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Éditorial
LE DROIT DU PAUVRE :
BOUFFE ET TAIS-TOI !
Au moins, les Américains sont
pragmatiques : Bush ne s’est pas rendu à Bagdad pour
porter la bonne parole aux Irakiens : il sait qu’il aurait
prêché dans le désert. Ni pour leur apporter la Démocratie
; encore moins pour combattre les effets dévastateurs
(malnutrition et détresse sanitaire) d’un embargo que les
Nations Unies leur ont imposé une décennie durant. En
fait, les meilleurs spécialistes des relations
internationales s’accordent à admettre que, depuis le
secrétaire d’État Henry Kissinger, la contribution des
États-unis d’Amérique à une diplomatie en action a été,
pour ainsi dire, pratiquement nulle.
Pas plus que celle des Français
d’ailleurs, depuis la retentissante Berezina (dans son
propre camp) de la tentative de rationalisation de la
coopération initiée par Jean-Pierre Cot au lendemain de la
victoire historique de la gauche en 1981, avant qu’elle ne
devienne la « gauche caviar » sévèrement sanctionnée à la
dernière présidentielle qui a vu, contre toute attente, la
réélection de Jacques Chirac face à un inacceptable
Jean-Marie Le Pen.
Le problème aujourd’hui par rapport aux
Américains suscités, c’est que le Grand Jacques n’a jamais
eu l’élégance verbale de Brel. Pour preuve, sa dernière
sortie internationale en Tunisie où il a pratiquement crû
opportun d’inviter ses auditeurs indigènes à s’estimer
heureux que le régime en place subvienne à leurs besoins
primordiaux.
En clair selon lui, la Démocratie est
vraiment une notion à géométrie variable et que, sous
certaines tristes tropiques, il serait déplacé de plaider,
comme l’y invite naïvement la Déclaration Universelle des
Droits de l’Homme, selon laquelle tous les hommes naissent
libres et égaux en droits et en devoirs, pour le respect
de ces droits fondamentaux à partir du moment où, dans son
infinie bienveillance, le despote au pouvoir consent à
subvenir aux besoins vitaux tels que manger, s’éduquer et
se soigner.
A ce tarif, il est à se demander
pourquoi, peu ou prou, la légitimité de l’invasion de
l’Irak est si peu remise en cause puisque, avant l’embargo
imposé par les Nations Unies, le parti Ba’as subvenait
largement aux besoins du Peuple Irakien en matière
d’emploi, d’Éducation et de Santé. Le drame aujourd’hui,
c’est qu’entre « la Corrèze avant le Zambèze » et les
Français de souche légitimement gênés par « les bruits et
les odeurs » que peuvent produire les populations
immigrées, le Grand Jacques, sans irrespect, a souvent
dérapé.
Ce qui nous gêne justement, en tant que
ressortissants d’un pays caractérisé, non seulement par
des violations flagrantes en matière des droits de
l’Homme, mais aussi par un détournement de l’aide
internationale (au premier rang desquelles il convient de
placer celle constante qu’accorde la France depuis 1977
pour assurer la stabilité de sa base militaire) qui ruine
toute espérance durable d’amélioration dans les domaines
dont le Chef de l’État français nous invite à nous
contenter.
Pour faire bref et selon lui, la
Démocratie serait un luxe auquel certains Peuples ne
devraient pas trop rêver pour le moment, sous peine de
dangereusement déstabiliser les relations interétatiques
et d’inutilement polluer la bonne humeur traditionnelle
des rencontres entre Nord avec peu de pauvres et Sud avec
plein de riches. Comme le remarque justement le démocrate
tunisien Marzouki (un docteur qui n’est pas honoris causa)
: « les dictatures ne se sont jamais aussi bien portées
que depuis le 11 septembre » et que « le terrorisme
est la conséquence directe de la dictature et de la
corruption ».
Les démocrates naïvement optimistes
savent donc à quoi s’en tenir, eux qui croyaient que
l’affaire Borel aurait quelque répercussion sur les
relations franco-djiboutiennes. « La France a la
mémoire longue » prétendait lyriquement Roland Dumas
après l’attentat du Café de Paris. La vérité, c’est que la
France n’a pas de mémoire, elle n’a que des intérêts, les
plus souvent conjoncturels. Quant à ceux qui espéraient
que la lutte contre le terrorisme impliquerait une plus
grande attention des puissances civilisées, c’est qu’ils
souffrent vraiment d’une indigestion idéologique :
peut-être devraient-ils un peu moins manger.
Brèves nationales
Port de Doraleh :
Terminal à conteneurs seulement ?
Le méga-projet de Doraleh n’en finit
pas d’alimenter les spéculations sur sa finalité réelle et
la durée probable des travaux. Plusieurs sources
concordantes, provenant des milieux d’affaires, affirment
cependant que le financement nécessaire à la réalisation
du complexe pétrolier serait revu à la hausse et semble
loin d’être acquis. Pour l’heure, les travaux en cours
semblent se limiter à la construction d’un terminal à
conteneurs seulement. Concernant la partie terminal
pétrolier, elle serait retardée, entre autres, par les
hésitations des sociétés pétrolières basées au Port de
Djibouti, qui rechigneraient à transférer leurs
installations vers Doraleh dans les délais proposés par
les promoteurs.
Quoi qu’il en soit, il apparaît
clairement que toute la vérité n’aurait pas été dite sur
la faisabilité et le financement de ce projet
électoraliste. Le régime fanfaron étant peu prolixe sur la
question, doit-on y voir un signe sur l’apparition des
difficultés de dernière minute, ou est-ce plus simplement
une esbroufe supplémentaire qui sera tôt ou tard
découverte ?
Presse gouvernementale :
Le tri-hebdomadaire deviendrait-il
trivial ?
Depuis sa transformation en
tri-hebdomadaire, le journal gouvernemental « La Nation »
poursuit péniblement sa mission de propagande politique au
service d’un régime fatigué. Peinant à remplir ses pages
et sommé de produire pour le compte d’un pouvoir lui-même
improductif, il en serait désormais réduit à ressembler
aux magazines people.
Ainsi, dans son numéro de lundi
dernier, le lecteur a-t-il droit dans six pages sur dix à
un reportage digne d’un roman-photo et exclusivement
consacré à la visite de la Première Dame à Tadjourah. Si
le bilan réel de cette visite n’est pas précisé par notre
confrère, c’est certainement parce qu’elle n’a rien
apporté de concret, bien au contraire.
Ainsi, ses auditrices de Tadjourah ont
été aussi surprises que celles de Marie-Antoinette en son
temps. En effet, à une concitoyenne lui demandant
d’intervenir pour que le prix du kilowatt/heure soit revu
à la baisse et au moins ramené au niveau de celui ayant
cours dans la Capitale, la Première Dame n’a rien trouvé
de mieux à répondre que de lui asséner un condescendant :
« Réduisez votre consommation électrique » !
De plus, au chapitre de la lutte contre
le chômage, elle aurait exhorté les Tadjouriennes à créer
leur propre entreprise. A ce rythme, gageons que lors de
son prochain déplacement à Obock, elle invitera ses
concitoyennes victimes de l’enclavement de leur district,
à voyager en Boeing présidentiel. Comme elle le fait pour
assister à un mariage se déroulant à Addis-Abeba ou pour
son shopping à Ryad ou Dubaï.
Toutefois, les observateurs de
Tadjourah et d’ailleurs s’accordent à reconnaître que la
Présidente de la coûteuse UNFD a fait légèrement mieux que
le Président de la République lors de son dernier passage
dans cette ville, en termes de relations publiques
uniquement. Nettement mieux en tout cas que le Premier
ministre.
Une question se pose désormais : la
Première Dame, déjà Présidente de l’UNFD, serait-elle,
elle aussi, dans la course présidentielle ? Auquel cas,
elle semblerait en pôle position … dans le camp
présidentiel. Vivement donc des primaires au sein de l’ex
parti unique !
Don de machines à coudre :
L’UNFD côté cour, côté jardin
Vestige féminin de l’ancien parti
unique, l’Union Nationale des femmes Djiboutiennes (UNFD)
serait avant tout un club d’épouses de dignitaires du
régime et quelques obligées soigneusement sélectionnées.
Bien que généreusement subventionnée par l’Etat, cette
machine électorale du RPP reste aussi un important
réceptacle des aides extérieures, sous couvert de «
promotion de la Femme ». C’est à ce titre que l’UNFD est
cette semaine récipiendaire d’un don égyptien composé de
cinq machines à coudre. Ce cadeau, fort utile au
demeurant, sera à n’en pas douter bien apprécié et utilisé
par les réelles destinataires que sont toutes les femmes
défavorisées de notre pays.
La mauvaise gouvernance n’étant pas à
un paradoxe près, nos concitoyennes restent pour leur part
effarées devant le déploiement d’un faste indécent de la
part d’une organisation gouvernementale dont les activités
sociales sont toujours essentiellement tributaires de la
mendicité. Le régime devrait avoir honte d’avoir à
admettre qu’il a reçu en don un matériel qui aurait
largement pû être financé sur fonds propres : ces cinq
machines à coudre aurait certainement coûté moins que
certaines largesses électoralistes.
A l’image du pouvoir présidentiel
qu’elle prétend servir et seconder, et qui subvient
généreusement à ses besoins festifs, l’UNFD dessert
surtout l’image de la femme Djiboutienne, considérée avant
tout comme une voix qui doit chanter les louanges du
régime.
Pôle Universitaire :
Retour à la normale ?
Après une semaine plutôt agitée les
cours auraient repris hier mardi au Pôle Universitaire.
Les 17 étudiants exclus par « mesure disciplinaire »
auraient finalement réintégré l’établissement, même si des
sanctions sévères continuent de frapper certains d’entre
eux. La grève de solidarité aurait donc pris fin, laissant
espérer un retour à la normale. Il reste désormais à
consolider cette détente par l’instauration d’un nouveau
climat de dialogue entre les autorités et les
représentants des étudiants, pour que l’année
universitaire puisse se déroule normalement jusqu’aux
examens. Il en va de l’avenir de notre future élite
nationale, qui plus est formée sur place.
Pluies sur la Capitale :
Plic, ploc, flaques…
Bienvenue partout, la pluie nourricière
tant attendue par nos nomades reste particulièrement
redoutée dans certains quartiers de notre Capitale.
Raisons de cette défiance à l’égard de ce don du ciel :
l’aggravation de l’insalubrité chronique et la
prolifération des moustiques et mouches causées par ces
précipitations. Ainsi, la pluie enregistrée dimanche
dernier a déjà produit quelques désagréments aux riverains
de certaines artères mal entretenues et facilement
inondables en raison de multiples nids de poule.
Les passants éclaboussés et les
automobilistes malchanceux en arrivent fréquemment aux
mains, les uns accusant les autres de négligence ou
d’irrespect. La vraie négligence blâmable, reste celle de
la mauvaise gouvernance, coupable de la dégradation
avancée de notre Capitale.
Comble du gâchis : alors que certaines
rues menant aux chancelleries étrangères sont dans un
piteux état, ces diplomates constatent que des bretelles
donnant accès à quelques résidences privées du Héron sont
étonnamment bien entretenues et même nouvellement
goudronnées, certainement aux frais du contribuable
djiboutien. Et cela, qu’il pleuve où qu’il fasse beau !
Enfin, la météo étant capricieuse,
prions pour que la pluie fasse prioritairement reverdir
nos campagnes victimes de la sécheresse, en épargnant
notre malheureuse Capitale qui croule déjà sous les
ordures
Troubles à la paix civile :
Les arrestations continuent en brousse
A la recherche, parait-il,
d’introuvables caches d’armes, le régime parano continue
ses exactions sur les populations civiles du Nord. Une
nuée de mouchards écumerait depuis quelques mois la
brousse du Nord, à l’affût du moindre renseignement.
Ainsi, l’on a appris hier dans la ville
d’Obock que deux nouveaux bergers arrêtés dans leurs
campements seraient entre les mains des forces de l’ordre.
Un autre berger serait également détenu depuis le 28
novembre à Tadjourah. Ces manœuvres d’intimidation
auraient-elles pour objectif d’attenter à la paix civile
dans le nord en terrorisant ses populations dans ce
contexte préélectoral ? tout semble le laisser croire, au
vu des tactiques employées.
Pendant ce temps, le Chef de l’État se
prépare à parader prochainement à Obock, pour y annoncer
des mesures en faveur des zones rurales. A cette occasion,
il renouvellera certainement un geste qui lui est aussi
cher que sans lendemain : la pose de la première pierre
pour la énième fois ! Il ne peut y avoir de développement
sans la consolidation de la paix. Que ce régime
irresponsable et provocateur se le tienne pour dit.
Syndicalisme : les clones démasqués
l es clones démasqués à Addis-Abeba
Prétendant encore faire croire que la
situation syndicale à Djibouti est normalisée, le Ministre
de l’Emploi s’est rendu à une réunion internationale à
Addis-Abeba avec, dans ses valises, quelques spécimen
exotiques des derniers clones en date. Mal leur en prit :
les délégués syndicaux des quatre coins du monde ont
proprement confondu les vrais faux délégués
gouvernementaux et restauré dans leurs droits les
véritables représentants légitimes des Travailleurs
Djiboutiens : les délégués de l’intersyndicale UDT-UGTD.
L’Organisation Internationale du
Travail – OIT vient de tenir du 2 au 5 décembre courant sa
dixième conférence internationale du travail qui se tient
annuellement dans le courant du mois de juin à Genève, les
réunions régionales de l’OIT comme celle qui vient de se
tenir à Addis-Abeba après celle d’Abidjan la neuvième du
genre il y a quatre ans (8 au 11 décembre 1999) sont
tripartites et regroupent par conséquent les représentants
des trois partenaires sociaux des pays concernés de la
région (ici l’Afrique) à savoir : Les gouvernements, les
employeurs et les travailleurs.
De ce fait, conformément aux
dispositions du paragraphe 4 de l’article 1 du règlement
pour les réunions régionales, le gouvernement de chaque
pays a l’obligation de consulter ses partenaires sociaux
dont les travailleurs notamment les organisations
syndicales les plus représentatives pour dresser la liste
tripartite de la délégation nationale.
Cependant, comme à son habitude, le
Ministre de l’Emploi et de la Solidarité Nationale de
Djibouti a substitué cette fois encore aux représentants
légaux et légitimes des centrales syndicales djiboutiennes
dont l’UDT est de loin la plus représentative, des alibis
syndicaux n’ayant rien à voir avec les dites centrales
syndicales que sont l’UDT et l’UGTD.
Ce qui a provoqué la saisine de la
Commission de vérification des pouvoirs de cette dixième
réunion africaine de l’OIT d’Addis-Abeba, en lui adressant
une protestation contestant la légitimité et les pouvoirs
de représentation de ces clones syndicaux que le Ministre
a substitué aux véritables représentants des travailleurs
qu’elle a délégués à cet effet.
De son côté, l’UDT a tenu à assister à
cette réunion régionale en y envoyant par ses propres
moyens une importante délégation conduite par son
Secrétaire Général et forte de cinq personnes qui se sont
particulièrement illustrées dans cette réunion régionale
en se rétablissant dans leur droit de véritables
représentants des travailleurs djiboutiens qu’ils étaient
au grand dam de la délégation gouvernementale (alibis
syndicaux y compris) qui n’en revenait plus d’être pris en
flagrant délit d’usurpation des titres et des rôles
syndicaux qu’ils pensaient impunément instrumentaliser à
leurs fins.
La conclusion du rapport de la
Commission de vérification des pouvoirs saisie à cet effet
se passe de commentaire : « …La Commission rappelle que
la Commission de vérification des pouvoirs à la Conférence
Internationale du Travail a été saisie de cette question à
ses quatre dernières sessions et que la Commission de
vérification des pouvoirs à la neuvième réunion régionale
africaine d’Abidjan du 8 au 11 décembre 1999, en avait
également été saisie…
Dans la mesure où les questions
soulevées dans la protestation font également l’objet d’un
examen devant d’autres instances notamment la commission
d’experts pour l’application des conventions et
recommandations et où les informations disponibles sont
insuffisantes pour procéder à un examen de la situation au
regard de l’article 1, paragraphe 4 du règlement pour les
réunions régionales, la commission n’est pas, en l’espèce,
en mesure d’exercer utilement son mandat. La commission
demeure toutefois préoccupée part l’absence de tout
progrès apparent et déplore profondément que des doutes
subsistent encore une fois quant à la légitimité et
l’indépendance des représentants des travailleurs
accrédités par le gouvernement de Djibouti à la réunion
régionale africaine.»
On le voit, le régime djiboutien est
sans cesse couvert de ridicule et blâmé pour ses
violations répétées des libertés syndicales. En cela, on
peut dire que la réunion d’Addis-Abéba est une victoire du
syndicalisme indépendant.
Les véritables représentants de la
véritable UDT ont pu avoir gain de cause et représenter
valablement les travailleurs Djiboutiens à cette
Conférence régionale, en exerçant pleinement leurs
prérogatives syndicales.
La
pauvreté : une définition syndicale
Lors de cette même Xème Réunion Régionale Africaine
sous l’égide du Bureau International du Travail – BIT qui
a réuni durant trois jours syndicalistes, employeurs et
Ministres du Travail et de l’Emploi du continent, ont été
au centre des discussions les voies et les moyens de
réduire la pauvreté par une politique fondée sur la
création d’emplois. Ceci par une définition adéquate de la
pauvreté.
Le thème retenu pour cette dixième
rencontre tripartite du genre se voulait une communion
entre tous les partenaires sociaux du continent autour
d’une préoccupation majeure : l’amélioration des
conditions de vie de leurs concitoyens.
Le rapport du Directeur Général du BIT,
intitulé « S’affranchir de la pauvreté par le travail
» mérite qu’on s’y attarde tant pour la richesse de
son contenu que par d’exemples d’idées et de l’originalité
de sa démarche.
M. Juan Somavia, Directeur Général du
BIT fonde sa démarche sur trois idées force qui vont à
coup sûr porter un coup dur aux idées reçues et autres
concepts prêts à porter autour de la notion de pauvreté.
Pour commencer, la pauvreté n’est ni
une tare imputable aux pauvres, ni une malédiction à
laquelle certaines catégories de personnes étaient
exposées. Elle résulte des défauts structurels et des
systèmes économiques et sociaux inefficaces.
Autrement dit les pauvres ne sont ni
coupables, ni responsables de leur pauvreté. Ils sont tout
simplement victimes des défaillances des institutions
dévoyées de leurs missions et instrumentalisées par les
tenants du pouvoir.
Sans fustiger la mauvaise foi de
nombreux régimes politiques, ce rapport qui reste très
diplomatique sur la forme ne met pas moins en cause les
orientations politiques inadéquates, l’absence
d’imagination politique et le soutien international
insuffisant.
Une fois le diagnostic établi et
sachant l’étendue de la catastrophe, M. Somavia insiste
sur le prix de la pauvreté car elle coûte chère. En termes
de croissance économique, d’instabilités politiques, des
ravages écologiques, des pandémies planétaires, la
permanence de la pauvreté s’avère peut-être plus coûteuse
que l’effort visant à la réduire.
Au-delà de la dimension terre à terre
de la pauvreté, ses conséquences, ce rapport s’attarde sur
un aspect souvent ignoré de la capacité d’adaptation, des
pauvres à leur sort.
Vivre en effet dans une situation de
dénuement matériel requiert une énorme réserve de courage,
d’endurance et d’ingéniosité et de solidarité pour assurer
sa survie et celle des siens. Vivre ainsi au jour le jour
est un défi permanent que les pauvres dans leur masure
relevée en développant une capacité de résistance et une
créativité qui défie souvent les normes.
Les travailleurs pauvres constituent
donc à maints égards des entrepreneurs potentiels formés à
l’école du dénuement, aux marges de la société dominée par
la facilité, l’entregent.
Il suffit d’adapter les institutions de
l’Etat aux exigences de la lutte contre la pauvreté dont
la réduction reviendrait sans doute moins chère que
l’immobilisme politique et l’instrumentalisation de
l’État.
A la lecture de ce document qui fera
sûrement date, on saisit l’autre dimension de la pauvreté,
combler le fossé entre les riches et les pauvres en
libérant tous les potentiels d’énergies et d’esprits
créatifs est à la portée de main de toutes les bonnes
volontés.
C’est donc une chance que le régime
djiboutien, habitué à une autre lecture de la pauvreté,
celle qui lui rapporte sans aucune incidence positive sur
les conditions de vie de ses concitoyens,ne saisira
certainement pas.
Madame est servie
Quand le maître chante mal, sa voix devient indécente
Trop c’est trop : si l’édition du lundi du
journal gouvernemental « La Nation » a accordé une place
si importante à la visite que la Première Dame a effectuée
jeudi dernier à Tadjourah (couverture démesurée par
rapport à l’importance réelle de l’événement comme de ses
retombées sur la vie politique nationale ou locale, c’est
que l’enjeu de la propagande dépassait très largement le
cadre d’une région dévastée par le conflit et à laquelle
le régime, dans une logique de chantage, refuse encore
toute réhabilitation. A quelque chose malheur étant bon,
par son grotesque et sa démesure, cette mise en scène
d’une variante RPP-UNFD de la conquête de l’Ouest aura au
moins démontré une dimension essentielle du système
politique djiboutien : l’absence de toute règle de droit
allant de pair avec tous les droits que s’autorisent le
Chef de l’État et sa cour.
En ce premier jeudi de décembre,
Tadjourah a connu une matinée mouvementée : il s’agissait
d’accueillir comme il se doit et es qualité, l’épouse du
Président de la République, elle-même Présidente de plein
droit des femmes djiboutiennes à travers l’UNFD. Sur la
place centrale où elle délivrait (en français) un pesant
discours aussitôt qualifié d’historique par les scribes
patentés, peu étaient réellement à leur place.
En sa qualité d’hôte, le Sultan a eu
parfaitement raison de présider lui-même aux festivités de
la journée. Ce n’est pas de sa faute si les institutions
politiques traditionnelles sont maintenues, beaucoup plus
que du temps colonial, dans un rôle purement protocolaire
et propagandiste. Certes, une véritable Décentralisation
lui aurait bien restitué une fonction à la hauteur de son
importance, mais le régime n’en veut pas. Alors, en
attendant , il est de son devoir de rester digne en toutes
circonstances et d’accueillir comme il se doit son
illustre (auto ?)-invitée.
De même, ses concitoyens avaient, par
respect pour lui, et dans le cas où la Présidente de l’UNFD
se cantonnait au rôle qui est normalement le sien et
respectait les diverses sensibilités politiques de
Tadjourah, qui a largement voté pour l’opposition lors des
dernières législatives, tout à fait le droit d’honorer
cette première visite de la Première Dame depuis son
marital mandat présidentiel.
Itou, quelques précieuses décolorées
tout droit venues de la Capitale et quelques glorieuses
épouses ministérielles étaient-elles à leur place de dames
de compagnie, même si certaines absences en ce domaine
politico-matrimonial ont été remarquées et commentées
comme il se doit. Enfin, l’impressionnant, et souvent
envahissant, dispositif policier et militaire dépêché de
la Capital et déployé dans toute la ville, était
parfaitement à sa place, démontrant par son ampleur qu’il
y a comme un malaise entre des citoyens spoliés et un
régime spoliateur s’estimant menacé par ceux-là mêmes
qu’il spolie. Le fait que la Première Dame se sente
menacée au point d’imposer une présence militaire aussi
indécente est en soi révélateur des véritables intentions
politiciennes de sa visite.
Car tous les autres qui n’avaient pas à
être là, s’étant le plus souvent déplacés de la Capitale
des jours auparavant, ont témoigné par leur présence de
tous les dysfonctionnements institutionnels de la fausse
Démocratie à la djiboutienne. En effet, que penser de ces
hauts responsables de l’administration, tel ce
quinquagénaire plus proche de la retraite que de la
promotion, vu béat à la télévision, pourtant pas affecté à
l’UNFD, mais ayant le plus légalement du monde déserté ses
bureaux djiboutois pour tenir sa place au milieu de cette
cour en déplacement ?
Comme si, c’est vraiment méchant, la
Première Dame avait son mot à dire en matière de promotion
individuelle, alors que les textes régissant la Fonction
Publique sont là ! Et quel respect accorder à ces mal-élus
de la région, se croyant obligés de jouer aux Panurge
subtropicaux, transformant leur parentèle en troupeaux
présentés à une acheteuse, et pour cause : sans
allégeance, point de projet de développement,
explique-t-on cyniquement à ces populations durement
touchées par le conflit.
Toutefois, la palme de la sincérité
ridicule (ou du ridicule sincère, selon la perspective
retenue car d’autres pourraient tout aussi bien trouver
étrange que la Première Dame s’estime habilitée à recevoir
ces doléances), c’est lorsque des représentantes féminines
de la région poussent la dévotion jusqu’à faire état des
doléances qu’elles ont transmises à la Première Dame,
Présidente de l’UNFD, relativement aux (dramatiques)
conditions d’existence qui prévalent dans leur région et
aux (énormes) besoins que l’Etat devrait satisfaire en
matière d’infrastructures publiques.
C’est encore à se demander à quoi
peuvent bien servir les déplacements de son Président de
mari que, par dépit, certains n’hésitent plus à appeler «
spécialiste de la première pierre » (en référence à sa
première pierre sans lendemain devant inaugurer la
reconstruction d’Obock). C’est comme si le Chef de l’État
ne servait à pas grand-chose dans ce domaine. C’est aussi
à se demander à quoi peuvent bien servir les ministères
concernés (Agriculture, Education, Santé, etc) ou leurs
services techniques déconcentrés si les habitants des
régions abandonnées doivent attendre l’improbable visite
quinquennale de l’épouse du Président de la République
pour qu’un petit écho circonstanciel soit accordé à leur
immense détresse ?
C’est comme si l’ensemble du
gouvernement était incorrigiblement défaillant et, n’eût
été l’omniscience et l’omnipotence de la Première Dame,
son inaction aurait irrémédiablement nui à la réélection
de son Chef.
Car voilà l’essentiel, la Première Dame
ne cachait pas ses prétentions : reconduire le mandat de
son mari lors de la prochaine présidentielle de 2005. en
attendant, les femmes de Tadjourah n’ont absolument pas
été convaincues par leur prestation : pas plus que le Chef
de l’État, elle n’a rien proposé de sérieux.
Soudan : enfin la Paix !
Le plus vaste État d’Afrique partageant
ses frontières avec plusieurs pays vient de mettre fin à
une longue et meurtrière guerre civile. L’ARD se félicite
de cette paix annoncée et salue le rôle prépondérant et
positif qu’ont joué les États-unis pour son avènement.
Après deux décennies de guerres et de famines, le Soudan,
nouveau géant pacifique pointe à l’horizon : Motif de
fierté pour la région Est-Africaine et le monde Arabe.
Cette guerre civile qui semblait
interminable opposait le pouvoir central situé au Nord et
exclusivement arabo-musulman à un Sud chrétien et animiste
représenté par le SPLA (Sudan’s People Liberation Army).
L’IGAD ainsi que l’OUA et la Ligue Arabe ont échoué dans
leurs multiples tentatives de réconcilier les frères
ennemis. Il faut reconnaître à leur décharge que la dérive
islamiste qu’a connu ce pays sous Tourabi avait compliqué
la tâche des différents médiateurs. Même si les islamistes
y restent influents, depuis l’arrivée au pouvoir de la
junte militaire, le Soudan a heureusement cessé d’être le
repaire des agitateurs islamistes du globe qui y
trouvaient asile, protection et conseil.
Ce pays avait accueilli le premier
congrès islamiste et abrité un temps Ben Laden et sa
légion étrangère. Le temps où ses dirigeants prétendaient
diriger et exporter la révolution islamiste est désormais
révolu. Heureusement ! Car cette prétention menaçait la
stabilité régionale et l’indispensable unité de ce pays.
L’Égypte, l’Éthiopie et l’Érythrée en avaient pâti, qui
accueillaient à leur tour ses opposants armés ou
pacifiques, ce qui entraînait toute la région dans une
spirale de conflits.
Le pragmatisme du Président soudanais
Omar Hassan El-Bechir depuis qu’il a pris les rênes du
pouvoir a donné ses fruits en pacifiant les luttes
politiques dans son pays et en normalisant ses relations
avec ses voisins. C’est donc à lui et à John Garang que
revient principalement le mérite de mettre fin à cette
guerre civile qui aura fait plus d’un million de victimes.
Ces pourparlers engagés depuis deux ans ont abouti grâce à
la constante pression exercée par les Américains sur les
belligérants.
Félicitons-les, en espérant qu’ils
exerceront une égale pression pour une solution négociée
dans le conflit qui déchire le Proche-Orient. S’il est
vrai que le Président soudanais a constamment manifesté
une volonté d’ouverture et notamment en novembre 1999 en
marge des travaux du sommet de l’IGAD tenu à Djibouti,
rappelons à notre confrère « La Nation », qu’il vaut mieux
comparer ce qui peut l’être. Car à l’époque où Guelleh «
parrainait » la rencontre entre Sadek El-Mahdi (qui,
rappelons-le, est un oposant en exil et accessoirement
parent par alliance du Président Béchir) et Hassan
El-Bechir, Djibouti vivait encore le conflit civil, ce qui
terni l’image de conciliateur qu’il prétendait donner.
D’autre part, si le conflit armé a
cessé à Djibouti en 2000, il perdure sous forme d’impasse
politique faute d’application des accords. de plus, cette
rencontre de Djibouti n’a en aucun cas influé sur la
récente paix au Sud-Soudan. Enfin, à la différence de
Guelleh, El-Bechir concrétise en actes sa volonté
d’ouverture. Souhaitons aux frères soudanais réconciliés
une vie en commun harmonieuse par le respect des
engagements écrits qui fait défaut chez nous. Ce pays a en
effet grandement besoin d’une paix juste et durable afin
de se consacrer au développement de toutes ses régions.
Pour cela, il dispose de multiples
atouts agricoles énergétiques et miniers. Traversé sur
toute son étendue par le plus long fleuve d’Afrique, le
Nil, il deviendra ainsi le grenier du Monde Arabe. Son
avenir est donc prometteur tant son potentiel énergétique
est impressionnant. Puissance pétrolière montante, le
Soudan compte édifier également des barrages
hydroélectriques importants et ainsi décupler la surface
des ses terres cultivables estimées à plusieurs millions
d’hectares.
Les multiples projets de développement
longtemps entravées par la guerre dans le sud du pays
pourront désormais démarrer.
Seule petite ombre au tableau, la
poursuite d’une guérilla larvée dans la région du Darfour
à l’ouest reste un sujet d’inquiétude pour le pouvoir de
Khartoum. La pacification effective du Sud permettra
certainement de résorber ces poches de conflit ne menaçant
pas durablement la cohésion nationale. Après l’Angola, la
République Démocratique du Congo et le Burundi, l’espoir
d’une paix définitive dans le plus grand pays d’Afrique
s’annonce déterminant pour l’avenir de notre continent.
Puisse la paix au Soudan sonner le début d’une nouvelle
ère pour toute notre région qui n’a que trop souffert des
conflits fratricides.
Le
droit du Djiboutien : broute et tais-toi !
Bouche pleine et silence citoyen
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se
transforme ». Cette célèbre formule vaut également
dans un domaine typiquement régional et profondément
djiboutien : la distribution du khat aux fins de
propagande partisane permanente. Ainsi, par un miracle
toujours recommencé, un régime incapable de subvenir aux
besoins essentiels de ses concitoyens trouve les moyens
financiers de généreusement offrir des centaines de sacs
de khat aux populations courtisées le temps d’une campagne
électorale... même si elle commence très tôt. C’est bien
connu : les régimes illégitimes espèrent toujours que des
citoyens occupés à mâcher n’auront pas le temps de
réfléchir. Pourtant, le développement durable attendu par
notre peuple ne devrait pas passer par khat-chemins !
Marx avait tort, peut-être parce qu’il
ne possédait aucune donnée anthropologique relative aux us
et coutumes masticatoires dans la Corne de l’Afrique : le
véritable opium du peuple, ce n’est pas la religion. Bien
au contraire, et en dépit de ce que peuvent en penser les
nouveaux théoriciens de la lutte antiterroriste, l’Islam
est une théologie de la révolution à usage avant tout
interne.
Le Djihad, ce n’est pas l’exportation
de la violence politique : le véritable musulman est celui
qui veille à ce que le régime politique auquel il obéit
agit conformément à la morale dominante. Non, le véritable
opium du peuple, c’est le khat. Pour s’en convaincre, il
suffit de mesurer l’absence de toute politique publique
visant à en réduire la consommation. C’est simple, il n’y
en a pas, et ce n’est pas un hasard si, à Djibouti, les
études scientifiques relatives aux effets néfastes de la
consommation du khat (du point de vue de la santé publique
comme de ses incidences socioéconomiques) ont pour la
plupart été réalisées avant l’Indépendance. Non pas que la
puissance coloniale (ou plutôt son administration locale)
ne s’en soit pas servie pour asseoir son dispositif
clientéliste.
Non pas que le Parti unique n’ait pas
institué le khat en instrument de persuasion, en carotte
verte pour ainsi dire, masquant le bâton, tel un gant de
velours pour une main de fer. Au moins, rétorquera-t-on,
l’ancien Président de la République n’était pas lui-même
consommateur de khat.
Mais, force est d’admettre que depuis
1999, l’usage politique de la consommation du khat s’est
systématisé et a pris les dimensions d’une entreprise d’Etat.
Ceci expliquant parfois cela, reconnaissons comme
circonstance atténuante que l’actuel Chef de l’Etat,
lui-même adepte de cette pratique masticatoire (il paraît
que cela favorise la concentration et l’effervescence
intellectuelles ) tient à ce que ses compatriotes
partagent la même extase khatique que lui.
Plus sérieusement, chacun constate à
quel point la distribution gratuite de khat par le régime
(les divers milieux présidentiels en quête de quelque
promotion ministérielle ou roulant tout simplement pour
leur grand patron) est aujourd’hui devenue une pratique
systématique au bénéfice de certaines régions du pays,
Nord et Sud-Ouest essentiellement, si l’on peut employer
une telle incongruité quand on considère par ailleurs la
misère matérielle qui leur est imposée par la mauvaise
gouvernance et le favoritisme. Pourquoi cette sollicitude
? Quels avantages la consommation du khat procure-t-elle à
un régime aussi impopulaire ?
Certes, un des effets du khat, c’est
qu’il agit comme coupe-faim ; ce qui n’est pas négligeable
vu que le panier de la ménagère a du mal à se remplir,
étant donné la cherté du niveau de vie dans un pays dont
la dépendance alimentaire est supérieure à 90%, alors que
les potentialités agricoles existent réellement. Pire, si
le ranch présidentiel du Day répond aux immenses
espérances qui sont placées en lui (moyennant quelques
centaines de millions FD), c’est bien l’indépendance
khatique qui a toutes les « chances » d’être atteinte
d’ici peu. Certains prétendront qu’il s’agira d’un pas
important sur la voie du développement durable.
En second lieu, conformément à la
stratégie offensive du football où il convient de fixer la
défense, la posture du consommateur de khat induit une
indisponibilité pour toute autre forme d’action, a
fortiori politique. L’écrasante majorité de la
population djiboutienne ayant succombé à cette drogue,
souvent parce qu’aucune autre forme de sociabilité
substitutive n’ayant été favorisée par la dictature en
place, on conçoit aisément le bénéfice qu’en retire un
régime dont les concitoyens, au lieu d’agir pour améliorer
leur situation, sont quotidiennement maintenus des heures
durant avachis sur des tapis moelleux dans des locaux qui
rappellent singulièrement les maisons d’opium d’Orient.
Sauf que le khat est nettement moins stigmatisé et ses
effets nettement plus tolérés, socialement s’entend.
Dans ses conditions, la consommation de
khat, en maintenant les citoyens dans une posture de
dépendance multiple (à l’égard de la plante comme de son
généreux donateur), ne peut que s’accroître, dans un
régime fondant son autorité sur l’institutionnalisation
d’une redistribution inégale des richesses nationales.
En attendant de pouvoir compter sur des
politiques publiques cohérentes dont chacun pourra
bénéficier en fonction de ses potentialités, dans le cadre
d’une Démocratie réelle jusqu’aux derniers échelons de la
vie locale, il est compréhensible que le citoyen-brouteur
succombe parfois au pêché, en acceptant un bakchich vert
obtenu sur des deniers publics de toute évidence
détournés. Mais les résultats des dernières législatives
l’ont clairement démontré : à l’heure de vérité, les
citoyens consciencieux savent que ce n’est pas à leur
mâchoire de réfléchir à la place de leur conscience. Dans
son incompétence pavlovienne, il est inutile d’attendre du
régime qu’il accepte enfin de responsabiliser ses
concitoyens : ils ne vivent pas pour brouter et ils ne
broutent pas pour vivre !
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