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Éditorial
LA MAUVAISE BLAGUE DE LA BONNE
GOUVERNANCE
L’office djiboutien du Tourisme a
trouvé il y a quelques années, pour ses affiches
publicitaires, un bien étrange slogan : « Djibouti,
l’autre façon de vivre l’espace ». Etrange car
l’espèce humaine n’a qu’une seule façon de vivre son
espace : l’utilisation optimale des ressources
disponibles, c’est-à-dire l’harmonie avec l’écosystème.
Par contre, si le rapport à la nature tout court est somme
toute banal, même au regard de la rudesse du climat, le
décor dans lequel se meuvent les Djiboutiens, citadins
comme ruraux justifierait amplement un détournement plus
approprié : « Djibouti, l’autre façon de vivre la
politique».
Ici, c’est le plus normalement du monde
qu’un Ministre chargé de faire respecter le Statut de la
Fonction Publique, désigne comme Directeur un (e)
stagiaire (qui ne serait même pas recruté(e)
officiellement), en violation de toutes les règles en
vigueur et de toutes les hiérarchies établies. Ici aussi,
tout le monde trouve normal (peut-être parce qu’il n’est
pas dans nos valeurs islamiques de tirer sur une
ambulance) qu’un ancien Premier ministre soit nommé en
qualité d’Ambassadeur au Vatican (tolérance religieuse ?)
avec longtemps résidence dans le palais de son ancienne
fonction.
Par contre, il paraîtrait que les
militaires acceptent de moins en moins facilement que les
soldes varient en fonction de l’appartenance clanique
puisque, en fin de compte, c’est la seule différence
palpable entre AND et Garde Présidentielle ; à la parade
près. Par contre, c’est sans crainte du ridicule qu’un
ancien Ministre des Affaires Etrangères se retrouve du
jour au lendemain Ambassadeur quelque part, obéissant aux
directives d’une administration centrale hier à ses
ordres, sans parler de l’actuel Premier ministre à
l’époque obscur attaché d’ambassade. Tout cela, il parait
que ce seraient les preuves indiscutables de la bonne
gouvernance façon RPP. Sans rire !
Justement, en parlant de tout cela,
d’ancien Ministre et d’actuel Ambassadeur, il paraîtrait
que les parlementaires européens de passage ici auraient
chaleureusement vanté les avancées de la bonne gouvernance
à Djibouti. Même le journaliste à la posture obséquieuse,
en charge d’une interview publicitaire parue lundi dernier
dans La Nation, en est resté pantois. Extraits sans
rire, parce que la réalité est grave : « Les
performances djiboutiennes en matière économique, les
réformes institutionnelles engagées ainsi que les efforts
pour faire reculer la pauvreté sont aujourd’hui perçus par
nos partenaires européens comme des signes de bonne
gouvernance et de clairvoyance politique. C’est tout à
l’honneur du président Ismael Omar Guelleh ». Un
constat s’impose, car il est inutile d’insister sur
l’aspect griot, de l’un et de l’autre : les notables d’Ali-Sabieh
ont plus de bon sens que l’Ambassadeur de Djibouti auprès
de l’Union Européenne. Certainement parce qu’ils sont plus
proches que lui des réalités économiques et sociales du
pays ; lesquelles ne sont guère réjouissantes.
Parler de la bonne gouvernance du
régime RPP est donc la plus mauvaise blague que l’on
puisse faire aux Djiboutiens : à qui profite ce crime ?
Que cherche donc le régime en faisant croire à de
pareilles insanités, puisque mauvaise gouvernance,
corruption et gaspillage sont concrètement et
quotidiennement observables ? Pour une fois, cette
mystification est essentiellement à usage interne : dire
que même la communauté internationale ne pourra pas tirer
le Peuple djiboutien des griffes des prédateurs au pouvoir
! C’est tout.
C’est tout, car le fin mot de
l’histoire se trouve également en page 2 de ce numéro de
La Nation. Au journaliste lui demandant si Djibouti
n’allait pas « figurer pendant encore longtemps parmi
les autres éternels assistés que compte notre continent
», l’ancien Ministre et actuel Ambassadeur a
symptomatiquement répondu : « Pas du tout. Et venant de
vous, cette question me surprend dans la mesure où, et en
tant qu’homme de presse, vous avez la possibilité de
suivre de près l’évolution de la situation économique de
notre pays ».
Justement, c’est peut-être parce qu’il
est journaliste suivant de près et patati patata,
que cette question lui est spontanément venue à l’esprit.
Mais, dans la « bonne » gouvernance version RPP, l’esprit
n’est pas vraiment primordial, surtout s’il se veut libre
et critique : le ventre suffit. Alors, bon apppêtit,
Excellences.
Brèves nationales
Fruits et légumes :
Vers la fin de la pénurie ?
Les consommateurs Djiboutiens ont été
privés de fruits et légumes frais la semaine dernière,
suite à un litige opposant les importateurs à
l’administration fiscale qui exigeait le paiement de
l’impôt sur les bénéfices pour l’exercice 2003.
Conséquence de cette situation, les prix de ces denrées
ont triplé et un début de pénurie s’est installé,
provoquant l’ire des consommateurs.
Il est tout de même navrant de
constater que plus d’un quart de siècle après notre
Indépendance, notre pays reste encore totalement dépendant
de l’étranger pour son approvisionnement en produits
maraîchers. Afin de tendre un tout petit peu vers
l’autosuffisance alimentaire qui ne semble pas pour
demain, malgré tous les efforts du ranch présidentiel du
Day, les cultivateurs nationaux devraient être encouragés
par l’État pour augmenter leur production. Aux dernières
nouvelles, la partie de bras de fer engagé entre l’État et
les importateurs de fruits et légumes aurait pris fin
après que ces derniers eurent accepté de s’acquitter de
leurs impôts.
En principe, l’approvisionnement normal
reprendra ce mercredi, au grand soulagement des
consommateurs.
Séminaire des chambres de commerce
régionales :
Curieuse absence du grand voisin
Selon le journal gouvernemental La
Nation, qui rapporte l’événement, un séminaire
regroupant les chambres de commerce et le secteur privé
des pays membres de l’IGAD se tient depuis quelques jours
à l’hôtel Sheraton de djibouti. Au vu de la liste des pays
représentés, nous sommes surpris de constater l’absence de
notre grand voisin et principal partenaire commercial, à
savoir l’Éthiopie.
Pourtant, la chambre de commerce de
Djibouti et la chambre nationale de commerce de l’Éthiopie
entretiennent des relations suivies et fructueuses depuis
de longues années. Que notre confrère ait manqué de
relever et de commenter cette absence remarquée est en soi
éloquent. Pour notre part, nous regrettons cette absence
et cherchons à comprendre… surtout quand notre confrère
écrit : « Notons que l’ensemble des représentants du
secteur privé régional est représenté : la chambre
nationale de commerce de l’Érythrée, la fédération des
employés de l’Érythrée, la chambre nationale de commerce
et d’industrie du Kenya, la chambre nationale de commerce
et d’industrie ougandaise, la fondation du secteur privé
ougandais, l’union soudanaise des chambres de commerce, la
fédération soudanaise des affaires, le conseil des
affaires somalien et les représentants du secteur privé
djiboutien. ». Géographie à revoir!
As-Eyla-Yoboki :
Eau potable, un luxe?
Alors que le régime insouciant et
fanfaron claironne que l’accès à l’eau potable et à
l’assainissement demeure une priorité, il nous a paru
opportun de rappeler la difficile condition des habitants
d’As-Eyla et de Yoboki, deux localités du Sud-Ouest où
l’eau potable servie est impropre à la consommation. Cela
fait des années que la population d’As-Eyla se plaint
régulièrement de la mauvaise qualité de l’eau courante
consommée dans sa ville. Cette dernière provenant d’un
forage creusé par l’administration coloniale est peu
potable du fait de sa salinité et de sa forte teneur en
sulfate. D’un goût âcre, elle serait également à l’origine
des multiples maux de ventre dont souffre ceux qui la
boivent, et ils sont malheureusement nombreux. Pourtant,
un puits traditionnel possédant une eau aussi abondante
que douce et d’excellente qualité, est situé à quelques
centaines de mètres de la ville.
Qu’attendent donc les pouvoirs publics
pour creuser un nouveau forage d’eau douce ou alors
assainir l’eau provenant du forage existant ?
A Yoboki, le problème est le même, la
population reste condamnée à consommer une eau aigre et
dure, alors qu’une eau douce et en quantité suffisante est
disponible à quelques kilomètres de là. Dans les deux cas,
c’est l’insouciance de ce régime d’injustice qui prolonge
le calvaire des habitants de ces régions abandonnées.
Nous lançons un cri d’alarme , car il
en va de la santé des milliers de citoyens.
Démobilisation :
Les rappelés dans l’oubli
Les militaires rappelés en 1991 pour
participer à la guerre contre le FRUD, puis rapidement
démobilisés au bout de quelques années, sont aujourd’hui
dans une situation dramatique : après les avoir utilisé
comme chair à canon, le régime refuse de les indemniser.
Pourtant, l’arrêté présidentiel n°97-0256/PR/DEF du 3
avril 1997 stipulait clairement que « les militaires
rappelés totalisant plus de 12 ans et moins de 15 ans de
service effectif pourront, s’ils le souhaitent, racheter
les droits à pension part du salarié et part patronale
afin de bénéficier des droits à pension des militaires
retraités ayant accompli quinze ans de servie effectif en
lieu et place du droit à pécule ». De même qu’il
disposait d’autre part que « le Ministre de la Défense
fixera par décision la liste des intéressés et la date
d’ouverture du droit à pension de retraite ».
Ledit ministère de la Défense a donc
dressé une liste de 48 bénéficiaires pouvant légitimement
y postuler et transmis le dossier au ministère de
l’Économie et des Finances. Puis, par un courrier en date
du 31 mars 1998, le ministère des Finances a répondu au
Directeur administratif et financier de l’Armée Nationale,
qu’il était impossible d’honorer le mandat de 27.110.000
FD et celui de 6.708.000 FD pour les raisons suivantes :
1) l’exercice 1997 est clôturé ;
2) l’exercice 1998 ne peut imputer que
les soldes des bénéficiaires de pécule. CQFD de la
tautologie !
Cela fait donc maintenant sept ans que
ces malheureux militaires démobilisés attendent d’être
payés et réclament constamment leur droit légitime. Voilà
de quelle façon les arrivistes du RPP traitent ceux qui
ont risqué leur vie pour défendre ce régime d’injustice.
Si un serpent te mord deux fois au même endroit, c’est de
ta faute, dit le proverbe. Il n’est jamais trop tard pour
se rendre compte de l’évidence : c’est ce régime qui doit
disparaître !
Droit de réponse du
ministère de l'Éducation nationale
En réponse à notre article relatif à une
circulaire ministérielle demandant aux chefs
d’établissement scolaire de dorénavant exiger une facture
de l’EDD et de l’ONED pour toute première inscription, le
ministère de l’Éducation Nationale nous a fait parvenir le
droit de réponse ci-dessous.

Le journal « Réalité » dans son édition
du 18 février 2004, et dans un article titré : «
Éducation Nationale : Coulée ou Électrocutée ? »,
commentait la Circulaire Ministérielle n° 1014/MENESUP du
21 Décembre 2003 portant sur les conditions d’inscriptions
en 1 ère année
de l’Enseignement de Base.
Nous saluons tout d’abord le ton
responsable et le professionnalisme de cet article qui,
hors mis le titre un peu excessif, soulève des questions
que peut légitimement susciter cette circulaire et qui
méritent des éclaircissements que nous apportons dans ce
droit de réponse.
Nous profitons également de cet article
pour lancer un débat public sur la Carte Scolaire que
cette circulaire vise à faire respecter. Nous ouvrons
aussi à vos lecteurs les colonnes de Educ-Info, lettre
bimensuelle du Ministère de l’Éducation Nationale et de
l’Enseignement Supérieure.
Mais tout d’abord quelques précisions
nous paraissent nécessaires :
1- Cette circulaire est destinée aux
directeurs d’écoles et non au grand public. Elle fait
partie d’un ensemble de réglementation et de pratiques
connues par les destinataires et pas forcement par tous
les parents d’élèves.
2- Elle est destinée uniquement aux
écoles de Djibouti Ville et des chefs-lieux de district
car les directeurs des écoles rurales et des zones
périphériques de Djibouti ont reçus d’autres consignes et
directives de la part des inspecteurs chefs, de
circonscription.
3- Cette circulaire vise plus
particulièrement quelques écoles primaires qui jouissent
d’une bonne réputation, plus ou moins justifiée, et qui
sont donc très demandées.
Actuellement les élèves de ces écoles
proviennent de toute la ville de Djibouti depuis Balbaba
jusqu’au Héron. Et ce recrutement particulier, en dehors
des quartiers environnants, présente des inconvénients que
nous nous efforçons de réduire par cette circulaire et qui
sont détaillés ci dessous.
Revenons maintenant à la Carte Scolaire
: les écoles sont implantées dans la ville de Djibouti et
dans tout le pays de telle sorte qu’elles puissent être
les plus proches possible des lieux d’habitations.
La Proximité de l’école réduit les
distances à parcourir par les enfants ainsi que les frais
de transport qui constituent, pour certains, des obstacles
à la scolarisation. L’idéal serait donc qu’en zone urbaine
chaque enfant puisse se rendre à pieds à son école de
quartier et que les parents puissent également avoir des
contacts fréquents avec les enseignants et le directeur
d’école non seulement pour suivre la scolarité de leurs
enfants mais aussi pour participer, dans la mesure de
leurs moyens, à la gestion et à l’entretien de leur école.
Le Service de l’Enseignement de Base a
donc déterminé, pour chaque école, une zone géographique
de recrutement. C’est ce que nous appelons la Carte
Scolaire et que nous nous efforçons de respecter et de
faire respecter par les parents lors des inscriptions des
élèves de première année et lors des mutations des enfants
d’une école à l’autre suite à un déménagement de la
famille par exemple.
Dans la pratique ce sont les parents
des couches les plus favorisées de la population qui
refusent d’appliquer la Carte Scolaire en prétextant
qu’ils veulent inscrire leurs enfants dans les meilleures
écoles et qu’ils ont les moyens de prendre en charge les
frais de transport de leurs enfants. Pourtant ils sont les
premiers à s’opposer à tous les remaniements des horaires
d’enseignement dès que ces horaires entraînent davantage
de mouvements de va et vient entre l’école et le domicile.
Ainsi, lorsque nous avons voulu pour
des raisons pédagogiques uniformiser les horaires des
classes touchées par la réforme, pour que les équipes
d’enseignants puissent dialoguer ou être regroupées pour
les séances de formation, nous avons eu des difficultés à
convaincre les parents qui ne pouvaient plus regrouper
leurs enfants de différents niveaux sur les mêmes plages
horaires.
Nous avons aussi tenté de modifier les
horaires et revenir, chaque fois que c’est possible à un
plein temps où les enfants auraient des horaires plus
équilibrés et pédagogiquement plus favorables aux
apprentissages. La majorité des parents et surtout ceux
dont l’école est éloignée du domicile, ont refusé l’idée
de transporter leurs enfants matin et après-midi.
Pourtant lors du débat des États
Généraux de l’Éducation, les horaires qui obligent les
enfants à se rendre à l’école à 13h30 ont été jugés, à
raison, anti-pédagogiques.
Aujourd’hui, avec l’effort sans
précédent qui a été fait par le Gouvernement, ces trois
dernières années, pour la construction de nouvelles
écoles, l’agrandissement des écoles existantes et la
réhabilitation de la plupart des salles de classes, nous
sommes en mesure de supprimer la double vacation des
locaux ( l’utilisation d’une salle de classe par deux
groupes d’élèves) dans plusieurs écoles de la Capitale et
des chefs lieux de Districts, mais la plupart des parents
intéressés ne sont pas disposés à revenir aux horaires de
plein temps à cause de l’éloignement du domicile par
rapport à l’école.
Telles sont les raisons qui nous ont
obligés à adopter les mesures coercitives pour exiger des
parents la justification de leurs lieux d’habitation. La
circulaire qui paraît viser tous les parents d’élèves
n’est peut-être pas assez explicite et peut apparaître
comme un frein à la scolarisation des plus défavorisés.
Mais ce n’est pas le cas car dans la
pratique ces mesures coercitives de Carte Scolaire ne
concernent ni les écoles rurales ni les écoles de Balbala
puisqu’en général, ces écoles sont fréquentées par les
élèves pour lesquels elles étaient destinées.
Nous regrettons que le journaliste de «
Réalité » auteur de l’article , avant de spéculer sur les
conséquences possibles de l’application de cette
circulaire n’ait pas eu l’honnêteté intellectuelle de se
renseigner sur l’effort colossal en matière de
scolarisation qui a été fait depuis la rentrée scolaire
2000 qui a suivi la tenue des États Généraux de
l’Éducation de décembre 1999.
Rien que dans l’Enseignement Primaire
avec la construction de 252 salles de classes nouvelles (
dont 62 à Balbala, 38 dans les anciens quartiers de
Djibouti et 152 en dehors de Djibouti ville) nous avons
augmenté notre capacité d’accueil de plus 44% en trois ans
alors que plus d’une centaine de salles de classes
existantes ont été rénovées.
Plus d’une centaine d’autres salles de
classes seront construites dans les deux ans qui suivent.
Les locaux du CFPEN ont été agrandis de
10 nouvelles salles pour lui donner les moyens de former
les enseignants nécessaires pour faire face à cet effort
de scolarisation et sa capacité a été portée de 50
élèves-maîtres par an à plus de 200 par an. Ce qui nous a
permis, non seulement d’accueillir depuis deux ans tous
les enfants djiboutiens de six ans qui ont demandé une
inscription, mais aussi d’arrêter depuis la rentrée 2003
le recrutement des instituteurs contractuels sans
formation initiale.
Le journaliste de « Réalité » aurait pu
enquêter sur le terrain et interroger les directeurs
d’écoles et les inspecteurs sur les conditions
d’inscription des enfants de six ans.
Ø Il aurait
su tous les efforts qu’ils font pour accueillir le
maximum d’enfants dans les classes de première année.
Ø Il aurait
su qu’il n’y a plus de date limite pour l’inscription
des nouveaux élèves et qu’ils ont reçus des
instructions pour inscrire les élèves jusqu’au jour de
la rentrée et même au delà lorsque des places sont
disponibles.
Ø Il aurait
su que même lorsqu’une école a rempli ses classes de
première année les directeurs doivent continuer à
recevoir les dossiers d’inscription pour les
transmettre à l’inspection qui est chargée de proposer
des places dans les écoles les plus proches qui ont
encore des places.
Ø Il aurait
su qu’à Djibouti ville les directeurs d’écoles
acceptent les élèves qui ne présentent qu’une seule
carte d’identité des parents au lieu des deux.
Ø Il aurait
su que dans les écoles rurales les directeurs
attendent plusieurs années pour que les parents
puissent compléter le dossier et que les enfants sont
acceptés même s’ils n’ont pas d’acte de naissance et
même s’ils ont dépassés largement l’âge légal
d’inscription.
Ø Il aurait
su que les nouvelles inscriptions ne cessent
d’augmenter depuis l’an 2000 et qu’elles sont passées
de 5900 en 1999 à plus de 7000 en 2003.
Ces deux dernières années, même à
Djibouti Ville, les places disponibles en première année
dépassent les demandes d’inscriptions à tel point que nous
sommes obligés d’organiser des campagnes à la Radio et à
la Télévision pour inciter les parents à inscrire leurs
enfants. Bien sur, ici et là, certaines écoles très
demandées font le plein des inscriptions en quelques jours
mais des places restent disponibles pour tous les enfants
djiboutiens et souvent dans une école proche de leur
domicile.
Alors, il ne faut pas que l’arbre nous
cache la forêt, la voix de quelques parents privilégiés
qui veulent inscrire leurs enfants à l’école de leur choix
ne doit ni masquer la réalité ni servir de prisme
déformant pour attaquer la politique gouvernementale qui
vise l’accès de tous à une éducation de qualité dans
toutes les écoles, quels que soient leurs lieux
d’implantation.
***
COMMENTAIRES
Il n’est pas dans notre intention de
polémiquer avec des professionnels qui ont en charge
l’avenir de nos enfants : enseigner étant une vocation, il
est difficile et malhonnête d’insinuer qu’ils font mal
leur travail. Tout juste vous rappellerons-nous que la
circulaire concernait tous les chefs d’établissement sans
exception. « Il aurait su » beaucoup de choses,
mais ce que nous ne comprenons pas, c’est par quelle
aberration politico-administrative une circulaire dont
l’application comporte autant de dérogations a-t-elle pu
être conçue et signée?
De nouvelles écoles ? Tant mieux ! Nous
ne demandons que cela : quand on voit le régime abandonner
à la générosité des militaires français et américains la
remise en état de celles qui existent, il y a de quoi
s’inquiéter. Enfin, une seule question, directement
adressée à votre ministre : existe-il une seule directive
invitant les chefs d’établissement scolaire à prévoir des
dérogations d’âge pour tous les enfants dont la scolarité
a été retardée du fait du conflit ? A notre connaissance,
il n’y en a pas : ce sont ainsi des milliers d’enfants que
le régime exclut du système scolaire.
Nous aurons peut-être l’occasion de
discuter plus amplement de cet aspect en particulier et de
la situation de l’Éducation Nationale en général, puisque
vous nous invitez à un débat public. Comme vous, nous
sommes persuadés que si les recommandations des États
Généraux de l’Éducation Nationale avaient trouvé un début
d’application concrète, beaucoup de choses iraient mieux
pour nos enfants.
Mais ceci est politique.
Djibouti vu de Washington
Le rapport du Bureau Américain pour la
Démocratie et les Droits de l’Homme
Alors que le régime dépense et se dépense
sans compter pour redorer son blason définitivement terni,
surtout depuis les fraudes électorales massives du 10
janvier 2003, les décideurs et bailleurs de fonds
internationaux s’abreuvent à une eau plus claire et plus
digeste. Comme, par exemple les rapports annuels
d’organisations indépendantes surveillant la situation des
droits de l’homme dans certaines " démocraties " avides
d’aides financières et avares en espaces de liberté. Voici
pour l’année 2003, le rapport sur la situation des droits
de l’homme à Djibouti, établi par le Bureau Américain pour
la Démocratie, les Droits de l’Homme et des Travailleurs.
Djibouti est une république avec un
régime présidentiel fort et un législatif faible. En 1999,
le pays a élu son deuxième président depuis son
Indépendance proclamée en 1977. Ismael Omar Guelleh le
candidat du parti au pouvoir, le Rassemblement Populaire
pour le Progrès (RPP) qui dirige le pays depuis
l’Indépendance, a remporté les élections avec 74% des
suffrages exprimés. Aux législatives de 2003, la coalition
du parti au pouvoir a raflé les 65 sièges malgré les
protestations de l’opposition au sujet des fraudes
massives. La Justice n’est pas indépendante de l’Exécutif.
Les forces de sécurité comprennent la
force nationale de police placé sous l’autorité de
ministre de l’Intérieur, la Gendarmerie Nationale et
l’Armée relevant du ministre de la Défense, ainsi qu’une
Garde Républicaine, unité d’élite rattachée à la
Présidence. Un bureau de renseignements dirigé par le
directeur de la sécurité nationale rend compte directement
au Président. Les autorités civiles maintiennent un
contrôle effectif sur les forces de sécurité. Les forces
de sécurité se sont rendues coupables de graves atteintes
aux droits de l’homme.
L’économie mixte du pays a peu
d’industries et quelques ressources naturelles. La
population est estimée à 600.000 âmes. En dehors de la
Capitale, l’activité économique primaire se résume à
l’élevage nomade. La part du produit intérieur brut annuel
non généré par la communauté étrangère ne s’élève pas à
plus de 250$ par habitant. Une grande part des richesses
nationales est concentrée entre les mains d’une petite
élite. Les progrès gouvernementaux en matière des droits
de l’homme restent limités et le pouvoir continue à
commettre des violations dans ce domaine. Le pouvoir
entrave les droits des citoyens à l’alternance.
Des rapports sérieux font état de
mauvais traitements infligés aux prisonniers. Les
conditions carcérales demeurent difficiles. Le
gouvernement continue à emprisonner arbitrairement. Les
détentions prolongées non signalées demeurent un problème
préoccupant.
Le gouvernement enfreint les lois sur
les droits des citoyens. Le gouvernement restreint la
liberté de la presse. Le gouvernement entrave la liberté
de réunion et use de la force pour réprimer les
manifestations et les grèves en restreignant la liberté
d’association. La violence et les discriminations à
l’égard des femmes persistent et, bien que le gouvernement
ait condamné ces pratiques, les mutilations génitales
continuent à être générales. La discrimination sur des
bases ethniques, tribales et claniques se poursuit. Le
gouvernement entrave les activités syndicales, persécute
et intimide les dirigeants syndicaux. Le travail des
enfants continue d’exister.
I. RESPECT DES DROITS DE L’HOMME
Section 1. Respect de l’intégrité de la
personne, y compris la protection contre :
a. Exécutions arbitraires ou
extrajudiciaires
il n’y a pas d’antécédent de crime
politique. Cependant, le 16 septembre 2003, les forces de
sécurité ont abattu un étranger en situation irrégulière
qui tentait d’échapper à une rafle routinière. Il est fait
état d’autres décès d’étrangers en situation irrégulière,
dans le cadre des reconduites massives aux frontières.
Aucune sanction n’a été prise contre un
membre de la Garde Présidentielle qui a abattu un
manifestant pacifique et handicapé en avril 2002. Aucune
sanction disciplinaire n’a non plus été prise contre les
exactions sommaires par la police de MM. Mohamed Assa Ali
et Assari Mohamed Moussa et par les militaires, cette
fois-ci d’un réfugié du camp de Hol-Hol.
b. Disparition
Il n’est pas fait état de disparition
pour des motifs politiques ou autres.
c. Tortures et autres traitements
inhumains et dégradants
la Constitution interdit formellement
ces pratiques. Pourtant, des rapports officieux et
crédibles font état de sévices physiques sur les
prisonniers et détenus en garde à vue.
Exceptées les années précédentes, il
n’est pas fait état de viol de prisonnières.
Par contre, la Police a gravement battu
des manifestants en dispersant des manifestations durant
l’année écoulée.
Les conditions de détention sont
pénibles et la population carcérale constitue un sérieux
problème. Pour la réduire, le Gouvernement a procédé à la
réduction des peines : 200 prisonniers de droit commun,
dont 13 détenus depuis 2000 pour leur rôle dans un coup
d’État déjoué, ont été relaxés par décret présidentiel en
juin à l’occasion de la fête de l’Indépendance.
L’expulsion des étrangers a également réduit le nombre des
prisonniers.
Les condition des prisonniers au centre
de détention de Nagad, où étaient entassés des étrangers
avant leur reconduite aux frontières, sont déplorables,
ainsi que l’état de santé de ces derniers.
Certains étrangers n’étaient pas
nourris plusieurs jours avant leur expulsion. Il est fait
état d’un nombre important de prisonniers n’ayant pas reçu
de soins médicaux contre des maladies pourtant curables ou
pour des blessures infligées lors de leur arrestation ;
l’infirmerie de la prison ne dispose pas du personnel et
des médicaments suffisants.
Il n’y a pas de possibilité de
rééducation ou de formation dans la prison.
Les femmes et les hommes sont détenus
dans des cellules séparées. Aucun rapport ne fait état de
viol des détenues par les gardiens.
Daher Ahmed Farah, directeur de
publication du Renouveau et Président d’un parti
d’opposition, le MRD, a été détenu dans une cellule isolée
réservée aux « dangereux criminels » pendant plus de 3
mois entre avril et août. Seule sa mère était autorisée à
lui rendre visite et lui apporter le repas quotidien.
Aucune suite n’a été donnée à la mort
en prison de l’ancien chef d’état-major Yacin Yabeh Galab.
Le CICR a délégué depuis le Kenya une
mission qui a effectué une visite de la prison principale.
Le Président de la LDDH a été autorisé à rendre visite aux
détenus de la prison de Gabode durant l’année. Néanmoins,
la LDDH n’a pas reçu la permission de rendre visite à
Daher Ahmed Farah.
d. Arrestations
arbitraires-Détentions-Exil
la loi interdit les arrestations et
détentions arbitraires, mais le Gouvernement n’a pas
respecté ces interdictions. La loi stipule que le
gouvernement ne peut détenir une personne au-delà de 48h
(garde à vue) sans mandat d’arrêt (et chef d’inculpation)
dûment délivré par le juge. Les inculpés peuvent être
détenus 24h de plus avec l’accord préalable du procureur
de la République.
Toutes personnes, y compris celles
accusées d’atteinte à la sécurité de l’État, doivent être
jugées dans les 8 mois suivant leur arrestation.
Cependant, la police transgresse ces procédures et les
arrestations et détentions arbitraires sont fréquentes. Le
Gouvernement n’a pris aucune mesure contre ceux qui
violent les droits de l’homme et l’impunité officielle
constitue un grave problème.
La police dépend du ministre de
l’Intérieur. La corruption parmi les responsables est
courantes, de même que chez les subalternes. Il y avait en
décembre à peu près 3000 cadres et employés de l’État. Le
gouvernement en a écarté 400 dans le cadre d’une politique
de réduction de la bureaucratie et de la masse salariale.
La loi interdit l’exil forcé ;
pourtant, par le passé, des prisonniers relaxés ont été
poussés à l’exil, notamment en France.
e. Dénis de procès publics
la Constitution garantit l’Indépendance
de la Justice. Mais, dans la pratique, la Justice n’est
pas indépendante du pouvoir exécutif, même dans les procès
non politiques. Le ministre de la Justice est
officiellement chargé des droits de l’homme.
Basée sur le Code Napoléon, l’instance
judiciaire est composée d’un Tribunal de 1ère
Instance, d’une Cour d’Appel et d’une Cour de Cassation.
Les magistrats sont officiellement inamovibles.
Le Conseil Constitutionnel veille à la
constitutionnalité des lois, y compris les lois relatives
à la protection de la personne humaine et des libertés
publiques. Mais, ses décisions n’ont pas toujours garanti
ces droits.
Le système juridique repose sur le
Droit français hérité de la colonisation, la Sharia et le
droit traditionnel.
Le crime en milieu urbain était jugé
par les cours normales avec les lois et pratiques
juridiques inspirées de la France. Les litiges civils sont
quant à eux réglés soit par les tribunaux ordinaires, soit
par les instances traditionnelles. La Charia est
strictement réservée aux affaires relevant du civil ou de
la famille.
Les normes traditionnelles étaient
souvent utilisées pour la résolution des conflits et le
dédommagement des victimes. Par exemple, les lois
traditionnelles stipulent souvent que le prix du sang soit
versé au clan de la victime pour réparation du crime ou du
viol.
La Constitution stipule que l’accusé
doit prouver son innocence et doit bénéficier d’un conseil
juridique. De même qu’il doit être examiné par un médecin
s’il est emprisonné.
Les débats sont en principe publics,
excepté pour les cas relevant des délits politiquement
sensibles, nécessitant des mesures de sécurité interdisant
la présence du public. Le conseil juridique est considéré
comme indispensable dans les affaires criminelles et
civiles. …
A la mi-janvier, l’opposition coalisée
au sein de l’UAD avait porté plainte devant le Conseil du
Contentieux administratif, sous la direction de la Cour
d’Appel, contre les abus du parti au pouvoir lors des
élections législatives du 10 janvier 2003. Au bout d’un
an, la requête n’avait toujours pas abouti, apparemment du
fait que ce Conseil du Contentieux Administratif n’a pas
siégé depuis 1996.
Le 17 juin de la même année, Daher
Ahmed Farah a été condamné à trois mois de prison ferme et
son journal frappé d’interdiction de parution durant trois
autres mois. On lui réclamait aussi 65.000 $ de dommages
et intérêts. La LDDH a dénoncé sa détention, la
considérant comme purement politique. Farah a été relâché
le 5 août.
f. Ingérence arbitraire dans la vie
privée, la famille, le foyer et la correspondance
La Constitution interdit de tels actes
; toutefois, le Gouvernement n’a pas respecté ses
interdictions dans la pratique. La loi exige des autorités
l’obtention d’un mandat avant toute perquisition dans une
propriété privée ; or, dans la pratique, le gouvernement
n’obtient pas toujours ces garanties avant d’engager de
telles perquisitions et lui est souvent arrivé de
s’ingérer dans les communications de certains opposants.
Le 22 avril 2003, les forces de
sécurité ont fait irruption au domicile de Daher Ahmed
Farah ainsi que dans les locaux du Mouvement pour le
Renouveau Démocratique (MRD) et ont confisqué machines à
écrire, photocopieurs et documents sans aucune
autorisation légale. Tous ces matériels ont été restitués
par la suite.
A suivre.
L'habit ne fait pas le
moine
Des Chefs d’État incorrigibles, mais pas
incorruptibles
Pourtant, on lui aurait confié le bon
Dieu sans confession : contrairement à certains Hadj et
autres professionnels de l’Islam, ce n’est pas tous les
jours qu’un homme d’Église se trouve propulsé sur le
devant de la scène politique en présidant aux destinées de
toute une Nation. La trajectoire exemplaire de l’illustre
exilé de Bangui est révélatrice d’une certaine classe
politique qui trouve toujours le moyen de décevoir. C’est
à se demander si la cupidité des dirigeants illégitimes
n’est pas proportionnelle à la misère des populations
qu’ils oppriment et pillent.
La chute du Père Jean-Bertrand Aristide
a été aussi brutale que son arrivée au pouvoir avait
soulevé d’immense espoirs pour un peuple haïtien
tristement célèbre pour ses tontons macoutes et autres
Bébé Doc. Sa démission, survenue dimanche dernier au terme
de tractations qui, en d’autres circonstances, auraient
prêté à rire, est exemplaire pour au moins deux raisons.
La première, c’est que les normes de la
légalité internationale n’ont pas pesé bien lourd face à
la détermination des insurgés. Les multiples
manifestations, très souvent violentes, ont eu valeur de
sanction référendaire.
A tel point que la communauté
internationale avait, à juste titre estimé utile et
préférable pour l’avenir du pays que son Président
pourtant démocratiquement élu abandonne son mandat avant
terme, démissionne et s’exile. C’est que ce malheureux
pays sans armée nationale était pratiquement sous mandat
onusien. La sagesse a donc prévalu : pourquoi feindre
respecter une souveraineté qui n’existe que sur le papier
?
Tout logiquement et à l’unisson, la
France et les États-unis ont donc invité le Père Aristide
à plier bagages. Gentiment d’abord : il était inutile de
lui faire perdre la face en direct devant des millions de
téléspectateurs affligés par le dramatique destin de la
première République « noire » de l’Histoire.
Outré d’être ainsi sommé de se rendre à
l’évidence de son impopularité, le bon Père résista un
temps, vaillamment, jusqu’à la veille de son exil
exactement : urbi et orbi, il hurlait sa détermination à
terminer son mandat présidentiel. Il est vrai qu’il
n’avait pas été élu au terme de fraudes massives comme
certains de ses collègues, mais légalité n’est pas
forcément synonyme de légitimité.
Sa légitimité, il semblait en fait la
placer dans sa petite milice privée, selon toute
vraisemblance armée par lui.
Car, second enseignement de cette
histoire, c’est que le bon bougre s’intéressait aussi aux
nourritures terrestres. Et le rôle essentiel joué par des
émissaires de la CIA dans son exil n’est absolument pas dû
au hasard. Et, sans ironiser outre mesure devant cette
déchéance, on peut dire que l’habit ne fait pas le moine :
l’homme d’Église dans lequel le petit peuple plaçait tant
d’espoirs pour moraliser la vie politique et redresser
l’économie s’est révélé être l’un des plus grand
narcotrafiquant des Caraïbes ! Comme quoi il a compris, à
l’instar de beaucoup de Chefs d’Etat peu démocratiques
dont sont encore encombrés le Tiers-Monde en général et
l’Afrique en particulier, que l’argent permet de
consolider un pouvoir personnel.
Qui l’eût crû ? C’est à désespérer de
la nature humaine : un saint homme, praticien à sa façon
d’une théologie de la révolution réconciliant vie
terrestre et promesse d’éternité, de s’adonner au plus vil
des trafics qui soit !
Mais il y avait pire, apprend-on et,
comme on ne tire pas au canon sur une mouche, les
États-unis n’ont aucune raison d’intoxiquer qui que ce
soit dans cette affaire : le bon Père Aristide aurait même
poussé la cupidité jusqu’à vendre des passeports haïtiens
à quelques compagnons de Ben Laden ! Arrêtons les points
d’exclamation, rien ne doit plus nous étonner de la part
des Chefs d’État. Que le dirigeant de l’État le plus
pauvre du monde se soit acoquiné avec le terrorisme le
plus barbare uniquement pour une question d’argent est
tout simplement stupéfiant. Inutile de dire que, comme les
considérables sommes que lui procurait le trafic de
stupéfiants, rien n’en transparaissait dans les Finances
Publiques et le Budget de l’État.
Mais, ne manquera pas alors de relever
le vigilant, les sommes astronomiques engrangées par l’Etat
djiboutien dans la lutte contre ce terrorisme
n’apparaissent pas entièrement non plus dans les lignes du
Budget. La seule incidence de cette croisade, ce sont les
centaines d’emplois créés par la base américaine, et les
salles et écoles rénovées par ces forces armées. Mais cela
relève du don.
Ironique, l’Histoire a déjà rendu son
verdict : les milices d’Aristide s’appelaient « les
Chimères » : comme celle qui consiste à prétendre
trouver une morale chez certains dirigeants politiques
voulant régner à coups de forces paramilitaires ?
Réhabilitation
: Obock, ô désespoir
Obock était la première Capitale et,
bien avant la création de la ville de Djibouti, le premier
port du pays. Elle a perdu ce statut suite à la violente
contestation qui a opposé les autorités traditionnelles de
l’époque et d’aujourd’hui à la puissance coloniale. Autres
temps, autres méthodes, mais même en 2004, elle est
injustement tenue en marge du développement. Malédiction,
comme se complaisent à le croire en se lamentant certains
de ses habitants ? Peut-être ! Toutefois, nous ne le
pensons pas et ce n’est d’ailleurs pas l’avis de la
majorité de ses habitants, qui disent leur détermination à
désormais prendre leur destin en mains. Treize ans après
sa destruction par les forces gouvernementales et à un an
de la prochaine présidentielle, la ville d’Obock vi à
l’heure de la réhabilitation version RPP. Radioscopie
d’une mystification.
Près de 120 ans après sa création, 27
ans après l’Indépendance et 4 ans après l’Accord-cadre de
Réforme et de Concorde Civile signé à Paris le 7 février
2000, Obock est aujourd’hui l’objet d’une attention trop
tardive pour être désintéressée. Même tardive et
électoraliste, cette attention eût-elle été bien
accueillie par les Obockois, si elle n’était à ce point
humiliante.
Avant d’entrer dans le vif du sujet,
une très brève description s’impose car, de la géographie,
un chancelier allemand disait que c’est une constante
invariable de l’Histoire.
Ses potentialités de développement
économiques ont déjà fait l’objet d’un article de notre
part et nous ne reviendrons pas sur ce sujet ici.
Par souci de bien informer, nous tenons
à faire quelques mises au point au sujet de la
Réhabilitation et nuancer le tam-tam médiatique en cours
et à venir.
Apprenons d’abord à nos lecteurs que la
signature de l’Accord de Paix Définitive du 12 mai 2001 a
été précipitée à la demande du Chef de l’Etat qui a
affirmé vouloir soumettre le programme de Réhabilitation
et de Reconstruction aux bailleurs de fonds à Bruxelles
(mi-mai 2001) avant de convoquer une conférence des
donateurs.
Il n’y a aucune commune mesure entre le
projet gouvernemental médiatisé à outrance à des fins
électoralistes, et le document établi par la commission
conjointe gouvernement-FRUD-armé désignée à cet effet en
2000, qui a planché sur le dossier une année durant. Voici
pour le district d’Obock un tableau exhaustif des
habitations détruites lors du conflit civil :
|
Localité Dur
Planches |
Dur |
Planches |
|
Obock-ville
Khor-Angar
Waddi
Médého
Moulhoulé |
239
0
2
6
0 |
595
67
0
0
24
|
|
Total |
247 |
686 |
Le coût de cette Réhabilitation a été
conjointement estimé à près de 585 millions de francs DJ,
en prenant à l’époque en moyenne 500.000 FD pour une
maison en planche et 1.000.000 FD pour une maison en dur.
Et ce uniquement dans la ville d’Obock. Or, selon nos
informations, ce sont seulement 240 logements que le
gouvernement projette de construire à Obock. La société
civile obockoise n’ayant pas été consultée, contrairement
à ce qui est prétendu, ceux qui devaient normalement
bénéficier de ces logements et qui sont actuellement
installés dans la précarité, seraient lésés par une liste
établie sur des critères partisans.
Ces 240 logements seraient tous
composés de F1 de 12 mètres carrés avec une petite cour,
une cuisine, des toilettes, une porte et une fenêtre. Ni
plus, ni moins ! ce projet baptisé « projet d’urgence
préparant un processus de développement durable de la
ville d’Obock » coûtera 400 millions FD, enveloppe
contrôlée par le PNUD. Si le F1 revient à un million FD, à
quoi seront alors affectés les 160 millions FD restants,
quand on sait que la main-d’œuvre reste à la charge du
futur propriétaire ? Pour l’heure, seuls quelque 14
logements style cage à poules ont été construits sur le
front de mer. Ces logements appartiennent pour l’essentiel
à des Obockois ne résidant plus dans leur ville et donc
absolument pas prioritaires; alors que des dizaines de
familles normalement bénéficiaires vivant dans
l’insalubrité, continuent d’attendre la reconstruction de
leur maison.
Sur les 240 logements que le programme
officiel prétend reconstruire, 110 le seront, paraît-il,
dans l’ancienne ville délabrée et 130 autres sur le
plateau. En outre, les critères d’attribution restent
totalement injustes et partisans. en effet, ils sont
nombreux, ceux dont les logements ont été totalement
détruits ne figurent pas sur la liste des bénéficiaires
arbitrairement et unilatéralement arrêtée par
l’administration.
Par contre, on y trouve les ex-propriétaires
d’habitations de fortune qui n’ont pas perdu leur logement
du fait de la guerre. Cette réhabilitation électoraliste,
partielle et partiale est donc loin de satisfaire les
habitants d’Obock. Pire, elle a créé une atmosphère de
suspicion et de frustration qui ne peut nullement panser
les plaies ouvertes par la guerre civile.
* * *
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