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Éditorial
VOTE, GUERRE ET TERRORISME : LE DEVOIR
DE VÉRITÉ
Si on lui avait dit, il y a à peine un
mois, qu’après l’Omnipotence d’Allah, une partie de sa
dignité serait restaurée à des milliers de kilomètres de
Bagdag, au détour d’un scrutin législatif ensanglanté, le
citoyen irakien n’aurait pas parié un seul peso sur la
probabilité d’un tel scénario. Et pourtant : rarement
verdict des urnes n’aura eu une telle incidence ( que
beaucoup d’indices annoncent positive) dans l’ordre
international des rapports de force. Le Parti Socialiste
Ouvrier Espagnol (PSOE), qui vient de déjouer tous les
pronostics en remportant sur le fil le scrutin du 14 mars
pour le renouvellement des membres du Cortès, l’a aussitôt
annoncé par la voix de M. Zapatero, le futur Premier
ministre : les troupes espagnoles quitteront l’Irak au
mois de juin 2004. Il n’a d’ailleurs pas manqué d’inviter
MM. Bush et Blair à la réflexion sur la légitimité de leur
aventure militaire dans ce désert : on n’a pas le droit de
bombarder un peuple ainsi, a-t-il asséné en substance. Car
il est bien évident que c’est une certaine façon de faire
la politique qui a été sanctionnée par les électeurs
espagnols ce jour-là : la vérité contre le mensonge, le
plus grossier osant même manipuler les consciences
traumatisées en décrétant, contre toute évidence, l’ETA
responsable des attentats, comme d’autres ont décidé, sans
aucune preuve sérieuse que Saddam Hussein possédait des
armes de destruction massive, prêtes à servir.
Mais ce n’est pas tout. La rétention
d’information dont le Parti Populaire d’Aznar s’était
rendu coupable a été perçu par ses concitoyens, très
largement hostiles à l’invasion de l’Irak, comme une fuite
inacceptable devant ses responsabilités : les soldats
espagnols à Bagdag, ce n’est pas à proprement parler une
variante « Lawrence d’Arabie » des Brigades
Internationales. Même si, considérant l’effet désastreux
de l’embargo onusien sur les conditions de vie du peuple
irakien (des milliers d’enfants morts faute de nourriture
ou de soins adéquats), le minimum de rigueur serait
d’admettre que l’illégalité des forces coalisées a tué
nettement moins que la légalité internationale : par leur
sacrifice, même si les bénéficiaires indigènes n’avaient
rien demandé expressément, les soldats américains morts à
Bagdag ont en quelque mis un terme aux innommables
souffrances des Irakiens.
Cela étant, la sanction dégoûtée par
laquelle les électeurs espagnols ont balayé un régime qui
n’a pas daigné prendre en considération leur refus de la
guerre risque fort de faire tache d’huile, quoique les
contextes politiques et historiques ne soient pas les
mêmes. L’immensité du territoire américain explique en
partie que sa population soit si peu curieuse de ce qui se
passe ailleurs. Mais, plus fondamentalement, l’Amérique
que dénonce Michael Moore n’a pas encore produit, malgré
son avance technologique, des radios et télévisions
capables de défier les injonctions officielles, comme tel
média espagnol par qui est arrivé le scandale de la
fourgonnette, obligeant le Parti Populaire à révéler plus
tôt que souhaité la pertinence de la piste islamiste.
Le plus grand gagnant de ce scrutin,
c’est avant tout le Peuple espagnol. Mais il ne faut pas
s’y tromper, il ne s’attend pas à ce que son pays devienne
un sanctuaire épargné par le terrorisme aveugle : ce
peuple veut juste avoir la conscience tranquille ; car
l’on se défend d’autant mieux chez soi que l’on n’agresse
pas autrui chez lui ! C’est une forme inédite de la
globalisation : celle qui implique une communauté de
destin. En effet, il est bien évident que l’occupation de
l’Irak n’est qu’un prétexte que les terroristes islamistes
brandissent pour légitimer leurs lâches attentats. Il faut
les isoler, en trouvant des solutions politiques à toutes
les injustices, au premier rang desquelles le sionisme,
qui constituent leur terreau. C’est peut-être cela, la
plus humble leçon à retenir de cette victoire de la gauche
espagnole.
Brèves nationales
Transport en commun :
Une grève peut en cacher une autre
Les Djiboutiens se sont réveillés
samedi matin dans une ville quasiment morte en raison de
l’absence des bus et minibus, faisant office de
réveil-matin pour les habitants de certains quartiers. Les
plus courageux se sont rendus à pied à leur lieu de
travail, tandis que d’autres, découragés, ont préféré
rentrer chez eux. Les écoliers et étudiants arrivés en
retard dans leur établissement, ont bruyamment manifesté
leur colère en brûlant ça et là des pneus ou en harcelant
les forces de l’ordre.
Comment en est-on arrivé là ? Qu’est ce
qui a bien pu pousser le syndicat des bus et minibus de la
Capitale à déclencher une grève sauvage lourde de
conséquences sur la vie économique et sociale, sans même
lancer un préavis ? Selon les chauffeurs de bus, la colère
gronde dans leur milieu depuis l’augmentation du prix du
gasoil, le mois dernier. Augmentation qui précariserait
leur métier en grevant leurs maigres bénéfices. A la suite
de quoi, les négociations en catimini conduites par des
proches de la Présidence, auraient en partie détendu
l’atmosphère. Le carburant aurait alors miraculeusement
baissé de 4 francs dans la soirée même et les transports
en commun ont repris leur ronde dès le lendemain. Pour
l’heure, les transporteurs semblent avoir eu gain de cause
et les usagers rassurés par le maintien de l’actuel tarif
des courses.
Et demain, qu’en sera-t-il ? Les
méchantes langues avancent que la taxe de 4 francs sur le
litre de gasoil a certes sauté, mais serait en réalité
répercutée sur les lubrifiants, dont sont très friands les
moteurs diesel tournant aussi souvent. Alors, dans ce
cas-là, le mouvement risque de quitter le point mort pour
passer à la vitesse supérieure : attention aux dérapages !
D’autres corporations, particulièrement
mécontentes elles aussi, seraient sur le point de leur
emboîter le pas. Quoi qu’il en soit, que triomphe la
justice sociale.
Explosion sur la voie ferrée :
Bizarre, vous avez dit bizarre ?
Sans nous hasarder à établir un soupçon
de parallèle avec les atroces attentats de Madrid, il est
tout de même curieux de relever que le chemin de fer
djibouto-éthiopien soit devenu de moins en moins sûr,
parce que cible répétée. Ces derniers mois, cette ligne a
en effet été le théâtre de plusieurs attentats
terroristes, aussi bien sur le tronçon éthiopien que
djiboutien. Pour ne citer que les plus récents, rappelons
qu’une explosion à bord d’un wagon a fait sept blessés
dont trois grièvement le 18 janvier 2004 à proximité de
Daasbiyo. Cet attentat criminel aurait été précédé par un
autre en septembre, n’ayant heureusement fait que des
dégâts matériels au niveau du club hippique, dans les
environs d’Ambouli et comme par hasard pas trop loin du
camp Lemonnier occupé par les soldats Américains. Quant à
la dernière explosion en date, elle s’est produite
vendredi 12 mars, aux environs de 23 heures 45, exactement
à hauteur du centre hospitalier militaire français
Bouffard.
Pour mieux situer les lieux, la bombe,
apparemment assez lourde puisque la déflagration a expédié
un rail à plus de cent mètres de haut pour aller crever le
plafond d’un supermarché situé à moins de trois cent
mètres à vol d’oiseau, a été déposée près d’un terrain
pour hélicoptère, toujours bien éclairée la nuit investis
jusqu’à minuit par des enfants auxquels le régime refuse
toute aire de jeu digne de ce nom.
Surtout, aucun djiboutois n’ignore que
dans un rayon d’un kilomètre, soyons généreux, on recense
facilement plusieurs milliers de militaires dont l’un,
français justement était de faction exactement devant le
lieu de l’explosion, à près de cent mètres et en contact
visuel, comme on, dit dans le jargon commando.
Comme à l’accoutumée, les autorités
djiboutiennes ne privilégient aucune piste, se contentant
d’annoncer l’ouverture d’une enquête. Des questions se
posent désormais : comment un tel attentat peut-il être
commis dans une des villes les plus militarisées au monde
par tête d’habitant, et de surcroît à proximité d’un
secteur aussi éclairé que sécurisé ? Jusqu’à quand les
dirigeants politiques laisseront-ils courir des criminels
aussi audacieux qu’invisibles ?
Le temps nous semble venu d’avertir les
Djiboutois sur les dangers qu’il y a à déambuler de
manière insouciante aux abords de lieux désormais devenus
dangereux. La population aimerait rapidement connaître les
résultats des enquêtes menées et les pistes privilégiées.
En plus de la sécurité des personnes et des biens, il en
va de l’image de marque de notre pays.
Collège d’Ambouli :
Les raisons de la colère
La colère gronde au CES d’Ambouli, où
enseignants et collégiens se plaignent des mauvaises
conditions de travail et d’étude. En effet, selon de
nombreux témoignages, plusieurs classes de cet
établissement secondaire seraient durablement dépourvus de
ventilateurs et cette situation rend les cours bien sûr
pénibles à l’approche de la saison chaude. C’est,
semble-t-il, pour protester contre la mauvaise volonté des
autorités à résoudre ce problème, que les élèves de cet
établissement ont successivement fait grève mercredi et
jeudi derniers. A chaque fois, les forces de l’ordre ont
brutalement dispersé les manifestants, n’hésitant même pas
à emprisonner quelques heures durant des jeunes élèves de
6 ème et de 5ème.
Si la répression reste la méthode de «
dialogue » préférée de ce régime insouciant qui se trompe
manifestement de priorités, nous interpellons pour notre
part les responsables de l’Éducation Nationale, afin
qu’ils se penchent rapidement et sérieusement sur les
mauvaises conditions de travail et d’étude dans cet
établissement, comme dans d’autres d’ailleurs,
périodiquement secoué par des grèves toujours justifiées.
A l’heure où ce ministère se lance dans
la communication politique et invite les Djiboutiens à
venir visiter ses nouveaux locaux rénovés (immeubles de
l’ancienne unité de la marine française), il nous semble
urgent de lui conseiller de visiter les classes pas
rénovées du tout du CES d’Ambouli (et d’ailleurs) et d’en
rendre scrupuleusement compte dans son bulletin Educ-Info.
Histoire de montrer au contribuable djiboutien que son
argent est convenablement utilisé.
Insalubrité durable :
Domiciliée à Arhiba II
La « gestion de vraie problématique »
est décidément cause d’amnésie pour son illustre
théoricien. En tournée électorale à Arhiba en janvier
2003, le Premier ministre alors tête de liste de la
mouvance présidentielle, s’était ému de la misérable
condition de vie des habitants de ce quartier surpeuplé.
Il s’était même engagé à l’époque vis-à-vis de cette
population, en affirmant haut et fort : «Je connais par
cœur le nombre exact d’habitations en dur et en planches
dont vous disposez, je suis sensible à vos problèmes et je
serai à vos côtés pour les résoudre. » Plus d’un an
après cette auguste promesse, Arhiba se meurt : eaux
stagnantes, égouts et dépotoirs à ciel ouvert, risque
d’épidémie, insalubrité y sont plus que jamais présents. A
tel point que le journal gouvernemental « La Nation » y a
consacré une photo en dernière page, plus éloquente que
tous les discours alarmistes. Le régime attend-il que ce
misérable quartier soit englouti par les eaux stagnantes
pour évacuer ses malheureux habitants sur l’Arche, pardon,
le yacht présidentiel ?
Accident meurtrier à Obock :
Le fou du volant a encore frappé
Mercredi 3 mars, la communauté
obockoise toute entière a été endeuillée par la mort
tragique du petit Hassan Mohamed Kassim, un enfant de
quatre ans, écrasé sous les pneus d’un véhicule militaire.
La mort est venue l’arracher aux siens au seuil de la
maison familiale, en plein jour et d’entre les mains de sa
malheureuse mère, dont on imagine l’état de choc. Quelques
secondes avant l’accident, l’infortunée mère tenait en
effet son cher enfant sur ses genoux et avait failli subir
le même sort que lui en tentant de le retenir lorsqu’il
s’est levé pour ramasser un jouet à proximité : trébucher
lui a sauvé la vie.
Le « chauffard » quant à lui, un soldat
en poste à Obock, a préféré fuir plutôt que de voir s’il
était encore possible de sauver sa victime en l’évacuant
sur le dispensaire. Quoi qu’il en soit, il a laissé la
maman seule face au corps inerte et défiguré de son
enfant, s’y accrochant dramatiquement, jusqu’à ce que des
voisins l’en éloignent. Les obsèques ont regroupé une
foule impressionnante d’Obockois qui, en plus de leur
devoir religieux, étaient mûs par un sentiment de colère
contre le conducteur et de compassion pour les jeunes
parents de l’innocente victime, que les enfants n’hésitent
pas à déjà surnommer Mohamed-al-Dourra.
Personne n’arrive à vraiment
s’expliquer les circonstances exactes de l’accident, tant
les témoins ont été traumatisés par le macabre tableau du
corps de la victime après le passage des pneus du camion
militaire. Toutefois, il semblerait que le bolide
appartenant à l’Armée, roulait à vive allure et très loin
des « pistes parallèles » habituellement empruntées par
les véhicules. Car, à Obock, dans la ville comme dans tout
le district, il n’y a pas un seul kilomètre de voie
goudronnée. Arrivés sur les lieux, les agents de police et
les responsables administratifs ont unanimement constaté
que c’était le « Véléra » (véhicule léger rapide dans le
jargon militaire) qui était pratiquement venue « chercher
» l’enfant en frôlant les murs. A ce propos, un témoin a
amèrement rappelé aux autorités du district qu’il avait
déjà par le passé attiré leur attention sur le danger que
constituent les véhicules roulant à vive allure,
transperçant les quartiers sans aucun égard pour les
piétons, enfants compris.
Sans succès, hélas. D’autres se
souviennent que ce même chauffard avait par le passé
provoqué la mort d’une fillette dans la région de Waddi,
toujours au volant d’un camion militaire : apparemment,
certaines morts ne conduisent pas en prison. Puis, lorsque
le conducteur fut ramené sur les lieux de l’accident pour
procéder à une reconstitution, il a été constaté que le
véhicule était absolument dépourvu de système de freinage.
Pour tenter d’expliquer les raisons
d’une telle conduite dangereuse, on avance que quelques
jours après le paiement des arriérés de solde, le
chauffard aurait accompli une mission surhumaine :
ravitailler ses frères d’armes de l’arrière-pays en vivres
et en khat !
Bref, en attendant les résultats de
l’enquête que tous les Obockois souhaitent rapide et
honnête, il semble légitime de s’inquiéter de l’état de
vétusté avancée de ces véhicules militaires : de toute
évidence, l’Armée Nationale est moins bien équipée que la
Garde Présidentielle dont les Land-Rover encombrent la
circulation dans Djibouti-ville. Mais, d’une façon
générale, c’est tout ce qui a trait à la circulation qui
est laissé à l’abandon : routes cabossées,
véhicules-cercueils roulant, conducteurs très peu
certifiés, et ceci touche le privé, l’administratif comme
le militaire. Surtout, la réglementation de la circulation
des véhicules militaires en zones urbaine devrait être
sérieusement envisagée.
Pour réellement ressentir le sentiment
d’injustice de la communauté obockoise touchée dans sa
chair la plus tendre, il suffit de mettre en parallèle le
désarroi des parents inconsolables et l’insouciante
provocation de ce Mad Max local et des militaires,
galonnés ou peu, qui n’ont même pas daigné assister aux
funérailles et témoigner d’un minimum de compassion.
Inutile de s’étonner ensuite que certains militaires
donnent de leur corps la fâcheuse impression d’une armée
d’occupation. Nous adressons nos condoléances à la famille
du défunt. INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN. AMIN.
Lettre ouverte au ministre
de la Justice
UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE
(ARD, UDJ, MRD, PDD)
A SON EXCELLENCE
MONSIEUR LE MINISTRE DE LA JUSTICE,
CHARGE DES DROITS DE L’HOMME
Djibouti, le 16 mars 2004
Excellence,
Par contact téléphonique, vous avez
séparément convié les dirigeants de l’UAD à prendre langue
avec vous, afin d’examiner, dans votre bureau, les
modalités de notre participation au forum, placé sous
votre auguste égide, ayant trait à la situation des droits
de l’homme en République de Djibouti. Nous avons été très
honorés d’une telle sollicitude, venant à point nommé
contredire la rumeur persistante selon laquelle pouvoir et
opposition se bouderaient royalement, s’il est permis
d’évoquer l’Ancien Régime devant un révolutionnaire tel
que vous. Car, si absence de dialogue il y a, vous
conviendrez aisément que nous sommes les moins bien placés
pour imposer le silence à qui que ce soit. Ce serait
d’ailleurs contre notre philosophie politique, et c’est
pour cela que nous avions accepté un entretien
préliminaire avec vous ; comme c’est pour cette raison que
nous vous écrivons aujourd’hui. En espérant que la formule
de la lettre ouverte vous agréera : un démocrate n’a rien
à cacher au Peuple, n’est-ce pas ?
Toutefois, nous sommes bien au regret
de vous faire savoir qu’il nous est impossible, en l’état
actuel de beaucoup de choses, de participer à ce forum,
tout en lui souhaitant sincèrement les meilleurs travaux
et surtout pleine concrétisation pour ses recommandations
certainement pertinentes. Il nous est en effet impossible
de vous satisfaire pour un certain nombre de raisons.
En premier lieu, parce que vous avez
dressé, dès le début de votre sacerdoce ministériel, un
tableau quasi-exhaustif et abondamment éloquent de la
situation des droits de l’homme dans notre pays ; tableau
qui vaut notre contribution à ce forum, tant ce que vous
écrivez dans votre livre correspond à l’exacte réalité. En
nous pardonnant de vous citer si abondamment (au moins,
nous ne serons pas accusés de censure), voila ce que vous
écriviez dans l’exercice de vos hautes et inchangées
fonctions, et que nous approuvons sans nuance (au moins,
nous ne serons pas soupçonnés de sectarisme) : « Les
États dictatoriaux, surtout leurs versions tropicales,
aiment à se réclamer de la démocratie tant qu’il s’agit
d’arborer cette valeur comme une preuve qu’ils seraient
fréquentables. Ils revendiquent à cor et à cri les vertus
républicaines et les Droits de l’Homme. Ils proclament
comme un objet d’orgueil la liberté de la presse,
l’indépendance de la justice, etc. cela prend forme par la
promulgation d’une Constitution dont le préambule comporte
l’adhésion à la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme. (…) Tout en se soumettant à ces rites
initiatiques, ils prennent soin de les vider de leur sens,
car l’objectif n’est que de paraître comme des États
normaux : les bailleurs de fonds ne leur en demandent pas
plus ». La meilleure preuve de ce faire semblant érigé
en méthode de gouvernement c’est, croyons-nous intimement,
la violation systématique et persistante par votre
gouvernement, des dispositions aussi essentielles que
pertinentes contenues dans l’Accord de paix du 12 mai
2001. A quel forum sur les droits de l’homme nous
conviez-vous quand l’instauration d’un environnement
politique réellement pacifié et propice au débat
démocratique est refusée à tous les citoyens djiboutiens
et quand la dignité d’êtres humains est déniée aux civils
ayant tout perdu dans ce conflit, à travers Réhabilitation
et Indemnisation ?
En second lieu, la situation que vous
avez si brillamment décrite n’a, de notre modeste point de
vue, fait qu’empirer. Une seule preuve, au chapitre de la
prétendue indépendance de la justice ? Bien avant la
parodie de procès pour diffamation contre le directeur de
publication du « Renouveau » et sa condamnation par le
tribunal des flagrants délits à une peine d’emprisonnement
de trois mois fermes, on se souvient tous que durant l’été
2001, Daher Ahmed Farah en personne a sollicité votre
haute autorité (il le croyait sincèrement) pour qu’un
terme soit mis aux tracasseries politico policières (son
passeport a été confisqué à l’aéroport) visant à
l’empêcher de se rendre aux États-unis d’Amérique
participer à un séminaire sur la transition démocratique
en Afrique : ça ne s’invente pas ! Vous l’aviez poliment
écouté (c’est lui qui le dit) avant de lui faire
(certainement sincèrement) part de votre totale
impuissance à défendre les droits de l’homme en ce domaine
: il a compris ! Comme nous le comprenons.
Sans l’admettre. Comme nous ne pouvons
admettre, par respect de la volonté populaire, en
cautionnant par notre participation à ce forum
l’inadmissible détournement du verdict des urnes dont
s’est rendu coupable ; avec la complicité d’une
institution judiciaire tout sauf indépendante, le régime
auquel vous collaborez.
Car, et c’est le dernier argument ici
développé, pour avoir été officiellement saisi, vous savez
mieux que quiconque qu’un grave contentieux nous oppose à
votre administration concernant le remboursement de la
caution avancée par l’UAD au Trésor Public afin d’engager
ses listes dans les différentes circonscriptions
électorales aux législatives de janvier 2003. Cette
caution est encore aujourd’hui illégalement confisquée par
le gouvernement auquel vous appartenez, bien qu’il soit de
notoriété publique que cette caution avait été restituée
au Parti du Renouveau Djiboutien du regretté Elabé à la
suite des législatives de décembre 1992. A notre requête,
vous n’avez donné suite aucune, pas même un petit courrier
pour expliquer votre incompétence en la matière :
peut-être est-ce votre façon de respecter l’indépendance
de la Justice, alors que la garantie constitutionnelle de
l’inamovibilité des magistrats a été complètement violée
par le Statut de la magistrature que vous avez-vous-même
présenté en Conseil des ministres : adopté comme lettre à
la poste ! Que le Tribunal du Contentieux Administratif
soit encore inscrit aux abonnés absents ne fait que
rajouter à l’absence de tout recours légal contre tous les
abus du pouvoir politique.
S’agissant de la lutte contre le
terrorisme, dont vous avez la lourde tâche, il est
également notoire qu’aucune enquête sur aucun des
attentats ayant jalonné le nouveau millénaire (sans même
parler de ceux du siècle dernier, ils sont trop anciens )
n’a jusqu’à présent abouti à une quelconque inculpation ou
même accusation…
Dans ces conditions, vous comprendrez
aisément, Excellence, que notre conscience d’opposants
responsables nous interdise de cautionner un forum sans
aucune utilité réelle, si ce n’est de mystifier, comme
vous le dites si bien, les bailleurs de fonds occidentaux.
Sans manquer de vous rendre la parole, en rappelant encore
une fois ce que vous écriviez il n’y a pas si longtemps,
et si lucidement, à propos de la dictature en République
de Djibouti : « Le régime ne peut souffrir aucun
contre-pouvoir qui risque de le dénoncer après avoir percé
ses secrets. Tout contradicteur politique, et la
population qui hasarderait un geste de soutien à l’un de
ces « subversifs », sont victimes d’agissements
répressifs, arbitraires et répétés, qui ont induit une
apathie générale envers la politique. Tout le monde se
réfugie dans le silence ou évite, quand il parle,
d’évoquer les questions existentielles qui les préoccupent
; parfois même certains développent une réaction
paranoïaque, suspectant l’opposition de manœuvres tendant
à les exposer à des représailles du pouvoir. Les pratiques
du régime rendent ces idées plausibles, lorsqu’on sait
qu’il est capable de supprimer l’aide alimentaire à celui
qui n’a pas voulu « bien voter », lorsqu’on sait que tant
d’autre formes de chantage s’appliquent au réfractaire
jugé « déviant ». une panoplie de sanctions s’exercent :
mutations, blocage de promotion, voire dégradation,
suspension de salaire ou même licenciement pur et simple.
»
Dans l’espoir que vous comprendrez
aisément nos réticences, nous vous prions d’agréer,
Excellence, l’expression de notre parfaite considération.

Djibouti vu de Washington
(3)
Le rapport du Bureau Américain pour la
Démocratie et les Droits de l’Homme (Troisième partie)
Voici la dernière partie du rapport 2003
sur la situation des droits de l’Homme en République de
Djibouti, établi par les services du Département d’Etat
américain. En raison d’une actualité abondante, et pour
mieux coller à celle à venir, nous réservons pour notre
prochain numéro nos commentaires de ce document officiel.
Section 4. Attitude du gouvernement sur
une enquête internationale ou non gouvernementale
relative aux accusations de violations
des droits humains
Quelques groupes locaux de défense des
droits de l’homme travaillaient sans beaucoup de
restriction de la part du gouvernement, enquêtant et
publiant parfois leurs résultats sur les cas de droits
humains. Généralement, les officiels gouvernementaux
voyaient déconsidéraient leurs vues. La LDDH, groupe local
de défense des droits humains, a travaillé l’année
dernière sans aucune ingérence du gouvernement. L’Union
Nationale des Femmes Djiboutiennes (UNFD) et l’Association
Djiboutienne pour la Promotion Familiale (ADEPF)
promeuvent les droits de la femme et de l’enfant.
Le CICR maintenait un petit bureau tenu
par un personnel recruté sur place. Le représentant
régional du CICR, basé à Nairobi, effectue des visites
trimestrielles.
Il existe un Médiateur du gouvernement,
qui est en même temps député au Parlement, et dont les
attributions spécifiques incluent la médiation entre le
gouvernement et les organisations non gouvernementales. Il
n’existe aucun rapport d’une quelconque médiation engagée
avec succès par ses services. Le comité National pour les
Droits de l’Homme chargé de la Promotion des Droits de
l’Homme, a été inactif durant l’année 2003.
Section 5. Discrimination basée sur la race, le sexe,
les handicaps, la langue ou le statut social
La Constitution interdit toute
discrimination sur la base de la langue, de la race ou du
sexe ; toutefois, la discrimination à l’encontre des
femmes et des minorités ethniques persiste. Le
renforcement du dispositif législatif par le gouvernement
pour protéger les femmes et les enfants n’a pas été
effectif.
Femmes
La violence domestique contre les
femmes existe, mais peu de cas ont été rapportés. La
violence contre les femmes est normalement réglée au sein
de la structure familiale ou clanique, plutôt que devant
les cours. La police est rarement intervenue dans les
incidents relevant de la violence domestique et les médias
n’en ont rapporté que les plus spectaculaires, comme les
meurtres. La loi prévoit des peines allant jusqu’à 20 de
prison pour les violeurs. Le nombre des violeurs
poursuivis durant 2003 n’est pas connu. On estime qu’au
moins 98% des femmes ont subi les mutilations génitales
féminines (MGF). Traditionnellement, les MGF sont
pratiquées sur des fillettes âgées entre 7 et 10ans. La
loi stipule que toue « violence causant une mutilation
génitale » est passible de 5 ans d’emprisonnement et d’une
amende supérieure à 5.600 $ (1 million FD) ; toutefois,
n’a encore poursuivi personne pour ce motif. Les efforts
de l’UNFD et des autres associations pour sensibiliser les
femmes, ont produit quelques résultats dans la Capitale.
Beaucoup pensent que l’incidence et la sévérité des
mutilations génitales féminines a baissé, quoi qu’aucune
donnée systématique sur ce problème ne soit disponible.
Les Nations Unies et d’autres experts estimes que des
formes minimales de mutilations génitales féminines sont
encore pratiquées à une large échelle et que
l’infibulation est encore de règle dans les zones rurales.
La prostitution est illégale ;
toutefois, il s’agit là d’un problème réel. En général, il
y a deux catégories de prostituées, celles avec logement
et celles pratiquant dans la rue. Le premier groupe est
largement toléré et surtout fréquenté par une clientèle
étrangère ( en particulier militaire). Toutefois, l’équipe
de la police mondaine cible les prostituées des rues et il
est rapporté que le viol est une condition préalable à
leur relaxe. Les réfugiées et les filles des familles
pauvres indigènes ont un plus grand risque de devenir des
prostituées de rue.
Légalement, la femme possède tous ses
droits civiques, mais la discrimination, base sur la
coutume ou la société traditionnelle, au niveau de la
scolarisation dicte qu’elle joue un rôle secondaire dans
la vie publique et que les femmes ont moins de chances
d’emploi que les hommes. D’une manière générale, les
femmes sont confinées dans les secteurs du commerce et du
secrétariat. La loi coutumière, qui est basée sur la
Charia, constitue une discrimination à l’égard des femmes
dans certains cas comme l’héritage, le divorce et le
voyage. les enfants de sexe masculin héritent d’une plus
grande part que ce qui est reconnu aux enfants de sexe
féminin. Même le peu de femmes d’un certain niveau
d’études reviennent devant les juridictions
traditionnelles pour défendre leurs intérêts.
Enfants
Le gouvernement n’a consacré aucun
fonds public pour la promotion des droits et du bien-être
de l’enfant. L’Education primaire est obligatoire ;
toutefois, le gouvernement n’a pas assuré le caractère
obligatoire de cette disposition. Le gouvernement assure
la gratuité de l’enseignement public ; toutefois, il y a
des dépenses externes pouvant être prohibitives pour les
familles les plus pauvres, telles que le transport, les
fournitures scolaires et la craie. Les installations
scolaires continuent d’être inadéquates. Les salaires des
enseignants sont toujours des arriérés, et un pourcentage
important d’enseignants qualifiés a abandonné la
profession. Approximativement, 20% d’enfants mènent leur
scolarité jusqu’au terme du cycle secondaire. Seulement
62% des filles sont inscrites en primaire, comparées aux
73% de garçons, et seulement 23% des filles atteignent le
secondaire, comparées aux 33% de garçons.
Seules 32% des filles savent lire et
écrire, comparées aux 60% de garçons, et plus de 53% de la
population totale savait lire et écrire. Dans les zones
rurales, l’accès limité aux écoles, la faiblesse des
équipements scolaires et les attitudes culturelles
conduisent à une réduction significative de la
scolarisation et à de plus grandes disparités entre
garçons et filles. L’abus d’enfant existe ; toutefois, en
dehors des mutilations génitales féminines, cela n’est pas
considéré comme fréquent. Les mutilations génitales
féminines sont pratiquées sur plus de 98% des jeunes
filles. Le gouvernement n’a pas évoqué l’abus d’enfant,
qui est souvent puni avec sévérité. Par exemple, quand un
enfant est violé ou abusé, le coupable doit normalement
subvenir aux frais médicaux de sa victime. Le gouvernement
n’a utilisé aucune disposition légale en vigueur pour
réprimer plus sévèrement l’abus d’enfant.
Personnes handicapées
Le gouvernement n’a défini aucun cadre
pour rendre les bâtiments publics accessibles aux
handicapés physiques. Bien que certaines personnes
handicapées aient accès aux infrastructures scolaires et
sanitaires, aucune loi précise ne prend en considération
leurs besoins et il n’existe non plus aucune loi contre la
discrimination à l’encontre des personnes handicapées sur
le marché de l’emploi.
Minorités nationales, raciales et
ethniques
Le gouvernement continue à pratiquer la
discrimination entre les citoyens sur une base ethnique
dans l’emploi et la promotion. Les Somali Issa constituent
le groupe ethnique majoritaire et contrôlent le parti au
pouvoir, l’administration civile et les services de
sécurité, ainsi que les forces armées. La discrimination
selon des critères d’affiliation ethnique ou clanique
limitent le rôle des membres de groupes et clans
minoritaires dans le gouvernement et la politique.
Le gouvernement a continué les rafles
d’étrangers en situation irrégulière durant l’année. Le
gouvernement a accusé les étrangers en situation
irrégulière (essentiellement d’Éthiopie, de Somalie et du
Yémen) d’être la cause du taux de chômage dans le pays, de
la montée du crime et de la désintégration des travaux
publics. Contrairement à l’année dernière, il n’a pas été
mentionné que les forces de sécurité aient utilisé les
étrangers en situation irrégulière comme main-d’œuvre
forcée sous la menace d’expulsion dans les chantiers de
travaux publics ou pour leurs propres besoins.
Section 6. Droits des travailleurs
a. Le droit d’association
La Constitution garantit le droit
syndical ainsi que le droit de grève ; toutefois, le
gouvernement restreint ces droits. Tout syndicat doit être
préalablement agréé par le gouvernement pour pouvoir
exister. De manière unilatérale, le gouvernement a préparé
un nouveau Code du Travail qui limite l’utilité des
syndicats. Ces dernières années, le gouvernement a
supprimé les syndicats indépendants et représentatifs en
licenciant leurs dirigeants, les empêchant de tenir des
congrès et en créant des syndicats-fantômes sponsorisés
par le gouvernement pour les remplacer. L’Union
Djiboutienne des Travailleurs (UDT) a réussi à organiser
un congrès indépendant en septembre 2002 ; toutefois, des
responsables gouvernementaux ont exercé des pressions sur
certains de ses membres pour qu’ils se désolidarisent
d’avec son nouveau Secrétaire Général, M. Adan Mohamed
Abdou, au prétexte de son engagement dans une coalisation
de l’opposition politique. La loi interdit toute
discrimination antisyndicale et les employeurs coupables
d’une telle discrimination sont sommés de reprendre les
travailleurs licenciés pour activités syndicales ;
toutefois, le gouvernement lui-même ne respecte pas cette
disposition légale.
La loi autorise les syndicats à
entretenir des relations d’échange avec les organisations
syndicales étrangères, et le gouvernement n’y oppose
aucune restriction. L’UDT qui n’est pas contrôlée par le
gouvernement est membre de la Confédération Internationale
des Syndicats Libres (CISL). La CISL a relevé le
non-respect par le gouvernement des droits syndicaux.
L’Organisation Internationale du Travail (OIT) a noté les
abus persistants du gouvernement dans l’interdiction des
réunions syndicales et l’incapacité des responsables
syndicaux à librement recevoir des courriers. Dans un
rapport publié en 2002, le Comité des Experts de l’OIT a
relevé qu’un petit progrès avait été accompli et que le
gouvernement continuait à violer la réglementation
nationale sur le travail et qu’il n’avait toujours pas
adhéré aux dispositions contenues dans les conventions de
l’OIT.
b. Le droit d’association et de
négociation collective
Bien que le monde du travail ait le
droit de s’organiser et de mener des négociations
collectives, celles-ci n’ont jamais eu lieu. Les relations
entre employeurs et travailleurs sont informelles et
paternalistes. Le gouvernement a sélectionné les
représentants syndicaux. Les employeurs établissent
généralement une grille de rémunération sur la base des
directives du ministère du Travail. En cas de désaccord
sur les salaires ou les problèmes de santé et de sécurité,
le ministère du Travail encourage la négociation directe
entre représentants syndicaux et employeurs. Les
travailleurs et les employés peuvent solliciter une écoute
administrative préalablement à toute procédure du service
d’inspection du ministère ; toutefois, des critiques
avancent que ce service souffre d’un manque de contrôle
effectif, dû au fait que ses ressources ne sont ni
prioritaires ni adéquates.
La loi exige que les responsables
syndicaux déposent au ministère de l’Intérieur un préavis
de grève 48 heures avant. Kamil Hassan, un enseignant
réintégré en 2002 après avoir été licencié pour fait de
grève en 1997, n’enseignait toujours pas à la fin de
l’année.
Il existe une zone franche consacrée à
l’exportation, établie en 1994 ; toutefois, son activité
était basse durant l’année écoulée.
c. Interdiction du travail forcé ou
obligatoire
La loi interdit le travail forcé ou
obligatoire, y compris pour les enfants. Contrairement à
l’année dernière, aucun rapport ne mentionne un cas de
travail forcé durant 2003. pas plus qu’il n’existe de
rapport indiquant que les forces de sécurité aient utilisé
les étrangers en situation irrégulière comme main-d’œuvre
forcées, sous peine de déportation, sur les chantiers de
travaux publics ou pour leurs propres besoins.
d. Statut du travail des enfants et de
l’âge minimum de travail
La loi interdit tout travail d’enfant
âgé de moins de 14 ans, mais le gouvernement n’a toujours
pas rendu cette interdiction effective et le travail
d’enfant mineur existe, quoi que rare. Les enfants ne sont
généralement pas employés dans des travaux dangereux. Les
enfants travaillent dans des entreprises familiales,
telles que les restaurants et les petites boutiques, à
toute heure, de jour comme de nuit. La faiblesse du nombre
d’inspecteurs réduit la portée des enquêtes sur le travail
des enfants.
Le pays n’a pas ratifié la Convention
182 de l’Organisation Internationale du Travail sur les
pires formes du travail des enfants.
e. Conditions de travail acceptables
Seule une petite minorité de la
population exerce un emploi salarié. Le gouvernement a
fixé les échelles minimales de salaire en fonction des
catégories et le ministère du Travail a été renforcé. Le
salaire mensuel pour un emploi non qualifié, établi en
1976, est approximativement de 125 $ (22.000 FD) ;
toutefois, il n’est pas garanti dans la pratique. Le
salaire minimum ne donne pas accès à un niveau de vie
décent pour le travailleur et sa famille. A la fin de
l’année dernière, le gouvernement a versé trois mois
d’arriérés de salaire aux enseignants, aux forces de
sécurité et aux agents du service public.
La loi fixe la durée du travail
hebdomadaire à 40 heures, normalement réparties sur 6
jours. Le ministère du Travail est en charge du
renforcement des normes de sécurité, des grilles
salariales et des heures de travail. Parce que ce
renforcement n’est pas effectif, les travailleurs font
parfois face à des conditions de travail dangereuses. Les
travailleurs protestent peu, surtout de peur que d’autres
acceptant ces risques ne les remplacent. Il n’y a aucune
loi ou réglementation autorisant les travailleurs à
refuser d’accomplir des tâches dangereuses sans mettre
leur emploi en péril.
Seuls les travailleurs étrangers
régulièrement installés sont protégés par la loi. Les
étrangers en situation irrégulière travaillent souvent aux
plus faibles salaires. Ils étaient arrêtés puis déportés
durant les opérations d’expulsion.
f. Trafic d’êtres humains
La loi n’interdit pas expressément le
trafic d’êtres humains ; toutefois, aucun cas de trafic
d’être humain n’a été rapporté dans le pays, vers le pays
ou à partir du pays. Ce trafic est prévu par le Code Pénal
et tomberait sous le coup d’ « exploitation de la
faiblesse ou de l’ignorance de personnes ».
Rouler ou ne pas être roulé
?
ERSATZ IS THE QUESTION
Cyclisme et dopage politique dans les montagnes de
Randa
Au lieu de réhabiliter cette zone
détruite par le conflit et de remettre ses pistes en état,
le régime a trouvé une astuce digne d’Ubu : assurer le
développement en faisant offrir aux jeunes de Randa une
dizaine de vélos de fabrication chinoise. Au moins, les
chasse-neige offerts par l’URSS à un pays d’Afrique
occidentale dans les années 60, avaient le mérite de la
sincérité ignorante ! Ici, c’est tout simplement une
ridicule comédie qui se joue, au détriment de la vraie
politique et du réel développement économique.
Ibna-Raddi : mollets de coq et
cuisses de grenouille s’abstenir de sa montée, freins en
parfait état recommandés pour sa descente. Telle pourrait
être le gentil conseil que l’on est bien obligé de donner
aux heureux bénéficiaires d’un don pour le moins inattendu
: dix vélos de fabrication chinoise pour les jeunes de
Randa ! Et encore, si c’était des VTT, étant donné le
caractère rural et montagneux de la région, même pas.
Bref, comme le ridicule ne tue pas (ni
ne destitue d’ailleurs, par la grâce des fraudes
électorales), la télévision puis le journal « La Nation
» nous apprennent généreusement et en rafale qu’une
association maison ( il s’agit de l’Association pour le
Développement et l’Équilibre Familial, l’ADEPF) a
généreusement fait don de dix vélos chinois, les couleurs
des cadres ne sont pas indiquées, c’est dommage.
Et c’est tout aussi sérieusement que le
journal gouvernemental « La Nation » se croit
obligé de nous obliger à croire que « ce don de
matériel destiné à promouvoir les activités des jeunes du
village a surtout permis de nouer des relations de
partenariat permanentes entre l’ADEPF et l’association
Futur de Randa pour l’intégration des jeunes dans le
processus du développement économique et social régional
et la lutte contre la pauvreté ». Sans rire.
Assurer le développement avec dix
vélos, même chinois ? C’est comme qui dirait se moquer du
monde : c’est peut-être surtout pour occuper les
interminables journées d’oisiveté forcée pour cause de
chômage de ces jeunes. Et encore : les cadres quadras et
quinquas natifs de la région ( dont au moins un secrétaire
général et un directeur) et venus orner de leur présence
la grotesque cérémonie de ce don farfelu, n’ont-ils pas
osé (peut-être par modestie) promettre à ces heureux
nouveaux cyclistes que les pistes de la région allaient au
moins être remises en état pour que vélos et les 4x4 des
autres roulent côte à côte. Ni d’ailleurs leur suggérer de
créer un sympathique club local de cyclisme , avec ce
genre d’association, on n’est jamais trop prudent : des
fois qu’ils passeraient au sprint du vélo rouge au Livre
Rouge.
Est-ce (peut-être, restons prudents)
parce qu’il serait né à Einguela dans les années 50 (sic)
que le bienfaiteur président de l’ADEPF (ci-devant député,
il faut bien en recycler quelques-uns ) ignore que les
humbles concitoyens dont, dans son immense miséricorde, il
a ce faisant amélioré le coefficient de pénétration dans
l’air, à défaut de conditions d’existence, ont pour la
plupart plus de difficultés que lui pour obtenir des
pièces d’identité djiboutienne. Mais, en leur nom, nous
osons le rassurer : au moins ces bicyclettes-là ne
passeront pas clandestinement la frontière, comme tel don
à quatre roues. Au fait, qu’est devenue la fameuse
ambulance que ce bienfaiteur de l’humanité nécessiteuse
avait offerte à un quartier de la Capitale durant la
campagne électorale pour les législatives de janvier 2003
?
Par pudeur, nous n’évoquerons que très
incidemment (inutile de forcer les traits quand il s’agit
d’une caricature) du rôle aussi symptomatique que peu
glorieusement improductif du « numéro deux » du
prétentieux Conseil Régional de Tadjourah, lui aussi
présent lors de cette cérémonie malgré, nous assurerait la
version officielle, un emploi du temps très chargé et bien
évidemment consacré au développement économique et social
de la région décentralisée.
Les obèses avaient déjà posé la
question shakespearienne de leur spleen lipidique : too
big or not too big ? Fat is the question !
Certes, il peut arriver au ridicule d’engraisser certains,
mais les obèses en politique ne se posent jamais la
question de leur embonpoint théâtral. C’est peut-être pour
cela qu’ils trouvent normal d’offrir, en guise de
développement, dix vélos chinois (valeur totale estimée à
300.000 FD, comme quoi la cérémonie,
transport+khat+ripailles, a au moins coûté autant) à de
jeunes chômeurs dans une région qui attend encore
reconstruction, réhabilitation, activités génératrices de
revenus; en un mot, respect.
Certains naïfs, philanthropes sur les
bords, se demandaient pourquoi, à la place des vélos qui
ne sont manifestement pas à leur place dans ce décor
montagneux, les généreux cadres venus de la Capitale
n’avaient pas offert au moins une moto-cross ? Manquerait
plus que ça : déjà que le Conseil régional, à travers son
vice-président qui est en même temps directeur de la
branche Nord de l’EDD (lumineuse trouvaille) n’arrive pas
à trouver l’énorme financement que nécessite le gasoil
pour faire fonctionner le petit groupe électrogène censé
alimenter le village et rapporté dans la hotte
présidentielle.
Le vélo, c’est écologique et économique
: quant à prétendre assurer avec cela le développement
régional, c’est pédaler dans la choucroute !
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