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Éditorial
SON EXCELLENCE AL HADJ : PÈLERINAGE,
PAIX SOCIALE ET ARRIERES DE SALAIRE
Dans son utilisation politique, il est
communément admis que l’Islam a souvent servi de
légitimation religieuse à une forme d’autoritarisme que
les spécialistes nomment le despotisme oriental. Cette
quête d’un leader fort et omnipotent se fonde sur une
exigence canonique : le Chef doit scrupuleusement se
conformer aux préceptes de bonne gouvernance tels que
définis par le Coran et la Sunna. C’est pour cela que tel
verset demande aux croyants de respecter leur dirigeant,
tandis que tel autre, renforcé par la Tradition
prophétique, exige que les administrés se révoltent contre
un mauvais responsable politique : c’est cela, le
véritable sens du Djihad, et non pas d’aller massacrer
chez eux ceux qui ont d’autres convictions religieuses.
C’est aussi pourquoi, en tant que
couronnement d’une vie de piété ou premier pas vers la
demande du Pardon, l’accomplissement du pèlerinage de la
Mecque par le Chef de l’État est un peu plus qu’un geste
contingent inscrit dans une trajectoire intime,
personnelle. Car tout croyant sait que la stricte
observance des préceptes religieux est la meilleure
garantie d’une bonne gouvernance : ce n’est pas un hasard
si, rappelant en cela les monarques de droit divin, chaque
Chef d’État élu au suffrage universel prête serment sur le
Coran ou la Bible. Ainsi donc, le Président djiboutien se
rend en pèlerinage à la Mecque : tant mieux ! Le verset
198 de la Sourate de la Vache lui en donne le droit : «
Ce n’est pas un péché que d’aller en quête de quelque
grâce de votre Seigneur. Puis, quand vous déferlerez
depuis Arafat, invoquez Allah, à Al Mach’ar Al Haram, Et
invoquez-Le comme Il vous a montré la bonne voie, même si
vous avez été auparavant du nombre des égarés ».
L’honnête citoyen et musulman
pratiquant, voulant le Bien pour son prochain, surtout
lorsque ce prochain détient une position de pouvoir
capable d’influencer positivement ou négativement sur son
existence quotidienne, ne peut donc que sincèrement
souhaiter que cette Rédemption présidentielle se traduise
rapidement et concrètement dans la pratique
gouvernementale. Le chantier de la reconstruction
djiboutienne qui l’attend alors est vaste, plus vaste
qu’une vie humaine. Deux aspects en méritent tout de suite
mention : la sauvegarde d’une Paix sociale difficilement
acquise et la sauvegarde du droit au salaire pour tout
travailleur.
Inutile de préciser que la Paix ne peut
se renforcer que si et seulement si l’Accord qui
l’instaure est scrupuleusement respecté : sur ce point, le
futur Hadj a beaucoup de progrès à faire, sans jeu de
mots.
Le respect de la sueur d’autrui, par le
versement du salaire auquel il a droit, est également un
acte de foi explicitement mentionné dans la Tradition du
Prophète (PSL) dont un hadith authentifié exhorte tout
employeur à rétribuer son employé avant même que la sueur
de ce dernier n’ait séché. A l’heure où la lutte
antiterroriste procure à notre pays une substantielle
manne financière, il est inadmissible que, par la faute de
la mauvaise gouvernance, les agents de l’État accusent
encore des arriérés de salaire.
Dès son retour de la Mecque, son
Excellence Al Hadj sera jugé par ses concitoyens sur ces
deux points : souhaitons-lui d’être à la hauteur des défis
qui l’attendent et digne de la Rédemption à laquelle il
prétend. On ne sait jamais, pour 2005 et pour l’Au-delà.
MEETING DE L’UAD A L’AVENUE NASSER
A L’OCCASION DE LA FETE DE L’AÏD EL
KEBIR, L’UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE SOUHAITE
BONNE FETE A LA POPULATION DJIBOUTIENNE AINSI QU’A TOUS
LES MUSULMANS DU MONDE ENTIER.
L’UAD INVITE TOUS SES MILITANTS ET
SYMPATHISANTS A VENIR NOMBREUX AU MEETING POPULAIRE QUI SE
TIENDRA DIMANCHE 1 ER
FEVRIER 2004 A PARTIR DE 8 HEURES 30, A L’AVENUE NASSER
DEVANT LE SIEGE DE L’UDJ
Brèves nationales
Ali-Sabieh :
Brève incursion présidentielle
La visite présidentielle à Ali-Sabieh
initialement programmée pour la deuxième quinzaine de
janvier s’est-elle limitée à la brève incursion constatée
le week-end dernier ? Toujours est-il que la population
Assajog commence à se lasser des menées solitaires et
improductives d’un Président amateur de la politique
spectacle. Rappelons que depuis la rentrée c’est au moins
la troisième fois que le Chef de l’État effectue des
brèves visites dans une des villes qui lui est la moins
favorable. Qu’y cherche t-il ? Mystère et boule de gomme.
Pour notre part, nous pensons que ces
pérégrinations du Chef de l’État aux quatre coins du pays
démontrent surtout la profonde solitude de celui qui a
fait le vide de sérieux autour de lui. Le timonier
national donne ces derniers temps, l’impression de
naviguer à vue à bord d’un navire sans équipage et sans
canot de sauvetage. Pourtant la mer est houleuse…
Paiement des arriérés :
Gel…. et dégel ?
Ballon d’essai ou cynisme
gouvernemental ? Selon certaines sources se disant bien
informées, le régime aurait songé dernièrement à geler les
deux mois d’arriérés de salaire dûs aux travailleurs
djiboutiens avant de faire marche arrière. Si cette
éventualité avait été retenu un moment cela signifierait
que ce pouvoir malfaisant cherche continuellement à
s’enrichir sur le dos du peuple. Rappelons que les
travailleurs djiboutiens ont déjà perdu plusieurs mois
d’arriérés de salaire ces dernières années. Mais au moment
ou la propagande gouvernementale cherche à faire croire
que l’économie va mieux, principalement parce qu’une
miraculeuse générosité extérieure est venu combler les
brèches béantes de la mauvaise gouvernance, les autorités
seraient mal fondées d’invoquer des difficultés de
trésorerie. Car tout un chacun sait que la présence
étrangère rapporte annuellement plus de 11 milliards de
francs Djibouti à l’État, sans que la précarité n’en soit
pour autant réduite.
A l’approche des échéances électorales
décisives, le régime à court d’imagination cherchait
peut-être à geler provisoirement le paiement des arriérés
pour opportunément les débloquer en 2005. Quoi qu’il
advienne, les travailleurs déjà amplement saignés doivent
rester vigilants pour défendre le cas échéant les fruits
de leur dur labeur face à un régime fondamentalement
prédateur.
Somaliland-Puntland :
Silence assourdissant du «médiateur»
régional
Le Chef de l’État djiboutien a-t-il
renoncé à décrocher le prix Nobel de la paix, ou a-t-il
tout simplement perdu son bâton de pèlerin ?
Le silence de notre médiateur régional
à propos de la nouvelle tension entre le Somaliland et le
Puntland est cette fois déconcertant. Et ce nonobstant la
sortie intempestive du Ministre des Affaires Étrangères
tenant des propos indignes d’un régime prétendant au
statut de médiateur dans le conflit somalien. Et que dire
de l’instrumentalisation des réfugiés somalis au Yémen,
apportant leur soutien au régime Djiboutien mis en cause
par Abdillahi Youssouf, Président du Puntland. Il convient
de rappeler aux autorités djiboutiennes que l’utilisation
des réfugiés à des fins de propagande est totalement
interdite par la Convention de Genève.
En attendant, la crise ouverte entre
Hargeisa et Garowe risque de tourner en conflit. En effet,
le Somaliland et le Puntland se livrent depuis quelques
semaines à une guerre des ondes sur fond de bruits de
bottes aux alentours de la ville de Las-Anod. Selon les
autorités du Somaliland les forces du Puntland qui
revendique une partie des régions de Sol et Sanag auraient
fait une incursion dans la ville de Las-Anod en territoire
Somalilandais.
Le Puntland, qui a proclamé son
autonomie en 1998, affirme de son côté que cette région
lui revient, arguant des origines Puntlandaises de sa
population
Devant la montée des périls, même le
Secrétaire Général des Nations Unies a lancé un appel à la
retenue.
La tension persistante entre ces deux
voisins ne semble pas inquiéter le Président Djiboutien
qui observe un silence gêné. L’homme de la rue a déjà
trouvé une explication à l’actuelle apathie du médiateur
régional. Avec comme passif, l’échec du processus de
réconciliation somalienne initiée à Arta et la violation
de l’Accord de paix interne du 12 mai 2001, le pouvoir
djiboutien est tellement discrédité qu’il n’a plus voix au
chapitre de la paix régionale. Peut-être. Plus
prosaïquement ce recul diplomatique semble indiquer que
l’étoile du «numéro un djiboutien » ne brille plus ni ici
ni ailleurs. L’esbroufe ne paie plus.
Pour sa part l’ARD invite les deux
parties (Somaliland et Puntland) à rechercher une solution
négociée au différend frontalier qui les oppose.
Il en va de la stabilité régionale et
de l’intérêt bien compris de nos peuples frères.
La
Paix régionale en question
Entre espoir et inquiétudes
L’année 2004 sera-t-elle celle de la paix
retrouvée dans notre sous région troublée ? Si des
avancées notables sont enregistrées au Soudan, des
récentes tensions entre l’Érythrée et l’Éthiopie ou des
regrettables frictions entre le Somaliland et le Puntland
font que la balance oscille entre espoir et inquiétudes.
Au plan de la paix régionale la seule
note positive nous vient pour l’instant du Soudan où
gouvernement et rebelles du Sud confirment de jour en jour
leurs volontés de mettre fin à un conflit vieux de deux
décennies. La rébellion du Darfour dont l’intransigeance
avait fait capoter les négociations de N’Djamena en
décembre dernier semble ces derniers jours revenir à la
raison en confirmant sa disponibilité à rechercher une
solution négociée au conflit qui l’oppose au régime de
Khartoum.
Ce revirement du Mouvement de
Libération du Soudan (MLS) est favorablement accueilli par
les observateurs et amis du Soudan en raison de la
catastrophe humanitaire générée par ce conflit. En effet,
ces dernières semaines plus de 20 000 civils fuyant les
combats au Darfour sont venus grossir les rangs des 80.000
réfugiés déjà enregistrés au Tchad. Selon les rares
humanitaires ayant accédé à cette région de l’Ouest du
Soudan, des milices arabes alliées du régime de Khartoum
font régner la terreur dans les villages du Darfour.
Souhaitons qu’un rapide cessez-le-feu et l’ouverture de
véritables négociations viennent mettre fin au calvaire
des populations civiles de cette région meurtrie.
Plus près de nous, la brusque remontée
de la tension entre l’Éthiopie et l’Érythrée à propos de
Badmé fait craindre une remise en cause du statu quo en
vigueur depuis les accords de paix signés à Alger en 2000.
Selon les analystes, le contentieux porterait sur le
village de Badmé attribué à l’Érythrée mais toujours
revendiqué par l’Éthiopie, au prétexte que la population
de cette localité se considère Éthiopienne et non
Érythréenne. Tout cela sur fond de méfiance grandissante
et de suspicion mutuelle de déstabilisations internes.
Pour l’heure, l’escalade militaire n’a pas encore débouché
sur un conflit armé mais les risques demeurent.
De son côté, la communauté
internationale continue de faire pression pour que les
deux puissances militaires de la Corne de l’Afrique
n’entrent pas à nouveau en guerre. Une telle éventualité
serait lourde de conséquences pour la stabilité régionale
et compromettrait gravement l’avenir des peuples de notre
sous-région ainsi que l’intégration économique souhaitée
par tous. Quoi qu’il en soit, le raidissement actuellement
observé à Addis-Abeba et Asmara n’a rien de rassurant et
complique davantage la mission des forces des Nations
Unies déployées sur les frontières des deux pays. C’est
dans ce contexte de tension extrême entre nos voisins
Erythréens et Ethiopiens qu’est venu s’ajouter depuis
quelques semaines un nouveau facteur d’instabilité
régionale : le contentieux frontalier opposant le Puntland
au Somaliland. Pour le moment l’escalade est plus verbale
que militaire même si des bruits de bottes sont signalés
dans la zone contestée de Las-Anod.
La menace est pourtant prise au sérieux
puisque les Nations Unies par la voix de son Secrétaire
Général appellent les deux parties à faire preuve de
retenue et de ne pas recourir à la force. Bien que non
reconnus par la communauté internationale, le Somaliland
et le Puntland disposent de potentialités militaires non
négligeables faisant craindre, en cas de conflit, des
catastrophes humanitaires corollaire, de tout conflit
armé. Le Somaliland en quête de reconnaissance
internationale n’a aucun intérêt à entrer en guerre contre
le Puntland; sa remarquable stabilité de 10 ans en serait
gravement affectée. Quant au Puntland que gagnerait-il à
affronter un Etat voisin et frère ? Après la paix
introuvable en République de Somalie, otage des chefs de
guerre, notre sous région n’a pas besoin d’un nouveau
conflit qui réduirait à néant tout espoir de développement
dans cette partie de l’Est Africain.
Placé sous le parapluie occidental,
notre pays qui paraît à l’abri d’agressions extérieures
aurait pu profiter de sa stabilité retrouvée pour jouer un
rôle actif dans la recherche d’une paix globale dans la
région, mais l’incohérence de ses dirigeants lui a ôté
toute possibilité de contribuer à la consolidation de la
paix sous-régionale.
Par ses atermoiements et ses alliances
conjoncturelles, le régime Djiboutien n’est plus en mesure
aujourd’hui de s’astreindre à une neutralité positive lui
permettant d’exercer une influence crédible sur le cours
des évènements dans la Corne de l’Afrique.
C’est bien dommage pour le bon
voisinage et l’image de notre pays. Quoi de plus gênant
pour un pays se disant médiateur que d’être régulièrement
accusé de partialité ou d’ingérence douteuse ? c’est
pourtant ce que l’on entend depuis quinze ans que notre
pays prétend s’impliquer dans la réconciliation
somalienne. A chaque fois, une partie des protagonistes
récuse la neutralité djiboutienne. On l’a encore vu
dernièrement avec le Pountland accusant les autorités
djiboutiennes d’envenimer la situation dans un contentieux
frontalier en cours avec le Somaliland.
Dans cette affaire, le silence
embarrassé du médiateur régional semble éloquent.
Les
incohérences du Budget (3)
Les budgets de l’État djiboutien se
suivent et se ressemblent. Reconduisant chaque année des
mesures budgétaires paupérisant davantage certaines
catégories socioprofessionnelles, celui de 2004 va encore
plus loin dans des justifications erronées, affirmant que
la politique de diminution de la pression fiscale mise en
place depuis 1999 par le gouvernement se poursuit. Nous
répondons que ceci est totalement faux, en ce sens que,
sans remonter à la date de l’arrivée au pouvoir de
l’actuel Chef de l’État (chiffres que nous ne pouvons vous
livrer ici pour des raisons techniques) nous appuyons
notre démonstration face à cette politique économique
insensée, en comparant les chiffres officiels du ministère
de l’Économie et des Finances de 2001 à 2003 (Budgets
rectifiés) face à celui prévisionnel de l’année en cours.
Bien qu’il aurait été souhaitable
d’approfondir l’analyse chiffrée des données
gouvernementales concernant principalement les
affectations des fonds des contribuables, nous limiterons
nos remarques aux seuls tableaux ci-dessous, lesquels
contredisent les prétentions du régime.
2004 : l’appauvrissement se confirme
Nous ne demanderons pas encore aux
autorités compétentes par quel génie le Ministère des
Finances a pu passer d’un excédent budgétaire de 712
millions FD en 2001 à un déficit budgétaire de plus de 3
milliards FD en 2002 et enfin d’un nouvel excédent
prévisionnel de plus de près de 550 millions fd pour
l’année 2003.
Paradoxalement, le Budget de l’État
croit d’année en année. Sa progression, sans remonter à
l’exercice 1999, est passé de 38,2 milliards FD en 2001
(un an et demi après la prise du pouvoir du nouveau Chef
de l’État) à 43,2 milliards FD pour 2004, soit une
augmentation de plus de 13% en trois ans. Il faut
souligner aussi que lors de l’année écoulée, le Budget
prévisionnel et celui rectifié, tout en oscillant aux
alentours des 40 milliards de nos francs, ont accusé une
différence d’un millard FD.
Cette montée en flèche n’est
certainement pas sans conséquences sur la population
appauvrie, qui doit encore contribuer énormément aux
dépenses fastidieuses d’un pouvoir incohérent et
irresponsable. Sinon, comment comprendre une politique
gouvernementale prétendant chercher à ne pas léser les
salariés et les créateurs de richesses, alors que l’on
observe clairement dans le tableau de recettes ci-dessous
que l’augmentation des dons des institutions
internationales n’a pas contribué à une quelconque
diminution des prélèvements ahurissants de l’État sur les
salaires, en augmentation cette année encore de 8%.
Réalité qui contredit les affirmations du régime.

Cet impôt sur les traitements et
salaires frappant essentiellement la classe laborieuse,
les variations calculées depuis 2001 démontrent que ces
taxes ont gonflé de plus de 24 % en 3 ans. Quant à l’impôt
sur les bénéfices professionnels des entreprises, son
montant de 2001 ne nous convainc pas. Cependant, sa
progression continue encore avec une valeur relative de
près de 5%.
Tout en relevant que la taxe sur les
produits vendus dans le pays, communément appelée TIC, a,
en deux exercices, affiché une montée de plus de 11%,
globalement, l’ensemble de ces impositions (directes et
indirectes) frappant en dernier ressort les ménages
totalisent un accroissement vertigineux de plus de 153 %
entre 2001 et 2004.
Quelle démagogie face à la catastrophe
nationale, lorsque la présentation du budget 2004 affirme
qu’il y a eu baisse des taxes et surtaxes sur les produits
pétroliers et qu’en réalité nous observons dans la ligne
des recettes « redevances diverses » qui portent
essentiellement sur ces biens (dont le pétrole lampant
utilisé par tous les ménages djiboutiens) a connu une
ascension fulgurante d’environ 83 % entre 2001 et 2004 et
de 12,43 % rien qu’entre 2003 et cette année.
Par conséquent, la politique
gouvernementale n’est nullement axée sur la lutte contre
la pauvreté mais plutôt sur l’appauvrissement général du
peuple pour mieux le contrôler.
Mirobolantes dépenses sécuritaires :
Nous nous abstiendrons ici de fournir
les détails des dotations budgétaires poste par poste.
Toutefois, nous constatons que, pour une large part, les
dépenses couvrent les besoins sans cesse grandissants de
l’armée : sécurité présidentielle oblige. L’autre secteur
bénéficiaire étant depuis peu celui de l’Éducation
Nationale, nous avions dans un précédent numéro démontré
l’écart entre les dotations budgétaires et les résultats
escomptés de ce Ministère responsable de la formation de
nos progénitures et surtout de la qualité des ressources
humaines du pays.
L’opacité étant toujours de mise en ce
qui concerne les revenus dégagés par le Port et
l’Aéroport, les dépenses de l’État tirent l’essentiel de
leurs ressources sur les revenus des travailleurs. Il est
connu que toute dépense supplémentaire appelle une recette
supplémentaire, d’où nos remarques suscitées. Les dépenses
de l’État sont toujours en évolution constante puisqu’en 3
exercices, sa partie « Personnel » a enregistré une
progression d’un peu plus de 5% et sa partie « Matériel
» de +18,7%. Ne pouvant s’astreindre à un train de vie
raisonnable, ni se contenter des aides, dons et autres
subventions des institutions internationales et des Etats
amis, l’endettement du régime représente près d’un demi
milliard FD, auquel s’ajoutent bien entendu les prêts
récemment contractés et « débattus », après adoption du
budget 2004, par une Assemblée mal élue.

Plus bas dans le tableau dépense 2004,
les dettes rééchelonnées augmentent de 561% environ, et
les emprunts (programmes ou pas) de 24%. Bravo pour
l’héritage difficile laissé aux jeunes générations !
Ce qui est le plus frappant dans cette
partie du Budget, c’est que le pouvoir soutient les
réalisations de plusieurs investissements favorisant une
relance de l’économie et prometteurs de développement. Or,
outre l’ambitieux projet de Doraleh dont le régime attend
beaucoup, les chiffres résumés ci-dessus prouvent bien que
sur près de 7 milliards FD d’investissements, notre
gouvernement n’intervient qu’à hauteur de 1,6 milliards FD,
le reste étant à la charge de nos partenaires.
Notre précédent numéro contredisait,
d’ailleurs, le prétendu financement de 670 millions FD
intentionnellement classé dans le chapitre «
investissement » dont 500 millions FD portaient sur
une prise de participation de l’État dans le capital d’une
entreprise publique et 170 millions FD couvrant des
charges récurrentes d’un projet d’investissement. Ces
points appellent des explications de la part de
l’Argentier.
En attendant de revenir plus en détail
sur les destinations des deniers publics, nous retenons de
ce Budget 2004, pour l’instant seulement prévisionnel, que
la situation économique du pays va de mal en pis, surtout
pour les plus démunis.
La
Décentralisation dans le Budget
N’en croyez pas un mot !
A en croire le gouvernement, la
Décentralisation est un souci gouvernemental depuis
l’Indépendance et est inscrite dans la Constitution comme
une priorité depuis 1992. les Budgets de l’Etat démontrent
le contraire d’une propagande officielle rabâchée par les
médias et constitue à n’en pas douter de la poudre aux
yeux : ci suit les dessous d’une mystification.
« Hatta ‘alaa Haamaan yaa Far’uun
? »: c’est ce que, d’après la légende arabe, le grand
Chancelier Haamaan qui commandait les troupes
pharaoniques, aurait répondu à Pharaon qui, dans un délire
(mystification ou folie des grandeurs) décrivait comment
il avait créé les hommes… interrogation qui signifie : à
d’autres, Pharaon!
c’est exactement ce que nous répondons
au gouvernement qui, inlassablement, cherche à mystifier
nos concitoyens qui ne sont plus dupes, ainsi que la
coopération multi et bilatérale impliquée dans le
financement de projets sans lendemain parce que concoctés
dans la Capitale sans la participation des populations
concernées. La coopération, malgré les évidents intérêts
qu’elle cherche à préserver ou affermir dans notre pays,
commence à se lasser du mensonge permanent érigé en
méthode de gouvernement.
Sur ce sujet comme sur d’autres, rien
davantage que les Budgets de l’État ne rend compte des
véritables intentions gouvernementales. Avant d’examiner
les Budgets de l’État, la Décentralisation doit être lue
sous l’éclairage de l’Accord de Paix (titre V) tel que
convenu d’accord parties le 12 mai 2001. chacun se fera
alors de lui-même une opinion sur le fossé qui sépare les
dispositions de l’Accord de la pratique gouvernementale en
la matière.
En son article 18, ledit Accord dispose
que « les deux parties conviennent des objectifs généraux
de la Décentralisation sur les plans :
- politique : participation des
citoyens par le biais de leurs élus locaux à la gestion et
la valorisation de leur collectivité ;
- administratif : mise en place d’une
administration plus efficiente car plus proche de ses
administrés ;
- économique : promouvoir des pôles de
développement économique en dehors de la Capitale et
réduire les disparités régionales. »
L’état d’abandon dans lequel ont été
laissées les cinq régions de l’Intérieur depuis
l’indépendance et sont toujours laissées près de trois ans
après la signature de l’Accord, nous dispense de toute
démonstration concernant la promotion des pôles de
développement économique : néant !
Quant à la participation des citoyens
par le biais de leurs élus locaux à la gestion et la
valorisation de leur collectivité, le gouvernement a
reporté sine die les élections régionales qui devaient
normalement avoir lieu en même temps que les législatives
de janvier 2003.
Quant à lui, l’article 22 dudit Accord
créait une commission de mise en place de la
Décentralisation, composée de 12 membres dont 3
représentants de chaque partie signataire, et chargée de :
- mettre en œuvre la décentralisation,
- suivre la mise en place des
institutions régionales et de la section de la Cour
Judiciaire spécialisée dans le contentieux administratif
et le contrôle des dépenses publiques et enfin
- participer au contenu des textes
législatifs et réglementaires prévus par la présente Loi
et veiller à leur mise en application. Le mandat de cette
commission devait durer jusqu’à la mise en place effective
des collectivités régionales.
Le dernier alinéa de l’article 22
stipulait pour sa part qu’ « un décret précisera les
conditions et volume des dotations financières qui doivent
correspondre aux besoins réels de chaque région et seront
définies sur la base de critères objectifs ».
Chacun constatera d’abord que cette
commission n’a jamais été mise en place par le
gouvernement, sans doute pour mieux se donner les coudées
franches avec la honteuse complicité de l’Assemblée
Nationale et dénaturer le contenu du Titre V de l’Accord
de Paix, notamment la récente et impertinente délimitation
des districts, motivée par une irresponsable entourloupe
électoraliste.
Plus gravement, ce sont les Budgets de
l’État qui en disent davantage sur des pratiques
gouvernementales contrevenant aux dispositions de tous les
accords de paix signés en dix ans de conflit, et qui
violent la Constitution consacrant la Décentralisation
comme un indispensable instrument de réforme de l’État et
de développement économique.
En examinant le Budget de l’État, nous
constatons d’abord que la part du Budget consacrée au
district d’Arta ne figure pas, contrairement à ceux des
autres districts, dans le projet de budget du ministère de
l’intérieur pour l’exercice 2004. Ni ailleurs ! Étonnant
lorsque l’on a entendu le Chef de l’État, à l’occasion de
sa présentation des vœux du Nouvel An, prétendre placer la
concrétisation de la Décentralisation au centre des
réalisations gouvernementales (c’est-à-dire des siennes)
pour l’année à venir. Le gouvernement et son Chef ont donc
menti (ce n’est pas nouveau) non seulement aux habitants
de la région d’Arta, mais aussi à tous les Djiboutiens, à
la coopération internationale dont ils continuent sans
pudeur à solliciter le soutien financier, ainsi qu’à tous
ceux qui, de près ou de loin, sont concernés par la
stabilité politique et le développement économique de
notre pays. C’est peu glorieux comme bilan, à un an, si
elles ont lieu, des prochaines échéances électorales.
Voici un tableau comparatif district
par district, des budgets 1996 , 1997, et prévisionnel
2004 :
Les faits (et les chiffres officiels)
sont sacrés, le commentaire par contre est libre. Nous
laissons à nos lecteurs qui ne sont pas tous nos militants
et sont pour la majorité d’entre eux pourvus de bon sens,
le soin de se faire leur propre opinion et réservons pour
notre part nos commentaires et analyses (des choix et
variations des dotations budgétaires) à une autre édition.
Contentons-nous pour l’instant
d’observer qu’en pourcentage, la part du Budget de l’État
consacrée aux régions se résume à 1% du Budget national.
On est très loin des promesses électoralistes, de la «
réduction des disparités régionales » et de la «
promotion des pôles de développement économique ». La
distance qui sépare les Accords de Paix des pratiques
gouvernementales est plus éloignée que celle qui sépare
l’Orient de l’Occident…
Mais ce tableau ne tient pas compte des
50 millions FD octroyés aux conseils régionaux nous
objectera-t-on ! C’est parce qu’ils ne figurent pas dans
les budgets des districts et de toute façon cette aumône
ne modifie en rien, en pourcentage, la part du camembert
affecté aux régions.
Enfin, le cadre général du budget de
l’État pour l’exercice 2003 affirmait sans rire que «
la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire mise en
place avec tous les moyens nécessaires à son bon
fonctionnement a entamé un programme de contrôle dans
toutes les différentes administrations et organismes
publics, concourant ainsi à une plus grande transparence
dans la gestion des deniers publics.. » : à d’autres !
Tout le monde sait que ses comptes
rendus et suggestions ont été depuis sa création
privatisés par la Présidence. La transparence reste encore
malheureusement à inventer chez nous !
Au total, loin de soigner les causes du
conflit civil, les pratiques gouvernementales alimentent
leur renouvellement.. Qu’à Allah ne plaise !
Quand l’enfant du pays s’émerveille Retour vers le néant
politique
La médiatisation à outrance sur les ondes de la RTD (ad
nauseam, six jours de suite ) du dernier périple du
Premier ministre à Tadjourah est typiquement révélatrice
des attentes mystiques ou magiques que le régime place
dans cette inondation d’images rose bonbon et de
déclarations nombrilistes. Mais, en vertu d’un
cloisonnement tribal de ses activités de propagande, le
régime n’a pas tellement cherché à faire profiter les
autres communautés linguistiques du pays de la lumière
diffusée par le Premier ministre à l’occasion de cette
tournée parmi des populations auxquelles de forts et
indéniables liens de sang le rattachent. Par devoir de
transparence, il est de notre devoir de clairement exposer
ce qui s’est réellement passé à Sagallou il y a quelques
jours : chacun pourra par lui-même mesurer à quel point ce
régime confond action politique et invocation magique ;
prenant du même coup ses concitoyens pour des attardés
auxquels il n’est pas nécessaire de parler sérieusement.
Bien que se rattachant toutes à la
tradition culturelle islamique, chaque composante de la
communauté nationale se distingue par ses propres formes
de sociabilité et de d’organisation sociale. Celle à
laquelle le Premier ministre a récemment rendu visite dans
le district de Tadjourah est caractérisée, d’un point de
vue anthropologique, par une stricte hiérarchisation des
rôles sociaux et par des formes d’alliance matrimoniale
mettant en avant, par une sorte de survivance du
matriarcat, l’importance du clan maternel, le
matrilignage. C’est pour cela, qu’arrivé dans le village
de Sagallou, le Premier ministre a estimé normal
d’exclusivement remercier son matrilignage pour l’accueil
chaleureux qu’il aurait reçu. Comme si tout son
déplacement se résumait à cela ! Mais somme toute,
dira-t-on, où est le mal ? Effectivement, le mal est
ailleurs.
En premier lieu, les habitants de cette
région ont tenu à lui rappeler qu’elle avait été
profondément affectée par le conflit civil et qu’elle
n’avait bénéficié d’aucun programme de réhabilitation. Ce
à quoi le Premier ministre n’a pas craint le ridicule en
affirmant qu’il n’était pas au courant du fait que la
guerre avait détruit la région ! Aberrant de la part d’un
si haut responsable de tranquillement prétendre ignorer
les réalités dramatiques que vivent quotidiennement tous
ceux sur lesquels les calamités armées se sont abattues.
D’autant plus grave quand il s’agit d’un nouveau
responsable politique dont le régime meuble le CV en le
présentant comme un des principaux architectes de
l’Accord-cadre de Paris, du 7 février 2000.
En second lieu, suite à ce pathétique
aveu d’ignorance, le Premier ministre a solennellement
promis aux habitants de Sagallou que le régime, maintenant
qu’il est au courant des désastres, procédera à la pose
officielle de la première pierre de la reconstruction,
comme cela a été le cas pour Obock. Quand on se souvient
que cette première pierre a été posée par le Chef de l’Etat
en personne il y a des années de cela sans qu’aucune suite
n’y soit donnée, et quand on sait également que les
bénéficiaires de ce programme de réhabilitation ne sont
pas prioritairement ceux qui ont le plus perdu, l’on
aimerait bien que les auditeurs du Premier ministre
n’aient pas à subir les mêmes humiliations et sacrifices
que les riverains de Ras Bir.
Enfin, et tout aussi gravement, le
Premier ministre a tenu des propos indignes de son rang
relativement à des demandes d’emploi. En effet, les
habitants de cette région n’ont pas manqué de lui rappeler
que leur Jeunesse était généralement au chômage et que le
régime devrait se préoccuper de leur condition. Ce à quoi
le souriant premier des ministres a automatiquement
orienté ses solliciteurs vers un programme présenté comme
miraculeux : le service national adapté. Il a tout
simplement exigé du Commissaire de la République, Chef du
district de Tadjourah qu’il les favorise lors de
l’établissement des listes des recrues pour ce service
national adapté. Il est proprement inouï qu’un dirigeant
politique, sans préjudice de sa trajectoire, demander que
certains soient favorisés sur une seule base tribale par
rapport à d’autres, tout aussi nécessiteux.
Le fond du problème est bien là :
autant que l’aveu selon lequel ce gouvernement n’a aucune
perspective d’emploi à proposer aux jeunes, ce régime
promet à certains de les favoriser par rapport à d’autres.
L’État n’est donc pas là pour assurer l’égalité entre tous
les citoyens. On comprend donc mieux pourquoi la RTD
retransmet six jours de suite ses propos, sans bien sûr
prendre la peine de les traduire aux autres composantes de
la communauté nationale : susciter la jalousie sociale et
faire croire que, notre pays étant condamné au tribalisme,
chacun doit impérativement soutenir son cousin seul à
pouvoir lui donner quelque chose.
Sauf preuve du contraire, Gouled n’a
jamais explicitement demandé une telle stupidité de la
part de son Premier ministre : un tel degré dans la
tribalisation excessive des enjeux politiques est bel et
bien une nouveauté que l’on doit à l’actuel Chef de
l’État. Heureusement qu’il est allé à la Mecque.
Mais personne n’est vraiment dupe :
celui qui promet de privilégier son petit microcosme
tribal est toujours le moins bien placé pour assurer sa
propre survie politique. Car, si l’on cherche vainement à
quel groupe tribal ce régime a réellement profité, l’on
sait parfaitement, par contre à qui il a porté préjudice :
à l’ensemble du Peuple djiboutien. Et cela, aucune tournée
du Premier ministre ou de son Chef de gouvernement, ne
peut faire croire le contraire. « C’est moi Alice, au
pays des Merveilles, Alice aux cheveux blond vermeil,
Alice qui parfois se réveille » chantait l’héroïne :
le réveil politique risque d’être traumatisant pour tous
ceux qui, mystifiés par la tombola du régime, croient
encore aux contes de fée en se croyant réellement
responsables.
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