de l’ARD a reçu un accueil enthousiaste. Moins
de 24 heures après la visite présidentielle à Galafi et
Yoboki, l’incontestable réussite de cette tournée d’un
mouvement emblématique de l’opposition nationale dans le
Sud-Ouest sonne comme un désaveu cinglant de la
politique-spectacle instituée, depuis bientôt cinq ans,
par le Chef de l’Etat.
« Merci d’avoir répondu
favorablement à notre appel, nous vous attendions
impatiemment ». C’est par ces mots que les militants
et sages de la ville d’As-Eyla ont accueilli notre
délégation arrivée sur place vendredi à 11 heures. Après
la grande prière du vendredi, un copieux et sympathique
déjeuner a réuni à l’annexe de notre parti les membres du
comité d’As-Eyla, les sages de la région et la direction
venue de la Capitale. Dans l’après-midi, une réunion
élargie aux militants de cette ville a été organisée à
l’annexe de notre parti. La direction de l’ARD a délivré
un message d’espoir en rappelant que le combat contre
l’injustice continue jusqu’au triomphe du droit sur
l’arbitraire.
De leur côté, les militants et sages
ont largement évoqué l’obscurantisme et la mauvaise
gouvernance du système RPP, basé sur le sectarisme, le
mensonge et le bakchich. Pour illustrer leurs propos, les
notables ont fait goûter à la direction de l’ARD l’eau
courante du robinet d’As-Eyla. Cette eau aigre provient
d’un forage situé à quelques dizaines de mètres d’un puits
traditionnel dont l’eau est excellente et abondante. A
plusieurs reprises, les habitants de cette ville se sont
plaints aux autorités de la mauvaise qualité de l’eau
courante provenant de ce forage, tout en demandant un
autre forage produisant une eau potable vraiment douce.
A ce jour, leurs appels n’ont pas été
entendus : les habitants continuent donc de consommer une
eau difficile à avaler et à l’origine, semble-t-il, de
multiples problèmes digestifs et dentaires dont, se plaint
cette population ignorée. Dans la soirée de vendredi, la
délégation est rentrée à Dikhil où elle a tenu une grande
réunion toute la nuit durant avec les membres du comité de
l’annexe ARD de cette ville. La direction de notre parti a
passé la nuit dans cette vaste annexe que le président de
la fédération de Dikhil avait superbement organisée en
maison d’hôtes pour la circonstance.
Le lendemain matin, la délégation a tôt
quitté Dikhil pour la localité de Gorabous et le poste
administratif de Yoboki.
Gorabous rend hommage au courage et à la
dignité de l’ARD
Dans la matinée de samedi le cortège de
la direction de l’ARD, composé de trois véhicules 4X4, est
entré triomphalement dans le village de Gorabous, situé
sur l’axe routier Dikhil-Galafi. Les membres de notre
délégation ont été portés en triomphe par une population
qui scandait : « bienvenu au parti du courage et de la
dignité! vive l’ARD ». Rappelons que la population de
ce village martyr, détruit par les troupes
gouvernementales en février 1992, avait vivement protesté
lorsque, mardi 14 octobre 2003, cinq de nos responsables
avaient été arbitrairement arrêtés à Yoboki.
Le lendemain mercredi 15 octobre, les
jeunes de Gorabous ont déployé une banderole où l’on
pouvait lire en français et en arabe : « Nous sommes
tous rebelles ! ». Ce qui signifiait rebelle au
système RPP. Ce geste symbolique aurait-paraît-il, donné
quelques sueurs froides au convoi de la fameuse garde
présidentielle qui avait traversé le village ce jour-là,
en route pour Yoboki. Après s’être entretenu avec les
jeunes et les sages de Gorabous, la délégation de l’ARD a
pris le chemin de Yoboki, dernière étape de sa tournée
dans la région.
Yoboki brandit le flambeau ARDent
Samedi matin, il régnait une
effervescence particulière à Yoboki : la population
rassemblée devant l’annexe de l’ARD s’apprêtait à réserver
un accueil délirant à la délégation de notre parti qu’elle
attendait depuis fort longtemps. Signalons par ailleurs
que l’ancien tableau de notre parti avait été endommagé
quelques heures après le départ de Yoboki du Chef de l’Etat,
par des nervis du régime aux ordres, paraît-il, d’un
membre de l’entourage présidentiel. Le nouveau tableau est
arrivé dès le lendemain.
Se déroulant à peine 48 heures après
l’inutile et clownesque visite présidentielle dans cette
ville, notre tournée avait pour but de démystifier la
politique officielle basée sur le mensonge, la division et
le bakchich. En se mobilisant massivement pour accueillir
fièrement l’ARD, les Yobokois entendaient de leur côté
prouver que leur cœur battait pour l’ARD : le seul espoir
de demain. C’est finalement aux environs de 10 heures du
matin que la délégation de l’ARD, continuité historique du
FRUD a fait une entrée remarquée dans cette ville martyre
de Yoboki, pour y délivrer un message historique de paix
et de réconciliation nationale.
Aussitôt arrivée, une foule nombreuse
et enthousiaste a commencé à danser et à chanter. Les
jeunes filles ont alors entonné un chant mémorable en
l’honneur de l’ARD et de toute l’opposition regroupée au
sein de l’UAD. Preuve que la Jeunesse ne voit pas son
avenir avec l’actuel régime, synonyme pour elle
d’injustice, de fraude et de mépris permanent.
Après une réunion avec les notables de
la ville rassemblés à l’intérieur de notre annexe, les
dirigeants de l’ARD se sont ensuite adressés à une foule
en liesse. Tour à tour, MM. Ahmed Youssouf, Adan Mohamed
et Ali Mahamadé ont remercié la population yobokoise pour
l’accueil historique réservée à notre délégation. Tous ont
insisté sur le caractère démagogique et électoraliste des
attentions que le régime feint d’accorder maintenant à
Yoboki et aux autres zones affectées par le conflit.
Après avoir expliqué la vraie
réhabilitation, contenue dans l’Accord de paix du 12 mai
2001, tous ont conclu : Yoboki et toutes les zones
affectées par le conflit doivent lutter contre ce système
qui refuse d’œuvrer à la réconciliation nationale par une
réelle réhabilitation. Message reçu cinq sur cinq. A quoi
la population de Yoboki a massivement répondu : « nous
rejetons l’obscurantisme du régime. A bas le RPP ! »
A la fin du meeting, le cortège de
l’ARD a effectué une émouvante visite de l’ancienne ville
de Yoboki, totalement détruite par les troupes
gouvernementales en février 1992. Quel spectacle de
désolation et de mépris gouvernemental : qu’est ce qui a
empêché ce régime de la reconstruire depuis 1994, date des
fameux accords d’Ab’a signés à quelques kilomètres de
cette localité ? Le constat est donc alarmant : des
dizaines de maisons en dur, sans toit ni portes ou
fenêtres, totalement abandonnées et non reconstruites,
alors qu’aucune contrainte sécuritaire ne le justifie.
Même le siège du RPP est toujours situé dans un bâtiment
aux trois-quarts détruits.
Quelle honte pour ce régime prétendant
électrifier quelques maisons reconstruites par les
Yobokois eux-mêmes, et se contentant pour l’instant
d’allumer quelques lampadaires. Oui, et là est
l’aberration : samedi, une dizaine de poteaux d’éclairage
public récemment installés sur les abords de la route de
Galafi traversant Yoboki étaient allumés toute la journée.
Pendant ce temps, les habitants sans
électricité depuis onze ans continuaient pour leur part à
suffoquer chez eux, dans leurs maisons délabrées.
Lamentable gâchis de ce régime de gaspillage, mais aussi
formidable prise de conscience politique latente, qu’est
venue réveiller l’ARD, (UAD) chez une population yobokoise
édifiée et brandissant désormais le flambeau ardent de sa
victoire sur l’obscurantisme et le chantage clientéliste.
Yoboki a donc définitivement tourné la page des années
sombres, symbolisée par le régime RPP, en entrant dans
l’ère nouvelle chargée d’espoir avec l’ARD.
La population yobokoise désenchantée
par le RPP et désormais mûre a réaffirmé sa détermination
à ne plus se laisser intimider par des exactions d’un
autre âge. Tout comme elle ne se laissera plus abuser par
des bakchichs inutiles (khat cette semaine encore ) ou des
inaugurations (groupe électrogène) en trompe-l’oeil et
autres promesses sans lendemain.
Mobilisée, elle n’attend du concret que
de l’UAD.
M.
Ismaël Guedi répond
Suite à la polémique soulevée dans les
colonnes du « Progrès », M. Ismael Guedi, Président de
l’UDJ, nous a fait parvenir la mise au point suivante que
nous publions bien volontiers.
«L’auteur de la « Tribune libre »
généreusement présenté par « Le Progrès » s’est
lamentablement trompé de référence historique. Il a
confondu Ismaël Omar, le policier et l’agent de
l’administration coloniale avec Ismaël Guedi, l’inspecteur
du Travail qui s’acquittait de son travail avec foi et
rigueur.» Ismael Guedi
Sous la rubrique « Tribune libre » le
journal du RPP, « Le Progrès » a publié dans son édition
n°94 du 9 octobre 2003, les propos d’un certain L.M qui
n’a même pas eu le courage d’écrire son nom en critiquant
et commentant au nom de ses maîtres, l’entretien que j’ai
accordé à l’hebdomadaire « Réalité », organe de l’Alliance
Républicaine pour le Développement. Les accusations
proférées à mon encontre appellent de ma part la mise au
point suivante.
En tant que démocrate et fervent
partisan de la liberté d’expression, je ne récuse pas les
critiques, à condition qu’elles soient fondées. C’est
pourquoi la mise au point qui suit me tient à cœur, non
seulement pour répondre à L.M., un courtisan des hommes du
pouvoir et du RPP, mais aussi pour mieux éclairer en
général les Djiboutiens et les lecteurs du « Progrès », et
en particulier les jeunes de la génération de 15 à 35 ans,
n’ayant ni suivi ni vécu l’Histoire des quarante dernières
années de notre pays, surtout en ce qui concerne la lutte
pour l’Indépendance. Ne rien dire ou ne rien faire, serait
laisser passer des contrevérités inadmissibles, destinées
à influencer pour mieux induire en erreur les Djiboutiens,
par des écrits entachés d’ignorance et de mauvaise foi.
L’auteur de l’article du « Progrès »
est surpris de mon entretien avec M. Mahdi Ibrahim de «
Réalité» : il oublie que depuis plus de huit ans je suis
un acteur politique, un opposant qui rejette et condamne
la gestion désastreuse du gouvernement. Et que je suis de
surcroît le Président de l’Union pour la Démocratie et la
Justice (UDJ), formation politique qui agit au sein de
l’UAD (Union pour l’Alternance Démocratique) et dont
l’importance et l’audience sont incontestables.
Dans notre pays, la fièvre pour une
certaine émancipation, un début de prise de conscience de
la situation coloniale de notre pays a commencé depuis
plus de 40 ans. Quand bien même il y aurait quelques
mouvements ou quelques cas isolés, la vraie lutte a débuté
avec l’arrivée sur la scène politique djiboutienne du
grand héros national Mahamoud Harbi Farah.
En 1960, l’année des indépendances
africaines, un parti nationaliste que les falsificateurs
de l’Histoire du pays ont tendance à ignorer était né à
Djibouti. Il s’agissait du Parti du Mouvement Populaire
(PMP) dirigé par des hommes valeureux dont l’un des
principaux acteurs était M. Moussa Ahmed Idriss. La
manifestation de 1960 contre le Ministre de la France
d’Outre-Mer, M. Robert LECOURT, en visite à Djibouti, et
celle de 1966 contre le Général DE GAULLE a été organisée
par ce parti. J’ai été un militant et adhérent de la
première heure de cette formation.
Ma carte d’adhésion toujours en ma
possession jusqu’à aujourd’hui illustre bien mon
patriotisme et mon rejet du colonialisme. D’abord Premier
Vice-Président puis Président de l’Association des
Etudiants et Stagiaires Djiboutiens à Paris, avec mes
amis, nous avons dénoncé et condamné constamment auprès
des médias et des mouvements d’étudiants des partis
français de gauche, la répression qui s’abattait sur nos
concitoyens.
Après mon retour à Djibouti en 1966,
j’ai été un des rédacteurs, sinon le principal rédacteur
qui assurait chaque semaine la publication du bulletin
d’information du PMP, jusqu’au mois de mars 1967, date
d’interdiction par l’administration coloniale du Parti du
Mouvement Populaire. Plusieurs ténors politiques
djiboutiens encore en vie pourront confirmer aisément, y
compris des personnalités liées au pouvoir actuel, s’ils
sont de bonne foi.
A l’extérieur de Djibouti, s’est formé
un Front de Libération de la Côte des Somalis (FLCS)
dirigé par le patriote Aden Robleh Awaleh, qui lui aussi
avait interrompu ses études pour venir, en même temps que
moi, au secours des djiboutiens.A peu près à la même
époque, se sont constitués plusieurs partis : l’UPA
(l’Union Populaire Africaine) dirigée par Hassan Gouled,
l’AJP (l’Action pour la Justice et le Progrès) de Moumin
Bahdon, et la LAO ( Ligue pour l’Avenir et l’Ordre)
dirigée par Ahmed Dini Ahmed.
Ces dernières ont fusionné et ont pris
le nom de Ligue Populaire Africaine pour l’Indépendance
(LPAI) dont les principaux dirigeants ont été Hassan
Gouled et Ahmed Dini.
Par ailleurs, un groupe de députés
appelé les 13 parlementaires à la tête desquels se
trouvait Barkat Gourad Hamadou a joué un rôle éminemment
décisif dans la marche vers l’Indépendance. Je confirme
ici ce qu’a dit le dénommé Baxwell ( cadre de la LPAI à
n’en pas douter ) dans ce numéro 66 de « Réalité ».
Effectivement, j’ai été invité, bien qu’Inspecteur du
Travail avec d’autres à assister à des réunions de
travail, les après-midi, au domicile du Président Hassan
Gouled souvent sous sa présidence. Nous abordions des
sujets aussi divers que l’organisation administrative de
la future république, les finances, et chacun des
participants faisait un exposé dans le domaine de sa
compétence. C’est lors d’une de ces réunions que j’ai fait
la connaissance d’hommes comme Maître Antoine PINET ou
encore Patrick MILLON.
Mon militantisme pour la liberté,
engagé en 1960, a culminé en 1976 avec ma participation à
la Conférence de Paris, après que le Président Valéry
GISCARD D’ESTAING eut reconnu la vocation du TFAI
d’accéder à l’indépendance. Tous les mouvements extérieurs
et tous les partisans de l’indépendance basés à Djibouti
étaient présents. La partie française et les nombreuses
délégations du TFAI se sont mises d’accord et ont arrêté
la date du 27 juin 1977 jour de l’Indépendance.
Là aussi, j’avais apporté ma modeste
contribution pour rapprocher les positions des uns et des
autres. Ce fut le couronnement d’un long combat pour tous
ceux qui, des années durant, ont lutté inlassablement pour
l’Indépendance de notre pays.
C’est vrai, j’étais un fonctionnaire
modèle, inspecteur du travail, responsable d’un secteur
très important de l’administration, un arbitre entre
toutes les parties, mais je ne négligeais pas pour autant
les activités tendant à faire bouger le pays, pour qu’il
rejoigne les autres pays libres de l’Afrique
post-coloniale.
Bien que tenu par l’obligation de
réserve, j’ai été quelque fois contraint d’évoluer sur des
terrains hérissés d’obstacles, je n’ai jamais failli à ma
mission. Je ne me suis jamais dérobé. Chaque fois que les
partis qui combattaient le colonialisme avaient besoin de
moi, j’étais présent. Je n’ai jamais été un collabo, ni
policier ni agent de renseignements, et encore moins lié à
une quelconque administration chargée de la répression des
indépendantistes qui, quotidiennement, intimidait les
cœurs et les esprits épris de liberté. Comme l’a très bien
souligné le courrier publié par le numéro 66 de « Réalité
», l’auteur de la « Tribune libre » généreusement présenté
par « Le Progrès » s’est lamentablement trompé de
référence historique. Il a confondu Ismaël Omar, le
policier et l’agent de l’administration coloniale avec
Ismaël Guedi, l’inspecteur du Travail qui s’acquittait de
son travail avec foi et rigueur.
Au siècle dernier, notre continent a
connu deux sortes de colonisation. La colonisation de
peuplement comme l’Algérie et l’Afrique du Sud et la
colonisation d’encadrement. La nôtre était de la deuxième
catégorie. Elle consistait à occuper les postes clés. Pour
pouvoir remplacer un titulaire de ces postes, il fallait
une formation théorique et pratique solide, ainsi qu’un
sérieux et une expérience suffisante. Les nominations et
les fonctions au rabais d’aujourd’hui uniquement
justifiées par le népotisme, le tribalisme, le clanisme et
la fidélité servile n’existaient pas. Seuls les éléments
solides, sérieux et compétents accédaient aux postes
occupés par les européens. C’est la raison pour laquelle
l’administration coloniale d’alors était efficace,
dynamique et performante dans tous ses différents
secteurs.
C’est grâce au mérite, seul critère de
promotion en vigueur, que j’ai pu gravir toute la
hiérarchie et ainsi connaître une ascension rapide dans
l’administration. Pendant cette longue lutte pour la
libération du pays, de quel côté était le thuriféraire LM
et ses maîtres ? Sûrement du côté de l’administration
coloniale.
Mes activités antérieures, mon passé,
mes différentes responsabilités et ma disponibilité ont
été pour beaucoup dans ma nomination en qualité de
Directeur de Cabinet par le Président Hassan Gouled
Aptidon. Cet homme politique, perspicace, a compris
combien je serai utile à mon pays dans mes nouvelles
responsabilités, au moment où l’Etat djiboutien, à peine
proclamé, demeurait extrêmement fragile comme un
nouveau-né.
Après l’indépendance, devant un
sentiment de méfiance ou d’attentisme de certains, d’excès
d’euphorie chez d’autres, il a fallu consolider le nouvel
Etat, organiser la vie post-coloniale, et cela a nécessité
beaucoup d’efforts et de réflexion, de nuits entières
d’insomnie. C’est pourquoi, je trouve tout à fait
injustifiées les critiques de ceux qui n’ont rien fait ou
ont étroitement collaboré avec la police coloniale et les
services de renseignements. Une fois le pays partiellement
stabilisé, il a fallu s’attaquer aux problèmes les plus
urgents : La lutte contre la soif, le développement
agricole tous azimuts, le développement des ressources
nationales, pêche et élevage.
Mais le plus urgent des points cités
dessus était le développement de nos ressources humaines.
La formation des hommes, de la jeunesse djiboutienne était
devenue une priorité des priorités. Ne dit-on pas qu’ «
il n’est de richesse que d’hommes ». Devant les
nouvelles administrations telles que les Affaires
Etrangères, beaucoup d’enseignants décidèrent de quitter
leur département considéré comme exigeant et moins
rémunéré. Pour les intéresser, les encourager à se
maintenir en place, des avantages leur ont été consentis
(logements et indemnités). Cette initiative dénote la
pureté des intentions des responsables d’alors. Elle a
développé la consommation intérieure et relancé la
création d’emplois en poussant les djiboutiens à investir
dans le bâtiment, elle a relevé le moral du corps
enseignant.
Aujourd’hui, nous constatons que le
salaire des enseignants est un salaire de misère. Ils
fuient leur propre pays pour aller s’établir à l’étranger.
Le gouvernement assiste sans réagir à la fuite massive des
cerveaux, des intellectuels, des enseignants et des cadres
de haut niveau qui étouffent sous ce régime dictatorial.
La démotivation des enseignants est à l’origine du niveau
alarmant de notre enseignement.
Le gouvernement du RPP se complait dans
le recrutement d’étrangers à prix d’or au lieu de mettre
sur pied une politique audacieuse et généreuse comme nous
l’avons fait en 1978 pour rassurer les enseignants.
Concernant l’ancienne OPS, je précise
que j’ai activement participé à la création de l’entité
qui lui a précédée c’est-à-dire la CPS en 1968, suivie en
1976 du SMI. J’ai même été Vice-Président de son Conseil
d’Administration durant 6 ans, avec une gestion
exemplaire. Lorsque j’ai quitté le Ministère du Travail
pour la Présidence, la CPS disposait de 6 milliards FD de
réserve. La Caisse des Prestations Sociales a prêté au
gouvernement djiboutien, en bonne et due forme, avec
contrat de remboursement du capital et intérêts, comme
l’on fait d’autres établissements : le Port, l’Edd, l’Oned,
etc.
Il est normal que les fonds des
établissements publics servent à l’investissement, quand
on sait combien notre pays avait, par exemple, besoin d’un
hôtel de classe internationale. Le Sheraton a coûté à peu
près 3 milliards FD et était la fierté de notre pays.
Qu’est devenu le Sheraton aujourd’hui ? Qui l’a bradé pour
quelques centaines de millions FD ? Qui a dilapidé un
capital d’une telle importance, sans aucun remboursement
des créanciers ?
La seule réponse : c’est le
gouvernement RPP en place. Pourquoi donc rechercher des
boucs émissaires, quand chacun connaît celui ou ceux qui
sont à l’origine de cet énorme gaspillage des deniers
publics.
La Banque de Développement de Djibouti
(BDD) est victime de la crise financière qu’a connue notre
pays, car le Trésor National doit plusieurs centaines de
millions à cette banque. On avance même le chiffre de 700
millions FD qui est la somme des retenues opérées sur les
fonctionnaires et autres agents de l’Etat mais qui n’a pas
été reversée à la BDD.
Le PK 20 était un projet agricole
expérimental. Tous les essais étaient concluants mais
malheureusement le coût de production a été trop élevé
pour pouvoir poursuivre ce projet. Faut-il rappeler que
celui qui officiait à l’époque en qualité de gestionnaire
du PK 20, est aujourd’hui l’intendant de la Présidence.
L’administration existait bel et bien,
elle fonctionnait correctement, les salaires étaient payés
régulièrement, la retraite assurée, la corruption limitée
et combattue, la justice quasi indépendante, la santé et
l’éducation étaient réellement des départements
prioritaires.
Comme chacun le sait, l’Exécutif
djiboutien était composé comme suit par ordre d’importance
:
- Le Président, Chef de Gouvernement
Hassan Gouled Aptidon élu par le Peuple et responsable
devant le Peuple ;
- Le Cabinet du Président, Directeur et
Chef, responsable devant le Président ;
- La Primature (Premier Ministre) ;
- Le Cabinet du Premier Ministre ;
- Le Conseil des Ministres, responsable
devant le Président de la République.
Hormis tout ce qui avait trait aux
questions relevant de la sécurité intérieure et
extérieure, dévolues au seul Chef de Cabinet et au SDS,
toutes les autres décisions se prenaient soit en Conseil
des Ministres, soit sur décision du Président de la
République, assisté du Directeur et du Chef de Cabinet.
Monsieur L.M, l’auteur de l’article de
la « Tribune libre » du journal « Le Progrès » semble
ignorer complètement l’organisation ci-dessus, ainsi que
les responsabilités des uns et des autres.
En ce qui me concerne, je n’ai pas à
avoir honte de mon passé, car j’ai œuvré dans l’intérêt
supérieur de notre jeune Nation.
Je ne rejette donc pas mon passé : il a
été pour moi source de formation, d’enrichissement,
d’expérience et surtout d’humilité car aucun responsable
ne peut exister sans la confiance que lui accordent les
administrés. C’est enfin ce passé qui m’a préparé pour le
Présent et pour mieux me préparer pour l’Avenir. Incha
Allah.
Ismaël Guedi Hared
Président de l’Union pour la Démocratie
et la Justice
La
LDDH rend hommage à l’UDC
Trente années d’existence travailleuse :
l’occasion devait être fêtée à sa juste mesure. Consciente
du rôle primordial de l’Union pour le Développement
Culturel (UDC) dans l’éducation et la culture, la Ligue
Djiboutienne des Droits Humains nous a fait parvenir
l’hommage suivant que nous reproduisons. Nous reviendrons
plus en détail la semaine prochaine sur le destin
exceptionnel de cette association.

HOMMAGE AUX MEMBRES DE
L’UNION POUR LE DÉVELOPPEMENT CULTUREL
(UDC)
LE 20 OCTOBRE 2003
Hommage aux membres de l’Union pour le
Développement Culturel (UDC) ;
Hommage aux membres de I’UDC qui nous
ont quittés pour leur dernière Demeure, que Dieu
Tout-Puissant leur accorde Sa Paix et les accueille dans
Son Paradis céleste ;
Hommage aux membres qui continuent sans
relâche à oeuvrer au développement du patrimoine culturel
de notre pays, au sein de l’UDC avec indépendance et
sérieux.
En cette période du trentième ( 30eme )
anniversaire de I’UDC, la Ligue Djiboutienne des Droits
Humains (LDDH) rend un vibrant Hommage à I’UDC pour les
raisons suivantes :
- Considérant le fait que I’UDC a
énormément oeuvré sans publicité, avec discrétion,
efficacité et abnégation exemplaires au développement et à
la promotion de l’Education non seulement des jeunes qui
aujourd’hui, et il faut le dire, assument des
responsabilités au plus haut niveau de l’Etat, des jeunes
donc les études ont été financées, lorsque l’Etat avant ou
après I’indépendance faisait défaut, ont été financées
grâce au concours de I’UDC, mais aussi à participer à la
promotion du Patrimoine de la Culture et des Arts ;
- Considérant le fait que l’UDC a
toujours avec discrétion et efficacité oeuvré à la
promotion de la transcription et à la diffusion de la
langue Afar, en effet, alors que la transcription de la
langue Somalie s’était rapidement propagée, parallèlement,
I’UDC avait pris avec ses faibles moyens « le taureau par
les cornes » en participant avec ténacité et par des
méthodes pragmatiques au succès de la promotion de la
langue Afar et à la réussite d’une meilleure
alphabétisation dans notre Territoire.
- Considérant les actions de I’UDC en
vue de mieux propager les instruments internationaux et
nationaux, actions dont la dernière en date a consisté à
traduire en langue Afar la Déclaration Universelle des
Droits de I’Homme et de procéder à sa diffusion dans les
secteurs mêmes les plus reculés du Nord et de l’Ouest de
la République de Djibouti.
La liste des actions de I’UDC en faveur
de la promotion de la dignité de la personne humaine étant
longue, la LDDH ne peut que rendre Hommage à toutes les
actions positives des membres de I’UDC ;
La Ligue Djiboutienne des Droits
Humains encourage vivement les membres de I’UDC à
continuer et à amplifier le combat légitime pour le
développement de la Culture et des Arts djiboutiens, ses
combats légitimes tout en continuant à préserver avec
vigueur dans sa volonté d’indépendance par rapport aux
pouvoirs étatiques, volonté d’indépendance qui doit servir
d’exemple en tant que doyenne des Organisations
djiboutiennes Non Gouvernementales.

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