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Éditorial
UN PEUPLE BRAS-CASSE
Il existe en journalisme une hiérarchie
des rubriques, allant de pair avec une hiérarchie
correspondante de l’espace alloué aux articles. Il est par
ailleurs communément admis par les lecteurs comme par les
rédacteurs que, par exemple, l’éditorial doit aborder un
thème d’importance majeure, à même d’incarner les grandes
lignes d’un programme politique sérieux, crédible, capable
de recueillir le suffrage des (é)lecteurs. Dans cette
logique militante, et quitte à s’imposer un retard, il
nous avait semblé opportun de complètement coller à
l’actualité en réservant cet espace aux réactions
qu’aurait normalement dû provoquer de notre part le
traditionnel discours du Chef de l’État en cette fête
d’Aïd, en son palais ombrageux. Preuve s’il le fallait de
l’estime dans laquelle nous tenons sa fonction, donc de
notre attachement aux valeurs républicaines.
Las ! Et que le premier discoureur du
pays n’en prenne pas ombrage : il n’y avait vraiment rien
de sérieux à se mettre sous la dent. Sauf à l’imiter en
écrivant du vide à propos d’un bide, la légèreté avec
laquelle il a traité des sujets pourtant d’importance
cruciale (Éducation Nationale, Santé et Emploi seraient
des priorités du régime et justifieraient le déficit
budgétaire), n’appelle pratiquement aucune réponse de
notre part. tout juste pouvons-nous inviter nos citoyens à
se faire leur propre opinion en se reportant aux propos
présidentiels, en version originale de préférence.
Quant à nous, ayant plus important à
faire que de remplir le vide ou d’occuper à tout prix un
espace politique ou médiatique, intéressons-nous aux vrais
problèmes et, comme l’y invite non sans humour un courrier
des lecteurs (page 8), zappons !
Récemment donc, une connaissance à
nous, vieil homme à la retraite de son état, et
principalement musulman pratiquant, s’est rendu à
l’Hôpital Peltier pour affaire le concernant. Au détour
d’un couloir, notre vieil homme assiste, incrédule, à une
scène surréaliste, qui en dit long sur les réelles
non-priorités gouvernementales et sur l’état de
délabrement avancé du service public en général et de
l’Hôpital Général Peltier en particulier. Il y avait là un
homme débarquant de sa brousse résidentielle, suite à une
fracture au bras. Certes, la médecine traditionnelle
l’aurait probablement soigné : quelques fractures ont été
traitées avec succès depuis qu’Erectus est devenu Sapiens.
Seulement voilà, notre broussard est un positiviste
inconditionnel :il croit mordicus aux vertus libératrices
et humanistes de la Science. Mais seulement revoilà : il
en oublie par idéalisme que cette Science est parfois
pratiquée par des hommes sans conscience… professionnelle.
Et il l’apprit à ses dépens : la pose du plâtre salvateur
avait un prix : 2000 FD. Et encore, tarif réduit pour
bédouin nécessiteux.
Pléonasme : l’agropastoralisme version
RPP ne faisant aucun miracle, un bédouin sans revenu par
définition (et inutile de lire Le Capital pour le prouver)
est forcément un nécessiteux au regard de ce mode de
production capitaliste, même si la référence est passée de
mode. Inutile de tourner autour du pot : il n’a pas les
deux mille FD que lui impose, pour réparer son bras cassé,
le dénuement dans lequel l’irresponsabilité
gouvernementale a jeté les services de santé publique.
Abrégeons sa douleur, car une fracture, ça fait mal : le
voilà sauvé par la compassion humaine, prenant les traits
de notre vieux retraité musulman pratiquant : c’est lui
qui déboursera les 2000 FD demandés à notre bras cassé par
trop perméable aux mirages d’un régime d’artifices. Notre
vieil ami a tenu à nous en informer, non pas pour que nous
le citions, il n’a pas besoin d’une publicité à si peu de
frais. C’est juste pour montrer que comme ce malheureux
bédouin, c’est tout le Peuple Djiboutien que ce régime
irresponsable a transformé en bras-cassé. Pour combien de
temps encore ?
Brèves nationales
Insalubrité durable :
Arhiba, la cité interdite ?
Si, à l’occasion des fêtes, les
services techniques du district de Djibouti paraissent
consentir un effort conséquent en assainissement et
embellissement de notre Capitale, certains quartiers
populaires demeurent désespérément des îlots d’insalubrité
durable. Ainsi, la cité d’Arhiba construite à la fin des
années 60, reste un triste exemple de la démission des
services publics. Ce lotissement particulièrement dégradé,
est pratiquement ceinturé par des canalisations d’eaux
usées à ciel ouvert, et ce depuis quelques années. La
station de refoulement fonctionne très rarement, faute de
carburant parait-il. Enfin, le pire danger pour la santé
des habitants provient de la montagne d’ordures située au
nord de ce quartier, apparemment ignorée par la voirie
urbaine.
Les pouvoirs publics semblent avoir
progressé cette année dans le nettoyage et l’éclairage des
principales artères ; ils doivent désormais s’attaquer
d’urgence aux immondices qui s’accumulent dangereusement
dans les quartiers populaires les plus peuplés et les plus
négligés. Il y a là de quoi alimenter l’incinérateur,
offert par les Américains, pour très longtemps, à
condition que les camions-bennes accèdent à ces endroits
oubliés de l’hygiène publique.
Visite présidentielle en Iran :
Coopération ou rééquilibrage
diplomatique ?
Selon certaines sources, le Chef de
l’État s’apprêterait à effectuer à la fin du mois une
visite officielle en Iran, à la tête d’une forte
délégation comprenant plusieurs ministres. Puissance
politique et économique reconnue, la République Islamique
d’Iran s’intéresse particulièrement à l’Afrique depuis
plus d’une décennie. Elle apporte ainsi une assistance
économique à plusieurs États africains avec lesquels elle
entretient une coopération fructueuse. Seulement, les
États-unis ayant diabolisé ce pays, peu de Chefs d’État de
notre continent effectuent des visites officielles a
Téhéran.
Pourtant, ce pays est une grande nation
agricole et son industrie pétrochimique est
particulièrement développée. Cette visite présidentielle
apparaît donc de nature plus politique qu’économique. En
plus de l’assistance économique qu’il ne manquera pas de
solliciter, le Chef de l’État pourrait nouer à cette
occasion des contacts politiques au moment où notre pays
apparaît surtout comme une base occidentale, plaque
tournante dans la lutte contre le terrorisme
international. La coopération Sud-Sud n’est souvent qu’un
slogan politique donnant l’illusion de s’affranchir de la
pesante tutelle des grandes puissances en recherchant
l’effet contraire : mieux se faire courtiser. Peu à l’aise
parmi ses pairs arabes, le « numéro un djiboutien »
cherche à tisser des liens avec d’autres pays musulmans :
Iran, Malaisie et Turquie…
Tadjourah privée de médicaments :
Silence méprisant des autorités
politiques
La fermeture de l’unique pharmacie
privée de Tadjourah semble s’apparenter à une mesure
politique destinée à punir la population frondeuse de la
Ville-Blanche. Le régime continue d’ignorer la réprobation
générale provoquée par cette décision arbitraire et
injustifiée, ne concernant pas les pharmacies privées des
autres districts. Certains cercles du pouvoir n’auraient
toujours pas digéré leur échec politique dans cette ville
et tenteraient de s’imposer maladroitement au moyen de
pressions d’un autre âge. Les Tadjouriens n’ont pas la
mémoire courte et sauront le moment venu se rappeler au
bon souvenir d’une classe politique nuisible, ayant érigé
les règlements de compte personnels en méthode de
gouvernement.
Dans cette affaire, notre souci est
d’affirmer notre solidarité avec les populations victimes
de la mauvaise gouvernance et du mépris. Cette attitude
déplaira forcément au sommet de l’État, mais nous n’en
avons cure. Pendant ce temps, la Présidente de l’UNFD
s’apprêterait à effectuer dans les prochains jours une
visite à Tadjourah que sa cour prédit historique.
Peut-être ne sait-elle rien de la fermeture de la
pharmacie, ou ignore-t-elle tout de la pétition adressée
par toute cette ville à la Présidence et à la Primature ?
Ou, dans la pure ligne démagogique du régime, s’y
rendra-t-elle plus prosaïquement pour y distribuer des
médicaments…placebo bien sûr ?
Obock :
L’enclavement ne connaît pas la fête
L’Aïd-el-fitr est généralement
l’occasion de déplacements et de retrouvailles familiales.
Ainsi, les originaires des districts de l’Intérieur
résidant dans la Capitale partent dans leurs villages ou
campements célébrer la fête au sein de leurs familles
restées là-bas. Depuis plusieurs années, les Obockois
travaillant à Djibouti-ville n’ont plus cette chance et
pour cause: leur district est totalement isolé et
l’absence d’un moyen de transport fiable, rapide et
régulier se fait cruellement sentir. De fait, il est
pratiquement devenu impossible de se rendre dans ce
district pour un court séjour : un week-end par exemple.
Les transports en commun ne peuvent pas y accéder par
route depuis la Capitale. La méchante piste reliant
Tadjourah à Obock reste uniquement praticable pour les
véhicules 4x4 en bon état. Il se passe parfois plusieurs
jours sans qu’aucun véhicule n’emprunte cette voie qui
demeure l’une des moins fréquentées de notre pays.
Pourtant, le financement pour le bitumage de cet axe
existerait depuis plus de deux ans. Le régime
attendrait-il l’approche de l’élection présidentielle pour
lancer les débuts des travaux ? Après la décentralisation
par étapes, ainsi va également la réhabilitation par
étapes, fruit de l’imagination du Chef de l’État, mais les
Obockois ne sont pas dupes.
Ali-Sabieh :
Avant l’eau minérale, l’eau plate…
La ville d’Ali-Sabieh a souvent connu
par le passé des pénuries d’eau potable : ces dernières
années, l’approvisionnement s’est amélioré mais les
problèmes resurgissent chaque été. Devant cette situation,
les Assajogs restent prudents et sceptiques quant à la
capacité des nouveaux forages à produire une eau potable
suffisante à la consommation de la ville ainsi qu’à la
commercialisation sous forme d’eau minérale. Quoi qu’il en
soit, le régime semble décidé coûte que coûte à produire
une eau minérale made in Ali-Sabieh et aurait déjà pour ce
faire acquis la technologie nécessaire. Espérons que la
future unité industrielle verra vraiment le jour tout
comme nous espérons qu’elle profitera réellement à la
population de ce district sans disparaître sous les
griffes des oligarques rapaces de ce régime.
Djib-Télécom :
Vers une privatisation-maison ?
L’opérateur public Djib-Télécom a
récemment changé de direction. Une nouvelle équipe
composée de deux cadres expatriés est désormais à la tête
de cet établissement public demeuré, malgré des hauts et
des bas, un des fleurons de l’économie nationale. Les
pouvoirs publics, laissent entendre à présent que les
experts étrangers ont pour mission de redresser
l’entreprise en vue d’une privatisation, programmée
semble-t-il. Il y a quelques années, Djib-Télécom avait
déjà privatisé certains de ses services comme le système
de facturation informatisée concédé, parait-il, à un
oligarque très, très proche du régime mais résidant dans
la lointaine Amérique. Miracle de la mondialisation et
d’Internet !
De là à prévoir que la suite de la
privatisation intéressera au premier chef les milieux
affairistes du pouvoir, il n’y a qu’un pas que le citoyen
ordinaire ne manque pas de franchir. En effet, il y a bien
longtemps que la notion d’intérêt public a pratiquement
disparu de nos cieux, laissant place à la politique du
ventre. Se servir d’abord, et surtout la part du
lion…jusqu’à l’inévitable et dangereuse indigestion.
Saluons au moins le Directeur sortant,
pour une gestion dont personne n’a contesté la rigueur. De
même qu’il convient de saluer l’excellent travail de tous
ses collaborateurs que le régime, en prétendant faire
appel à des expatriés pour un redressement, semble accuser
de mauvais rendement. Ingrat !
Djibouti-Mogadiscio :
A tout saigneur, tout honneur ?
Le Chef de l’État djiboutien et son
homologue nommé à la conférence d’Arta se seraient-ils
résolus à la real politique ? Dans leur gestion
désastreuse du dossier de la réconciliation somalienne,
ces deux compères ne sont pas à une contradiction près.
Ainsi, notre médiateur régional aurait reçu la semaine
dernière en sa résidence une importante délégation dirigée
par Abdilkassim Salat Hassan, président du Gouvernement de
transition, dont le mandat a théoriquement expiré depuis
le mois d’août dernier. La visite du Président somalien ne
constitue pas en soi un événement, puisqu’il réside
périodiquement dans notre Capitale. Par contre, la
présence dans sa délégation de ses nouveaux alliés du
Conseil National du Salut Somalien est intéressante à plus
d’un titre. Cette structure composée en effet de quelques
grandes factions belligérantes, est présidée par Moussa
Soudi Yalahow, un des plus puissants chefs de guerre,
régnant sur plusieurs quartiers de Mogadiscio, et sur
d’autres villes, dont Balad et Johar. Il y a deux ans, ses
forces s’étaient illustrées en pilonnant à la roquette un
hôtel de Mogadiscio où résidaient des membres du
gouvernement, manquant de peu le premier ministre de
l’époque, Ali Khalif Galleyd.
Pour sa part, le « numéro un djiboutien
» ne manque pas de toupet : cynisme ou pragmatisme,
quelques semaines après une tonitruante interview accordée
à l’agence IRIN dans laquelle il disait tout le mal
possible des seigneurs de guerre, le voilà revenu à de
meilleurs sentiments, qui s’entretient cordialement de la
paix et de la réconciliation avec leurs représentants.
Enfin reconnus par celui-là même qui, du haut de la
tribune des Nations Unies en septembre 1999, demandait
leur traduction devant le Tribunal Pénal International,
les « saigneurs » de guerre ainsi courtisés cesseront-ils
désormais de faire couler le sang du Peuple somalien
meurtri par toutes ces années de guerre civile ?
Puisse cette réconciliation en
trompe-l’œil devenir réellement durable et s’étendre à
tous les protagonistes du drame somalien.
La
main droite confisque ici, la main gauche offre là-bas
A propos d’un « don présidentiel » au Somaliland
La fleur qui a poussé dans un dépotoir :
ainsi pourrait-on qualifier le récent don de générateurs
électriques dont, subitement, le Chef de l’État djiboutien
a personnellement estimé vital et urgent de doter notre
voisin somalilandais. En d’autres circonstances, nous nous
serions félicités de ce qui aurait été la reconnaissance
de facto d’un pays qui a largement démontré sa stabilité
politique et son dynamisme économique. Mais, connaissant
la nature profonde du régime djiboutien, et au vu de sa
pratique gouvernementale caractérisée par le refus des
règles de droit et par la spoliation des citoyens, ce don
nous semble doublement stigmatisé puisqu’il prétend donner
à un voisin non reconnu des biens qu’il confisque à ses
propres citoyens.
Même si, pour des raisons bien
compréhensibles, les médias gouvernementaux, sont restés
discrets sur le sujet, le « don » de la République de
Djibouti au Somaliland est d’une extrême importance : il
s’agit de deux unités électrogènes d’une capacité totale
de trois mégawatts. Le généreux « donateur » ? le Chef de
l’État en personne, à en croire le journal gouvernemental
La Nation qui n’hésite pas à parler tout simplement
de générateurs « offerts par le Président de la République
» : pourquoi feindre la modestie quand il n’y a aucune
limite à la fanfaronnade ?
La seule nouveauté du geste mérite
donc, à maints égards, que l’on s’y attarde. Pas seulement
sur le fait que de principal bailleur de fonds national (agropastoralisme,
santé, etc.), le « numéro un » djiboutien s’investisse
aujourd’hui dans la coopération internationale. La
destination de ce don (Le Somaliland envers lequel
Djibouti a surtout manifesté beaucoup d’animosité), la
qualité du généreux donateur (le Chef de l’État dont on ne
sait s’il agit à titre personnel) ainsi que sa nature
(deux unités électrogènes au coût exorbitant) justifient
les quelques considérations qui suivent.
Le journal gouvernemental La Nation
prétend restituer ce geste dans le contexte qui serait
celui de notre voisin bénéficiaire : « Dans ce domaine,
le secteur privé du Somaliland est peu étoffé. Du côté des
pouvoirs publics, seul un générateur de 2,5 mégawatts est
en service ». Même si l’on ne saisit pas très bien la
référence au secteur privé du Somaliland, tous les
observateurs s’accordent à reconnaître que ce dernier est
nettement plus dynamique et florissant qu’à Djibouti.
Non seulement du fait de l’existence
d’une importante diaspora d’affaires vivant dans les pays
du Golfe, mais aussi parce que la corruption généralisée
ne rackette pas les entrepreneurs privés du Somaliland.
Toutefois, parce qu’il est parfaitement compréhensible
qu’un pays n’ayant pratiquement aucune relation, a
fortiori de coopération, avec le reste du monde, manifeste
de réels besoins, le problème doit être abordé d’un point
de vue diplomatique. Car, lorsque le journal
gouvernemental La Nation s’autorise à écrire que «
Ce don du Président s’inscrit dans le cadre du soutien
de la République de Djibouti au Somaliland », on
touche, en négatif, au fond du problème : ce dont le
Somaliland a le plus besoin, c’est non pas d’un groupe
électrogène quelle que soit son utilité, mais avant tout
d’une reconnaissance internationale, à commencer celle des
États voisins au premier rang desquels, pour d’évidentes
raisons historiques, se trouve la République de Djibouti.
Surtout que, au vu de sa remarquable stabilité, de
nombreuses puissances seraient disposés à rapidement
reconnaître le Somaliland… si ses voisins immédiats
s’engageaient préalablement dans cette direction.
Or, au prétexte hypocrite de ne pas
entériner la partition de l’ancienne République
Démocratique de Somalie, Djibouti est le plus hostile État
à toute reconnaissance du Somaliland sur la scène
internationale : c’est pratiquement une sorte de « veto
par proximité ». récemment encore, le Chef de l’État
djiboutien parlait même d’une insécurité au Somaliland qui
serait due selon lui à un intégrisme religieux que cette
région n’a jamais connu de son histoire. Si cette
reconnaissance internationale venait à se concrétiser, le
Somaliland recevrait bien plus qu’un générateur
électrique. Il mérite donc mieux que ce soudain « don
électro-présidentiel ».
Lequel ne trompe personne sur sa réelle
nature démagogique et électoraliste quand on sait que pour
d’obscures raisons tenant à la défense d’intérêts
commerciaux privés, le régime djiboutien avait
sérieusement entravé la libre circulation des personnes et
des biens entre les deux pays, chose que même la
colonisation française, au plus fort de la lutte
indépendantiste en 1976, n’avait pas osé !
En second lieu, l’on veut nous faire
croire qu’il s’agit d’un don du Chef de l’État Djiboutien.
Concédons-lui au moins une chose : le déséquilibre entre
les pouvoirs Exécutif, Législatif et Judiciaire, comme au
sein de l’Exécutif, qu’il n’a pas vraiment contribué à
atténuer, fait qu’effectivement, ce don relève de la seule
initiative du seul responsable politique habilité à
prendre des initiatives. A ce stade, il serait peut-être
plus judicieux de parler de l’institutionnalisation des
caprices présidentiels.
A tel point, l’on s’en souvient avec
amusement, qu’un ministre dithyrambique ne s’est pas gêné
pour présenter le don libyen d’une foreuse comme un cadeau
personnel du Président Kadhafi à son homologue djiboutien.
Quoi qu’il en soit, il nous semble impossible de prétendre
qu’il s’agit bien d’un don présidentiel : la fiche de paye
du supposé donateur privé n’expliquerait pas une telle
générosité débordante. Car, selon nos estimations, le coût
total de ces deux générateurs s’élèverait à environ 500
millions FD ! Tout tendrait plutôt à montrer, au
contraire, qu’il s’agit bel et bien d’une partie de notre
patrimoine commun dont le Chef de l’État a disposé sans
aucune considération pour le fonctionnement normal d’un
État de droit ni pour les rapports normaux entre
dirigeants et citoyens.
D’une part, parce qu’une réelle
coopération présuppose une reconnaissance mutuelle et
relève ensuite du travail routinier des Affaires
Étrangères, bénéficiant pour cela d’un budget lui-même
préalablement soumis à l’appréciation souveraine de
l’Assemblée Nationale. Il est permis de rêver en évoquant
le circuit normal de toute démocratie digne de ce nom.
D’autre part, s’il s’agit d’une acquisition nouvelle
opérée pour la circonstance, il existe certainement
d’autres priorités nationales en quête d’un tel
financement de 500 millions FD. Somme qui correspond, les
salariés du secteur public le savent douloureusement, à
environ un mois d’arriérés de salaire de tous les
fonctionnaires, conventionnés, militaires et policiers de
la République de Djibouti.
Et si, c’est l’hypothèse la plus
probable, il s’agit d’un matériel dont notre pays
disposerait en surplus, toujours grâce à une générosité
internationale accrue en ces temps de lutte
antiterroriste, il aurait très bien pu trouver acquéreur
sur les marchés internationaux et le recettes de sa vente
auraient pu être affectés au financement de réelles
priorités nationales. De la Santé publique à l’Éducation,
en passant par l’agro pastoralisme et le développement des
ressources en eau potable, du Nord au Sud, les urgences en
manque de financement sont nombreuses.
Surtout quand l’on se souvient, par
exemple, que pour financer l’achat d’un petit groupe
électrogène au profit d’une zone affectée par le conflit
comme Yoboki ou Randa, le régime a fait appel à la
générosité internationale. Tandis qu’aucun groupe
électrogène digne de ce nom n’est pour le moment installé
dans une capitale régionale comme Obock, dont le coût
serait nettement inférieur au plus petit véhicule 4x4
immatriculé A ou B.
L’Islam réprouve deux choses : le
reniement de la parole donnée et l’utilisation de la main
gauche pour certaines actions quotidiennes essentielles.
Ce don présidentiel a malheureusement le tort de cumuler
ces deux péchés. Car s’autoriser sur un simple caprice à
faire un don aussi important au détriment de ses propres
urgences nationales, c’est prétendre offrir de la main
gauche ce qu’a confisqué la main droite.
En effet, la générosité internationale,
même entre voisins que lient d’aussi importantes relations
historiques, ne peut être crédible que si et seulement si
les besoins nationaux ont été préalablement, identifiés,
budgétisés (sur plusieurs années s’il le faut) et que des
programmes visant à leur réalisation aient été mis en
œuvre dans la plus grande transparence. 500 millions FD
investis, sous quelque forme que ce soit, dans la
générosité internationale, alors que les besoins
primordiaux sont si patents et que l’aide extérieure des
pays industrialisés ou pétroliers, ainsi que du système
des Nations Unies est si souvent sollicitée dans les
domaines aussi vitaux que la Santé ou l’Éducation, ce sont
toujours 500 millions FD confisqués au Peuple djiboutien
par un régime démagogique n’hésitant pas à brader les
intérêts nationaux sur l’autel de sa pérennité.
Quand le riz généreusement offert par
l’Inde est détourné aussi impunément, spoliant du même
coup, surtout en période de Ramadan, tous les Djiboutiens
nécessiteux, le don de ces générateurs, qui auraient
certainement pu trouver un usage domestique, ne convainc
vraiment personne quant à sa sincérité ou à son
opportunité. Affecter ainsi à l’externe une portion aussi
importante de notre patrimoine national au détriment des
priorités internes, cela revient, d’un point de vue moral
sinon religieux, à confisquer de la main droite. Double
faute car, confisquer est mauvais et le faire de la main
droite l’est encore plus. Dans le contexte d’une telle
disqualification, auquel la pratique courante de ce régime
de corruption généralisée n’apporte aucune circonstance
atténuante, tout donne lieu d’estimer que c’est une main
gauche qui a procédé à ce don. En Islam, il est interdit
de tendre la main gauche.
Le Somaliland a besoin de beaucoup plus
qu’un générateur électrique : il s’agit de reconnaître
l’importance des liens historiques qui lient notre Peuple
au sien. Ce n’est pas en creusant un trou que l’on bouche
un autre trou : ce n’est pas en confisquant au Peuple
Djiboutien que ce régime démagogique prétendra aider le
Peuple Somalilandais. C’est lorsque l’on a balayé devant
sa propre porte que l’on peut prétendre aider le voisin de
palier : eu égard à l’intensité des liens historiques qui
nous lient, la position de notre pays vis-à-vis du
Somaliland mérite un réel débat national dépassionné,
tenant compte des intérêts supérieurs de la Nation
djiboutienne.
Courrier des lecteurs
PRIÈRE DE L’AÏD-EL-FITR : pourquoi j’ai
zappé la secte présidentielle
En cette sainte occasion, le sermon de
l’imam était vraiment historique. Imaginez : devant le
Chef de l’État, ce saint homme martelait toutes les vertus
de la Paix, au plan régional comme au niveau du village
planétaire qu’est devenu le monde contemporain. Les
oreilles d’un régime qui viole allègrement chaque accord
de paix ont dû terriblement siffler en ce jour où le
mensonge et l’hypocrisie ont la vie pénible. Mais le
problème n’est pas là : je n’étais pas sur les lieux de
ces saintes paroles, et c’est justement la raison pour
laquelle je me permets de vous adresser ce petit courrier,
en espérant que, malgré les délais de fabrication, vous
aurez l’amabilité de l’insérer dans le numéro de demain.
Voilà, il se trouve que les actions
barbares de quelques illuminés ont fâcheusement terni
l’image de notre religion, à tel point que le commun des
mortels croit à tort qu’il convient de s’inquiéter d’une
islamisation de la politique. Tout au contraire, il me
semble qu’il conviendrait plutôt de parler d’une
dangereuse politisation de l’Islam, instrumentalisé par
ceux qui veulent accéder au pouvoir ou le garder. Certes,
notre religion n’a jamais établi la moindre distinction
entre le politique et le religieux : les deux dimensions
sont inextricablement liées dans la vie de la collectivité
humaine.
De nos jours encore, en dépit des
prétentions « laïcisantes » des prétendues démocraties, le
Chef de l’Etat dans tous les régimes arabo-islamiques fait
également office de « Commandeur des Croyants». La preuve,
c’est justement qu’aucune prière de l’Aïd n’est concevable
sans que ce dernier ne s’invite au premier rang des
prieurs télévisés, et le contraire choquerait plutôt le
commun de ses concitoyens.
Avec le Chef de l’Etat-Commandeur des
Croyants, c’est aussi toute sa cour, sa secte qui s’invite
au premier rang : toute l’équipe dirigeante et ses obligés
prennent alors de facto la position du premier cercle des
adeptes du Prophète (PSL). Et c’est justement ce qui me
gêne dans le fait de prier en une telle compagnie. Je ne
parle même pas de l’imposant dispositif militaire déployé
pour assurer la sécurité de ces importants : il est bien
loin le temps où l’ancien Chef de l’État allait remplir
son devoir de l’Aïd en toute simplicité ! Il est en effet
désagréable d’être sévèrement fouillé au corps et de prier
avec un fusil dans le dos, victime potentielle d’une
bavure : une fois, pour le principe, oui ; une deuxième
fois par mimétisme mondain, cela deviendrait suicidaire !
Mais j’approuve totalement le retour à l’orthodoxie de la
pratique du Prophète (PSL) qui consiste à prier en plein
air à l’occasion des deux Aïd. Ce que je n’admets pas,
c’est d’être obligé de prier derrière des gens
passablement responsables des difficultés quotidiennes de
mon existence ordinaire.
En effet, en ma qualité de citoyen, je
suis condamné à subir leurs pratiques frauduleuses au
terme desquelles les responsables politiques que j’ai
choisis, comme la majorité des Djiboutiens, sont remplacés
par des usurpateurs cooptés. En ma qualité de
fonctionnaire souffrant de plusieurs mois d’arriérés de
salaire à cause de la mauvaise gouvernance instaurée par
ceux qui veulent m’obliger à prier avec et derrière eux,
je ne peux même pas saisir le tribunal du contentieux
administratif : « ils » en ont également bloqué le
fonctionnement. En ma qualité de père de famille,
j’assiste impuissant à la dégradation de notre système
éducatif obérant dangereusement l’avenir de nos enfants.
Enfin, mais la litanie n’est pas exhaustive, en ma
qualité, de contribuable, j’aurais également beaucoup à
dire et à redire à propos de l’affectation irrationnelle
de l’argent que l’on me ponctionne, s’il y avait un
minimum de transparence sur son parcours.
Tout cela, je l’accepte tant que mes
compatriotes l’acceptent. Par contre, j’estime qu’il est
de mon droit, le plus inaliénable, de choisir en compagnie
de qui j’entends me prosterner devant Allah en cette
sainte occasion. Et c’est pour cela que je parcours
plusieurs kilomètres, afin de prier parmi le Peuple, loin
de l’hypocrisie et du mensonge.
En ce jour saint de l’Aïd-el-fitr 2003,
l’imam a été tout à fait inspiré en demandant aux fidèles
de prier pour le Chef de l’État : une intervention divine
est vraiment la bienvenue pour arracher notre pays aux
griffes des rapaces en place. Mais, je l’ai déjà dit, je
n’étais pas sur les lieux. Peut-être parce que,
contrairement à certaines âmes pieuses comme l’imam ou
Martin Luther King, je suis trop désabusé pour faire
certains rêves de rédemption spontanée.
A.M.H
L’Aïd el Fitr de l’Opposition
La fête du Peuple pour le Peuple
Comme à son habitude, l’Union pour
l’Alternance Démocratique a tenu à célébrer l’Aïd-el-fitr
à la jonction des grands quartiers populaires, devant le
siège de l’Union pour la Démocratie et la Justice (UDJ), à
l’Avenue Nasser. Dans une ambiance festive et militante,
les dirigeants de l’UAD ont souhaité une bonne et heureuse
fête à la population djiboutienne, tout en abordant les
principaux thèmes politiques de l’heure. De l’avis de tous
les participants, cette journée fut un franc succès.
Venus de tous les coins de la Capitale,
des milliers de militants de l’opposition ont convergé dès
8 heures du matin vers le lieu du meeting à l’Avenue
Nasser, pour écouter les vœux de fête et les messages
politiques de l’UAD. Arrivée vers 9h 30, la direction de
l’UAD a aussitôt pris place à la tribune d’honneur, sous
les vivats d’une foule enthousiaste. Après les
traditionnels messages de vœux au Peuple Djiboutien, les
interventions ont pris un tour éminemment politique.
Plusieurs orateurs se sont succédé au micro, chacun
fustigeant à sa manière la politique néfaste de ce régime
et ses désastreuses conséquences sur les conditions de vie
des citoyens. Égrenant la liste des méfaits et gâchis
imputables à l’actuel mandat présidentiel, tous ont
exhorté la population à se mobiliser en vue de défaire ce
pouvoir sectaire et corrompu.
Les dirigeants de l’UAD ont
particulièrement insisté, exemples à l’appui, sur
l’absence d’un véritable État de droit, et la poursuite
insensée de l’arbitraire et de la corruption, principales
causes de la pauvreté dans laquelle se débattent les
couches populaires. Évoquant les perspectives de lutte qui
s’offrent à l’opposition, les intervenants n’ont pas caché
qu’à l’avenir, les combats populaires devront
s’intensifier pour venir à bout de ce pouvoir malfaisant
et irresponsable. La récente affaire de contrebande de riz
impliquant l’administration présidentielle est la
meilleure preuve du mépris de l’intérêt général dans les
hautes sphères du pouvoir. Ce détournement d’une aide
alimentaire internationale destinée au Peuple Djiboutien
est révélateur du climat de corruption entretenu par la
classe dirigeante actuelle, se nourrissant de la
prédation.
Dans ces conditions, aucun
développement durable ne peut être mis en œuvre sous
l’égide de ce pouvoir sans foi ni loi et incapable de
s’amender.
Luttant résolument pour une alternance
responsable, pour sauver notre pays, l’UAD a un programme
politique alternatif proposant des solutions réalistes aux
maux qui accablent notre Nation. Ce dernier point a été
particulièrement développé par le Président pat intérim de
l’UAD, M. Ismael Guedi Hared, Président de l’UDJ et
parfait connaisseur des rouages de l’Etat. Après avoir
dénoncé les multiples violations de l’accord de paix du 12
mai 2001 et le refus présidentiel de l’appliquer
intégralement et honnêtement, le Président Guedi, dernier
orateur a conclu en ces termes : « L’UAD dispose d’un
programme de développement du pays. Ce programme que nous
vous soumettrons très prochainement lorsque toutes les
personnalités de l’UAD se rencontreront, ne contient
aucune promesse irréalisable, mais il est établi sur la
base des réalités nationales. Nous sommes persuadés que
nos différentes propositions permettront de sortir notre
pays de la léthargie, la corruption et d’autres maux
essentiellement générés par l’incapacité et la nature
irresponsable du régime RPP. »
A la fin du meeting, les dirigeants de
l’UAD se sont rendus tous ensemble au domicile du
Président Moussa Ahmed Idriss, afin de souhaiter bonne
fête à cet éminent dirigeant de l’opposition, en ce jour
béni de l’Aïd-el-Fitr. Manière affectueuse de rendre
hommage à l’action politique d’un dirigeant politique qui
reste un des plus grands hommes de notre pays.
Ainsi se terminait cette mémorable
journée de retrouvailles, la première depuis les derniers
grands meetings de l’UAD tenus au même endroit. C’était le
12 mai 2003, à l’occasion de la commémoration du second
anniversaire de la paix définitive, journée au cours de
laquelle l’opposition unie avait également vivement exigé
la libération du Président Daher Ahmed Farah, qui était
injustement incarcéré à ce moment-là. Si depuis lors, DAF
a été libéré, notre exigence de l’application intégrale de
l’accord de paix du 12 mai 2001 reste plus que jamais
d’actualité.
Démence meurtrière
« Ce qui est incompréhensible, c’est que
tout est compréhensible » disait Einstein. Pourtant,
les récents attentats meurtriers à Ryad et Istanbul, non
seulement heurtent notre conscience, mais échappent à
notre entendement d’êtres humains.
Il ne suffit pas de condamner : aucun
être humain sain d’esprit ne peut rester indifférent face
à ces tueries aveugles et délibérées de civils innocents
que le Pape a parfaitement raison de considérer comme un
crime contre l’humanité. Bien sûr, il faut le combattre !
Parce que les actes de tout homme normal obéissent à la
raison, à une raison, nous, et tout le monde, cherchons en
vain une quelconque rationalité à ces comportements
criminels qui ne font que desservir la « cause » qu’ils
prétendent servir.
Face à ce que l’on considère être une
agression caractérisée et injuste contre son pays, ou tout
simplement son humanité, il est parfaitement
compréhensible,même si ce n’est pas justifiable, que les
membres d’organisations clandestines aient, faute d’autres
moyens, recours à cette forme de résistance non
conventionnelle communément appelée terrorisme, en
s’attaquant sans discernement aux intérêts de l’agresseur.
C’est le cas en Palestine : aux
territoires occupés depuis 1967 (Israël est né en 1948) et
suite aux différentes guerres qui l’ont opposé à ses
voisins arabes, s’ajoutent de manière continue, les
colonies de peuplement d’immigrants venus de tous les
coins du monde, les dénis de justice que sont les veto
systématiques américains opposés aux condamnations
d’Israël par le Conseil de Sécurité et aujourd’hui, comble
de l’injustice, l’édification d’un mur séparant les
Palestiniens des Palestiniens… au prétexte fallacieux de
raisons sécuritaires.
Inutile de se voiler la face : nous
l’avons dit et répété, la question palestinienne
empoisonne les relations internationales car tous les
conflits récurrents au Proche et au Moyen-Orient y
plongent leurs racines. En effet, parce que suspectés par
Israël de soutenir la résistance libanaise au Sud du Liban
que l’État sioniste occupait pour sécuriser sa frontière
Nord et y poursuivre les résistants... palestiniens, la
Syrie et l’Iran figuraient et figurent toujours sur la
liste des régimes à abattre par Tel-Aviv. Tant qu’il n’y
sera pas trouvé une solution courageuse et honorable pour
les deux parties, le reste du monde se trouvera d’une
manière ou d’une autre impliqué dans les conflits qui
déchirent cette région.
D’autre part, que certains Irakiens
(avec ou sans le soutien de groupuscules transnationaux)
s’attaquent en Irak et comme ils le peuvent à ceux qu’ils
considèrent être les représentants des puissances
occupantes, c’est banal et ce n’est pas un précédent ! Les
États-unis d’Amérique (et leurs alliés) affirment
d’ailleurs vouloir se retirer de l’Irak à très court
terme, après avoir cédé le pouvoir (et la gestion des
problèmes nés de cette occupation) à des démocrates
irakiens. C’est une décision raisonnable, même si ce
n’était pas le but, encore moins la justification de leur
invasion (qui aura été la plus irréfléchie des expéditions
militaires, au regard des coûts humain et financier par
rapport à l’objectif à atteindre).
Par contre, ce qui est
incompréhensible, insensé, injustifiable et doit être
dénoncé et combattu comme telle, c’est cette démence qui
revendique la tuerie d’innocents civils dans des pays
stables. Le choix de ces pays ne doit rien au hasard :
l’Arabie Saoudite est le plus ancien et le plus riche
allié des Américains dans la région. A cheval entre
l’Europe et l’Asie, la Turquie est membre de l’OTAN. Tous
deux sont donc des alliés stratégiques de l’Occident. Et
alors ? Si la nébuleuse terroriste cherche à déstabiliser
tous les pays musulmans alliés ou proches de l’Occident,
elle a du pain sur la planche et ne ferait que multiplier
ses ennemis ! Qu’y gagnerait alors sa cause, si tant est
qu’elle en ait une ?
Mais c’est surtout le choix des cibles
qui en dit davantage sur la démence des commanditaires et
exécutants de ces tueries : d’innocents civils toutes
confessions confondues, et des synagogues. Toutes cibles
pourtant explicitement considérées comme sacrées et
inviolables par le Coran et l’Islam, dont ils prétendent
lever l’étendard. Toutefois, cette démence n’étant pas née
ex nihilo, nous restons persuadés que le meilleur
moyen de la combattre et de s’en prémunir, c’est encore sa
prévention par un traitement politique adéquat et juste
des profondes injustices en cours au Proche et
Moyen-Orient, en Tchétchénie ou ailleurs.
Si elles ne sont pas à l’origine de
cette démence, elles constituent la justification de ceux
qui revendiquent cette folie meurtrière.
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