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Éditorial
AUX MARCHANDS D’ILLUSION, ALI-SABIEH DIT
NON !
Il y a, schématiquement, deux façons de
faire du journalisme politique. La première consiste à
religieusement boire les propos des dirigeants et à
fidèlement les servir aux lecteurs, auditeurs et
téléspectateurs, invités à se recueillir sur la profondeur
des vues et le miracle toujours recommencé de la
vénération. C’est la posture fétichiste. La seconde
cherche pour sa part à rapporter le texte à son contexte,
à comparer la pluralité des points de vue et à confronter
les mots et les actes, en donnant aussi la parole à ceux
qui en sont le plus souvent dépossédés. C’est la posture
militante, citoyenne et démystificatrice que nous pensons
être la nôtre. Le passage à Ali-Sabieh du Chef de l’État
la semaine dernière, au prétexte d’y inaugurer une usine
de dessalement d’eau (il s’agissait en fait du lancement
prématuré de la campagne électorale pour la présidentielle
de l’année prochaine, on se demande bien pourquoi une
telle précipitation d’ailleurs, puisque la machine à
frauder est déjà mise en place) et surtout la distance
incommensurable entre le tam-tam officiel et la modestie
des notables de cette ville, fournissent une illustration
exemplaire de ce que nous avancions : la maturité
populaire est en train de mettre en échec la politique de
division tribale que le régime pensait infaillible, ou à
tout le moins rentable.
« Ce que vous avez fait pour
Ali-Sabieh, vous devez le faire pour Obock, Tadjourah et
Dikhil : ces districts ont les mêmes besoins que le nôtre
» : ainsi s’adressa au Président de la République un
vénérable notable plein de sagesse et d’expérience. Un
Chef d’État doit traiter tous ses concitoyens sur le même
pied d’égalité : tel était le message et c’est à se
demander si son illustre auditeur ne l’avait pas quelque
peu oublié. Lui qui, en tout cas, est pris en flagrant
délit : celui de faire durer, quatre ans après
l’Accord-cadre de Paris, les souffrances de tous les
Djiboutiens avides de Démocratie en général et des
habitants des zones affectées par le conflit civil en
particulier, en leur refusant indemnisations de leurs
biens détruits et pillés par les troupes gouvernementales
et réhabilitation des infrastructures publiques.
Ce malgré toutes les dispositions
internationales à financer tous ces programmes, au rang
desquelles il convient de citer les Nations Unies et
l’Union Européenne. Mal élu, donc potentiellement porteur
de troubles, donc générateur de conflit, le discours du
Président de l’Assemblée Nationale djiboutienne plaidant
pour la prévention des conflits devant les ACP/UE n’en est
que plus ridicule ! Par la voie de ses notables,
Ali-Sabieh a donc résolument refusé les sirènes du
favoritisme, incarnées par tous les marchands itinérants
d’illusions tribales. Ces vieux sages se souviennent
parfaitement de toutes les provocations
intercommunautaires, fomentées par une administration
coloniale submergée par la vague indépendantiste : ceux
qui veulent détruire le pays plutôt que de perdre le
pouvoir se ressemblent, par-delà la couleur de la
domination.
La couleur locale se prétend caméléon,
mais elle est tout aussi facile à identifier. C’est donc
bien piteux que l’illustre inaugurateur s’est senti obligé
de rectifier le tir, pour le moment, en utilisant de façon
simpliste une métaphore anatomique comparant le pays à un
corps dont un membre invalide (district ou groupe)
mettrait en danger l’équilibre de l’ensemble. C’es
vraiment à se demander s’il s’entend parler, car il y a
bien longtemps que notre pays est plongé dans une
invalidité totale : dire que nous stagnons est encore
optimiste, tant les indicateurs multiformes de la
récession sont patents.
Si les « miraculés » habitants du Day
ne doivent leur précieuse eau qu’au seul programme-caprice
présidentiel d’acclimatation de khat et de café dans un
ranch adjacent, les nombreuses arrières-pensées de l’usine
d’Ali-Sabieh (elle aussi absolument pas budgétisée, ni
a fortiori planifiée dans tous ses aspects à long
terme, pour vitale qu’elle soit) ne s’en dévoilent que
plus cruellement. Comme leur incontestable échec, aussi
fulgurant que la campagne pour la présidentielle est
prématurée.
Le diagnostic de la maladie qui ronge
ce régime ayant été si lucidement posé par les sages d’Ali-Sabieh,
il reste à espérer que le grand malade RPP acceptera le
remède qui lui est proposé : une bonne dose d’égalité
entre ses concitoyens. Pour cela, nous disons merci ! aux
notables et à la population d’Ali-Sabieh : c’est une
véritable leçon de maturité politique et de citoyenneté
agissante qu’ils viennent de donner. Au reste du pays de
les accompagner dans cette voie d’avenir, la seule
réellement viable.
Brèves nationales
District de Dikhil :
Alerte à l’hyène tueuse !
Des meutes d’hyènes tueuses sèment la
désolation dans tout l’arrière-pays dikhilois, et ce
depuis trois mois, sans que les autorités administratives
de ce district ne daignent prendre une quelconque mesure à
l’encontre de ces prédateurs déchaînés. Ainsi, dans le
triangle Goba’ad-Hanlé-Gagadé, les éleveurs nomades
s’estiment littéralement sinistrés et nous ont fait
parvenir (à nous et pas à La Nation, ce qui est
significatif) une liste détaillée de leurs pertes
respectives.
En premier lieu, pour la zone de
Goba’ad, les campements touchés sont au nombre de 10 et le
total des animaux domestiques tués par les hyènes s’élève
à 319 ; chiffre comprenant vaches, chèvres, ânes, moutons
et dromadaires.
La plaine de Hanlé a pour sa part
recensé 276 animaux domestiques dévorés par les meutes
d’hyènes dans 7 villages et campements.
Dans la région de Gagadé enfin, ce sont
pas moins de 41 bêtes qui auraient été englouties par ces
prédateurs dans 6 campements différents. Ce qui porte à
636 le total des animaux domestiques sacrifiés à l’appétit
des hyènes.
Rappelons que les populations rurales
du Sud-Ouest sont parmi les plus démunies de notre pays et
vivent essentiellement de l’élevage extensif. A ce rythme,
d’ici l’été prochain, ce sont des dizaines de familles
nomades qui risquent de se retrouver sans moyens de
subsistance. Nous lançons donc un appel pressant aux
autorités compétentes afin qu’elles mettent tout en œuvre
pour arrêter ce carnage. Il en va de la survie de milliers
de citoyens. A suivre…
Semi-marathon de Djibouti :
Que le meilleur perde ?
Au début des années 80, l’athlétisme
djiboutien s’était hissé au niveau international et même
mondial avec la consécration de l’athlète Ahmed Salah :
Champion du monde militaire, Champion du monde et médaillé
olympique. A cette époque l’Etat djiboutien fournissait
des efforts conséquents afin de permettre à nos athlètes
de concourir dans les meilleurs conditions. Depuis
l’instauration de la mauvaise gouvernance et son
corollaire la prédation, la régression tous azimuts touche
également le domaine sportif.
Ainsi, de l’avis général, nos athlètes
partaient lourdement handicapés cette année parce que
n’ayant pas bénéficié d’une préparation technique
suffisante. Quarante huit heures avant le début de la
compétition, les organisateurs avouaient en toute humilité
les difficultés financières rencontrées dans la
préparation de l’évènement sportif de l’année. Dans ces
conditions la contre-performance de nos sportifs était
prévisible.
Ces dernières années nos athlètes n’ont
remporté aucune compétition internationale mais
réussissaient tout de même à limiter les dégâts lors du
semi-marathon de Djibouti. Cette année la bérézina
constatée est imputable à ce régime de mauvaise
gouvernance qui préfère investir des millions de nos
francs en Khat plutôt que pour le sport national. Pour
preuve, le jour de l’inauguration du projet d’eau minérale
d’Ali-Sabieh, le khat a été acheté pour plusieurs millions
de nos francs à Diré-Dawa (Ethiopie) et directement
convoyé sur Ali-Sabieh. Dans l’après-midi du jour suivant,
nos athlètes privés de moyens ne pouvaient faire que pâle
figure devant des athlètes régionaux autrement mieux
préparés. Quelle honte que de voir les meilleurs perdre à
cause du gâchis institué par ce régime inconscient et
insouciant.
Démocratie indirecte ?
Quand un juge installe un syndicat
Comme chacun le sait, la coexistence
est impossible entre un vrai syndicat dont les dirigeants
sont librement élus par la base, et les clones imposés par
le régime, sans aucune légitimité. Dernière preuve en date
de ces difficultés d’un syndicalisme-maison :
l’intervention miraculeuse du Palais de Justice. En effet,
par une ordonnance n°29/04 du 7 février 2004, le Président
du tribunal de première instance de Djibouti a décidé de
proroger le mandat du Président du syndicat des dockers du
Port de Djibouti.
Ci-dessous le texte de cette ordonnance
:
Prolongation de mandat
Nous, Mohamed Moussa Iyeh, président du
tribunal de première instance de Djibouti,
Vu la requête en date du 29 décembre
2003,
Vu l’avis du ministère public,
Vu le jugement n°450/02 du 17 septembre
2002.
Vu l’arrêt n°121/03 du 10 novembre
2003.
Disons que le mandat du président du
syndicat des dockers du PAID commencent effectivement à
compter de 10 novembre 2003 pour une période de deux ans
selon les statuts du syndicat.
Disons que cette ordonnance sera
exécutoire.
Disons qu’il nous sera référé en cas de
difficultés.
Fait à notre cabinet le 7 février 2004.
Ayant été incapables d’organiser,
conformément aux Statuts, un congrès pour désigner de
nouveaux responsables ou reconduire ceux en place, les
syndicalistes sponsorisés par le régime ont trouvé une
formule inédite dans le monde : un coup d’état légal
perpétré par une décision de Justice en bonne et due
forme. Nous livrons ainsi à la méditation de nos lecteurs
l’avancée de l’Etat de droit version RPP.
Prochaine étape : étant donné que,
selon la version officielle, plus de 50% de citoyens
inciviques et apolitiques n’auraient pas daigné retirer
leurs cartes d’électeur lors des dernières élections
législatives du 10 janvier 2003, certains trouveraient
normal que le mandat présidentiel soit tout simplement
reconduit par une décision des juges! Ce qui s’appellerait
le gouvernement des experts en… bonne gouvernance. A
quelque chose malheur est bon : la caution financière
déposée par le candidat de l’opposition se serait pas
confisquée par le régime prédateur.
L'UAD discute avec l'Union
européenne
Une mission parlementaire européenne, en
séjour d’étude dans notre pays, a bien voulu rencontrer
des personnalités de l’opposition djiboutienne, afin de
diversifier ses sources d’information pour mieux juger des
avancées démocratiques ainsi que du renforcement de la
Paix. Contrairement au régime djiboutien, l’Union
Européenne n’a pas oublié que nous sortons d’un douloureux
conflit civil d’une décennie et la paix se doit d’être
quotidiennement consolidée en en éliminant les causes et
soignant les conséquences. Toutes exigences que la
démagogie RPP ignore allègrement en violant toutes les
dispositions de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Mais ceci
n’est pas nouveau. Ce qui l’est par contre, c’est que,
dorénavant, l’intérêt que l’Union Européenne porte à la
stabilité de notre pays n’est plus la somme des intérêts
nationaux des Etats européens présents sur notre
territoire. Ce qui revient à dire, pour le plus grand
bonheur de nos concitoyens, que la République de Djibouti
n’est plus principalement une base militaire avancée de
l’Occident, dont la permanence vaudrait bien quelques
complaisances à l’égard d’un régime qui offre ce morceau
de désert au plus offrant. Cette opportunité historique,
une délégation unitaire de l’UAD l’a saisie, pour s’être
entretenue lundi dernier, avec les membres de cette
mission parlementaire de l’Union Européenne.
C’est donc lundi dans l’après-midi, à
16 heures que le Comité de Direction de l’UAD a rencontré
la Mission parlementaire Européenne composée de sept
députés et présidée par Mme Karin Junker, d’origine
allemande. Mme Junker a précisé que, comme cela l’avait
été expressément notifié à la partie gouvernementale, il
était hors de question que sa mission quitte Djibouti sans
avoir rencontré les dirigeants de l’opposition. On
comprend donc pourquoi la RTD n’a pas jugé utile de citer
cet événement : la voix de son maître ne pouvait accepter
un constat qui s’impose même à Bruxelles, à savoir
l’existence d’une opposition nationale responsable, ayant
son mot à dire.
La discussion avait pour base le
rapport que l’UAD avait remis à cette délégation de haut
niveau ( voir pages 4 et 5) et les points suivants ont été
abordés :
- L’Accord de paix du 12 mai 2001,
- Les élections législatives du 10
janvier 2003 et ses résultats,
- La situation de l’Opposition à
Djibouti,
- L’état réel de l’économie et de la
société djiboutiennes,
- Les attentes populaires et
- Les perspectives politiques d’avenir…
Par courtoisie pour nos interlocuteurs,
nous ne citerons ici aucun de leurs propos relatifs à leur
appréciation de la situation nationale. Le seul fait que
l’Europe regarde enfin notre pays, pour ainsi dire,
par-dessus l’épaule de la France, dont la diplomatie reste
essentiellement militaire et soumise à de très lourds
impératifs tenant uniquement à sa base, est en soi un
tournant capital que, contrairement aux médias
gouvernementaux qui n’en traitent que l’aspect onction
internationale, nous apprécions à sa juste valeur.
Prenant tour à tour la parole, les
présidents des quatre formations qui composent l’UAD ont
mis en lumière la persistance d’une dictature face aux
changements souhaités et confirmée par le dernier scrutin
législatif. M. Ismael Guedi a tenu à rappeler que malgré
certaines dérives, il existait un minimum de sens de l’Etat
avant 1995 : les salaires étaient versés à terme,
l’avancement et le traitement des fonctionnaires n’étaient
pas gelés, la Santé et l’Education pour tous étaient une
réalité tangible, tandis que la corruption et l’affairisme
n’étaient pas aussi généralisés et surtout ne s’exhibaient
pas avec autant d’impunité et d’indécence.
Quant à M Ahmed Youssouf, notre
vice-président, il a tout simplement appelé un chat un
chat : qui paye le plus peut le moins ! Autrement dit,
c’est grâce à la générosité de l’Europe et des autres
partenaires bilatéraux que ce régime d’injustice se
perpétue. Aux donateurs d’imposer que les règles de l’Etat
de droit et de la bonne gouvernance soient effectivement
respectées. Le refus d’abandonner les reflèxes de parti
unique conduit à l’impasse politique.
Avant qu’il ne soit trop tard : les
mêmes causes produisant les mêmes effets, l’aggravation de
l’arbitraire, conjuguée à la dégradation des conditions
d’existence, c’est une situation insurrectionnelle qui est
en train de s’amplifier.
« Le plus grave, ce n’était pas
qu’il mentait, nous le savions : c’est qu’il savait que
nous savions qu’il mentait ». Ainsi résumait un
diplomate étranger, il y a quelque temps, une séance de
travail entre sa délégation et le sommet de l’Etat
djiboutien. Les membres de la mission parlementaire
européenne en visite de travail à Djibouti ne viendront
peut-être pas au même constat lucide.
Par contre, à comparer les points de
vue du régime avec ceux de l’Opposition sur tous les
sujets primordiaux tels que l’application de l’Accord de
Paix du 12 mai 2001 ou la pertinence des avancées
démocratiques depuis 2002, ils se poseront certainement
une question, brutale : du régime ou de l’opposition,
quelle est la partie qui ment ?
Car c’était bien de cela qu’il
s’agissait, ce qui étant déjà peu glorieux pour le régime,
aura surtout montré que la démocratie n’est encore qu’un
slogan vide de réalité à Djibouti.
L'UAD écrit à l'Union
européenne
Voici le bref tableau de la situation
nationale dressé par l’UAD et qui a servi de cadre de
discussion avec les membres de la mission parlementaire
européenne. Peu de choses inconnues du citoyen djiboutien
: devant l’aggravation des conditions d’existence de nos
concitoyens et le recours constant aux méthodes de
barbouzes de la part du régime, un débordement n’est pas à
exclure : dernier exemple en date, Haïti est là pour
rappeler qu’il est impossible de durablement gouverner
contre la volonté populaire. N’attendons pas cette
dramatique issue pour faire changer les choses dans le bon
sens.
UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE
(ARD, UDJ, MRD, PDD)
Note d’information
à la mission parlementaire européenne
en visite en République de Djibouti
Les dirigeants des quatre partis
politiques opposés à la dictature en place, l’Alliance
Républicaine pour le Développement (ARD), l’Union pour la
Démocratie et la Justice (UDJ), le Mouvement pour le
Renouveau Démocratique (MRD) et le Parti Djiboutien pour
le Développement (PDD), regroupés sous le sigle UAD (Union
pour l’Alternance Démocratique, saluent l’heureuse
initiative du Parlement européen d’envoyer à Djibouti une
importante délégation.
Nous nous réjouissons d’une telle
opportunité et souhaitons le meilleur séjour dans notre
pays aux membres de cette mission parlementaire.
Opportunité dont nous saisissons à sa juste valeur la
portée historique car nul n’ignore que le gouvernement
djiboutien écarte systématiquement les responsables des
partis d’opposition de tout contact et de tout dialogue
avec les visiteurs extérieurs.
La République de Djibouti, petit pays
de 23.000 km2, indépendant depuis le 27 juin 1977, vit
sous la férule d’une dictature féroce, issue en 1999 d’une
élection présidentielle entachée de fraudes massives. Ce
fut une véritable mascarade, sans aucun observateur
international crédible. Le chef de l’Exécutif, un ancien
policier, décide selon son bon vouloir, selon son humeur
du moment. Ce gouvernement illégitime ne respecte rien,
car il émane du RPP (Rassemblement Populaire pour le
Progrès) ancien parti unique habitué à décider seul, sans
beaucoup de considération pour les aspirations populaires
et sans aucun respect pour l’opposant politique.
Comme vous le démontreront les
documents annexés à la présente note d’information, il
n’existe aucune élection libre et transparente en
République de Djibouti. Ainsi, des fraudes massives et
généralisées à l’ensemble des cinq circonscriptions que
compte le pays, ont entaché les dernières législatives du
10 janvier 2003. Malgré une politique et une gestion
désastreuses, le pouvoir en place s’est autoproclamé
victorieux, par différents procédés tels que la
manipulation des fichiers électoraux, la rétention et le
camouflage dans la distribution des cartes d’électeur ou
encore le bourrage des urnes, le refus de publier et
d’afficher les listes électorales ainsi que la désignation
unilatérale et partisane des membres de la Commission
Electorale Nationale Indépendante.
Aussi, l’Assemblée Nationale monocolore
est surtout une chambre d’enregistrement sans réel pouvoir
de contrôle : par exemple, le Budget de l’Etat y est
adopté en une seule matinée ! Le scrutin majoritaire à un
seul tour, institué du temps du parti unique, est toujours
en vigueur puisque reconduit par la Constitution du 15
septembre 1992.
A Djibouti, la Justice ne jouit
d’aucune indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif. Bien
au contraire, Face au manque d’une Justice indépendante
consciente de sa mission, les Djiboutiens risquent de se
faire eux-mêmes justice; ce qui risque de provoquer
d’abord l’anarchie, puis la guerre civile. Rappelons
enfin, à ce chapitre, que le principe
constitutionnellement garanti de l’inamovibilité des
magistrats du siège est remis en cause par le récent
statut de la magistrature.
Par ailleurs, 80% du Budget de l’Etat
provient de la prestation de services. Depuis l’arrivée au
pouvoir de l’actuel Président de la République, l’opacité
la plus extrême est instituée, malgré la mise en place
d’une Chambre de Compte et de Discipline Budgétaire, aux
pouvoirs très limités et dont les conclusions restent
confidentielles, puisque seul le Chef de l’Etat en prend
connaissance. Il n’y a donc ni gestion ni autorité.
Ce qui était autrefois une
administration sérieuse n’existe plus, la corruption
n’épargne aucun secteur ni aucune niveau hiérarchique.
Détournement des deniers publics, pillage des richesses et
concussion sont monnaie courante. Ce qui affecte le bon
fonctionnement de l’entreprise privée soumise au trafic
d’influence et à la chasse aux commissions. A tous ces
auteurs et complices de corruption, l’impunité la plus
totale est assurée : aucune poursuite n’est engagée contre
eux. En cas de poursuite, comme ce fut le cas il y a deux
ans contre un présumé faux-monnayeur pris en flagrant
délit, c’est le non-lieu sans aucun procès. La
transparence dans la gestion des affaires publiques et la
bonne gouvernance n’ont donc plus cours ici. Le
gouvernement est en train de détruire ce qui existait en
prétendant créer à prix d’or de nouvelles institutions,
comme la Garde Présidentielle ou le Service National
Adapté. Au lieu de démobiliser ses soldats en vue
d’améliorer les conditions d’existence des Djiboutiens par
des investissements productifs, le régime est en train de
recruter 1200 jeunes au sein de l’Armée, pour les utiliser
lors de la prochaine campagne présidentielle de 2005 et
éventuellement dans la fraude.
Bien que cela soit explicitement prévu
par la Constitution, le pouvoir en place a beaucoup de mal
à admettre une quelconque opposition, surtout si elle est,
nationale, sérieuse et active. Non seulement l’accès aux
médias publics lui est totalement interdit, mais il lui
arrive souvent de la pourchasser par de multiples
tracasseries quotidiennes, allant jusqu’à la suspension du
salaire ou de la pension de retraite de ces opposants.
Plus grave, la caution de 32.500.000 FD
(Trente-deux millions cinq cent mille Francs Djibouti)
versée par les 65 candidats UAD lors des législatives du
10 janvier 2003 n’a toujours pas été restituée à ce jour,
en dépit des 45% des suffrages exprimés qui nous a
officiellement été « attribuée » à l’issue de la fraude.
La Justice, saisie de ce déni de droit, n’a pas statué
jusqu’à présent, prétextant son incompétence, alors qu’un
précédent existe à la matière : le Trésor a remboursé la
caution à la liste du parti politique dénommé PRD Parti du
Renouveau Démocratique) lors des législatives de décembre
1992. Le gouvernement maintient l’opacité à tous les
niveaux de la vie nationale, entretenant le flou et le
brouillard : aucune statistique fiable n’est disponible
quant à l’évolution démographique de la société
djiboutienne. Indice éloquent : à part Son directeur, le
service chargé des enquêtes statistiques (DINAS) n’emploie
aucun djiboutien !
Tout aussi gravement, le régime
djiboutien n’a absolument pas respecté ses engagements
souscrits dans le cadre de l’Accord de paix du 12 mai
2001, signé avec le FRUD-armé de M. Ahmed Dini,
actuellement président de l’ARD. Accord unanimement salué
par tous les citoyens djiboutiens et les observateurs
extérieurs (dont l’Union Européenne, qui a financé le
programme de démobilisation des rebelles) qui, bien
qu’ayant mis fin à une décennie de conflit civil, cherche
encore un début d’application dans tous ses différents
volets, au rang desquels il convient de citer la
réhabilitation des zones affectées par le conflit et la
réinsertion des anciens maquisards.
Les droits de l’homme ne sont guère
mieux lotis. La liberté de la presse et d’opinion, bien
que constitutionnellement garantie, est considérée par le
régime comme une atteinte à sa pérennité. Ceux qui
postulent à l’exercice de cette liberté perdent souvent
leur emploi, sont poursuivis et parfois jetés dans la
prison de Gabode.
En érigeant tous les obstacles
possibles et imaginables à l’exercice d’un syndicalisme
libre (les atteintes au libre exercice du droit syndical
dont le régime djiboutien se rend coupable sont bien
connus au Bureau International du Travail), c’est la vie
citoyenne qui est tout simplement mise en berne. Le régime
a poussé jusqu’à l’extrême sa volonté de faire table rase
du syndicalisme libre et indépendant : les deux centrales
syndicales authentiques (l’UDT et l’UGTD) ont été
remplacées du jour au lendemain le 15 juillet 1999 par
deux clones contrôlés par le pouvoir. Les véritables
syndicalistes légalement choisis par les travailleurs ont
été licenciés et ne sont toujours par réintégrés, malgré
les engagements officiels en ce sens. Il est donc
illusoire de parler de pluralisme ou de démocratie à
Djibouti : les chances de réel développement s’en trouvent
d’autant réduites.
Du fait de la mauvaise gouvernance, de
l’insouciance du régime ne se sentant pas menacé par le
verdict des urnes, de la corruption généralisée et du
non-respect de la légalité, nos concitoyens souffrent. Les
Djiboutiens en sont réduits à la dégradation continue de
leurs conditions d’existence, à la famine, à la misère et
à la mendicité, tandis que la classe dirigeante étale son
luxe et sa richesse. Près de 80% des jeunes sont au
chômage. Et, à part l’exil en Europe, aux Etats-Unis ou au
Canada, ils ne voient aucune perspective locale, aucun
horizon national pour sortir de la dramatique situation
dans laquelle ils sont condamnés à végéter. Les
gouvernants n’ont rien à leur offrir, sinon des
discours-fleuves et de vagues promesses jamais tenues.
Dans ces conditions, que demande
l’opposition ?
- La stricte application de toutes les
clauses contenues dans l’Accord de paix du 12 mai 2001,
signé entre le gouvernement et le FRUD-armé. La paix est
le préalable indispensable pour réconcilier la Nation
djiboutienne avec elle-même. La réhabilitation des zones
affectées par le conflit doit se faire de concert,
conformément à l’article 24 de l’Accord de paix du 12 mai
2001. Enfin, ne pas traiter les causes du conflit
hypothèque gravement toute stabilité ultérieure. Des
pressions multiformes devraient obliger le régime à
respecter ses engagements souscrits dans le cadre de cet
Accord de paix.
- Des élections libres et transparentes
avec des observateurs internationaux en nombre suffisant
pour si possible couvrir tous les bureaux de vote,
originaires de pays à longue tradition démocratique.
Seules des confrontations électorales justes et libres
nous semblent être la plus sûre voie assurant le
développement durable et le progrès social. Le
sous-développement politique est un des ferments du
sous-développement économique : un régime ne craignant pas
le verdict des urnes n’aura aucune raison de bien
gouverner en assurant à ses concitoyens un cadre de vie
décent. L’opposition djiboutienne souhaite donc que les
citoyens aient le droit de librement choisir leurs
représentants et de les sanctionner le cas échéant.
Nous, opposition djiboutienne composée
de femmes et d’hommes responsables, agissons dans le cadre
pacifique et légal fixé par les textes en vigueur. Jusqu’à
ce jour, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir
afin de préserver la paix, car nous sommes convaincus que
la paix est le bien le plus précieux, en particulier pour
les ressortissants d’un aussi fragile pays sortant à peine
d’une décennie de conflit civil.
Malheureusement, en dépit de tous nos
efforts, et devant l’aggravation des difficultés que
rencontrent nos concitoyens pour subvenir à leurs besoins
les plus élémentaires, essentiellement due à la mauvaise
gouvernance et à l’étouffement des libertés, la stabilité
intérieure de notre minuscule pays est gravement mise en
danger : nous risquons de connaître le même sort que notre
voisin somalien.
Car, à trop perdurer, cette situation
de non-droit aboutira tôt ou tard et inéluctablement à une
explosion aux conséquences incalculables.
Nous lançons donc un appel solennel à
la communauté internationale d’une manière générale et à
l’Union Européenne en particulier, pour venir en aide au
Peuple Djiboutien, en péril.
Nous souhaiterions vivement que l’Union
Européenne fasse pression sur le gouvernement djiboutien
afin que ce dernier applique l’Accord de paix du 12 mai
2001, respecte les droits de l’homme et s’engage
résolument dans la pacification et la démocratisation de
la vie politique nationale.
Si aucune pression extérieure n’apporte
un correctif aux actuelles dérives du régime djiboutien,
la situation, intérieure ne pourra que se dégrader et
l’inévitable explosion sociale ne sera alors qu’une triste
mais simple question de temps.
Pour sa part, l’opposition djiboutienne
solidaire au sein de l’UAD, continuera dans la voie
pacifique et légale qui est la sienne, sachant que les
aspirations populaires au changement ne peuvent être
durablement étouffées.
Note de la LDDH : Halte au
gangstérisme d'État
La Ligue Djiboutienne des Droits
Humains a publié la note ci-dessous reproduite, relative à
la délinquance financière du régime en place, qui persiste
dans ses violations des règles de droit les plus
élémentaires. Ainsi en est-il du sort réservé à la caution
financière de 32.500.000 FD que la liste de l’UAD (Union
pour l’Alternance Démocratique) avait déposée auprès du
Trésor Public, pour participer aux dernières législatives
du 10 janvier 2003. Partout ailleurs dans le monde,
caution implique remboursement, quelles qu’en soient les
modalités. Sauf à Djibouti : il était impossible qu’une
telle somme n’attirât pas l’appétit insatiable du pouvoir
en place. Et si cela permettait en même temps de porter
atteinte aux ressources financières de l’opposition,
surtout qu’une échéance capitale arrive, pourquoi ne pas
joindre l’utile affaiblissement des adversaires à
l’agréable confiscation des biens d’autrui auquel ce
régime d’abus est autorisé par une administration, dans ce
cas en tout cas, au service de l’intérêt partisan, et une
Justice dont la balance est si peu fiable pour le citoyen
ordinaire désemparé contre cet arbitraire quotidien ?

NOTE D’INFORMATION DU 18 FEVRIER 2004
LE DERNIER COUP D’ÉTAT ÉLECTORAL
EST ENCORE SUIVI PAR UN GANGSTÉRISME D’ÉTAT
IMPOSE A L’ENCONTRE DE
L’UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE(
UAD )
Le gangstérisme d’Etat a plusieurs
formes et certaines de ces formes sont malheureusement
réelles en République de Djibouti ; pays au peuple
fondamentalement pacifique.
Les faits :
Rappelant que le 10 janvier 2003, lors
des élections législatives, les différents Partis de
l’Opposition Djiboutienne avaient déposé une liste unique
de candidats sous la coordination de l’Union pour
l’Alternance Démocratique (UAD).
Rappelant que la caution exigée pour
les 65 candidats de l’UAD fut déposée au Trésor Public par
un versement de trente deux millions cinq cent mille
francs Djibouti (32.500.000 FD).
Rappelant que le résultat des élections
législatives, malgré le Coup d’Etat Electoral dans les
régions du Nord et de l’Ouest de la République de
Djibouti, s’est soldé, dans l’ensemble, avec le score de
près de 45% pour l’UAD.
Rappelant que cette caution devrait
être remboursée à l’UAD dès la proclamation officielle.
Convaincus que les Partis Politiques de
l’Opposition ont effectué et ont démontré, dans la
légalité, leur Volonté et leur Droit au remboursement de
cette caution.
Constatant qu’aucun Texte juridique,
aucune Jurisprudence, encore moins un semblant de
comparaisons ne peut permettre au Trésorier National de
disposer soit pour le compte du Budget de l’Etat, soit
encore moins, peut-être, pour une tierce partie.
Par définition: toute caution est
normalement remboursable. Il est bon de rappeler que, la
Loi Organique de 1992 relative aux élections fait un tout,
et que dans le contexte actuel, les Législateurs ont
encore affirmé l’obligation du remboursement de la caution
dans le cadre de la Loi sur la Régionalisation.
Affirmant que l’esprit de la
législation de notre pays est constant, même s’il existe
d’autres incompréhensions prises par un Haut Décideur de
l’Administration, ses décisions restent, de fait,
illégales avec les risques d’être probablement teintées
par des colorations purement politiques.
La Ligue Djiboutienne des Droits
Humains (LDDH) est sidérée par le refus arbitraire du
Trésorier Payeur National; elle lance un Appel au Chef du
Gouvernement d’accorder une attention très particulière à
cette affaire de caution encore nQ’lremboursée par le
Trésor National ;
La LDDH demande aux membres du Conseil
Constitutionnel ainsi qu’à son Président de se saisir de
cette affaire de « refus de rembourser la caution à l’UAD
» et ce conformément à l’article 75 de la Constitution;
La LDDH demande au Ministre de la
Justice d’accorder ses violons avec ceux du Chef de l’Etat
pour que rapidement le Conseil du Contentieux
Administratif mis sous embargo depuis 1996 soit
opérationnel et surtout totalement indépendant sans aucune
fragilisation aucune.

Courrier des
lecteurs : les FFDJ et nousCOURRIER DES
LECTEURS

COMMENTAIRES
Chacun s’en sera douté, Guirreh Houmed Saleh est un
pseudonyme : précisément celui d’un haut fonctionnaire, peu suspect de
militantisme opposant. Si nous publions son courrier, c’est pour quatre raisons
au moins : 1) il nous a personnellement remis ce courrier ; 2) étant donné sa
fonction, il sait de quoi il parle ; 3) ce délicat sujet de services rendus
concerne tous les citoyens à la recherche d’emploi ou de marché, indépendamment
des colorations politiques et 4) tout citoyen, djiboutien ou français, est en
droit d’exiger la plus grande transparence sur ce commerce tout aussi fructueux
qu’opaque.
On l’aura compris, la stabilité d’une base militaire passe
essentiellement par quelques courbettes devant les prédateurs affiliés au
régime, quand ils n’en sont tout simplement pas l’émanation financière.
Après le scandale, révélé par notre confrère Le Canard
Enchaîné, relatif au réseau des filles de joie (et parfois des fillettes)
mises à la disposition des légionnaires, ce favoritisme ne nous étonne guère.
Ce qui implique néanmoins un bémol pour les Djiboutiens que nous sommes :
nettoyons d’abord devant nos portes et exigeons la transparence dans la gestion
des affaires publiques nationales.
Le reste suivra.
Cher Éditorialiste
Notre confrère « La Nation » a, dans son
éditorial du jeudi 19 février 2004, accusé la presse
d’opposition d’une manière générale et notre journal en
particulier, de « dérive médiatique » et d « intox » sans
apporter aucune preuve. C’est son droit ! Nous usons du
nôtre en vous prenant à témoins ainsi que ses rares
lecteurs afin que, quelles que soient vos préférences
politiques, vous vous fassiez votre propre opinion, à
travers ces lignes adressées au journal gouvernemental.
Nous comprenons sans mal qu’habitués à
monopoliser le discours officiel, légalisé et orthodoxe,
et depuis peu confrontés à la contradiction, vous
considériez toute voix discordante comme diffamante. Toute
réplique, même et surtout courtoise, sensée et
constructive vous dérange, ainsi que les médias officiels
qui détenaient ou s’imaginent encore détenir le monopole
du verbe légitime. Vous nous en voyez sincèrement
compatissants !
Notre voix se veut effectivement
dissonante, c’est tout à notre honneur, en ce qu’elle
cherche ouvertement et sans passion à renverser
pacifiquement un désordre établi par 17 années de
dictature de parti unique (1977-1992) et 10 années d’un
quadripartisme dégradant (1992-2002) pour pouvoir
rééquilibrer les institutions de l’Etat. En imposant le
multipartisme intégral, nous cherchions à sortir notre
pays du sous-développement politique. Les libertés
syndicales, la liberté de la presse (malgré les multiples
entraves et obstacles dressés par le RPP et ses alliés à
son perfectionnement) doivent à notre persévérance leur
enracinement dans les mœurs politiques.
Nous ne relèverons qu’incidemment
l’hommage circonstancié que vous rendez à M. Phillipe
Leymarie. Après avoir tant insulté RFI, ce n’est que
justice de votre part de reconnaître un peu de sérieux à
un de ses journalistes qui, au cours du récent colloque à
Paris, aurait contredit un opposant accusant le régime
djiboutien d’opacité dans le volume et de détournement
dans l’affectation des sommes astrnomiques générées par la
location des différentes bases militaires. Quoique ledit
journaliste n’ait nullement apporté le bien-fondé de ses «
doutes ». contrairement à une mission sénatoriale
française qui a, le plus officiellement du monde, reconnu
que cette manne financière ne se traduisait pour le moment
par aucune amélioration tangible des conditions de vie des
Djiboutiens. Ceci Expliquant cela ?
Vous écrivez encore, parlant de
l’opposition : « celle-ci reste toujours égale à
elle-même dans ses dérives politico-médiatiques, ne
serait-ce qu’à travers la couverture de cet événement tant
l’absence d’objectivité des feuilles de choux comme le
Renouveau et Réalité reflète cruellement les errements et
le manque de vision politique de ses actuels leaders
». Sans commenter le jugement porté sur ces leaders,
rappelons seulement que le chou est comestible ; bien
assaisonné, il est même délicieux !
Vous fustigez ensuite une légèreté dans
le traitement de l’information et une « confusion
systématique entre vie privée et affaire publique ».
Consultez vos archives, nous vous mettons au défi
d’apporter le début d’une preuve d’atteinte à la vie
privée de qui que ce soit de la part de Réalité !
Plus gravement, vous ajoutez : « nul
besoin de vous préciser que les manœuvres politiciennes
tendant à placer toute une sensibilité de l’opinion
publique sous l’inspiration d’un journal risquent d’avoir
des conséquences fâcheuses tant elles peuvent aggraver les
tensions sociales par le biais des discours fanatiques à
l’image de Radio Mille Collines au Rwanda et peuvent du
même coup fragiliser le fonctionnement des institutions
républicaines ». Si c’est à nos deux derniers numéros
que vous faites allusion, tout le monde a compris que nous
n’avons fait que toucher du doigt des maux qui étaient
directement à l’origine du conflit civil qui a ensanglanté
notre pays une décennie durant. En y mettant fin, les
accords de paix de février 2000 et de mai 2001 affirmaient
sentencieusement en « soigner les causes et prévenir le
renouvellement ». La partie gouvernementale s’obstine
(multiples violations desdits accords de paix) à les
appliquer partiellement. Partiellement parce
qu’unilatéralement, c’est elle et elle seule qui «
fragilise le fonctionnement collectif de tout système
politique » comme vous dites.
Institutions Républicaines avez-vous
dit ? Quand l’Armée, la Gendarmerie et la Garde
Présidentielle sont toutes trois commandées par trois
proches cousins, sans même évoquer leur composition
subalterne, cela constitue une aberration statistique qui
en font des milices privées. Rien ne justifie cet
accaparement, sinon la volonté maladive de prétendre
régner par la force. Tout comme il est absolument anormal
qu’un ministère soit saturé par les proches du ministre.
Encore plus gravement, ceux qui ont eu le privilège de se
rendre à la Présidence ont certainement eu l’occasion de
mesurer physiquement à quel point notre République est
inégalitaire : il suffit de se promener dans les coulisses
du pouvoir pour voir qui est le décideur et qui est le
courtisan qui quémande ou mendie !
Pour ce qui est des discours
fanatiques, permettez-nous de vous rafraîchir la mémoire
que vous avez sélective en vous rappelant que c’est votre
journal qui traitait il y a peu toute une frange de la
communauté nationale de « Juifs de la Corne de
l’Afrique » au prétexte d’un banal incident
commercial.
Tandis que tel autre pamphlet
gouvernemental invoquait le « Bon Dieu » pour
justifier rafles et reconductions massives à la frontière
d’étrangers en situation irrégulière, surtout imputable au
seul laxisme gouvernemental.
Pour ce qui nous concerne nous
continuerons, ne vous en déplaise à démystifier ce régime
irresponsable et n’abdiquerons jamais notre faculté
d’indignation face aux criantes injustices dont sont
victimes tous nos concitoyens, sans aucune distinction.
Pour finir, nous vous lançons un amical défi, en vous
conviant à un débat public à la radio, télévisé ou
épistolaire. Nous vous laissons le choix des armes, du
moment qu’elles respectent la bienséance.
Confraternellement !
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