Réalité numéro 84 du mercredi 18 février 2004

Sommaire  

  1. Éditorial

  2. Brèves nationales

  3. Dockers du Port de Djibouti : malléables, corvéables et bastonnés

  4. Éducation Nationale : coulée ou électrocutée ?

  5. Sociographie des officiers djiboutiens

  6. Docteur manu militari

 

Directeur de Publication :

 ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 84

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LA POSTURE DE L’IMPOSTEUR : LA TRIBU CONTRE L’ÉTAT

En s’affranchissant de la tutelle coloniale, les Djiboutiens ont tout naturellement reconduit un modèle d’organisation politique et spatiale qui a mis des siècles à se mettre en place ailleurs : l’Etat-Nation. Que ce modèle ait été en quelque sorte tropicalisé par l’imposition du Parti Unique n’en rend que plus révélatrices ses deux implications majeures : coexister avec des groupements humains différemment constitués dans leurs traditions historiques d’une part, choisir autrement que par le passé traditionnel et insulaire les nouveaux dirigeants politiques d’autre part. Si l’on confronte ce schéma théorique aux réalités nationales concrètement observables, un constat s’impose, brutal : la coexistence entre les diverses composantes de la communauté nationale est d’autant plus conflictuelle que l’État qui les rassemble ne garantit pas l’intérêt général et que le libre choix des représentants politiques est saboté par la frange dominante du régime. Autrement dit, la Nation se construit d’autant plus difficilement que l’État devient un enjeu de luttes ( inégales du fait que la concurrence est truquée) entre groupes ethniques plutôt qu’entre classes sociales. Cet accaparement de l’Etat (donc des ressources politiques, économiques et coercitives qu’il procure) exige quant à lui d’insurmontables entraves administratives à la compétition électorale, une mise en suspens radicale de la Démocratie, essentiellement réduite à une comédie, un one-man-show (personnalisation du pouvoir oblige) qui ne trompe plus personne.

Ainsi, à défaut d’un électorat conquis sur la base d’un programme politique clairement défini, tout régime assurant sa survie par les fraudes cherche à susciter chez ses concitoyens l’identification la plus primitive : le groupe tribal. Et Djibouti n’échappe pas à cette généralisation du fait ethnique que l’on retrouve dans les États issus de la décolonisation en Afrique. Bien au contraire : alors qu’ailleurs les divers groupes ont connu des siècles de coexistence avant la colonisation, c’est uniquement depuis la création de la ville de Djibouti que les Djiboutiens se côtoient et vivent ensemble sous une même autorité politique et dans un même espace géographique.

Pas de Démocratie donc, mais seulement une imposture d’élites politico-administratives prétendant représenter des groupes tribaux. Pour devenir ce que Malinowski appelait « banquier d’hommes », la posture de l’imposteur est simple : dramatiser la différence en présentant l’Autre comme ennemi irréductible. Et, dans une perspective existentialiste, la rareté créant la violence, surtout lorsque la mauvaise gouvernance et le gaspillage des ressources nationales sont si fortement implantées, l’ennemi devient multitude, voisin. Une fois arrivé au pouvoir de façon illégitime, voire illégale, le discours de ce banquier clanique varie en fonction de sa position (donc celle de ses auditeurs) dans les rapports de force politique.

Aux uns, l’on dira : « l’État, c’est nous », en montrant, par exemple, la différence de traitement entre l’état d’abandon dans lequel sont laissées l’usine d’eau de Tadjourah (offertes à l’appétit des clients) et toute sa région d’une part, et le miracle irrationnel par lequel une nouvelle usine d’eau minérale sort de terre ailleurs. D’ailleurs, renchérira-t-on, l’on ne s’est même pas donné la peine de rendre l’hymne national compréhensible pour tous les citoyens.

Aux autres, l’on dira : « l’État, c’est eux ! Contentons-nous de ce qu’ils veulent bien nous donner. D’ailleurs, leur expliquera-t-on, «eux» n’ont même pas jugé utile de mettre l’hymne national à notre portée. Ou encore, leur dira-t-on, regardez tous ceux d’entre nous qu’«eux» nomment encore Kaar Dameer auxquels la citoyenneté djiboutienne est injustement refusée.

Dans l’Opposition réunie au sein de l’UAD, c’est parce que nous sommes intimement convaincus qu’une autre façon de faire de la politique est possible, que nous investissons sans hésiter dans le bon sens citoyen, la sagesse séculière et la maturité avérée des Djiboutiennes et des Djiboutiens. C’est la seule voie possible pour fonder la Nation djiboutienne et instaurer la Démocratie. Il suffit juste pour cela de démystifier les imposteurs au pouvoir et de croire en notre avenir commun. Nous sommes tous Djiboutiens avant tout et pour toujours !

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Brèves nationales

Cartes d’Identité :

Délivrance ou rétention ?

Depuis que le ministre de l’Intérieur a annoncé la reprise de la délivrance des pièces d’identité nationale, ce sont chaque jour des centaines de Djiboutiens lésés qui se présentent devant les bureaux de la direction de la population. Dès six heures du matin, chaque jour ouvrable, d’interminables files d’attente se forment dans une ambiance de frustration et d’inquiétude. En effet, la plupart de ces demandeurs retournent souvent chez eux sans pouvoir obtenir le précieux document qu’ils ont pourtant payé longtemps à l’avance.

Jeudi dernier, quelques dizaines d’entre eux particulièrement courroucées auraient bruyamment exigé d’être remboursées sans être entendues. Dans une administration particulièrement gangrenée par la corruption, la notion de service public a disparu, laissant place à l’intérêt personnel et aux passe-droits. Qu’attend le ministère de l’Intérieur pour mettre un peu d’ordre dans cette maison en pleine décrépitude ? A ce rythme, la colère qui gronde risque de dégénérer en émeute.

La mauvaise gouvernance ambiante se donne ainsi à voir dans sa plus cynique expression. Un régime aussi peu capable de délivrer des pièces d’identité à ses citoyens a tout simplement démissionné de ses obligations. Lamentable !

Médias partisans :

L’esbroufe ne passe plus !

Selon des sources dignes de foi, le régime en pré-campagne électorale chercherait à étoffer son arsenal de propagande dans le fol espoir de reconquérir un électorat perdu parce que fatigué de l’esbroufe.

Après l’acquisition par la Présidence, il y a quelques temps, d’un studio privé, le pouvoir plancherait actuellement sur le lancement prochain d’un nouveau journal maison destiné, parait-il, à contrer la communication politique de l’opposition. En effet, il se murmure que le grand chef mécontent de leurs contre performances aurait dernièrement tancé les plumitifs partisans incapables selon lui de crédibiliser les points de vue du régime.

Avec un tel passif impossible à occulter le régime ne pourra pas renverser la vapeur, même s’il faisait appel aux cabinets de relations publiques installés aux États-unis. Autant chercher à décrocher la lune. Car comme chacun le sait, la réalité vécue au quotidien est toujours plus éloquente que les meilleurs discours.

Presse nationale :

Inflation des titres

Dans le premier numéro d’Aysenno, journal du FRUD du temps du maquis, nous commentions, en la saluant, la prolifération des journaux d’opposition au lendemain du déclenchement de la lutte armée. Ce retour du refoulé (la presse était libre, indépendante et « plurielle avant l’Indépendance), était dû, nous semblait-il, au sacrifice des combattants du FRUD, toutes tendances confondues. De tous les titres de l’époque, il ne subsiste plus aujourd’hui que notre confrère «Le Renouveau», que nous félicitons pour sa longévité et la constance dans la parution.

L’apparition de « Réalité » dans la presse écrite djiboutienne a, croyons-nous, suscité, sinon des vocations, du moins ouvert les yeux à nombre de nos concitoyens sur l’utilité de communiquer sans passion. Nous constatons et apprécions la floraison des journaux d’opinion ou autres qui faisaient cruellement défaut à notre univers médiatique. Nous ne pensons évidemment pas aux lucioles paraissant le temps d’une campagne de dénigrement ou vendre un projet sans lendemain. C’est la parution récente, et que nous souhaitons durable, des organes de presse du syndicat des travailleurs du Port, du Pôle universitaire, ou encore édités par le CRIPEN, divers bulletins du MENESUP dont « Educ-Info ».Tous nous éclairent et enrichissent tous ceux qui sont curieux de la chose publique.

En attendant que le gouvernement daigne appliquer l’article 14 de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, portant sur la liberté de la presse, et agréer la création des radios libres. Encore faut-il pour cela qu’il respecte la Loi relative à la communication et mette en place la commission prévue à cet effet.

LES DEVOIRS DU CITOYEN

La Démocratie n’est pas seulement une amélioration institutionnelle sur le papier : c’est avant tout une prise de conscience agissante de chacune et de chacun. Nous devons tous participer aux grandes étapes qui marquent le développement politique de notre pays. Ces étapes, ce sont bien entendu, les échéances électorales à venir, lors desquelles se déterminera l’avenir de notre pays.

Le changement que toutes les Djiboutiennes et tous les Djiboutiens espèrent ne peut venir que de la mobilisation de toutes et de tous.

Il est donc du devoir de chaque électrice et de chaque électeur de se prémunir contre l’ « abstentionnisme » forcé que représente le défaut de carte d’électeur.

Inscrivez-vous sur les listes électorales de votre circonscription !

Exigez votre carte d’électeur et votre carte d’identité nationale si vous n’en avez pas !

Un électeur qui ne remplit pas son devoir électoral est tout simplement un citoyen qui déserte de ses obligations vis-à-vis de sa Patrie.  

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Dockers du Port de Djibouti : malléables, corvéables et bastonnés

Pour avoir osé réclamer leurs droits légitimes à la Direction du Port, des dockers ont été victimes d’une répression policière et judiciaire sans précédent dans notre pays. Travaillant comme journaliers manutentionnaires au terminal à conteneurs depuis des années, voire près de deux décennies pour certains, jusqu’au jour où la Direction de Djebel-Ali, qui gère le Port, leur a proposé de les employer désormais comme salariés à plein temps plutôt que comme journaliers relevant du statut professionnel des dockers. Ces derniers s’en sont félicités et attendent qu’on régularise leurs situations professionnelles sur de nouvelles bases comme promis. Récit d’une violation des droits syndicaux et de la législation sur le travail.


Une nouvelle donne pointe son nez. Il n’est plus tout d’un coup question à la Direction du port de recruter ces dockers mais de les remplacer par des nouvelles recrues. Dès lors, des interventions fusent de tous les horizons pour essayer de placer les leurs. Aussi pour justifier cette spoliation en règle d’un droit acquis depuis tant d’années par ces pauvres dockers, qui eux n’ont personne pouvant valablement intervenir en leur faveur afin qu’ils puissent conserver leur emploi, la Direction du Port sollicite le concours du tristement célèbre Chef de Service du Bureau de la Main-d’œuvre (BMDO), pour les dissuader.

Ce dernier propose à ces dockers d’autres affectations de travail, de nature douteuse, d’ailleurs jamais concrétisées par la suite, en les invitant à ne plus prétendre à ce qui leur avait été promis, au motif fallacieux qu’ils n’y ont pas droit. Pourquoi ? Allez savoir !!! Les dockers ne comprenant plus, refusent d’être bernés de la sorte : ils exigent de continuer à travailler au terminal à container et à exercer le travail pour lequel ils sont depuis longtemps qualifiés et expérimentés. Employés du Port ou pas, ils veulent garder leur emploi.

Alors d’autres chefs de service se mêlent également et de nouveaux arguments et prétextes sont invoqués pour les décourager d’y postuler : tels que les problèmes d’âge, de niveaux scolaires, de pièces d’identité. Ce qui ne les convainc pas davantage. Enfin, après moult tentatives de négociations, les unes après les autres avortées, le spécialiste des dockers qui s’avère être le sémillant Chef de Service du BMOD, trouve enfin une formule d’arrangement en guise de palliatif. « Vous serez indemnisés par le port pour tant d’années de service effectués au terminal à container et vous serez affectés en tant que dockers vers d’autres lieux de travail que le terminal lui-même » leur aurait-il suggéré en fin de compte.

Et pour ceux qui après cette proposition « alléchante » continuent à camper encore sur leur position, comme cela se fait couramment au BMOD pour mettre au pas des dockers vindicatifs : retrait définitif de la carte de docker. Ainsi, du jour au lendemain, plusieurs dockers perdent leur statut d’employés et sont condamnés à l’indigence forcée, sans aucune possibilité d’exercer au Port. Aussi, devant une telle mesure de dissuasion, qu’ils redoutent pour en avoir déjà été plusieurs fois victimes pour certains, la majorité d’entre eux cède et accepte la solution imposée du chef du BMDO, bien que pas du tout convaincante. Nouvelle période d’attente et pas de signe, ni de nouvelles de ces indemnisations promises. Ils reprennent donc l’offensive et revendiquent la concrétisation de cette énième promesse. Mais en vain. On ne daigne même plus les recevoir.

Ulcérés, ils décident alors de réclamer collectivement leurs droits en se présentant devant le bureau du Directeur Général. Mal leur en prit. Les forces de l’ordre les dispersent brutalement, les enjoignant de déléguer quelques uns (en tout sept dockers furent désignés par leurs pairs) pour faire valoir leurs droits. Et dans la foulée, la police interpelle quelques dizaines d’autres dockers qu’elle incarcère sans autre forme de procès afin de les intimider, au centre de détention de Nagad. Quant aux sept représentants désignés dont l’un serait depuis porté disparu, ils se sont vu transférés manu militari à la Brigade Criminelle de la FNP où ils subissent un interrogatoire musclé sans discontinuer du 26 au 28 janvier dernier). Après cette garde à vue, ils ont été déférés au Parquet qui, aussitôt, les expédie à la prison civile de Gabode en dépôt. Cette détention durera jusqu’au 15 février, date à laquelle ils seront condamnés à six mois de prison avec sursis par le Tribunal de Première Instance, comme de vulgaires délinquants. Entre temps, ceux qui avaient été mis en détention préventive à Nagad ont été relâchés quelques jours après.

Mais, la veille de leur procès, Gabode a été le théâtre d’une hystérie répressive. En effet, dans la journée du 14 février, un lieutenant de la Brigade Criminelle de la FNP, un certain Mohamed Ismaël arrive à Gabode et pénètre dans la cellule où sont détenus les dockers, en leur intimant l’ordre de lui signer un document. Ils refusent de se plier à ses exigences, malgré les menaces et les empoignades pour les impressionner. Devant leur refus, il en extrait un de la cellule et le traîne par force jusqu’à un endroit isolé de la prison centrale : un bureau mis à sa disposition à cet effet. De nouveau il présente le document à signer au détenu qui n’est autre que Cheikh Mohamed Walo. Il lui aurait présenté un document dans lequel il est stipulé que « les dockers renoncent définitivement aux prétendus droits qu’ils réclament à la Direction du Port » sic et resic !!!

Et devant son refus, il l’aurait battu et torturé en présence d’un témoin (le Lieutenant Moussa de la prison de Gabode) qui serait au moins coupable de complicité passive dans cette affaire. Résultat : le prisonnier s’est retrouvé avec la main gauche brisée au niveau du coude (fracture ouverte) et la poitrine défoncée. Suite à cela, le prévenu n’a même pas eu droit aux soins d’urgence, bien qu’on l’ait transporté aux Urgences de l’Hôpital Peltier et que son nom ait été consigné à cet effet sur le registre. Malgré son état, il a été déféré souffrant au Tribunal le 15 février , avec ses co-détenus.

A l’heure où des experts en Droits de l’Homme peinent à enseigner à nos policiers le respect des droits humains, à Djibouti-même, dans le cadre de leur métier, le zèle de certains policiers à les piétiner dans l’exercice de leur fonction, est un contraste assez révélateur de l’image de ce régime de non droit. Aux dernières nouvelles, le docker torturé aurait déposé une plainte contre son bourreau.

Mais reste à savoir si la Justice djiboutienne fera convenablement son boulot en poursuivant des tortionnaires patentés du régime.

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Éducation Nationale : coulée ou électrocutée ?

Tous les budgets de l’État depuis 2000 nous répètent que l’Éducation Nationale constitue une priorité gouvernementale. La loi n°96 du 10 août 2000 portant orientation du système éducatif proclamait pompeusement : L’École obligatoire pour tous jusqu’à seize ans ! Répétitions et slogans ne sont pas démonstration. Comme chacun pourra le constater dans les lignes qui suivent, la pratique gouvernementale en la matière démontre le contraire.


Prenant le Ministre à son mot écrit dans la lettre du Ministère de l’Éducation Nationale et de l’Enseignement supérieur, parue dans le n°1 d’’ « Educ-Info » de janvier 2004, le propos de ces lignes, avec le minimum de commentaires de notre part consiste à comparer les incantations gouvernementales aux faits sacrés et incontestables, et chiffres officiels. Le Ministre écrit dans sa lettre : « Tous les responsables de mon département, de même que les usagers de l’école, ainsi que tous nos partenaires. Tout le monde aura droit à la parole… C’est donc dans cet esprit que je vous adresserai, tous les 15 jours cette lettre dans l’attente, comme il est d’usage, de recevoir des réponses. J’attendrai donc vos réactions, qui seront d’ailleurs reflétées dans « Educ-Info »…. » Voici nos réactions :

Première remarque significative, les usagers de l’école, des parents d’élèves, nous ont réservé la primeur de leur réaction et continuent de faire le siège de notre rédaction nous faisant part de leur désarroi et surtout de leur colère. Toutes couches sociales confondues, leurs doléances portaient sur les points suivants :

- Photocopies des cartes nationales d’identités des deux parents : quand on sait avec le Ministre de l’Intérieur que « des notables inscrits sur les listes électorales ne disposaient pas de C.N.I », pourquoi conditionner l’inscription de leurs progénitures à la fourniture par les deux parents de ces pièces là ?

- Certificats de Résidence : Relevons avec notre confrère « le Renouveau », que le « fonctionnement chaotique des arrondissements et autres districts n’est pas de nature à faciliter la délivrance des certificats de résidence ».

- Enfin, la dernière condition imposée aux élèves et leurs parents est censitaire : Une facture de l’EDD ou de l’ONED.

Ulcéré, un parent d’élève nous disait : « Si on les laisse faire c’est un abonnement à Djibnet qu’ils exigeront demain ! ». Rappelons à Monsieur le Ministre que ses exigences ne peuvent être remplies à Djibouti que par les usagers de la Nativité….et du Lycée Guelleh Batal, pour ne citer au hasard que ceux-là. Si nous insistons sur ce sujet, c’est parce que le Ministre « attache beaucoup d’importance à l’application scrupuleuse de ces consignes».

Si, qu’à Allah ne plaise, elles étaient scrupuleusement appliquées, elles conduiront à exclure du système éducatif les plus démunis d’entre nous. Cette marginalisation est en totale contradiction avec le discours du Premier Ministre le jour de l’Aîd el Adha qui affirmait en toute bonne foi : « Il est de notre responsabilité d’aller vers les plus démunis!». C’est d’autant plus aberrant que beaucoup d’établissements scolaires ne sont pas alimentés en eau et électricité dans les zones rurales et certains ne le sont qu’en partie dans la capitale ( P.K 12). Cela relève même de la tragi-comédie quand « La Nation » se fait impudemment l’écho, photos à l’appui, de la réfection d’une cantine scolaire par l’Armée Française ici, ou la remise en état d’une école par l’U.S. Army, là.

Tout récemment à Gabode la participation financière des parents d’élèves aurait été sollicité pour la réfection de la toiture et des toilettes d’une école ; alors qu’ils contribuent systématiquement aux frais de gardiennage qui, normalement, ne relèvent nullement de leurs portefeuilles. Si, dans ces conditions, l’Éducation Nationale est une priorité gouvernementale, qu’en est-il des autres postes budgétaires ? Sur la base de ces chiffres de l’année scolaire 2001-2002, nous avons tenté de calculer l’impact négatif de ces nouvelles mesures du MENESUP préconisées pour la rentrée prochaine. Par conséquent, en respectant très scrupuleusement les consignes du Ministre, ses vœux affecteraient plus de 4.000 enfants de la Capitale.

A ce chiffre s’ajoutent, en ne tenant pas compte du taux de progression des inscriptions de 2001 de l’ordre de 4%, environ 1.176 enfants en âge de scolarisation en Classe d’Initiation ne seraient pas accueillis à la prochaine rentrée, pour la simple raison qu’ils habitent dans une zone qui n’est pas desservie par l’EDD et l’ONED. Il est également important de relever que, sur les 178 classes de CI que compte le pays, au moins 41 seraient affectées par ces mesures aussi révoltantes que discriminatoires. Ce qui représente un taux de 23%, soit environ ¼ de l’ensemble. Quant aux effectifs touchés, ils sont de l’ordre de 12%, variable aussi importante qui ne tient pas compte du nombre élevé de foyers de la Capitale touchés par les nouvelles consignes du Ministre de l’Éducation Nationale.

En définitive, il s’avère que plus de 5.000 nos enfants en âge d’être scolarisés seront ipso facto écartés en septembre prochain, chiffre qui se situe à plus de 50% des inscriptions de l’année 2001 (Districts de l’Intérieur et y compris Djibouti-rural) de 10.358, pour la simple raison que les parents n’ont, soit pas les moyens financiers pour se payer le luxe des branchements à l’EDD et à l’ONED, soit installés dans une zone géographique non desservie par ces deux services chers au Ministre de l’Éducation.

L’article 17 de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 prévoyait un « soutien scolaire renforcé aux enfants des zones affectées par le conflit armé ». Or, à la page 46 de l’agenda officiel 2004, destiné comme les autres à la consommation extérieure, l’on peut lire : «la scolarisation progresse dans toutes les régions du pays, mais demeure particulièrement faible au niveau des quatre districts où le taux brut de scolarisation varie entre 20,6% et 30,5%. Il apparaît aussi que de profondes disparités d’accès à l’éducation primaire existent entre le milieu urbain (52,9%) et le milieu rural (12,4%)». CQFD, sans commentaire.

L’Education nationale, la Santé sont partout dans le monde des postes ministériels exposés, c’est pourquoi nous avons toujours ménagé nos critiques ( sauf flagrante bêtise ) envers leurs responsables car l’exercice de ces responsabilités est il vrai très difficile.. Nous respectons tous ceux qui ont en charge l’avenir de nos enfants.

Que M. Le Ministre agrée donc l’expression de nos critiques constructives.

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Sociographie des officiers djiboutiens

La réalité est incontournable

Nous n’avons cessé d’avancer que les institutions civiles et militaires de la République de Djibouti devaient absolument refléter, dans leurs effectifs, la diversité des composantes de la communauté djiboutienne. A l’appui de cette représentativité équitable, nous partons d’un postulat aussi simple qu’inébranlable : l’intelligence est la chose la mieux partagée au monde. C’est ce refus d’un peuple élu supérieur aux autres qui est au fondement de l’article 15 de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, stipulant en son point b : « Les institutions civiles et militaires de la République de Djibouti refléteront équitablement, dans le respect des qualifications requises, par leur effectif, encadrement et hiérarchie, la pluralité des communautés composant le Peuple Djiboutien ». Dans le numéro de la semaine dernière, nous avions proposé à nos lecteurs un tableau des 174 officiers supérieurs et subalternes de l’Armée Nationale Djiboutienne, classés par grade et groupe tribal, en reportant la solution au présent numéro. Mais, convaincus avec la sagesse chinoise, qu’ «il vaut mieux enseigner à pêcher que de donner un poisson à manger», voici encore mieux que de dire qui est quoi : la liste nominative complète de ces 174 officiers, classés par grade au 27 juin 2000. Djibouti étant un microcosme, à chacun d’établir la représentation de chaque groupe. Proposition citoyenne : que nos lecteurs/militants se regroupent de façon pluriethnique et contradictoire. C’est le plus sûr moyen pour approcher la réalité.


Avant de laisser le lecteur face à son jugement critique, quelques précisions s’imposent, que ce tableau ne dévoile pas forcément.

S’il est facile de déterminer qui appartient à quel groupe, il est fondamental de remettre les chiffres dans leur contexte historique. Ainsi, des 174 officiers de l’AND rescapés du destin au 27 juin 2000 (certains sont morts, quelques uns sont partis à la retraite et d’autres ont été radiés pour cause de « coup d’état » ou de rébellion), il s’agit de savoir qui a été recruté à quelle époque. A l’examen de cette variable chronologique, il apparaît que pour moitié (88 sur 174), ces officiers sont de la promotion 1977. Ceci mérite explication. En effet, les officiers recrutés à cette époque au sein de l’AND provient de deux origines : les transvasés de l’armée coloniale et les cadres du FLCS. Ce serait donc faire injure à l’Histoire que de prétendre que l’intolérance s’est installée dès le 27 juin 1977 : les tentatives visant à assurer un certain équilibre ethnique au sein de l’Armée, de la Police et de la Gendarmerie se sont heurtées à la politique de la chaise vide prônée par le MPL, qui estimait impossible de coexister ainsi avec les autres composantes de la communauté djiboutienne et accusait la LPAI de vouloir sournoisement « somaliser » le pays. La sanction de l’Histoire est sans pitié pour les erreurs politiques de cette envergure : que les adeptes de cet ostracisme se retrouvent être aujourd’hui les plus solides piliers d’une intolérance qui s’est renforcée depuis 1999 en dit long sur l’immaturité de ses adeptes et les retrouvailles des extrêmes

Profitant de cette fuite sans issue, le régime issu de la décolonisation a cherché à consolider ses bases armées. en contrôlant l’Armée, la Police et la Gendarmerie, relevant dans les faits du chef de cabinet de la Présidence. Pour assurer cette mainmise, des postes ont même été créés : Directeur de la Gendarmerie puis Secrétaire Général du ministère de la Défense. Postes à l’époque occupés, ceci explique cela, par l’actuel Président du Conseil Constitutionnel et qui ont disparu depuis.

Ce qui explique, enfin, que l’actuel régime, héritier de cette ségrégation, n’ait absolument pas cherché à réduire ces inégalités, bien au contraire : dans l’administration comme dans la Gendarmerie ou l’AND, les citoyens ne sont pas égaux. On s’en doutait.

NOM

001. FATHI AHMED HOUSSEIN

002. ZAKARIA CHEIK IBRAHIM

003. ALI SOUBANEH CHIRDON

004. HASSAN AIL KAMIL

005. HOUSSEIN DJAMA IBRAHIM

006. MOHAMED DOUALEH SED

007. OMAR BOUH GOUDADDE

008. OSMAN NOUR SOUBACKLEH

009. YACOUB HASSAN SAID

010. YOUSSOUF KAYAD GUELLEH

011. ABDOURAHMAN ABDI DEMBIL

012. ABDOURAHMAN ADEN CHER

013. ADEN ALI AHMED

014. AHMED HASSAN BOULALEH

015. DAHER ADEN ABRAR

016. HAISSAMA MOHAMED HOUMED

017. MADIAN MOHAMED SAID

018. MOHAMED OUTEH ROBLEH

019. MOUSTAPHA ALI HANDOULEH

020. ABDOULGABAR IBRAHIM HASSAN

021. ABDOUL-ILAH AHMAD ABDI

022. ABDOULKADER ALI ABANEH

023. ABDOULKADER MOUSSA HELEM

024. ADEN OKIEH BOUH

025. AHMED YOUSSOUF BALAH

026. ALI ABDILLAHI IFTIN

027. AMIN ATTEYEH ABDI

028. ELMI FARAH ABANEH

029 HASSAN DJAMA FARAH

030.IBRAHIM ABDILLAHI GUELLEH

031. MOHAMED AHMED FARAH

032. MOHAMED ALI FARAH

033. MOHAMED ALI OBSIEH

034. MOHAMED ELMI HABANEH

035. MOHAMED IBRAHIM MOUSSA

036. MOHAMED KAYAD GUELLEH

037. MOUSSA HAMADOU GOUNDOUS

038. NACHAT FATHI AHMED

039. NASSER ADEN GUIRREH

040. OSMAN ADEN AMAREH

041. OSMAN DOUBAD SOUGOULEH

042. OSMAN HASSAN MOUSSA

43. SAID ALI OMAR

044. YOUSSOUF HOUSEIN LOH

045. ABDILLAHI OMAR HOCHE

046. ABDOUL-WASAH MOHAMED

047. ABDOURAHMAN MOUSSA ROBLEH

048. ABOUBAKER SADIK ABDILLAHI

049. ADEN FOUAD DAHER

050. ADEN MIGUIL DIRANEH

051. AHMED ABIDID BILEH

052. AHMED ALI BOUH

053. AHMED ALI ROBLEH

054. ALI ADEN HOUMED

055. ALI DIRIEH EGAL

056. ALI HAMID HASSAN

057. ALI HASSAN FARAH

058. DAHER MERANEH ARREH

059. DJAMA ALI FARAH

060. FOUAD ELMI WAISS

061. FOUAD MOHAMED ALI

062. HOUSSEIN ASSOWEH KIDAR

063. IDRISS OMAR ELEYEH

064. ISMAEL ABSIEH SAMATAR

065. MAHISSO MOUSSA ARAÏTA

066. MOHAHED BARKAT ADEN

067. MOHAMED ELMI MOUSSA

068. MOHAMED IBRAHIM ADJEB

069. MOHAMED YOUSOUF MAHAMADE

070. NAGUEYEH SAID GUELLEH

071. OMAR SAID KHAIREH

072. SAID AWALEH DOUALEH

073. TAHER ALI MOHAMED

074. WAHIB MOUSSA KALINLEH

075. YACIN AHMED SOUGUEH

076. YOUSSOUF ABDALLAH ALI

077. YOUSSOUF ABDO HACHIM

078. ABDOURACHID MOHAMED KAYAD

079. ABDOURAHMAN RAYALED HARED

080. ADEN DOUALEH WARSAMA

081. ADEN HASSAN GALAB

082. AHMED DJAMA GUELLEH

083. AHMED KALINLEH ABDI

084. AHMED SAID GUEDI

085. AHMED WAIS EGAL

086. ALI BOULALEH YABEH

087. ALI NOUHO ABDOUL

088. BOGOREH SAID ALI

089. CHAKIB ALI MOHAMED

090. GUEDID BAHDON FARAH

091. HASSAN ABDILLAHI MOUSSA

092. HASSAN MOHAMED HASSAN

093.HASSAN MOUSSA OFLEH

094. HOUMED MOHAMED ALI

095. HOUSSEIN MOUSSA HASSAN

096. IBRAHIM ALI FARAH

097. ISMAEL HOUSSEIN ABOUBAKER

098. MAHAMED HERSI OMAR

099. MAHAMOUD ABDI AHMED

100. MOHAMED AWALEH HASSAN

101. MOHAMED FARAH DAHER

102. MOHAMED GADITTO MOHAMED

103. MOHAMED WAIS ABANEH

104. MOUSSA ALI ABSIEH

105. MOUSSA MOHAMED MOUSSA

106. NAGUEYEH RAGUEH ACHKIR

107. OMAR ALI GUEDI

108. OMAR IBRAHIM HALASSE

109. OMAR MERANEH ASKAR

110. OMAR MOHAMED ALI

111. OSMAN GUEDI DJAMA

112. RADWAN DJAMA ABDI

113. RAMZI MAHAMOUD SOULEIMAN

114. ROBLEH DJAMA ROBLEH

115. SAMIREH ADEN AHMED

116. YOUSSOUF IBRAHIM HASSAN

117. ABDI ALI GOD

118. ABDILLAHI MOUSSA OMAR

119. ABDOULKADER MOHAMED ARREH

120. ABDOURACHID MOUSSA ISMAEL

121. ABDOURAHMAN HARED BOUH

122. ABDOURAHMAN HASSAN IBRAHIM

123. ADEN AWALEH MEAD

124. AHMED ILTIREH WAIS

125. AHMED MOHAMED BADRI

126. ALI ABDILLAHI BOUH

127. ALI BOUH GUELLEH

128. ALI HOUSSEIN ABDI

129. ALI ISMAEL EGAL

130. AMER ABDOULAZIZ HASSAN

131. ARAÏTA HOUMED EBILE

132. DJIBRIL KAYAD DARAR

133. ELMI ALI WAIS

134. HAMED HASSAN MOHAMED

135. HASSAN OBAKAR IBRAHIM

136. MAHAMOUD ADAWEH ROBLEH

137. MAKTAL MAHAMOUD HASSAN

138. MOHAMED AHMED OMAR

139. MOHAMED DJAMA DJILAL

140. MOHAMED ISMAEL DOUBAD

141. MOHAMED MEAD OSMAN

142. MOHAMED OMAR ASSOWEH

143. MOHAMOUD ABDI AMER

144. MOUSSA ALI DARAR

145. MOUSSA BOULALEH WABERI

146. MOUSSA MOHAMED MOUSSA

147. SAID MOHAMED BOUKA

148. SAMIR ADEN CHEIK

149. WAGDI DJAMA MOUSSA

150. WAIS OMAR BOGOREH

151. ABDOULRACHID ALI ROBLEH

152. ARAFAT YOUSSOUF HOUSSEIN

153. ELMI BILAH ALAMGAN

154. HASSAN ELMI HOUDON

155. HOUSSEIN GAMAYE ASSOWEH

156. NOUR AWALEH BODEH

157. ABDI ATTEYEH WAIS

158. MOHAMED IBIRO MOHAMED

159. ELMI HERSI DJAMA

160. SAID DAHER WABERI

161. ABDIGANI MOHAMED ISMAEL

162. AHMED DAHER DJAMA

163. BOUH ABDI KHAREH

164. DAHIR HASSAN ABADID

165. ELMI ROBLEH OMAR

166. HASSAN ABDOURAHMAN ADEN

167. HASSAN WARSAMA MIREH

168. MAHAMOUD MOMIN ABDI

169. MOHAMED ATTEYEH ABDI

170. MOHAMED KAYAD NADJI

171. MOHAMED SAID SALEM

172. NIDAL GHALEB MOKBEL

173 OSMAN OBSIEH HOCHE

174. SAID WABERI HAROUR

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Docteur manu militari

Armée djiboutienne contre médecins égyptiens à Peltier

Sans même remonter jusqu’à la reine Hatshepsout, chacun peut mesurer à son inestimable valeur la portée des liens historiques qui nous lient à l’Égypte. Ainsi, dès les premiers mois de notre Indépendance, avec la visite effectuée à Djibouti par Hosni Moubarak, alors vice-Président, la République Arabe d’Egypte a mis en place une coopération multiforme au profit de notre pays, peut-être sans égale dans la Ligue des Etats Arabes et ceci dans les domaines les plus vitaux tels que la Santé ou l’Éducation. Malheureusement, certains agents de l’État, civils et militaires, très peu respectueux du sens de l’État et apparemment assurés d’une impunité qui ne peut que discréditer nos institutions, ont physiquement mis à mal cette assistance technique, en s’en prenant d’une façon inadmissible à un médecin égyptien en service à Peltier. Agression qui ne peut manquer d’inquiéter l’ensemble des coopérants affectés en République de Djibouti.


Jeudi 12 février, aux alentours de 11 heures, le docteur Tarek Razek, médecin égyptien en service à l’Hôpital Général Peltier, s’apprête à pratiquer une césarienne sur une parturiente en difficulté. Pour cela, il demande l’assistance du médecin-anesthésiste, le docteur Madian Mohamed Saïd, qui se trouve être de surcroît officier de l’Armée Nationale Djiboutienne. D’après nos informations recueillies dans le milieu médical, ce dernier, prétextant l’heure tardive, aurait refusé l’opération et ordonné au médecin égyptien de ne rien entreprendre, malgré l’état physique de la femme sur le point d’accoucher. Devant l’insistance du coopérant égyptien, le médecin djiboutien a fait appel à des soldats de l’AND dans le but avoué d’empêcher l’opération.

Ceux-ci arrivent immédiatement sur les lieux et six de ces militaires djiboutiens se mettent alors à battre furieusement le gynécologue égyptien dans le bloc opératoire. Agression physique dont les soins ont nécessité, entre autres, dix points de suture sur le crâne de la victime. Sur ces entrefaites, son collègue le docteur Sahfaan, lui aussi égyptien, travaillant à Peltier en qualité de contractuel, s’empresse d’évacuer le blessé sur l’ambassade égyptienne, dont le personnel se précipite à l’Hôpital Peltier pour exactement comprendre les raisons d’une telle agression, si raisons il y a.

Mais la machine de l’absurde ne s’arrête pas là : le docteur Sahfaan est suspendu par l’administration de Peltier le jour même et ordre lui est intimé d’évacuer sur-le-champ son logement de fonction. Pratique dont la banalité n’a d’égale que la fréquence, son salaire a également été suspendu en un temps record. Voilà pour les faits : inutile de dire que nous condamnons avec fermeté cette agression gratuite et demandons que toute la lumière soit faite sur cette malheureuse affaire. Ceux qui se sont rendus à Mogadiscio savent que du temps de sa gloire au milieu des années 70, le régime de Siad Barré emprisonnait systématiquement tout somalien se rendant coupable d’agression contre un étranger, à plus forte raison lorsqu’il s’agissait d’un coopérant : serait-ce trop demander à ce régime d’impunité de ne tolérer aucun écart de la sorte de la part de ses agents ?

Pour avoir été les seuls à révéler le scandale qui l’entourait, nous rappelons que c’est surtout grâce à la vigilance de cette coopération qu’une clinique se prétendant égyptienne et travaillant dans des conditions très peu orthodoxes a été fermée, évitant certainement ainsi quelques désillusions et effets secondaires aux patients djiboutiens imprudemment et avidement jetés en pâture par le ministère djiboutien de la Santé.

Autant que dans les différents secteurs de la Santé publique, la coopération égyptienne se distingue dans les domaines tels que l’Enseignement, l’administration, la Police ou l’Armée. Des dizaines d’étudiants djiboutiens poursuivent leurs études en Égypte grâce à des bourses octroyées par Le Caire. De même, de nombreux officiers militaires ont été et sont encore formés dans les meilleures académies égyptiennes. Enfin, des malades djiboutiens sont soignés chaque année au Caire aux frais du gouvernement égyptien. Qu’en guise de remerciement, le régime djiboutien pousse l’ingratitude jusqu’à tolérer qu’un médecin égyptien coopérant soit sauvagement agressé par des militaires, puis l’empêcher d’être soigné à Peltier et à en refuser l’accès à un chirurgien apprécié de tous pour avoir sauvé des centaines de vies humaines, nous ne pouvons ni le comprendre ni le tolérer.

Déjà que la coopération française a été drastiquement réduite dans le domaine de la Santé, pour de nombreuses raisons, telles que la détérioration des conditions de travail, tenant à la mauvaise gouvernance, il serait hautement dommageable pour le citoyen djiboutien qu’à son tour, la coopération multiforme et généreuse de la République sœur d’Égypte fasse les frais d’une telle irresponsabilité.

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