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Éditorial
TRIPOLI POUR ÊTRE HONNÊTE ?
Saddam arrêté, Kadhafi s’arrête : la
Pax Americana commence à démontrer toute sa
pragmatique efficacité, même si la politique de « deux
poids, deux mesures », en vigueur dès qu’il s’agit de
freiner le terrorisme d’État dont Israël se rend coupable,
peut malheureusement réduire la portée planétaire d’une
politique étrangère américaine renouant avec la grande
tradition de cette superpuissance. Que les États-unis
débarrassent le monde de nuisibles dictatures ou les
contraignent pacifiquement à normaliser et à démocratiser
leurs relations avec leurs peuples ou leurs voisins, nous
serions les derniers à nous en plaindre, qui en subissons
une, banalisée par des enjeux géostratégiques, supérieurs
aux yeux du citoyen-électeur occidental ! Au contraire,
nous ne pouvons qu’encourager les États-unis d’Amérique à
persévérer avec sagesse dans cette voie qui leur attirera
la sympathie reconnaissante et méritée des Peuples
opprimés du Tiers-Monde.
C’est pourquoi nous ne pouvons que
saluer l’annonce, dimanche 21 décembre par la Jamahiriya
Arabe Libyenne de son renoncement à s’équiper d’armes de
destruction massive (chimiques et biologiques). Observons
d’abord que la conjoncture consécutive à l’arrestation de
Saddam Hussein aura été plus efficace que les fatwas
lancées par le Département d’État ou le Pentagone
décrétant plusieurs États indésirables sur la base de
critères à géométrie et alliance variables. Mais, quelle
que soit la légitime satisfaction de voir détruites des
armes de destruction massive, et considérant qu’en
acceptant d’indemniser les familles des victimes de
Lockerbie, la Libye s’est auto-accusée de terrorisme, une
question demeure, gênante : pourquoi le Guide Libyen
a-t-il attendu les injonctions d’un contexte international
pour mettre un terme à un programme d’armement pour la
concrétisation duquel son Peuple a consenti des centaines
de millions de dollars ?
Certes, les Libyens n’ont pratiquement
manqué de rien jusqu’aux années 1980 : niveau de vie le
plus élevé d’Afrique et seul fleuve artificiel du monde,
pour sauver l’honneur arabe face à un désert du Néguev
reverdi grâce à l’ingéniosité israélienne. Mais aucune
conquête d’espace vital ne leur imposait non plus le
financement d’actions terroristes. Quelle que soit la
pertinence de ce soudain renoncement, c’est peut-être un
peu trop vite discréditer les énormes sacrifices imposés
au Peuple Libyen, et même personnellement endurés par
Kadhafi, si l’on pense aux séquelles familiales du
bombardement américain de 1986, lorsque Reagan le traitait
de « chien enragé ». Pourquoi ?
Cela dit, ce revirement sonne également
le glas de tous les régimes dont la mégalomanie obère
dramatiquement les budgets nationaux (20 à 30%) par
d’inconsidérées dépenses militaires. Le glas de tous ceux
qui, parvenus au pouvoir à coups de force militaire ou de
fraudes électorales, cherchent à y durer en engageant des
dépenses sécuritaires disproportionnées en faveur de
milices privées surarmées et suréquipées, pompeusement
baptisées gardes républicaines.
La richesse d’aucun sous-sol, la
position stratégique d’aucun pays ne justifient que soient
sacrifiés les peuples qu’ils dirigent. Non seulement parce
que ces dépenses se font au détriment de leur
développement économique et social, mais aussi parce qu’au
total, ces équipements militaires n’ont jamais fait (à
quelques exceptions près) de ces pays des puissances
régionales ou internationales. Kadhafi aime le lait de
chamelle, comme d’autres aiment le khat, mais lui au moins
avait élevé le niveau de vie de ses concitoyens, jusqu’à
ce que, par absence de contrepouvoir démocratique, il
s’engage dans des actions dont le seul bénéficiaire est
aujourd’hui le sionisme israélien.
Brèves nationales
Santé-Education :
Réalité des fausses promesses du régime
On s’en souvient, lors de son pompeux
discours de l’Aïd-el Fitr, le Chef de l’État avait martelé
que la Santé Publique et l’Éducation Nationale
constituaient des priorités de son gouvernement. Entre la
volonté politique officielle et la réalité concrète
observée sur le terrain, le fossé ne cesse de grandir.
Réalité a mené une petite enquête pour en savoir plus
: le constat est à la fois édifiant et alarmant. Sur le
plan sanitaire, l’unique hôpital digne de ce nom, Peltier,
autrefois célèbre dans la sous-région pour la qualité de
ses prestations, est aujourd’hui incapable de répondre aux
attentes des patients. Même si certains efforts sont
accomplis en matière d’infrastructures par la rénovation
de bâtiments vétustes et la construction de nouveaux
blocs, les ressources humaines y font cruellement défaut.
L’Hôpital Peltier souffre surtout de
l’absence de médecins spécialistes. Depuis le départ des
spécialistes fournis par la Coopération française, il n’y
aurait qu’un seul chirurgien djiboutien pour assurer la
relève. Par contre, il n’y a aucun médecin-réanimateur, ni
gynécologue, ni spécialiste ORL et plus d’ophtalmologue.
Le coûteux scanner récemment mis à sa disposition reste au
chômage technique dans une pièce, faute de manipulateur
spécialisé.
Pourquoi l’État laisse-t-il dépérir
l’Hôpital Général Peltier ? Pourquoi les postes laissés
vacants par les médecins coopérants n’ont-ils pas été
pourvus? Qu’attendent les autorités pour les remplacer par
des spécialistes nationaux s’il y en a, ou par des
médecins d’autres pays ? La Santé des citoyens doit être
la première des priorités. Le régime se gargarise de
bonnes intentions et néglige gravement ses véritables
obligations.
Au chapitre de l’Éducation Nationale,
elle aussi malade, la situation est loin de s’améliorer.
Chaque matin, les élèves de l’enseignement public rentrent
en classe pour en ressortir quelques minutes plus tard.
Motif : l’enseignant est absent ; pour certaines classes,
cela se répète plusieurs jours par mois. Conséquence: les
élèves n’apprennent rien ou accusent de graves retards.
Classes surchargées, absence d’encadrement, matériel
didactique insuffisant, personnel démotivé, quel gâchis !
Pendant ce temps, le régime fanfaron
prétend construire de nouvelles salles de classe, comme si
de nouveaux bâtiments signifiaient un nouveau départ.
C’est à se demander si le régime ne démantèle pas
volontairement l’enseignement public pour favoriser
certains établissements privés, miraculeusement sortis de
terre. A ce sujet, les Djiboutiens pointent du doigt un
nouveau lycée privé qui fonctionne plutôt bien depuis la
dernière rentrée scolaire. Bien équipé et payant, ce lycée
moderne et futuriste appartiendrait à de hauts
responsables de… l’Education Nationale. CQFD ?
Dikhil :
Malaise social ou discrimination réelle
?
Selon des sources concordantes, la
ville de Dikhil a été mardi dernier le théâtre
d’échauffourées entre jeunes chômeurs mécontents et forces
de l’ordre. Tout aurait commencé lorsque des jeunes
chômeurs désireux de travailler sur les futur chantier de
réhabilitation de la route Dikhil-Djibouti, ont appris le
rejet de leur demande adressée au Chef du district. La
réponse leur aurait été signifié sur un ton méprisant et
sectaire par un officier de police devant les bureaux du
commissaire de la République. Aussitôt, les jeunes en
colère auraient brûlé des pneus dans les principales
artères de la ville. Les forces de l’ordre auraient dégagé
les voies en procédant dans la foulée à l’arrestation de
quelque 25 manifestants.
Le lendemain, les sages de la ville de
l’Unité se seraient réunis pour favoriser l’apaisement.
Ensemble, les sages auraient demandé la libération des
jeunes, sans succès. Après une semaine d’emprisonnement à
Dikhil, les 25 jeunes ont été déférés au parquet de
Djibouti. 18 d’entre eux ont été libérés et les 7 autres
placés sous mandat de dépôt. Rappelons que la
manifestation des jeunes n’a provoqué aucune casse ni
aucun dégât matériel. Alors que dans leur riposte
disproportionnée, les forces de l’ordre auraient fait
usage de gaz lacrymogène et que des balles réelles
auraient été tirées en l’air.
Dans cette affaire, le régime semble
privilégier la répression, ce qui ne nous étonne guère de
la part d’un pouvoir aux abois. La discrimination sur le
marché de l’emploi est à l’origine du malaise social dont
souffre le district de Dikhil, pompeusement baptisé région
de l’Unité, alors que les principaux responsables de cette
ville pacifique ne font rien pour contribuer concrètement
à y renforcer l’Unité nationale.
Répression syndicale :
Le siège de l’UDT/UGTD sous séquestre ?
A l’heure où nous mettons sous presse,
nous apprenons que le siège de l’intersyndicale UDT/UGTD,
sis à la rue Pierre Pascal, aurait été mis sous séquestre
et son tableau arraché. Un nouveau pas semble être franchi
par les pouvoirs publics cherchant à faire taire toute
voie dissonante en dehors de ses clones sponsorisés.
Affaire à suivre...
Exécutions dans le Nord :
Retour du serial-killer ?
Le FRUD-armé a définitivement détruit
tous ses armements, donné les listes de tous ses
combattants, désarmés en présence des officiers de l’AND
et de la FNP : celle des incorporés dans l’AND, la FNP et
la Gendarmerie ( même s’ils attendent encore la
normalisation de leur situation), des dirigeants
réintégrés dans la Fonction Publique (même si, au lieu des
affectations prévues par l’Accord, ils ont vu leur salaire
brutalement suspendu au bout de quatre mois depuis mai
2002 par la Présidence (parait que c’est une technique de
persuasion), celle des cadres à intégrer dans la Fonction
Publique et la Convention Collective (dont le régime, en
violation de sa parole officiellement engagée au plus haut
niveau, ne veut absolument pas entendre parler).
Plus gravement enfin, a été établie la
liste des démobilisés devant bénéficier d’un programme de
réinsertion et de formation professionnelle dans le cadre
d’un organisme relevant de la Primature : le PRAC. Selon
une logique discriminatoire chère à ce régime de division
tribale, ces démobilisés, tout comme ceux de 1994, ont été
abandonnés à leur sort: ils ont été sommés de survivre
comme ils le peuvent, c’est-à-dire sans aucune ressource.
Dans ces conditions, comment vivre en
milieu urbain, quand on sait que même l’hospitalité des
siens a ses limites ? C’est pourquoi certains d’entre eux
sont repartis en brousse, où il est nettement plus facile
de vivoter, en attendant des jours meilleurs : c’est bien
connu, même les retraités préfèrent la vie rurale.
Malheureusement pour eux, le régime se sachant
parfaitement fautif de violer les principales dispositions
de l’Accord de paix, et redoutant que les mêmes causes
produisent tôt ou tard les mêmes effets, a estimé utile
d’anticiper en donnant la chasse à tous les éléments jugés
indésirables en brousse.
C’est ainsi qu’il y a une dizaine de
jours, les militaires, que l’on a connus moins volontaires
en d’autres temps, ont tiré sur un groupe d’individus
désarmés dans la région de Weïma. Bilan : au moins deux
morts. Le fait est trop grave pour passer inaperçu : ce
sont en effet les premières exécutions extrajudiciaires
depuis les civils froidement abattus par les troupes
gouvernementales en novembre 1999, crimes demeurés depuis
impunis, faut-il le rappeler.
Ayant définitivement opté pour le
combat politique pacifique, l’ARD condamne vigoureusement
la politique irresponsable de ce régime qui, en plus de
violer les règles républicaines essentielles à toute vie
politique pacifiée, refuse également d’appliquer l’Accord
de paix. Qui, de ce fait, ôte à ces démobilisés toute
raison et toute possibilité de vivre dans un cadre décent.
Comme si une certaine insécurité devait justifier les
dépenses colossales des services de défense et de
sécurité.
Une opposition sans programme ?
Au moins, respectez le Peuple !
Nous n’avons pas l’habitude de réagir
aux inepties que l’on peut lire (ou ne pas lire) dans la
presse gouvernementale et assimilée. Dans sa dernière
livraison, l’organe de presse du FRUD qui paraît à
l’improviste, a dénigré le Peuple et l’électorat
djiboutien en écrivant que l’opposition n’avait pas de
programme politique. C’est une rengaine mensongère
rabâchée par les médias officiels.
C’est surtout un mépris sans
qualificatif à l’endroit, même malgré le jeu d’écritures
qui a faussé le résultat des dernières élections
législatives, des 45% d’électeurs qui auraient
officiellement voté en faveur des listes de l’UAD et son
programme. Seraient-ils des idiots qui ont machinalement
voté pour (ou contre) des personnes ? Certainement pas !
Même si le vote pro-UAD pouvait être lu comme un vote
sanction contre les sortants (et sortis), l’électorat a
surtout exprimé son adhésion à un programme politique
écrit noir sur vert et encore visible sur certains
panneaux de la Capitale et des chefs-lieux de district.
Notre « confrère » aurait-il pêché par
excès de zèle en cherchant à se rappeler au bon souvenir
de son allié réellement au pouvoir, comme semblent le
laisser croire les lamentations de l’éditorial (parti-godillot).
Peut-être ! Nous en aurons le cœur net d’ici le 26
décembre. Aucune supplique ne justifie que l’on dénigre le
Peuple, à moins que ce ne soit le syndrome du mal-élu.
Pour notre part, nous n’avons jamais
dit que les actuels dirigeants n’avaient aucun programme
politique : ce serait manquer de respect à la frange,
aussi minime soit-elle, de l’électorat leur ayant fait
confiance. Comme ce serait discréditer le travail de tous
les techniciens et experts qui, dans différents
départements ministériels, tentent de définir les
programmes sectoriels les plus appropriés.
Tout ce que nous disons, c’est que la
mauvaise gouvernance, devenue seconde nature chez les
actuels dirigeants, empêche toute mise en œuvre d’un
programme cohérent de développement, qu’il soit défini par
nos experts nationaux ou par les organisations
internationales. La corruption, le népotisme et le
gaspillage n’ont nulle part assuré le bonheur des peuples.
On ne construit ni une unité nationale ni un développement
durable en suscitant la jalousie entre ses concitoyens.
En dénigrant trop facilement
l’opposition, c’est cela que notre confrère épisodique
cherche à occulter : le propre de ce régime d’esbroufe,
c’est d’empêcher que les vraies questions soient posées.
Une
journée ordinaire d’un opposant : défendre et se défendre
Chèque sans provision et encore impayé
émis en 2002 par le questeur de l’Assemblée Nationale pour
« restituer » à M. Moussa Ahmed Idriss tout ce qui lui a
été volé suite à la levée précipitée de son immunité
parlementaire et à son emprisonnement, une décennie de
retraite confisquée à M. Dini, officiellement par manque
de liquidités du Trésor public, le salaire des cadres du
FRUD-armé suspendu pour les punir d’avoir adhéré à l’ARD,
etc. la liste est longue des manœuvres d’intimidation par
lesquelles le régime cherche à terroriser les opposants
pour, sinon les neutraliser en les achetant (comme
certains reconvertis), du moins pour réduire l’efficacité
de leurs actions. Alors qu’un comité des Droits de l’Homme
s’acharne à prouver, sans rire et sans scrupule, la marche
inexorable de la démocratie depuis 1999, un procès actuel
mérite publicité de notre part car il est l’illustration
ubuesque qu’en matière de répression, le régime djiboutien
n’a rien à envier à certaines dictatures tropicales.
Ce n’est certainement pas un cadeau de
Noël : jeudi 25 décembre aura lieu le procès de M. Mahdi
Ibrahim A. God, responsable de l’ARD, traîné en justice
par une banque de la place. Mais, sans que nous ayons à
battre le rappel de nos troupes, nul ne s’y trompe : il ne
s’agit absolument pas d’une banale affaire commerciale
mais d’un désir de nuire à un homme politique dont
l’intégrité est connue de tous.
En effet, dès le déclenchement des
hostilités entre les forces gouvernementales et la
rébellion du Frud dans notre pays, M. Mahdi Ibrahim
s’était soulevé contre le régime et faisait partie d’un
groupe de jeunes qui avait créé un mouvement politique
dans la Capitale. Ses premiers ennuis avec le régime
commencent en mars 1992 lorsqu’il publia, à titre de
contribution patriotique à l’instauration de la paix, un
document de réflexion sur ce qui allait devenir la
Constitution du pays au mois de septembre de la même
année.
Nommé Porte-parole du Front Uni de
l’Opposition Djiboutienne, il a encouru les foudres du
régime pour avoir organisé la première commémoration du
massacre d’Arhiba perpétré par les troupes
gouvernementales le 18 décembre 1991. Après les menaces et
les interpellations de la police, son domicile fut
perquisitionné par la gendarmerie qui l’accusait de
détenir des armes de la rébellion. Affaire classée sans
suite. Après l’appel au boycott des élections législatives
de 1992 lancées par le FUOD, le régime a redoublé allait
accentuer ses représailles à son encontre, comme à
l’encontre des autres opposants.
Des redressements fiscaux d’origine
strictement politique commencent alors à saboter ses
activités professionnelles. Entraves administratives qui
culminent avec la saisie, le biais du Trésor national,
d’un véhicule neuf d’une valeur de plus de 2,4 millions FD,
appartenant à son épouse. Les interpellations et les
détentions préventives à son encontre se suivent, tandis
que ses clients commencent à être menacés par le biais des
services fiscaux de l’administration, qui leur
déconseillent , plus fiscalement qu’amicalement, de
confier leurs comptes au Cabinet Comptable privé qu’il
gère avec sa femme.
C’est dans le cadre de cet acharnement
politique quotidien qu’en janvier 1994 M. Mahdi Ibrahim A.
God a été arrêté et emprisonné à Gabode, avec son
Président Mohamed Ahmed Issa dit CHEIKO et deux autres
membres du comité de direction pour « complot contre le
régime ». Libéré trois mois et demi plus tard, il
devait sacrifier une autre affaire familiale qu’il gérait
pour la succession de son père, du fait d’un nouveau
redressement fiscal impossible d’honorer.
Le régime, de la manière la plus
illégale, allait par la suite user de tous les moyens
illégaux pour non seulement terroriser la famille de
l’opposant mais aussi procéder à son arrestation à
répétition et à son emprisonnement à Gabode, pour diverses
raisons relevant essentiellement de ses activités
politiques dans le pays et de son engagement aux côtés des
forces démocratiques animées par le regretté Cheiko,
Président du FUOD ( regroupant plusieurs mouvements alliés
politiques du FRUD-armé ). A ce titre, il honora de trois
séjours cette sinistre prison en 1997, 1998 et début 1999.
Alors qu’un premier lot de matériel lui
appartenant avait été saisi en 1996, la police politique
débarquait chez lui dans l’après-midi du 20 octobre 1997
pour saisir tout son parc informatique et l’ensemble des
archives et documents de son Cabinet d’expertise
comptable. Action qui mit fin à l’activité professionnelle
de M. et Mme Mahdi Ibrahim A. God, ne pouvant plus
travailler sans leur matériel financé en partie par des
emprunts auprès des banques de la place. Le régime
continuait malgré cela son acharnement à l’encontre de
l’opposant Mahdi, qu’il jeta encore une fois en prison
pendant deux mois, juste avant la dernière élection
présidentielle, au motif d’un énième redressement fiscal,
alors qu’il avait déjà été mis manu militari en présence
des plus hauts responsables de la police politique. Il
demeura inflexible face à toutes leurs menaces qui se
fondaient sur une vision tribale des enjeux politiques de
l’avenir djiboutien : ne combats pas avec telle communauté
! Rien n’y fit : lorsqu’un démocrate convaincu a choisi
son camp, les vieilles méthodes tribalistes héritées de la
période coloniale ne peuvent nullement entamer sa
détermination.
Face à cet échec des techniques
classiques, le régime a décidé, depuis 2000,
d’opportunément lancer les créanciers à sa poursuite, pour
définitivement détruire son caractère et sa réputation.
Car, le régime espère dans cette affaire que chacun aura
oublié l’essentiel : avant son acharnement, le Cabinet
Barron-God d’expertise comptable, par son sérieux et sa
confidentialité, enregistrait un des chiffres d’affaires
les plus importants de son secteur sur la place
djiboutienne, comme elle a toujours honoré ses dettes
financières. Malgré cela, M. Mahdi a été condamné sans
avoir été convoqué et à la demande du Ministre des
Finances (l’actuel) à 18 mois de prison ferme, après que
le Procureur ait délivré un réquisitoire d’incarcération.
Contre toute logique juridique, il a néanmoins été libéré
au bout de deux semaines, sans qu’aucun justificatif ne
lui ait été délivré. S’il y en a encore qui n’ont pas
compris qu’il s’agit d’une affaire strictement politique,
c’est à désespérer des facultés humaines de discernement !
Dire que la répression politique de ce
régime explique pour une large part la fuite des
compétences nationales est une douce litote.
Mais, malheureusement pour ces forces
occultes, M. Mahdi n’a jamais été du genre à se laisser
intimider par les menaces et à quitter son pays.
La dernière tentative en date du régime
pour régler cette affaire est récente et postérieure à la
signature de l’Accord de Paix du 12 mai 2000.
Depuis cette date, M. Mahdi a reçu à
plusieurs occasions la visites d’émissaires du régime lui
proposant un marché simple à comprendre : il quitte l’ARD
et, en échange, tous ses biens lui sont restitués, de même
d’un pécule lui est offert pour pouvoir relancer son
cabinet d’expertise comptable! Rien que cela.
C’est pourquoi il comparait aujourd’hui
au motif qu’il devrait de l’argent à une banque de la
place, défendue par un avocat expatrié de la place. Nous
sommes trop respectueux de la libre-entreprise pour ne pas
reconnaître qu’une banque, a fortiori étrangère, est
parfaitement fondée à récupérer ses investissements.
Toutefois, et sans trop insister sur le fait que les
banques de la place s’accommodent facilement de l’anarchie
locale, comme elles tirent profit de certains services
rendus aux proches du régime, il est de notre devoir
d’attirer l’attention de cette banque, et de son avocat,
bénéficiant de surcroît de l’immunité diplomatique, sur le
fait qu’il s’agit ici d’une affaire éminemment politique.
S’il est normal que des étrangers
s’enrichissent chez nous (c’est tout à notre honneur que
d’attirer des investisseurs), ceux-ci doivent bien
comprendre qu’il est nullement dans leur intérêt de
s’impliquer si partialement dans nos affaires politiques
intérieures. Si conseil nous devions donc leur donner,
c’est de chercher un terrain d’entente avec M. Mahdi qui,
ne remettant nullement en question la dette contractée
vis-à-vis de cette banque, ne demande qu’un réaménagement
de son remboursement.
De ce point de vue, la démonstration de
son avocat ne laisse planer aucun doute :
«Monsieur Mahdi Ibrahim God a
bénéficié d’un crédit de 800.000 FD en capital de la part
de la Banque Indosuez.
Il a remboursé une partie de cette
somme avec les intérêts.
Alors qu’il restait à rembourser la
somme de 500.000FD en capital, M. Mahdi Ibrahim God a été
mis dans l’impossibilité d’assumer des mensualités et
s’est retrouvé en cessation de paiement.
Par jugement réputé contradictoire du
20/06:00, la Banque a obtenu la condamnation de M. Mahdi
Ibrahim God à la somme de 806.576FD plus intérêts au taux
de 16% l’an.
Cette décision signifiée dans le délai
légal est désormais définitive faute de recours de
l’intéressé.
Toutefois, ce dernier est toujours dans
l’impossibilité de rembourser puisqu’il n’a aucune
activité rémunérée.
Par acte du 13/ 11/01, la Banque
Indosuez porte plainte pour refus d’exécution judiciaire.
M. Mahdi Ibrahim God apprend de manière
fortuite qu’il est poursuivi devant le Tribunal.
Le Tribunal ne manquera pas de déclarer
cette action tant irrecevable que dépourvue de fondement.»
Cette affaire est suivie...
Service National : fausse solution militaire pour vrai
problème social
Militariser la Santé : la presse gouvernementale posait
maladroitement cette question en intentant un faux procès
au service public dans ce domaine. Par contre,
l’instauration du Service National Adapté en vertu duquel
c’est désormais à l’Armée que reviendra la charge de
former les jeunes exclus du système éducatif, sonne comme
une militarisation de la formation et de la création
d’emplois. Ce qui ne peut manquer de surprendre et de
susciter de légitimes interrogations sur les raisons de
cette trouvaille gouvernementale. Sanctionné lors des
dernières législatives, le régime reformule sa politique
de l’Emploi en inventant mille astuces pour séduire les
jeunes djiboutiens, majoritaires dans la pyramide des
âges. Ainsi, les FAD laisseront pour un temps leurs
kalachnikov que remplaceront les craies et les tableaux
noirs. L’armée sera le maître d’œuvre donc de cette
opération baptisée Système National Adapté, devant débuter
dès la nouvelle année 2004. Voyons de plus près la nature,
les tenants et les aboutissants de ce choix politique.
Tout d’abord, il convient de s’entendre
sur les définitions employées : on appelle « service
national » toute prestation rendue obligatoire pour
satisfaire un besoin exprimé par l’intérêt général d’une
Nation, ou s’appliquant indistinctement à l’une de
parties, préalablement définie comme objet d’application.
Cette partie peut être une catégorie professionnelle, ou
encore une classe d’âge : les Jeunes sans emploi. Or, de
ce point de vue, le Service National Adapté mis en place
par le gouvernement et confiant à l’Armée la formation des
Jeunes à certains emplois, ne répond nullement à cette
définition puisqu’il repose sur le volontariat : qui veut
vient ! C’est déjà bien maigre comme ambition pour le
régime et comme motivation pour les jeunes.
Au plan de la formation il y a un réel
problème tenant à l’écart existant entre l’enseignement
dispensé dans les écoles techniques et le marché du
travail.
Une inadaptation de la formation à la
demande sur ce marché qui n’arrive pas à absorber les
jeunes de plus en plus nombreux. C’est donc certainement
une des raisons expliquant l’échec de la politique
gouvernementale en matière de débouchés des formations.
Pourtant, le régime prétendait encore
récemment avoir donné la priorité à l’Éducation et à la
Santé, deux secteurs qualifiés à juste titre de base de
développement du pays. Aussi, sa toute nouvelle option
politique basée sur la formation des jeunes par les forces
armées djiboutiennes ne peut être considérée comme une
solution au problème du chômage de nos progénitures.
En effet, le service national adapté
préconise que l’armée devienne désormais éducatrice et
formatrice de nos enfants de moins de 25 ans, pour
dispenser un enseignement technique sanctionné par la
délivrance de diplômes reconnus par le Ministère de
l’Éducation Nationale. Une imagination débridée dirait-on,
digne des meilleurs spécialistes de la communication
politique et de la manipulation des esprits.
Dans cette affaire, il n’échappe à
personne que l’armée se pose comme un concurrent direct du
Ministère chargé de l’Éducation de nos enfants, lequel
semble ici avoir failli à sa mission. Cependant, il n’est
pas non plus sûr que l’armée dans sa nouvelle mission
dispose de moyens humains et matériels pour assurer des
formations de cette nature exigeant des compétences
solides, tant théoriques que pratiques, en plus des
coûteuses machines outils indispensables pour ces travaux
pratiques.
A en croire « La Nation »: « une
fois la période de formation terminée, ces jeunes seront
en mesure de réaliser des chantiers tant au profit de la
FAD que du domaine civil, et notamment la réhabilitation
des infrastructures de base, pour servir la politique de
développement du pays ».
Si notre armée pouvait remplir
pleinement cette mission, et qu’elle dispose d’un tel
potentiel technique, pourquoi n’a-t-elle pas participé et
ne participe toujours pas aux différents chantiers de
réhabilitation confiés à la générosité des génies civils
des forces françaises et américaines?
Par ailleurs, cette nouvelle initiative
gouvernementale appelle d’autres remarques, sur un plan
purement économique. Les décideurs du régime prétendaient
que les privatisations des établissements publics et les
cessions-concessions coûteuses des secteurs vitaux du pays
impulseraient l’Économie Nationale et seraient ainsi la
solution dans la lutte contre le chômage des jeunes. Le
résultat escompté tardant à arriver, voilà que le régime,
se trouvant toujours devant la même situation, oriente sa
politique économique de « plein emploi pour les jeunes
» vers leur enrôlement dans l’Armée, moyennant un salaire
mensuel par recrue de 20000 FD. Cette dotation
représenterait nous dit-on une enveloppe budgétaire de
quelques 225 millions de nos francs par an pour le
recrutement de 800 jeunes volontaires pour une durée de
deux ans.
Or, la programmation budgétisée sur une
période plus étalée d’un investissement générateur
d’emplois aurait été le mieux-disant, dans un moyen terme,
pour une relance effective et certaine de l’emploi. Et par
conséquent plus fiable que l’actuelle injection de moins
d’un demi-milliard, pour une formation/emploi précaire au
sein d’une institution armée, dont les résultats demeurent
plus qu’hypothétiques pour ce qui est d’offrir à tous ces
jeunes un emploi sûr et valorisant pour l’avenir, encore
plus quand il s’agit de garantir une quelconque
amélioration de l’Économie nationale, structurellement
fragile.
A y regarder de plus près, cette
opération ressemble fort à une autre manœuvre s’inscrivant
dans l’art bien connu du régime pour disposer des deniers
publics. Elle est tout simplement destinée à légitimer
cette nouvelle option dont l’issue s’apparente fort à
celle qu’a connue le Port avec la Cotecna ou
d’autres secteurs de l’économie avec des sociétés et
projets écran totalement fictifs.
En effet, l’augmentation inconsidérée
du Budget définitif de l’État pour l’exercice 2003 et
particulièrement pour l’Armée, institution non productive
s’il en est, avait été justifiée par l’insertion des
combattants du Frud-armé, alors que l’on sait à la fois la
situation militaire et les conditions de vie de ces
hommes. Par conséquent, confier la formation (avec tout ce
qu’elle rapporte) et éventuellement l’insertion
socioéconomique de milliers de jeunes à l’Armée, est non
seulement contre-nature, mais relève surtout d’une
dangereuse manipulation, lourde de désillusions. Car, même
si le Ministère du Travail approuve et y contribue, par le
seul fait de reconnaître les formations et les diplômes
délivrés par cette institution chargée plus précisément de
la sécurité nationale plutôt que celle de la lutte contre
le chômage chronique des jeune, ce n’est pas pour autant
que l’inadéquation entre formation et emploi aura été
résolue.
Tout en considérant que ce Ministère
est dessaisi de ses propres prérogatives, concernant le
SNA, il n’échappe pas au citoyen averti que son budget
initial de l’année 2003 a enregistré une allocation
supplémentaire de 200 millions FD, chiffre tiré du rapport
du budget définitif de l’État. Pour le citoyen ordinaire,
la mise en sommeil du Centre de Formation Professionnelle
des Adultes (CFPA), relevant pourtant de sa tutelle, est
plus que choquante d’autant plus que les quelques jeunes
qui fréquentent ce centre de formation ne bénéficient plus
des allocations financières auxquelles ils ont droit. Ce
qui peut expliquer la ruine matérielle et financière de ce
collège pour adultes que les généreux donateurs, notamment
la Coopération canadienne, ont jugé utile de déserter en
raison des multiples entraves politiques à son
fonctionnement, ainsi que quelques autres malversations
tant matérielles que financières des premiers
responsables.
Il est dit qu’actuellement, sous
l’impulsion du Ministère de la Défense nationale, une
formation de chauffeurs de poids lourds et cars aurait été
proposée par l’Armée Française qui serait confrontée au
Service des mines, sous la responsabilité du Ministère de
l’Intérieur, lequel souhaiterait gérer les fonds et les
délivrances des permis de conduire.
Le gouvernement aurait été plus
crédible s’il appliquait le programme de réinsertion des
démobilisés de l’AND, du FRUD et du FRUD-armé ; programme
pour l’application duquel il a demandé et obtenu
d’importants financements extérieurs. Tout comme il serait
plus rationnel de renforcer en moyens matériels,
financiers et humains les structures déjà existantes, qui
sont en charge de cette mission de formation, LIC et CFPA.
Si problème d’inadéquation il y a entre Formation et
Emploi, la solution doit venir d’une large concertation
multisectorielle et non d’une militarisation aussi
incomplète de l’indispensable formation de nos jeunes trop
tôt exclus du système éducatif.
Dessaisir de leurs prérogatives les
ministères concernés par la formation et la création
d’emplois nous semble être un choix politique et
budgétaire irrationnel, pour ne pas dire tout simplement
démagogique et électoraliste. Si l’intention (formation et
création d’emplois) est louable, le Service National
Adapté comme moyen de lutte contre le chômage relève
encore de l’esbroufe qui ne masque pas l’inaptitude
gouvernementale à sinon résorber, du moins réduire le taux
vertigineux du chômage.
Soudan, demain la paix ?
L’épine du Darfour...
Ces derniers mois des progrès
considérables ont été accomplis dans la marche vers une
paix définitive au Sud-Soudan. Si l’espoir de paix grandit
dans la partie méridionale du pays, il n’en est pas de
même dans l’Ouest, au Darfour, où la guérilla du Mouvement
de Libération du Soudan( MLS ) ne semble pas pressée de
tourner la page du conflit. L’intransigeance du MLS est à
l’origine de l’échec du dernier round des pourparlers
organisés à N’djamena sous l’égide de la médiation
Tchadienne.
Selon les observateurs le conflit du
Sud-Soudan vieux de plus de deux décennies serait en passe
d’être réglé par la conclusion prochaine d’un accord de
paix définitif avant la fin de cette année. Le rapide
progrès des négociations en cours entre les belligérants
aurait déjà permis de signer des accords relatifs à la fin
des hostilités, le partage des ressources pétrolières,
l’autonomie et le partage du pouvoir. Les discussions en
cours porteraient sur le statut final des trois régions du
centre, et là encore aucun blocage n’est à signaler.
Rien ne semble donc s’opposer à la
conclusion définitive de ces pourparlers commencés depuis
plusieurs mois, par la signature d’une paix globale entre
les anciens frères ennemis. Un immense espoir d’éviter la
partition de ce pays entre Nord Arabo-musulman et Sud
Chrétien et Animiste est ainsi consolidé. Pendant que les
spécialistes de cette région du Nord-est de l’Afrique
continuent à saluer l’évènement à la mesure de son
importance, l’échec des récents pourparlers entre
gouvernement et MLS à N’Djamena sur la pacification de la
région du Darfour est venu apporter un bémol à la
normalisation en cours dans le plus grand pays d’Afrique.
Le Darfour, vaste région
semi-désertique est situé à l’Ouest du Soudan. Territoire
aussi grand que la France, sa superficie dépasse les
500.000 km2 et sa population est estimée à plus de trois
millions d’âmes. Au siècle dernier, cette région a d’abord
été occupée par l’Egypte, puis colonisée par les
Britanniques. Depuis 1915, cette province fait partie
intégrante du Soudan. Conforté par les récents succès de
son ouverture politique en direction des rebelles du Sud,
le gouvernement soudanais avait également entrepris de
trouver une solution pacifique au conflit du Darfour en
tendant la main à la rébellion du MLS, mouvement
politico-militaire le plus actif sur le terrain.
Le troisième round des discussions
destiné à trouver une issue politique au conflit du
Darfour a échoué en raison de l’intransigeance des
rebelles de ce mouvement armé, selon un communiqué émanant
des autorités tchadiennes, médiatrices. Les discussions
auraient achoppé entre autres, sur le versement d’un
pourcentage des revenus tirés du pétrole, sur le contrôle
de cette contrée par les forces du MLS, pendant une
période de transition et l’autonomie de gestion pour la
région. Ces exigences ont été rejetées par la partie
gouvernementale qui les a jugées totalement inacceptables.
Les délégués gouvernementaux ont claqué
la porte en attendant que la rébellion revienne à de
meilleurs sentiments. De l’avis de plusieurs analystes, la
rébellion du MLS aurait cherché à mettre la barre très
haut, convaincue que, soucieuses de parvenir à une paix
définitive avec toutes les parties prenantes au conflit,
les autorités de Khartoum finiraient par accéder à leurs
revendications. Quoi qu’il en soit, l’annonce de l’échec
de ces négociations n’aura pas rassuré les amis du peuple
soudanais sur l’instauration rapide d’une paix globale
dans toutes les régions de ce vaste pays. Malgré cette
fausse note dans le processus de paix en cours, tout porte
à croire que la nouvelle dynamique enclenchée par le
régime soudanais finira par convaincre la rébellion du
Darfour de revenir à la table des négociations. Il est
vrai que cette guérilla active dans une des provinces les
plus désolée du pays reste heureusement circonscrite à la
région semi-désertique de l’Ouest et ne bénéficie pas d’un
soutien important dans la population soudanaise.
Le conflit du Darfour est surtout la
cause principale d’une terrible catastrophe humanitaire
dénoncée sans cesse par les Nations-Unis, et ce en raison
de l’insécurité persistante et du refus gouvernemental
d’autoriser l’acheminement des secours aux populations
civiles, premières victimes de ce déchirement fratricide.
La région du Darfour peuplée surtout par les Fours, ethnie
musulmane ne se considèrent pas tout à fait comme faisant
partie du Nord Arabo-musulman, ni de la classe Arabophone
et Islamique au pouvoir à Khartoum n’a pas de velléités
sécessionnistes. Situées à cheval entre le Tchad et le
Soudan, les populations de cette contrée ne demandent
finalement que la prise en compte de leurs particularismes
et la fin des injustes disparités régionales dont souffre
encore le plus grand pays d’Afrique.
Reste à espérer que l’épine dressée du
Darfour ne restera pas longtemps plantée dans le flanc
ouest du Soudan, au point de relativiser l’actuel
processus en cours avec le SPLA et d’entraver la marche
inexorable de ce pays vers la consolidation de la paix et
le renforcement de sa cohésion nationale. Dans les
semaines à venir, nous en saurons plus sur les réelles
motivations ou sur la stratégie politique de la rébellion
du MLS. Il est fort à parier que cette dernière ne restera
pas longtemps dans la position inconfortable qui est
désormais la sienne. Celle d’apparaître comme la dernière
empêcheuse de tourner en rond.
La nouvelle année permettra peut-être
aux rebelles et au gouvernement d’harmoniser leurs points
de vue. Nous le leur souhaitons vivement: bien
qu’apparemment lointain, le Soudan est un important voisin
culturel auquel toute une histoire nous lie.
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