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Éditorial
UN NOUVEL AN PRÉSIDENTIEL ENTRE VŒUX ET
FEUX
Le Nouvel An inspirerait-il certains
dirigeants plus que l’Aïd-el-Fitr ? La question semble se
poser, en tout cas à notre modeste niveau car, autant
l’allocution présidentielle de l’Aïd-el-Fitr nous avait
semblé politiquement insignifiante (même si l’on admettra
que cette insignifiance relève parfois de la tactique
politicienne), autant les perspectives dessinées par ses
vœux pour l’année 2004 frappent par leur nouveauté
révolutionnaire. Le mot n’est pas trop fort, tant le Chef
de l’Etat a tenu à cette occasion des propos qu’aucun
opposant ou démocrate ne peut sous-estimer. N’étant pas
dans notre habitude d’enfoncer des portes ouvertes, nous
ne rectifierons pas ici le tableau imaginaire qu’il a trop
facilement dressé d’une situation économique dont chacun
de nos concitoyens ressent personnellement la dégradation
constante, causée par la mauvaise gouvernance et le
gaspillage des deniers publics. Toutes détériorations dont
il est le principal responsable, tout comme il s’approprie
l’exclusivité de toute supputation d’amélioration. Surtout
lorsqu’il jure être de son devoir de ne pas « passer
sous silence le souci de transparence qui doit être notre
principe directeur dans la gestion des affaires publiques
» : le prenant au mot, il nous semblerait légitime
d’exiger un début d’application concrète de ce principe.
A ce titre, ses concitoyens seraient ravis que soient
rendus publics les comptes du Port de Djibouti : il est
pour le moins étrange qu’une incompréhensible opacité
entoure un outil aussi important du développement
national. De même qu’ils seraient ravis que soient mis à
leur disposition les fameux rapports de la Chambre de
Compte et de Discipline Budgétaire.
Tout cela, c’est du vent, mais il reste
ce qui nous semble essentiel : le Chef de l’Etat s’est
explicitement engagé à initier les réformes, puisqu’il
parle d’ « innovations en termes de rééquilibrage des
pouvoirs, de rationalisation institutionnelle, de garantie
des libertés, de vivification de notre patrimoine
culturel, et la concrétisation du processus de
décentralisation ». C’est étrange car, toutes ces
innovations, l’Accord de Paix du 12 mai 2001 les
avaient solennellement évoquées au chapitre des réformes
démocratiques devant, en association avec d’autres
mesures, remédier aux causes du conflit et en prévenir le
renouvellement. Que le Chef de l’Etat les fasse
aujourd’hui siennes constitue une nouveauté positive que
nous devions relever. C’est probablement la démonstration
qu’il s’est finalement résolu à admettre à accorder la
Paix l’importance qu’elle mérite. Même tardif, ce
revirement ne peut que réjouir tous ceux qui avaient été
déçus par la véhémence avec laquelle le premier
responsable du régime djiboutien violait méthodiquement un
Accord de paix qui, à y bien regarder et pour peu qu’il
l’applique intégralement, sera certainement sa plus grande
contribution à l’édification d’une Nation djiboutienne
réconciliée avec elle-même.
Encore faut-il que, de part et d’autre
du pouvoir et sans préjuger de rien, les mêmes mots
recouvrent les mêmes univers sémantiques car, sans fausse
modestie, le Président de la République ne nous apprend
pas grand-chose en reconnaissant que « La
décentralisation constitue une pièce essentielle dans la
consolidation de la démocratie locale, un domaine fécond
pour le développement économique et social et un outil
d’unification et de cohésion ». Il aurait dû
l’expliquer aux locataires de l’Assemblée Nationale qui
ont outrageusement dénaturé la portée historique du projet
de décentralisation pourtant conjointement rédigé par ses
représentants et ceux du FRUD-armé.
« La Constitution est en papier, les
baïonnettes sont en acier » dit un proverbe haïtien,
et les concitoyens du Père Aristide savent de quoi ils
parlent, eux qui ont connu tant de dictatures sanglantes.
Tant qu’un dirigeant politique pourra compter sur la
complicité de miliciens (pompeusement appelés soldats,
policiers ou gendarmes) pour détourner le verdict des
urnes, comme ce fut le cas le 10 janvier 2003, les mots
occasionnellement prononcés n’auront leur pleine
pertinence qu’une fois rattachés à leur contexte concret.
A cette aune, et jusqu’au verdict de la réalité, les
promesses présidentielles faites à l’occasion des vœux du
Nouvel An restent ce qu’elles sont : des paroles
cruellement déconnectées des faits qui, quant à eux, sont
malheureusement inscrits dans la violence ordinaire... et
quelques coups de feux.
Brèves nationales
Malaise général
Sur fond de rumeurs…
A l’approche du premier anniversaire de
l’inqualifiable hold-up électoral du 10 janvier 2003, le
régime distille à dessein les rumeurs les plus folles en
direction de la population djiboutienne mécontente de la
gestion désastreuse des affaires publiques. Ainsi, la
ville bruisse de rumeurs fantaisistes au sujet d’un
imminent changement de cap dans la conduite des affaires ;
les plus euphoriques prédisant même une véritable
révolution. Ces ballons d’essai lancés par le pouvoir sont
destinés à occuper les citoyens Djiboutiens et à faire
oublier l’immobilisme gouvernemental et le manque
d’imagination dans les hautes sphères dirigeantes.
Pour notre part, nous restons
convaincus que la crise du régime est structurelle et
qu’aucun replâtrage ne le sauvera de la faillite
programmée. Ce système basé sur le mensonge et l’injustice
est condamné à disparaître, pour que survive la Nation
djiboutienne victime de la précarité imposée par la
gabegie officielle. Seul un profond changement d’hommes,
de mentalités et de méthodes pourra sortir notre pays du
gouffre. Pour l’heure, ce pouvoir usé ne cherche qu’à
durer moyennant un petit ravalement de sa façade corrompue
et sectaire. Chose que le Peuple Djiboutien ne souhaite
absolument pas, car très éloigné de ses véritables
espérances de changement.
Ali-Sabieh :
Où l’on reparle du grand chef…
Initialement prévue pour la mi-décembre
et curieusement reportée pour « cas de force majeure », la
visite présidentielle dans la ville assajog serait
finalement projetée pour la deuxième quinzaine de janvier.
Il y a quelques jours, une importante réunion devant la
préparer aurait été tenue entre les autorités du district
et la société civile du coin, surtout représentée par les
associations-maison. A cette occasion, il a été annoncé
que le jour de la visite présidentielle, toutes les
activités de cette ville active cesseront pour accueillir
l’illustre visiteur, certainement en campagne prématurée.
Ainsi, les écoles, dispensaires, marchés et commerces
seront fermés ce jour-là pour permettre aux Assajogs de
boire (faute d’eau minérale) les bonnes paroles du sauveur
national.
Mais, là où le bât blesse, c’est que
les Assajogs ne sont absolument pas disposés à s’en
laisser conter, eux qui ont de multiples griefs à
l’encontre de ce régime du mensonge permanent. C’est pour
tenter d’aplanir les nombreuses difficultés quotidiennes
soulevées par les habitants de ce district frondeur qu’une
délégation ministérielle s’est dernièrement rendue sur
place en catimini, afin d’amadouer les notables
récalcitrants, et ils ne sont pas rares. Peine perdue :
l’offensive de charme aurait lamentablement échoué.
Quant aux malheureux chefs de poste
administratif, ils seraient sommés en tant
qu’administrateurs des zones rurales, de procéder à la
collecte des cabris devant être sacrifiés pour le
gargantuesque festin présidentiel. Malheureusement, cette
contribution patriotique est attendue des pauvres ruraux
déjà victimes de la sécheresse et survivant grâce aux
distributions de vivres de l’aide alimentaire
internationale. Refuseraient-ils de donner gratuitement
ces cabris qu’ils risquent fort d’être rayés des listes
des prochaines distributions alimentaires, forcément
sélectives, comme c’est toujours le cas dans le Nord du
pays où, par exemple, de nombreux habitants de la région
de Dorra, n’ont pas eu droit à cette aide alimentaire
internationale au prétexte qu’ils auraient massivement
voté pour la liste de l’opposition aux législatives de
janvier 2003.
Comme quoi le régime n’attend que
danses, chants et cabris des populations rurales. C’est
peut-être cela, la véritable priorité accordée au
développement agropastoral.
Opérations policières abusives :
Halte aux rafles aveugles !
Alors que la majorité des clandestins
expulsés en septembre est de retour à Djibouti, on nous
signale que depuis quelques jours, des rafles sauvages
frappent des nationaux. Ainsi, dimanche dernier, un malade
hospitalisé à Peltier s’est fait embarquer au centre-ville
où il s’était rendu sur permission spéciale. Malgré son
état de santé et la présentation de ses pièces d’identité
nationale, le malheureux aurait été transféré au centre
policier de détention de Nagad.
Plusieurs Djiboutiens se plaignent
également de rafles sauvages de nationaux opérées par des
policiers ripoux qui n’hésitent pas à demander de l’argent
en échange de la libération des personnes interpellées
abusivement. A l’heure où les véritables clandestins
continuent tranquillement d’écumer la ville, il est
scandaleux que les forces de l’ordre importunent de
paisibles citoyens : nous demandons aux autorités
concernées de sévir contre ces pratiques policières
abusives.
Service national adapté :
Appât électoraliste douteux ?
Dernièrement, des officiers supérieurs
de l’Armée nationale auraient procédé au recrutement de
quelques dizaines de jeunes désœuvrés dans le cadre du
fameux service national adapté, nouvelle trouvaille
électoraliste destinée à résorber le chômage des jeunes.
Ces opérations se poursuivent encore dans la Capitale et
les districts de l’Intérieur, avec un succès mitigé selon
les endroits. A notre avis, cette nouvelle esbroufe
gouvernementale a déjà rencontré ses limites car concoctée
dans la précipitation. Les jeunes des villes sont pour la
plupart des exclus du système éducatif et font
relativement peu confiance à la nouvelle stratégie
gouvernementale prétendant à la réinsertion
professionnelle à travers des formations dispensées par
l’Armée nationale.
En effet, ces jeunes constatent que le
chômage n’épargne même pas ceux d’entre eux ayant quitté
l’école avec un relatif bon niveau de formation. Après son
cuisant échec dans la lutte contre l’immigration
clandestine motivée entre autres par l’appropriation
nationale du marché de l’emploi, il est fort à craindre
que le même service national adapté finisse par connaître
un sort identique à celui des autres mesures
gouvernementales ayant échoué parce que mal pensées et
appliquées dans une logique sectaire.
Rétrospectives 2003 :
Un bilan en noir et blanc
En guise de bilan rétrospectif de
l’année 2003, la RTD s’est essayé à travers son magazine «
Gros Plan » à une rétrospective en images de l’année
écoulée. Comme il fallait s’y attendre, ce montage a été
réalisé sous un angle partial et partisan. Il s’agissait
surtout de faire oublier que cette année 2003 avait débuté
sur une note d’espoir avec l’adhésion populaire massive au
projet d’alternance proposé par l’opposition. La première
semaine de l’année passée restera dans les annales comme
étant l’expression du ras-le-bol général de nos
concitoyens face à ce régime du mensonge.
La formidable campagne de mobilisation
menée par l’UAD a culminé avec le meeting monstre organisé
le 8 janvier 2003 devant le Stade Hassan Gouled.
Malheureusement, les fraudes abjectes du 10 janvier ont
noirci le tableau, plongeant le pays dans la morosité et
la régression tous azimuts. Tout compte fait, plus que le
one man show présidentiel en fouta, les Djiboutiens
retiendront de cette année 2003 le formidable élan
populaire qui a durablement ébranlé ce pouvoir désormais
déliquescent.
Port de Doraleh :
Suspension des travaux ?
Malgré les déclarations officielles
annonçant la fin des travaux pour la fin 2004, le
méga-projet électoraliste de Doraleh risque fort de ne
voir le jour qu’après 2005. En effet, plus de six mois
après son lancement officiel, ce chantier peine à avancer.
Cette semaine, l’on apprend même que les travaux seraient
suspendus et la vingtaine d’ouvriers condamnés au chômage
technique. Les deux entreprises présentes sur ce chantier
ne seraient plus disposées à régler les salaires des
ouvriers sur leurs fonds propres. Par ailleurs, il
semblerait que les autorités djiboutiennes souhaiteraient
confier le marché à un entrepreneur proche du pouvoir,
alors que les autorités de Dubaï Port préfèreraient lancer
un appel d’offres international. Quoi qu’il en soit, le
retard dans la réalisation du projet se confirme de jour
en jour, différant ainsi l’inauguration en grandes pompes
à beaucoup plus tard que prévu…
Education Nationale :
Droits bafoués et inacceptable
passe-droit
L’Education Nationale constitue-t-elle
vraiment une priorité de l’action gouvernementale ?
Au-delà des discours officiels tendant à la présenter
comme un souci majeur du régime, les multiples injustices
et manquements constatés suffisent à discréditer ses
prétentions en ce domaine, pourtant fondamental pour le
devenir des jeunes générations. En effet, la démotivation
générale du corps enseignant et du personnel d’encadrement
trouve surtout sa raison d’être dans la baisse généralisée
de leur niveau de vie, consécutive aux pseudo-politiques
de réformes engagées depuis quelques années prétendument
dans le but de rationaliser et d’adapter l’Education
Nationale aux nouveaux défis de ce troisième millénaire.
Gangrenée par la corruption, le
népotisme et la mauvaise gouvernance, l’Education
Nationale reste l’ombre d’elle-même. Pour preuve : par une
note de service n°250 du 8 avril 2003, le Ministre de l’Education
Nationale a tenté de mettre fin aux intolérables
injustices et passe-droit en matière d’attribution de
logements administratifs dans son département.
Cette note généreusement distribuée à
l’Assemblée Nationale, ainsi qu’aux différents services et
intéressés de son ministère, sommait les occupants
illégaux des logements administratifs de ce ministère de
libérer leur logement au plus tard le 15 août 2003, et
ceci afin de permettre aux réels bénéficiaires que sont
les chefs d’établissement d’entrer en possession des
demeures qui leur sont normalement destinées.
Cinq mois après cette mise en demeure
ministérielle, seuls deux cadres ont effectivement libéré
leur logement, tandis que 18 autres continuent d’ignorer
la directive ministérielle, sans être inquiétés outre
mesure. Parmi ces squatters, figurent des hauts
responsables de l’Education Nationale. Quel mépris des
textes et quelle coupable négligence des autorités
compétentes !
Mais ceci s’explique par autre chose :
sans que personne ne le dénonce, à part nous, ce ministère
a criminellement contribué, dans son domaine, à la
violation des accords de paix de 1994 et 2001,
spécialement leurs dispositions relatives au rattrapage
scolaire dont devaient bénéficier les élèves accusant un
retard du fait du conflit.
Violation qui perdure encore, jetant
hors du système éducatif des centaines d’enfants
injustement déscolarisés à cause de leur seule origine
ethnique et qui viennent gonfler la cohorte des
mal-enseignés condamnés au chômage et victimes idéales du
démagogique « service national adapté ».
A suivre...
Interview de M. Jean-Paul ABDI NOËL
Président de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH)
Une récente actualité continentale,
tenant aux conclusions du Congrès de l’Union
Internationale des Droits de l’Homme au cours duquel notre
pays a été distingué, ainsi qu’une prochaine échéance
électorale, nous amènent à poser quelques questions au
Président de la LDDH, M. Jean-Paul ABDI NOEL. De sa
participation aux travaux de ce Congrès aux perspectives
d’avenir de son organisation, en passant par son
appréciation de la CENI, le Président de cette association
de défense des Droits de l’Homme nous livre ses
réflexions. Sans excès ni concession.
M. le Président, vous rentrez du IIIème
Congrès de l’Union Internationale des Droits de l’Homme (UIDH),
qui vient de se tenir du 15 au 19 décembre à Ouagadougou
au Burkina-Faso. Pouvez-vous nous parler de l’objectif de
cette réunion ?
Tout d’abord, permettez moi de vous
remercier pour vos soutiens constants et appréciables en
accordant très souvent une attention particulière aux
défenseurs des Droits de l’Homme et de nous aider à mieux
médiatiser le combat réel que nous devons tous mener pour
la protection, la promotion des Droits de l’Homme et pour
un Etat de Droits effectif dans notre pays. Nous
considérons et encourageons toute l’équipe du journal «
Réalité » de continuer à être les , avant-gardistes du
combat pour la Démocratie et pour la Bonne Gouvernance.
Que l’année 2004 soit pour notre peuple une année d’un
combat réel afin de mettre fin à la politique de
l’impunité, aux abus de pouvoir insupportables, aux
détournements des Deniers publics et des Biens sociaux, à
la mise en place très rapidement de différentes structures
fiables et transparentes sur tous les processus
électoraux, avec la participation active et directe de
tous les Partis politiques, qui sont prioritaires car les
premiers concernés.
Comme vous le savez, le IIIème Congrès
suivi d’un Forum de l’Union Interafricaine des Droits de
l’Homme (UIDH) s’est déroulé à Ouagadougou (Burkina Faso)
du 15 au 19 décembre 2003. Un certain nombre de
Résolutions et de Recommandations ont été adoptées par les
participants.
Les membres du nouveau Bureau de l’UIDH
ont été élus, et j’ai eu l’honneur d’être élu comme
Vice-Président chargé de la Corne de l’ Afrique. Cet
honneur, que nous partageons, doit nous encourager dans
notre combat et nous devons tous ensembles avec toutes les
Organisations des Droits de l’Homme de la Corne de l’
Afrique et toutes les forces vives des pays voisins nous
engager à unifier et à harmoniser toutes nos actions en
faveur de l’intégration régionale des différents
Instruments des Droits fondamentaux et de faire progresser
les Libertés des Citoyens et des Peuples, ainsi que la
libre circulation des Biens et des Personnes dans de la
Corne de l’ Afrique.
L’objectif principal est celui du
Congrès, mais le Forum qui a suivi ce Congrès était très
fructueux, tant dans les approches que dans la proposition
qui a été retenue.
En effet, le Congrès portait sur la
stratégie à adopter pour une protection des droits des
personnes vivant avec le VIH/SIDA, tandis que le Forum
posait des questions aussi importantes que :
Comment sortir d’une économie
d’endettement pour financer un développement durable et
équitable ?
La Mondialisation: quelle alternative ?
L’environnement : ses contours
aujourd’hui en Afrique, quelle stratégie pour un
développement durable ?
Bien que le régime djiboutien lui
accorde très peu d’importance, la LDDH a été consacrée
lors de cette conférence puisque vous avez été élu
Vice--Président de l’UIDH en charge de l’Afrique de l’Est.
Ceci nous honore et nous aimerions savoir si notre région
a toujours été représentée à ce niveau et pourquoi des
bilans n’ont-ils pas été dressés sur cette partie du
continent africain et en particulier pour Djibouti ?
Votre question est tout à fait
judicieuse. En effet, Maître Aref Mohamed Aref, en tant
que membre de l’ Association des Droits de l’Homme et des
Libertés, avait été élu à ce poste qui pour la première
fois avait mis en relief la sous-région de la Corne de l’
Afrique. Cette nouvelle particularité a permis aux
défenseurs des Droits de l’Homme de l’UIDH de mieux
s’investir à défendre Maître Aref et d’exiger sa
libération inconditionnelle de la sinistre prison de
Gabode et sa réintégration d’office au barreau du Tribunal
de Djibouti. Je profite de cette occasion pour témoigner
ma reconnaissance au Président de I’UIDH M. Halidou
Ouédraogo, au Professeur Kepet, au Docteur Sow et à tous
les membres de l’UIDH, pour leur combat légitime qu’ils
avaient mené en faveur de mon compatriote Maître Aref,
victime de l’acharnement d’un pouvoir foncièrement
dictatorial.
En ce qui concerne la deuxième partie
de votre question, je peux vous affirmer qu’aucun rapport
sur la situation des Droits de l’Homme à Djibouti, encore
moins sur la Corne de l’Afrique ne figure dans le rapport
des activités des différentes régions, ni dans le rapport
moral de l’UIDH lors du IIIème
Congrès. Ce qui suppose peut-être que Maître Aref n’a pas
eu le temps matériel pour transmettre officiellement son
rapport.
Ce Congrès de Ouagadougou s’est tenu
en même temps que la visite à Djibouti d’une délégation
des Nations Unies chargée des Droits de l’Homme. Quel
bilan la LDDH tire-t-elle de la mission de ces deux
experts ?
Avant de vous parler du bilan de cette
visite, je tiens à préciser que les membres du comité
ad-hoc s’étaient réunis pour planifier l’organisation de
cette visite. (c’est ainsi qu’un plan de contact a été
établi. La priorité a été donnée au contact officiel.
Seules quelques associations ont été retenues. Ces
associations devraient rencontrer les deux experts du Haut
Commissariat des Nations Unis pour les Droits de l’Homme
au siège de l’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes -
UNFD.
L’ancien parlementaire actuellement
Président de la LDDH que je suis a, au nom de son
organisation, refusé de rencontrer les représentants des
Droits de l’Homme à cet endroit. Car, tout en faisant
remarquer que lors des dernières élections législatives,
l’UNFD avait, d’une manière officielle et médiatique,
soutenu les candidats de la liste UMP, il était donc de
mon devoir de considérer l’UNFD comme partie prenante
alors qu’elle n’est pas représentative de la femme
djiboutienne dans sa totalité.
Par conséquent, j’ai proposé deux
solutions à savoir: soit le comité ad-hoc reçoit les deux
experts dans les locaux de la LDDH, soit les membres du
comité rencontrent la délégation à leur hôtel. Un membre
du comité ad-hoc des Droits de l’Homme de Djibouti dont je
ne veux pas citer ici le nom a essayé de justifier cette
décision pour une rencontre au siège de l’UNFD pour des
raisons financières, cette association des femmes mettant
gratuitement ses locaux à la disposition des experts. Dans
cette affaire, une question se pose: Pourquoi la salle de
réunion du PNUD, officiellement représentant du Haut
Commissariat des Nations Unis, n’a-t-elle pas été retenue?
A mon départ, j’ai chargé
officiellement M. Souleiman Ahmed Mohamed par un courrier
au Ministre de la Justice afin que celui-ci rencontre et
remettre le rapport de la LDDH sur les Droits de l’Homme à
Djibouti aux deux experts. Malheureusement, malgré les
sollicitations de M. Souleiman, la délégation du
Haut-Commissariat des Nations Unis n’a pas estimé
nécessaire de nous rencontrer.
Concernant l’objectif et le bilan de
cette mission, ils nous sont totalement inconnus.
Toutefois, lors de mon séjour à Paris, j’ai saisi à la
Fédération Internationale des Droits de l’Homme- FIDH en
lui demandant de bien vouloir s’informer sur les résultats
de cette mission que je considère comme une entrave aux
travaux des Droits de l’Homme en République de Djibouti.
Chose inouïe car la LDDH qui avait toujours eu de bonnes
relations avec le Haut-Commissariat, notamment pendant la
détention arbitraire des policiers de la FNP, a été
négligée cette fois-ci.
Vos propositions de recommandation
faites lors du congrès de Ouagadougou portent sur la
transparence de la prochaine élection de 2005. Pouvez-vous
être un peu plus précis ?
Nous avons dénoncé lors des dernières
élections législatives la manière brutale dont celles-ci
se sont tenues dans le pays et en particulier dans les
districts de l’Intérieur. Nous n’avons pas manqué de
dénoncer le Coup d’Etat électoral plus particulièrement
fort dans le district de Tadjourah. Ces raisons m’ont
conduit, lors de cette réunion de l’UIDH, a soumettre une
recommandation qui puisse mobiliser les défenseurs des
Droits de l’Homme de notre continent pour une
participation active, en tant qu’observateurs, aux
prochaines élections présidentielles de notre pays. Je
n’ai pas manqué de souligner que le rôle des observateurs,
régionaux et internationaux, ne devait pas se limiter au
seul jour du scrutin, mais qu’il faut de leur part une
participation effective et totale couvrant toute la
période des processus électoraux.
Permettez-moi une fois encore
d’encourager à travers votre journal tous les partis
politiques du pays, auxquels je suggère qu’il ne faut pas
attendre une décision gouvernementale inévitablement
tardive pour lancer un appel à tous les observateurs et
presses des pays amis et des organisations internationales
pour un suivi au moins 10 mois avant le scrutin du
processus électoral. J’entend par là le contrôle de la
révision des listes électorales jusqu’au dépouillement et
déclaration des résultats. La révision des listes
électorales et la propagande de l’équipe gouvernementale
sur les ondes de la RTD financée par les deniers publics
et les biens sociaux sont par exemple deux points
importants. Enfin, je dirais simplement que la
transparence électorale passe par la transparence des
demandes officielles des partis politiques auprès des pays
amis et organisations internationales, concernant l’envoi
d’observateurs et journalistes. Mon souhait est
d’encourager tous les partis politiques pour que soient
entamées, dès maintenant, les démarches. Car pour avoir
des observateurs sérieux, il faudra permettre à ces pays
et organisations de se préparer à temps pour ces missions.
Vous avez pris part aux travaux de
la Commission Electorale Nationale Indépendante, mise en
place par le régime pour superviser les élections du 10
janvier 2003. Quelles leçons en tirez-vous aujourd’hui ?
La Commission Electorale Nationale
Indépendante - CENI- m’a appris beaucoup de choses.
J’ai appris que :
la CENI manquait de transparence
la CENI, par la loi même qui l’a
créée:, impose le silence le plus total à tous ses membres
:
la CENI, par les textes qui l’ont
créée, est composée essentiellement de représentants du
gouvernement alors que ceux des partis politiques se
trouvent dans une situation de minorité. On peut en
conséquence s’interroger sur la fiabilité d’un organisme
électoral dont la grande majorité des membres est
constituée de fonctionnaires connus pour leur fidélité au
pouvoir en place.
Vous avez été le Rapporteur de la
CENI. Pouvez-vous nous fournir une copie du rapport final,
que vous avez rédigé, relatif aux conditions de
déroulement des législatives du 10 janvier 2003 ?
Il n’y a jamais eu de rapport final
officiel. Aucun texte n’a été adopté dans ce sens par
l’Assemblée Nationale.
Le rapport final a tout simplement été
soumis au Président de la République avec « un chèque en
blanc » de la Commission Electorale Nationale
Indépendante.
Quelles sont les perspectives
organisationnelles de la LDDH pour la nouvelle année ?
Quelles améliorations en attendez-vous relativement au
renforcement des droits civiques et à la promotion des
droits de l’Homme ?
Sur le plan organisationnel la LDDH
navigue à vue avec beaucoup de prudence, en fait mon
organisation s’apparente à un Iceberg avec une importante
partie immergée. Même si apparemment il nous est permis de
réaliser certaines de nos activités, il nous paraît
prudent de protéger nos adhérents contre la politique
sournoise et foncièrement dictatoriale du régime qui nous
oblige à rester vigilants. Nous devons dans un proche
avenir penser à augmenter le nombre de nos adhérents en
raison de l’inexistence de toute subvention en notre
faveur. Nous avons par ailleurs décider de participer dans
le cadre de la formation à sensibiliser nos populations
(sur l’ensemble du pays) sur les processus électoraux et
dans l’ intérêt suprême de notre Nation, sur la nécessité
de l’ application de l’Accord de paix du 12 mai 2001,
surtout en ce qui concerne la Décentralisation.
Propos recueillis par Mahdi Ibrahim A.
God
La
Bourse ou la Vie
Etat, régime, opposition et droit au travail
C’est fou ce que le brouillard linguistique peut
parfois jeter un voile de décence sur certains propos, qui
en disent long quant à la conception de la démocratie
ayant cours ici ou là. Ainsi, en cette nouvelle année au
cours de laquelle le Chef de l’Etat promet de
spectaculaires avancées en matière démocratique, il nous a
semblé utile de ramener à la mémoire de ses concitoyens
les propos qu’il avait tenus en langue maternelle sur les
ondes de la RTD, à l’occasions du premier anniversaire de
son mandat: c’était en mai 2000. Propos relatifs à la
distance infranchissable qui devait, selon lui,
s’instaurer entre l’Etat (l’Administration) et les
opposants politiques. Propos qu’il n’était pas inutile non
plus de mettre en parallèle avec ceux que tenait Brejnev
du temps de sa grandeur communiste.
La conception de la Démocratie et de la
Liberté a en tout temps varié selon les pays. Beaucoup
d’entre eux avaient pris le qualificatif de République
dont les plus nombreux se situent en Afrique, indépendante
depuis les années 1960. En réalité, le fait d’afficher
cette épithète ne dérogeait pas aux pratiques des
dirigeants lesquels agissent en monarques absolus sur des
populations n’ayant pas connu le souffle de la liberté
depuis plus d’un siècle par fait colonial.
Certes les révolutionnaires
indépendantistes désignaient ceux-là de « despotes du
colonialisme », ce que d’ailleurs justifiaient les
agissements des « monarques noirs » qui ont marqué ce
continent meurtri par la famine et les maladies
endémiques. Les Bokassa, Idi Amin Dada, Mobutu, Menguistu,
Siad Barreh, ... représentent à eux seuls toute l’absurde
intransigeance des dictatures génocidaires de notre
continent, face aux inéluctables changements des sociétés
africaines dans un monde en pleine mutation. Cependant,
pour ceux qui durent encore, leur nature n’a pas changé
d’un iota depuis les années 1990 où le vent de la
Démocratie n’a fait qu’amplifier leur comportement
d’anthropophage aux seules fins de conserver leur trône.
Raison pour laquelle ils n’ont pas hésité à mettre à feu
et à sang non seulement leur pays, mais aussi les régions
et autres contrées voisines. Les deux extraits ci-dessous
cités expriment par leur parallèle toute la hantise de la
Démocratie et de la Liberté des Républiques Monarchistes.
Le premier extrait est tiré d’une
interview accordée par le Chef de l’Etat à un journaliste
de la RTD pour fêter comme il se doit le premier
anniversaire de son arrivée à la Présidence: « Pour
être un opposant, il ne faut pas avoir besoin de l’Etat.
Il faut guerroyer longtemps être financièrement
indépendant comme l’a fait et l’a été Wade, l’actuel
Président du Sénégal ».
C’est proprement invraisemblable: le
Chef de l’Etat de ce qui se présente comme une République
ose froidement affirmer qu’un opposant ne devrait pas
espérer un salaire de l’Etat tout comme un salarié de l’Etat
ne devrait pas militer au sein d’une opposition.
Heureusement, il n’a pas clairement interdit aux
fonctionnaires et conventionnés de voter pour l’opposition
lors des consultations électorales, mais c’est tout comme.
Tranquillement ce faisant, le Chef de l’Etat djiboutien a
remis en cause des droits fondamentaux pourtant garantis
par notre Constitution: le droit au travail et le droit au
salaire.
On savait que le droit au salaire était
allègrement violé par ce régime dont la mauvaise
gouvernance obligeait ses concitoyens à traîner comme un
boulet les retards de salaire. On a appris ce jour-là que
le droit au travail n’était qu’une utopie sur le papier
qu’il valait mieux ne pas trop caresser: la liberté de
pensée trouve sa limite dans l’obligation de reconduire
les représentants du parti au pouvoir à chaque élection.
Ce qui ne nous étonne guère: les responsables et
dirigeants syndicalistes licenciés en 1995 pour fait de
grève, et jamais réintégrés depuis, malgré les engagements
officiels auprès du Bureau International du Travail, sont
là pour rappeler aux travailleurs Djiboutiens qu’ils n’ont
même pas le droit de librement choisir leurs délégués,
encore moins d’être défendus face à un patron très peu
respectueux du droit social. Mais, ce jour-là, le
journaliste de la RTD n’a pas estimé utile de broncher :
il avait peut-être oublié sa conscience professionnelle
aux vestiaires.
Le deuxième extrait est celui de L. I.
BREJNEV qui dans une interview accordée aux journalistes
de « Stern » le 12 mai 1973 disait ceci: « Nous. avons
un parti, un parti qui gouverne, à quoi bon une opposition
? Les gens parlent toujours de Liberté, qu’est-ce
que ça veut dire ? » .
Même si les Républiques de ces deux
Chefs d’Etat se situent dans deux contrées très éloignées
l’une de l’autre, avec des populations, des économies et
des richesses totalement différentes, ils partagent
néanmoins la même conception et ont les mêmes convictions
sur la Démocratie et la Liberté.
En effet leur propos démontre bien que
pour eux le Parti, l’Etat l’Administration, les Finances,
la Police et l’Armée forment un tout appartenant
exclusivement aux dirigeants par définition inamovibles
parce que détenant la Vérité suprême grâce à leur Pravda
locale, qu’elle se nomme Izvestia ou RTD. C’est en quelque
sorte « l’appropriation des moyens de domination », une
philosophie qualifiable de « la Dictature des Présidiums »
: l’on est donc bien loin du gouvernement du Peuple, pour
le Peuple et par le Peuple. IL s’agit ainsi d’une
idéologie disposant de moyens illimités pour asseoir une
domination faite pour perdurer dans le temps et dans
l’espace.
En définitive, si pour l’un comme pour
l’autre, le parti unique qui gouverne se drape dans la
notion de République, populaire ou démocratique, il s’agit
bien d’une usurpation de titre et d’espoir. Tout comme le
verdict de l’Histoire a été sans appel pour le communisme,
les despotismes déguisés en démocratie, comme c’est le cas
à Djibouti, sont inéluctablement condamnés à mourir, car
elles ne tiennent que tant qu’ils tiennent. Jusqu’à ce que
l’Histoire décide de mettre un terme à leur démesure, ces
despotes peuvent disposer de la bourse d’autrui et se
maintenir en menaçant leurs concitoyens démunis, faute
d’une réelle Justice.
Dénis de justice
Quand la justice broie les citoyens
« La paix et la justice sont aussi inséparables que le
souffle et la vie » proclamait l’Accord-cadre du 7 février
2000. L’ absence de la Justice était une des causes
essentielles du conflit civil. Parce qu’elle perdure grâce
ou malgré le silence des armes, nous tirons la sonnette
d’alarme devant le danger permanent représenté par la
déliquescence d’une Justice djiboutienne plus prompte à
condamner les opposants et promouvoir les zélés qu’à
servir tous les justiciables sans distinction.
Au lendemain des élections
législatives, les dysfonctionnement et blocage de
l’institution judiciaire (membres du Conseil
Constitutionnel désignés par une seule partie, ventilation
et champ de compétences d’une CENI concoctée à huit clos,
Tribunal du Contentieux Administratif inexistant depuis
1996,...) nous inspiraient les réflexions suivantes: «La
fonction essentielle de l’institution judiciaire est la
régulation des rapports entre les justiciables avec, comme
objectif final, d’empêcher que soit atteint le niveau de
la violence par réaction à l’injustice subie. Elle est
l’ultime recours et l’unique alternative contre la loi de
la jungle entre les hommes. Jamais l’institution
judiciaire nationale n’a abandonné dans un pays pour
quelque cause que ce soit la place qui est la sienne sans
que celle-ci soit occupée par une instance internationale,
soit investie par l’anarchie violente où se livre alors un
jeu sans règles ni arbitre». Nous y sommes la violence
latente en moins !.
La déliquescence de la Justice à
Djibouti n’est pas imputable au vide juridique. Les textes
hérités de la colonisation ou édictés par l’Assemblée
Nationale depuis l’Indépendance existent, mais sont tout
simplement inappliqués. Faute de magistrats? Certainement
pas ! Même si leur nombre est insuffisant et s’il sont
pour la plupart dépités, ils existent et sont en règle
générale compétents. Ce n’est pas non plus faute de locaux
(fussent-ils vétustes).
Sans disserter sur ses causes, nous
nous contenterons de constater que la disparition de la
Justice à Djibouti est attestée lorsqu’elle ne prend pas
une décision indispensable; lorsqu’une décision prise
n’est pas exécutée ou quand les décisions de certaines
juridictions violent explicitement la loi.
L’acharnement judiciaire contre D.A.F
et le Co-directeur de publication de « Réalité » ainsi que
l’impunité dont jouissent certains pontes du régime civils
ou militaires ou leurs protégés. L’acharnement d’une
banque à poursuivre un client insolvable pour quelques
centaines de milliers de F.D démontrent s’il en était
besoin les dangers de l’intrusion de la politique dans la
sphère juridiciaire.
Exceptionnellement, nous nous ferons
ici l’écho d’un cas qui mérite publicité pour la
permanence du déni de justice ; suite à un grave accident
de la circulation survenu en 1979, le responsable de
l’accident a été condamné à payer près de neuf millions de
F.D.Il n’en a payé que le tiers .En dernière instance, en
Septembre 1999, le tribunal correctionnel de la cour
d’appel, lui commande de payer le reste dans un délai d’un
mois sous peine de huit mois de prison ferme pour refus
d’exécution judiciaire.
La victime, Mr Ibrahim Abdallah Ibrahim
ancien militaire handicapé à vie depuis lors et père de
plusieurs enfants, défendue à l’époque par un avocat
aujourd’hui mal-élu, attend donc un quart de siècle que
Justice lui soit rendue et ce, malgré plusieurs doléances
adressées aux deux Présidents qu’a connu notre République.
Le condamné se serait nous dit-on, publiquement targué
d’avoir des entrées influentes au sein de la haute
fonction publique. Dans ces conditions, à qui recourir
pour faire valoir ses droits ?
Chacun constatera d’abord que se sont
écoulées deux décennies entre le drame et la décision
définitive du Tribunal Correctionnel de la Cour d’Appel.
Ce n’est pas à cause de la lenteur de la Justice ou
l’usage par l’avocat et le condamné de toutes les
ressources juridiques. Car entre la dernière décision et
ce jour, c’est près de cinq années qui se sont encore
écoulées sans que le condamné se soit acquitté du montant
dû à la victime, ni que soit exécutée la décision du
Tribunal. Ces retards et déni de justice sont uniquement
dûs au défi sans précédent dans les annales judiciaires,
lancé par un particulier bien introduit dans les sphères
du pouvoir, à la Justice d’un pays.
Rappelons enfin au chapitre des Droits
de l’Homme et à titre purement anecdotique, la récente et
fulgurante promotion du responsable de la sécurité
rapprochée du chef de l’Etat qui s’est tristement rendu
célèbre en dirigeant la sanglante répression contre les
démobilisés handicapés en Avril 2002. La grande muette
désapprouve en se contentant de jaser.
Ce bref rappel qui est tout sauf
exhaustif n’a d’autres objectifs que de réveiller la bonne
conscience des praticiens de la Justice et de tous ceux
qu’ils soient civils ou militaires en charge du destin
collectif.
Haïti : du haut de cette misèreDEUX SIECLES
D’INDÉPENDANCE VOUS CONTEMPLENT
L’événement est pratiquement passé inaperçu, tant ce
pays qui inquiète tant l’ONU semble n’avoir plus aucune
contribution positive à apporter au monde. Pourtant, Haïti
( Ayiti en arawak, signifiant Terres des hautes
montagnes) vient de fêter le 1 er
janvier dernier le bicentenaire de son Indépendance, au
terme d’une révolte des esclaves commencée en 1791. Deux
siècles de liberté pour se dépêtrer aujourd’hui dans une
misère sans fond : à travers la déchéance de ce pays,
c’est tout le décalage entre l’idéal indépendantiste et
son fruit détourné au profit de quelques-uns, qui se donne
à lire. Et à méditer : sommes-nous indépendants juste pour
qu’une minorité illégitime confisque notre destin pour le
rendre immobile ?
Aucun citoyen d’un pays issu de la
décolonisation ne devrait l’ignorer : Haïti, le premier
pays souverain de l’Histoire de l’humanité noire vient de
fêter le bicentenaire de son existence. C’est en effet le
1 er janvier
1804 que ces populations essentiellement d’origine
africaine se libérèrent de l’exploitation esclavagiste et
s’organisèrent en Etat indépendant. L’actualité
contemporaine de cette petite île des Caraïbes a éclipsé
un tel honneur : Haïti est plutôt connu pour ses malheurs
et ses tontons macoutes.
Mais la modestie
ecclésiastique étant parfois soluble dans la démagogie
politicienne, ce triste constat n’a pas empêché son
Président, le Père Aristide, de verser dans la démesure.
Ainsi a-t-il crû judicieux d’affirmer, à l’occasion de la
célébration de ce bicentenaire que « La première
République noire est et reste l’épicentre de la liberté
pour les Noirs ».
Thabo Mbeki, le
président sud-africain venu assister aux festivités, a
toutefois remis les choses à leur juste grandeur en
estimant que le révolte des esclaves en Haïti avait été
source d’inspiration pour le monde. Car, en toute
sincérité, et tout en reconnaissant que la révolte de
Toussaint Louverture ait pu servir de modèle à la lutte
contre l’apartheid, il serait bien difficile de trouver
quoi mettre à l’actif du régime des Duvallier (père et
fils). Tout comme il serait difficile d’expliquer en quoi
les souffrances d’Haïtiens privés de liberté par les leurs
auraient pu positivement influencer la détermination
combative des peuples colonisés ou opprimés de par le
monde.
Sans trop se demander dans quelle
mesure la couleur de la peau peut se transformer en
référent idéel, le raccourci est vraiment saisissant :
deux siècles d’Indépendance pour être aujourd’hui l’un des
pays les plus pauvres du monde. Comment un mouvement
d’émancipation aussi lourd de sacrifices humains a-t-il pu
s’embourber dans un tel chaos ?
Le problème dépasse donc largement le
cadre étroit d’Haïti et la question vaut également pour la
majorité des pays issus du processus de décolonisation.
Car, si la situation politique et sociale de cette
population interpelle, c’est parce qu’Haïti fonctionne
comme un paradigme : celui des luttes détournées de leur
finalité par les régimes en place. Lesquels, par
incompétence autant que par cupidité, se sont immensément
enrichis, plongeant leurs peuples dans la misère et la
mendicité internationale. C’est justement ce qui gêne dans
le cas haïtien: les dictatures contemporaines n’ont fait
que remplacer l’exploitation commerciale d’origine
étrangère en lui donnant une coloration endogène, indigène
Aux négriers ont succédé les rois
nègres méthodiques, n’en déplaise à l’émotivité chère à
feu Senghor. Car, dans le domaine de la violence
politique, Haïti a vraiment été un précurseur : entre 1804
(date de son indépendance) et 1957 (date de l’arrivée au
pouvoir de Papa Doc), 24 de ses Chefs d’Etat sur 36 ont
été soit renversés (il y aura aussi quelques coups d’Etat
après), soit assassinés, les deux n’étant impossibles.
Quant à la mégalomanie dynastique, Bokassa, en
s’autoproclamant Empereur, s’est peut-être inspiré du
destin de Jean-Jacques Dessalines, devenant dès 1804
Jacques Ier ,
monarque d’anciens esclaves.
Avant même que Sékou Touré ne dise non
à la France, Haïti expérimentait déjà le modèle
dictatorial qui allait connaître une remarquable inflation
dans l’Afrique post-coloniale : le 22 octobre 1957,
François Duvalier arrive au pouvoir. Il règne par la
terreur, interdit les partis politiques d’opposition et
obtient du Parlement de gouverner par décrets.
Mais, à y bien regarder, n’est-ce pas
la même facilité antidémocratique que la Constitution
Djiboutienne accorde au Président de la République, Chef
du Gouvernement, Président du Conseil Supérieur de la
Magistrature et accessoirement président d’un parti
politique ? Le fait est donc bien là : à travers Haïti, ce
sont tous les régimes de dérive qui devraient se
reconnaître dans ce gâchis et avoir honte. Car, si Haïti
est aujourd’hui classé 146ème
sur les 173 Etats, la République de Djibouti n’est pas
bien loin devant : 142ème
ou 143ème. Ce
n’est pas glorieux.
« Les sociétés sans histoires, sans
tradition, sans mœurs nationales, sans les vertus
publiques, finissent par devenir des peuplades dont
l’existence est inutile dans l’œuvre de la civilisation
» écrivait excessivement en 1947 l’historien Thomas,
auteur d’ouvrages relatifs à l’histoire d’Haïti. Tout
peuple a une Histoire, qu’elle soit écrite ou orale, n’en
déplaise aux partisans du comte de Gobineau. Le problème,
c’est juste que certains dirigeants sans envergure n’ont
aucun dessein pour leur Peuple, préférant leur imposer
stagnation ou récession, du moment qu’ils perdurent en
s’enrichissant personnellement, par les fraudes et la
corruption.
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