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Éditorial
GARDE PRÉSIDENTIELLE : LA NOUVELLE
RÉPUBLIQUE EN UNIFORME
Le matricule 77/5531/T, qui préside aux
destinées de la nouvelle Garde Présidentielle, a beaucoup
de raisons d’être content, même si l’uniforme rouge sang
dont il était accoutré, dans la plus pure tradition
d’opérette qu’affectionnait Idi Amin, ne restera
certainement pas dans les annales du bon goût militaire.
Par contre, voir des soldats sur le Coran prêter serment
de fidèlement servir leur chef est chose inédite : à notre
modeste connaissance, et en droite lignée de la secte des
Asaasiyyiin ( Fondamentalistes auxquels la langue
française doit le terme assassin), seules les recrues
fanatisées du Hamas, du Hezbollah ou du Djihad Islamique
jurent devant Allah de ne pas trahir leur cause. Mais au
moins, ces forces paramilitaires n’ont jamais prétendu
incarner ou défendre une quelconque institution
républicaine. Le fait qu’en République de Djibouti, seuls
les hommes de la Garde Présidentielle, mieux payés et
mieux équipés que ceux des forces régulières, jurent sur
le Coran n’en est que plus révélateur d’une dérive
autocratique et policière que nous dénonçons sans cesse.
En disant cela, l’on ne peut manquer de
songer à l’émission « Djibouti : la République
en uniforme », de Michel Honorin et diffusée par une
télévision française au début des années 80. On y
entendait un actuel haut fonctionnaire, à l’époque paria
pour cause de parti unique, racontant par le menu détail
les diverses tortures à lui infligées par les sbires du
SDS, au prétexte d’une imaginaire tentative d’assassinat
contre la personne du chef de cabinet de la Présidence.
Tandis que tel avocat jurait, main sur le cœur, qu’aucune
forme de torture n’était pratiquée à Djibouti. On sait ce
que sont devenus le présumé terroriste, sa prétendue cible
et l’avocat du Diable.
Quel rapport ? De son temps, et même au
plus fort du conflit civil, Gouled n’avait jamais estimé
utile de s’entourer d’une milice personnelle pompeusement
appelée Garde, présidentielle ou républicaine. Nous sommes
donc bien en présence d’une nouvelle République en
uniforme, même si les troupes gouvernementales ont la
gâchette moins facile à l’encontre des civils depuis
février 2000 et si l’impunité surbookée des tortionnaires
du SDS appartient au passé du moind pour le moment. Le
matricule 77/5531/T de l’AND a donc beaucoup de raisons
d’être content : pour lui et pour les troupes qu’il
commande, le régime a allègrement violé les dispositions
du décret n°970054PREDEF du 4 mai 1997 portant définition
des effectifs budgétaires de l’Armée Nationale et de la
Force Nationale de Police. Lequel décret, classé sans
raison « Confidentiel Défense», devait, tel que stipulé en
son article premier et en application de la Loi
n°118/AN963èmeL du 25 janvier 1997 portant orientation et
programmation sur la sécurité et la défense, définir le
volume des troupes (AND, FNP et Gendarmerie) à l’issue des
opérations de démobilisation. Si cette démobilisation, qui
devait concrétiser le retour à une situation de paix
intérieure, ne s’est pas déroulée telle que programmée,
c’est surtout pour une raison inavouable : la Paix
impliquant l’incorporation d’anciens combattants au sein
des forces de défense et de sécurité, et le régime ayant
toujours présenté le conflit comme un problème tribal
(comme en témoignent le recrutement massif et sélectif des
Mobilisés puis le recours à des mercenaires étrangers à
l’époque), il était devenu extrêmement périlleux pour lui
de congédier les victimes d’un tel mensonge.
Problème aggravé, comme chacun s’en
souvient, par les conditions dans lesquelles l’ancien
patron de la Police avait été démis de ses fonctions et
placé dans l’impossiblité de se soigner. Le nouveau chef
d’état-major de la Garde Présidentielle est donc content :
à l’instar de ses collègues de l’AND et de la Gendarmerie,
il aura son petit pâturage clanique, sur lequel il pourra
régner en roitelet. Comme pourrait en témoigner le premier
recensement des effectifs en fonction de l’origine, il y a
encore un long chemin à parcourir avant que ces forces ne
soient réellement au service d’institutions démocratiques
et garantes de valeurs républicaines en assurant, en leur
sein, une représentation équitable des diverses
composantes de la communauté nationale.
En attendant, tel la grenouille voulant
devenir plus grosse que le bœuf, la Garde Présidentielle
enfle, au plus grand malheur d’un Budget national dont le
Peuple Djiboutien souhaite prioritairement voir
l’essentiel affecté vers de vrais chantiers de
développement et non investi à perte dans la sécurité
personnelle d’un dirigeant s’installant un peu vite dans
l’avenir. Quand on sait à quoi a abouti le serment sur le
Coran des membres de la CENI, aucun doute ne semble permis
sur le sens de ce geste de la part des recrues de la Garde
Présidentielle : servir la consolidation d’une autocratie
capricieuse autant qu’outrageusement armée.
Brèves nationales
Mouloud :
Arrestation de chômeurs
Lundi dernier, de jeunes chômeurs
désirant travailler sur le chantier de réhabilitation de
la route Dikhil-Wéa ont bruyamment manifesté leur
mécontentement devant le camp de base installé à Mouloud
par les services cantonniers. Suite à ce coup de colère
qui n’aurait causé aucun dégât matériel, les autorités ont
procédé à l’arrestation d’une trentaine de jeunes,
aussitôt transférés à Dikhil. Rappelons qu’en décembre
dernier, 25 jeunes chômeurs avaient été emprisonnés à
Dikhil puis à Djibouti pour les mêmes raisons. Le malaise
social perceptible dans tout le pays semble s’aggraver
dans ce district. En privilégiant la répression, le régime
ne contribue certainement pas à l’apaisement du climat
social. N’ayant aucune politique visant à résorber le
chômage des jeunes, il poursuit sa fuite en avant.
District de Dikhil :
Le régime protège-t-il des hyènes
tueuses ?
Depuis quelques mois, les populations
rurales de Hanlé, Gagadé et Goba’ad se plaignent
régulièrement des ravages causés à leur bétail par des
hyènes tueuses sévissant dans leur région. Ainsi, des
centaines de chèvres, moutons et dromadaires auraient déjà
été dévorés par ces prédateurs dans tout le Sud-Ouest.
Périodiquement alertées, les autorités du district de
Dikhil n’ont pas crû utile de prendre des mesures à
l’encontre de ces bêtes sauvages qui sèment la désolation
sur leur passage. Il est vrai qu’étant écologiste, ce
régime préfère sauvegarder la faune sauvage aux dépens du
cheptel domestique.
Transport urbain :
Réorganisation ou anarchie ?
Il y a quelques années, de réelles
mesures pour organiser le transport en commun de la
Capitale avaient été prises par les autorités du district,
notamment par l’installation des abris-bus sur tous les
trajets. Aujourd’hui, le ministère des Transports voulant
justifier sa récente réorganisation interne, a pris
l’initiative de perturber les conditions de transport des
usagers. Ainsi, il semble que, probablement sur décision
du Commissaire de la République, Chef du district de
Djibouti, aurait été initié le chamboulement des
transports en commun. Tout en ne perdant pas de vue les
responsabilités et les prérogatives de chaque ministère,
cette décision de changement d’itinéraire affecte depuis
peu les usagers et propriétaires des transports en commun,
ainsi que les commerces de la Capitale.
Il semble que ce choix a des
conséquences économiques et sociales sur les lieux de
travail (commerces et autres) se situant au-delà des
«caisses», point séparant l’ancien quartier commercial du
temps colonial de la ville basse. La rue parallèle à la
célèbre rue des mouches étant désormais devenue le
point de passage des « grands bus », il aurait été plus
sage pour ce régime incohérent d’œuvrer pour une
concertation juste et équitable entre les usagers et les
propriétaires du transport en commun. Nous savons que
malgré l’augmentation des effectifs de la police routière,
les accidents causés par ce type de transport en commun
appartennant à la nomenklatura continuent. Cette dernière
usant et abusant de certains passes-droits lui permettant
de bafouer les règles qui régissent cette catégorie de
moyen de transport, sans polices d’assurance, sans
vignettes, sans permis de conduire valable, ni même une
conscience professionnelle impliquant entre autre la
sécurité des usagers, persiste dans son inconscience.
Daffeynaïtou-Gawra :
L’école insolite n’est plus
L’école insolite de Gawra, installée à
6 kilomètres au nord du hameau de Daffeynaïtou et
inaugurée en grande pompe lors de la dernière rentrée
scolaire, aurait dernièrement fermée ses portes. Il faut
rappeler que cette curieuse école n’a jamais fonctionné et
l’unique instituteur qui y avait été affecté était plus
visible à Tadjourah que sur son lieu de travail. La lutte
contre l’ignorance à Wéïma s’est une fois encore révélée
n’être qu’une esbroufe de mauvais goût.
Mais il est vrai que dans un autre
district du nord, un gardien est régulièrement payé au nom
d’une école qui n’existe pas, tandis qu’un infirmier est
censé officier dans un dispensaire qui n’existe pas :
c’est à Obock. Ainsi va la mauvaise gouvernance :
gaspiller l’argent public pour des raisons uniquement
partisanes, au détriment du vrai développement. A quand
une véritable école à Daffeynaïtou et à Illisola ? A quand
un vrai dispensaire à Dorra et à Khor-Angar ?
Union Européenne :
Visite d’une délégation parlementaire
Une délégation parlementaire de l’Union
Européenne viendra prochainement à Djibouti afin de
s’informer sur place de la situation politique et
économique dans notre pays. Attendus pour le 20 février,
les députés auront des entretiens avec les autorités
djiboutiennes et les partis politiques de l’opposition
nationale. Ce sera pour l’UAD l’occasion d’exposer à nos
partenaires Européens la réalité de la situation prévalant
dans notre pays.
Ali-Sabieh :
Eau et politique ?
La route Djibouti-Ali-Sabieh risque
d’être particulièrement encombrée dans les prochains
jours. En effet, selon le Assajogs, un imposant convoi
présidentiel composé de l’inévitable Garde Présidentielle,
de l’UNFD, des associations-maisons, courtisans en tous
genres et autres fonctionnaires réquisitionnés, s’apprête
à déferler sur leur ville. Initialement prévue pour ce
week-end, la médiatique inauguration de ce projet d’eau
minérale devrait se faire la semaine prochaine, si
certaines difficultés techniques sont résolues d’ici là.
Pourtant, les préparatifs de l’événement vont bon train et
rappellent curieusement le lancement d’une campagne
présidentielle. Des centaines de T-shirts et casquettes
seraient déjà imprimés depuis plusieurs jours et tout ce
que le pays compte de griots patentés serait mobilisé pour
l’occasion.
Colloque de Paris : les conclusions
COLLOQUE DE PARIS SUR LA CORNE DE
L’AFRIQUE :
LES CONCLUSIONS
Voici le point final de ce colloque
organisé par Les Nouvelles d’Addis et le député vert Noël
Mamère à l’Assemblée Nationale française le 2 février
2004, sous la plume de M. Ahmed Ibrahim.
Corne d’Afrique 2004 : L’année de tous
les dangers ?
Cette contribution de Ahmed Ibrahim a
été publiée par Les nouvelles d’Addis en marge des
travaux du Colloque du 2 février. Selon son auteur, les
perspectives sont inquiétantes. Par AHMED IBRAHIM
Janvier 2004. – La corne d’Afrique
vient de terminer l’année 2003 dans l’incertitude totale.
A l’horizon se faufilent déjà des nuages sombres mais non
inaccoutumés. Parmi les quatre pays que sont Djibouti,
l’Érythrée, l’Éthiopie et la Somalie, malgré les
apparences, la situation est grave. En Éthiopie, Érythrée
et Somalie, les bruits de bottes annoncent des conflits
qui vont inévitablement et inutilement verser le sang des
innocents.
De même que les pleurs des affamés nous
rappellent continuellement que, plus de trente ans après
la tristement fameuse famine du Wello qui avait précipité
la chute du Négus et celle de 1984-1985 qui avait ému la
planète entière et qui avait forcé Hollywood à chanter «We
are the world», les populations meurent toujours de
faim. Tandis que l’Érythrée, en dépit des guerres passées
et de l’énorme sacrifice consenti dans sa chair, elle n’a
toujours pas troqué son uniforme pour la tenue de travail.
De son côté, Djibouti n’a pas l’air d’avoir appris les
leçons de sa guerre civile et des incertitudes qui ont
suivi. Sa situation en ce début d’année 2004 n’est guère
différente dans le fond de celles qui prévalaient avant
l’avènement du Frud. Quant à la Somalie, cette gangrène de
la Corne paraît être vouée à l’imputation totale, du moins
dans l’esprit des gens.
Éthiopie. Dans une volte-face aussi
extraordinaire qu’imprévue, le Premier ministre de
l’Éthiopie, Mélès Zénawi, a rejeté la décision de la cour
internationale d’arbitrage sur le tracé de la frontière
entre son pays et l’Érythrée, qui attribuait la ville de
Badme à l’Érythrée. Même si a fortiori la cour a été
imprudente dans cette démarche de ne pas tenir compte du
fait que la ville de Badme est une des causes principales
pour lesquelles l’Éthiopie est entrée en guerre, il n’en
reste pas moins toutefois que Mélès Zénawi dans sa
désinvolture, peut rapprocher la région du précipice d’un
conflit meurtrier.
En répudiant ainsi sa promesse de se
soumettre à la décision de la cour internationale, partie
intégrante des accords d’Alger qu’il a pourtant signés,
Zénawi a démontré son imprévisibilité dans ses actions
régionales. Il est par ailleurs constamment accusé par le
TNG de Mogadishio d’être la cause principale de la
persistance de l’anarchie en Somalie, en ne le
reconnaissant pas comme gouvernement légitime de la
Somalie comme convenu, lors de la célébration de la fin de
la conférence d’Arta. De plus, il est fortement soupçonné
de pourvoir aux chefs de guerre de Somalie en leur
fournissant armes, support financier et appui diplomatique
constants au cours des dernières années.
Au même titre, Djibouti lui reproche
aussi d’être contreproductif dans cette approche.
Ensemble, la majorité des pays arabes, Djibouti et le TNG
accusent indirectement Mélès Zénawi de créer en Somalie un
champ fertile pour les extrémistes de tout bord.
D’une manière générale dans la région,
les populations locales se voient dérober les opportunités
d’améliorer leur quotidien et de prévenir la détérioration
de l’économie et de l’environnement, raisons sous-jacentes
des famines à répétition. A titre d’exemple, en Somalie,
ce désordre total empêche l’établissement d’un état
responsable qui pourrait empêcher la dégradation accélérée
de l’environnement et des moyens de subsistance. En effet,
au rythme et à la nature des dégâts observés par les
organismes internationaux, la Somalie sera devenue, dans
un avenir très proche, un vaste dépotoir désertique aux
côtes maritimes déblayées de toutes ressources. Ses
habitants seront durablement affectés et de cette
destitution pourrait naître une instabilité qui
affecterait profondément la paix et la prospérité de la
région toute entière.
Le Premier ministre Zénawi s’avère
avoir autant de difficultés que ses prédécesseurs, jadis
honnis, à pouvoir rehausser la qualité de la vie des
Éthiopiens. Certes, les citoyens ne sont plus tués par
centaines et la république apparaît pouvoir fonctionner
convenablement ; il n’empêche que l’Éthiopie reste
toujours un kaléidoscope de peuples, de cultures et de
religions ingouvernables en ce début d’année, comme nous
le remémorent par ailleurs les actes de rebellion advenant
un peu partout dans le pays.
De l’OLF à l’OGL en passant par les
rebelles Afars, les extrémistes d’Al-Itihad Al-Islamia,
des insurrections larvées des régions frontalières, des
conflits aussi sporadiques que récurrents et meurtriers
entre les composantes ethniques comme, par exemple, celui
entre les nomades Afars et Somalis Issas dans le sud-ouest
et celui qui a récemment endeuillé le village de Gambella
dans l’ouest du pays, l’Éthiopie reste une bouilloire
prête à déborder.
Par ailleurs l’Éthiopie, en dépit de
ses potentialités, reste synonyme de famine et de
déstabilisation dans les médias occidentaux. Cette année,
comme les précédentes, commence avec les nouvelles des
famines présentes et pressenties, des taux de mortalité
par maladies curables énormes, avec la pauvreté abjecte et
l’indice de développement humain abyssal.
Érythrée. Pas mieux lotie, l’Érythrée
fait même pire dans certaines catégories. Issayas Afeworki
faisait partie avec Mélès Zénawi de cette nouvelle
génération de leaders sur lesquels la région comptait pour
sortir de son sous-développement. Malheureusement, il a
lui aussi failli spectaculairement à ses responsabilités
de mener sa région et son peuple vers la paix et la
prospérité. D’un modèle de gestion exemplaire et d’un
rythme de développement à envier, l’Érythrée est devenue
l’exemple à ne pas suivre. Reconversion tardive à la
dictature, bâillonnement systématique de la presse libre,
élimination de toute opposition…
Issayas Afeworki s’est avéré être un
dirigeant décevant dans la conduite des affaires de son
pays. Il possède le record douteux d’être entré en conflit
avec presque tous ses voisins ; voisins qui, dernièrement,
ont senti le besoin pressant d’afficher ouvertement leur
front uni lors une réunion très médiatisée à Addis-Abeba.
A défaut de construire son pays, il l’a aliéné de
l’intérieur de ses frontières comme de l’extérieur. Au
lieu de remplacer l’uniforme par la tenue de travail, il a
décidé de mener son peuple dans des guerres aussi futiles
que meurtrières.
Il a compromis l’intégration régionale
tant souhaitée en allant confronter en duel meurtrier le
géant voisin. Il a été le précurseur d’une animosité
régionale latente et qui risque de s’enflammer à tout
instant. D’ailleurs, en 2003, Kofi Annan a fait part aux
dirigeants de l’Éthiopie et de l’Érythrée de l’agacement
de la communauté internationale sur le conflit futile qui
les oppose depuis des années. Il ajoutait que les
ressources consacrées à la MINUEE « pourraient être
utilisés ailleurs, où elles font cruellement défaut, s’ils
ne parvenaient pas, le plus tôt possible, à un accord
définitif sur leur diffèrend frontalier ». L’Érythrée
commence 2004 comme elle avait commencé 2003 et 2002 :
dans l’incertitude totale et sous menace de guerre.
Somalie. Quant à elle, la Somalie
continue sa chute libre vers les entrailles de la terre.
Les conférences grotesques de réconciliation sont devenues
une industrie et un métier pour nombre de groupes
hétéroclites. Les bailleurs des fonds payent, les
organisateurs en profitent pour raviver leur économie
moribonde ; les seigneurs de guerre se chamaillent,
mangent et boivent aux frais des princesses occidentales,
rehaussant dans la foulée leur blason en donnant des
interviews à la section somalie de BBC et par-ci, par-là.
D’ailleurs, l’un des effets pervers de
ces conférences est que les chefs de guerre paraissent
pousser comme des champignons, étant donné que le titre
n’est pas contrôlé. Dernièrement, à Nairobi, le
gouvernement kenyan, confronté au nombre ahurissant de
chefs de guerre, a poussé le loufoque jusqu’à distribuer
des titres de chefs de guerre agréés. Pendant ce temps, le
peuple somali se meurt. Le cynisme est porté à son
paroxysme par des chefs d’État de la région intéressée et
par la sempiternelle Igad, fidèle à son inaptitude.
Toute la cour se déplace d’une capitale
à l’autre pour organiser une énième conférence qui
n’intéresse que ses acteurs et ne bénéficie qu’à eux.
Pourtant, la solution est évidente. Mais personne ne
paraît s’intéresser à trouver une issue définitive aux
problèmes de la Somalie ; au contraire, elle se trouve
être plus profitable comme cela à ses pourvoyeurs. En
2004, ayant exhaussé toutes les capitales de la Corne,
l’immuable conférence se déplacerait maintenant, d’après
les dernières rumeurs, vers la Tanzanie ou l’Afrique
septentrionale.
Somaliland-Puntland. La Somalie du
nord, quant à elle, boite bon an mal an sur son chemin de
croix solitaire. Dans un souci de vouloir séduire le monde
et d’appuyer sa position, le Nord, autoproclamé Somaliland,
a fait une transition démocratique paisible et remarquable
vues les circonstances. Même si une authentique démocratie
reste à prouver par une succession présidentielle en règle
dans une défaite électorale. Toutefois, les Somalilandais
ont le bénéfice du doute, et le mérite d’avoir parachevé
ce que la grande majorité des pays du Sud n’ont pas réussi
: une démocratie fonctionnelle avec ses institutions, une
presse libre et une opposition jouant plus ou moins son
rôle d’opposition constructive.
En dépit des progrès, l’année 2004
n’est pas de bon augure pour le peuple du Somaliland. Les
démons de la guerre s’annoncent à l’horizon. Ainsi,
utilisant les chevaux de bataille habituels et
traditionnels des Somalis que sont le tribalisme et le
népotisme, Abdillahi Youssuf Ahmed, l’un des plus
sanguinaires des seigneurs de guerre somaliens, président
éternel de la région autoproclamée du Puntland, a décidé
de spolier le respect que se forgeait le Somaliland dans
la région et dans l’arène internationale. Abdillahi
Youssouf ressent apparemment une douleur stomacale à
propos de Daher Rayaleh, président du Somaliland, qui dans
une période très courte a non seulement su se faire
accepter de son allié traditionnel, l’Éthiopie, mais aussi
de son adversaire coriace qu’est le président Ismaël Omar
Guelleh de Djibouti, ainsi que par une multitude de chefs
d’État et d’organismes internationaux.
Abdillahi Youssuf offre un Puntland
sous sa botte depuis sa création, sans progrès aucun et
sans notoriété ; tandis que Rayaleh construit à petits pas
sa province.
En 2004, la guerre apparaît inévitable
entre ces deux voisins sans une intervention divine. Les
deux régions vont en découdre. Toutefois, celle qui a le
plus à perdre est le Somaliland. A première vue, une
guerre est hors de ses moyens, elle compromettrait son
développement bourgeonnant. Dernièrement, la reprise de
ses exportations de bétail vers les pays du Golfe et
l’utilisation du port de Berbera par l’Éthiopie, ainsi
qu’une entente secrète avec Djibouti lors de la dernière
visite du président Rayaleh, avaient amorcé l’apparition
d’une économie prometteuse. Aujourd’hui, les tensions avec
le Puntland risquent de remettre en question la stabilité
économique et politique de cette région.
Côté politique, 2004 au Somaliland sera
intéressant dans la mesure où nous verrons l’affirmation
du pouvoir de M. Rayaleh et son attitude envers son
opposition. Mohamed Silanyo, le perdant de la dernière
élection présidentielle, paraît avoir très mal digéré sa
défaite électorale de 2003. A l’époque, il avait à peine
accepté les résultats et ne les avait concédés que du bout
des lèvres, sous la pression des vieux sages de son clan,
qui lui ont "forcé la main", au bénéfice et en l’honneur
du pays.
Lui et son parti, "Kulmiye"
(Unificateur en français), continuent une campagne
inlassable et acerbe de discréditation contre le
gouvernement de M. Rayaleh. Sous-jacente est une lutte de
pouvoir, basée sur les clans et présentée par euphémisme
comme une lutte politique. Ceci ne paraît pas judicieux
pour l’équilibre fragile, chèrement acquis du Somaliland.
Dernièrement, Silanyo a effectué une
longue tournée en Angleterre, terre de prédilection, de
soutien et de financement de l’élite fondatrice du
Somaliland. Sa campagne (axée sur Rayaleh, ponctuée de
discours forts en émotions, et menée tambour battant avec
l’aide d’un groupe d’intellectuels en tête duquel se
trouve Rakya Omar de "African Watch", et avec le soutien
partiel d’une presse libre qui est en train d’apprendre à
tâtons l’équilibre entre objectivité et partialité),
risque de diviser les Somalilandais en deux grands
groupes, alignés sur les partis politiques de Rayaleh et
de Silanyo. Ceci ressemble étrangement à la seule
expérience de démocratie des Somalis, à l’époque de
Abdirazak Haji Houssein, au début des années soixante.
Cette démocratie avait fini par s’exaspérer et par
imploser. De ce fait, Silanyo et Rayaleh, à eux seuls,
tiennent entre leurs mains l’avenir du Somaliland.
Impact wahhabite. Rayaleh est aussi
confronté à l’émergence d’un radicalisme islamique,
résultat de la liberté d’action qu’ont les Wahhabites
saoudiens sur toute la Somalie depuis le début de la
guerre civile. Quoique n’ayant aucune ambition régionale,
du moins dans cette partie de la Somalie, ils ont
néanmoins la vocation de transformer le Somaliland en un
Afghanistan couleur locale.
Les assassinats des étrangers, pour la
plupart membres des charités catholiques œuvrant pour
diverses causes sociales, en sont le témoignage. De même
que l’assassinat en pleine ville de responsables et
décideurs publics. Selon la presse locale, ceci est
apparemment un acte de défiance envers le gouvernement de
Rayaleh. Cependant, l’impuissance de ce dernier à
appréhender les auteurs et commanditaires de ces actes
peut être interprétée comme une mesure des limites de ses
capacités. C’est aussi un test d’endurance pour un
gouvernement qui continue à promettre à ses alliés (Ethiopie,
Etats-Unis) la sécularité du Somaliland où la religion
reste en dehors de la politique et à la mosquée. Ni
l’Éthiopie voisine, réfractaire à tout intégrisme
islamique, ni les marines américains basés au Djibouti
voisin ne permettront d’ailleurs que cette mainmise
sectaire perdure.
A cet égard, les dernières activités
des marines américains au Somaliland, de même que
l’autorisation qui leur a été accordée pour œuvrer le long
des côtes du Somaliland, ainsi que l’arrestation de
quelques vieux militants de l’OLNF et de OLF à Hargeisa,
sont les preuves de l’adhésion de Rayaleh à la lutte
contre l’intégrisme régional. Il en va du salut du
gouvernement de Rayaleh ainsi que de celui des habitants
du Somaliland : que les coupables et commanditaires de ces
assassinats soient arrêtés et traduits en justice le plus
tôt possible ; que leurs activités cessent, pour que les
ONG, dont l’absence est âprement ressentie par la
population, reviennent en 2004.
Djibouti. Depuis le 9 avril 1999,
Ismaël Omar Guelleh règne sur la destinée de ce pays et
essaie de jouer, au propre comme au figuré, dans la cour
des géants de la Corne. Il n’a échappé à personne qu’il
n’a pas été invité à la réunion d’Addis-Abeba, où s’est
réuni récemment le nouveaux club des amis de la Corne. Ce
n’est pas une surprise. Depuis son arrivée au pouvoir,
Guelleh s’est engagé dans une politique régionale de
collision frontale avec le mastodonte d’à-côté,
l’Éthiopie.
Depuis la conférence de réconciliation
somalienne, tenue à Arta dans l’arrière-pays djiboutien en
2000, l’Éthiopie accuse indirectement Djibouti d’empiéter
sur son domaine réservé. A priori, Zénawi considérait
l’idée comme bonne en soit, il ne pouvait pas la rejeter
derechef, et il a assisté en personne à la cérémonie de
clôture. Néanmoins, le produit de cette conférence, le TNG
de Mogadishio, n’a pas été du goût de l’Éthiopie. Dans une
célèbre interview à la section somalie de la BBC, et en
réponse à une question du journaliste sur le rôle et
l’importance de Djibouti dans les affaires de la Somalie,
l’ambassadeur de l’Éthiopie à l’Onu, Abdoumajid, a répondu
: « Djibouti est en fait insignifiant dans ces dossiers
[…] c’est juste par courtoisie que nous l’incluons dans
ces affaires, sinon, son avis n’est que consultatif ».
Il est évident que l’homme fort de
Djibouti se nourrit plus d’illusions que de réalité en ce
qui concerne ses influences dans la conduite des affaires
de la région. Il est aussi apparent que l’Éthiopie et le
Kenya le dédaignent dans leur conduite des affaires de la
Somalie. De plus, les propos de l’ambassadeur Abdoumajid
ont été corroborés par Daniel Arap Moi (ancien président
du Kenya), lors d’une conférence donnée aux États-Unis
l’an dernier. Il a confirmé que l’Éthiopie et le Kenya
s’étaient concertés et qu’ils n’avaient aucune envie de
voir une Somalie réunie et forte émerger. Il a cité, entre
autres, le passé irrédentiste de la Somalie et a ajouté
que l’Éthiopie et le Kenya ont une longue frontière avec
elle, contrairement à d’autres. Le seul "autre" pays ayant
une frontière terrestre avec la Somalie étant Djibouti, la
conclusion est rapide.
A maintes reprises, Éthiopie et Kenya
ont signifié une rebuffade à Djibouti dans la conduite des
conférences somaliennes. Durant celle de Nairobi, les
trois pays associés dans ce qu’on a pudiquement appelé les
pays du front (Frontline States), membres de l’Igad, les
dissensions cachées sont remontées à la surface.
Marginalisé et humilié au sein du trio, Djibouti n’a
trouvé d’autres choix que de se retirer momentanément des
pourparlers.
La rupture était totalement consommée
et, avec un ton amer trahissant son désarroi, Guelleh a
annoncé à la BBC que lui et son « ami » Mélès ne voient
pas de la manière l’imbroglio somalien. A la fin, ni
l’effort de Ali Abdi, ministre djiboutien des Affaires
étrangères, ni celui de l’ambassadeur Bethuel Kiplagat,
coordonnateur de la conférence de Nairobi et représentant
du Kenya au sein de celle-ci, ni la rencontre entre
Guelleh et Zénawi durant les réunions de l’Igad, n’ont
réussi à améliorer la place et rôle de Djibouti dans cette
conférence. Au bout du compte, seule une intervention
emphatique des États-Unis a permis le retour de Guelleh à
la table de négociations.
En 2004, Ismaël Omar n’aura d’autres
choix que de suivre le flot des événements et de
s’acquitter de la seule influence qui lui est permise :
convaincre sa créature, le TNG somalien, de ne pas
boycotter les pourparlers. Dans sa mansuétude, Guelleh a
reconnu devant ses adversaires son impuissance quant aux
affaires de la Somalie. Comme l’a prouvé dernièrement la
fausse note causée par une déclaration intempestive du
président du TNG.
Après son passage à Djibouti,
Abdikassim avait annoncé prématurément le résultat de
pourparlers confidentiels à Djibouti, stipulant que
Guelleh donnerait a priori son accord tacite pour une
conférence de réconciliation parallèle, en Somalie. Rien
ne pouvait être pire pour Guelleh déjà malmené dans la
conduite de cette conférence de Nairobi. Cette déclaration
passait pour un désaveu des promoteurs de la conférence de
Nairobi ; Guelleh passant pour un coupeur d’herbe, sous
les pieds de Mélès et du nouveau président du Kenya, Mwai
Kibaki. Dans une panique sans précédent, Guelleh fit la
démarche extraordinaire d’une dénonciation officielle et
publique du TNG, par son ministre des Affaires étrangères.
La situation intérieure n’est pas plus
reluisante pour le président djiboutien. Depuis son
héritage du pouvoir, Guelleh a multiplié les initiatives
économiques, suivant judicieusement les conseils du FMI et
de la Banque mondiale, en privatisant le port et
l’aéroport et en réduisant les dépenses de l’État. De même
qu’il a pu rétablir l’équilibre des finances publiques,
notamment à l’aide des revenus perçus sur la présence des
armées étrangères, en plus de celles que la France, mise
en rude concurrence, a été forcée de payer. Tout cela a
réussi d’une certaine façon à détendre l’atmosphère. Les
salaires sont payés et l’électricité fournie bon an mal
an. Ceci dit, Guelleh n’a pas su capitaliser cette bonne
conjoncture économique par un progrès politique
significatif.
Par un tour de passe-passe de génie, il
a réussi à faire rentrer au parlement une diversité
hétéroclite qui lui est toujours acquise. En 2004, il y a
très peu de chances que l’Assemblée nationale sorte du
cocasse et joue proprement son rôle de législateur. Cette
chambre d’enregistrement, comme l’appellent
sarcastiquement les Djiboutiens, est à l’image du désarroi
politique qui règne à Djibouti en ce début d’année.
Il n’y a toujours pas d’opposition
digne de ce nom, pas de presse libre et crédible, pas de
paix consommée dans le pays. Et Guelleh va commencer sa
campagne électorale pour se succéder à lui-même, puisque
l’élection présidentielle est en 2005, sans avoir digéré
celle de 1999. Les fruits de la paix avec le FRUD se font
attendre, la décentralisation promise reste à venir, les
résultats des divers états généraux ne se sont toujours
pas concrétisés et le débat public se résume au folklore
de la république. En 2004, les Djiboutiens se préparent à
se faire littéralement saturer les sens par les louanges
au chef de l’État, relayées ad nauseum par les
médias officiels : la RTD, l’ADI et La Nation.
En économie, Guelleh parie sur des
projets grandioses, clefs en main, qui peuvent servir le
pays mais qui comportent aussi le risque de n’être que des
éléphants blancs. L’endettement du pays engendré ces cinq
dernières années dépasse largement ce que le vieux Gouled
avait contracté pendant l’ensemble de son règne de
vingt-deux ans. Par ailleurs, le manque de démocratie
empêche tout débat public sur la validité et l’utilité de
ces emprunts, ainsi que sur le taux d’endettement du pays.
Le bradage du patrimoine national et
des instruments économiques du pays, commencé sous Gouled
avec la cession douteuse de l’hôtel Sheraton à l’homme
d’affaire très influent, Borreh, s’est accéléré en 2003.
Le dessaisissement de ces biens au profit d’intérêts plus
ou moins obscurs, dans l’opacité totale et sans appels
d’offres crédibles, présage mal du futur. En 2004, le
président Guelleh aura presque parachevé les
privatisations avec la cession du Chemin de fer
djibouto-éthiopien, après celle de DjibTelecom. Le
paradoxe est que ces privatisations ne semblent pas
s’accompagner de mesures de protection des acquis sociaux
et financiers des contribuables. – AI
Le
Goulag après Gouled
OU EST DONC LA DEFORMATION DE LA REALITE ?
Si sa fonction de presse gouvernementale,
en dépit des consciences individuelles, a souvent exposé
le journal « La Nation » à notre critique ; nous avons
toujours cherché, autant que faire se peut, à ménager ses
journalistes, pour lesquels écrire est avant tout un
gagne-pain. Qu’ils prennent leur travail, surtout
lorsqu’ils sont pigistes surexploités, tellement au
sérieux, qu’à l’instar de leurs collègues de la RTD, ils
aimeraient être fiers de leur métier. Malheureusement,
c’est à se demander si, cet égard faisant quelques jaloux
parmi les plumitifs partisans, la police politique ne
cherche à définitivement discréditer « La Nation » en lui
assignant les pires besognes. Comme celle qui a consisté,
dans son édition de jeudi 5 février 2004, à répondre
anonymement à certaines de nos considérations sur la
dernière tournée du Premier ministre. Le fait que ce soit
le seul texte à connotation politique non signé en dit
suffisamment sur son origine extérieure : il vient d’un
quelconque collaborateur (non au sens de Vichy) des
services de la police politique spécialisés dans la
propagande. Quant à son contenu, pour ceux qui n’auraient
lu ni nos commentaires ni leurs réponses, il n’est pas
inutile de tout mettre à plat, citations contextualisées à
l’appui. Chacun verra alors de quel côté se situent la
désinformation et le mépris des citoyens.
Commençons par le mépris : l’anonyme
répondeur de « La Nation » et défenseur du Premier
ministre commence sa charge légère en s’étonnant : « Il
est d’ailleurs surprenant de constater que les
journalistes de Réalité ne s’offusquent que lorsque
l’édition spéciale est réalisée en afar. Leur indignation
sélective n’est pas dénuée d’arrière-pensée politique
». Ce n’est pas tout à fait exact et nous avions expliqué
les raisons de ce cloisonnement linguistique dans
l’article incriminé : il s’agit d’un cloisonnement tribal
par lequel, le régime, au lieu du renforcement de l’Unité
Nationale devant se concrétiser par une unité dans les
programmes à vocation civique ou politique, dit et promet
ce qu’il veut en fonction de ses auditeurs divisés selon
leur origine.
Et même si nous devions nous offusquer
que lorsque l’édition spéciale est en langue afar, nous
aurions pour cela une très bonne raison : c’est dans cette
langue que le régime prend vraiment les auditeurs pour des
tarés. Et ce sont, en témoignent les gesticulations
puériles de tous ceux qui prétendent les représenter,
parmi lesquels ledit Premier ministre occupe une place de
choix, les locuteurs de cette langue que le régime
considère comme des citoyens de seconde classe.
Justement, à propos de cette inégalité
entre les citoyens (à l’origine du conflit, rappelons-le),
le lecteur appréciera ce morceau choisi : « A aucun
moment le Premier Ministre n’a demandé que la population
de cette région soit privilégiée par rapport à d’autres.
Il a simplement demandé que cette population soit
équitablement représentée parmi les jeunes qui seront
formés dans le cadre du Service National Adapté. Le
Premier Ministre aurait tenu de tels propos dans n’importe
quelle localité de la République de Djibouti, car il est
de son devoir de veiller à l’équité entre les citoyens
».
Chacun pourra se reporter au reportage
de la RTD : tout ce qui a été dit y est consigné et l’on
saura clairement si nous déformons la réalité (ce serait
un comble) ou si d’autres tentent vainement de rattraper
la énième gaffe politique du Premier ministre. Quoi qu’il
en soit, s’il est bien évident que ce Service National est
tout sauf adapté à la lutte contre le chômage des jeunes,
nous n’aurons pas la cruauté de rire : le Premier
ministre, si tant est qu’il en ait les moyens
institutionnels, serait bien inspiré de veiller à cette
équité entre les citoyens, dans tous les domaines en
exigeant la fin de toutes les formes de discrimination
tribale. Il a de quoi s’occuper ! Quant à nous, ce
problème de déséquilibre est tellement préoccupant que sa
résolution est explicitement prévue par l’Accord du 12 mai
2001, qui stipule en son article 15 que «les
institutions politiques et militaires reflèteront
équitablement, dans le respect des qualifications
requises, par leur effectif, encadrement et hiérarchie, la
pluralité de communautés composant le Peuple Djiboutien».
Par contre, eu égard aux souffrances
infligées à toutes les populations des zones affectées par
le conflit et auxquelles, dans une logique de chantage
électoraliste, le régime refuse tout droit à
l’indemnisation et à la réhabilitation, nous ne pouvons
que dénoncer la mascarade de la première pierre
présidentielle posée à Obock.
Ainsi, lorsque ce défenseur d’une cause
impossible à défendre parce que profondément inexacte, ose
affirmer que « Les rédacteurs de Réalité profèrent
encore des mensonges en affirmant que la promesse du
Président de la République est restée lettre morte à Obock
alors que les travaux de reconstruction des logements
détruits sont en cours dans cette ville. », n’importe
quel visiteur voyant verrait que depuis la paix d’Aba’a de
décembre 1994, absolument rien n’a été reconstruit à
Obock, ville détruite et pillée par les troupes
gouvernementales novembre 1991.
Considérant les deux points qui
précèdent (l’inégalité entre les citoyens et le refus de
réhabiliter les zones affectées par le conflit malgré
toutes les promesses de financement), nous sommes au
regret de ne pas pouvoir satisfaire ce défenseur du régime
lorsqu’il qu’il se réjouit « de voir que Réalité
admette la réalité dans ce domaine. Avec un peu de temps
ces rédacteurs finiront peut-être par reconnaître que les
dirigeants actuels du pays ne sont pas non plus
tribalistes ».
Avec toute la mansuétude dont nous
pourrions faire preuve à l’égard de représentants
ethniques sans aucune compétence institutionnelle,
incompétence qui les pousse souvent à nier la réalité,
comme tel ministre prétendant à l’époque que pas une
maison n’avait été détruite à Obock. Mais il y a une
différence entre l’ancien régime et le nouveau, qui nous
oblige à nuancer la connotation tribaliste : jamais autant
d’hommes d’affaires affairistes n’avaient gravité autour
des sphères du pouvoir, car jamais Gouled ne s’était
investi de façon aussi marquée dans les affaires d’argent.
Enfin, à ceux qui nous accusent de
déformer la réalité, au Premier ministre qui ne semble pas
au courant de certaines réalités, à d’autres qui nous
accusent d’ignorer la réalité et aux lecteurs qui veulent
connaître la réalité, nous proposons, exceptionnellement
le jeu suivant, révélateur d’une ségrégation contre
laquelle les collaborateurs de ce régime d’exclusion
seraient bien inspirés de lutter, par respect pour ceux
qu’ils prétendent représenter. Voici la répartition
ethnique et tribale des 174 officiers supérieurs et
subalternes de l’Armée « Nationale» Djiboutienne au 27
juin 2000, établi par le Renseignement du FRUD-armé. A
chacun de deviner qui est quoi. Indice : qui sont les
généraux. Solution la semaine prochaine.
A ce tarif, nous accepterions presque
comme un compliment le fait que ce défenseur du Premier
ministre nous reconnaisse au moins la politesse en
écrivant : « Par ailleurs, il est piquant de constater
que l’opposition reconnaisse enfin des qualités à l’ancien
Président de la République et à son dernier Premier
Ministre lavés de tout soupçon de tribalisme.»
Effectivement, contrairement à tel ministre tenant dans
son livre des propos diffamatoires à l’encontre de Gouled,
nous n’avons jamais attaqué la personne de nos adversaires
politiques.
Gouled n’était que la clé de voûte
d’une dictature de parti unique et, quoi que veulent faire
croire ceux qui n’ont que la désinformation comme méthode
de gouvernement, c’est cet aspect dictatorial que nous
avons combattu entre 1991 et 2000. D’ailleurs, nous avions
juste écrit : « Sauf preuve du contraire, Gouled n’a
jamais explicitement demandé une telle stupidité de la
part de son Premier ministre : un tel degré dans la
tribalisation excessive des enjeux politiques est bel et
bien une nouveauté que l’on doit à l’actuel Chef de l’Etat.
Heureusement qu’il est allé à la Mecque.». Il y a bel
et bien une différence, n’en déplaise à tous ceux qui
souffrent d’amnésie honteuse et de servilité pressée.
D’une part, nous défions quiconque de
prouver qu’un seul Premier ministre avant l’actuel ait une
seule fois fait autant référence à une tribu. D’autre
part, pour avoir sévèrement combattu Barkat, nous sommes
les premiers à lui reconnaître au moins une qualité :
l’estime de soi et de sa fonction, fût-elle protocolaire.
En effet, personne ne l’a jamais vu embrasser sur la tête
la Première Dame de l’époque. Tout comme cette regrettée
n’aurait pas trouvé normal non plus qu’un Premier ministre
l’embrasse sur la tête. Surtout au retour de la Mecque :
c’est interdit par l’Islam !
Par contre, il y a comme un retour du
refoulé lorsque l’anonyme de La Nation estime : « De
toute façon, de par la confiance que lui témoigne le
Président de la République, l’actuel Premier Ministre est
celui qui dispose le plus de prérogatives de tous ses
prédécesseurs ». En toute logique, cela signifie que
si les anciens Premiers ministres avaient moins de
prérogatives que l’actuel, c’est uniquement parce que
l’ancien Président de la République ne leur faisait pas
autant confiance. Est-ce à dire que Gouled était soit
autoritaire, soit tribaliste ? A chacun de comprendre ce
qu’a voulu dire l’anonyme défenseur.
Alors, comment ne pas sourire de son
côté franchement enfantin lorsqu’il prétend que les
rédacteurs de Réalité « croient encore bien faire en
parlant du « souriant premier des ministres » et non
premier des Ministres, avec toutes les charges qu’implique
cette fonction qui fait de lui le deuxième personnage de
l’Etat après le Président de la République. Si la fonction
de Premier Ministre est aussi honorifique que le prétend
l’opposition, on ne comprend pas pourquoi les leaders de
l’opposition manigancent tout le temps justement pour
occuper ce poste tant décrié.».
Par respect pour nos lecteurs, nous ne
commenterons pas une telle gaminerie : la compétition
politique n’est pas un jeu de billes que des gosses se
disputent. Surtout dans le contexte djiboutien où tant de
citoyens sont victimes de tant d’injustices.
Avant-dernier point à mentionner : le
déséquilibre au sein de l’Exécutif . « En outre,
Monsieur Ahmed Dini , leader de l’opposition, est le seul
homme politique djiboutien à s’être opposé publiquement au
renforcement du pouvoir du Premier Ministre, en expliquant
aux Nouvelles d’Addis qu’il serait dangereux d’installer
un pouvoir bicéphale au sommet de l’Etat et que l’exécutif
ne saurait avoir deux chefs de même que deux imams ne
peuvent diriger la prière dans une mosquée.» rappelle
un peu rapidement ce défenseur. A quoi nous répondons une
seule chose : quand un imam se montre aussi incompétent,
il faut le remplacer, impérativement !
Dernier point cocasse, pour clôturer
cette triste parodie de démocratie : « Enfin, il est
curieux de constater que certains préfèrent la grimace au
sourire. Là, le Premier Ministre ne leur sera d’aucun
secours, puisqu’il lui sera difficile de faire des
grimaces sans raison. Il gardera donc son sourire, et la
population avec lui, n’en déplaise aux inconditionnels de
la grimace.». C’est littéralement donner le bâton pour
se faire taper dessus car sourire n’est pas toujours
sourire. Il y a une différence ontologique entre le
sourire dilettante auquel autorise une béatitude
constitutionnellement garantie et le sourire satisfait du
dirigeant responsable de ses actes et fier de sa
trajectoire comme de ses réalisations. Encore faut-il en
avoir.
Courrier parlementaire : remettre la Réalité à sa place
Pour des raisons que nous ignorons et
déplorons, le député Mohamed Dilleita a tenu a réagir à
propos d’un de nos articles. Par amitié pour cet ancien
compagnon de Lutte, nous aurions préféré ne pas recevoir
ce texte. Même si nous devons lui rappeler, par respect
pour toutes les victimes de ce conflit, tous les
sacrifices consentis par ceux qu’il accuse de «
journalisme de sofa », surtout depuis qu’il a quitté
la Lutte. Ce député mal élu fait ainsi l’impasse sur le
fait que ce « journalisme de sofa gêne tellement son
régime que ce dernier n’a pas hésité à le punir en violant
l’Accord de Paix » et en bloquant leur salaire : ce comité
de rédaction n’a donc aucune raison de se mettre à dos les
victimes de cette intolérance. Mais, également par respect
pour nos lecteurs et électeurs, au rang desquels figurent
ceux de Sagalllou qui ont massivement voté UAD le 10
janvier 2003, il nous a semblé nécessaire de le publier
sans le commenter outre mesure. Admol toome kabella
ansarradal ma taysa, dit le proverbe : par communauté,
nous disions tous les habitants de ce district. sans trop
rappeler que des promesses sans lendemain avaient
également été faites aux jeunes de Tadjourah le premier
mai 2003 par le Premier ministre. Ce que n’ignore pas ce
député mal élu qui, vu ses explications techniques sur la
confection d’un reportage, manque cruellement à l’univers
médiatique. Il devrait se réfugier dans son milieu
professionnel d’origine car il est difficile de faire de
la politique avec de telles réactions épidermiques. Une
question top chrono : depuis combien de législatures
Sagallou attend sa Réhabilitation ? au moins deux : les
siennes !
REMETTRE LA RÉALITÉ A SA PLACE
Votre article intitulé « Quand l’enfant
du pays s’émerveille » (en der le 28 janvier 2004) m’a
particulièrement interloqué, et à plus d’un titre. Comme
la plupart des sujets événementiels que vous tentez de
traiter ces derniers temps, celui de la visite du Premier
Ministre à Sagallou « brille » en premier lieu de par
votre ignorance des faits, gestes et propos réellement
tenus sur le terrain. Ne pouvant avoir accès ou (pire
encore) ne daignant chercher les vraies infos, vous
affublez à tout-va, brodant à votre guise à travers des
effets de style faussement enjoués et des jeux de mots
tirés par les cheveux, avec pour seule source
d’informations … les quelques minutes de reportages de la
R.T.D. si encore ce journalisme de sofa qui a comme unique
support le maigre apport cathodique national, n’avait pas
la prétention de cerner à travers chaque événement le
pourquoi du comment des intentions cachées dans les replis
des subconscients des responsables politiques !
Mais hélas… Au-delà de ces tentations
de facilités, qui dans tous les cas desservent la réalité
(sic), je suis attristé de constater que pour vous adonner
sans retenue à l’éphémère plaisir du matraquage gratuit et
irréfléchi de vos adversaires politiques, vous ne craignez
pas de broyer au passage de votre collimateur toute une
communauté nationale et de renier à travers vos propos
inconséquents, les principes de base pour lesquels vous
dites lutter.
En tant que député originaire de
Sagallou, il est de mon devoir de rétablir la vérité
vis-à-vis de certaines de vos élucubrations et des
conclusions hâtives et gratuites que vous en tirez.
Affirmer que le Premier Ministre aurait déclaré ne pas
être au courant du fait que cette région a été détruite
par la guerre, est le fruit, je tiens à le souligner, de
votre seule imagination.
Tout au contraire, les premiers mots de
M. Dileita Mohamed à la population de Sagallou, lors d’une
brève allocution, ont été d’affirmer qu’il avait du mal à
reconnaître le village où juste avant la guerre il venait
encore rendre visite à des proches, et de souligner qu’il
était informé des dégâts causés, là aussi, par ce conflit.
Dégâts, a-t-il souligné, qu’il a personnellement eu
l’occasion de vérifier lors de ses derniers passages dans
ce village. Et d’ailleurs, douteriez-vous de ma version
des faits que la flagrante contradiction qui se dégage de
vos propos, devrait suffire, sans l’appui d’aucune
argumentation, à vous éclairer quant à l’énormité de vos
propos.
Comment pouvez-vous affirmer dans un
même paragraphe qu’un Premier Ministre conscient de
l’importance de clan maternel, et de surcroît le sien…
ignore tout de l’état de destruction dans lequel se trouve
le principal village de ses oncles maternels ? Pour ce qui
est de votre tirade (anthropologique, dites-vous) sur
l’importance du matrilignage dans cette région, fait que
vous identifiez comme étant une organisation sociale qui
caractérise la composante de la communauté de Sagallou ;
permettez-moi de vous faire remarquer que plus de 90% des
communautés Afars où qu’ils soient, se caractérisent, eux
aussi, par ce trait social, qu’ils n’hésitent pas, on ne
peut plus fièrement, à mettre en avant.
En quoi donc est ce que cette évidence
sociologique de notre Communauté, mérite, à cette
occasion, d’être pointée du doigt et se retrouve embrochée
par votre légère plume sous l’aspect d’une bizarrerie
propre à seulement « une certaine communauté », en
l’occurrence celle visitée par le Premier Ministre ce
jour-là, et qui se trouve être de surcroît ses « abinos »
? Je ne puis cacher mon dépit face à votre
jusqu’au-boutisme dans votre volonté de « descendre» ce
premier ministre, quitte à gratuitement égratigner toute
une région dans votre aveuglement…
Par ailleurs, qui voulez-vous que le
Premier Ministre remercie à Sagallou pour l’accueil
chaleureux, (les martiens peut-être ? si ce n’est les
habitants de ce village qui s’avèrent tous être,
exclusivement, de son matrilignage ? Comprenne qui pourra
! Vous affirmez par la suite, au sujet du Premier Ministre
qui aurait demandé au Commissaire de la République de
favoriser les jeunes de Sagallou pour le Service National
Adapté : « Il est proprement inouï qu’un dirigeant
politique, sans préjudice de sa trajectoire (puisse)
demander que certains soient favorisés sur une seule base
tribale par rapport à d’autres tout aussi nécessiteux.)
Cette petite phrase, entendue à la télé
dans l’édition spéciale consacrée à cette tournée, et que
vous tenez apparemment pour un scoop, une perle inespérée
propre à vos survoltés épanchements moralisateurs, n’en
est pas une, malheureusement pour vous. Pour en convaincre
vos lecteurs que vous tentez d’induire en erreur, il me
faut les informer (il faut bien que quelqu’un le fasse !)
que le Premier Ministre, lors de sa tournée, s’est
entretenu pendant tout l’après-midi du jeudi et jusqu’au
soir avec les vieux sages de Tadjourah, qui ont été
relayés par les représentants des jeunes et celles de la
gente féminine.
Les premières heures de la journée
suivante du vendredi ont été consacrées aux représentants
de la communauté de Kalaff, suivi de celle de Sagallou.
Expliquez-moi donc par quel effet de fixation votre
journal, de tous ces événements, consacre toute une page
sur Sagallou et fait l’impasse sur Tadjourah et Kalaff ?
Votre journalisme d’investigation à deux sous en est
certainement la seule cause. Pour prétendre informer les
autres, faut-il encore l’être soi-même.
Je m’explique. Etant matériellement
impossible de retransmettre le long périple dans sa
totalité, la RTD a choisi, pour illustrer les contacts et
discussions du Premier Ministre avec les représentants de
la population, un petit extrait des débats tenus à
Sagallou. Des deux heures d’échanges et de discussions
fournies entre les interlocuteurs, seules quelque
trente-cinq secondes (chrono au poing) de propos
discontinues (montage oblige) et donc extraits de leur
contexte global, forcément complexe et subtil, ont survécu
dans ce reportage.
Ces quelques secondes ont donc eu le
malheur d’être visionnées par votre « journaliste », qui
selon toute vraisemblance désespérait de ne pouvoir
trouver angle éminemment polémique à ce sujet. Et après
tout, suivant votre … (j’hésite à dire logique, tellement
elle fait défaut) raisonnement à deux sous, supposez même
que le Premier Ministre veuille pour une raison ou une
autre, (les sentiments du matrilignage, tiens !) augmenter
le nombre de jeunes de Sagallou au SNA ; vous devriez être
les derniers à crier aux loups, puisque vous ne cessez
d’affirmer que ce service national est un leurre et que
vous appelez vos militants à ne pas s’en approcher. Il me
semble que vous avez érigé en politique rédactionnelle
cette volonté de faire feu de tout bois, et pour les
besoins de la cause, de raccommoder même certaines
réalités (exit la politique du vrai), quitte à jeter, dans
les élans de ces périlleux exercices, le bébé avec l’eau
du bain. La communauté de Sagallou vient d’en faire les
frais. A qui le tour ?
Morale de l’histoire : à confronter la
formule au fronton de votre journal « La seule vraie
politique est la politique du vrai » avec vos écrits
hebdomadaires, je crains et pour l’éternel repos de ce
cher Edgar Faure qui doit se retourner dans sa tombe, et
pour les illusions perdues de vos lecteurs. Le Député
Mohamed Dilleita.
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