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Réalité numéro 69 du mercredi 5 novembre 2003
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Alliance « La
seule vraie politique est la politique
du vrai »
EDGAR
FAURE
Républicaine
pour le Développement |
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Sommaire
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Éditorial
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Brèves nationales
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Riz made in Zone Franche
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Courrier des lecteurs
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Uniforme ou déguisement ?
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Directeur de Publication :
ALI MAHAMADE HOUMED
Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD
Dépôt légal n° : 69
Tirage : 500 exemplaires
Tél : 25.09.19
BP : 1488. Djibouti
Site : www.ard-djibouti.org
Email : realite_djibouti@yahoo.fr
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Éditorial
L’ARD A UN AN : ET APRÈS ?
Notre fidèle lecteur s’est-il jamais
demandé pourquoi, avec une telle régularité depuis sa
création, notre journal n’a pas encore mis en place un
service d’abonnement? En toute logique, par la
fidélisation d’un lectorat disponible six mois ou un an à
l’avance, une telle politique aurait certainement accru de
façon significative la courbe de nos ventes. Si nous
n’avons pas jugé utile ce service d’abonnement, c’est pour
une raison simple qui tient au respect dû au lecteur :
l’abonnement est un pari sur l’avenir que nous ne pouvons
pas engager. Pas un pari de rentabilité économique, sans
fausse modestie. Ce serait un pari politique, un gage de
stabilité institutionnelle : prétendre, par l’abonnement,
que nous serons en mesure de publier dans six mois,
reviendrait à dire que ce régime de liberté contrôlée nous
laissera travailler dans six mois. Ce qui reviendrait à
faire croire que la démocratie djiboutienne est entrée
dans les mœurs et les pratiques dirigeantes et que le
pouvoir en place respecte le pluralisme de la presse.
Bref, même le récent acharnement contre un représentant de
la presse d’opposition est là pour démontrer qu’une
politique d’abonnement donnerait à nos concitoyens une
fausse illusion démocratique, qui serait l’antithèse du
véritable combat pour les droits de l’Homme.
Alors que notre Parti, l’Alliance
Républicaine pour le Développement a fêté le 6 octobre
dernier le premier anniversaire de sa fondation, un tel
paradoxe de l’action politique dans ce contexte despotique
se devait d’être rappelé. Nul n’ignore que l’ARD est née
d’une volonté pacifique : celle qui animait le FRUD-armé,
signataire de deux accords de paix, en février 2000 et mai
2001. L’abandon de la lutte armée par nous impliquait
certaines obligations pour le régime responsable de ce
conflit : établir l’égalité entre les citoyens et garantir
les bases institutionnelles d’une vie politique pacifiée.
A ce chapitre, nul n’ignore que la distribution des cartes
d’identité nationale à tous ceux qui en ont été
illégalement privés, premier pas dans le respect de toutes
et de tous, sans discrimination, tarde encore malgré les
promesses récurrentes.
Par contre, la première
confrontation du multipartisme intégral avec les réalités
sociopolitiques nationales a amplement démontré qu’il y
avait péril en la demeure et que, très majoritairement,
les électeurs djiboutiens attendaient une relève capable
d’arracher le pays aux griffes des rapaces en place. A
peine trois mois après leur fondation, l’ARD et les autres
partis membres de l’UAD ont administré la preuve éclatante
de leur légitimité : l’alternance est une aspiration
profondément ancrée, suscitée par les abus et dérapages
que citoyennes et citoyens ont décidé de ne plus
cautionner par leur passivité. Seules les fraudes massives
ont empêché un nouveau chapitre de notre destin collectif
de s’écrire.
Et c’est là que réside le problème : si
tout le monde est intimement persuadé que l’actuel régime
aura toujours recours à l’illégalité pour se perpétuer,
faut-il alors supposer que l’ARD, comme l’UAD, au prétexte
de règles démocratiques qu’elle est la seule à respecter,
s’est définitivement abonnée au rôle de simple caution
légale, acceptant par avance de perdre des élections
truquées par avance ? Si chacun a bien conscience de notre
éclatante démonstration de force et de popularité au cours
de l’année écoulée, de sérieuses questions subsistent
légitimement dans l’esprit de nos concitoyens : quelle est
la pertinence d’un jeu politique auquel les deux joueurs
n’accordent manifestement pas la même crédibilité et dont
ils ne respectent pas les mêmes règles ? Comment vaincre
de façon pacifique et transparente un régime qui gouverne
par la force et la fraude ? Dans quelles conditions notre
pays cessera-t-il enfin d’être une simple « démocratie
sur le papier » pour devenir à une réelle démocratie
en action, respectueuse de sa pluralité ?
Telles sont quelques unes des questions
auxquelles la Nation djiboutienne devra trouver les bonnes
réponses, à brève échéance : il est hors de question, pour
l’ARD de cautionner par son existence, des pratiques
gouvernementales totalement improductives et contraires
aux aspirations populaires. Incarner l’Espoir : oui !
Entretenir l’Illusion : non !
Brèves nationales
Campagne du RPP dans les zones rurales
:
D’Obock à Yoboki, en passant par khat
chemin
Avec pour seul argument le khat
nourricier distribué à une échelle industrielle, le parti
présidentiel à l’image de son leader nomade à l’échelle
intercontinentale, bat inlassablement la brousse
djiboutienne, du Nord au Sud. Dans le Sud-Ouest (
Gorabous, Yoboki, Hanlé), les missi dominici du pouvoir
s’échinent à contenir la fulgurante progression de notre
parti. Ainsi, la quantité de khat distribuée a presque
doublé après la récente tournée de l’ARD, au grand
étonnement des innombrables chômeurs de cette région, qui
auraient préféré voir venir du travail, mais pas
mécontents de cette générosité n’ayant rien à voir avec le
Ramadan. Parmi les destinataires de la précieuse plante,
beaucoup de militants de l’opposition des localités
desservies mâchouillent gratis, tout en sensibilisant les
populations aux idées de changement de l’ARD.
Dans le district d’Obock, c’est le même
scénario de bakchich et de promesses mensongères qui reste
employé. Depuis plusieurs semaines, une Toyota Pick-up
immatriculée C de l’ONED serait chargée d’approvisionner
en khat les populations rurales du Nord d’Obock. Dans
cette région où sévit une soif endémique due à la
sécheresse et à la défaillance des forages publics,
quasiment sous embargo alimentaire du fait de son
enclavement (alors que le financement de la route
Tadjourah-Obock est disponible depuis trois ans) la
mauvaise gouvernance considère-t-elle que le khat est plus
précieux que l’eau et la nourriture ?
Réhabilitation de la piste Randa-Day
:
Les riverains à l’œuvre comme ils
peuvent
Aide-toi, le ciel t’aidera ! Après
avoir attendu en vain l’aide de la fameuse « Armée de
Développement » et ses engins de génie civil, les
riverains de la piste Randa-Day se sont courageusement mis
au travail avec leurs pelles et pioches, pour réhabiliter
la voie reliant les deux villages de Goda. Les pluies
diluviennes du mois d’août dernier avaient rendu
impraticable cette piste de 17 kilomètres, creusant par
endroits des fossés larges de 10 mètres. Pour accéder d’un
village à l’autre, les usagers étaient obligés d’effectuer
un large détour par la piste de Garenlé, soit plus de 80
kilomètres. L’Armée de Développement, occupée à soigner
son image par des déclarations fantaisistes dans la presse
gouvernementale, ou en éditant de luxueuses brochures,
aura raté là une occasion de vraiment servir les
populations rurales.
Rappelons par ailleurs que le village
de Randa, particulièrement courtisé l’été dernier, a
renoué avec l’obscurité. Depuis plus de deux mois en
effet, l’électricité y a disparu, provoquant l’ire des
habitants contre la mauvaise gouvernance irresponsable et
incapable.
Pôle Universitaire de Djibouti :
Entre suffisance et insuffisances
Cette semaine, le Ministre de
l’Éducation Nationale a signé un accord de partenariat
entre le Pôle Universitaire de Djibouti et l’université
française d’Amiens. A cette occasion, le Ministre s’est
fendu d’un discours vantant les efforts déjà entrepris
dans le domaine de l’Éducation en rappelant que cet accord
« vient de compléter un ensemble d’actions menées dans
le cadre des États généraux de l’Éducation, avec l’appui
de fonds de solidarité déjà menées dans le cadre des États
généraux de l’Éducation… ». Comprenne qui pourra :
comme qui dirait, le disque semble rayé.
La réalité quotidienne dans cet
établissement universitaire est malheureusement tout autre
: la grogne estudiantine contre les mauvaises conditions
d’étude a conduit ceux inscrits en BTS IG ( Informatique
et Gestion) à déclencher une grève du 25 au 29 octobre
derniers. Bénéficiaires de la formation à distance SISCO
du Canada via Internet, les BTS IG ont protesté contre la
suppression annoncée de cet enseignement sur le Web, suite
aux exigences salariales de l’enseignant chargé de ce
cours. Lequel aurait menacé d’émigrer au Canada si son
salaire n’était pas revalorisé.
A la suite de cette grève, les
autorités avaient promis de maintenir ce cours sur
Internet, mais rien n’est encore définitivement acquis.
Ainsi, lundi dernier, les étudiants se sont de nouveau mis
en grève, mais cette fois-ci pour protester contre la
caution de 10.000 FD exigée pour accéder à la
bibliothèque. Comment des étudiants ne percevant aucune
bourse, peuvent-ils débourser une telle somme, qui plus
est pour un service normalement gratuit ? Comment suivre
des études dans des conditions décentes, sans bénéficier
des connaissances complémentaires procurées par une
bibliothèque universitaire ? Entre la suffisance affichée
par les responsables de l’Education Nationale, et la
réalité des intolérables insuffisances dont les étudiants
sont victimes, le Pôle n’est plus magnétique et notre
élite de demain s’inquiète sérieusement pour son avenir.
Le Ministre de l’Intérieur
visite l’Intérieur:
Information ou propagande électorale ?
Le Ministre de l’Intérieur se faisait
discret depuis sa prestation télévisée de fin septembre
relative à la lutte contre l’immigration clandestine. Et
pour cause : cette lutte menée tambour battant depuis
l’été dernier s’essouffle peu à peu, à tel point que l’on
observe un important reflux de « clandestins » vers notre
Capitale. Mécontent de ce coup d’épée dans l’eau, bien sûr
indépendant de sa volonté, notre Ministre de l’Intérieur
s’en est donc allé dans les districts de l’Intérieur où
cette lutte a réellement porté ses fruits, même si les
populations rurales ont d’autres urgences à formuler.
Ainsi, le Ministre était également
porteur d’une bonne nouvelle à ces populations rurales se
plaignant régulièrement de la non-distribution persistante
des pièces d’identité nationale. A en croire ce haut
responsable, les opérations de délivrance des cartes
d’identité débuteront après le Ramadan et s’étaleront sur
une longue période… allant jusqu’à la présidentielle de
2005, aurait-il dû préciser pour mieux appâter les
nombreuses victimes de cette discrimination. En effet, les
citoyens lésés se comptent par dizaines de milliers et
c’est en vertu d’une disposition contenue dans l’Accord de
Paix du 12 mai 2001 que le régime a finalement accepté de
les restaurer dans leur citoyenneté. En attendant ce jour,
qu’en est-il des révisions effectives des listes
électorales, puisque l’ombre de la prochaine consultation
plane déjà sur cette tournée, comme sur les autres aspects
de l’action gouvernementale ?
Port pétrolier de Doraleh :
Pourquoi le retard des travaux ?
Les travaux du futur gigantesque
complexe pétrolier, dont le lancement a été inauguré l’été
dernier à Doraleh, ne semblent pas démarrer comme prévu,
malgré la propagande officielle sur les retombées
économiques escomptées, sans préjudice bien sûr de la
mauvaise gouvernance prédatrice. Pour l’heure, seuls
quelques engins de travaux publics s’agitent sur les
collines surplombant la mer, et les ouvriers affectés à ce
projet ne sont pas aussi nombreux que l’exigerait un
chantier de développement digne de ce nom. Qu’est-ce qui
cloche donc dans ce projet du millénaire ?
Certaines sources se disant informées
affirment pour leur part que le financement annoncé ferait
encore défaut. Si le retard actuellement observé se
confirmait dans les mois à venir, nul doute que le Port de
Doraleh connaîtra le même sort que la raffinerie de 1991,
sur le même site. Toujours est-il que pour le moment, ce
port dont les travaux de construction devaient se terminer
dans deux ans, semble n’être qu’un port sec…
A ce chapitre de l’esbroufe de ce
régime, il n’est peut-être pas inutile d’établir un
parallèle avec le destin réservé au Port de Tadjourah :
inauguré en grande pompe fin 2000, et censé orienter ses
activités vers l’Éthiopie via la route Tadjourah-Bouya et
qui n’a pas pu obtenir de l’État les moyens décentralisés
de son ambition. Il n’est plus désormais qu’un quai à
boutre sur lequel, contre toute logique de développement
et malgré sa faible activité, l’État prétend prélever des
taxes.
Ainsi va la mauvaise gouvernance avide,
cherchant à moissonner plus que ne le permettent ses
maigres semailles.
Riz
made in Zone Franche
Aide internationale et contrebande présidentielle
C’est parce que nous le pensons réellement
que nous le répétons s ans cesse : le régime RPP n’est pas
de nature tribaliste. Certes, pour des raisons
électoralistes, il cherche à provoquer une illusion de
compétition entre les différentes composantes de la
communauté nationale : alors que des sacs de khat sont
quotidiennement distribuées aux habitants de certaines
régions, c’est la promesse d’une eau minérale miraculeuse
qui est faite à d’autres. Mais ceci n’est qu’apparence. En
fait, tous les citoyens djiboutiens, sans aucune
distinction, se retrouvent victimes des agissements
frauduleux, contraires aux intérêts nationaux, des
affairistes au pouvoir. C’est à l’un de ces agissements
que nous nous intéressons dans ce numéro : il s’agit du
détournement de l’aide internationale perpétré par la
Présidence de la République.
Même la rareté de nos ressources
naturelles ne peut masquer l’explication principale de la
quasi inexistence d’un tissu productif djiboutien :
incapable d’assurer les conditions économiques et
institutionnelles d’un développement endogène, le régime
djiboutien pousse l’irresponsabilité jusqu’à détourner de
ses fins premières les fruits de sa mendicité
internationale. En fait, l’aide extérieure n’est
malheureusement pas le seul domaine dans lequel sévissent
corruption, concussion et détournement. La vie politique
nationale bruisse de ces rumeurs d’enrichissement
miraculeux de certains responsables politiques ou
administratifs.
Notre journal n’a jamais fait état de
telles rumeurs : non seulement nous n’aurions rien appris
à personne (certains mabrazes proches des centres de
décision seraient même mieux informés) mais surtout, dans
une administration ayant pratiquement perdu le sens de
l’écrit, de la règle de droit et dans laquelle l’opacité
s’installe de plus en plus depuis quelques années, il
aurait été à peu près impossible de fournir les preuves
concrètes de malversations défrayant pourtant la chronique
quotidienne. C’est pourtant l’une d’elles, impliquant le
sommet de l’État, que notre journal est en mesure de vous
révéler aujourd’hui : elle porte sur la contrebande
illicite d’un don de riz en provenance de l’Inde, comme
l’atteste le document reproduit en page 5.
Pour mieux saisir la manœuvre, il faut
rappeler le chemin institutionnel que prenait autrefois
toute aide internationale sous forme de denrées
alimentaires. Il existait un organisme d’État, l’Office
Nationale d’Approvisionnement et de commercialisation
(ONAC) chargé de réceptionner cette aide et de la
commercialiser sur place pour le compte de l’État
djiboutien. Les recettes en étaient gérées conformément
aux règles en vigueur et affectées selon les nécessités
budgétaires.
Or, depuis environ 1994, le
fonctionnement de l’ONAC a été beaucoup plus assujetti aux
fluctuations des enjeux politiciens, plus particulièrement
à une nouvelle façon de faire la politique avec une
nouvelle classe politique se servant autant qu’elle
servait ses courtisans. Suite à cette perversion, l’ONAC a
complètement disparu à l’orée des années 2000 :
officiellement, il n’existe plus aucun organisme d’État
spécialement chargé de gérer l’aide alimentaire
extérieure. Voici pour le cadre institutionnel, ou plutôt
son absence, rendant possible le gigantesque détournement
que nous allons à présent relater.
Chacun s’en souvient, à son retour
d’Inde, la presse gouvernementale avait largement salué
une performance présidentielle ahurissante : grâce à sa
persuasion, l’Inde avait accepté de fournir à notre pays
une importante aide alimentaire sous forme de riz indien.
Du fait que l’ONAC a disparu (c’était peut-être
l’intention) ce don a été réceptionné par la Présidence de
la République Djiboutienne, plus exactement par son
Directeur de Cabinet, comme le montre ce document. Ce qui,
en soi, ne serait pas illégal. L’illégalité réside dans le
parcours qu’indique le document :
Port d’embarquement : Kandla
Port de débarquement : Djibouti
Destination finale : Éthiopie
Là réside la preuve qu’il y a bel et
bien manœuvre frauduleuse, car de trois choses l’une. Soit
il s’agit d’une transaction commerciale entre un vendeur
privé indien et un acheteur privé éthiopien, auquel cas
rien ne justifie que la Présidence djiboutienne joue les
intermédiaires (dallaal, en arabe) entre deux opérateurs
privés. Soit il s’agit effectivement d’un don à
l’Éthiopie, auquel cas l’on ne comprend toujours pas
comment le sommet de l’État djiboutien se retrouve en
position d’intermédiaire. Soit il s’agit d’un don à la
République de Djibouti, auquel cas rien n’explique
légalement que la destination finale de ce don soit le
marché intérieur éthiopien.
Or c’est bien de cela qu’il est
question : les tonnes de riz dont l’Inde a gracieusement
fait don à la République de Djibouti sont frauduleusement
écoulées sur le marché éthiopien : même si le Programme
Alimentaire Mondial ne chôme pas en matière d’acheminement
de denrées alimentaires vers notre voisin sévèrement
touché par la sécheresse et la famine, nul n’a entendu
parler, surtout en cette période de Ramadan, d’une aide
alimentaire djiboutienne au profit du Peuple frère
d’Éthiopie. Tout au contraire, la suite de notre enquête,
menée sur le terrain, dans les hangars de la Zone Franche
portuaire qui furent le théâtre de ce détournement montre
clairement qu’il y a eu malversation (suite page 6) au
plus haut niveau de l’État.
Dans ces hangars, notre équipe a
trouvé, et photographié, des montagnes de sacs vides de 50
KG sur lesquels l’on peut lire : « CADEAU DE L’INDE A
DJIBOUTI. GIFT FROM INDIA TO DJIBOUTI ». Dizaines de
milliers de sacs qui, à leur débarquement au Port de
Djibouti, contenaient les milliers de tonnes de riz indien
à 20% de brisures. Riz que de nombreux employés écoeurés
transvasaient machinalement dans de nouveaux sacs de 50
KG, tout aussi photographiés par nos soins, où l’on peut
lire : « PETRAM PRIVATE Ltd Co. FROM DJIBOUTI TO INDIA ».
Sacs d’origine spontanée, comme telle richesse miraculeuse
de certains détenteurs ou proches du pouvoir. Sacs dont
l’incontestable matérialité est censée représenter ou
justifier une opération ordinaire de commerce privé, et
subitement contenir un riz pakistanais long grain à
seulement 10% de brisures. Cette opération de substitution
a porté, pour le seul lot en présence duquel nous avons
été mis, sur 13.000 sacs représentant 650 tonnes de riz.
Sur le marché djiboutien, cette transaction aurait à peu
près représenté la coquette somme d’environ 60 millions de
nos francs.
D’autre part, selon nos investigations,
la société « Diamond Shipping Service sarl » est une
société de transit de droit djiboutien, dont un des
propriétaires a de solides entrées dans les coulisses du
pouvoir djiboutien. De plus, sous la référence floue de «
destination finale : Éthiopie » se cache un important
négociant éthiopien d’origine hadaré (région de Diré-Dawa)
auquel est dévolue la lourde tâche de tromper les
autorités douanières éthiopiennes en écoulant ce riz
détourné. Lesquelles autorités éthiopiennes, qui ont
engagé une lutte sans merci contre la contrebande, auront
certainement à cœur de vérifier le sérieux de nos sources
et la crédibilité de nos affirmations en procédant aux
contrôles d’usage.
En conclusion, il s’agit donc bien d’un
don initialement destiné au Peuple Djiboutien ( dont de
larges couches sont devenues nécessiteuses à cause de la
politique économique et sociale improductive du régime),
mais que d’autres consommateurs, éthiopiens eux, devront
acheter, qui plus est selon un étiquetage relevant de la
supercherie puisque le riz frauduleusement vendu par la
Présidence et acquis par le commerçant éthiopien usurpe
une qualité qui n’est pas réellement le sien : il est
indien et non pakistanais, il comporte 20% de brisures et
non 10% comme prétendu.
La malversation étant établie sans
aucune contestation possible, et l’appât du gain n’étant
pas une disposition rare chez les responsables et les
proches du régime, il s’agit enfin de savoir pourquoi une
telle malversation s’est déroulée pratiquement au vu et au
su de tout le monde. Parce que ce régime méprise le Peuple
au point qu’il l’estime trop anesthésié pour pouvoir
s’indigner d’une telle contrebande d’État ? Certainement :
il est évident qu’un régime qui confisque la volonté
populaire en assurant sa réélection par la fraude
électorale n’a aucune raison particulière de respecter ses
concitoyens en d’autres circonstances : pour lui, la
Nation n’est qu’un prétexte pour confisquer le pouvoir.
Parce que ce régime sous-estime la
seule presse digne de ce nom : la presse d’opposition
qu’il croit trop frileuse pour oser relater de tels
scandales ? Alors, cet article est bien la preuve qu’il se
trompe lourdement : chaque fois que nous aurons
sérieusement établi les faits en recoupant plusieurs
sources d’information, notre journal n’hésitera pas à
informer les citoyens djiboutiens comme la communauté
internationale, des manœuvres irresponsables et bassement
mercantiles de ceux qui se servent sur le dos du Peuple en
prétendant servir l’intérêt national, à quelque niveau
qu’ils soient de la hiérarchie du pouvoir.

Voici donc le document attestant de
façon irréfutable que la Présidence de la République s’est
constituée cliente d’une société de transit pour acheminer
du riz au profit d’une société privée éthiopienne. Si
cette activité lucrative n’étonne personne, la seule
question qui se pose est de savoir si la Présidence
dispose d’une patente commerciale et si elle s’acquitte de
l’impôt sur les sociétés.
Affaire à suivre..

Preuve supplémentaire de cette
malversation, voici un document, de la même origine,
portant sur un autre lot, toujours destiné au Directeur de
Cabinet du Président de la République de Djibouti. Il
s’agit toujours d’acheminement de riz indien mais, cette
fois-ci, la destination finale n’est plus l’Ethiopie,
mais… Djibouti.
Courrier des lecteurs
La prostitution juvénile doit être
sévèrement combattue
Notre article consacré à la prostitution
des mineures, paru dans le n° 65 de Réalité a
réveillé les consciences. Pour preuve, nous publions cette
semaine le courrier de lecteur que nous a adressé un
citoyen révolté contre les atteintes aux bonnes mœurs
ayant cours dans notre société musulmane.
C’est malheureux ! Je ne pensais pas
que de telles choses puissent se passer à quelques
centaines de mètres de mon domicile. Pire, il est
inimaginable que de telles atrocités soient perpétrées sur
des mineures dans mon pays, et cela en toute impunité
depuis de longues années. J’ai souvent crû sans trop
réfléchir aux ragots de certaines mauvaises langues qui
véhiculaient des idées erronées sur la nature et le
contenu du journal « Réalité ».
J’ai toujours été un simple observateur
passif de la dégradation constante de l’état du pays, des
malversations financières de certains responsables, de
l’appauvrissement sans fin de la population, des projets
insensés et irréalisables que l’on nous promet depuis trop
longtemps.
Mais je me sens profondément choqué
cette fois-ci, sur la nature de la prostitution enfantine,
apparemment tolérée par la Justice et les politiciens de
mon pays, et paradoxalement dénoncée par « Le Canard
Enchaîné », un journal étranger qui semble défendre nos
fillettes et que le journal « Le Progrès » du RPP insulte
étrangement.
J’ai en effet suivi ces deux dernières
semaines la réaction de nos autorités face à cette
information relative à l’existence d’un bordel d’enfants
mineures, bordel territorialement contigu à un camp
militaire français.
Aujourd’hui, même si je suis
parfaitement conscient que toute l’armée française ne peut
être tenue pour responsable, c’est blessé dans ma chair,
attenté par l’existence à peine cachée d’un marché de
détournement de mineures en République de Djibouti, au su
et au vu des autorités en place, que je prends la plume
pour crier mon dégoût et ma honte face à cette humiliante
situation. Je me sens sincèrement affecté par cette
affaire de prostitution de mineures, révélée par « Le
Canard » et reprise par votre journal. Ce qui me révolte
le plus, c’est surtout la passivité de nos dirigeants
politiques et la stupide polémique engagée au sujet de
votre article, alors qu’ils devraient accorder la plus
extrême attention à cette exploitation sexuelle des
mineures, quelle que soit leur nationalité. C’est donc ça
qui m’amène aujourd’hui à définitivement condamner ce
régime perverti à tous points de vue, politiquement,
culturellement, religieusement, etc.
Je me dois d’avouer qu’avant cette
triste affaire, pour diverses raisons, je n’avais pas
beaucoup d’admiration pour le journal « Réalité ». Mais ce
détournement d’enfants de onze ans par les militaires d’un
pays censé représenter l’avant-garde du respect de la
dignité humaine a vraiment de quoi choquer.
C’est effectivement une raison assez
forte qui me pousse aujourd’hui à rejoindre définitivement
votre camp, celui du refus de la démagogie politique. Et
je m’engage personnellement à appeler tous nos concitoyens
à faire preuve de courage et d’humilité, pour dénoncer ces
dérives que tolèrent nos dirigeants politiques et autres
garants de la loi. Il faut que toute la lumière soit faite
sur ce commerce de mineures, sexuellement exploitées au
profit d’une armée étrangère, dont les éléments les plus
pervertis ne se permettraient jamais ces conduites chez
eux, où la Justice est implacable avec ce genre de délits.
J’invite enfin par cette occasion tous
les parents à exiger auprès des autorités concernées toute
la vérité sur cette affaire salement inhumaine et immorale
afin que le châtiment le plus exemplaire soit retenu
contre les profiteurs de la misère et ceux qui assassinent
l’innocence de l’enfance.
Je m’associerai à une éventuelle
pétition nationale pour que justice soit rendue à ces
malheureuses enfants mineures.
DHR
Commentaire
Merci pour votre courrier, qui en dit
long sur les ressources citoyennes de notre pays.
L’affairisme qui gangrène notre société pousse certains de
nos compatriotes à se livrer à un commerce honteux et
antipatriotique. Réalité poursuit son enquête et
fera tout ce qui est possible pour aider à la dénonciation
et au démantèlement des réseaux mafieux de la
prostitution, a fortiori juvénile, dans notre pays.
LA RÉDACTION
Uniforme ou déguisement ?
Le régime harcèle les incorporés du FRUD-armé
Discrédité aux niveaux national autant
qu’international à cause de son refus persistant
d’appliquer l’Accord de Paix qui le lie au FRUD-armé, et
qui l’engage devant le Peuple Djiboutien, le régime
invente éperdument des subterfuges pour tenter de
justifier l’injustifiable. Après avoir vainement nié la
réalité de sa mauvaise volonté, et après une longue
période de mutisme sur l’actualité de l’Accord de Paix du
12 mai 2001, il revient aujourd’hui, peut-être parce qu’il
est déjà en campagne pour la présidentielle de 2005, sur
un argumentaire qui n’avait convaincu aucun observateur
l’été 2001 : il serait impossible d’appliquer cet Accord
car le FRUD-armé aurait caché des armes.
Lors d’une de ses innombrables
apparitions télévisées, le Chef de l’État, du haut de sa
suffisance, avait demandé au journaliste hébété qui
l’interviewait : « Savez-vous où se trouve Alaylé sur
la carte de notre pays ? » Au journaliste sidéré
devant une telle connaissance encyclopédique, le Chef de
l’Etat cachait comment lui connaissait ce lieu ne
comprenant que quelques daboïtas : les éléments de sa
Sécurité y avaient justement terrorisé d’innocents civils
au prétexte que des caches d’armes se trouvaient dans les
environs. Pour l’occasion ; d’anciens combattants du
FRUD-armé nouvellement incorporés au sein de l’Armée
Nationale Djiboutienne et en entraînement à Hol-Hol,
avaient été conduits de force sur les lieux des fouilles :
ils parleraient mieux, pensaient les stratèges de la
Sécurité présidentielle, en présence de leurs familles
terrorisés. Mais en vain : après de longues fouilles, les
experts en intimidation de civils sont rentrés
bredouilles. D’ailleurs, pour s’être fait l’écho de ces
magouilles visant uniquement à justifier par avance la
violation programmée de l’Accord de paix, notre confrère «
Le Renouveau Démocratique » avait encouru les
foudres du régime en et été 2001.
Voilà que la même comédie recommence
aujourd’hui, avec les mêmes méthodes : des civils
arbitrairement arrêtés en brousse brutalement interrogés
avec des incorporés du FRUD-armé. Incorporés est un bien
grand mot : le régime se refusant encore à régulariser
leur situation ; certains d’entre eux étant même
officiellement classés dans la catégorie des « mobilisés »
qu’aucune situation de guerre ne justifie plus
aujourd’hui. Ainsi, à Obock comme à Djibouti ; nos
incorporés sont aux arrêts de rigueur et brutalement
interrogés par les « spécialistes » du SDS. Inutile de
dire que cette thèse de caches d’armes est absolument
fantaisiste : qui peut croire sans rire que le Président
Dini, véritable initiateur de cette paix que la Peuple
dans son ensemble attendait, se préparait en fait à
reprendre le maquis, escomptant selon eux un appui grâce à
ses accointances islamistes ?
Il s’agit donc bien évidemment d’une
nouvelle manœuvre dilatoire que nous condamnons ave la
plus extrême vigueur : comme nos concitoyens, nous y
voyons plutôt une raison supplémentaire de débarrasser
notre pays d’une classe politique aussi irresponsable et
n’hésitant pas, dans le seul but de rester au pouvoir, à
mettre en danger une paix si durement acquise.
Nous n’aurions pas évoqué outre mesure
de tels subterfuges si d’innocents civils n’étaient à ce
point terrorisés et si la dignité de nos incorporés
n’était sans cesse bafoué par un régime sans respect pour
l’uniforme qu’il assimile à un déguisement : ses soldats
ne seraient que des miliciens privés tandis que nos
incorporés ne seraient que des guérilleros en embuscade.
Car, si le pouvoir respectait à la fois le caractère
normalement républicain des forces de défense et de
sécurité, et le statut régulier de nos incorporés, nous ne
nous sentirions pas obligés de prendre la défense de nos
anciens compagnons de lutte. Par cet acharnement, le
régime semble surtout souhaiter que nos incorporés
restituent leurs uniformes : il suffisait de le demander.
Comme cela, l’actualité caduque de l’Accord de paix en
vertu duquel ils ont été incorporés deviendra effectif et
chaque partie signataire n’aura plus qu’à assumer ses
responsabilités. En tout état de cause, nos instances
dirigeantes se réuniront très bientôt pour statuer sur ce
point.
Après le refus présidentiel
d’indemniser les civils dont les biens ont été détruits ou
pillés par les troupes gouvernementales, de dédommager les
anciens militaires, gendarmes et policiers, d’intégrer nos
cadres dans l’administration et après la mesquinerie
présidentielle de suspendre illégalement le salaire des
rares « réintégrés » du FRUD-armé dans la fonction
publique, cette énième provocation prouve bien que le
régime cherche à consolider le mensonge comme mode de
gouvernement. Ce qui ne peut évidemment pas nous laisser
indifférents, au même titre que le sort de nos
démobilisés, retenus prisonniers à Djibouti, dans le cadre
de la lutte contre l’immigration clandestine, alors qu’ils
sont titulaires d’une carte de démobilisé délivrée par le
PRAC.
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