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Éditorial
TAM-TAM A L’EAU DE ZAM-ZAM :
ENTRE FOI RELIGIEUSE ET MAUVAISE FOI POLITIQUE
Puisqu’on n’a pas fini de nous en
rabâcher les oreilles (Hadj sonne mieux que docteur
honoris causa), autant y revenir tout de suite : faut-il
parler d’un geste ou d’une geste à propos du pèlerinage
présidentiel ? Les deux formules sont appropriées, car il
s’agit d’un acte de foi personnel immergé dans une
trajectoire politique présentée comme une Providence que
le peuple djiboutien devrait accueillir à son inestimable
valeur. D’ailleurs, n’est-ce pas le chœur de son fan-club
qui comparait en 1999 l’actuel Chef de l’Etat à Noé et son
mandat présidentiel à l’Arche du susnommé élu de Dieu ? Le
ton était déjà donné à dès cette époque : même si nous lui
avions sincèrement souhaité bon pèlerinage et Rédemption
acceptée, pourquoi s’étonner de ce que le geste de foi
religieuse se dédouble d’une geste de mauvaise foi
politique ? Par incorrigible amour de son prochain !
En effet, il nous faut encore insister
sur un point capital : le Chef de l’Etat devrait être le
croyant à ignorer que, selon le grand exégète de la
Tradition du Prophète (PSL) qu’est Al-Razaali, une seule
injustice commise dans l’exercice du pouvoir pèse, le Jour
du Jugement Dernier, plus lourd que toute une vie
ordinaire de péchés. Le Verset 24 de la Sourate 37 du
Coran est explicite de ce point de vue : « Et
arrêtez-les, car ils doivent être interrogés » (Mas’uuluun).
Etymologiquement, en langue arabe, interrogé signifie en
même temps responsable ! Le responsable politique est donc
celui qui est interrogé, au Jour du Jugement Dernier, plus
que d’autres. Car, la différence entre le dirigeant
politique et ses concitoyens ordinaires, c’est qu’en plus
de ses faits et gestes privés, le premier doit aussi
rendre compte de sa gestion des affaires publiques ayant
quelque incidence sur la vie quotidienne des seconds. Ce
n’est pas peu dire que l’injustice (Zulm) et le mensonge
hypocrite (Nifaaq) sont devenus une forme de gouvernement
pratiquement banalisée à Djibouti. C’est donc quasiment un
miracle divin que le citoyen et le croyant attendent de ce
pèlerinage présidentiel : un changement radical des mœurs
et des pratiques gouvernantes de dirigeants dont il est le
premier responsable, si ce n’est l’unique.
Malheureusement, à voir à quel point ce
Hadj n’a pas allégé la pression sur un Trésor Public de
plus en plus incapable de verser les salaires, ou encore
l’utilisation peu orthodoxe du quota de pèlerins accordé à
notre pays (objet d’un véritable trafic dont beaucoup de
croyants réellement nécessiteux se plaignent), il y a fort
à craindre que sous le soleil djiboutien, il n’y a encore
rien de nouveau à espérer de ce côté-là. Pèlerinage du
Chef de l’État ou pas, si ce n’est en pire.
Toutefois, attendre un miracle n’est
certainement pas une posture de résignation fataliste : si
les symptômes de la mauvaise gouvernance persistent,
luttons inlassablement, avec la détermination des Justes
et la conviction de gagner ! Tout en sachant que nous ne
sommes, pauvres mortels, que prétexte à l’accomplissement
de la volonté divine.
Brèves nationales
Recul de la Voirie :
Les ordures contre-attaquent
Suite aux récentes pluies,
l’insalubrité gagne du terrain dans plusieurs quartiers
populaires, au grand désespoir des riverains et des
automobilistes. Ce phénomène récurrent est aggravé depuis
quelques jours par un inquiétant développement des
décharges sauvages. Les ordures ménagères ont fait une
dangereuse réapparition dans tous les coins de la ville.
Les préparatifs de la fête de l’Aïd-el-Kébir et le retour
des clandestin sollicités par les familles djiboutiennes
pour l’évacuation des ordures ménagères expliquent en
partie cette situation. Mais que font pendant ce temps les
services techniques du district ? Après avoir bruyamment
annoncé l’acquisition, grâce à la mendicité
présidentielle, de nouveaux moyens matériels pour lutter
contre l’insalubrité, force est de reconnaître que
l’amélioration tant attendue n’est toujours pas au
rendez-vous.
Les bennes à ordure font cruellement
défaut et les décharges sauvages ont repris leur droit. Il
ne suffit pas d’illuminer les principales artères de la
Capitale quand le reste de la ville croule sous un tas
d’ordures. Lors de la dernière fête de l’Aïd-El-Fitr, nous
avions salué l’effort de nettoyage accompli ;
malheureusement, cet effort n’est pas resté soutenu et les
Djiboutiens ont fêté l’Aïd-El-Kébir dans une Capitale
parmi les plus sales du monde. C’est cela, la mauvaise
gouvernance : beaucoup de discours, peu d’actes. Vivement
le changement souhaité par les Djiboutiens pour, entre
autre, l’amélioration de notre cadre de vie !
Environnement et Tourisme :
Les sites « protégés » le sont-ils
vraiment ?
A l’heure où le régime prétend
répertorier et protéger les sites touristiques et les
écosystèmes de notre pays, la réalité observée sur le
terrain ne corrobore absolument pas les discours
volontaristes du gouvernement. Si l’on assiste à un
indéniable développement des activités touristiques grâce
surtout aux initiatives privées, principalement dans le
district de Tadjourah, les sites prétendument protégés se
dégradent de jour en jour. Ainsi, le lac Assal a connu ces
dernières années une affluence humaine massive en raison
de l’exploitation économique de sa banquise de sel.
Conséquence de activité lucrative mais polluante, cette
zone s’est considérablement dégradée ; même le sol du
petit village d’Assal est jonché d’ordures et de sacs de
plastique.
Quant au rivage marin du
Goubet-El-Kharab, il est périodiquement soumis à des
pollutions marines d’origine inconnue. Concernant la foret
primaire du Day, joyau national digne d’être classé au
patrimoine mondial de l’UNESCO, sa préservation est
quelque peu perturbée par le développement de la culture
du khat. Enfin, selon des sources rurales sérieuses, le
régime chercherait à enfouir des déchets toxiques dans la
belle plaine du Grand Bara. Cette affaire est suivie de
près…
Politique-fiction :
Belles paroles sans actes
« Il est de notre responsabilité
d’aller vers les plus démunis. Nul ne doit être abandonné
à l’indifférence. Cela est contraire à tous nos principes
religieux et à toutes nos valeurs traditionnelles ».
Ces paroles prononcées par le premier ministre à
l’occasion de l’Aïd-El-Adha sont-elles conformes à la
réalité ou relèvent-elles du domaine de la
politique-fiction ? Même s’il est clairement établi que la
solidarité nationale reste un vœu pieux chez ce régime
insouciant, la violation des engagements écrits est
toujours de mise. Sans mettre au défi le premier ministre
de traduire ses belles paroles en actes, nous oserons par
contre lui rappeler que son exécutif n’a montré jusqu’à
présent aucun signe de bonne volonté en ce sens.
Aussi, le premier ministre doit donner
l’exemple en s’attelant dès maintenant à la réinsertion
des démobilisés du FRUD, du FRUD-armé ainsi que de ceux du
gouvernement. Ces personnes sont parmi les plus démunies
vivant dans notre pays. La situation des anciens
militaires, policiers et gendarmes est également
préoccupante et il convient de la régler rapidement.
Enfin, nous croyons savoir que le premier ministre s’est
dernièrement et timidement impliqué dans le dossier
brûlant des incorporés du FRUD-armé, en demandant leur
régularisation, sans succès.
Alors, comment croire aux belles
paroles jamais suivies d’actes, quand elles ne sont tout
simplement pas reniées ?
Ali-Sabieh :
Prochaine visite du sourcier national ?
La lutte effrénée contre la soif, menée
par le sourcier national sur toute l’étendue de notre
pays, a-t-elle réellement porté ses fruits dans le
district d’Ali-Sabieh ? Toujours est-il que, selon des
sources proches du pouvoir, le Chef de l’État compte
prochainement inaugurer en grande pompes le projet d’eau
d’Ali-Sabieh. Cette visite programmée paraît-il entre le
10 et le 15 février prochain aura forcément une
connotation politique. En effet, les Assajog constatent
médusés que le grand chef semble particulièrement attiré
par leur ville, même si ses incursions intempestives
restent pour le moment improductives. Dans cette campagne
prématurée, le Chef de l’État cherche à reconquérir cette
ville frondeuse, bastion de l’opposition dans le Sud du
pays, comme l’essaie avec peine son premier ministre dans
sa ville natale de Tadjourah autre grand fief de
l’opposition dans le Nord. « Réalité » souhaite de
la persévérance à ces deux spécialistes de la gestion
de vraie problématique.
Le pèlerinage de la Mecque endeuillé
:
Encore une bousculade meurtrière à Mina
Le Hadj est un des cinq piliers de
l’Islam que tout musulman doit au moins accomplir une fois
dans sa vie, si sa santé et ses moyens le permettent. Deux
millions de fidèles accomplissent ce rituel chaque année.
Devant l’ampleur des demandes, les autorités saoudiennes
ont imposé des quotas par pays afin de permettre le bon
déroulement du pèlerinage. Ainsi, bon an mal an, près d’un
millier de nos compatriotes effectuent ce devoir sacré.
Malheureusement, le pèlerinage est
parfois une entreprise à haut risque que malgré toutes
mesures de précaution les autorités du pays d’accueil
n’arrivent pas à rendre sûr à 100%. Cette année encore
plus de 250 pèlerins d’une dizaine de nationalités ont
perdu la vie en cherchant à accéder au site de Mina où une
stèle symbolisant Satan doit être lapidé au moyen de sept
petits cailloux. Pourtant, le Royaume Saoudien avait pris
des mesures de sécurité exceptionnelles visant à
circonscrire toute menace d’attentat terroriste et le
pèlerinage s’annonçait sous des meilleures auspices que
les années précédentes.
Selon des observateurs indépendants, la
récurrence des risques de décès accidentels liés au
pèlerinage traduirait l’incapacité des autorités
saoudiennes à assurer l’organisation du Hadj dans des
conditions optimales de sécurité. Aux dernières nouvelles
les pèlerins djiboutiens seraient quant à eux sains et
saufs. Cependant on rapporte que quelques-uns de nos
compatriotes auraient été blessés bien avant la bousculade
meurtrière. Nous souhaitons un prompt rétablissement aux
malades et un bon retour à tous.
Prolifération des armes légères :
Le régime est à incriminer
Un séminaire consacré à la lutte contre
la prolifération des armes légères a été organisé jeudi
dernier avec la participation d’experts étrangers. Selon
le journal gouvernemental « La Nation » qui rapporte cet
évènement un officier supérieur de la FNP aurait déclaré
dans sa communication que le régime a énormément contribué
à cette lutte. Selon ce haut gradé particulièrement
inspiré et cité par La Nation « la FNP et l’AND
auraient mené conjointement des opérations de
recensement, collecte et destruction des armes à feu aux
mains des 1160 rebelles du FRUD, conformément aux accords
de paix du 12 mai 2001. Ces opérations de destruction des
armes ont eu lieu à Waddi et Ribta et se sont achevées par
l’incinération de toutes armes détenues par les
ex-rebelles au cours d’un bûcher de la paix ». Triste
et pitoyable aveu d’un régime qui continue à ce jour et
trois ans après ce mémorable évènement, voulu par le
FRUD-armé, de terroriser les populations civiles du Nord
au prétexte de rechercher d’hypothétiques caches d’armes.
Nous avons au cours des mois écoulés
régulièrement dénoncé de telles dérives dangereuses pour
la paix civile. A ce sujet, nous exigeons la libération
immédiate des pauvres bergers injustement incarcérés à
Gabode dans le cadre de ces fantaisistes recherches
d’armes. Si malheureusement des armes à feu continuent de
circuler illégalement dans notre pays, cela est dû, à
notre humble avis, à la coupable inconscience de ce régime
de mauvaise gouvernance.
Meeting de l’UAD de l’avenue Nasser
:
L’opposition condamne le passif du
régime
Dimanche dernier, l’opposition
regroupée au sein de l’UAD a tenu son traditionnel
rassemblement populaire de l’Aïd à l’avenue Nasser devant
le siège de l’UDJ. Arrivée sur place à 10 h, la Direction
de l’UAD a présenté ses vœux de bonne fête à la population
djiboutienne avant d’aborder les principaux thèmes
politiques de l’heure. Les dirigeants de l’UAD n’ont pas
manqué à cette occasion de dénoncer le bilan négatif et
l’attentisme du régime en place. Après avoir démystifié
les multiples promesses démagogiques de ce pouvoir en
campagne, tous ont exhorté nos concitoyens à lutter pour
un changement démocratique.
Dernier orateur à s’exprimer, le
Président Guedi a conclu sans ambiguïté « ce régime a
échoué sur tous les plans. Son bilan est décevant. Ses
projets de développement sont pour la plupart au point
mort. Les arriérés de salaires perdurent malgré l’aide
économique étrangère, les atteintes aux libertés publiques
et syndicales s’accentuent… A la veille d’échéances
électorales cruciales, inscrivez-vous massivement sur les
listes électorales et restez mobilisés pour imposer un
vrai changement démocratique. La victoire est au peuple…
»
Ce meeting a pris fin aux environs de
11 h 30 dans une ambiance d’allégresse et d’espoir. Plus
que jamais l’UAD incarne le changement attendu par notre
peuple. Pour les Djiboutiens, elle est la seule force
d’avenir capable de sauver notre pays.
Propagande : le ministère de l’Emploi et de la Solidarité
Nationale ne chôme
Comme par hasard, le ministère de
l’Emploi et de la Solidarité Nationale (c’est son intitulé
officiel) s’est fendu la semaine dernière d’une
interview-reportage pour le moins complaisante dans les
colonnes du journal gouvernemental « La Nation » en vue
d’expliquer aux lecteurs-électeurs le bien-fondé du
Service National Adapté, censé remédier à tous les
problèmes de chômage structurel frappant surtout les
jeunes et à la persistante inadéquation entre Formation et
Emploi. En fait, c’est tout simplement parce que nous
avions relaté dans nos précédents numéros les incohérences
de ce Service National Adapté qui, comme son nom l’indique
bien, est tout sauf un service national s’appliquant
uniformément à tous, encore moins un moyen de lutte contre
le chômage, que le régime tente depuis de justifier
l’injustifiable à travers ses représentants. Tout
simplement parce que le Président de la République, Chef
du Gouvernement, Chef Suprême des Armées en a décidé
ainsi. Nous vous démontrons ci-dessous les tenants et les
aboutissants de ce faux-projet anti-chômage au profit des
jeunes.
Albert Camus disait dans « La Peste »
que: « la dignité de l’homme ne peut naître que de sa
confrontation avec l’absurde, non dans l’espoir de
l’annihiler car il est inhérent à la condition humaine,
mais pour lui imposer sa marque, pour l’assumer tout en
criant au scandale ». Cette phrase n’a rien de particulier
par rapport à d’autres écrits engagés. Elle définit
seulement le contexte entre ce qui doit régir entre le
refus d’une existence et l’inévitable changement. Certes,
c’est un appel à la révolte. Et pour cause…
Un microcosme minoritaire dans une
région troublée en réelle refonte au sens large du terme
veut se considérer comme le dénominateur commun régional
pour redéfinir un enjeu qui se situe au-delà de certaines
de ses espérances noyées par ses tergiversations
politiques, limitées dans le temps et dans l’espace.
Bien entendu, loin de disposer de
l’ensemble des cartes, le régime djiboutien
indescriptiblement semble considérer comme un changement
de cap de ses pratiques antérieures, en raison de la lutte
contre le terrorisme.
Certes, la présence des forces
françaises ou autres lui servant de parapluie pour le
couvrir des réactions des pays frontaliers face aux
immixtions de notre pays dans les affaires intérieures de
ses voisins et même de certaines velléités d’émancipation
interne, que celles-ci soient directes où indirectes.
Et cela y compris la capacité de
remettre en cause de la manière la plus officielle une
hypothétique réconciliation somalienne, après ses accords
internes du 12 mai 2001 dont il n’a toujours pas respectée
les points négociés.
Alors faut-il considérer le SNA comme
une nouvelle mobilisation « anti-terroriste » s’adossant à
cette donnée internationalement admise mais que notre
régime tente « d’accompagner » en sabotant, d’une manière
éventuelle ou affirmée, cette avancée pacifique de la
région.
Tout en soulignant que, si la position
de notre pays, siège de l’IGAD et plusieurs fois à la
présidence de cette instance régionale, se conduit de la
manière la plus arrogante face aux options choisies par
les États membres de cette organisation sous-régionale
dans la résolution de la crise somalienne, la nature du
pouvoir en place est clarifiée par ses actes incessants et
ses comportements effrontés face que ne peut lui garantir
sa position géostratégique. L’imbrication des communautés
interrégionales n’implique pas forcément une garantie
sécuritaire dans une lutte contre le terrorisme et ne peut
permettre à notre pays à vouloir dicter automatiquement
ses valeurs morales qui, pour une pacification régionale,
restent idem comme ses propres engagements
politico-militaristes des années 1988-2000.
Cette démonstration conduit à faire
l’analyse de la nouvelle donne du régime dont l’esprit
subversif face à une réelle stabilité nationale comme
régionale reste contraire à tout esprit d’intégration
régionale. C’est cette aspect politico-militaire sous une
ombrelle étrangère qu’obéit le Service National Adapté.
Un diction dit « Un lièvre croit
dissimulé ses crottes qui resteront visibles ». Le Service
National Adapté n’est en fait qu’une nouvelle formule de
remobilisation voulant accompagner la nouvelle donne de «
la lutte anti-terroriste » au niveau régional. Une
mobilisation d’une armée « nouvelle formule
anti-terroriste» laquelle formerait une jeunesse au
chômage de l’ordre de 1200 avec un revenu mensuel de
20.000 FD/mois et par recrue. Le SNA révèle le journal
gouvernemental « La Nation » est une émanation de l’Armée
Nationale Djiboutienne –AND. L’actuel responsable de la
Solidarité Nationale, certainement courtisant comme ses
pairs d’un système nourricier autorisant les
cooptés-fonctionnaires et autres conventionnés à émigrés
femmes et enfants, serait-il à même de défendre
l’indéfendable.
Ainsi donc, le fonctionnaire du
ministère de l’Emploi préposé au travail de propagande,
affirme dès le début que le Service National Adapté répond
avant tout à un souci de sécurité interne et externe.
Étonnant lorsque l’on sait qu’à ce chapitre, les
démobilisés du FRUD-armé, qui devaient normalement être
les premiers bénéficiaires d’une telle formation en vue
d’insertion socioprofessionnelle, attendent encore le
début de commencement d’un programme en ce sens.
Pour être plus précis dans ses dires,
qui s’appuient sur le contenu du document justifiant le
séminaire sur l’action gouvernementale de février 2002 dit
réellement ce qui suit sur le SNA, le document auquel se
réfère ledit préposé à la désinformation officielle
prétend ce qui suit :
« Initié par le Président de la
République, chef de gouvernement, chef suprême des Armées,
le Service national adapté consiste en une forme de
service militaire, d’une durée de 18 mois, destiné aux
jeunes nationaux ayant abandonné le cycle scolaire.
Réparti selon un quota attribué à
chaque District, y compris la capitale, l’effectif
avoisinant les 1200 jeunes serviront au sein des Forces
Armées pour la durée du service et recevront en
contrepartie une formation leur permettant d’intégrer la
vie active à l’issue de leur service.
Un effort devra cependant être consenti
par le gouvernement pour les doter d’un statut les rendant
prioritaires dans le recrutement, aussi bien dans les
différents services de l’administration que dans le privé.
Cet apport en personnels permettra aux
FAD de se délester de certaines charges de servitudes pour
se consacrer davantage aux missions opérationnelle»
Certes, sur le plan institutionnel, le
Président de la République est aussi, selon notre
Constitution, Chef Suprême des Armées. Seulement, il
s’avère que d’une part la période annoncée et le nombre
retenu d’adultes non-scolarisés pour ce type d’emploi
anti-chômage varient selon les résolutions du programme
initié par le Président de la République et celui que les
médias gouvernementaux comme les recruteurs locaux et
régionaux présentent.
Sur le plan de la formation, il est
clair, comme nous l’avions précisé antérieurement dans nos
colonnes, que ni le Ministère de l’Éducation Nationale,
d’ailleurs riche en dotation budgétaire et en aides
étrangères, ni celui de la Solidarité et de l’Emploi n’ont
aucun droit de regard sur l’enrôlement des enfants qui
conditionnera, pour des raisons de Sécurité intérieure et
Extérieure, une formation que nous supposons identique à
celle des« milices vichystes ».
Lequel régime de Vichy considérait que
la position des masses devait être aggravée : l’oppression
sociale se devant d’être conjuguée à l’oppression
nationale dont le plus grand nombre demeure la masse
laborieuse. Esprit que le Président de l’Assemblée
Nationale ne peut ignorer entre autre…
Il encore tout de même choquant que le
choix d’une telle lutte contre le chômage n’engage pas le
Ministère de la Défense directement mais que le Directeur
de la Solidarité Nationale cite le maître- d’œuvre de ce
programme est l’État-major de l’AND.
Or, pour ne citer que les formateurs
actuels des différents Centres de formations liés, comme
on pourrait le croire au Ministère de la Solidarité, ceux
de Tadjourah seraient payés sur une enveloppe financière
(douteuse puisque conventionnés) qui non budgétisée relève
des manipulations du pouvoir.
Quant à la référence religieuse en
vertu de laquelle le régime redistribue uniquement le
superflu des richesses nationales, il semble bien que ce
superflu soit des plus modestes, au regard de la misère
que représentent les programmes sociaux.
A suivre…
Un
colloque pour la Corne de l’Afrique
C’est bien connu, le régime djiboutien
n’aime pas beaucoup une certaine presse impertinente,
comme le Canard Enchaîné ou Les Nouvelles d’Addis.
Pourtant, ce sont, chacune à son niveau, des institutions
incontournables dans l’univers de la presse écrite
française. Justement, en collaboration avec le parti
écologique des Verts, notre confrère spécialisé dans la
Corne de l’Afrique a organisé le 2 février 2004 dans les
locaux de l’Assemblée Nationale, un colloque consacré aux
problèmes et aux perspectives dans cette sous région du
continent noir. En attendant d’avoir un compte rendu
intégral des débats, voici dès à présent une présentation
sommaire des intervenants et des thèmes abordés.
La situation dans la Corne de l’Afrique
semble préoccuper beaucoup de gens, sauf dans les pays
concernés. Spécialement quand il s’agit de Djibouti, qui a
toujours tiré à boulets rouges sur toute tentative
d’explication rationnelle susceptible de nuire à sa
propagande. On se souvient que pour avoir porté sur le
Somaliland un regard aussi lucide que courageux,
l’africaniste (progressiste de surcroît) Gérard Prunier
avait essuyé les foudres de notre presse gouvernementale.
Manque de chance pour les dirigeants
djiboutiens, c’est l’un des intervenants de ce colloque,
placé sous l’égide conjointe de MM. Noël Mamère, député
membre de la Commission des Affaires Étrangères et Alain
Leterrier, fondateur du journal « Les Nouvelles d’Addis
». Le premier a expliqué d’entrée pourquoi il a « voulu ce
colloque », tandis que le second a présenté son journal
comme « système d’information pour une région
surexposée et méconnue ». Le tout expédié en un quart
d’heure, entre 9h45 et 10h.
Après un événement exclusif consistant
en une communication téléphonique du leader du SPLA (Sudan
People’s Liberation Front) M. John Garang, il revenait
ensuite à Gérard Prunier de procéder à un cadrage des
débats en abordant le thème : fin de la guerre froide et
diversification des sous régions.
Ils laisseront alors place intervenants
de la première Table Ronde intitulée « Les peuples
face aux enjeux stratégiques de la région » et
dont M. Robert Wiren au cours de laquelle les
personnalités suivantes ont pris la parole :
1° Roland MARCHAL (France, chercheur au
CNRS et au CERI : « la crise somalienne reflet du
‘’désordre régional’’. Point sur la conférence de
réconciliation somalienne » ;
2° Daher Ahmed FARAH (Djibouti,
président du MRD) : « Tradition mafieuse, culture
non-démocratique du pouvoir : la difficulté de faire de la
politique à Djibouti » ;
3° Jean-Louis PENINOU (France,
journaliste) : « conflit inter soudanais et conflit
érythréo-éthiopien » ;
4° Claude GONIN (France, Vice-président
de l’association France-Erythrée) : « l’Érythrée face
aux enjeux de la mondialisation » ;
5° Aman KADIR (Ethiopie, personnalité
Oromo) : « Diversité des peuples et fédéralisme » ;
6° Marc YARED (France, journaliste) : «
Passerelles entre monde arabe et corne de l’Afrique
» ;
7° Robert WIREN (France, journaliste,
membre du comité de rédaction « Les Nouvelles d’Addis
» : « Le point sur le processus de paix entre
l’Éthiopie et l’Érythrée ».
C’est également au cours de cette table
ronde, qui a duré de 11h à 13h, que notre président M.
Ahmed DINI est intervenu.
Après le déjeuner, les intervenants ont
repris leur travaux à 14h30 en abordant les thèmes prévus
par la deuxième Table Ronde intitulée « Paix et
développement durable : Aide d’urgence et stratégie à long
terme » avec M. Philippe Leymarie comme modérateur.
Les intervenants étaient :
1° Philippe LEYMARIE (France,
journaliste à RFI et conseiller au « Monde Diplomatique »)
: « Développement durable, occupation militaire, etc.)
» ;
2° Jean-Clément CABROL (France,
Médecin, MSF) : « De retour du Darfour : point sur la
situation humanitaire et sanitaire » ;
3° Bernard FAYE (France, docteur
vétérinaire, chercheur au CIRAD) : « L’activité
d’élevage dans la corne de l’Afrique : un enjeu pour le
développement durable » ;
4° Néguedé GOBESIE (Ethiopie, dirigeant
du Mouvement Socialiste pan-éthiopien (MESON) : « Paix
et Développement durable » ;
Daniel FURTET (maire du Blanc Mesnil) :
« Blanc Mesnil-Debré Berhan : Exemple d’une coopération
réussie entre deux services publics » ;
5° Ghenette HAÎLE MICHAEL (Erythrée,
membre de la communauté érythréenne en France) : «
Quelques éléments d’analyse du conflit frontalier avec
l’Éthiopie au travers de la perception de la population
» ;
6° Marc-Entione PEROUSE DU MONCLOS
(France, chargé de recherche à l’IRD) : « L’aide
humanitaire et la guerre dans la corne de l’Afrique : les
relations dangereuses » ;
7° Jérôme FRIGNET (France, responsable
géographique Ethiopie, Action contre la faim) : « Aide
alimentaire/Insécurité alimentaire » ;
8° Marc LAVERGNE ( chargé de recherche
au CNRS, université Paris X Nanterre) : « Le point sur
le processus de paix inter-soudanais ».
La troisième Table Ronde, intitulée «
Démocratisation, pouvoir, opposition », dont M.
Patrick FERBIAZ est le modérateur, a clôturé ce colloque
avec les intervenants suivants :
1° Edna Adan ISMAEL (Somaliland,
ministre des Affaires Etrangères du Somaliland) : « Le
Somaliland demande à être reconnu au sein de la communauté
internationale » ;
2° Siegfried PAUSEWANG (Norvège,
chercheur au CHR Michelsen Institut) : « Éthiopie :
démocratie naissante ou avortée ? » ;
3° Elshasie SAIED (Soudan, membre du
comité central du Parti Communiste soudanais, membre de
l’Alliance nationale démocratique) : « Processus de
transition démocratique au Soudan » ;
4° Ghennet GIRMA (Ethiopie, membre du
Parti Révolutionnaire du Peuple Éthiopien) : « Les
causes de l’échec de la transition démocratique en
Ethiopie » ;
5° Patrick FERBIAZ (France, Président
de la commission transnationale des Verts) et enfin
6° Mohamed KADAMY (Djibouti, dirigeant
du FRUD) : « Phase primaire de la constitution de
l’État : heurts et malheurs du cas djiboutien ».
On le voit, les thèmes abordés sont
extrêmement intéressants : tout juste regrettera-t-on que
le régime djiboutien n’ait pas daigné y dépêcher au moins
un seul représentant. Ce qui est pour le moins surprenant
lorsque l’on sait, par exemple, que le régime avait
dépêché à Stockholm tout un ministre, flanqué de sa presse
, pour y assister à un Forum Afar, il y a quelque temps de
cela. Au vu des thèmes abordés et de la qualité des
intervenants, il nous semble pourtant que les citoyens
djiboutiens auraient eu tout à gagner d’une confrontation
des idées entre ses représentants et ceux de l’opposition
: à défaut de Djibouti, pourquoi n’y aurait-il pas débat
en France, par député et journalistes français interposés.
Ou encore entre son ministre des Affaires Étrangères et
celui du Somaliland : au lieu de soliloquer dans une
émission djibouto-soft, il gagnerait plus à exposer le
point de vue de son gouvernement dans le règlement du
problème somalien.
Espoir de Paix en Somalie
La Conférence de Nairobi sera-t-elle la dernière ?
La Somalie détient un triste record des conférences de
réconciliation avortées. Depuis plus de quatorze ans que
dure ce conflit fratricide, quatorze conférence de paix
ont été organisées dans plusieurs pays. A chaque fois sans
succès. La Conférence de Nairobi sera-t-elle celle qui
impulsera une paix véritable ?
L’interminable conférence de
réconciliation somalienne organisée au Kenya ponctuée de
rebondissements semble avoir franchi un pas décisif avec
la signature jeudi dernier d’un accord portant sur la
désignation d’un parlement intérimaire chargée à son tour
d’élire un président pour cinq ans. Si le processus initié
à Arta il y a quatre ans a bel et bien vécu, la page qui
est en train de s’écrire à Nairobi à l’air prometteuse.
N’en déplaise aux autorités djiboutiennes qui prétendaient
les marginaliser, les Chefs de guerre se sont imposés par
leurs nuisances comme des interlocuteurs incontournables
dans toute recherche d’une paix sérieuse en Somalie.
La Conférence de Nairobi a eu moins le
mérite de tenir compte de cette réalité en associant tous
les protagonistes du conflit somalien, chose que n’avait
pas réussi en son temps le régime djiboutien dans son
désir insensé de renforcer la société civile somalienne en
écartant les seigneurs de guerre pourtant maîtres du
terrain. Même si elle constitue une étape importante vers
la formation d’un gouvernement acceptable par toutes les
parties en conflit, la conférence de Nairobi aura
cependant fort à faire pour faire taire les rancœurs
tenaces et autres appétits de puissance de certains Chefs
de guerre qui se nourrissaient du conflit. En cela les
hésitants risquent d’être encouragés par des puissances
régionales dont les intérêts stratégiques sont forcément
divergents.
Il est cependant encourageant de
relever que, lutte antiterroriste oblige, la communauté
internationale semble avoir compris le danger représenté
par une Somalie perpétuellement sans État. L’implication
de cette dernière dans la consolidation d’une paix durable
en Somalie paraît acquise. Ce qui nous autorise à penser
que le bout du tunnel est cette fois proche, même si à ce
stade du processus toute spéculation semble hasardeuse,
les impondérables restant nombreux tant ce dossier est
compliqué.
En admettant que la Somalie renaisse
grâce à la volonté d’un gouvernement crédible et avec le
concours actif de la communauté internationale, il restera
tout de même à résoudre l’épineuse question du Puntland.
Cette entité autoproclamée a comme on le sait boycotté la
conférence de Nairobi et ne semble pas pressée d’intégrer
le giron Somalien. Une Somalie stable et démocratique
pourra-t-elle ignorer le cas du Puntland territoire aux
potentialités économiques reconnues ? On le voit le chemin
menant à la reconstruction de l’ancienne Somalie est
toujours semé d’embûches.
Pour sa part, le Somaliland qui a en
douze ans fait la preuve de sa stabilité et viabilité
paraît rechercher plus une reconnaissance qu’un retour à
l’ancienne formule de l’État unitaire privilégié avant
1981 date de son soulèvement. Pour autant, lucides et
nationalistes les autorités de Hargeisa n’excluent pas de
dialoguer avec la Somalie si cette dernière parvenait à
apporter la preuve de sa stabilité et de son sérieux. Ce
qui est pour le moment loin d’être acquis. Quoi qu’il en
soit si recomposition il doit y avoir, ce sera forcément
sur de nouvelles bases et dans un lointain avenir.
Pour l’heure, il faut souhaiter que le
processus de Nairobi aboutisse vraiment et que des mesures
énergiques soient prises dans la voie de la formation d’un
gouvernement volontaire et d’une administration efficace
en Somalie. Toutes choses difficiles tant que dureront les
inacceptables ingérences des pays voisins dont les
déclarations d’intention en faveur d’un État Somalien
stable sont bien loin des arrière-pensées réelles. En
formant des vœux pour un succès total de la conférence de
Nairobi, nous ne pouvons cependant résister à la tentation
de rappeler au régime fanfaron djiboutien, toujours prompt
à tirer la couverture à lui, qu’il porte une
responsabilité historique dans le prolongement et la
complication du conflit somalien. Ses multiples volte face
et incohérences n’auront en rien favorisé la recherche
d’une solution pacifique au profit du peuple somalien
frère.
De même qu’il convient de dénoncer son
attitude ambiguë et calculatrice à propos du Somaliland,
premier État somalien à avoir accédé à l’indépendance le
26 juin 1960 avant de s’unir quelques jour plus tard à la
Somalie Italienne, devenue indépendante, malheureusement
plus pour le pire que pour le meilleur. L’actuel régime
djiboutien qui n’a même pas réussi en un quart de siècle
d’indépendance à renforcer la cohésion nationale dans
notre pays sera certainement le dernier à contribuer
sincèrement à la renaissance de l’État somalien. La preuve
: le gouvernement de transition dont il a parrainé les
premiers pas en août 2000 a lamentablement échoué au point
de se retrouver à Nairobi trois ans plus tard au tour de
la même table que les Chefs de guerre… Piètre succès de la
diplomatie djiboutienne.
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