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Éditorial
LA VIE N’EST PAS UN JEU
Un citoyen mal informé ne peut
sérieusement prétendre exercer son libre-arbitre. C’est
pourquoi, au risque de paraître faire la publicité des
publications adverses, nous invitons nos compatriotes à
lire tout ce qui se rapporte à l’actualité nationale.
Derrière la propagande officielle, par définition
maladroite et faite de pose de première pierre sur fonds
de you-you et de bottes de khat, la réalité se dévoile
d’une façon ou d’une autre. Chacun se rendra alors compte
à quel point et de quelle façon si diamétralement opposée
les écoliers des deux districts du Nord ont été sollicités
la semaine dernière, comme le rapporte si copieusement le
journal gouvernemental « La Nation ».
A Tadjourah, comme s’il s’agissait
d’une fête religieuse ou d’une journée fériée (pour tous),
chômée (pour les fonctionnaires réquisitionnés) et payés
(pour les rares privilégiés ignorant les retards de
salaire), le régime a décrété école fermée sur l’ensemble
du district. Mais, au lieu de profiter de cette journée,
tous les écoliers de Tadjourah et de sa proximité furent
unanimement convoqués pour assister à l’extraordinaire
pose, par un Premier ministre sans compétence
institutionnelle, de la première pierre d’un futur
complexe sportif entièrement financé par la Chine. Et
applaudir devant ce qui est manifestement présenté comme
un exploit politique : la grandiloquence n’a tué personne,
surtout lorsque le monopole sur les médias publics
autorise soliloque et monologue. Sans trop se demander si
la charrue n’a pas été mise avant les bœufs :
l’amélioration des conditions de scolarité (peu de salles
ou de manuels scolaires, mais suppléants mal formés et en
surnombre) n’était-elle pas prioritaire par rapport à ce
stade omnisports ?
Il est vrai que ce n’est pas vers la
Chine qu’il faut se tourner pour que les recommandations
des États Généraux sur l’Éducation trouvent un début
d’application : aucun miracle de l’extérieur ne viendra
assurer l’amélioration de notre système éducatif. Comédie
politique beaucoup plus inadmissible quand on sait de quoi
ces figurants sont coupables : aucune cantine scolaire
n’existe dans ce district, pas plus qu’ailleurs :
décemment remplir les petits ventres de ces écoliers n’est
manifestement pas une priorité de ce régime qui n’hésite
pourtant pas à investir des centaines de millions de
francs dans la distribution partisane du khat. Du sport
donc pour des écoliers sans cantine scolaire : aucune
honte n’arrête décidément ce régime sans pudeur. Les
enfants de la nomenklatura sont certainement logés à
meilleure enseigne.
A Obock par contre, c’est à
l’initiative des instituteurs que des élèves ont parcouru,
mercredi dernier, la piste côtière jusqu’à Khor-Angar.
Histoire de modestement les initier à la protection de
l’environnement : comme pour la forêt du Day ou ailleurs,
l’Unesco serait certainement intéressée par la protection
de la mangrove de Godoria. Tout comme nous saluons
l’initiative citoyenne de ces instituteurs invitant leurs
élèves à s’intéresser à la géographie humaine : qu’est
donc aujourd’hui devenu le village de Khor-Angar qui
vivait, avant le conflit, de l’important échange
commercial entre l’Éthiopie et le Yémen ?
Toutefois, la morale de l’histoire est
donnée par le journal « La Nation » , concluant la
narration de cette journée de la façon suivante : «
L’unique fausse note de l’événement fut qu’à leur descente
des véhicules, les élèves ont retrouvé une ville d’Obock
plongée dans les ténèbres de l’obscurité due aux
délestages de courant qui, ces derniers mois, semblent
installés dans les mœurs ». Dans la durée et la
banalité, devrait-on dire, tout en ne manquant pas
d’ironiser que pour ne pas faire de jaloux, le régime a
promis que les écoliers d’Obock auront aussi leur complexe
sportif, dont le même souriant Premier ministre espère
poser la première pierre.
Ce que ce régime et ses figurants
essaient vainement de cacher, c’est qu’il n’y a aucun
sport en dehors du contexte général de l’Éducation : sa
qualité est inséparable de celle de l’enseignement assuré
à notre progéniture. De même qu’il n’y a aucune Éducation
digne de ce nom quand les conditions d’existence des
parents ne cessent de se détériorer et quand l’État répond
si peu aux priorités essentielles que sont la Santé ou
l’Emploi. Un demi mensonge reste un mensonge, aussi
souriant soit-il : nos enfants joueront mieux s’il y a du
sérieux.
Brèves nationales
Sud-Ouest :
Promesses présidentielles en catimini ?
L’on se souvient que le Président
américain Bush s’était rendu en cachette à Bagdad, et
l’opinion internationale avait eu la regrettable
impression que les États-unis n’avaient rien à proposer
aux Irakiens eux-mêmes. Une version locale de cette visite
en cachette vient de se produire chez nous : selon des
sources concordantes, le Chef de l’État s’est dernièrement
rendu en catimini à Hanlé, dans le district de Dikhil,
précisément à Agna, luxuriante palmeraie très peuplée mais
désolée. De bonnes sources indiquent que l’agronome volant
en campagne prématurée n’a pas été à cet endroit
uniquement pour y prêcher la culture du palmier-dattier.
Il serait parti à la rencontre des populations oubliées de
cette région du Sud-Ouest. Populations auxquelles il
aurait fait les mirobolantes promesses dont il a le secret
: construction de routes, d’écoles et de dispensaires. Il
n’est jamais trop tard pour faire le bien, mais rappelons
tout de même à l’illustre « numéro un » qu’il n’y a pas si
longtemps, il considérait les ruraux défavorisés de cette
contrée comme des étrangers.
Ce qu’ils sont effectivement, car ne
bénéficiant pas pour la plupart d’entre eux, de pièces
d’identité nationale. Même leurs plus hauts notables en
sont dépourvus, bien qu’étant appointés par
l’administration depuis des décennies. Si le Chef de
l’État veut vraiment rendre service à ces populations,
qu’il commence par leur faire délivrer des pièces
d’identité nationale. Pour l’heure, les apartés
présidentiels avec les habitants de cette région se
limitent malheureusement au traditionnel bakchich, au khat
et aux promesses sans lendemain. Après ses visites éclairs
en catimini à Assamo, As-Eyla et Agna, le futur candidat
donne l’impression qu’il attend plus de ses visites
impromptues et « bakchisantes » sur le terrain plutôt que
des premières pierres médiatisées et des insipides
discours à la Nation. Une autre manière de faire de la
politique peut-être ! mais aux résultats aléatoires.
As-Eyla :
L’UMP aux abois
Depuis la dernière tournée de l’ARD
dans le Sud-Ouest, le RPP et ses satellites s’inquiètent
de l’audience grandissante de notre parti dans cette
région. En témoignent les visites en catimini du Chef de
l’Etat et les tournées hebdomadaires des membres de sa
mouvance. Ainsi, l’on rapporte que dans le secteur d’As-Eyla
et Goba’ad, la progression de notre parti ne serait pas du
goût du Ministre de la Défense, leader autoproclamé de
cette zone et qui serait, semble-t-il, profondément irrité
et déstabilisé par la remarquable percée politique des
dirigeants de notre fédération d’As-Eyla. Pensant contrer
notre parti et ses idées de changement, ce ministre aurait
affecté pour ce faire un véhicule de la Gendarmerie à la
lourde tâche de quadriller une région sur laquelle il n’a
plus aucune prise. A bord de ce véhicule militaire
officieraient un gendarme-chauffeur sans permis de
conduire et un adjudant-chef détaché au ministère de la
Défense. On le voit, ce régime aux abois et manquant de
vrais militants, en est réduit à réquisitionner
fonctionnaires et militaires pour ses difficiles missions
de sensibilisation. Cela s’appelle la démocratie
militarisée...
Première pierre à Tadjourah :
Dans ma ville natale…
Un an après sa déroute électorale dans
la Ville-Blanche et huit mois après sa dernière visite
ratée en ce lieu, le Premier ministre a donc retrouvé sa
ville natale jeudi dernier, non sans émotion. En effet,
venus à bord de plusieurs véhicules dépêchés de la
Capitale et de Tadjourah, des centaines de fonctionnaires,
d’écoliers et de ruraux, tous réquisitionnés pour
l’occasion attendaient poliment sur place. Ainsi que nous
l’avions écrit la semaine dernière, cette visite faite au
nom d’une première pierre d’un futur stade financé par la
Chine Populaire, se voulait surtout politique. Pour faire
sérieux, le Premier ministre était accompagné de plusieurs
ministres, et le programme initialement prévu fut
largement bousculé, comme l’on s’en doute. Après la
cérémonie de pose de la première pierre, le séjour du
Premier ministre a pris un tour éminemment politique avec
de forts relents de campagne présidentielle. Rappelons que
le programme de cette visite était fixé comme suit :
- pose de la première pierre du futur
complexe sportif ;
- mise en place d’un comité régional
des assises du Sport.
- mise en place de la ligue
d’athlétisme régionale à Tadjourah par le Président du
comité national d’athlétisme.
Toutes ces nobles activités ont été
mises de côté pour essayer d’atteindre le véritable
objectif de cette visite, à savoir reprendre pied à
Tadjourah la frondeuse, en y mettant, pour ce faire, les
moyens matériels et humains. A ce chapitre politique, la
moisson semble bien maigre au regard de la logistique
déployée. Passons sur l’inévitable khat qui aurait à lui
seul englouti un million de FD. Rien que pour la
nourriture de centaines d’obligés convoyés de
Djibouti-ville ou des zones rurales, ce sont quelque six
points de restauration qui auraient été installés dans la
Ville-Blanche, aux frais du contribuable. Tout cela
démontre qu’à part les quelques danseurs et danseuses
largement rétribués, la grande majorité de la population
Tadjouroise a préféré rester chez elle. Après cela,
personne n’empêchera le Premier ministre de remercier à
l’infini la cohorte de mobilisés pour l’occasion, en
s’exclamant : « je vous remercie de m’avoir
chaleureusement accueilli dans ma ville natale ».
Remercier c’est déjà beaucoup pour les réquisitionnés.
Pour le reste qui vivra verra.
Randa-Day :
La piste oubliée ?
Alors que le Premier ministre promet de
bitumer la route du bord de mer de sa ville natale
jusqu’au pied de Randa, la piste reliant ce village au Day
reste impraticable, obligeant les usagers à un large
détour de 80 kilomètres par la route de Garenlé. Il y a
quelques mois de cela, les populations riveraines, lassées
de l’indifférence des pouvoirs publics, avaient
courageusement réhabilité en partie cette piste
particulièrement dangereuse. Depuis lors, quelques
véhicules empruntaient difficilement cette voie une ou
deux fois par semaine. Mais aujourd’hui découragés par la
dégradation constante de cette piste oubliée, les
riverains lancent un appel pressant aux autorités, afin
qu’elles prennent leurs responsabilités face à la menace
de fermeture de cette voie de communication qui serait
préjudiciable aux intérêts des population de cette partie
de Goda. Rappelons pour la petite histoire que, lors de
son séjour à Tadjourah, le Premier ministre avait
gentiment écouté les multiples doléances des chefs
coutumiers, en répondant une fois n’est pas coutume, à
toutes leurs revendications Marhaba, en précisant
toutefois : « Incha-Allah ». On n’est jamais trop prudent
! A l’heure où, après une longue absence, les engins des
Travaux Publics sont miraculeusement de retour dans le
Nord, le moment nous semble venu de sérieusement
réhabiliter la piste Randa-Day, une des plus anciennes de
notre pays.
Médias partisans :
Déficit de formation démocratique
C’est, semble-t-il, pour pallier aux
carences en formation des journalistes des médias
partisans, qu’un curieux séminaire devant combler leurs
lacunes, a été récemment organisé à leur attention. A voir
l’objectif affiché par le programme et les connaissances
dispensées aux heureux bénéficiaires, la presse
d’opposition, qui n’a pas eu la chance d’être conviée à ce
séminaire de formation pour les points focaux, n’a plus
qu’à regretter d’avoir été mise à l’écart de cette
fulgurante transmission de connaissances en matière de
communication. Afin de donner à nos lecteurs une idée de
l’ampleur et de la profondeur de la formation que le
régime a bien voulu dispenser à ses journalistes, voici in
extenso le programme de cette journée historique à l’usage
des médias partisans :
Séminaire de formation pour les points
focaux
I°) Date et durée de la formation :
Date : jeudi 15 janvier 2004
Durée : une journée
II°) Déroulement de la formation
8h-8h30 : Arrivée et installation des
points focaux
8h30-9h : pointage est distribution du
programme
9h précise (sic) : Discours du
Directeur de publication du journal
9h20 : Discours du Secrétaire National
à la Communication
9h40 : Discours du Secrétaire Général
10h-10h30 : pause café
10h30-12h30 : Présentation sommaire du
Journalisme et du rôle du journaliste
12h30-13h : Photo de famille
13h : fin de l’atelier
Quand une formation aussi importante ne
dure que deux heures, on comprend que la photo de famille
prenne trente minutes : c’est uniquement pour
impressionner la galerie.
« Progrès » immuable :
Des courriers sans lecteurs
Les journalistes mal inspirés du
pamphlet du RPP en avaient bien besoin : une formation
accélérée d’une journée dûment organisée à leur attention
devrait, espérons-le, combler leur pathétique carence en
communication politique. En attendant ce miracle, ce
journal financé sur deniers publics continuent à se
singulariser par ses analyses oiseuses et ses attaques
pernicieuses à l’encontre de la presse d’opposition qui
vole largement au-dessus de lui. On raconte même qu’il y a
quelques mois, le Chef de l’État, président en exercice du
RPP et directeur de publication officieux mais en dernière
instance de cet organe de presse, aurait rabroué en ces
termes les plumitifs réquisitionnés : « avec tous les
moyens que le Parti met à votre disposition, vous n’êtes
pas foutus de contrer la presse d’opposition qui, avec peu
de moyens, est plus régulière et plus efficace que vous
». c’est, nous semble-t-il, pour tenter de défendre
l’indéfendable, que cette malheureuse publication
occasionnelle fabrique périodiquement des pseudos
courriers des lecteurs censés répondre aux arguments de
l’opposition. Chacun pourra observer que les rares
lecteurs de ce journal signent de leurs « initiales » L…
Après LM signant des contrevérités historiques à
l’encontre du Président Guedi, c’est dernièrement au tour
d’un certain LMD de s’essayer à démonter les arguments de
la presse d’opposition. Piètre tentative hors de sa
portée.
Que dit ce sieur LMD ? Que l’opposition
nie les réalisations de ce régime. Et de citer celles qui
lui paraissent les plus pertinentes : le projet de Doraleh,
l’eau du Day, le Port de Tadjourah, la route de Yoboki,
l’eau d’Ali-Sabieh, les arriérés de salaire, la lutte
contre les clandestins et enfin la service national
adapté. Vastes réalisations qui méritent un petit
commentaire.
Doraleh : les travaux lancés en juin
2003 sont arrêtés, faute de financement ; ce méga-projet
n’employant que 30 ouvriers...
L’eau coule en effet au Day, mais la
majeure partie du précieux liquide est orientée vers sa
destination initiale : le jardin présidentiel. Des
milliers de plants de khat et de café absorbent plus que
les populations riveraines de cette eau venue de Garenlé.
A Ali-Sabieh, l’eau potable demeure un
souci permanent. Le forage électoraliste sera-t-il en
mesure de satisfaire la consommation locale et la
prétendue commercialisation?
Le Port de Tadjourah, inauguré en
grandes pompes par le Chef de l’État en 2000, n’a pas tenu
ses promesses : il reste un misérable quai à boutres. A
qui la faute ? En grande partie au régime qui refuse de
réhabiliter les routes et pistes de la région,
spécialement vers l’Éthiopie et qui n’a initié aucun
projet de développement pouvant solliciter l’usage
intensif des quais de Tadjourah.
Concernant la route Yoboki-Galafi,
récemment réhabilitée, elle a la particularité de
traverser une des régions les plus désolées de notre pays.
Malgré son importance économique, les riverains ne
profitent pas des retombées annoncées. A qui la faute ?
Essentiellement à ce régime préférant les apparences aux
réalités et qui, là non plus n’a proposé aucun projet
générateur de revenus pour les populations de cette
région, spécialement pour sa Jeunesse désœuvrée, sans
perspective sinon l’exode vers Djibouti-ville.
Pour ce qui est des arriérés de
salaire, ils n’ont été réduits que grâce à la générosité
extérieure (États-unis et France), mais ils demeurent
importants : au moins deux mois. Rien qu’avec les recettes
du Port et de l’Aéroport, ces arriérés pourraient être
épongés : où vont alors ces colossales recettes échappant
au Budget National ?
Nous maintenons par ailleurs que la
lutte contre l’immigration est pour le moment un cuisant
échec. La preuve : la majorité des clandestins expulsés en
septembre est déjà de retour.
Enfin, s’agissant du pseudo service
national adapté, il demeure électoraliste et
congénitalement inadapté : son exécution est réservée à
l’Armée dont personne ne connaît la compétence en ce
domaine. Le recrutement reste douloureusement sectaire,
voire vulgairement tribale.
Des courriers sans lecteur restent ce
qu’ils sont : des délires encrés. Le temps est donc venu
pour les journalistes du « Progrès» d’entrer en
séminaire...
ECONOMIE
Les
incohérences du Budget (2)
La République de Djibouti est, de tout temps et
structurellement, dépendante d’une économie
essentiellement basée sur le secteur tertiaire dont
l’activité portuaire reste toujours le socle. Il y a
encore une dizaine d’années, l’État honorait les salaires
de ses employés, les retraites, la santé, etc. La
situation actuelle n’est pas seulement due à la guerre,
mais tire sa vraie source des multiples pratiques
illicites de nos gouvernants, accentuées par la mauvaise
gouvernance. Deuxième volet de nos remarques sur les
incohérences de ce Budget 2004.
La dernière décennie a été marquée par
l’apparition réelle, entre 1994/1995, d’une crise
économique et financière qui nous amène aujourd’hui à la
considérer comme voulue et entretenue depuis quatre ans
par le pouvoir en place. Durant toutes ces années, les
prélèvements fiscaux frappant les salariés et les
commerçants ont augmenté exponentiellement grâce aux
multiples inventions d’un régime qui nourrit d’autres
ambitions que celui d’un réel développement du pays.
En effet, les promesses de paix de 1994
n’ont toujours pas été suivies d’effets, les ponctions
fiscales continuant à saigner la masse laborieuse. Il en
est de même des privatisations et autres
cessions-concessions des établissements publics qui loin
de relancer l’économie nationale n’atténuent toujours pas
l’hémorragie économique et financière.
« On ne vend pas la peau de l’ours avant
de l’avoir tué »
Entretenant l’opacité sur la gestion
privée des complexes portuaires et aéroportuaires, plutôt
que de rendre publiques les retombées économiques et
financières de ces concessions, sa nouvelle trouvaille,
depuis trois ans, est d’asseoir toute relance économique
sur la seule construction du port de Doraleh.
Selon le Cadre général de la
présentation du Budget 2004, les investissements ont été
tels que celui de Doraleh est là pour appuyer une
croissance projetée de 4,5% du PIB par « l’émergence
d’une nouvelle dynamique dans le secteur de services grâce
aux anticipations suscitées par la construction du
complexe portuaire de Doraleh…avec des retombées
indirectes pour le secteur de services… » En attendant
ces retombées directes et indirectes dont bénéficiera
grandement le secteur tertiaire, la seule anticipation que
ce projet ait suscité parmi les investisseurs locaux et
étrangers est celle remarquée de l’Établissement Public
d’Hydrocarbure (EPH) qui, pour d’obscures raisons, s’est
transformé en Société Anonyme aux multiples activités
industrielles et commerciales. Un Établissement bien connu
pour avoir été une entreprise publique, à la fois,
accumulatrice de richesses (prélèvements des taxes et
surtaxes sur les produits pétroliers) et « vache à lait
» du régime. Quelles que soient les justifications
d’une croissance plus que soutenue du PIB en 2004, nous
sommes tentés d’interpeller l’Argentier du régime sur
l’exercice 2002 dont les comptes n’ont à ce jour pas été
rendus définitifs. L’actuel Budget 2004 nous dit-on serait
la suite logique de la réussite du budget 2002 lequel,
avait été largement commenté, en son temps, à travers nos
analyses, étalées sur plusieurs numéros de « Réalité
». Pour qui l’aurait oublié, le Droit de réponse en date
du 20 mai 2002, du Ministère de l’Économie, dont les
extraits que voici, prétendaient :
Nous taxant d’adeptes d’une théorie
économique Keynésienne dépassée et loin de prendre ainsi
en compte nos remarques fondées et objectives, le
Ministère chargé de l’Économie du pays justifiait ses
mesures budgétaires de l’époque: « pour atténuer le
déficit ayant atteint un seuil critique, il lui fallait
opérer un rapprochement entre les recettes effectives et
les dépenses de l’État...». Il renchérissait son choix
économique en soutenant que « l’augmentation du taux
d’imposition évite des licenciements massifs et
contribue conjointement à de faire des économies
drastiques sur les dépenses de l’État, exceptés les
secteurs sociaux (éducation, santé…) ».
Plus loin, dans « La Paix a un coût,
la Démocratie aussi », autre chapitre blanchissant
cette théorie Rppiste « une somme de 370 millions FD
est provisionnée pour la Consolidation de la paix et pour
l’organisation d’élections ». Enfin, « il est
encore prématuré en ce mois de mai 2002 de juger si telle
ou telle autre dépense a été exécutée ou pas, tout budget
étant annuel ».
« Lors de la clôture du budget 2002,
le Ministère des Finances apportera des réponses à toutes
les questions qui lui seront posées ». Soit : le seul
point positif à retenir ci-dessus est celui portant sur
les réponses à nos questions lors de la clôture du Budget
2002, officiellement retardées par on ne sait quoi.
En attendant ce bilan définitif
pendant, comme un boulet suspendu à un condamné à
perpétuité, il ne nous reste plus qu’à passer au Budget
2003, lequel serait présenté comme une suite logique de la
réussite économique de 2002. Passons maintenant à
l’analyse au Budget 2004 qui aurait tiré toute sa
substance de ses résultats positifs des budgets
antérieurs.
Constat Général :
A lire le Cadre Général de présentation
du Budget 2004, on se croirait dans un autre pays que la
République de Djibouti. Le développement du pays est
maintenu avec une croissance soutenue du PIB qui
approcherait dans l’année en cours les 5%, avec la
création d’unités de production industrielles, avec le
maintien depuis 1999 de la diminution de la pression
fiscale en faveur de la classe laborieuse et des
consommateurs, avec l’abaissement des taxes sur plusieurs
produits, du pétrole lampant en passant par les tissus et
les pièces détachées, etc. Le tout dans le cadre de la
lutte contre la pauvreté, lequel tiendrait la route à
travers les financements des secteurs sociaux que sont la
Santé et l’Éducation Nationale.
Le couronnement de cette réussite
économique serait la présentation en avril 2004 d’un
Document de Réduction Stratégique de la Pauvreté (DSRP)
aux bailleurs de fonds, projet pour lequel l’Etat aurait
déjà provisionné un capital de 200 millions FD. Or, les
recettes augmentent encore grâce aux impositions sur les
traitements et salaires et aux impôts sur les bénéfices
des entreprises ; points que nous développerons plus tard.
Dans ce numéro, nous nous cantonnerons seulement à
l’analyse macroéconomique du Budget en augmentation encore
pour cet exercice lequel passe de 42 milliards FD en 2003
à 43,2 milliards FD pour 2004.
L’embarras du Budget 2003
L’étude par poste budgétaire étant
laissée pour plus tard, dans l’immédiat l’ensemble du
projet du budget 2004 disserte sur un succès des
investissements au dernier exercice, dont les
argumentations développées ne nous convainquent guère. Il
nous est dit que les réalisations des derniers 9 mois de
l’année écoulée auraient déterminé les prévisions de 2004.
Si tel est le cas, il ne peut échapper à personne que le
déficit budgétaire prévisible en 2003, après rectificatif,
serait de l’ordre 542 millions FD contre 3,7 milliards FD
en 2002.
Or, les deux premiers trimestres de la
période de référence 2003 avaient déjà dégagé des
résultats négatifs respectivement de 2,2 milliards FD au
31 mars 2003 et de 1,2 milliards FD environ au 30 juin
2003. D’où vient l’exploit de l’Argentier officiel qui
aurait réalisé dans son hypothèse, sur les six derniers
mois de l’année écoulée, un excédent budgétaire de 2,816
milliards FD ? Un chiffre qui représente un excédent moyen
mensuel de 703 millions FD contrairement au premier
trimestre de l’année en question, où la même moyenne
mensuel affichait un déficit de 560 millions FD.
Par conséquent, les justifications
déterminantes du Budget 2004 ne tiennent pas, en ce sens
qu’elles sont incohérentes même en l’absence des données
définitives de 2002 et celles économiques des troisième et
quatrième trimestres 2003. A noter, toutefois, que le
Budget prévisionnel 2003 avait lors des dernières séances
de l’Assemblée Nationale abouti à un dépassement de plus
de 5,4 milliards FD risquant ainsi d’aggraver le déficit
déjà important, comptablement réduit par la non
réalisation de Dons et autres Emprunts projets d’un
montant total de 4,6 milliards FD.
Investissements : Grâce aux Dons et
financements extérieurs
Alors que les projets et autres
promesses ne voient pas le jour, le régime semble mettre
en avant des investissements qu’il n’est pas en mesure de
réaliser.
En effet, en 2003 les dépenses
d’investissements, sur financement intérieur, programmées
pour un montant de 987 millions FD apparaissent subitement
lors de la loi rectificative avec un nouveau chiffre de
1,66 milliards FD. Ce chiffre serait occasionné par deux
dépenses relatives à deux nouvelles lignes budgétaires
intitulées « Eau, Énergie, Industrie : Prises de
participation dans des Entreprises publiques nationales
» pour un montant de 500 millions FD et de 170
millions FD portant sur des « Charges récurrentes du
projet d’investissement programme ». Comment se
fait-il qu’un Etat puisse prendre des participations dans
des Entreprises qui lui appartiennent ?
Globalement les investissements publics
engagés lors du dernier exercice, et concernant les
financements hors projets ou les contreparties nationales
sur des projets de programme d’investissements, n’auraient
été dans le budget rectificatif que de 1,857 milliards FD
et non de 3,787 milliards FD comme écrit dans le Budget
2004. Par contre, les financements sur ressources
extérieures dans les dépenses d’investissements étaient
intervenus à hauteur de 2,948 milliards FD en 2003 et
passeraient pour 2004 à plus de 5 milliards. Il est
important de souligner que dans le Cadre Général de
présentation du Budget en cours, le Ministère des Finances
n’a pas jugé utile de préciser que ces investissements se
feront sur des financements extérieurs.
Que ces prévisions d’investissements
soient inscrites au Budget 2004 est une chose, mais il est
tout de même surprenant que l’Assemblée Nationale qui l’a
voté n’ait pas constaté que ceux de l’année dernière
tablant pour sur de 7 milliards FD, n’auraient été
réalisés qu’à hauteur de près de 3 milliards FD. Est-ce
seulement pour gonfler le budget si ce n’est pour d’autres
fins ?
L’incohérence dictant la démesure, les
pratiques de ce régime demeurent nuisibles au pays,
l’énorme fossé entre les promesses grandioses et la
réalité aggrave la situation. C’est pour cela que nous
engageons le pouvoir à réaliser effectivement les 7
milliards FD d’investissements projetés.
D’autre part, comme nous l’avons relevé
dans plusieurs budgets, le régime pourra-t-il tenir son
engagement et assurer ainsi les 1,7 milliards FD à sa
charge dans ce domaine ?
A suivre…
Chantage à la citoyenneté
Carte d’identité ou carte de parti ?
Le ministère de l’Intérieur a adressé à « la presse »,
un communiqué annonçant la volonté du gouvernement de
relancer la délivrance des cartes d’identité nationale et
invitant les Djiboutiennes et Djiboutiens à faire preuve
de civisme en s’inscrivant sur les listes électorales car
il sera procédé à la révision annuelle des listes
électorales….
Sans nous en formaliser outre mesure,
constatons d’abord que pour le ministre de l’intérieur, la
« presse nationale » se résume à l’A.D.I, «La Nation » ou
quelques autres lucioles paraissant le temps d’une
propagande et que le gouvernement subventionne à grands
frais, à vos frais pour cela. Ce n’est donc pas fortuit et
ce ne sont pas des actes manqués et c’est trop banal dans
notre pseudo démocratie pour que nous nous en offusquions
ici.
Si nous le relevons, c’est uniquement
pour mettre en relief le mépris dans lequel nous sommes
tous tenus par nos décideurs et souligner par comparaison,
le respect et la courtoisie dont font preuve tous nos
partenaires économiques en adressant à l’ensemble de la
presse nationale, dont nous, leurs communiqués de presse
et leurs invitations à l’occasion d’éventuelles
conférences, ce qui ne les empêche nullement de coopérer
en bonne intelligence, même si c’est difficile avec les
autorités officielles. Passons à l’essentiel !
Contrairement à ce qu’affirme le
communiqué cité par notre intermittent confrère « Le
Progrès » à la page 9 du n°101 dans son édition datée du
11/01/04, nous devons rappeler que ces nouvelles
dispositions relatives à la délivrance de l’état- civil ne
correspondent absolument pas à la volonté de l’actuel
président de la République de voir se régulariser la
situation de « certains Djiboutiennes et Djiboutiens
qui pour une raison ou une autre n’en étaient pas
titulaires ».
Par contre, elles contreviennent
explicitement aux dispositions de l’Accord de Paix
Définitive signé en mondiovision en mai 2001, entre le
président Dini et le Ministre de l’intérieur de l’époque
et qui stipulait en son article10 intitulé « de la
Nationalité », que « les personnes dont
l’appartenance à la communauté Djiboutienne est vérifiable
par tous les moyens peuvent prétendre à la citoyenneté
Djiboutienne. Pour ce faire, les deux parties s’engagent à
mettre en place une commission ad hoc chargée d’accélérer
la délivrance des cartes nationales d’identité à ces
personnes ».Tout y est dit et reste, concernant ce
volet à ce jour inappliqué !
Le communiqué poursuit que «
l’administration a entrepris à plusieurs reprises des
opérations de délivrance de cartes, mais celles-ci se sont
avérées insuffisantes. Car elles étaient limitées dans le
temps (et dans l’espace.. n.d.l.r) alors que les
demandes sont de plus en plus fortes chaque année en
raison de l’arrivée des jeunes à la majorité».
Est-ce uniquement dans cette optique
que les administrations sont aujourd’hui mobilisées pour
délivrer des cartes nationales d’identité et réviser les
listes électorales ? Non, soutient le ministre qui
reconnaît avoir « constaté que des personnes bien connues,
telles que des notables bien instruits sur les listes
électorales ne disposaient pas non plus de leurs cartes
nationales d’identité ».
Réjouissons nous d’abord que le
ministre de l’intérieur fasse sien ce constat déjà
clairement établi par l’Accord-cadre de Réforme et de
concorde civile de Février 2000 et qui justifie la raison
d’être de l’art.10 de l’Accord de mai 2001.
Il est ensuite normal que le
gouvernement soit soucieux d’inscrire sur les listes
électorales les jeunes arrivés à la majorité et déjà ou
pas encore détenteurs des cartes nationales d’identité .
Il est enfin et par contre totalement
anormal que l’instruction des demandes de dossiers « au
profit des djiboutiennes et des djiboutiens remplissant
les conditions requises » soit laissée à la seule
discrétion de l’administration R.P.P, laquelle aurait
aujourd’hui subitement acquis « les moyens requis pour
mener ces longues opérations », censées durer un trimestre
!
« Dans cette optique, tous les
bureaux chargés des établissements de l’état- civil et des
cartes nationales d’identité sont ouverts au public dans
les cinq districts du pays. ».
Renseignements pris, ces bureaux dans
les districts de l’intérieur sont peut-être ouverts au
public mais des sources variées et concordantes font état
de multiples entraves faites aux citoyens y ayant droit
pour l’admission de leurs dossiers laissée à la
discrétionnaire instruction de l’administration
compétente..
Plus gravement, le communiqué poursuit
: «Comme à l’accoutumée, nous allons procéder à la
révision annuelle des listes électorales dans l’ensemble
des districts ». C’est bien ce qui nous inquiète
!D’abord nous sommes surpris d’apprendre que cette
révision est annuelle : car à un courrier officiel et
signé par les présidents des partis membres de l’U.A.D, et
exigeant que conformément à la loi une copie des listes
électorales révisées soit fournie à l’opposition dans les
délais impartis par la loi, le ministre de l’intérieur
(est-ce bien lui ?) a opposé un suspicieux silence radio.
Nous avons appris plus tard, par la
voie de la presse officielle et partisane que ces listes
électorales n’auraient pas été imprimées à temps…pourquoi
puisque ces révisions sont annuelles ?
D’autre part, au regard des lecture et
application partielles et partiales qu’a fait le
gouvernement des Accords de Paix signés en dix années
pleines de guerre civile, ainsi que du peu de cas qu’il
fait des lois qu’il édicte sans les appliquer, ces
opérations sont à nos yeux d’ores et déjà sujettes à
suspicion.
Que cache ce réflexe pavlovien à
toujours instruire, procéder .. à huis-clos et mettre
toujours ainsi le peuple et l’opposition devant le fait
accompli sur des sujets les concernant au premier chef
?Plus loin le communiqué précise que « cette révision
concerne quatre catégories de personnes :
1) les jeunes arrivés à la majorité
sont priés de s’inscrire sur les listes électorales dans
leurs districts respectifs.
2) les gens qui ont changé d’adresse
doivent s’inscrire dans leur circonscription actuelle.
3) les personnes remplissant les
conditions requises mais qui ne se sont jamais inscrites
sur les listes électorales. Elles sont priées de faire
preuve de civisme en s’inscrivant dès aujourd’hui sur les
listes électorales.
4) les personnes ayant voté sur
ordonnance lors des dernières législatives du 10 janvier
2003, elles sont invitées à régulariser leur situation
auprès leurs circonscriptions respectives ou de leur
arrondissements respectifs… ».
En premier lieu, nous souhaitons savoir
quelle suite le gouvernement entend donner aux dossiers de
tous ceux depuis toujours officiellement inscrits au
registre de l’état- civil du district d’Obock dont les
archives ont été détruites par les forces gouvernementales
en 1992.
D’autre part, le ministre a
parfaitement raison de demander de régulariser leur
situation aux trop nombreux bénéficiaires des ordonnances
lors des dernières élections législatives.
Même si leur situation était
régularisée, nous persistons à penser que ce n’est pas
suffisant pour la transparence, tant revendiquée par notre
peuple et souhaitée par tous nos amis et partenaires
économiques parce que socle de stabilité.
Nous en voulons pour preuve un document
dont vous avez eu la primeur au lendemain des élections
législatives, tiré de l’épais dossier de recours soumis à
l’instruction du juge constitutionnel et qui démontrait
qu’une même personne titulaire d’une carte d’électeur a
voté, sans doute à son insu, une fois avec sa carte
d’électeur et une autre fois sur une ordonnance dûment
délivrée par un juge dans deux bureaux de vote différents.
Comme il fallait s’y attendre, la CENI,
concoctée « comme à l’accoutumée » en catimini ne l’a pas
relevé ! Comme cette curiosité n’a pas soulevé la
suspicion du juge constitutionnel qui a trouvé tout le
processus et déroulement des opérations de vote «
normal et régulier».
Il est trop facile quand on est entouré
d’une garde prétorienne de distribuer ou pas, les cartes
d’un jeu. Parce qu’issu du Peuple et au plus près de ses
préoccupations, nous sommes bien placés pour savoir qu’il
est à bout de patience.
Nous écrivions dans un éditorial au
lendemain des élections législatives du 10/01/03, qu’ «
on ne peut pas indéfiniment gouverner au nom du peuple et
sans lui ! ».
Au total, il n’échappera à aucun
observateur averti que toutes ces propagandes et
entourloupes gouvernementales préparent, si elles ont
lieu, des élections truquées à l’avance. Chat échaudé
craignant l’eau froide, selon le proverbe, et parce que
toute patience et sagesse ont des limites, nous informons
dès ce jour, autant l’ensemble de nos concitoyens que nos
décideurs politiques, ainsi que les États et instances
internationales ayant directement ou indirectement apporté
leur caution à l’Accord de Paix du 12 mai 2001, que l’ARD
exige d’être associée à l’établissement des listes d’état
civil, conformément à l’Accord de Paix du 12 mai 2001.
Tout comme l’opposition, regroupée au sein de l’UAD, exige
que lui soient fournies dans les délais réglementaires les
listes électorales révisées.
A bon entendeur... SALAM !
S.T.O version RPP
La Fonction Publique comme harem politique
La récente visite à Tadjourah de la Présidente (non pas
de la République, mais de l’UNFD ) nous avait donné
l’occasion de brièvement ironiser à propos de la cohorte
de fonctionnaires, quinquagénaires ou « kadragénaires »,
que les dignitaires en déplacement réquisitionnent pour
jouer le rôle peu enviable de figurants pathétiques d’un
dérisoire spectacle politique. La démesure caricaturale,
jeudi dernier dans cette même ville, de cette danse du
ventre fonctionnarisée nous amène à revenir sur ces
contorsions des corps et des âmes, censées remplir les
écrans de télévision. Contorsions et entorses
politico-administratives qui ne peuvent manquer de
rappeler un dramatique précédent historique : le Service
du Travail Obligatoire (S.T.O) par lequel l’Allemagne
nazie réquisitionnait les ressortissants français pour
faire tourner ses industries. Entre usine d’armement et
usine à fabriquer des illusions politiques, la différence
est mince : comme celle qui sépare totalitarisme et
despotisme.
Les « malgré nous » : ainsi
étaient appelés tous ceux qui, en application de la loi du
16 février 1943 portant institution du service du travail
obligatoire, avaient docilement accepté de servir de
main-d’œuvre gratuite pour les industries allemandes.
Privilège du vainqueur et collaboration du vaincu se
conjuguaient : ils étaient des millions à s’être abaissés
à cette servilité, plutôt que de courageusement refuser de
courber l’échine.
Immanquablement, les nombreux
fonctionnaires qui, plus par obligation que par
conviction, ont fait le déplacement pour applaudir les
banalités démagogiques du Premier ministre à Tadjourah,
font penser à ces « malgré nous » que le régime de Vichy
avait mis à la disposition du 3ème
Reich. Sauf qu’ici, c’est le système RPP qui impose aux
fonctionnaires un travail parfaitement illégal mais devenu
obligatoire depuis quelques années : se mettre corps et
âme à l’entière disposition du parti au pouvoir.
Les Djiboutiens ont une belle formule
pour dire que les choses étaient mieux avant : Salamoullah.
Et, effectivement, Salamoullah à l’ancien Chef de l’État,
à l’ancienne Première Dame ou encore à l’ancien Premier
ministre : eux au moins n’obligeaient pas les
fonctionnaires à cette dégradante danse du ventre les
transformant en simples figurants itinérants, suivant les
cortèges officiels de brousse en village. En toute logique
et avec un certain sens de l’Etat, ils voyageaient
accompagnés du strict minimum. C’est que, bien qu’ayant
été d’intraitables ennemis politiques, force nous est de
reconnaître que Gouled n’était pas un farfelu prétentieux
et que Barkat jouissait d’une certaine reconnaissance
parmi les membres de la communauté qu’il était censé
représenter.
Avec l’arrivée au pouvoir de l’actuel
Président de la République, c’est comme si une dangereuse
précarité touchait un travail pourtant garanti par le
Statut de la fonction Publique. Les foules devenant
clairsemées parce démagogie ne payant plus, le régime en
mal de légitimité tente de mystifier les
citoyens-téléspectateurs par le spectacle de faux badauds
: les fonctionnaires réquisitionnés par les dignitaires en
déplacement. C’est pratiquement devenu une activité
mondaine que tout fonctionnaire ambitieux et docile
(condition sine qua non) doit intégrer dans son
plan de carrière.
Ainsi, les téléspectateurs qui ont eu
le temps de suivre le reportage généreusement consacré à
la dernière virée du Premier ministre à Tadjourah, ont
certainement reconnu quelques unes de ces glorieuses têtes
administratives roulant B ou C, ayant déserté leurs
bureaux dans la Capitale. Du directeur venu propager une
culture du larbinisme et de la soumission, au directeur
inamovible déversant ses flots d’admiration
inconditionnellement intéressée, il y en avait pour tous
les goûts et tous les dégoûts !
Une telle instrumentalisation d’une
Fonction Publique normalement au service de l’intérêt
général en dit long sur les dérives despotiques et
clientélistes de l’actuel régime politique djiboutien:
manifestement, le sens de l’État est une denrée
extrêmement rare chez quiconque trouve normal que des
agents de l’État servent, le plus souvent à leur corps
défendant, des intérêts partisans sans intérêt. Lorsque
l’on sait que le régime, copiant ce qui se passe en
France, songe sérieusement à préparer une loi en vertu de
laquelle la promotion des fonctionnaires se ferait selon
le mérite, il y a vraiment de quoi s’inquiéter quant au
rendement d’une administration soumise à un tel
arbitraire.
Par ailleurs, quand on sait que ce sont
principalement des considérations de copinage partisan qui
président à l’attribution opaque des marchés publics,
l’observateur est en droit de penser que le fonctionnement
de l’État djiboutien rappelle curieusement et furieusement
celui des réseaux mafieux : les chances d’enrichissement
(de promotion sociale) dépendent du degré de proximité
avec le centre du pouvoir. Proche duquel il convient de se
placer et d’être vu : à l’occasion d’une visite à
Tadjourah, par exemple.
Le débat s’était un temps instauré de
savoir si ces « malgré nous » français avaient
vraiment le choix, puisque l’article 5 de la loi du 16
février 1943 ne prévoyait qu’une amende de 200 à 1000
francs et d’un emprisonnement de 3 mois à 5 ans toute
personne refusant le travail obligatoire. De fait, ils
furent nombreux, ceux que l’on appelait « les
réfractaires », préférant prendre le maquis et
participer à la Résistance intérieure. L’administration
djiboutienne aurait certainement besoin de ses
réfractaires : l’avènement d’un véritable État de droit se
conquiert au quotidien et passe aussi par le refus de
servilement se prêter aux intimidations de dirigeants sans
légitimité ni dessein ni destin : l’Administration n’est
pas un harem qu’un sultan forcément polygame déplace au
gré de ses caprices. C’est tout simplement dramatique pour
l’image que ce régime du spectacle donne de notre pays.
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