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Éditorial
VOL AU-DESSUS DE TOUT SOUPÇON
Au moment où nous révélons un
détournement de l’aide alimentaire perpétré au sommet de
l’État djiboutien, il n’est absolument pas étonnant que la
presse gouvernementale ait préféré passer sous silence un
événement que Kofi Annan qualifie pourtant de «
tournant décisif » : il s’agit de l’adoption par
l’Assemblée Générale de la Convention des Nations Unies
contre la corruption. « A l’avenir, les fonctionnaires
et autres responsables politiques auront plus de mal à
dissimuler leurs gains illicites. C’est particulièrement
important pour de nombreux pays en développement où de
hauts responsables ont pillé les richesses nationales et
où les nouvelles autorités ont grand besoin de ressources
pour la reconstruction et la remise sur pied de la société
» commentait même, euphorique, le Secrétaire général de
l’ONU. Ceci expliquant peut-être cela, il convient donc de
relier la récente contrebande gouvernementale du riz
indien et le refus tout aussi gouvernemental d’une réelle
reconstruction du pays après une décennie de conflit
civil.
Mais le problème n’est pas là : en
attendant un miracle de ce nouvel instrument international
de lutte contre la corruption, nationale ou
transnationale, il s’agit de s’interroger sur l’impact
d’une telle dénonciation. Car, en politique comme
ailleurs, il faut éviter l’erreur consistant à surestimer
l’impact du coup porté à l’adversaire. En l’espèce,
quelles pourraient bien être les retombées de ce scoop ?
Plus précisément, quel serait le vecteur de translation
entre la médiatisation d’un délit et ses conséquences,
tant politiques que judiciaires ?
Pour y répondre, il faut avoir au
préalable clairement posé le problème : s’agit-il vraiment
d’un scoop ? Non : ce qui généralement surpris nos
lecteurs, ce n’est pas que la Présidence ait été impliquée
dans ce détournement d’une aide alimentaire. Nul n’est ici
assez naïf pour croire qu’il n’y a jamais eu de corruption
à Djibouti : les richesses ex nihilo de certains
dignitaires du régime sont là pour démontrer qu’il s’agit
bien d’une pratique courante.
Non, ce qui a étonné nos lecteurs et
concitoyens, c’est surtout le fait que nous ayons osé
évoquer ce délit. Car, la banalité de la corruption
renvoie à une impunité qui traduit tout un ensemble de
dysfonctionnements institutionnels, au premier rang
desquels il convient de placer ceux de l’appareil
judiciaire. Tout le paradoxe de la situation djiboutienne
est donc là, montrant dans toute son absurdité l’absence
d’un État de droit : le soupçon, ou l’accusation, de vol
suppose qu’il y ait possibilité, pour ne pas dire
obligation, de poursuites judiciaires. Il faut donc qu’une
Morale, incarnée par le Droit, soit en vigueur pour qu’une
pratique délictueuse se transforme en scandale politique
puis en affaire judiciaire. Le silence petit du régime au
sujet du détournement de l’aide alimentaire indienne par
l’administration présidentielle montre ainsi toute la
virtuelle étendue comme toutes les réelles limites, que
nous avons souvent évoquées, de la démocratie version RPP
: cause toujours !
Dans ces conditions, il est absolument
improbable que ce délit soit d’une quelconque manière
sanctionnée : quand elle est grosse, comme pour la Tour
Eiffel, il faut une certaine distance pour appréhender la
corruption. Or, dans cette affaire, les ramifications sont
de toute évidence trop nombreuses pour qu’un simple
fusible soit sacrifié. L’inertie institutionnelle est la
parade par excellence des régimes menacés et fragiles.
Mais déjà une certitude : la République de Djibouti
ratifiera la récente Convention des Nations Unies contre
la corruption. On n’est jamais trop prudent, cela n’engage
à presque rien et rapporte gros.
Brèves nationales
Port de Doraleh :
Anguille sous roche ?
En écho à notre brève de la semaine
dernière consacrée au retard des travaux sur le chantier
de Doraleh, le journal gouvernemental « La Nation »
titrait en une de son édition de jeudi dernier : « Le
projet du Port de Doraleh en bonne voie ». A l’appui de
son affirmation, notre confrère relatait la récente
rencontre entre le Chef de l’Etat et le
Président-directeur général de Dubaï Port Authority.
Djebel Ali, qui gère déjà la Port et l’Aéroport de
Djibouti, a fort à faire dans notre pays, et le
déplacement de son responsable entre peut-être dans ce
cadre et rien ne prouve qu’il concerne la relance des
travaux du port de Doraleh. Ce dernier projet, comprenant
le terminal à conteneurs le plus moderne d’Afrique
et dont les travaux devaient se terminer dans les deux
ans, a pris un retard considérable que n’explique pas le
journal gouvernemental se bornant à prétendre qu’un appel
d’offres sera bientôt lancé pour la réalisation de la
partie terminal à conteneurs, sans même évoquer le
terminal pétrolier ou la raffinerie. Mystère ! Décidément,
il semble qu’il y ait anguille sous roche à Doraleh.
Quoique, dans la chaude mer qui borde Doraleh, il faille
plutôt parler de murène… de la finance !
Tadjourah :
L’unique pharmacie privée a fermé
Les habitants de la ville blanche
s’enorgueillissaient depuis quatre ans d’avoir à leur
disposition une pharmacie privée bien approvisionnée et
bon marché. Le propriétaire, natif de la ville, était
particulièrement disponible, acceptant même d’ouvrir au
milieu de la nuit en cas d’urgence.
Cette semaine, cette pharmacie très
appréciée a été contrainte de fermer suite à une décision
écrite du Commissaire du district. Les Tadjouriens,
furieux de ne plus avoir accès aux médicaments, se
concertent actuellement en vue d’élever une vigoureuse
protestation auprès des pouvoirs publics.
Affaire à suivre…
Awr-Awsa :
Scènes quotidiennes dans un camp
insolite
Des milliers de réfugiés et clandestins
s’entassent depuis fin août dans ce camp du district
d’Ali-Sabieh, malgré des conditions de vie difficiles. A
l’insuffisance de la nourriture s’ajoute la précarité des
abris et les piètres conditions d’hygiène. Les procédures
administratives pour filtrer ceux qui remplissent vraiment
les conditions d’accès au statut de réfugiés et les vrais
clandestins devant être rapatriés prennent du retard. La
déprime et le désarroi sont le lot quotidien de ces
pensionnaires dont beaucoup ont déjà fui vers la Capitale,
profitant du manque de vigilance des forces de sécurité.
De plus, ces dernières semaines, l’on
signale que des épouses de dignitaires du régime viennent
sur les lieux pour recruter des femmes de ménage qu’elles
réussissent à emmener dans leur foyer à Djibouti.
Dernièrement, c’est l’épouse d’un haut gradé de l’armée
nationale qui serait venue sur place pour repartir avec
des bonnes « clandestines » bien sûr. Si des dérogations
sont ainsi permises pour les familles des oligarques,
pourquoi avoir privé des honnêtes citoyens d’employer des
femmes de ménage très difficiles à trouver dans la
communauté djiboutienne? les Djiboutiens n’en finissent
pas de maudire cette lutte maladroite contre l’immigration
finalement devenue une esbroufe de mauvais goût.
Obock :
Le district sacrifié ?
Deux mois après le pompeux séminaire
sur le développement décentralisé, la fatalité quotidienne
a repris ses droits dans ce district sacrifié depuis de
longues années, malgré ses énormes potentialités.
L’injuste enclavement auquel il reste soumis explique son
considérable retard dans tous les domaines. C’est le seul
de tout le pays à connaître de manière chronique des
pénuries en produits de première nécessité et en
carburant. Ses infrastructures de base restent dans un
état lamentable et tout porte à croire que l’État s’est
durablement désengagé de cette région. Si l’enclavement
durable et la pauvreté extrême de la population obèrent
toute possibilité de développement rationnel, il n’a
échappé à aucun observateur que le désenclavement
préalable n’a pas été retenu dans les pieuses
recommandations adoptées à l’issue du pseudo-séminaire
tenu sur place les 20 et 21 septembre 2003. Tant que
persistera cette situation de mépris, les envoyés du
régime seront éconduits comme l’ont été les deux pontes du
RPP à s’y être rendus le 1 er
novembre dernier…
Ali-Sabieh :
Chronique de la mauvaise gouvernance
La capitale du pays Assajog, frondeuse
de nature, a quelques raisons d’être particulièrement
mécontente ces derniers jours. Ainsi, l’on apprend sur
place que le stock des dattes destinées aux malades du
dispensaire et aux nécessiteux, n’a pas encore quitté les
entrepôts du district et ce plus de deux semaines après le
début du Ramadan. Ces dattes seront-elles au moins
distribuées pour le Zakat-el-Fitr ?
Au plan sanitaire, les Assajogs
s’insurgent contre l’entrave aux évacuations sanitaires,
soumises à une autorisation préalable du Commissaire de la
République, chez qui les ambulances sont parquées. Des
malades munis d’une autorisation d’évacuation délivrée par
les autorités médicales de ce district sont encore obligés
de passer chez le Commissaire pour accéder aux ambulances.
Est-ce cela, la décentralisation promise par la mauvaise
gouvernance ?
Les Assajogs sont également remontés
contre l’Éducation Nationale boiteuse. Élèves et parents
d’élèves du lycée Arrey n’en finissent pas de se plaindre
des mauvaises conditions d’étude dans cet établissement,
faute de mobilier suffisant. Il n’y aurait pas assez de
tables et de chaises pour le nombre d’élèves accueillis
dans chaque classe . « L’Éducation pour tous », credo de
la mauvaise gouvernance, a laissé un goût amer au lycée
Arrey victime de ce régime de pénurie et de gâchis.
Presse indépendante :
Le Renouveau Djiboutien paraît à
nouveau
Après une injuste interdiction de plus
de trois mois, notre confrère le Renouveau Djiboutien,
organe de presse du MRD, est de nouveau disponible dans
les kiosques depuis jeudi dernier. « Réalité » salue le
retour de ce pionnier de la presse indépendante, bête
noire du régime, mais aussi organe de lutte
particulièrement apprécié par les militants de
l’opposition regroupée au sein de l’UAD. Encore une fois,
toutes nos félicitations et bon vent au voilier du
Renouveau Djiboutien !
Assistance technique à la Pêche :
La FAO pèche-t-elle par ignorance ?
Le journal gouvernemental « La Nation
», toujours à l’affût de la moindre louange adressée au
Chef de l’État, rapporte dans son édition de lundi dernier
qu’à l’occasion de la cérémonie de signature d’un accord
de financement entre le ministère de l’Agriculture et la
FAO, le représentant de cette organisation onusienne
aurait déclaré : « Djibouti est reconnu pour sa volonté
de développer le secteur agricole, ainsi que ceux de
l’élevage et de la pêche. En témoignent les
reconnaissances faites au Président Ismael Omar Guelleh
lors de son dernier séjour à Tokyo ». Et le journal de
poursuivre (pour ceux qui ne l’auraient pas compris ) : «
Il s’agit bien évidemment du doctorat honoris causa
attribué au Président Guelleh par la prestigieuse
université d’agriculture de Tokyo ». Ouf, nous voilà
rassurés ! Bien évidemment, nous sommes d’accord avec « La
Nation » et la FAO : la meilleure et unique preuve de la
volonté présidentielle concernant le développement du
secteur agropastoral se résume au grigri rapporté de
Tokyo.
Mais, pour rafraîchir la mémoire de
tous ceux ne péchant pas par ignorance, rappelons tout de
même que la plus grande réalisation en matière de
développement agricole sous l’actuel mandat présidentiel,
reste sans conteste la plantation de khat située à la
lisière de la forêt primaire du Day… Une manière
écologique de régénérer cette forêt menacée de
disparition. Il fallait y penser, en attendant peut-être
de demander à l’UNESCO de l’inscrire au patrimoine
universel de l’humanité.
Audiovisuel :
Djibnet ne serait-elle pas toujours
nette ?
Confrontée il y a deux ans à l’arrivée
de nouveaux concurrents sur le marché, la société Djibnet,
proposant un abonnement payant à un bouquet numérique,
avait dû baisser ses tarifs et adopter une stratégie
commerciale plus attractive. Ainsi, cette entreprise avait
lancé sur le marché un nouveau produit sous la forme d’une
antenne vendue à 10.000 FD sans décodeur ni abonnement et
permettant de recevoir gratuitement quatre chaînes de
télévision : TV5, MBC, CFI et la RTD. Des centaines de
foyers djiboutiens, au revenu modeste mais désireux de
s’informer et de se distraire, avaient opté pour cette
solution peu coûteuse pour accéder aux chaînes
satellitaires francophones les plus regardées à Djibouti
que sont CFI ou TV5, ou arabophones comme MBC.
Mais curieusement, depuis quelques
semaines, l’antenne miracle ne reçoit plus CFI et TV5.
Malgré les multiples protestations des usagers, la
direction de Djibnet n’a jusqu’à présent fourni aucune
explication plausible à cette situation. Comme il fallait
s’y attendre, les médias publics n’ont pas jugé utile de
se faire l’écho des frustrations des clients de Djibnet.
Les mauvaise langues avancent une raison à cela : ce
prestataire de services télévisuels serait lié à certains
oligarques du régime…
De guerre lasse, plusieurs dizaines de
clients mécontents ont téléphoné à la rédaction de notre
journal, s’estimant floués par cette publicité mensongère
et cette rupture de contrat. Ils exigent des explications
de Djibnet. En l’absence d’une association de défense des
consommateurs digne de ce nom, « Réalité » qui se veut le
porte-voix des sans-voix, amplifie donc les cris de colère
des milliers de téléspectateurs djiboutiens et demande
sans passion à Djibnet d’apporter de vraies réponses aux
inquiétudes de ses clients.
Pour leur part, les abonnés disposant
d’une décodeur et bénéficiant de la réception de plusieurs
chaînes satellitaires pour la somme mensuelle de 7.000FD,
se demandent après la disparition de certains concurrents
de Djibnet si cette dernière, en situation de
quasi-monopole, ne projette pas d’augmenter à nouveau ses
tarifs. Affaire à suivre…
Coopération internationale : palliatif ou levier ?
Le retour de l’USAID à Djibouti nous offre
l’occasion de nous exprimer à nouveau sur ce sujet d’une
importance vitale pour notre petit pays et expliquer ce
que de notre point de vue elle doit impérativement devenir
: un levier de développement, et ce qu’elle doit cesser
d’être : un palliatif utile !
Sans nous livrer à un bilan de la
coopération bilatérale ou multilatérale, qui fera l’objet
d’une série d’articles l’année prochaine, Inch Allah, il
suffit d’observer l’échec des différents projets financés
par l’APD (Aide Publique au Développement) des pays
riches, ainsi que par la coopération multilatérale et
singulièrement par le Système des Nations Unies cette
dernière décennie, pour s’interroger sur l’opportunité, le
volume, la nature et l’affectation des ces aides et en
tirer quelques conclusions. Interrogé par notre confrère
L.N.A (Les Nouvelles d’Addis) sur la coopération, le
Président de l’ARD en avait distingué et décrit trois
sortes : la coopération-connivence, la
coopération-continuité et la coopération-rupture. Nous ne
nous étalerons pas ici sur ces différentes définitions,
pour nous contenter d’exposer la forme d’aide que nous
souhaitons voir s’établir avec tous nos partenaires
impliqués dans notre développement économique.
Une coopération-rupture, c’est-à-dire
une aide substantielle, structurelle, soutenue et suivie,
qui nous permette de nous passer de la mendicité à
laquelle se résume malheureusement la coopération avec nos
partenaires suscités. Au lendemain de l’Indépendance,
Djibouti a été, suite à la Conférence des donateurs de
1983, le pays le plus aidé au monde à l’époque, non pas en
volume, mais en termes de dollars par tête d’habitant. En
dehors de la rénovation des infrastructures portuaires et
aéroportuaires, et du remarquable développement de l’outil
des télécommunications, ainsi que plus tard sur
financement du Royaume d’Arabie Saoudite, l’exécution par
une société yougoslave de la Route de l’Unité reliant la
Capitale à Tadjourah, il ne subsiste plus rien de cette
volumineuse manne financière : c’est presque tout et
dérisoire en 26 ans d’Indépendance.
Au prétexte de notre prétendue
incapacité à gérer nous-mêmes nos instruments économiques,
l’actuel Chef de l’Etat a, de son propre chef et en toute
opacité, concédé la gestion de ces leviers de
développement économique que sont le Port et l’Aéroport au
capital privé étranger. La concession et la privatisation
d’autres établissements publics à caractère industriel et
commercial sont en concoction, toujours dans la même
opacité. Aucun de nos souverains députés n’a osé demander
des éclaircissements sur cette concession…
La multitude de projets (que nous
n’énumérerons pas ici) financés par les pays amis et le
Système des Nations Unies ont tous capoté. L’échec de ces
projets et la faillite des sociétés d’État ne seraient pas
uniquement dus, même si elle y est pour beaucoup, à la
seule mauvaise gestion. Dans ce contexte de délitement de
l’État (corruption généralisée, choix budgétaires
irrationnels aggravés par l’absence de contrôle,
parlementaire ou autre, impunité de la délinquance
financière …) la coopération bilatérale et multilatérale
conditionne toute aide à la bonne gouvernance depuis une
décennie. Du coup, nos gouvernants ont-ils été obligés de
recourir aux institutions de Bretton Wood, autrement plus
sourcilleux sur les anomalies de la gestion du bien
public. C’est sous la pression conjuguée de la coopération
internationale et des luttes intestines que le
gouvernement s’est finalement résolu à initier uniquement
sur le papier une ouverture démocratique de façade.
Si le multipartisme a été conquis de
haute lutte, les entraves à son bon fonctionnement sont
multiples et répétés, et la violation par le gouvernement
de l’Accord de Paix définitive du 12 mai 2001, par son
refus de traiter les causes du conflit (Décentralisation
et Réformes Démocratiques) et soigner ses conséquences
(Réhabilitation) recrée telles quelles les conditions qui
ont conduit à la guerre civile : la bonne gouvernance n’
est toujours pas au rendez-vous des pratiques politiques à
Djibouti !
Dans ce contexte, il n’est pas étonnant
que ni les retombées financières des présences militaires
française et américaine, ni la coopération multilatérale
ne servent de leviers de développement économique et
social tant attendu par notre Peuple. Il en va pourtant de
l’intérêt bien compris des deux parties. Pour les pays
donateurs, c’est sans doute la meilleure « containment
policy », quant aux bénéficiaires, il en va de leur statut
de pays (et d’êtres humains) dignes et responsables, car
il est moralement dégradant et économiquement impossible
de vivre ad vitam aeternam de la mendicité.
Si la coopération que nous souhaitons
n’a toujours pas vu le jour, c’est par manque de volonté
politique de nos régents pour créer le climat et les
conditions institutionnelles favorisant son avènement.
Aussi, notre malheureux Peuple en est-il réduit à
constater la poursuite de cette forme de coopération
palliant ici ou là, ici puis là, les errements et les
insuffisances de nos gouvernants, leurs choix budgétaires
irrationnels aggravés par l’opacité dans la gestion du
bien public et la prédation. Avec la croissance
démographique et le chômage endémique, le Peuple
djiboutien se contentera-t-il longtemps de constater et de
subir la mauvaise gouvernance et les injustices, sans les
contester de différentes façons ? La patience humaine
ayant des limites, il faut être inconscient ou aveugle
pour ne pas se l’imaginer…
Somaliland : Une reconnaissance sabotée
La fin de la guerre froide n’a pas été
simplement marquée par l’éclatement de l’ex-puissance
soviétique mais a aussi remis en cause les équilibres des
Etats dits sous-développés tant à l’intérieur qu’entre
eux. La dislocation de l’ancienne République Démocratique
de Somalie reste une exception planétaire. « Le malheur
des uns faisant le bonheur des autres », aujourd’hui
plus qu’hier, l’état du monde est plus que menacé, surtout
en ce qui concerne les pays non impliqués directement, par
les conséquences directes ou indirectes de la guerre menée
contre le terrorisme par les puissances militaires,
États-unis en tête. Le déséquilibre entre États de la
Corne de l’Afrique consécutif à son évolution spatiale des
années 1990 marque davantage l’enjeu posé par la
géopolitique régionale, dans ce qui semble être une
redéfinition des rapports dans un environnement occupé par
les puissances en lutte contre le terrorisme.
Toujours absente réellement sur la
scène internationale et en proie aux affrontements
meurtriers entre clans, la Somalie du Gouvernement issu de
la Conférence d’Arta semble plus discréditée par les
attentats perpétrés dans les pays de la région que
l’incapacité du Gouvernement de Transition à pacifier la
Capitale. Face à cette partie du pays considérée comme le
bastion des terroristes de tout bord, la République du
Somaliland autoproclamée en 1991 a pu évolué depuis avec
sérénité, en marge d’une communauté internationale
influencée par des dogmes ne répondant pas à la situation
présente et qui continue à vouloir attacher utopiquement
et injustement le sort de ce pays à une grande somalie
dont la réalisation demeure toujours incertaine.
Pacifiée, la Somaliland, Etat de fait
de plus de 250.000 km2 et d’un peu plus de trois millions
d’âmes, même si elle a su s’assurer des institutions
démocratiques, un redressement économique fiable, une
reconstruction courageuse, une situation sanitaire et
scolaire honorable, enfin une sécurité responsable, son
existence n’est, cependant pas particulièrement appréciée
par certains de ses voisins immédiats.
Ces derniers, tout comme sur leurs vues
de la problématique de paix en Somalie, divergent
fondamentalement sur la reconnaissance officielle ou non
de cette République, les intérêts particuliers y étant
pour beaucoup.
L’évolution récente de la énième
conférence de réconciliation entre factions somaliennes du
Kenya et les maigres chances d’un succès après celui
d’Arta n’augurant en rien pour asseoir la paix d’une
somalie unifiée, les antagonismes des pays dits « de
première ligne » de l’Igad sont sortis au grand jour, au
détriment malheureusement des populations victimes de la
guerre civile. Aussi, le départ avec fracas de la
délégation djiboutienne et de délégations des certaines
factions en plus d’une partie de la société civile, les
accusations échangées sur l’existence d’un sabotage de la
conférence de pays organisateurs de l’Igad dénotent le
probable aboutissement de ses assises.
Pourquoi ? La chute du régime de Siad
Barré n’étant pas une exception aux bouleversements
constatés de part et d’autre du globe en cette fin des
années 1990, la nouvelle donne politique avait engagé
aussi, certains États de la région à faire d’une pierre
deux coups : Contribuer directement ou indirectement au
départ du dictateur, se positionner pour influer sur le
pouvoir à venir.
Or, les départs successifs des deux
dictateurs (Siad et Mengistu) de deux grands pays de la
région laissaient incertaine toute appréhension d’une
politique cohérente dans un espace pluriculturel et
pluriethnique en proie à une situation conflictuelle
perpétuelle. Les précipitations politiques des uns et des
autres des états de la sous-région ayant été pour quelque
chose dans cette crise somalienne, en ce début des années
1990, malgré la disponibilité et la générosité de la
communauté internationale, les multiples maladresses, pas
toujours innocentes, qui ont présidé à la première
Conférence de Réconciliation Somalienne tenue à Djibouti
en 1991 ont été le principal élément catalyseur du
naufrage somalien.
En effet, cette conférence réunissant
dans sa présidence une brochette d’hommes politiques
somaliens d’envergure, elle s’était tenue après l’auto-proclamation
de la République du Somaliland logiquement absente de ces
assises. Des concertations sérieuses avec un délai
d’appréciation suffisant n’auraient été engagées avec les
parties somaliennes concernées comme avec les États
membres du Conseil de Sécurité, de l’OUA, de la Ligue
Arabe, de l’IGAD, etc. En ce sens que la nomination par le
pays organisateur de la Conférence avec l’appui d’autres
pays aussi intéressés, de M. Ali Mahdi à la tête de ce qui
restait de la Somalie entamait la vraie guerre civile au
sud de ce pays toujours déchiré. Depuis, les conférences
se suivant et se ressemblant, celle tenue en 2000, encore
en République de Djibouti, à Arta précisément, diffère
uniquement des précédentes par l’énormité des propositions
aussi impensables que dangereuses, du nouvel homme fort de
la République.
La proposition la plus ahurissante
consistait à écarter les Chefs de guerre, à les arrêter et
à les faire condamner par un Tribunal Pénal International
pour crimes contre l’humanité, y compris le Président de
la République autoproclamée du Somaliland d’alors. Cette
initiative du Chef de l’État Djiboutien faite devant la
plus haute instance internationale, l’Assemblée Générale
des Nations Unis, incitait à la prudence toutes les
diplomaties dont certains confiaient en privée « l’échec
avant l’heure et le risque qu’engendraient cette position
de Djibouti pour la tenue d’une réelle assise pour une
paix définitive en Somalie ».Chacun suivait donc, sans
vraiment partager l’initiative djiboutienne, l’issue de
cette rencontre qui abouti, après les multiples remous
causés par les influences contradictoires des diplomaties
et des clans, à la formation d’une Assemblée Constituante
et de l’élection d’un Président intérimaire en la personne
de Abdilkassim Salad Hassan et d’un Gouvernement de
Transition pour une durée de trois ans. La suite, tout un
chacun le sait.
Pour autant, il faut le rappeler, feu
Président Egal avait effectué deux séjours en République
de Djibouti, en 1994 et 1997, sans succès face à
l’intransigeance du pouvoir djiboutien, partisan
inconditionnel d’une Grande Somalie. De même que la
récente auto-exclusion de notre pays de la Conférence du
Kenya, suivie du rapprochement spontané avec le Somaliland
et de la visite officielle à Djibouti, à la mi-octobre
2003, d’une délégation conduite par le nouveau Président
Daher Rayaleh Kahin donnent toute la mesure du revirement
de la politique régionale de notre diplomatie.Ce passage
de la délégation somalilandaise de haut niveau, bien que
médiatisée à outrance avait tout l’air d’une
reconnaissance après les embûches et les multiples
entraves à la libre circulation des biens et des personnes
par la partie djiboutienne.Des accords de coopération
entre les deux États furent signés, en plus de la mise en
place prochaine de commissions ministérielles. De réels
actes que confirmaient les différentes conférences de
presse tenues à Djibouti et à Hargeisa.
Malheureusement, habitué à la politique
de « Shitara », voilà qu’en moins de deux semaines
l’interview du 29 octobre dernier du numéro un djiboutien
à l’Agence Onusienne IRIN remettait en cause l’ensemble du
processus tant sur la paix en somalie que sur l’éventuelle
reconnaissance du Somaliland, pour générer du coup une
polémique avec ses autorités. Refusant toute crédibilité
au gouvernement formé par lui à Arta et à Conférence du
Kenya, le Président djiboutien considère que le sort du
Somaliland, pays très inquiétant en raison de la présence
d’intégristes dit-il, est lié à celui du Sud. Retour à la
case départ donc. Ces propos ont choqué le peuple et les
politiques du pays voisin dont l’ancien candidat à la
Présidence de la République M. Ahmed Mahamoud dit «
Silanyo» déclare à la BBC que « le Président Djiboutien
Ismaël Omar Guelleh est opposé à la décision souveraine du
peuple somalilandais pour son indépendance ». Il
ajoute en substance que les propos du djiboutien sont
destinés à saboter la paix qui existe dans son pays dont
lie le sort à celui de Mogadiscio où les violences et les
actions intégristes ont condamné tout processus de
réconciliation.
Par ailleurs, il accuse Djibouti
d’ingratitude vis-à-vis de la Somalie qui avait énormément
contribué à son indépendance et dit n’avoir jamais vu
notre pays aidé la Somalie depuis Ali Mahdi sinon le
troubler, en plus des provocations permanentes contre le
Somaliland autoproclamé. Il accuse simultanément le
pouvoir en place dans son pays pour avoir crû si vite aux
accords signés avec Djibouti. Ce dernier s’est expliqué
par la voix de son ministre chargé des relations avec le
Parlement, M. Abdi Hassan Bouni, en ces termes : «
Aujourd’hui nous nous rapprochons de la reconnaissance de
notre pays, il nous faut être unis. L’espoir viendra de la
Conférence du Kenya dont, si l’issue aboutit à la
formation d’un Gouvernement, permettra aux deux parties
Somalienne et Somalilandaise de se reconnaître
mutuellement et de dresser un calendrier pour le partage
des avoirs intérieurs et extérieurs laissés par le pouvoir
déchu de Siad Barré ».
Si aucune issue n’est trouvée pour la
formation d’un direction somalienne, alors nous sommes
certains que la communauté internationale ne veut plus
nous faire attendre la résolution du problème du Sud et
qu’elle reconnaîtra aussitôt la République du Somaliland
».
Cette conduite politique de nos
gouvernants dans notre contrée troublée risquerait à terme
d’empoisonner gravement nos relations dans la région.
L’inconscience et la politique de l’autruche ne pourront
que compromettre notre crédibilité diplomatique, déjà
affaiblie par une gestion aussi douteuse qu’opaque des
derniers de l’Etat : cause de la pauvreté grandissante du
peuple djiboutien.
Quant à nous, il nous semble que pour
la pacification de la région, la communauté internationale
se doit désormais de reconnaître le Somaliland qui a fait
ses preuves en tant qu’entité stable séparée de la Somalie
depuis 1991. D’autant plus que la communauté
internationale s’ inquiète sérieusement de ce que
Mogadiscio soit aujourd’hui devenue un véritable
sanctuaire du terrorisme international.
Djibouti-Mogadiscio, via Al Qaïda
En complément à l’article publié pages
5-6, voici le résumé du rapport S/2003/1035 que le Groupe
d’experts des Nations Unies dresse de l’implantation du
réseau d’Al-Qaida en Somalie et de ses sources de
ravitaillement en armes. Ce rapport, officiellement remis
le 4 novembre 2003, est l’oeuvre du Comité du Conseil de
sécurité, créé par la résolution 751 (1992) concernant la
Somalie. Chacun verra que le journal gouvernemental « La
Nation » n’a pas tout dit à ce sujet : Djibouti est
explicitement cité comme une des sources de ce trafic
d’armes à destination de Bosaso et Mogadiscio. Tout comme
chacun peut alors répondre à la question qui se pose : qui
est capable de mettre sur pied à Djibouti un tel trafic
d’armes ?
1. Malgré la déclaration de
cessez-le-feu d’octobre 2002 et le processus de
réconciliation en cours, la Somalie est en proie à des
violations de l’embargo sur les armes établi par la
résolution 733 ( 1992) du Conseil de sécurité. Le rapport
qui suit, basé sur une surveillance attentive au cours des
six derniers mois, dépeint une situation inquiétante. un
courant continu de petites quantités d’armes et de
munitions arrive dans le pays, alimentant les marchés
locaux, où des armes peuvent être achetées et vendues
ouvertement, et les entrepôts des chefs de faction. On
constate ces six derniers mois une diminution, par rapport
aux années précédentes, des grosses violations de
l’embargo par des grands navires ou des avions cargos
lourds Mais ce petit courant incessant d’armes et de
munitions représente en six mois des centaines de tonnes
d’articles parvenant dans le pays en violation de
l’embargo.
2. Le problème des courants d’armes à
destination de la Somalie et transitant par ce pays est un
problème dont les conséquences retentissent sur la
sécurité et la stabilité de la région au sens large. Le
Groupe a constaté qu’il y avait des liens entre les
violations de l’embargo sur les armes et les courants
illicites d’armes à destination des pays voisins, la
piraterie dans les eaux somaliennes et les eaux
internationales, et les activités de groupes armés et
d’extrémistes au-delà des frontières somaliennes.
3. Les envois d’armes à destination de
la Somalie proviennent généralement de Djibouti, des
Émirats arabes unis, d’Érythrée, d’Éthiopie et du Yémen ou
transitent par ces pays, d’où il est simple d’acheminer
des armes en Somalie. Les principaux points d’entrée sont
les ports qui desservent Puntland (Bosaso), Mogadishu (Marha
et El Ma ‘an) et Kismayo, ainsi que les terrains
d’aviation situés aux alentours de Mogadishu. La méthode
habituelle, pour tourner les sanctions, consiste à
acheminer les armes par un petit bateau de pêche, ou
cachées dans la soute d’un avion La marchandise est
ensuite distribuée dans l’ensemble du pays en passant par
une longue chaîne d’intermédiaires.
4. Une bonne partie de ce trafic est
assurée par des dhows (voiliers traditionnels), du Yémen à
la côte nord-est de la Somalie. La plupart des envois, en
majorité vers le principal port de la région, Bosaso, ne
sont ni remarqués ni signalés. Le gros en est destiné à
Mogadishu, plaque tournante du commerce somalien des
armes. En moyenne, il arrive du Yémen en Somalie des dhows
chargés d’armes et de munitions deux à trois fois par
semaine.
5. Quelque 1250 vols arrivent chaque
mois en Somalie, en provenance pour la majorité d’entre
eux des pays voisins et d’autres États de la région. II
est rare que leur chargement soit inspecté. Il n’y a guère
de réglementation de l’espace aérien somalien, et les
opérations aériennes à destination et en provenance de la
Somalie arrivent facilement à passer inaperçues
lorsqu’elles violent les sanctions. De même, la frontière
entre la Somalie et l’Éthiopie, longue de 1600 kilomètres,
est pour l’essentiel laissée sans surveillance, et la
circulation est libre dans les deux sens.
6. Les chefs de factions somaliennes
paient leurs armes de diverses manières. par exemple, au
moyen d’espèces reçues de leurs protecteurs étrangers, ou
tirées des impôts et redevances perçus dans les ports et
les aéroports et aux barrages routiers, en khat, ou en
faux shillings somaliens imprimés à j’étranger. Le Groupe
a enquêté sur plusieurs tentatives récentes d’imprimer des
milliards de shillings somaliens (l’équivalent de millions
de dollars des États-Unis) en faux billets.
7. Les violations de l’embargo sur les
armes ont permis à des terroristes transnationaux de se
procurer non seulement des armes légères, mais même des
systèmes portatifs de défense aérienne, des armes légères
antichar et des explosifs. Les terroristes responsables en
2002 de la destruction à l’explosif du Paradise Hôtel de
Mombasa, et de la tentative visant le vol 582 (Mombasa-
Tel-Aviv), avaient acheminé leurs missiles au Kenya depuis
le Yémen, en passant par la Somalie. Le Groupe a établi
qu’il restait relativement facile de se procurer des
missiles surface-air et de les importer en Somalie.
8. Des États de première ligne et des
acteurs extérieurs régionaux jouent un rôle essentiel dans
les affaires somaliennes. Même s’ils ont manifesté plus de
respect pour l’embargo sur les armes ces six derniers mois
qu’ils ne l’avaient fait les années précédentes, ils sont
nombreux à persister dans leurs violations, et rares à
s’être activés pour faire cesser les envois commerciaux
d’armes en Somalie. Le Groupe a constaté souvent qu’ils ne
soutenaient pas ses travaux, mais même lorsqu’ils lui
apportaient leur aide, nombre des États de la région
n’avaient pas les moyens de surveiller suffisamment les
marchandises exportées ou réexpédiées passant par leurs
ports, leurs aéroports, leurs points de passage aux
frontières terrestres, leurs eaux territoriales et leur
espace aérien.
9. Les observateurs sont nombreux à
attribuer la diminution des courants d’armes, ces derniers
mois, au contrôle actif des violations de l’embargo exercé
par le Conseil de sécurité. Au moment où le processus de
paix en Somalie entre dans une phase critique, et
difficile, l’imposition effective de l’embargo et un
contrôle robuste peuvent contribuer à renforcer
l’attachement des parties au dialogue, limiter les
possibilités d’une reprise du conflit armé et en atténuer
les conséquences si elle se produisait.
Combien coûte la Paix ? Vraies dépenses pour fausse
consolidation
Fidèles à notre posture d’observateurs vigilants de
toutes les anomalies dans la gestion du bien public, nous
versons cette semaine un nouveau dossier au chapitre du
mensonge permanent. Puisque nos souverains députés ne sont
pas sourcilleux sur ce sujet et n’étant pas habilités à
saisir la Chambre des Comptes (qui n’est d’ailleurs
légalement pas autorisée à rendre un compte public de ses
conclusions et recommandations…), nous avons jugé utile
d’interpeller le gouvernement sur ce dossier qui nous et
vous concerne au premier chef : « la consolidation de la
paix ».
Dans un très bref exposé des motifs
introduisant le projet de loi des finances rectificative
pour l’exercice 2003 (LFR 2003), nous apprenons effarés
(même habitués à la permanence et à la grossièreté des
mensonges de l’Etat) que «les dépenses de personnels
sont en hausse suite à l’intégration de 300 éléments du
FRUD au sein des forces armées. Le report au mois
d’octobre du programme de démobilisation entraîne un
surcoût qui se traduit par une croissance des crédits des
mobilisés». Curieusement, ces « surcoût et
croissance des crédits des mobilisés » ne sont pas
mentionnés au titre II : Dépenses du personnel, dans la
ligne budgétaire libellée « mobilisation-démobilisation
AND–05/0013/61/1 (traitements et salaires) et
05/003/61/6/9 (primes de démobilisation) qui reste égale
dans le budget 2003 et la L.F.R 2003 (743,048 millions fd).
Ils ne sont pas non plus mentionnés dans les dépenses de
personnel de la gendarmerie nationale 05/005/61/1 dont le
montant des dépenses est égal dans le budget 2003 et la
L.F.R 2003 (34,8 millions fd).
Ces surcoût et croissance des crédits
des mobilisés sont portés au titre IV «Transferts » du
projet de la L.F.R 2003. Cette ligne budgétaire 07/64/4/1
est libellée « Consolidation Accords de paix-Contribution
nationale » : son enveloppe est passée d’un montant de 350
millions fd dans le budget prévisionnel 2003 à 767millions
FD dans celui rectificatif 2003, soit une différence de
417 millions fd. Rappelons que dans le Budget prévisionnel
2002, une ligne budgétaire 07-6441 était pourvue d’un
montant de 350 millions FD.
Les comptes définitifs pour l’exercice
2002 n’ayant toujours pas été adoptés par notre souveraine
Assemblée Nationale, ce sont au total, à en croire nos
pacifiques décideurs, un milliard cent dix-sept millions
FD qui auraient été dépensés en deux ans pour consolider
la Paix. Emmuré dans cet unilatéralisme que nous
continuons de dénoncer, et en violation de l’article 24
stipulant en son point b : « les deux parties
signataires du présent accord conduiront de concert
l’application stricte et honnête de la totalité de son
contenu et de toutes les autres mesures entreprises dans
son cadre ou en rapport avec ses objectifs », le
gouvernement aurait donc engagé en 2003 767 millions fd
(sur fonds propres comme l’affirme le libellé) pour
consolider la paix.
Le conditionnel est de rigueur. Parce
que nous sommes les mieux placés pour le faire, nous nous
inscrivons en faux contre ces affirmations et exigeons des
responsables chargés d’exécuter cette ligne budgétaire
d’apporter dans les plus brefs délais, les preuves
matérielles et la démonstration que ces dépenses ont été
engagées à cet effet (dates, montants, affectations et
bénéficiaires…). En attendant, nous portons à la
connaissance de nos lecteurs que le programme de
consolidation comporte trois volets entraînant une
incidence budgétaire : la réinsertion des combattants du
Frud-armé, la réintégration des anciens cadres dans leur
administration d’origine et l’engagement des combattants
du FRUD dans les différents corps armés. Aucun de ces
trois volets nous concernant n’a trouvé une application
concrète et totale.
L’Association des Démobilisés du
Frud-armé s’est vue opposer un refus systématique à toutes
ses démarches entreprises en ce sens auprès du
gouvernement pour la réinsertion de ses démobilisés, qui
hantent la Capitale et les districts et grossissent les
rangs des désœuvrés. A ce jour, ni les recrues dans la
FNP, ni celles de la gendarmerie n’ont été officiellement
engagées dans ces deux corps alors que dans l’exposé des
motifs il est officiellement (et mensongèrement) question
de 300 combattants du Frud-armé. S’agissant de la
réintégration dans leur administration d’origine des
anciens fonctionnaires, est-il besoin de rappeler qu’ils
sont aujourd’hui les seuls à totaliser 20 mois d’arriérés
de salaire, malgré une correspondance officielle de
protestation des intéressés auprès des différents
ministères de tutelle.
Il ressort de toutes ces violations de
l’Accord de Paix définitive depuis sa signature que, loin
d’être consolidée, la paix civile est gravement menacée
par le maintien du statu quo ante qui a conduit au
douloureux conflit armé...
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