|
|
Éditorial
MADAME DE MONSIEUR RPP : ENTRE OBJET ET
GADGET
La Journée internationale de la Femme,
célébrée le 8 mars, donne toujours lieu à un unanimisme de
circonstance : le constat universel de l’inégalité entre
les sexes masque le plus souvent le rôle mystificateur de
certains régimes politiques dans la perpétuation de cette
injustice. Les citoyens Djiboutiens d’âge avancé, se
souvenant de ce que les choses étaient il y a quelque
temps, voient bien le changement : jamais la Femme
djiboutienne n’a autant crevé l’écran que depuis ce
millénaire. Effectivement, même si les chiffres officiels
incitent à la modestie en la matière, le taux
d’alphabétisation des filles a sensiblement augmenté,
surtout en milieu urbain : l’accès à l’enseignement
conduit tout naturellement à de meilleures chances sur le
marché de l’emploi. Mais, c’est l’arbre qui cache la forêt
: trop souvent, la mise en scène politique de la réussite
féminine par ce régime, cantonne les citoyennes dans l’un
de ces deux rôles : objet ou gadget.
Objet tout d’abord. Comme si l’avancée
démocratique, censée être démontrée par la participation
de la Femme à la gestion des affaires publiques (au moins
dans ses aspects les plus théâtralisés), était compatible
avec l’usurpation essentielle que constitue l’UNFD (ou à
tout le moins sa direction par élection matrimoniale), les
épouses s’affichent de plus en plus aux côtés de leurs
dirigeants d’époux. Sont exhibées devrait-on dire. Mais,
maritalement célèbres ou anonymes, elles sont juste là
pour meubler le décor : leur présence, à coups de you-you,
de danses et de mascara résistant mal au climat, constitue
une sorte d’adoucisseur rituel aux élans guerriers de
certaines manifestations politiques. Même si les esprits
chagrins auront mesuré le fossé infranchissable qui sépare
les heureuses spectatrices des malheureuses danseuses ou
chanteuses, une posture fondamentale les unit toutefois :
sans aucune prise sur le cours des événements qu’elles
viennent tout juste égayer de leur silhouette, elles sont
toutes instrumentalisées pour les besoins d’une pratique
politique essentiellement masculine. Car, à ce niveau, il
en va de la politique comme de la cuisine : parce réservée
aux hommes, la grande ne peut faire oublier que
l’écrasante majorité des tâches domestiques incombent aux
femmes. Et ce n’est pas un hasard : à partir du moment où
il s’agit d’une activité rémunérée, rentable et
valorisante, cuisine comme politique deviennent affaire
d’hommes. L’Objet a donc une fonction sociale bien précise
: c’est un Gadget dont l’aspect ludique ou ornemental
masque la ségrégation originelle qu’il prétend ou croit
maladroitement nier.
Gadget : la femme politique selon ce
régime est donc un gadget institutionnel dans l’air du
temps international : puisque pas de développement sans
elle ayant été décrété par les Nations Unies (comme si la
participation de la Femme pouvait être envisagée
abstraction faite d’une réelle participation de tous les
citoyens à la vie publique, donc d’une Démocratie
authentique), les régimes autoritaires sommés d’être
présentables promeuvent, çà et là, quelques représentantes
cooptées de la gent féminine. Par pudeur, il est inutile
d’exemplifier outre mesure l’utilité tout juste symbolique
d’un département ministériel chargé de la promotion
féminine et, comme par hasard, dévolue à une femme.
Pourquoi elle et pourquoi pas à un autre poste réellement
important ? Tout comme il serait inélégant de trop
insister sur l’inutilité d’une représentation
parlementaire féminine dans ce contexte : on chercherait
en vain à quoi servent vraiment leurs collègues mâles,
même avec plusieurs législatures d’expérience, dans un
hémicycle qui n’a jamais présenté la moindre proposition
de loi depuis 1977. Tout juste un amendement quand il
s’est agi de violer un accord de paix, mais le coup venait
d’ailleurs.
Donc, mesdames, ne soyez pas trop
offusquées par votre inutilité fonctionnelle dans ce
régime RPP : c’est tout le dispositif institutionnel vous
insérant qui est un colossal gadget : c’est la vie
politique version RPP qui rend stériles ses serviteurs.
Brèves nationales
Awr-Awsa… :
Le camp du désespoir ?
Le sinistre camp d’Awr-Awsa, où sont
parqués depuis septembre dernier, des milliers de réfugiés
et clandestins, n’en finit pas de faire parler de lui.
Ainsi, ses malheureux pensionnaires voient au fil des
semaines leur condition de vie se dégrader dangereusement.
A tel point que le 19 février dernier, jour de
l’inauguration du projet d’eau minérale d’Ali-Sabieh, des
centaines d’entre eux ont cherché à manifester leur
mécontentement au passage du convoi officiel, avant d’être
brutalement dispersés par les forces de l’ordre. Il
semblerait que le camp soit confronté à des pénuries
alimentaires et à la soif. A la fin février, les
organisations humanitaires internationales auraient décidé
de mettre fin à l’approvisionnement du camp. C’est la
raison pour laquelle la dernière livraison de vivres
effectuée le 26 février aurait été assurée par l’Etat
djiboutien. Pour sa part, la pénurie d’eau constatée ces
derniers temps aurait pour origine le manque de carburant.
Conséquence : ces pensionnaires, dont des centaines
d’enfants vivant avec leurs parents, supportent
difficilement cette situation.
Au chapitre de la sécurité, rien ne
s’arrange, surtout depuis le départ du petit détachement
de l’AND. Agressions, viols et trafic en tout genre se
multiplient. On raconte même qu’à la mi-février, trois
femmes parties dans la brousse environnante pour chercher
des fagots, auraient été sauvagement violées, sans que les
auteurs de ces actes ignobles ne soient poursuivis et
punis. Ces malheureuses victimes auraient été évacuées sur
la Capitale pour y recevoir des soins médicaux. Enfin,
l’administration de ce camp insolite étant chaotique, ce
sont des centaines de clandestins pensionnaires du lieu
qui auraient allègrement rejoint Djibouti-ville, munis de
laissez-passer de complaisance vendus 3.000 FD pièce ;
documents établis par des ripoux se nourrissant de la
détresse humaine.
Après cela, le régime aura beau jeu de
claironner que sa lutte contre l’immigration clandestine a
été un succès.
Action gouvernementale et mendicité
:
L’Etat-RPP partisan du moindre effort ?
On l’a vu dans une moindre mesure lors
du dernier déplacement du Premier ministre à Tadjourah ou
à l’occasion de la récente inauguration du projet d’eau
minérale, ou encore lors du récent congrès de l’ex parti
unique tenu le week-end dernier : la politique-spectacle
prend une place de plus en plus prépondérante. Quand le
Chef de l’Etat se déplace, ce sont tous les membres du
gouvernement, tous les mal-élus de l’Assemblée Nationale,
toute la haute administration publique, ainsi que les
officiers supérieurs de l’Armée, de la Police et de la
Gendarmerie, que le « numéro un » djiboutien entraîne dans
son sillage.
Ainsi, dimanche dernier, à l’occasion
de l’inauguration de nouveaux équipements de soins, dont
une unité d’hospitalisation chirurgicale à Peltier
entièrement financée par la coopération française, tout ce
beau monde a tenu à honorer de sa présence un tel
événement. Saluons au passage la générosité de la France,
qui a bien voulu doter notre pays d’une infrastructure
hautement performante et que n’a pas su réaliser sur fonds
propres un régime proclamant pourtant que la Santé est une
priorité gouvernementale. Passons sur l’omniprésence à
cette cérémonie de la Première Dame et présidente de l’UNFD,
flanquée de toute sa suite. Peut-être est-ce pour rappeler
qu’elle avait, comme la coopération française, elle aussi
fait don d’un important matériel dernier cri de
mamographie (tout en exigeant devant témoins, que le
meilleur soin soit assuré à ce matériel coûtant des
dizaines de millions FD) que la RTD lui a généreusement
consacré quelques zooms de réflexion.
Ce que nous ne comprenons pas, c’est
que le pays soit obligé de s’arrêter de travailler à
chaque fois que le Chef de l’Etat se déplace pour
inaugurer une réalisation, aussi importante soit-elle,
mais le plus souvent financée par la générosité
extérieure. Malheureusement pour l’image de notre pays,
mendicité rime avec publicité. Ainsi va le régime de
mauvaise gouvernance du RPP en campagne prématurée.
Décentralisation/Régionales :
Secret de Polichinelle
Au détour d’un « récit commémorant
les 25 ans d’existence du R.P.P », notre confrère «
La Nation », nous apprend officiellement qu’après
s’être le plus sérieusement auto-glorifié des actions
entreprises par son parti en faveur de la «
consolidation de la paix et de l’unité nationale » (
mieux vaut rire d’une telle provocation enfantine) mais
aussi pour le développement socio-économique du pays, le
Chef de l’Etat et du RPP a affirmé que l’un des défis à
relever dans l’immédiat est à ses yeux, l’organisation des
premières élections régionales au courant de cette année
2004, au regard des impératifs fixés par la politique de
la décentralisation. Vous aurez comme nous relevé la
courtoisie : que les partis de l’opposition apprennent par
voie de presse, la tenue prochaine d’élections régionales
reportées sine die, en dit long sur le déroulement,
si elles ont lieu, de ces élections….
Rappelons seulement qu’aux termes de
l’accord de paix du 12 mai 2001, elles devaient
normalement avoir lieu en même temps que les Législatives
2003. Nous aurons bien entendu l’occasion de revenir en
détail sur ce sujet d’une importance vitale pour notre
pays. Contentons-nous pour l’heure de rappeler que le
projet de Loi organique annexé à cet accord à été
illégalement dénaturé et vidé de sa substance par la
précédente Assemblée ,qui a ainsi apporté son inestimable
contribution à la consolidation de la paix et de l’unité
nationale…Tandis que ni le gouvernement ni les mal-élus
n’ont à ce jour ni examiné ni adopté les modalités
d’applications de la loi ainsi violée. Par quel miracle
ces élections régionales auront-elles lieu dans les délais
annoncés alors que les régions ne sont toujours pas mises
en place ?
En attendant que l’U.A.D statue sur le
sujet et clarifie sa position, il apparaît d’ores et déjà
que le RPP et son chef s’apprêtent à mettre l’opposition
devant le fait accompli en concoctant des régions et des
élections à leur manière. Comme à l’accoutumée
!!!.Tricheurs !
Un Africain juge l'Afrique
L’ancien Premier ministre de Centrafrique,
M. Jean-Paul Ngoupandé, a publié dans Le Monde du 18 mai
2002, le court texte dont voici des extraits, dans lequel
il établit le diagnostic des maux dont souffre l’Afrique.
Contrairement aux dirigeants insouciants (parce que mal
élus quand ils ne sont pas illégitimes), nos compatriotes
verront que ses analyses valent aussi (et peut-être même
surtout) pour Djibouti, exemple frappant de
l’infantilisation dans laquelle un parti qui se croit
encore unique maintient ses concitoyens.
LE DISCRÉDIT QUI FRAPPE LES AFRICAINS
n’a pas d’équivalent dans l’histoire contemporaine de
l’humanité. Pendant les siècles de la traite négrière,
nous étions assurément des victimes. Aujourd’hui, nous
sommes nous-mêmes les principaux fossoyeurs de notre
présent et de notre avenir. Au sortir de l’ère coloniale,
nous disposions d’appareils d’Etat certes embryonnaires et
répressifs, mais qui avaient le grand mérite de remplir
efficacement les missions élémentaires qui leur étaient
dévolues : sécurité, santé publique, éducation nationale,
entretien des voies de communication.
Aujourd’hui les États sont liquéfiés
dans la plupart de nos pays, les gardes prétoriennes et
les milices politico ethniques ont supplanté l’armée, la
police et la gendarmerie, qui ne sont plus que les ombres
d’elles-mêmes. L’insécurité s’est généralisée, nos routes
et les rues de nos villes sont devenues des coupe-gorge.
La tragédie du sida nous rappelle
dramatiquement qu’avec des administrations efficaces et
responsables nous aurions pu endiguer le fléau à ses
débuts. Au lieu de cela, plus de 20 millions d’Africains,
dont une majorité de jeunes et de cadres bien formés, ont
déjà été arrachés à la vie, victimes des tergiversations
de nos États et d’une ambiance sociale délétère et ludique
où le sens de la responsabilité individuelle et collective
s’est évaporé. Les crises politico-militaires et les
violences de toutes sortes : l’appauvrissement des États
pris en otage par des coteries prédatrices, la propension
des dirigeants à se préoccuper essentiellement de leur
sécurité et des moyens de conserver le pouvoir, tout cela
a conduit au fait qu’un secteur aussi décisif pour le
présent et l’avenir que l’éducation est naufragé un peu
partout. L’insécurité et le désordre général, la
criminalisation rampante d’États de plus en plus contrôlés
par des systèmes mafieux, les lourdeurs administratives et
l’absence de règles transparentes occasionnées par une
corruption endémique font que les investisseurs privés ne
se bousculent pas à nos portillons, loin de là. Même les
donateurs publics nous considèrent désormais comme des
puits sans fond et des cas d’acharnement thérapeutique.
Plus de quarante ans après la vague des
indépendances de 1960, nous ne pouvons plus continuer
d’imputer la responsabilité exclusive de nos malheurs au
colonialisme, au néocolonialisme des grandes puissances,
aux Blancs, aux hommes d’affaires étrangers, et je ne sais
qui encore. Il faut que nous acceptions désormais
d’assumer : nous sommes les principaux coupables.
Le basculement de nos pays dans la
violence, le laxisme dans la gestion des affaires
publiques, la prédation sur une vaste échelle, le refus de
nous accepter entre ethnies et régions, tout cela a des
causes principalement endogènes. L’admettre sera le début
de la prise de conscience, et donc de la sagesse. On me
dira que c’est dédouaner trop facilement la responsabilité
de l’extérieur. Mais les accusations de ce type, nous
n’avons fait que les proférer depuis quarante ans, surtout
nous, les intellectuels. Le problème aujourd’hui, c’est
que les accusés ne prêtent plus la moindre attention à nos
réquisitoires qui ont, soit dit en passant, pris un bon
coup de vieux, parce que le monde dont nous parlons n’est
plus le leur.
Nos jérémiades, nos gesticulations ne
touchent plus personne outre-Méditerranée et
outre-Atlantique. Je crains en réalité que nous ne nous
trompions de planète. Depuis la fin du conflit idéologique
entre l’Est et l’Ouest, nous ne sommes plus un enjeu parce
que nous ne pesons plus dans la nouvelle compétition,
celle de la conquête de marchés porteurs.
Un et demi pour cent des échanges
commerciaux dans le monde (dont 40% pour le pays de
Mandela) : voilà ce que représente l’ Afrique
subsaharienne sur le nouvel échiquier de notre planète.
Autrement dit, nous ne sommes rien, et nous n’avons pas
voix au chapitre. Cela se constate aisément, pour peu que
nous prêtions attention aux préoccupations des grands
décideurs, aux flux commerciaux et aux centres d’intérêt
des médias.
Il y a donc pour nous, en ce début du
troisième millénaire, une urgence absolue. nous préoccuper
de ce que nous avons à faire nous-mêmes pour tourner le
dos à la logique de l’autodestruction, tenter de nous
réinsérer dans l’économie mondiale, et tout essayer pour
en finir avec la marginalisation.
Le premier signe attendu de nous par
les rares bonnes volontés qui s’expriment encore en faveur
de l’Afrique est que nous commencions enfin à pointer du
doigt la racine du mal africain. Nous-mêmes, autrement dit
nos dirigeants, nos élites, et même nos populations dont
la résignation parfois désarmante laisse le champ libre
aux seigneurs de la guerre et offre une masse de manœuvre
aux gouvernements tribalistes et prévaricateurs. Un début
de visibilité de notre prise de conscience plaiderait en
notre faveur et encouragerait ceux qui croient qu’il n’est
pas raisonnable de gommer du jeu mondial plus de 700
millions d’Africains subsahariens. (.)
(.) Nous gagnerons en crédibilité à
partir du moment où nous serons capables de nous regarder
en face, pour reconnaître enfin que tout ce qui nous
arrive est d’abord de notre faute. Nous serons plus
crédibles pour dire à tous ceux qui considèrent l’Afrique
comme un continent perdu qu’ils ont tort. Elle est certes
en panne, mais décréter sa mise hors jeu définitive ne
règle aucun problème. Entre la condescendance, qui
signifie mépris et infantilisation, et l’abandon qui ne
dit pas son nom et qui est une forme de politique de
l’autruche, il y a place pour un regard responsable sur la
crise africaine.
Un tel regard commence d’abord par
s’éloigner des idées reçues, en particulier les
généralisations hâtives et les conclusions radicales.
L’Afrique est un continent. C’est le premier rappel
élémentaire à formuler.
Sur cinquante-trois États, il s’en
trouvera bien deux, trois ou quatre pour prendre le chemin
du sérieux. Seule une observation attentive et non
dogmatique permettra de les identifier. Dans cette
hypothèse, l’intérêt de l’Afrique, de l’Europe et du monde
commanderait qu’ils soient franchement appuyés, au lieu du
saupoudrage qui n’a jamais induit un cycle de
développement. Un appui franc et massif accordé à des pays
manifestant clairement une volonté de s’en sortir par le
sérieux et le travail acharné servirait de contre-exemple
pour les mauvais gestionnaires.
.........................
JEAN-PAUL NGOUPANDE (18 mai
2002) * Jean-Paul Ngoupande, ancien premier ministre
centrafricain, est député d’opposition en exil.
Andolé : un Martyr
Contre la prescription de la mémoire
Toute Histoire est riche, de gloire
comme de tragédies. Les profanes qui cherchent à imposer
un discours mensonger sur l’Histoire de notre pays en
seront quittes à revoir leur copie (suivez notre regard…)
Il est admis et prouvé que certaines résistances ont été à
Djibouti, antérieures à d’autres ! D’autres ont été
médiatisées à outrance et à dessein ! Certaines ont été
occultées… Parce que, par définition, toute Histoire est
un enjeu de mémoire et de pouvoir. Refuser de prendre nos
morts en otage du présent, c’est restituer à chacun la
place qui fut la sienne dans la longue et douloureuse
lutte d’Indépendance. C’est ne pas tomber dans la facilité
mesquine consistant à profiter du flou chronologique (flou
surtout pour les jeunes générations) en accusant certains
de crimes dont seul le colonialisme a été coupable. Il ne
viendrait donc jamais à l’esprit d’un dirigeant sérieux de
rendre tel inspecteur de la police coloniale responsable
de la mort de quelque martyr que ce soit : ce serait lui
accorder plus d’importance qu’il n’en avait dans le
dispositif répressif, donc dans l’Histoire tout court ! A
cet égard au moins, le tragique destin du patriote
Abdourahman Djama Andoleh mérite un rappel historique
dépassionné. C’est le minimum de justice qui puisse lui
être ici rendu.
 |
Il s’appelait Abdourahman Djama
Hassan, plus connu sous le surnom hérité de son père
Abdourahman Djama Andoleh. Arrêté à son domicile par
la Gendarmerie Française deux jours après le
soulèvement populaire consécutif au référendum du 19
mars 1967, il ne reviendra plus chez lui. Déclaré mort
par le colonialisme dans la nuit du 27 au 28 mars,
soit exactement une semaine après son arrestation, il
laisse derrière lui un nom, le sien mort pour
l’indépendance du pays, une veuve, elle aussi décédée
et sept enfants. Mais surtout un vide sur les
conditions exactes de sa mort. Car, depuis
l’indépendance, aucune action n’a jamais été
entreprise à quelque niveau que ce soit pour éclaircir
ce mystère de la brutalité coloniale, ni pour écrire
la riche et tragique histoire des martyrs de la
libération nationale. |
Car le colonialisme a beaucoup écrit
son histoire, à sa façon, surtout en ce qui concerne son
arrivée et sa présence dans ses anciennes possessions. Si
les archives d’outre-mer peuvent utilement être consultées
pour qui tente de comprendre le point de vue officiel de
l’Histoire, il appartient aujourd’hui aux jeunes
générations, plus éduquées que celles de leurs parents,
d’œuvrer pour que soient entamées les recherches
indispensables pour mieux éclairer et saisir cette période
aussi complexe que douloureuse de son peuple, en
confrontant les données disponibles documents écrits et
les témoignages oraux des protagonistes encore en vie.
Seule cette démarche sans exclusive permettra de dégager
une vérité historique acceptable puisque proche de la
réalité. Chaque évènement devant ainsi être placé ou
replacé dans son contexte historique et spatial.
C’est une telle démarche, refusant
d’être mystifié par la propagande officielle de tous ceux
ayant intérêt à la perpétuation des ténèbres de
l’ignorance, qui nous avait permis de vous livrer dans
notre journal, à la veille du 25ème
anniversaire de notre Indépendance, un sommaire correctif
sur l’histoire coloniale française et des luttes
anti-colonialistes sur notre territoire. Texte d’ailleurs
riche en informations inédites et qui a pu permettre à nos
lectrices et lecteurs de saisir l’évolution des
différentes périodes coloniales et les noms d’illustres
héros et bien d’autres combattants anonymes qui avaient
donné de leur vie pour un idéal : La Liberté.
Les lignes qui suivent tenteront donc de mieux faire
connaître aux lecteurs un grand martyr national, mort pour
sa patrie, assassiné sauvagement par les forces de
répression coloniale dans la nuit du 27 au 28 mars 1967 et
dont la mémoire doit, plus que jamais, rester présente :
il est temps que le silence officiel soit enfin rompu et
que les conditions de son assassinat soient élucidées, en
déterminant toutes les responsabilités.
Le martyr Abdourahman Djama Andoleh
n’avait que 45 ans la nuit « officielle » de sa mort. Mort
jeune pour ses idéaux, il avait été de cette génération
africaine, de ces hommes de notre contrée et fut un de nos
premiers combattants pour la liberté à comprendre que la
fin de la Seconde Guerre Mondiale était une occasion
inespérée pour les peuples opprimés d’exprimer leurs
aspirations et que la libération de leur pays n’était pas
différente de celle de la France, laquelle a vu le
sacrifice de nombreux fils de ce petit pays. En fait une
prise de conscience du caractère universel de la Liberté.
Très tôt, il fourbit ses premières
armes dans le militantisme syndical pour la défense des
droits des travailleurs comme d’autres de ses compatriotes
notamment Moussa Ahmed Idriss et Ahmed Dini Ahmed.
Membre incontournable du Syndicat des
Cheminots il fut l’un des premiers autochtones à
sérieusement inquiéter le colonisateur et son
administration locale, pour la simple raison qu’en plus de
ses dons d’orateur, il maîtrisait parfaitement le français
et l’arabe. Parallèlement à ses activités syndicalistes,
il était membre du parti indépendantiste le Parti du
Mouvement Populaire (PMP) dirigé par Moussa Ahmed Idriss.
Toutes raisons qui donnaient aux autorités françaises
l’occasion de porter une attention particulière à sa
personne.
Syndicaliste infatigable, il fut
ensuite désigné au poste de Secrétaire Général du puissant
syndicat des Cheminots du Chemin de Fer Franco-Ethiopien.
C’est donc à ce titre que les autres syndicats de base le
choisirent tout naturellement comme leur représentant lors
du Congrès International des Travailleurs de tous les
pays, tenu le 1er mai 1960 en Chine
Populaire. Il faut noter qu’à cette époque le seul moyen
offert par le colonialisme pour la revendication des
droits des indigènes passait par le syndicalisme. (Depuis
1999, on appelle cela à Djibouti « faire du social » avec
le syndicalisme en moins).
Selon des témoignages M. Andoleh était
très redouté par la France et lui-même courageux pour
assumer haut et fort ses engagements tant politiques que
syndicaux. Toutefois, à son désavantage, il évoluait dans
un contexte international d’émancipation et de lutte
anticolonialiste, amplifié par un rapport de force
idéologique entre puissances mondiales, le tout bien
évidemment au détriment des peuples opprimés placés, selon
le mot de feu Julius Nyéréré, dans la position d’une
sardine à laquelle un gourmet demanderait si elle
préfèrerait être cuite au beurre ou à la margarine. La
France de la fin des années 1950 et du début de 1960 était
donc non seulement menacée mais perdait surtout du terrain
dans ses colonies d’Asie et d’Afrique : Dien Bien Phu
était passé par là.
Djibouti, alors dénommée Côte Française
des Somalis – CFS, seule colonie française d’Afrique de
l’Est, ne pouvant nullement échapper au raz- de-marée de
la décolonisation, devenait de plus en plus vitale pour
les intérêts de la France et même de tout l’Occident «
capitaliste » : en dépit de la doctrine américaine du «
droit des peuples à l’autodétermination », il était
difficilement concevable de tolérer la moindre velléité
indépendantiste dans cette région plus géostratégique que
pourvoyeuse en matières premières utiles aux usines des
nations industrialisées. En ce sens que l’unification
aussitôt indépendantes des deux Somalie ( britannique et
italienne) constituait une menace directe pour la France,
par effet de contagion.
Laquelle France gaullienne ne pouvant
donc admettre une remise en cause de sa présence en Mer
Rouge et dans l’Océan Indien, le voyage de M. Andoleh
entrepris en pays communistes ne pouvait que froisser une
France pourchassée par ses bataillons de libérateurs,
qu’elle continuait pourtant à encore coloniser.
Cette inquiétude des autorités
françaises de Djibouti est remarquablement confirmée par
une note interne de la Sûreté Générale au Commissaire
Spécial du Port et de l’Aéroport, en date du 21 mai 1960.
Ce document n°2253, concernant le dossier Andoleh, était
ainsi écrit : « Je vous prie de prendre toutes
dispositions pour que, à son arrivée en CFS, Abdourahman
Djama, employé au CFE, soit soumis à un contrôle très
stricte de ses bagages ». Ceux, encore vivant
aujourd’hui, qui étaient à l’époque responsable de ces
points d’entrée à la frontière confirment à la fois les
signatures et les instructions contenues dans cette note.
Plus que ses bagages, c’est sa propre personne qui fit
les frais de ce contrôle colonial : quelques jours après
son arrestation, on le retrouve mort dans les environs du
barrage, le corps criblé de 17 balles et les yeux crevés.
Pour la version officielle, reprise par «Le Réveil de
Djibouti », il aurait enfreint le couvre-feu : on se
demande alors pourquoi s’être acharné sur un cadavre ? En
fait, il est probable que ses yeux aient été crevé dans le
cadre d’une torture plus générale. C’est ainsi que semble
l’avoir compris le quotidien Le Monde qui parlait
pour sa part de l’assassinat d’un leader indépendantiste.
Et c’est pour cela que toute la lumière devra tôt ou
tard être faite sur ce meurtre. Mieux vaut tôt que tard.
Djibouti vu de Washington
(2)
Le rapport du Bureau Américain pour la
Démocratie et les Droits de l’Homme (Deuxième partie)
Voici la seconde partie du rapport 2003
que le Bureau d’études, relevant du Département d’Etat
américain, a dressé de la situation des droits de l’Homme
à Djibouti. Nous réservons nos commentaires de ce document
officiel pour la semaine prochaine, avec sa troisième et
dernière partie.
Section 2 Respects des libertés civiles
; incluant :
a. Liberté de parole et de la presse
La Constitution autorise la liberté
d’expression et de la presse ; toutefois, le Gouvernement
a restreint ces droits dans la pratique. La loi interdit
la diffusion de fausses nouvelles et encadre la
publication des journaux. La Constitution interdit la
calomnie. Le gouvernement est propriétaire du principal
journal, La Nation, publié deux fois par semaine. De plus,
chaque parti politique légal est autorisé à publier son
propre journal. Il y a plusieurs bulletins d’opposition
paraissant chaque semaine ou chaque mois et qui critiquant
ouvertement le gouvernement.
Le 15 mars 2003, Daher Ahmed Farah a
été arrêté et détenu une journée pour « atteinte au moral
de l’armée » et d’autres charges émises contre lui par le
chef d’état-major de l’armée, le Général Zakaria Cheik
Ibrahim. Les charges s’appuyaient sur un article du 6 mars
qui accusait le commandant de l’armée de détournements à
des fins partisanes. Le Général Zakaria porta plainte une
seconde fois contre Farah à propos d’un article du 17
avril accusant le Général de « manque de neutralité » et
avançant que le Général demandait à ce que le personnel
féminin de la troupe militaire Harbi le divertisse en
tenue de sport. Farah a été emprisonné le 20 avril et
relâché le 3 juin ; cependant, il a été à nouveau
incarcéré le 5 juin, acquitté et libéré le 23 juin, mais
reconnu coupable en appel le 9 juillet et réincarcéré. Il
fut libéré le 5 août. Le gouvernement a imposé une
interdiction de parution de six mois au Renouveau à partir
de l’emprisonnement de Farah, du 20 avril au 20 octobre
2003.
L’importation et la vente des journaux
du Somaliland, Jamhuuriya et le Républicain sont
effectives à la fin de l’année.
Le gouvernement possède également la
station de radio et de télévision. Les médias publics ne
sont généralement pas critiques envers les leaders et la
politique du régime. La RadioTélévision de Djibouti (RTD),
station officielle du gouvernement, émet 24 heures par
jour dans quatre langues à la radio. La BBC (British
Broadcasting Corporation) et RFI (Radio France
International) émettent également à partir du territoire.
Durant l’année, l’International Broadcasting Board (Bureau
de Diffusion Internationale) a débuté à la fois la
diffusion de Voice Of America (La Voix de l’Amérique) et
de Radio Sawa en FM et en MW.
A la fin de l’année, le gouvernement
n’avait toujours pas mis en place la Commission Nationale
chargée de surveiller le respect du pluralisme de
l’information et seule habilitée à accorder des
autorisations pour la création de journaux, de radios et
de télévisions libres, comme cela est prévu par la Loi de
1992 relative à la liberté de communication. Le seul
server Internet du pays appartient au gouvernement.
Contrairement à l’année 2002, le gouvernement n’a pas
empêché l’accès à des sites d’opposition ou de défense des
droits de l’homme. D’une manière générale, le gouvernement
n’oppose aucune restriction à la liberté d’enseignement.
Globalement, les enseignants peuvent librement s’exprimer
et conduire leurs recherches sans entrave, à condition
qu’ils ne violent pas les lois relatives à la sédition.
b. Liberté de Rassemblement et
d’Association pacifiques
La Constitution garantit la liberté de
rassemblement ; toutefois, le gouvernement limite ce droit
dans la pratique. Le ministère de l’Intérieur exige une
autorisation préalable pour tout rassemblement pacifique
et contrôle les activités des partis politiques
d’opposition. Contrairement à ces dernières années, le
gouvernement a autorisé en plusieurs circonstances les
partis d’opposition à tenir des rassemblements pacifiques.
En février et mars, l’opposition a organisé plusieurs
manifestations à la suite des législatives ; ces
manifestations sont restées pacifiques, malgré une
présence policière massive. Certains leaders d’opposition
ont pratiqué avec efficacité l’autocensure et se sont
abstenus d’en appeler sans cesse aux manifestations
populaires, pour éviter toute radicalisation du régime.
Le 24 mars, deux élèves ont été
sérieusement blessés lorsque la police locale a tiré
contre des pacifistes. Le 16 août, la police a usé de la
force et des gaz pour disperser une manifestation contre
la politique d’immigration. La police a battu plusieurs
manifestants et il a été reporté que 50 personnes environ
ont été reconduites à la frontière éthiopienne.
Aucune action n’a été engagée à
l’encontre des forces de sécurité qui ont fait un usage
excessif de la force pour disperser une manifestation en
2002.
La Constitution garantit la liberté
d’association lorsque certaines exigences légales sont
remplies ; toutefois, le gouvernement restreint ce droit
dans la pratique. Il est demandé aux partis politiques
d’être reconnus par le gouvernement ; en septembre 2002,
le gouvernement a mis fin à la limitation des partis
légalement autorisés. Le gouvernement continue de harceler
et d’intimider les opposants. Les associations apolitiques
doivent également être enregistrées au ministère de
l’Intérieur. Des responsables Baha’i ont déclaré avoir été
interdits de légalisation.
c. Liberté religieuse
La Constitution, tout en déclarant
l’Islam religion d’Etat, autorise la liberté religieuse et
le gouvernement respecte généralement ce droit en pratique
; toutefois, le prosélytisme est interdit. Bien que
l’Islam soit religion d’Etat, le gouvernement n’impose
aucune sanction à l’encontre de ceux qui choisissent
d’ignorer l’enseignement de l’Islam ou de pratiquer
d’autres religions. Plus de 99% de la population est
sunnite. Le gouvernement exige que les groupes religieux
soient enregistrés au ministère de l’Intérieur. Les
leaders Baha’i ont déclaré que la légalisation leur avait
été refusée. Il n’y a aucune interdiction légale contre le
prosélytisme ; toutefois, il est découragé.
d. Liberté de circulation intérieure,
voyage à l’extérieur, immigration et rapatriement
La Constitution garantit ces droits ;
toutefois, le gouvernement les restreint parfois dans la
pratique. Par exemple, un juge peut ordonner la saisie du
passeport de certaines personnes sous surveillance
judiciaire ou en attente d’un procès. Durant l’année
écoulée, il n’a pas été fait état de personnes interdites
de quitter le pays. Dans les districts de Tadjourah et
d’Obock, les mines terrestres ont restreint dans les
années 1990 la liberté de circulation. Le gouvernement
continue ses efforts de déminage. Contrairement à l’année
dernière, il n’a pas été fait état d’épouse interdite de
voyager sans l’autorisation d’un parent mâle.
La loi prévoit d’accorder l’asile aux
réfugiés et aux personnes correspondant à la définition de
la Convention des Nations-Unies de 1951 relative au Statut
des Réfugiés ou à son Protocole de 1967. Dans la pratique,
le gouvernement accorde la protection contre le
refoulement de personnes sous la protection du HCR. Le
gouvernement coopère avec le HCR ; toutefois, le
gouvernement n’accorde pas comme il le devrait le statut
de réfugié ou l’asile. Le pays a accueilli une population
estimée à environ 50.000 réfugiés et étrangers clandestins
à la fin de l’année. Quoique le gouvernement ne
reconnaisse plus officiellement les réfugiés sous la
protection du HCR, il coopère avec le HCR en fournissant
assistance à 21.000 Somaliens et Ethiopiens enregistrés
dans les deux camps de Hol-Hol et Ali-Addé.
Le 26 juillet, le gouvernement a
annoncé que tous les étrangers en situation irrégulière –
essentiellement d’Ethiopie, de Somalie et du Yémen-
avaient jusqu’au 31 août pour quitter le pays. La
date-butoir a ensuite été repoussée au 15 septembre. En
réponse à cet ordre d’expulsion, des milliers de
clandestins étrangers ont quitté le pays avant la date
limite. Des rapports indiquent qu’il y a eu de nombreux
cas de décès dus à cette politique d’expulsion. Certains
individus sont morts d’insolation après que les forces de
sécurité les aient déposés à la frontière. D’autres décès
sont rapportés à la gare ferroviaire et dans le centre de
transit d’Aouaraoussa, un ancien camp de réfugiés, du fait
de la surpopulation et du manque de moyens. Les autorités
ont annoncé que plus de 80.000 étrangers en situation
irrégulière ont quitté le pays à la suite de cette
décision d’expulsion ; toutefois, la LDDH a rapporté que
plus de 110.000 avaient en fait quitté le pays.
De nombreux étrangers exprimant leur
crainte de persécution en cas de retour dans leur pays
d’origine furent rassemblés dans le stade de la Capitale
puis transférés au centre de transit d’Aouraoussa.
L’office gouvernemental d’assistance aux réfugiés et
victimes de désastre (ONARS) était chargé de la gestion de
ce centre de transit, en collaboration avec le HCR et les
autres organisations internationales. La Commission
Nationale d’éligibilité a été reconstituée afin de
reconsidérer les cas d’asile. Le HCR a réétudié chaque
demande d’asile, interrogeant les demandeurs, puis
transmis les dossiers à la Commission afin qu’elle statue.
Le 8 novembre, la Commission a commencé cet examen des
demandes d’asile dans le centre de transit.
Les demandeurs auxquels l’asile sera
accordé seront expédiés dans un camp de réfugiés ; ceux
dont la demande sera refusée se verront renvoyés dans leur
pays d’origine. En tout, il y avait environ 8.000
personnes demandant l’asile ; 4.000 d’entre elles étaient
supposées être des Somalis du Sud ayant auparavant
bénéficié du statut de réfugié et 4.000 autres auxquelles
ce statut n’avait pas encore été attribué à la fin de
l’année. Durant l’année écoulée, le HCR a rapatrié 249
réfugiés du Somaliland arrivés dans le pays au moment de
la guerre civile. Certains rapports non confirmés ont fait
état de retour forcé dans leur pays, spécialement
l’Éthiopie, de personnes craignant une persécution.
Contrairement à l’année dernière, aucun rapport n’a
indiqué que les forces de sécurité aient utilisé, sous
peine de déportation, des étrangers en situation
irrégulière comme main-d’œuvre forcée dans des projets
publics ou pour leur propre besoin.
Section 3. Respect des droits politiques
: droit des citoyens à changer de gouvernement
Le gouvernement accorde aux citoyens le
droit de changer de régime ; toutefois, le gouvernement
limite ce droit dans la pratique.
Le candidat RPP Ismael Omar Guelleh,
successeur désigné de l’ancien Président Hassan Gouled
Aptidon, a gagné l’élection présidentielle de 1999 avec
74% des voix. Pour la première fois depuis le début
d’élections multipartites en 1992, aucun groupe n’a
boycotté le scrutin. Bien que Moussa Ahmed Idriss et l’ODU
aient contesté les résultats, dénonçant des «
irrégularités » et affirmant que des « étrangers » ont
voté dans différents quartiers de la Capitale, les
observateurs nationaux et internationaux ont considéré que
cette élection a été d’une manière générale juste et
transparente, parlant juste de quelques irrégularités
mineures.
En janvier 2003, a pays a connu ses
premières élections multipartites. Ces élections
législatives mettaient aux prises l’Union pour la Majorité
Présidentielle (UMP) coalition pro-gouvernementale et
celle de l’opposition, l’Union pour l’Alternance
Démocratique (UAD). L’UMP était dominée par le
Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP), parti au
pouvoir depuis l’Indépendance, et comprenait également le
Parti National Démocratique(PND), le Font pour la
Restauration de l’Unité et de la Démocratie (FRUD) et le
Parti Populaire Social-Démocrate (PPSD). L’UAD était
composée de l’Alliance Républicaine pour le Développement
(ARD), du MRD, de l’Union Djiboutienne pour le
Développement et la Justice(UDJ) et du Parti Djiboutien
pour le Développement (PDD). Avec précaution, le RPP
continuait de contrôler le système politique. Les chiffres
officiels ont enregistré la victoire de la majorité UMP
dans tous les cinq districts. L’UMP a raflé tous les 65
sièges à pourvoir, bien que l’UAD ait obtenu 37% des voix.
Des observateurs de l’Union Africaine,
de la Ligue Arabe et de l’Agence Intergouvernementale des
Pays Francophones ont noté les conditions pacifiques de
déroulement de ce scrutin, mais ont également reconnu des
irrégularités dans le processus électoral. L’opposition a
dénoncé des fraudes massives surtout au niveau des listes
électorales qui n’ont pas été rendues publiques et a
accusé le gouvernement d’avoir bourré les urnes, mobilisé
des unités militaires pour procéder à des votes multiples
et pour intimider les sympathisants de l’opposition, enfin
manipulé le décompte des voix dans certains districts. Le
20 février, le Conseil Constitutionnel a rejeté la demande
de l’UAD en annulation des élections.
Il y avait 7 femmes pour les 65 sièges.
Sept sièges de députés ont été réservé aux femmes par
décret présidentiel lors des élections de janvier 2003.
les premières femmes du pays à devenir membres de
l’Assemblée Nationale le furent avec la législature UMP en
février. Hawa Ahmed Youssouf fut nommée Secrétaire d’Etat
auprès du Premier ministre, en charge de la Promotion de
la Femme et des Affaires Familiales et Sociales. Khadija
Abeba, Présidente de la Cour Suprême, est la femme la plus
haut placée et, en vertu de la Constitution, pourrait
assurer l’intérim du Président de la République en cas de
vacance du pouvoir.
Sur ces 65 députés de cette
législature, il y a 9 membres de clans minoritaires non
Somali-Issa (Issaks, Gadaboursi, Darood, Fourlaba) et
Arabes. 3 membres sur 20 de la Commission Permanente sont
issus de minorités. Le sous clan du Président, les
Issa-Mamassan, détiennent un pouvoir disproportionné dans
les affaires de l’État. Les Afar occupent des postes
ministériels subalternes ; toutefois, ils ne sont pas non
plus correctement représentés aux niveaux inférieurs. La
représentation des clans Somali autres que celui des Issa
et des citoyens d’origine yéménite est officieusement
limitée à un poste ministériel. Il y a également une
limitation officieuse du nombre de députés pour chaque
groupe.
A suivre.
L'USAID
nouvelle versionCertains
esprits avides de changement démocratique se poseront peut-être une question
essentielle: par quelle magie du dédoublement d’État les Américains peuvent-ils
à la fois émettre un jugement aussi dépréciatif sur le système politique
djiboutien et reconduire une coopération interétatique allant crescendo depuis
la lutte antiterroriste. Mais, en vérité, il n’y a aucune contradiction entre
la dénonciation officielle des penchants dictatoriaux et la sauvegarde des
intérêts stratégiques d’une Nation américaine traumatisée par les attentats
terroristes. Pour preuve, voici les nouvelles orientations de la coopération
américaine que l’USAID (organe de l’aide internationale) devra mettre en œuvre.

L’USAID PROPOSE UNE NOUVELLE STRATÉGIE D’AIDE A L’ÉTRANGER
(Elle viserait à répondre aux besoins
variés des pays.)
L’administrateur de l’Agence des
États-unis pour le développement international (USAID) ,
M. Andrew Natsios, a déclaré, le 25 février, lors d’une
intervention devant le comité consultatif de l’USAID sur
l’aide étrangère directe, que cet organisme proposait une
nouvelle façon de distribuer l’aide étrangère afin de
mieux répondre aux besoins variés des pays ayant un niveau
de revenus inégal.
La nouvelle stratégie comprendrait cinq
volets et chercherait, en premier lieu, à aider les pays à
instituer les changements fondamentaux qui leur
permettraient d’avancer aux plans économique et social
sans avoir à dépendre de l’aide étrangère. Il s’agit là de
non seulement réduire la pauvreté, mais de promouvoir
également l’égalité des sexes et la protection de
l’environnement .
La nouvelle direction sous-tendant la
distribution de l’aide étrangère a déjà porté ses fruits
alors que les pays réalisent que le fait de bien
gouverner, d’investir dans leur population, et de mettre
en oeuvre une réforme économique peut leur faire
bénéficier d’une aide financière plus importante dans le
cadre du Compte du millénaire.
La nouvelle stratégie comprend des
mesures visant à renforcer les pays fragiles, c’est-à-dire
ceux qui ne sont pas en mesure de fournir des services
fondamentaux à leur population ou qui ne veulent pas le
faire et ceux qui sont encore faibles mais qui
enregistrent des progrès aux plans de la stabilité et de
la gouvernance.
L’USAID, a expliqué M. Natsios,
collaborerait avec le Congrès et d’autres organes du
gouvernement de façon à trouver des ressources
indépendantes de celles qui sont consacrées au
développement pour promouvoir la stabilité, la relance
économique et la réforme du gouvernement dans les Etats
déstructurés ou à la dérive.
Un troisième élément de la stratégie
consisterait à fournir une aide humanitaire aux pays qui
en ont un besoin urgent "sans pénaliser ceux dont
l’engagement du gouvernement est insuffisant". Il
s’agirait de mettre l’accent sur la prévention des
catastrophes, de faire fond sur les capacités locales de
répondre à une catastrophe et de protéger les personnes
déplacées à l’intérieur de leur pays.
Le quatrième élément de cette stratégie
consisterait à aider les pays en s’appuyant sur des
considérations liées aux priorités en matière de politique
étrangère.
Mettre l’accent sur des questions
revêtant une importance mondiale, telles que le VIH/sida
et la traite des êtres humains, constituerait le cinquième
volet de la stratégie.
Faisant remarquer que l’aide étrangère
n’était plus le fait d’une seule opération, M. Natsios a
précisé que l’USAID était désormais représentée aux plus
hauts échelons de la prise de décisions au sein du
gouvernement des États-unis et qu’elle avait élaboré un
plan stratégique de concert avec le département d’État
afin d’harmoniser les objectifs en matière de politique
étrangère et de développement.
...........................
(Diffusé par le Bureau des programmes d’information
internationale du département d’État. Site Internet;
http;//usinfo.state.gov/francais/)
COMMENTAIRES
Sans trop empiéter sur les remarques à
propos du rapport du Département d’Etat relative à la
situation des droits de l’homme à Djibouti en 2003, que
nous réservons pour la semaine prochaine, nous ne pouvons
qu’exprimer notre satisfaction. Celle également de tous
les Djiboutiens aspirant à des réformes démocratiques
fondamentales : le soutien accordé aux Etats-Unis dans le
cadre de la lutte contre le terrorisme n’assurera aucune
impunité aux régimes dictatoriaux. Encore moins un chèque
en blanc pour financer la mauvaise gouvernance.
* * *
|
|
|
|