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Éditorial
BONNE ANNEE 2004…
DANS L’ŒIL DU CYCLONE
Pour parler un langage informatique, il
semble que la mémoire audiovisuelle djiboutienne
fonctionne sélectivement sur le mode du formatage
récurrent : aucune rétrospective de l’année n’est proposée
à l’appréciation du citoyen-téléspectateur ; autrement que
sur le mode de l’invitation aux applaudissements
propagandistes. Nous sommes dispensés d’apprécier le
chemin parcouru, peut-être parce que c’est le plus souvent
à rebours, en tout cas pour ce qui concerne les domaines
dits sociaux. Là au moins, le recul est si patent que le
régime serait malvenu de s’auto glorifier, quand bien même
une providentielle perspicacité présidentielle aurait
pourvu en dialyse un service certainement nécessiteux.
Comme dans le secteur éducatif où, spécialement dans les
zones rurales éloignées, les parents d’élèves se plaignent
de ce que leurs enfants fassent encore école assis sur des
boîtes de Nido.
Pour notre part, en tant qu’opposition
s’estimant avoir des comptes à rendre aux citoyens, nous
pensons que, s’il fallait retenir un fait marquant de
l’année qui vient de s’écouler, ce serait à n’en pas
douter l’énorme mobilisation populaire suscitée par le
scrutin législatif du 10 janvier. N’eût été la rétention
volontaire des cartes d’électeur, le taux de participation
aurait frôlé les 90% des inscrits. Preuve donc s’il en
était besoin, que l’instauration du multipartisme
intégral, même en autorisant la création de multiples
partis présidentiels, a suscité d’énormes espoirs au sein
d’une population très majoritairement fatiguée des
incessantes magouilles tribalo-financières et ne demandant
qu’à vivre pacifiquement et assurer un héritage digne de
ce nom à ses enfants. Mais, dix-neuf ans après 1984,
le chef-d’œuvre d’Orwell, l’année qui vient de s’achever
aura démontré, de façon certes caricaturale, la grotesque
actualité de tous les Big Brother, pour lesquels le
continent africain (hormis quelques exceptions asiatiques
au rang desquelles il faut mentionner les geôliers birmans
d’Aung San Su Chi) reste malheureusement le plus important
retranchement. 2003 a donc été une année qui a débuté de
façon mouvementée et qui, sans la sagesse d’une opposition
dépossédée de sa victoire, aurait également fini de façon
mouvementée, pour peu (et ce n’est pas évident) que ce
régime d’usurpation ait pu résister aux légitimes assauts
des aspirations populaires au changement démocratique.
Mais, il est bien évident que nulle
formation politique (sauf si elle est sponsorisée par le
pouvoir en place, ce qui n’est pas rare) n’a vocation à
être perpétuellement dépossédée de sa victoire, à
uniquement servir, par sa participation à des scrutins
perdus d’avance, de caution démocratique à un régime
profondément réfractaire à toute libre expression de la
volonté populaire. Or, chacun le sait, et spécialement
parce que la Constitution de 1992 organise ainsi notre vie
politique, 2005 sera le théâtre d’un affrontement sans
merci entre les forces de régression, regroupées autour du
candidat officiel, quel qu’il soit si Allah lui prête vie,
et celles du changement, quel qu’il soit si Allah lui
prête itou vie.
De ce point de vue, l’année qui
commence demain se situe effectivement dans l’œil du
cyclone : un moment de calme entre deux séquences
historiques pour le moins troubles. Il faut donc en
profiter, pour se construire une conscience citoyenne
encore plus aiguë, déterminée et capable de condamner le
blâmable et de soutenir le juste. Dans cette construction
d’une identité nationale résolument installée dans les
droits de l’homme et le respect de son prochain, de son
voisin, inutile de compter sur les forces du formatage
cyclique et d’oubli sélectif.
Brèves nationales
Dikhil :
Libération des jeunes chômeurs
Mardi dernier, les 18 jeunes chômeurs,
libérés la veille ont à nouveau manifesté pacifiquement
devant les bureaux du district de Dikhil, exigeant la
libération de leurs 7 camarades incarcérés à Gabode.
Quarante-huit heures après cette manifestation de
solidarité qui a été suivie avec sympathie par la
population dikhiloise, les autorités ont relâché ces
jeunes injustement écroués à Gabode. Espérons qu’avec
cette détente, les jeunes chômeurs seront embauchés comme
ils le souhaitaient, au chantier de la réhabilitation de
la route Dikhil-Wéa. Il est tout simplement inimaginable
que le régime laisse impunis les propos d’un galonné
prétentieux justifiant une répartition tribale du droit au
travail en fonction de zones géographiques.
Tourisme :
Le Goda s’auto-développe
En l’absence de toute politique
volontariste de la part du gouvernement visant à
développer le tourisme et l’artisanat, dans cette région
qui ne manque pas d’atouts, les habitants du Goda ont
depuis longtemps retroussé les manches pour valoriser leur
région délaissée par les dirigeants, dont c’est pourtant
la mission, mais trop occupés à dîner en dormant. Passons
! L‘Ard tient à féliciter toutes les initiatives privées
qui, à travers toutes les associations et ONG, ou tout
simplement sur de petits prêts, ont impulsé le travail de
fourmi en cours.
Résultat ? A l’occasion des fêtes de
fin d’année (Noël et Nouvel An), ce sont des colonnes de
véhicules 4x4 qui ont emprunté les pistes du Goda, pour
séjourner dans les nombreux sites touristiques ayant
essaimé dans la région. Aucune publicité n’étant faite
dans la presse par l’officie chargé de ce développement,
c’est le bouche à oreille dans la communauté expatriée qui
fait office de publicité. L’attrait certain du paysage
montagneux, la légendaire hospitalité des habitants, le
charme des daboïtas, tout concourt, l’espace de quelques
jours, à faire oublier aux touristes la criante absence de
politique publique dans ce domaine. Les touristes
commencent même à rêver, si quelques travaux étaient
effectués pour rendre les pistes plus praticables et les
sites plus rapides d’accès, c’est chaque week-end qu’ils
se rendraient volontiers bivouaquer au Day, à Bankoualé,
Dittillou ou ailleurs, qui gardent charme et attrait en
toute saison. Quant au district d’Obock, nul doute qu’il
aurait, lui aussi, tiré son épingle du jeu dans cette
saison touristique, si la mauvaise gouvernance et les
calculs électoraux ne lui imposaient un féroce enclavement
asphyxiant toute initiative de développement.
Nous encourageons tous nos partenaires
économiques à s’intéresser, en les finançant, à ces
activités sources d’emplois.
Obock :
La dernière première pierre ?
Hasard du calendrier ou panique
officielle ? Pendant que la direction de l’ARD procédait à
l’inauguration d’une nouvelle section de notre parti à
Tadjourah, une délégation du RPP organisait une cérémonie
de pose d’une première pierre… du futur siège de ce parti
à Obock. Décidément, Obock est devenue la ville des
premières pierres et la pierre d’achoppement du
développement durable version RPP. Malgré les moyens
techniques et financiers déployés pour cette visite
d’esbroufe, le passage des envoyés gouvernementaux est
pratiquement passé inaperçu. Aux dires de certains, ce
déplacement ne faisait pas l’unanimité au sein même des
barons de ce régime en plein désarroi. Le malaise actuel
au sein de cette formation sclérosée explique peut-être
que d’autres aient préféré respirer l’air marin d’Obock.
Tadjourah :
L’ARD se multiplie
A l’invitation du dynamique comité des
femmes de Tadjourah, et des militants du quartier de
Marsaki, une délégation de notre parti, conduite par le
Président par intérim, M. Ahmed Youssouf, a effectué une
visite de travail dans la Ville-Blanche le week-end
dernier. Arrivée sur place jeudi vers midi, la délégation
a été conviée à un sympathique déjeûner chez la grande
militante Fato Omar. Dans l’après-midi, la direction de l’ARD
a eu une importante séance de travail avec le comité des
sages et des jeunes de la ville. Dans la soirée, une
réunion s’est tenue avec le comité des femmes à l’annexe
centrale du parti, non sans attirer une curiosité
démesurée de certains pontes du RPP, certainement
impressionnés par l’affluence féminine.
Le lendemain vendredi, les dirigeants
de l’ARD ont été chaleureusement accueillis par les
militantes et militants de Marsaki. Dans ce quartier situé
au nord de la ville, la direction de l’ARD devait procéder
à l’inauguration d’une nouvelle section du parti,
conformément aux souhaits maintes fois exprimés par les
habitants particulièrement engagés à nos côtés. Après le
siège central de la place de l’Indépendance et la section
du bord de mer, l’installation d’une troisième section
dans la Ville-Blanche démontre la vitalité de notre parti
et son audience réelle dans cette ville de Tadjourah
,solidement ancrée dans l’opposition.
Fatiguée de l’esbroufe officielle et
des fraudes, la population de Tadjourah continue de
brandir fièrement l’épi de dourah, symbole de notre parti.
Au cours de ses multiples rencontres avec les militants de
cette ville, la direction de l’ARD a tenu un langage de
vérité : son message d’espoir et de lutte a été
parfaitement compris. Après Tadjourah, la direction de l’ARD
compte prochainement effectuer une visite similaire dans
la ville enclavée d’Obock.
Gestion urbaine :
Les hommes réfléchissent, les animaux
méditent
Le journal gouvernemental « La Nation »
ne manque pas d’humour, dans son édition de lundi dernier
en page 10, une brève solennelle relate les cogitations du
comité technique chargé de la gestion urbaine. On y
apprend ainsi qu’ « au cours de cette réunion, les
membres du comité technique de coordination, structure
chargée de réfléchir sur les problématiques liées à la
gestion urbaine de la ville, ont examiné les voies et
moyens d’améliorer les conditions d’hygiène et de
salubrité de la capitale. » Fort bien ! et nous les y
encourageons. Mais, pour l’heure, force est de constater
que ces réunions de grands penseurs n’ont toujours pas mis
fin à l’errance des animaux en ville. A ce sujet, nous
saluons la pertinence et la sagacité de la photo publiée
sur la même page de « La Nation » et montrant des chèvres
méditant tranquillement sur la chaussée publique. Entre
les discours et la réalité…
L’asphyxie économique de Tadjourah
Tandis que le régime multiplie les opérations de
charme, au masculin comme au féminin, en direction de la
Ville-Blanche, la situation économique du district de
Tadjourah ne cesse de se détériorer. Réduction constante
des postes budgétaires, abandon des infrastructures
publiques, aucune aide à l’investissement privé, opacité
de la gestion du Conseil régional qui ne rend aucun compte
à ceux qu’il est pourtant censé administrer, entraves au
commerce transfrontalier : c’est une véritable asphyxie
qui ne dit pas son nom. A qui profite le crime ?
Tadjourah, Capitale régionale du Nord
de notre pays et son arrière-pays souffrent de la
pauvreté, du délabrement et d’un chômage endémique
frappant lourdement sa jeunesse. Cette situation contraste
fortement avec son passé glorieux de port commercial pour
le Choa et l’Abyssinie en général. Cette ville qui a
émerveillé tant d’aventuriers et suscité tant de
convoitises des puissances en lutte pour le contrôle de
cet axe maritime. Nombre d’étrangers de passage ont écrit
sur cette ville, jouissant d’indéniables capacités
commerciales qu’elle a su faire fructifier par ses
relations avec les voisins proches ou lointains, allant de
l’Égypte à l’Inde en passant par le Golfe d’Aden.
Après les années coloniales
improductives, le régime issu de l’Indépendance a gâché,
par son centralisme étouffant, les possibilités de
développement de cette région.
Le Budget du district de Tadjourah, à
en croire les comptes définitifs du budget de l’État pour
l’exercice 2001, s’élève à 41,2 millions de nos francs. Il
est, rappelons-le, en constante diminution depuis une
décennie. Les dépenses admises du Budget de l’exercice
s’élèvent quant à elles à 30,4 millions FD. C’est donc
environ 0,1% du Budget de l’État qui est consacré en 2001
au développement de cette région. Même en ajoutant la
dotation du Conseil régional (50 millions FD pour chaque
district), la part du Budget de l’État consacrée à ce
district reste invariable et insignifiante. Le montant
global des enveloppes consacrées aux quatre districts
s’élève à 1% du Budget national. Dans ces conditions, il
serait plus juste de parler de Budget de Djibouti (la
Capitale) plutôt que de Budget National. D’où la
pertinence de notre insistante revendication pour une
véritable décentralisation. Affecter 99% du Budget de l’Etat
au plus petit district en superficie, au prétexte qu’il
abrite la Capitale et qu’il est le plus peuplé en dit long
sur les priorités et les choix budgétaires de nos
décideurs politiques.
Si la guerre civile a affecté la vie de
cette région, il n’en demeure pas moins que le régime
actuel n’a absolument pas cherché à en guérir les maux, à
tous les sens du terme. En effet, aucune politique
sérieuse et sincère pour la réhabilitation des zones
affectées par le conflit et, d’une manière générale, le
développement des régions n’a vu encore le jour. La
population de Tadjourah comme celles des autres régions
est toujours contrainte à l’exode économique vers la
Capitale. Il n’y a pas très longtemps la ville de
Tadjourah comptait environ 300 salariés de
l’administration publique. Actuellement, il en reste moins
de 50. En octobre 2000, lors de son déplacement
spectaculaire pour l’inauguration du « nouveau » port, le
Président de la République avait promis à ce district des
retombées économiques rapides de «cette oeuvre». Il
s’avère aujourd’hui, trois ans plus tard, qu’aucune
création d’emploi n’a été recensée, l’espace bitumé
réservé au stockage temporaire des marchandises demeure
tristement vide, et sert de parking.
Le constat est amer. Le dragage qui
devait permettre aux boutres d’accoster plus facilement et
de bénéficier d’une eau profonde n’a pas été entièrement
réalisé. L’augmentation du flux maritimes, pour raisons
touristiques ou autres relève du bluff total : même la
plage du «Sable Blanc est nettement plus fréquentée que le
port de Tadjourah ! Par conséquent, cet investissement
financé sur les fonds du Port Autonome International de
Djibouti (avant concession à Dubaï) reste improductif,
faute d’une réelle volonté politique capable de prendre en
compte tous les paramètres d’un développement durable. Il
se murmure dans les milieux proches du régime que ce port
aurait plutôt été rénové pour des raisons uniquement
sécuritaires, au bénéfice de l’armée et de la police. On
ne sait jamais...
Pour sa part, l’usine des eaux de
Tadjourah, qui employait quelques dizaines de salariés et
qui a été saccagée durant la guerre civile par les troupes
gouvernementales, elle aurait récemment fait l’objet d’une
cession sans appel d’offres, pour un « franc symbolique »
à des amis politiques du pouvoir. Sa destinée reste
méconnue de la population. Depuis la fermeture de la route
reliant Tadjourah et Bouya, le secteur du transport
transfrontalier a été frappé de plein fouet, jetant dans
le chômage technique nombre de professionnels. Chacun le
sait, le journal gouvernemental « La Nation » s’en fait
souvent l’écho, les pistes de l’Intérieur ne sont plus
entretenues que par... les forces françaises.
Ainsi, aucune amélioration dans la vie
quotidienne de cette population très affectée n’est
visible. Fatigués du mensonge électoraliste, les habitants
de cette ville plusieurs fois centenaire, jadis carrefour
commercial et débouché économiques d’une partie de la sous
région, n’attendent rien de ce régime qui préfère
distribuer du khat plutôt que de donner travail, soins ou
Éducation. Lors de notre déplacement la semaine dernière,
les Sages de Tadjourah nous l’ont répété :. « rien
n’est fait et rien ne se fera sous ce régime prédateur et
insatiable». CQFD.
Réalité dénonce, le régime renonce
Il y a un peu moins d’un an, le régime a
dépêché un émissaire prendre contact avec l’équipe de
rédaction de Réalité. Marché proposé : le journal
de l’ARD évoque les bonnes réalisations du régime qui
procèdera alors à la restitution du salaire confisqué des
dirigeants du FRUD-armé. Inutile de préciser que ce
chantage à l’argent n’a pas fonctionné. Et encore : si les
médias publics, respectueux du pluralisme des opinions
caractérisant toute véritable démocratie, accordait la
place qui lui revient au point de vue opposant, la presse
d’opposition aurait été bien obligée, ne serait-ce que par
respect, de nuancer ses propos. Donc, depuis son
lancement, par son sérieux et son indépendance d’esprit,
notre hebdomadaire croit avoir véritablement contribué à
faire bouger les choses. La liste non exhaustive des
résolutions positives à son actif est là pour témoigner de
son efficacité. Malheureusement, les dérives dénoncées
n’ont pas toujours été circonscrites, car elles se sont
heurtées à la force d’inertie négative de ce régime
irresponsable.
Dan un de ses premiers numéros,
Réalité s’était inquiétée des conditions douteuses de
fonctionnement d’une clinique médicale officiant dans la
Capitale, pompeusement baptisée «clinique égyptienne »
alors que chacun sait que les véritables spécialistes
égyptiens sont mondialement reconnus pour leur compétence.
L’Ambassade égyptienne s’étant saisi de l’affaire, il est
apparu qu’une praticienne était recherchée dans son pays
pour certaines indélicatesses.
Suite à cette publication et surtout à
cette suite donnée par les officiels égyptiens, une partie
du personnel officiant dans cette clinique a été
contrainte de rentrer en Égypte. De son côté, le ministre
djiboutien de la Santé, obligé de plonger dans une affaire
à laquelle, pour de sombres raisons, son illustre
prédécesseur avait accordé d’incompréhensibles facilités,
a été amené à se rendre à l’évidence et à fermer
définitivement cette clinique. My doctor is rich : ce
n’est malheureusement pas le cas pour Djibouti.
Après cette victoire, dont nous n’avons
jamais fait état, puisque le ministère djiboutien de la
Santé a également veillé, dans la mesure de ses maigres
moyens institutionnels, à la sauvegarde de la Santé
publique, Réalité a réussi à bousculer quelques
idées reçues en arrachant à la mauvaise gouvernance
institutionnalisée certains droits injustement refusés aux
administrés abandonnés. Ainsi, dans son numéro 42, notre
journal s’était élevé contre la soif imposée aux habitants
du petit village de Moulhoulé, dans l’extrême Nord du
district d’Obock, population punie pour avoir massivement
voté UAD lors des dernières législatives de janvier 2003.
A la suite de notre dénonciation, les habitants de
Moulhoulé ont tout simplement été restaurés dans leurs
droits légitime : désormais, une citerne de l’Armée
Nationale leur distribue généreusement et quotidiennement
l’eau douce collectée par un camion-citerne. Comme quoi,
notre Armée nationale ne demande qu’à justifier son
existence en servant ses concitoyens.
Quant à la pêcherie d’Obock, privée
d’électricité en raison de la rupture d’un petit câble
électrique, elle a renoué avec la lumière grâce aux
dénonciations hebdomadaires de cette coupable négligence
par Réalité, le journal qui, décidément, défend les
oubliés de ce système anti-développement durable.
Concernant l’électrification du village
de Randa, il serait malhonnête de ne pas reconnaître
l’influence déterminante de notre journal quant à sa
revivification à travers l’inauguration de sa centrale
électrique par le Chef de l’État en personne. Au lendemain
de cette électrification en grandes pompes, nous n’avions
pas cessé de critiquer la paralysie gouvernementale pour
cause de pénurie en carburant, du fonctionnement de ce
groupe électrogène. Après nos multiples protestations,
Randa a quand même réussi à bénéficier de quelques heures
quotidiennes d’électricité, entre dix-huit heures et
vingt-trois heures.
Les malheureux coolies d’Obock,
embauchés début 2002 pour raison électoraliste, nous
sauront quant à eux gré d’avoir contribué à arracher leurs
salaires, eux qui en étaient privés depuis plus de neuf
mois sans aucune justification. La seule question qui se
pose alors, c’est de savoir pourquoi ces pauvres smicards
n’avaient pas été payés depuis longtemps. Seule la volonté
de nuire et d’humilier son prochain peut expliquer une
telle méchanceté.
Comment ne pas faire un parallèle entre
les attentions électoralistes du régime en faveur de
Yoboki et nos multiples appels à la réhabilitation de
cette localité oubliée depuis 1992 ? Le Chef de l’État en
personne s’est rendu sur place pour y inaugurer un petit
groupe électrogène, lançant en principe l’électrification
de ce village maintenu dans l’obscurité depuis dix ans. Au
chapitre du développement du Sud-Ouest, rappelons que le
régime, après avoir inauguré en grande pompe la route
Dikhil-Galafi, censée favoriser le commerce
transfrontalier, avait interdit pendant plusieurs semaines
l’entrée des commerçants éthiopiens coutumiers de cette
voie.
Conséquence : des dizaines de
transporteurs djiboutiens vivant de ce trafic étaient
contraints au chômage technique. Réalité ayant
vigoureusement dénoncé ce blocus préjudiciable aux
intérêts des commerçants nationaux, les autorités ont bien
été obligées de laisser entrer sur notre territoire des
importateurs éthiopiens faisant travailler des dizaines de
familles djiboutiennes.
Sans oublier les destinataires
nécessiteux de la ville d’Ali-Sabieh, auxquels la
distribution des dattes était refusée durant le mois béni
du Ramadan, et qui ont été généreusement servis après la
fête de l’Aïd-El-Fitr, juste parce que Réalité a
révélé cette irresponsable rétention de denrées
alimentaires opérées par les autorités administratives de
ce district.
Last but not least, mentionnons le
scandale du trafic de jeunes filles clandestines
pensionnaires du camp de réfugiés d’Awr-Awsa et qui
étaient pratiquement vendues par les responsables de ce
camp aux légionnaires. Réalité est certainement à
l’origine de la punition administrative infligée à
certains responsables, civils et policiers, de ce camp.
Telles sont quelques-unes de nos
modestes contributions à la lutte contre la mauvaise
gouvernance. Nous aurions également pu citer la récente
acquisition de camions-bennes pour améliorer l’intolérable
insalubrité dont souffrait notre Capitale. Bravo et
continuez sur cette lancée en offrant une Voirie digne de
ce nom, comme il en existait il y a trente ans, bien avant
la prédation.
Notre journal continuera, contre vents
et marées, à défendre toutes les victimes de l’injustice
inhérente à la mauvaise gouvernance de ce régime. C’est sa
mission et il en va de sa crédibilité nationale.
Réalité restera pour les Djiboutiens le pourfendeur
des multiples abus de ce régime irresponsable.
NÉCROLOGIE
NOUS AVONS APPRIS AVEC TRISTESSE LE
DECES DE MADAME FATOUMA DABALE MOHAMED, SURVENU VENDREDI
26 DECEMBRE 2003 A DJIBOUTI-VILLE.
LA DEFUNTE, NEE EN 1935 A BOLLI DANS LE
DISTRICT DE TADJOURAH, ETAIT LA MERE DE NOTRE COMPAGNON
MOHAMED GARAD HOUMED, SECRETAIRE GENERAL DE NOTRE
FEDERATION D’ARHIBA-MAKKA-AL-MOUKARAMA.
L’ARD ET LA REDACTION DE REALITE
PRESENTENT LEURS SINCERES CONDOLEANCES A LA FAMILLE DE
FATOUMA DABALE MOHAMED.
QU’ALLAH L’ACCUEILLE EN SON PARADIS
ÉTERNEL. AMIN.
INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN
La
LDDH à Ouagadougou
Alors que le comité officiel chargé des Droits de
l’Homme prétendait qu’il n’existe aucune organisation de
défense des droits de l’Homme à Djibouti, la Ligue
Djiboutienne des Droits Humains a participé aux travaux du
Troisième Congrès de l’Union Interafricaine des Droits de
l’Homme. A ce titre, c’est à M. Noël Abdi Jean-Paul qu’est
revenu l’honneur de représenter notre pays à cette réunion
qui s’est tenue les 17 et 18 décembre 2003 à Ouagadougou.
Voici ses propositions de recommandations pour que la
prochaine consultation électorale soit un peu plus
transparente que les précédentes.

Proposition de Recommandation en faveur
de la Transparence
lors de la prochaine élection
présidentielle en République de Djibouti.
A L’ATTENTION DES MEMBRES DU 1II ème
CONGRES DE L’UIDH
présentée par: M. NOEL ABDI Jean-Paul de
la Ligue Djiboutienne des Droits Humains
Rappelant que la République de Djibouti
avait par nature la vocation l’être le havre de Paix dans
notre sous Région, même s’il n’avait pas réussi à gérer la
Paix civile à l’intérieur, en particulier dans les
districts d’Obock, de Tadjourah et de Dikhil.
Rappelant que le conflit armé entre les
Forces armées du gouvernement et les celles du Frud-Armé a
éclaté en 1991 pour prendre fin (après plusieurs Appels de
la LDDH en faveur de la Paix et pour l’ouverture des
négociations), avec le premier Accord de Paris du 7
février 2000 entre les deux Parties ; Accord de Paix
signé, enfin, le 12 mai 2001, après plus d’une année d’une
négociation à huis clos. Négociations probablement rendues
difficiles par un régime en position de force sur son
propre terrain.
Consciente que la dernière élection
présidentielle a largement contribué à la Paix avec la
candidature unique des Partis Politiques de l’Opposition
unie soutenue par le Frud-Armé. Malheureusement, cette
élection présidentielle du 8 avril 1999 a été une totale
mascarade, ou plus exactement un véritable Coup d’État
électoral : devant chaque Bureau de Vote, des hommes armés
de la Gendarmerie Nationale et de la Force Nationale de
Police veillaient. Même des morts ont voté.
Consciente que les élections
législatives de janvier 2003 ont constitué des mascarades
pires que celles de 1992 à 1999 dans les zones de guerre :
après les élections législatives de janvier dernier la
LDDH, par Note d’Information, avait souligné le Coup
d’État électoral dans la Région de Tadjourah en
particulier.
La Ligue Djiboutienne des Droits
Humains est très inquiète pour la transparence et le bon
déroulement des prochaines élections présidentielles
d’avril 2005 et lance un Appel pressant aux membres du
Congrès de l’Union Interafricaine qui se déroule à
OUGADOUGOU (BURKINA FASO), pour que, dès à présent, toutes
les Instances Internationales et Régionales, tous les pays
amis prennent leurs dispositions afin que les Observateurs
Internationaux ne jouent plus le même rôle que le Conseil
Constitutionnel de la République, dont malheureusement les
augustes membres courbent souvent l’échine avant même de
se prononcer de la manière la plus solennelle et la plus
sincère, comme tous les véritables juges tenus par « en
mon âme et conscience ».
La Ligue Djiboutienne des Droits
Humains demande à ses frères de l’UIDH d’œuvrer par tous
les moyens, pour que toutes les prochaines consultations
électorales soient organisées à partir de la vérification
et de la révision des listes électorales (au moins 10 mois
avant la date du scrutin prévu entre mars et mai 2005),
bien avant que le propagande officielle, insupportable et
permanente n’ait produit ses effets négatifs, comme elle
le tente actuellement.
Car, l’actuelle campagne quotidienne
est financée avec les derniers publics, avec les biens des
institutions étatiques confisquées par le Chef du
Gouvernement, Premier Magistrat, Chef des Armées, Chef de
la Mouvance Présidentielle autour de sa personne, futur
candidat à l’élection de 2005.
Le Président de la LDDH
Noel Abdi Jean-Paul
COMMENTAIRES
Nous serions certainement les derniers à sous-estimer
la nécessité d’une refonte globale des listes électorales,
d’un contrôle plus neutre du déroulement des scrutins et
d’une mise en hibernation d’un Conseil Constitutionnel
aussi peu respectueux de la légalité. Merci pour votre
contribution à une pacification des moeurs politiques
locales : nous aurons l’occasion de revenir très
prochainement sur ce sujet à l’occasion du premier
anniversaire du hold-up électoral du10 janvier. La
Rédaction.
Courrier des lecteurs Bonnes fêtes et ne vous plaignez pas !
En cette veille de la nouvelle année, permettez-moi tout
d’abord de vous féliciter pour l’excellence du travail accompli au cours de
l’année qui s’achève. En effet, ce n’est certainement pas facile tous les jours
d’animer une presse d’opposition, vous comme votre confrère « Le Renouveau
Djiboutien » pour contrer la propagande officielle quotidiennement déversée par
un régime disposant d’aussi énormes moyens. Mais ce n’est pas spécialement pour
vous présenter ces vœux que je prends aujourd’hui la plume : en fait, c’est au
sujet de l’article publié la semaine dernière et intitulé « Une journée
ordinaire d’un opposant » que j’aimerais vous soumettre quelques modestes
remarques, réflexions et suggestions personnelles.
Dans le chapeau introductif de cet article relatant les
déboires d’un de vos amis politiques avec les forces répressives du régime de
1994 à aujourd’hui, vous avez crû utile de dresser une liste (qui ne me semble
pas exhaustive, loin de là) de dirigeants de l’opposition victimes de quelques
« vacheries » financières du régime. Moussa Ahmed et le chèque sans provision
de l’Assemblée Nationale, Ahmed Dini auquel une décennie de pension de retraite
est refusée, les cadres du FRUD-armé dont le salaire est suspendu par la
Présidence (précision qui me semble inutile car, sans l’aval de la Présidence,
qui est capable de décider tout seul au gouvernement ou dans la haute
administration publique ?), etc. etc. La liste aurait pu être plus longue,
chacun connaissant dans son entourage une victime de ce genre d’abus de pouvoir
pour raison politique, ou plutôt partisane, car je ne peux pas vous indiquer
quelle ligne politique vraiment digne de ce nom le régime prétend protéger par
de telles exactions.
En rappelant comme vous le faites le courage des opposants
face à ces menaces, provocations et actes de terrorisme, je crois que vous
rendez la méchanceté du RPP encore plus invincible. Et c’est justement cela que
cherche le régime : terroriser le petit Peuple en faisant de vous les exemples
de son arbitraire tout-puissant. En voyant avec quelles facilité et impunité la
Présidence ou une de ses courroies de transmission viole les règles de droit
les plus élémentaires et vous prive de vos sources de revenu, aussi modestes
soient-elles, le citoyen ordinaire ne peut que craindre encore plus un tel
pouvoir totalitaire.
Or, c’est justement ce qui est recherché car nul ne croit
que nos finances djiboutiennes soient si misérables qu’elles ne peuvent
supporter les dépenses relevant de vos justes droits, qui à l’indemnisation,
qui à la retraite ou encore qui au salaire. Si vous, opposants inflexibles et
démocrates convaincus, vous êtes les victimes financières de ce régime, c’est
parce que l’exemple des abus dont vous êtes victimes doit servir à terroriser
nous autres citoyens ordinaires. En parlant des injustices qui vous sont
faites, vous offrez une publicité inutile à des dirigeants RPP pour lesquels il
est normal de faire peur à des citoyens auxquels le droit de librement choisir
leurs représentants est déjà refusé. Permettez-moi de vous rappeler toute la
campagne de haine venant de la prétendue « majorité présidentielle» dont
M. Dini fut victime lors des dernières législatives. C’était, aux yeux des
spécialistes de la police politique, pour montrer au Peuple que le régime avait
le droit et le pouvoir de salir même un Père de l’Indépendance.
M. Dini a eu parfaitement raison de ne pas y répondre, sinon
que serait le débat devenu si l’UAD pointait du doigt certains aspects peu
glorieux du chef de cette prétendue « majorité présidentielle » lors du
conflit armé ? En clair, ce n’est pas parce que vous aurez dénoncé les
injustices dont vous êtes victimes que le régime y renoncera et cessera ses
abus en rendant à qui son indemnité d’ancien parlementaire, à qui sa pension de
retraire décennal, ou encore à qui son salaire confisqué depuis deux ans. A mon
humble avis, et je conclurai là, n’offrez pas une tribune inutile au terrorisme
gouvernemental dont vous êtes victimes : supportez stoïquement ces bassesses
dont seul est capable quelqu’un qui ne se respecte pas lui-même ! Et quelqu’un
qui ne se respecte pas lui-même est insensible aux dénonciations de ses
bassesses : tout ce qu’il veut, c’est que l’on ait peur de lui, pas qu’on le
respecte. Nous souffrons déjà assez comme ça, alors s’il vous plait, n’en
rajoutez pas dans l’impunité du régime. Luttez comme vous le faites, dénoncez
uniquement les injustices dont vos concitoyens sont victimes, aux quatre coins
du pays.
Quant à vous ne vous plaignez pas, vous êtes au-dessus de
cela. Même si, pour revenir à l’article qui a suscité cette modeste
contribution, il est parfaitement normal de soutenir un opposant aussi
déterminé que M. Mahdi Ibrahim : halte aux mercenaires !
EMH, vous comprendrez
COMMENTAIRES
Message reçu 5 sur 5, Al Hamdou Lillah,
quoique vous admettrez aisément que notre objectif n’a
jamais été de nous plaindre, en espérant naïvement que le
régime accepte enfin de reconnaître nos droits : nous ne
l’avons jamais crû responsable au point de spontanément
remédier à ses erreurs. C’est pour cela que nous n’avons
jamais espéré une quelconque amélioration de sa part en
notre faveur. Par contre, si nous insistons sur ses
multiples violations de l’Accord de Paix du 12 mai 2001,
c’est uniquement pour que les multiples organisations
internationales qui s’en sont portées garantes à cette
époque (Nations Unies, Communauté Européenne Union
Africaine) voient l’étendue de sa violation
gouvernementale : l’Accord est bafoué jusqu’à la bassesse.
Quand manque le sens de l’État...
Si
Lansana m’était conté L’Afrique, ses fausses
démocraties et ses vraies dictateurs
En Guinée, l’élection présidentielle du
21 décembre 2003, largement boycottée par l’opposition
démocratique, n’a convaincu aucun observateur. Seul
candidat face au Président sortant Lansana Conté au
pouvoir depuis 1984, Mamadou Bhoye Barry, unique député
d’une formation alliée du parti présidentiel, y a
participé juste pour la forme. Malgré une faible
participation des électeurs, le scrutin aurait été
remporté par un Chef d’État malade, avec un score
parfaitement fantaisiste de 95% des suffrages exprimés.
Mourir au pouvoir : tel semble être le choix insensé du
successeur de feu Sekou Touré, lui-même emporté par la
maladie après 26 années de pouvoir dictatorial et
tribalo-sanguinaire.
Lansana Conté, obscur militaire sans
aucun charisme ni dessein national, accède au pouvoir à la
faveur d’un coup d’Etat en avril 1984, suite à la mort de
Sékou Touré, le héros du Non à De Gaulle et premier
Président de la Guinée indépendante, foudroyé par la
maladie. Prétextant de mettre fin aux luttes intestines de
succession, un groupe d’officiers s’empare du pouvoir et
confie les destinées du pays à Lansana Conté qui proclame
aussitôt la Deuxième République. Le nouveau Président de
la République et président du Conseil Militaire de
Redressement National (CMRN) rétablit les libertés
individuelles et les règles démocratiques. Par contre, il
engage le pays dans un régime de mauvaise gouvernance à
outrance, qui vaut aujourd’hui à la Guinée d’être un des
pays les plus misérables du continent africain, alors que
la prospérité n’était pas hors de sa portée.
Pourtant, la Guinée, première colonie
française à proclamer son indépendance dès 1958, ne manque
pas de potentialités. Le pays dispose en effet de
richesses minières, forestières et agricoles
considérables. Après les années sombres du régime
paranoïaque de Sékou Touré et l’omnipotence du Parti-Etat
qu’il avait institué (le Parti Démocratique de Guinée) le
règne chaotique de Lansana Conté n’a pas apporté aux
Guinéens le développement et la démocratie tant attendus.
Pire, le système régionaliste et sectaire instauré s’est
révélé être un régime autoritaire déguisé, en apparence
paisiblement démocratique, mais dangereusement rétrograde.
La population guinéenne souffre gravement des maux
classiques de la mauvaise gouvernance, que les Djiboutiens
connaissent malheureusement bien pour les vivre
quotidiennement depuis 1999 : retards de salaire, services
publics défaillants, administration passablement
corrompue, népotisme institutionnalisé et régression
sociale.
Durant cette dernière présidentielle
contestée, le candidat Lansana Conté tellement handicapé
n’a tenu qu’un seul meeting et a même été obligé de «
voter » à l’intérieur de sa voiture, parce qu’incapable de
se déplacer normalement. Il est cependant parvenu à
neutraliser toute opposition crédible (dont un ancien
journaliste croyant que la presse ouvrait toutes les
portes) en réussissant à rempiler sans difficulté pour un
nouveau mandat de sept ans, bien qu’étant pratiquement
dans l’incapacité de réellement exercer le pouvoir.
Faisant fi des conseils de ses pairs africains lui ayant
déconseillé de se représenter, Lansana Conté a obstinément
choisi de renouveler son mandat, malgré la désapprobation
générale suscitée par sa candidature anormale et
irresponsable.
Le scrutin a été boycotté, comme il
fallait s’y attendre de la part d’une opposition
responsable, par toutes les forces démocratiques réunies
au sein du Front Républicain pour l’Alternance
Démocratique (FRAD). Le Chef de l’Etat sortant s’est
engagé à briguer un nouveau mandat de sept ans, conforté
en cela il est vrai par l’amateurisme du faire-valoir
démocratique Mamadou Bhoye Barry, unique candidat à avoir
accepté de jouer le jeu non-démocratique en se présentant
à une élection organisée juste pour la forme. Le verdict
ne s’est pas fait attendre : à l’issue du scrutin, le Chef
de l’État sortant a été déclaré vainqueur avec 95% des
suffrages exprimés, alors que son challenger n’en
récoltait que 4%. Ainsi a pris fin une élection honteuse
mettant aux prises un président malade et impotent et un
opposant totalement inconnu et de surcroît naïf.
Pour sa part, l’Union Européenne a
estimé utile de justifier son refus d’envoyer des
observateurs lors de ce scrutin guinéen. Il s’agissait
pour elle, le plus sérieusement du monde, de s’élever
contre le monopole que le parti au pouvoir exerce sur les
médias publics de Conakry. On conviendra avec nous que, de
ce point de vue, notre RTD n’a absolument rien à envier
aux autres Pravda. Alors, pourquoi ne pas dénoncer ici ce
dont l’on s’offusque ailleurs? La seule différence,
peut-être, c’est que la situation géostratégique de
Djibouti mérite bien quelques accommodements avec la bonne
morale et quelque mansuétude devant d’incontestables
violations des droits les plus élémentaires. Surtout avec
tous ces terroristes que l’on dit écumer la région.
Sans verser dans l’afro-pessimisme
ambiant, nous ne pouvons que regretter de voir différée
l’alternance démocratique tant espérée par la majorité des
Guinéens et ce à cause de l’inconscience de Lansana Conté
et de sa soif morbide de pouvoir. Pour le plus grand
malheur des peuples africains, il est triste de constater
que notre continent abrite encore en son sein des
candidats presque non déclarés à la présidence à vie,
comptant pour leur réélection, au péril de leur santé
défaillante, sur les fraudes électorales et la complicité
des Conseils Constitutionnels. Cette situation de mépris
pour les réelles aspirations populaires explique en partie
la dramatique stagnation de certaines nations africaines.
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