|
|
Éditorial
SILENCE ON (DE)TOURNE : CINEMA
POLITIQUE,
CADEAUX PRIVES ET ARGENT PUBLIC
On pensait que les sommets du ridicule
avaient été atteints la semaine dernière avec le don de
dix bicyclettes (de fabrication chinoise) aux jeunes de
Randa, par une association-maison dont la transparence
n’est pas la première des vertus, ni l’efficacité
apparemment. De toute évidence, avec ce régime en quête de
reconduction et usant de tous les artifices démagogiques
pour mystifier ses concitoyens, les pneus de vélo sont
moins increvables que la bêtise, surtout lorsqu’elle
provient de la haute fonction publique.
Ainsi, le week-end dernier, les jeunes
du Day ont vu débarquer le présidentiel cortège fuyant
quelques instants le Capitale, pour se ressourcer à
l’ombre de plants de khat venus des hauts plateaux
éthiopiens. En tant que tel, l’exercice masticatoire, même
impliquant d’aussi hautes personnalités, n’a pas défrayé
la chronique locale ; c’est tellement banal de brouter !
Par contre, un don inattendu, exotique
à rebours, mérite une grande attention car il est
révélateur de nombreuses dérives et mystifications. Arrivé
dans les bagages présidentiels, un haut fonctionnaire
apparemment au four et au moulin, vraisemblablement parce
que lui aussi en campagne d’auto-promotion, Directeur de
l’Office des Prestations Sociales pour mieux le nommer,
n’a pas hésité à prendre sur son temps libre pour offrir à
ces jeunes désœuvrés du Day une télévision et un groupe
électrogène ( à essence, s’il vous plaît) pour le faire
fonctionner, puisque l’adduction d’eau n’a pas voulu se
transformer en projet hydroélectrique.
OPS, ou OPA sur l’administration et les
deniers publics ? On sait que, pour une grande partie, les
problèmes de trésorerie de l’OPS, de trésorerie et de
maintenance de l’EDD (Electricité de Djibouti) sont dus à
leur énorme participation financière à l’effort de guerre
au début des années 90. Avec l’actuel régime, un nouveau
pas dangereux a été franchi : la frontière est devenue
totalement inexistante entre politique partisane et
service public.
La première dimension révélatrice de
cette régression du sens de l’Etat, c’est la pratique des
petits cadeaux dont on ne sait pas trop s’ils sont
effectués sur fonds privés ou publics. Cela importe peu
car, en définitive, il est indécent qu’un responsable
distribue des petits cadeaux ou court-circuite tout le
programme d’Aménagement du Territoire en prétendant
initier sur fond personnels des projets de développement
(unité de dialyse ou de mammographie à la Santé, Forage çà
et là, etc.) au gré de ses déplacements électoraux, car
censé représenter tout le monde, il ne saurait être
soupçonné de favoritisme.
La seconde dimension remarquable, c’est
la servilité avec laquelle des fonctionnaires en quête de
promotion politique ou administrative s’investissent corps
et âme dans des entreprises partisanes de mystification, à
coups de hochets et de khat. Sans que l’on sache par quel
miracle financier, le pays bruisse de rumeurs, le plus
souvent fondées, selon lesquelles tel haut fonctionnaire
entretiendrait à ses frais une série de mabraz où l’on
mastique jusqu’à la crampe des mandibules. Cette pratique
s’observe surtout chez les originaires des régions les
plus défavorisées, parce que l’injustice qui les frappe
demande plus d’efforts complices et d’appel aux bas
instincts.
Ce détournement de la nécessaire
neutralité de toute administration, avec la complicité de
ceux qui ont parfois payé leur idéal démocrate de leur
personne, n’est malheureusement que l’effet secondaire
d’un détournement opéré en amont : celui de la volonté
populaire par fraudes électorales. C’est l’absence de
démocratie qui pousse arrivistes et prétendants arrivistes
à la plus basse servilité, parce qu’ils ne devront leur
promotion qu’au bon vouloir d’un régime qui recrute selon
la prédisposition à l’obéissance. C’est pour cela qu’il
leur faut distribuer, au nom de celui auquel ils doivent
tout ou dont ils attendent tout, khat et télévision : la
campagne approche, alors tous aux mabraz ou devant la
télé. Le crime n’est même pas maquillé. Comme le disait si
bien Paul-Jean Toullet : « Le arrivistes sont des gens
qui arrivent. Ils ne sont jamais arrivés». A bon ...
Brèves nationales
Madame recrute :
L’UNFD applique l’Accord de Paix ?
Il y a quelque mois, un sympathique
lecteur nous avait adressé un petit courrier dans lequel
il nous invitait à ne pas du tout évoquer toutes les
bassesses par lesquelles le régime croyait nous punir
d’être opposants. Au nombre de ces vilenies, il y a le
blocage de deux ans de salaire ainsi que le refus de
réintégrer les cadres du FRUD-armé, conformément à
l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Aux dernières nouvelles,
il semblerait que, par une sensibilité toute féminine, le
régime serait en train de reconsidérer sa position et
d’abandonner cette forme primitive de terrorisme qui
consiste à dénier le droit au travail et au salaire,
constitutionnellement garanti. Mais les dessous de ce
revirement ne sont guère propres, et il y a tout lieu de
craindre que, finalement, la montagne n’accouche d’une
souris.
Depuis un certain temps, des sources
autorisées racontent que la Première Dame du pays,
accessoirement Présidente de l’UNFD (Union Nationale des
Femmes Djiboutiennes) serait en train de personnellement
s’impliquer dans ce dossier et battrait ciel et terre
(tant qu’il ne s’agit que de ça) pour amener le régime (on
ne sait par quel chemin ) à faire appliquer certaines
mesures individuelles contenues dans l’Accord de Paix du
12 mai 2001. Certains directeurs proches du Premier
ministre (il y en a ) clament à ce sujet dans les mabraz :
« Ils doivent absolument aller voir leurs Ministres de
tutelle , il est au courant car Kadra a tout réglé ».
Ce que, par respect pour ledit ministre (qui n’a d’ordre à
recevoir d’aucune femme non habilitée par les textes), et
dans l’esprit de l’Accord de Paix (qui n’est pas passé par
un chemin aussi tortueux), les cadres du FRUD-armé ne
pouvaient accepter.
Même dans le secteur privé, la
procédure d’embauche n’obéit pas aux rumeurs : il est
impensable de demander à un candidat de se rendre auprès
d’un chef de personnel au prétexte qu’untel aurait entendu
parler de son dossier dans la Rue des Mouches ! Il ne
s’agit pas ici de supplier qui que ce soit pour obtenir un
quelconque privilège : il est tout simplement question de
respecter un engagement solennellement souscrit par le
gouvernement et que le Chef de l’Etat s’était lui-même
engagé devant le Peuple à appliquer.
Maintenant, sans sous-estimer la
diplomatie au féminin, il nous semble plus sain, d’un
point de vue institutionnel autant que politique, que cela
suive une voie clairement établie et respectueuse du rôle
de chacune et de chacun, aussi insignifiant ou
protocolaire soit-il. Que chacun s’assume, dans la
maturité de sa trajectoire, de ses sacrifices et de son
honneur, dans le respect d’un Accord de Paix dont le
Peuple attend l’application la plus honnête.
Cyclisme rural :
Attention au col... du fémur !
Au début de l’été 2002, une journaliste
égyptienne, certainement pas mal intentionnée (est-il
plausible qu’elle soit venue chez nous en pleine canicule
juste pour discréditer notre pays ?), avait tenté autant
que possible, de rendre compte dans les colonnes de son
journal de l’extrême état de dépendance vis-à-vis de
l’extérieur dans lequel se trouve notre économie. Ce à
quoi un zélé journaliste de « La Nation », dont
nous tairons le nom par pudeur, avait vertement répondu
avec un argument tout à fait inattendu et texto :
cette ingrate journaliste prétend que Djibouti ne possède
même pas une usine de production d’aiguilles à coudre !
L’honnête citoyen moyen, pas toujours au courant de toutes
les miraculeuses réalisations gouvernementales, et croyant
sur écrit ce qu’énonce « La Nation », a alors comme
la fâcheuse impression d’avoir raté un épisode :
existe-t-il vraiment à Djibouti une usine de production
d’aguilles à coudre ?
Et, dans une perspective décentralisée
et respectueuse des unités de production industrielle que
l’on voit ces temps-ci fleurir dans les districts de
l’Intérieur, il se pose une question : y-a-t-il une usine
de production d’aiguilles à coudre que le régime cacherait
(peut-être à Randa, ce qui expliquerait le don de
bicyclettes) afin de ne provoquer aucune jalousie tribale
? La réponse est simple : il n’a jamais existé à Djibouti
la moindre usine de production d’aiguilles à coudre, quoi
qu’ose tranquillement prétendre un journaliste de « La
Nation » sans respect pour ses lecteurs, ni pour la
décence de ses écrits.
Sous des faux airs de quiproquo, ce
journal a récidivé lundi dernier en publiant une réaction
à nos commentaires relatifs à un don de dix bicyclettes
d’origine chinoise. Sous la plume du récipiendaire
(forcément, la gratitude du ventre ou plutôt des mollets),
il nous est reproché d’attenter à l’honneur de tout un
village, sans parler de celui des donateurs et des
illustres spectateurs venus de la Capitale.
Si certains trouvent que la politique
du bakchich n’a rien de déshonorant et peut même tenir
lieu de politique de développement, libre à eux de se
mystifier. Mais qu’ils ne cherchent pas à tromper le
Peuple : si un de ces bienheureux cyclistes venait à
tomber de sa monture et se fracturait quelque fémur, c’est
d’un dispensaire qu’il aura besoin. Manque de chance, l’ADPEF
n’a rien prévu en ce sens dans son don : comme la plupart
des localités rurales, Randa n’a aucun dispensaire digne
de ce nom. A notre humble avis, un petit centre de soins
nous semble prioritaire par rapport à des vélos, même
chinois. Et encore, si c’étaient les infirmiers en zone
rurale qui avaient été dotés de bicyclettes pour mieux
soigner jusque dans les secteurs les plus reculés et
inaccessibles, qui sont de plus en plus nombreux par
démission de l’État…
Enfin, rendons à César ce qui
appartient à César, si l’on peut le mettre à cette sauce :
contrairement à ce que nous écrivions, l’un des illustres
spectateurs n’était pas le Secrétaire Général d’un
ministère, mais un autre haut fonctionnaire natif de la
région et qui se sera reconnu.
Ali-Sabieh :
La Jeunesse Assajog se rebiffe
Déçus de l’esbroufe et du mensonge du
régime RPP, la dynamique jeunesse d’Ali-Sabieh, regroupée
sous la bannière LJA (Ligue de la Jeunesse Assajog) a
remis les pendules à l’heure dans son numéro 8 de son
organe de presse « La Tribune d’Ali-Sabieh ».
Habitué à la mansuétude, sinon la complicité, des
bulletins d’information des associations nationales, le
régime a paniqué en mobilisant certains notables
appointés, dans le but de « calmer » cette frondeuse
jeunesse, largement victime du chômage, comme partout dans
le pays. Devant le refus de ces derniers de se plier aux
diktats partisans, le pouvoir a en toute hâte fait réagir
dans les colonnes du journal gouvernemental « La Nation
» des membres crédules et intéressés de cette association,
mais n’appartenant pas ses instances dirigeantes.
Coup d’épée dans l’eau, loin de
rassurer un régime en plein désarroi. Les Assajog dans
leur grande majorité expriment ouvertement leur rejet du
système RPP et de ses pseudo-réalisations industrielles,
dans un district solidaire des difficultés rencontrées par
toutes les populations de toutes les régions du pays. Les
jalousies sociales et les démagogies électoralistes ont
fait leur temps : elles ne passent plus.
D’ailleurs, le seul Président de cette
association a convoqué pour vendredi 26 mars une assemblée
générale pour demander une motion de confiance aux
adhérents.
Vivement le n°9 de notre confrère «
La Tribune d’Ali-Sabieh » : le langage de la vérité
lui assurera, à n’en pas douter, le succès que mérite
toute presse indépendante et sérieuse, respectueuse de sa
mission, donc de ses lecteurs.
Tadjourah :
La fin d’une politique
Le week-end dernier n’a pas été de tout
repos pour les usurpateurs de l’UMP. Après la dénonciation
spectaculaire de l’esbroufe officielle par la jeunesse
Assojog qui a, ce faisant, brisé le carcan dans lequel le
pouvoir tentait de l’enfermer, ce fut au tour de la
jeunesse UAD du district de Tadjourah de lui porter le
coup de grâce.
Rappelons brièvement les faits. Dans
l’après-midi du jeudi 18 mars, le Chef de l’Etat,
accompagné de son souriant Premier ministre (il insiste) a
débarqué à Tadjourah venu par mer à bord de son luxueux
yacht (privé ?). Un convoi de la Garde présidentielle les
y attendait. Les prétoriens étaient particulièrement
nerveux ce jour-là, et pour cause : miraculeusement
avertis du passage dans leur ville de ces illustres
touristes, auxquels « la gestion de vraie problématique
» n’interdit pas quelques escapades écologiques, la
jeunesse UAD a tenu à les accueillir à sa façon, en
déversant sur plusieurs centaines de mètres des milliers
de bulletins de vote verts des candidats UAD de cette
circonscription électorale lors des législatives de
janvier 2003.
Le convoi officiel s’est ébranlé vers
le jardin d’acclimatation du Day, où les illustres «
brouteurs » ont passé l’après-midi à se concentrer sur les
feuilles vertes venues des hauts plateaux éthiopiens et la
nuit entière, non sans appréhension qui n’ont rien à voir
avec le blues post-khatique.
Le lendemain, les dirigeants UMP
devaient se rendre à Sagallou où les attendait un copieux
déjeuner, mais sans les invités escomptés, qui ont préféré
boycotter ce gargantuesque événement : crime de
lèse-ripailles majestueuses. Après le festin, les rares
convives présents ont malmené leur illustres invités avec
des doléances récurrentes qui ont quelque peu perturbé la
digestion des candidats en campagne.
A court d’arguments et de promesses, la
réponse officielle s’est limitée distribution massive de
khat, venu d’Ethiopie celui-ci. Soulagés de quitter
Sagallou et ses revendications intempestives, la
délégation présidentielle a pris la route de Tadjourah.
Manque de pot, arrivée au niveau du village oubliée de
Kalaf, quelle ne fut pas sa déception d’y découvrir des
messages écrits sur plusieurs centaines de mètres de
chaussée : Vive l’UAD ! Vive Dini!
Quant aux villageois, ils se sont
ostensiblement rassemblés devant le siège local de l’ARD,
à moins de vingt mètres de la route. Echaudés par leur
aventure dans le district de Tadjourah, les spécialistes
de la fameuse gestion de vraie problématique ont tôt fait
de rejoindre Djibouti-ville à bord du même et toujours
luxueux yacht présidentiel (public et privé) vendredi
après-midi.
Ainsi aurait pris fin ce qui devait
être une simple promenade de santé dans le district de
Tadjourah, plus que jamais bastion confirmé de
l’opposition.
Dikhil :
Pas de pharmacie communautaire
Alors que la pharmacie privée de Tadjourah avait été
fermée au prétexte qu’une autre communautaire allait y
être ouverte par le ministère de la Santé, celle de Dikhil
était restée en service.
Maintenant que le régime se targue d’avoir ouvert des
pharmacies communautaires dans tous les districts, Dikhil
n’en dispose toujours pas : où est la logique ?
Rapport de la LDDH sur le
syndicalisme
SOCIAL
A l’heure où le régime commence un
nouveau tam-tam politique sur les thème des droits de
l’Homme, qu’il respecterait en vraie démocratie digne de
ce nom, il n’est pas inutile de proposer un point de vue
différent. Après celui, plus général, du rapport
Département d’Etat américain pour l’année 2003, que nous
avons reproduit trois semaines durant, voici le premier
volet du rapport présenté par la Ligue Djiboutienne des
Droits Humains sur l’état du syndicalisme national, ou
plutôt de ses difficultés à être indépendant d’un pouvoir
politique répressif, n’autorisant que les syndicats-maison,
de préférence clonés. Ce rapport a été présenté au Congrès
de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, qui
s’est tenue du 1 er
au 6 mars 2004 à Quito, en Equateur.

I. Bref rappel historique
a) Un syndicalisme embryonnaire
Ancienne colonie française, la
République de Djibouti compte environ 700.000 habitants.
Indépendante depuis 1977, elle a été gouvernée par un
parti unique (Rassemblement Pour le Progrès) jusqu’en
1992. Dépourvue de richesses naturelles, l’économie est
surtout basée sur les services. L’Etat est de loin le
principal employeur du pays. A l’instar des autres pays
africains, le parti au pouvoir avait inféodé la centrale
syndicale unique de l’époque, Union Générale des
Travailleurs Djiboutiens (UGTD).
En 1991, une guerre civile éclate dans
le pays. En novembre 1992, sous la pression de la France,
le pouvoir se résout à une ouverture en demi-teinte et
élabore unilatéralement une constitution faisant place au
pluralisme syndical. C’est l’émergence des premiers
syndicats libres et indépendants dans le pays.
Parmi les plus actifs et les plus
structurés, figurent le Syndicat des enseignants du Second
Degré (Synesed ), le syndicat des enseignants du Primaire
(SEP), le Syndicat du Personnel Bâtiment et des travaux
Publics (SPBTP), ... tous affiliés à la centrale syndicale
Union Djiboutienne du Travail (UDT), elle aussi
nouvellement créée. Malgré leur jeunesse, ces nouvelles
organisations ont fait leur preuve en matière de
fonctionnement démocratique, ce qui leur a permis des
affiliations internationales avec la Confédération
Internationale des Syndicats Libres (CISL),
l’Internationale de l’Education (I.E), L’Internationale du
Service Public (ISP). etc.
B) La grande crise de 1995
La dégradation continuelle de
l’économie du pays (en déclin depuis près de deux
décennies) l’amène directement vers un programme
d’ajustement structurel. En réponse aux exigences du Fond
Monétaire International de réduire de manière drastique
les dépenses publiques, le pouvoir initie, en 1995, une
loi de finances réduisant les revenus des travailleurs de
plus de 20% à travers des artifices divers (taxes,
réduction de salaire, suppression d’avantages acquis,
etc.). Bien entendu, les syndicats, méprisés par le
gouvernement, n’ont jamais été consultés à ce sujet.
En septembre de la même année, les
syndicats mobilisent les travailleurs de tous les
secteurs, une grève générale paralyse le pays. Même l’UGTD
s’y associe en créant l’intersyndicale avec l’UDT. Dans le
même temps, on assiste à des manifestations massives
témoignant de la colère des travailleurs révoltés. Devant
l’ampleur du mouvement, aussi important qu’inattendu, le
pouvoir panique. Tour à tour, il engage des discussions,
brandit des menaces et emprisonne les leaders syndicaux et
les militants les plus en vue par centaines dans un centre
de détention situé à 8 km de la capitale. Parallèlement,
des tentatives de corruption sont menées dans les milieux
syndicaux. Déçus par l’absence de sincérité de la part des
représentants du gouvernement, les syndicalistes
persistent et rejettent la loi en bloc.
Agacé, le gouvernement décide de
frapper fort en licenciant la quasi -totalité des
dirigeants de l’intersyndicale (UGTD/UDT), pour l’exemple
sans doute. Décapité, le mouvement syndical s’amenuise
mais menace de rejaillir. Le pouvoir retire alors la loi
en question, le temps de retrouver un calme social et
surtout de s’assurer d’avoir anéanti toute réaction
syndicale ultérieure. Dans le budget national de 1998, le
gouvernement intègrera toutes les dispositions de la loi
contestée.
Les centrales étant écrasées, seuls les
syndicats enseignants structurellement plus autonomes,
continuent à résister. Le pouvoir retourne ses griffes
contre ces derniers qui sont d’autant plus vulnérables
qu’ils sont désormais seuls sur le terrain. La crise
perdure car les revendications enseignantes sont aussi
bien d’ordre salarial que strictement professionnelles. La
répression est de plus en plus dure. Les arrestations
s’enchaînent dans le milieu enseignant et, à deux
reprises, les policiers tirent à balles réelles lors des
manifestations de collégiens et lycéens, provocant la mort
d’un élève et blessant gravement à l’abdomen un deuxième.
Les syndicats dénoncent les crimes et mondialisent
l’information par le biais d’organisations internationales
(CISL, IE, …)
La répression s’accentue sur les
enseignants, le pouvoir use de tous les moyens pour
défaire ces organisations. Des ministres font du
porte-à-porte, menaçant les familles des militants et des
dirigeants. Dans le même temps, ils organisent des
réunions à caractère tribal au sein des enseignants dans
le but d’infiltrer et de désorganiser le mouvement.
Devant les volte-face répétées et la
mauvaise foi des responsables politiques qui ne tiennent
aucun de leurs engagements, le Synesed décide en assemblée
générale de boycotter les examens de fin d’année dans
l’espoir de ramener le pouvoir à plus de sérieux dans ses
rapports avec les syndicats. Le gouvernement perçoit cette
action comme un affront, licencie les dirigeants du
Synesed en février 1997. Parmi les quatre (4) Secrétaires
Généraux qu’a connu ce syndicat durant sa courte histoire,
trois (3) figurent dans la liste des révoqués de la
fonction publique. Trente sept jours consécutifs de grève
et de manifestation de soutien de la part de leurs
collègues et sympathisants n’ont pas réussi à infléchir
l’intransigeance gouvernementale.
II. Les conséquences de la répression syndicale dans le
pays
a) Une frustration populaire
Quels que soient les objectifs du
pouvoir dans sa lutte antisyndicale, son attitude
vis-à-vis des travailleurs a des conséquences néfastes et
durables sur la société à l’échelle nationale. D’abord, un
sentiment généralisé de frustration fait place aux espoirs
suscités par la lueur de la démocratisation de 1992. Le
sentiment d’être privé des libertés les plus fondamentales
n’a jamais été aussi fort au sein de la population et
notamment parmi la jeunesse consciente des enjeux. La peur
de la répression inhibe toute velléité d’organisation
indépendante et surtout toute volonté d’en assurer le
leadership.
b) Une fuite de « cerveaux »
Pire encore est l’effet de la stratégie
gouvernementale qui consiste à « cloner » tous les
groupements sociaux ou politiques authentiques échappant à
son contrôle. Systématiquement, Le régime monte de toute
pièce, des entités portant le même nom et inféodées à lui.
Cette pratique a crée un climat social marqué par une
méfiance frôlant la pathologie et rendant encore plus
difficile la communication entre les acteurs sociaux,
freinant par la même occasion, l’émergence de mouvements
syndicaux ou associatifs dignes de ce nom. La décennie
écoulée aura été marquée par le départ massif des jeunes
cadres et de familles entières résolus à l’exil. Bien plus
que la situation économique, c’est l’absence de libertés,
la dégradation de l’enseignement public et de la
protection sociale, la soumission flagrante du système
judiciaire au pouvoir exécutif , l’impossibilité de créer
des structures collectives de défense des droits, qui
constituent les facteurs déterminants de cette
désaffection, pour ne pas dire ce dégoût, des citoyens vis
à vis de leur pays.
La haine du régime vis à vis des
syndicats est corroborée par l’anecdote suivante: en 1996
un syndicaliste djiboutien en mission à l’étranger échappe
à un crash d’avion au large des Comores. Par erreur il est
arrêté et mis en détention par les autorités comoriennes
qui le confondent avec un des terrorises responsables du
détournement de l’avion. Les autorités de son pays n’ont
pas entrepris la moindre action pour essayer de le
disculper. Elles n’ont même pas voulu confirmer à leurs
homologues des Comores les déclarations du prisonnier sur
son identité et sa nationalité. Les publications faites
ultérieurement dans le pays sur cette affaire ont révélé à
la population le vrai visage de son gouvernement. Elles
auront sans doute marqué l’opinion nationale.
Lors de la campagne électorale pour les
législatives de 2003, Hachim Ladieh Adawe, dirigent
syndical enseignant faisant partie des licenciés, a été
trouvé mort dans le siège social du syndicat de
l’hôtellerie. Aucune enquête n’a été diligentée par le
pouvoir .
Contrairement aux années 80, on assiste
à une véritable hémorragie des « cerveaux ». Les étudiants
à l’étranger reviennent très rarement au pays. De toute
évidence, l’économie nationale ne tire aucun avantage de
cet état de fait. De plus, les travailleurs résidents sont
soumis, depuis la paralysie des syndicats, à toutes les
mesures gouvernementales aussi arbitraires
qu’antisociales. D’où un découragement et une démotivation
forcément préjudiciables à la qualité du travail fourni.
c) Un recul de la démocratie
Enfin dans le domaine politique, le
contexte actuel se prête peu à l’évolution des mentalités
vers l’instauration des valeurs démocratiques. Les
réflexes clientélistes du pouvoir constitue une prime à la
facilité, à la soumission, à la corruption des esprits et
à l’épanouissement de ceux qui ont foi en la force comme
seul facteur régulant les rapports humains.
III. La situation actuelle du
syndicalisme djiboutien
a) De l’intransigeance gouvernementale
Depuis la grande purge de 1995/97, la
situation syndicale, a très peu évoluée, la position
officielle des syndicats est claire. Il est demandé au
gouvernement :
- De réintégrer collectivement tous les
dirigeants et militants licenciés pour leurs activités
syndicales.
- De respecter les conventions 94 et 87
de l’OlT (régissant l’exercice de la liberté syndicale et
les négociations collectives).
En conséquence, il n’est pas question
pour les syndicalistes d’accepter un préalable à la
réintégration consistant à abandonner leurs activités
syndicales ultérieurement comme il a été exprimé ça et là
par la partie gouvernementale.
Pour des raisons humanitaires, les
personnes licenciées peuvent. négocier à titre individuel
leur propre réintégration. C’est conformément à cette
clause que certains syndicalistes ont retrouvé leur
travail sans qu’aucune réparation ne leur soit accordée en
guise d’indemnisation pour la période d’inactivité. La
plupart des leaders demeurent tout de même encore
aujourd’hui licenciés.
b) Une lutte clandestine
De ce fait, le combat syndical peut
difficilement être mené de manière formelle et organisée.
Ceci est particulièrement vrai dans le domaine de
l’éducation, considéré comme un secteur sensible. Le
milieu enseignant est sous haute surveillance de la part
d’un pouvoir redoutant une résurgence des mouvements
passés. Il n’en demeure pas moins que les professeurs et
les instituteurs réussissent à défendre le minimum, c’est
à dire la régularité du salaire à coups de grèves sauvages
consécutives à des concertations clandestines. Ils sont
même parvenus, il y a quelque temps, à réduire d’un mois
leur retard de salaire par rapport aux autres agents de l’Etat
dépendant, comme eux, du ministère des finances.
Ces grèves sont efficaces. Elles
déstabilisent le pouvoir désarmé par l’absence
d’interlocuteurs officiels à soumettre aux pressions
gouvernementales habituelles. Des ministres sont
contraints de se déplacer dans les établissements du
second degré pour demander aux professeurs de constituer
un nouveau syndicat ou à défaut de désigner quelques
personnes en guise de délégués. Ils se sont toujours
heurtés à un refus catégorique des grévistes qui leur ont
ouvertement signifié que leurs représentants sont
licenciés et qu’ils n’en ont pas d’autres à sacrifier.
Les enseignants savent à leurs dépens
et par expérience, que les crises sociales sont toujours
gérées dans le pays, selon le même schéma. La dernière en
date concerne des dockers du port privés de pension de
retraite. Après avoir écrit, en vain, à toute la
hiérarchie politique, ils entrent en conflit direct avec
leur employeur. La police leur demande alors de choisir
des délégués en vue des discuter avec les autorités du
port. Ils en délèguent cinq d’entre eux à cet effet. Une
fois identifiés, les délégués sont transférés au
commissariat puis mis en détention en prison pour
plusieurs jours et finalement déférés devant le tribunal
qui les a condamnés à 6 mois de prison avec sursis pour
trouble à l’ordre public. Il s’agit de Mohamed Ali Somboul,
Ali Mohamed Gas, Moussa Hamad Mohamed, Sougneh Houssein
Sougneh et Seiko Mohamed Walfo. Tous les cinq affirment
avoir été torturés, en pleine prison, par la police durant
leur détention. On voulait les obliger à signer un
document stipulant qu’ils abandonnent leurs droits. Le
dernier de la liste ci-dessus a hérité d’une luxation du
coude gauche et Possède un certificat médical attestant de
cette blessure. Ces évènements se déroulent en février
2004.
c) Un dialogue social complètement
rompu
Cette réaction met en lumière le degré
de méfiance des collègues vis-à-vis de leur gouvernement.
Il existe une explication historique et objective à cette
situation. Il faut la chercher dans les années où la
direction syndicale était encore tolérée et pouvait
discuter avec le pouvoir. Face à l’intransigeance et les
menaces répétées des représentants gouvernementaux, les
négociateurs syndicaux avaient pressenti la rupture
prochaine. Ils n’ont pas manqué de mettre en garde le
pouvoir contre l’adoption des mesures radicales,
susceptibles de créer un vide syndical aux conséquences
incalculables pour la paix sociale et la démocratie. La
réponsse a été à chaque fois laconique, sans équivoque et
d’un cynisme déconcertant: « le gouvernement a le moyen
de se débarrasser des agitateurs locaux (les enseignants
nationaux) et d’engager des étrangers prêts à les
remplacer. » Naturellement, ces arguments ont été
rapportés et discutés en assemblée générale syndicale et
ont laissé des traces indélébiles sur la conscience des
uns et des autres.
La confiance des enseignants en une
quelconque bonne volonté gouvernementale est d’autant plus
altérée que le régime a traduit en acte les menaces
proférées à l’époque. Une fois leur syndicat décapité,
impuissants face au rouleau compresseur gouvernemental,
les enseignants nationaux s’exilent en masse en Europe, au
Canada, aux Etats-Unis, etc.. Ils sont effectivement
remplacés par des coopérants provenant du Sénégal, de
Madagascar, d’Egypte, de Tunisie, etc. Faut-il souligner
que ceux-ci perçoivent un salaire régulier nettement
supérieur aux rémunérations des leurs homologues locaux.
L’avantage pour le pouvoir, c’est qu’ils ne peuvent pas se
syndiquer ?
Le gouvernement espérait ainsi couper
court à toute protestation, tout contre-pouvoir. Il n’en
est rien aujourd’hui. Les grèves continuent même si les
revendications sont réduites à leur plus simple
expression: la survie des enseignants. Pour autant
qu’elles soient efficaces, ces grèves peu médiatisées,
peuvent traîner en longueur, altérant sérieusement le
système éducatif. Une fois de plus, ce sont les plus
faibles, en bout de chaîne qui en payent le prix fort. Il
s’agit, bien entendu, des élèves.
d) Une répression permanente
Bien que les organisations syndicales
les plus actives soient démantelées, la phobie
antisyndicale du pouvoir reste intacte. Pour preuve, les
dirigeants qui ont échappé à la purge des années 90 sont
harcelés en permanence. Sans prétendre être exhaustive,
voici quelques cas révélateurs de l’ambiance qui règne
dans le pays. Sous le coup d’une mesure de congédiement
avec une baisse substantielle de revenus, tous ces
travailleurs harcelés sont employés dans le secteur
gouvernemental. La chasse aux syndicalistes se prolonge
même au-delà.
Le Syndicat du Personnel de
l’Hôtellerie de la FFDJ (Force Française stationnée à
Djibouti) a perdu 3 de ses membres, licenciés, dont Ali
Abdallah Ahmed, le trésorier du SPH (FFDJ), les autres
sont Mohamed Aden Nour et Doualeh Idriss Obsieh tous deux
délégués syndicaux. Le motif de la diminution d’effectif
est démenti par les nouvelles embauches. Le chef de
personnel de ce service est connu pour être très proche du
pouvoir.
e) Le « clonage » continue
A chaque rencontre internationale, le
gouvernement accrédite et oppose aux organisations
légitimes des syndicats maisons qui lui servent d’alibi.
C’était encore le cas à la conférence annuelle de l’OIT
(Organisation Internationale du Travail) à Genève en juin
2003. Le scénario s’est répété à la 10ème
réunion régionale africaine de l’OIT à Addis-Abeba du 2 au
5 décembre 2003. Profitant de la proximité du lieu de la
rencontre avec le pays, l’UDT a envoyé une délégation qui
s’est déplacée en train. Elle a dénoncé la mascarade
gouvernementale à la conférence et a pu contrecarrer les
syndicats officiels. Le rapport de la commission des
vérifications des pouvoirs exprime ainsi la situation. «
La commission demeure toutefois préoccupée par
l’absence de tout progrès apparent et déplore profondément
que des doutes subsistent encore une fois quant à la
légitimité et l’indépendance des représentants accrédités
à la Réunion régionale africaine »
Cette intrusion syndicale à la réunion
a surpris et agacé le pouvoir. Les représailles ne se sont
pas fait attendre: le siège social des centrales est
saccagé, encore une fois, sans merci au vu et au su des
policiers présent sur les lieux.
Au port, le Syndicat des Travailleurs
du Port (STP), auparavant fonctionnel, a été noyauté par
le pouvoir. Un de ses hauts responsables (Said Mahamoud),
proche du Ministre de Travail, s’est rallié et a failli à
la défense des revendications des travailleurs. Ce
syndicat a éclaté face aux difficultés d’organiser des
assises et les employés ont décidé d’en créer un nouveau
(Syndicat du Personnel du Port: (SPP)) qui les
représentent réellement. L’ancien dirigeant a alors été
contraint de démissionner et le STP est en voie de se
joindre au SPP. Il faut noter que cette situation est
encourageante. Elle s’explique par le fait que ces
travailleurs jouissent de marges de manœuvres
exceptionnelles le port étant les poumons économiques du
pays il est très sensible aux mouvements sociaux. Il est
aussi sous la responsabilité d’un acteur étranger (port
authority of Dubaï). Cette réussite syndicale reste donc
marginale dans le pays. A suivre.
Commentaire sur le rapport
du bureau américain pour les Droits de l'Homme
Nous avions intégralement reproduit sur
plusieurs numéros, le rapport du Département d’Etat
américain brossant le tableau des droits de l’homme à
Djibouti durant l’année 2003, et ceci sur la base de
critères d’appréciation qui s’appliquent uniformément à
chaque cas étudié. Après le texte officiel, voici quelques
commentaires qu’il nous inspire.
En présentation de ce rapport, nous
avions souligné la nécessité d’appréhender le réalités
djiboutiennes autrement que sous l’angle obligé et censuré
du discours officiel. S’agissant spécifiquement du
chapitre des droits de l’homme, nous avions invité le
lecteur à se référer aux documents publiés par des
organismes indépendants. Il est bien évident, pour
quiconque visite le site
www.state.gov (la version originale, que
nous n’avons que traduit en français, y est disponible
ainsi que pour les années précédentes) que le Bureau pour
la Démocratie, les Droits de l’Homme et le Travail
(anciennement Bureau pour les Droits de l’Homme et des
Affaires humanitaires) n’est pas à proprement parler
indépendant puisqu’il travaille sous l’entière
responsabilité du Département d’État américain. En
l’espèce, indépendant signifie ici que l’appréciation sur
la réalité d’un régime se proclamant démocratique n’est
pas totalement subordonnée à des impératifs supérieurs et
géostratégiques, ceux qu’implique par exemple une présence
militaire, même temporaire. Donc, le rapport de ce Bureau,
dont nous avons clos la publication la semaine dernière,
est un document tout ce qu’il y a d’officiel.
D’ailleurs, la méthodologie de sa
réalisation est précisée dans la préface du Rapport
général du Département d’État sur les droits de l’homme
dans le monde. On y apprend ainsi que ce sont les sections
116 (d) et 504 de la Loi sur l’Aide à l’Étranger (Foreign
Assistance Act) qui font obligation au Département
d’État de produire annuellement ces rapports. Loin d’être
confidentiels, ces rapports établis sous la responsabilité
du Département d’État (équivalent du ministère des
Affaires Étrangères) sont ensuite communiqués au Congrès
pour orienter la politique extérieure américaine. Car une
loi oblige relations extérieures et politique commerciale
américaines à étroitement tenir compte, dans leurs
rapports internationaux, de la situation des droits de
l’homme, ainsi que des protections réellement accordées
aux travailleurs.
En principe, et sans entrer en
contradiction avec d’autres principes, ces rapports
servent lors de l’élaboration de la politique étrangère
mises en œuvre par le Département d’Etat et de l’aide au
développement mises en pratique par l’USAID. Ainsi, on
voit bien combien le retour de cet organisme d’attribution
de l’aide publique américaine au développement n’est
nullement dû à une quelconque amélioration de la situation
des droits de l’Homme en République de Djibouti.
Seulement, il est bien évident que la lutte internationale
contre le terrorisme est indissociablement une lutte pour
la démocratie, qui passe par l’amélioration des conditions
d’existence des citoyens de pays prenant part à ce nouveau
défi planétaire. En clair, il est impensable de rechercher
des terroristes avec le soutien de régimes despotiques,
dont la mauvaise gouvernance maintient les peuple dans un
intolérable état de sous-développement politique,
économique et social, lui-même terreau des réseaux
extrémistes.
La pertinence de ces rapports est
officiellement définie ainsi : « Les droits de l’homme
universels cherchent à incorporer le respect de la dignité
humaine aux processus gouvernementaux et légaux. Tout
peuple a le droit inaliénable de changer son gouvernement
grâce à des moyens pacifiques et de jouir des libertés
fondamentales telles que la liberté d’expression,
d’association, d’assemblée, de mouvement et de religion,
sans faire l’objet de discrimination fondée sur la race,
la religion, l’origine nationale ou le sexe. Le droit de
devenir membre d’un syndicat indépendant de travailleurs
est une condition indispensable d’une société et d’une
économie libres. Les rapports évaluent donc les principaux
droits des travailleurs reconnus au plan international,
notamment le droit d’association, de se syndiquer et de
négocier des conventions collectives».
Concrètement, ce sont les ambassades
américaines qui transmettent à leur administration
centrale les rapports annuels sur la situation des droits
de l’homme dans chaque pays où il ont une représentation
diplomatique. Pour se faire, les diplomates en poste
suivent attentivement tout ce qui se passe et cherchent
surtout à diversifier leurs sources d’information pour
avoir la vision la plus complète qui soit.
Ainsi, lorsque tel rapport du Bureau
pour la Démocratie, les Droits de l’Homme et le Travail
estime, par exemple, qu’à Djibouti « La Justice n’est
pas indépendante de l’Exécutif », que « La
discrimination selon des critères d’affiliation ethnique
ou clanique limitent le rôle des membres de groupes et
clans minoritaires dans le gouvernement et la politique
» ou encore qu’ « Une grande part des richesses
nationales est concentrée entre les mains d’une petite
élite. Les progrès gouvernementaux en matière des droits
de l’homme restent limités et le pouvoir continue à
commettre des violations dans ce domaine. Le pouvoir
entrave les droits des citoyens à l’alternance. »,
seuls les dirigeants et leur cour médiatique oseront
prétendre le contraire.
Mais le seul monopole illégal sur les
médias publics dont tout point de vue indépendant est
interdit (ne parlons même pas des partis d’opposition) est
à lui seul révélateur du caractère despotique du régime
djiboutien. Cela, peu de nos concitoyens l’ignorent.
Gaza 2004 : un tournant
infernal
L’assassinat de Cheik Yassin
Que le sionisme empoisonne les relations
internationales depuis la seconde Guerre Mondiale, c’est
un constat banal, surtout avec la fin de la guerre froide.
Pourtant, pour avoir minimisé ce danger, les Etats-Unis
ont payé un lourd et injuste tribut pour leur soutien
inconditionnel à Israël : le terrorisme aveugle qui les
frappe se justifie souvent du terrorisme israélien et, à
ce sujet, il est tout autant révélateur que dramatique de
voir les populations opprimées des Territoires Occupés
fêter le 11 septembre. Même si, officiellement, ils s’en
défendent par la voix d’un porte-parole, il est
invraisemblable qu’Israël n’ait pas tenu les Etats-Unis au
courant de l’assassinat perpétré lundi dernier contre un
vieillard paraplégique cloué sur une chaise roulante :
Cheik Yassin, leader charismatique du Hamas.
« Nous venons d’exécuter le Ben
Laden de la région» affirmait martial le ministre de
la Défense quelques heures après ce lâche attentat.
Rappelons qu’il y a peu, c’était le Président de
l’Autorité Palestinienne qui était affublé du même
épithète (ce patronyme étant devenu un adjectif synonyme
de danger public : wanted plutôt dead qu’
alive).
N’eût été la levée de boucliers sur le
plan mondial, Sharon aurait certainement banni ou exécuté
le Président Arafat. Davantage que la réprobation
internationale, ce sont les arguments persuasifs de
l’administration Bush qui ne souhaitait pas en pleine
campagne irakienne, ouvrir un autre front dans la région,
qui ont été décisifs pour dissuader l’Etat sioniste de
recourir à de tels méthodes. Une autre campagne,
électorale celle-là fait que, comme par hasard, au moins
deux autres fronts se rouvrent concomitamment à la
frontière pakistanaiso-afghane et au Proche-Orient. Ben
Laden s’est attaque à ce qu’il a considère être le maillon
faible des allies du sionisme : les Etats-Unis. L’Espagne.
au prix d innocentes victimes, a également payé sa part du
tribut pour sa participation à l’invasion de l’Irak. Il
faut donc logiquement s’attendre à ce que les intérêts
britanniques et italiens à travers le monde soient tôt ou
tard et d’une manière ou d’une autre pris pour cibles ….
Le 22 mars a Gaza , à la sortie de la
principale mosquée, après la prière du fajr, le cheikh
Ahmed Yacin ainsi que six de ses compagnons sont foudroyés
par trois roquettes lancées par un hélicoptère de combat !
En assassinant lâchement ce vieillard, l’Etat sioniste a
déclenché une guerre qui prendra probablement la forme
d’une vague mondiale d’attentats car, en le martyrisant
ainsi , il fera de l’au-delà davantage de victimes que
vivant.
D’autant que figurent sur la liste des
personnalités éminentes et officielles de l’Autorité
Palestinienne. Année après année, une portion de leur
terre est colonisée par des immigrants venus des terres
les plus éloignées Leur Etat, dont l’édification a été
financée par le monde entier à hauteur de centaines de
millions de dollars, est aujourd’hui anéanti. Israël avec
l’aval, du moins l’indifférence du reste du monde, a
parfaitement pesé et mûri sa décision d’assassiner le
vieil homme handicapé. Il n’échappera à la lucidité
d’aucun observateur sensé que la réaction d’un peuple qui
a tout perdu risque d’être aveugle.
Ce faisant, l’Etat sioniste a sommé le
reste du monde de clarifier sa position sur cet épineux
dossier, car c’est désormais la Paix et la stabilité des
Etats du monde entier qui sont menacés et en jeu. Notre
position est claire : combattre et isoler ces groupes qui
tuent des innocents avec pour objectif de bâtir une
impossible Nation Islamique : oui !
Et le meilleur moyen d’y parvenir c’est
une solution politique et équitable aux profondes
injustices qui constituent leur terreau fertile sur toute
la planète. Exproprier de leurs droits inaliénables le
Peuple Palestinien ou Tchétchène, pour ne citer que
ceux-là, au nom d’un concept fourre-tout : non !
Israël est né dans le sang : d’abord
celui des millions de Juifs exterminés par la folie nazie,
puis celui des dizaines de milliers de Palestiniens
assassinés par les groupements terroristes sionistes,
Haganah ou Irgoun. Israël continue, surtout
depuis 2000, à se nourrir du sang des Palestiniens, rêvant
d’un paradis artificiel entouré de barbelés électrifiés
pour les séparer de ceux dont il a volé la terre.
Tant que le Likoud ne changera pas de
politique ou tant que les Israéliens ne se débarrasseront
pas du Likoud, il est malheureusement fort à craindre
qu’Israël aura encore besoin de sang, des Palestiniens
comme des siens : le terrorisme du pauvre qui se tue en
tuant, c’est un excellent filon pour culpabiliser
l’Occident.
Le terrorisme d’Etat, plus soft quant à
lui (assassinat ciblé) peut alors déployer son bras
criminel. En vain !
* * *
|
|
|
|