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Éditorial
TERRORISME DU FAIBLE
CONTRE TERRORISME DU PUISSANT
Deux dates rappellent à quel point
l’Histoire semble avancer à reculons au Proche-Orient :
26 mars 1979 - signature, sous l’égide
du Président démocrate Jimmy Carter, des accords de Camp
David entre Anouar el-Sadate d’Egypte et Menahem Begin d’Israel
;
25 mars 2004 - devant le Conseil de
sécurité de l’Onu, les Etats-Unis d’Amérique opposent leur
veto à un projet de résolution condamnant l’Etat d’Israël
pour son assassinat du cheik Ahmed Yassine, dirigeant du
mouvement Hamas, au prétexte que la condamnation du
terrorisme du Hamas n’y serait pas assez explicite.
Non, pas définition, ce n’est pas
l’Histoire qui va à reculons : c’est la capacité des
acteurs de l’Histoire à régler des problèmes qui peut
aller s’amenuisant. Ce qui semble malheureusement être le
cas au Proche-Orient car, à la radicalisation des
positions des deux protagonistes s’ajoute aujourd’hui un
affaiblissement du rôle des Américains, de moins en moins
neutres.
Israël en premier lieu : il a beau
avoir commencé comme terroriste à la tête de l’Irgoun
(groupuscule extrémiste qui tuait les Arabes de Palestine
pour leur prendre leurs terres), Menahem Begin avait à
coup sûr une stature d’homme d’Etat, capable de brusquer
les siens en signant avec l’ennemi irréductible une paix
que peu croyaient possible . Force est de constater que
Sharon n’a d’envergure que corporelle. Surtout, il ne
conçoit d’entité palestinienne qu’enfermée dans un vaste
camp de concentration (quelle ironie !) délimité par un
mur et des barbelés électrifiés. Avec lui, même empêtré
dans un scandale de corruption, les mots du représentant
palestinien à l’Onu prennent tout leur sens : « Israël
n’est pas un pays passif, pacifique, sujet à des attentats
venus de l’extérieur. Israël est en lui-même un groupe
terroriste ». Toutefois, même s’il faut bien admettre
que la meilleure opposition à ce terrorisme d’Etat, c’est
une importante partie de l’opinion publique israélienne
elle-même, force est d’admettre que, depuis le règlement
de la question de Timor-Est, l’Etat sioniste demeure
pratiquement la seule puissance coloniale de la planète,
quoi qu’il s’agisse d’un colonialisme de proximité fondé
sur une idéologie de l’excellence religieuse.
Le second acteur de ce drame n’est
guère mieux loti : son courage politique n’a certes rien à
envier à celui de Sadate, comme en témoigne son Prix Nobel
venu récompenser une paix historique signée à Oslo, mais
Arafat ne contrôle pratiquement plus rien sur le terrain
de la violence terroriste. La violation de cet accord par
Israël l’a en quelque sorte décrédibilisé aux yeux de son
opinion publique loin d’oublier les multiples boucheries
de Sharon. Le bon sens et la modération n’ont aucune prise
sur les consciences quand l’injustice et l’humiliation
dépassent les limites de l’humainement supportable. Dans
ce contexte, la récente pétition de soixante-dix
personnalités palestiniennes liées au Fatah et appelant à
démilitariser l’Intifada, a peu de chances d’être
entendue. Et, sous la direction de groupes radicaux tels
que le Hamas, les Palestiniens s’enferment dans une
spirale de la violence qui, du fait de la disproportion
entre les ressources mobilisables par les deux
belligérants (dont le traumatisme des corps déchiquetés
d’innocents civils, colons mis à part), ne peut que
profiter aux extrémistes du Likoud et des partis
religieux.
Les Etats-Unis enfin : leur incapacité
à efficacement faire pression sur Israël (la feuille de
route semble n’être qu’un simple effet de manche) durant
l’actuelle administration républicaine, se double
aujourd’hui d’un enjeu électoral : la lutte contre un
terrorisme si magnifiquement incarné par le Hamas est un
atout que le candidat à sa propre succession compte bien
faire fructifier. Et la France dans tout cela ? Et bien la
France a voté en faveur de ce projet de résolution :
Renaud de la Sablière, son représentant au Conseil de
sécurité estimant que le texte condamnait aussi bien les
exécutions extrajudiciaires perpétrées par Israël, que les
attentats contre les civils israéliens perpétrés par le
Hamas. Est-ce à dire que la France serait complaisante
avec ceux qui tuent d’innocents civils ? Le problème pour
les Etats-Unis, c’est que même l’Espagne, peu suspecte
d’une telle mansuétude ces temps-ci, avait voté en faveur
de ce projet de résolution. S’il n’y a ni règles de bonne
conduite entre belligérants, ni arbitre neutre pouvant
leur imposer un règlement honorable, c’est à désespérer de
la diplomatie. C’est de ce désespoir que s’alimentent la
plupart des extrémismes.
Brèves nationales
Docteur honoris causa:
En insécurité alimentaire ?
Le régime djiboutien est réputé pour
fomenter de fausses solutions à de vrais problèmes. Ainsi,
on apprend cette semaine que le Croissant-Rouge est en
pleine cogitation intellectuelle depuis samedi dernier.
L’objet de ce remue-méninges : trouver au niveau régional
les voies et moyens de mettre les populations à l’abri
d’une insécurité alimentaire, en en identifiant les causes
pour mieux en trouver les remèdes.
Que les pays producteurs de denrées
alimentaires se concertent pour épargner à leurs
populations respectives le spectre d’une famine
consécutive à une sécheresse imprévue, quoi de plus normal
? Mais, qu’en est-il pour Djibouti ? Quand on sait que le
régime n’a rien tenté pour assurer la sécurité alimentaire
de ses concitoyens, il est légitime de s’interroger sur le
sérieux de la participation à cet atelier régional.
En effet, le projet du PK 12 avait au
moins le mérite d’exister : en soi, le projet visant à
réduire la dépendance alimentaire des Djiboutiens en
assurant une production locale, était louable.
Aujourd’hui, les Djiboutiens sont réputés être mieux
gouvernés, par des leaders « extraordinaires » qui
actualisent le vieux mythe du roi-philosophe ou du despote
éclairé !
Ici, cela prend la forme d’un Président
de la République savant, promu Docteur honoris causa pour
son inestimable contribution planétaire au développement
agropastoral. Malheureusement pour lui, son régime n’a
nullement contribué à étendre la superficie cultivée en
République de Djibouti, donc à augmenter la production
agricole nationale.
Ainsi, ceux qui seraient
prioritairement concernés par cet atelier, ce seraient les
semi-nomades pour lesquels sécheresse signifie réduction
des pâturages et tarissement des points d’eau, donc baisse
du cheptel à vendre en ville pour s’acheter d’autres
denrées de base : riz, sucre, thé, farine, etc.
Quand un régime n’entame aucune action
pour réduire un tant soit peu la dépendance de ses
concitoyens à l’égard du khat importé à 100%, et quand la
seule contribution du Chef de l’Etat docteur honoris causa
en développement agropastoral consiste à implanter du khat
et du café au Day, le Croissant-Rouge djiboutien devrait
avoir la pudeur de ne pas prétendre à de telles hauteurs,
réservées à ceux qui se préoccupent réellement des leurs
et qui ne détournent aucune aide alimentaire.
Manifestation des femmes devant la
Présidence :
Nagad centre de promotion de la femme ?
Dimanche dernier, plusieurs dizaines
d’épouses de policiers démobilisés et handicapés ont
bruyamment manifesté aux abords de la Présidence pour
exiger l’amélioration de leurs conditions de vie.
Rappelons que ces démobilisés handicapés ont servi de
chair à canon pour le pouvoir dans les années 90.
Ironie de l’histoire les paisibles
manifestantes ont été brutalement dispersées et certaines
d’entre elles ont été arrêtées et transférées au centre de
détention de Nagad, relevant… de la FNP. A l’heure où le
ministère chargé de la Promotion de la Femme organise, sur
financement américain, des ateliers sur « les droits des
femmes et la bonne gouvernance », il est tout de même
regrettable que le droit de nos concitoyennes à
pacifiquement manifester les conduise si souvent aux
sinistres geôles de Nagad. Avec ce régime de tous les
abus, le droit des femmes se limite aux you-you : c’est
peut-être une question de majuscule.
Des cheiks en prison :
Qui a peur des marabouts ?
Le 15 mars dernier, le cheik Abdokarim
Ismael Abdo avait adressé au Chef de l’Etat, au nom de la
confrérie Mohamédienne, une lettre ouverte manuscrite de
sept pages, lui demandant , entre autres, d’intervenir
pour que cessent les persécutions à l’encontre de la
confrérie Mohamédienne dirigée par le cheik Artaoui. Des
copies de cette lettre ont également été envoyées au
Premier ministre, aux ministres et à tous les partis
politiques.
La réaction du pouvoir ne s’est pas
fait attendre : les deux ulémas cheik Abdokarim et cheik
Artaoui furent arrêtés et écroués à Gabode.
Sans nous immiscer dans des querelles
religieuses et mystiques, nous considérons que cette
riposte disproportionnée traduit en réalité une frilosité
excessive d’un pouvoir aux abois et en quête de bouc
émissaire. En quoi ces hommes de religion menacent-ils la
stabilité intérieure ? Ou est-ce tout simplement un
blasphème que d’écrire une telle lettre ouverte au Chef de
l’Etat.
Aux lecteurs d’en juger, à travers le
petit extrait suivant: « Réaménagez votre planning dans
la mesure du possible en consacrant du temps libre au
Peuple dans le but de « lui » faciliter son accès à vous
et « le » recevoir dans ses plaintes, ses réclamations les
jours fériés. A vous d’en juger selon vos convenances… le
« Peuple » à priori ne se résume pas à votre « basse-cour
» mais à « l’étendue de la masse populaire ».
Que représente un « président » qui ne
se soucie guère du Peuple qui l’a « élu » ? Qui n’est pas
à son écoute ? Impossible pour la population
d’entrer en liaison directe avec vous car vous ne lui
accordez aucune entrevue, aucune audience privée par
manque de contact pour vous soumettre ses doléances, si ce
n’est par l’entremise des journaux édités par l’opposition
du pays.
En ce qui concerne les correspondances
postaux, elles demeurent lettres mortes, sans suite de
votre part.
D’autant que l’on ne peut vous faire
parvenir à votre bureau aucun courrier non-officiel, face
aux remparts d’hommes en armes et aux politicards véreux
dont vous vous êtes entouré. Injoignable, inaccessible !
Comme un prisonnier enfermé dans une forteresse !
Du moment que vous n’êtes pas « là »
pour Nous, de quel peuple, de quel Etat, de quel Pays
dirigez-vous la destinée ?»
Pour notre part, nous osons demander
une mesure de clémence pour les deux marabouts injustement
incarcérés à Gabode. Une telle lettre ouverte
mérite-t-elle vraiment emprisonnement de ses auteurs ? Ce
serait de la superstition.
Ali-Sabieh :
La Jeunesse Assajog persiste et signe
Suite à la parution du n°8 de la «
Tribune d’Ali-Sabieh », organe de presse de la Ligue de la
Jeunesse Assajog et l’officialisation du divorce de cette
dernière d’avec le pouvoir, trois membres de cette
association s’étaient désolidarisés de cette démarche en
condamnant leur Président dans les colonnes du journal
gouvernemental « La Nation » daté du 22 mars 2004.
Les trois signataires prétendaient même dans leur
communiqué : « Nous affirmons que la rédaction et la
publication de ce numéro n’ont été que l’initiative
personnelle de Monsieur Abdoulkader Abdillahi Miguil, dont
nous ignorons les motivations et les mains qui s’y
trouvent derrière.
De ce fait, nous condamnons fermement
la publication de ce numéro 8 et sa mise en vente.
Conformément aux statuts et au règlement intérieur
de la Ligue de la Jeunesse Assajog, il est demandé aux
membres des différentes commissions de se réunir d’urgence
le lundi 22 mars à 15 h 30 au siège central, afin de se
prononcer sur la révocation pure et simple de ce Monsieur,
auteur de cette bavure inadmissible ».
En réaction à ce communiqué
certainement suscité par le régime, le Président légitime
de la LJA, M. Abdoulkader Abdillahi Miguil, a convoqué une
assemblée générale des adhérents à Ali-Sabieh pour le 26
mars 2004. Au cours de cette réunion, tenue en présence
d’un huissier de justice, les membres de la LJA ont, à
l’unanimité, renouvelé leur confiance à leur Président.
Dans la foulée, ils ont même procédé à
l’exclusion des trois membres signataires du communiqué
défaitiste paru dans « La Nation » du 22 mars 2004, comme
en témoigne le procès verbal de séance établi par cet
huissier.

NECROLOGIE
NOUS AVONS APPRIS AVEC TRISTESSE LE
DECES SURVENU A DJIBOUTI LUNDI 29 MARS 2004, DE CHEIK OMAR
MOHAMED ARBA. L’HOMME QUI VIENT DE DISPARAITRE A LA SUITE
D’UNE COURTE MALADIE A L’AGE DE 55 ANS, ETAIT CONNU ET
APPRECIE DE TOUS LES DJIBOUTIENS. APRES SES ETUDES
THEOLOGIQUES AU CAIRE, CHEIK OMAR MOHAMED ARBA FUT NOMME
ADJOINT AU CADI , PUIS CADI GENERAL DE LA CHARIA DE
DJIBOUTI, AVANT DE FINALEMENT DEVENIR CONSEILLER TECHNIQUE
DU MINISTRE DE LA JUSTICE.
L’ARD ET LA REDACTION DE REALITE
ADRESSENT LEURS SINCERES CONDOLEANCES A LA FAMILLE DE
CHEIK OMAR MOHAMED ARBA. QU’ALLAH L’ACCUEILLE EN SON
PARADIS ETERNEL.AMIN
INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN.
Rapport de la LDDH sur le
syndicalisme (2)
SOCIAL
Voici la seconde et dernière partie du
Rapport présenté par la Ligue Djiboutienne des Droits
humains au Congrès de la Fédération Internationale des
Droits de l’Homme, qui s’est tenu du 1 er
au 6 mars 2004 à Quito, en Equateur. Les recommandations
pertinentes de cette organisation non gouvernementale
nationale, à laquelle le ministère de la Justice, chargé
des Droits de l’Homme nie paradoxalement toute réalité,
sont annexées en fin de ce rapport.

IV. Analyse et perspectives
Une question légitime et récurrente
est: « Pourquoi l’idée d’un syndicalisme indépendant
est-elle aussi insupportable pour le pouvoir djiboutien ?
»
La réponse à cette question est
forcément complexe. Elle tient tout autant de la structure
institutionnelle du pays, des pratiques traditionnelles
dans l’exercice du pouvoir mais aussi un peu du contexte
mondial.
a) De l’omnipotence présidentielle
Le président de la république est à la
fois :
- Chef du gouvernement
- Chef suprême des armées
- Chef du conseil supérieur de la
magistrature.
Bien que la Constitution confère des
attributions substantielles à l’Assemblée Nationale
celle-ci est loin de remplir son rôle. Elle est, et a
toujours été, une chambre d’enregistrement des décisions
de l’exécutif. L’ensemble de ses membres appartient à la
même mouvance présidentielle. Ils doivent, tous, leur
place au chef de l’Etat, qui a de manière directe ou
détournée, influencé leur sélection pour la candidature à
des élections dont l’issue a toujours été connue d’avance.
Sans ironie aucune, la population parle de députés «
nommés » et non pas « d’élus ».
L’opinion nationale est habituée au
fait que les décisions gouvernementales, aussi aberrantes
soient-elles, ont été entérinées par l’assemblée nationale
quand celle-ci n’est pas purement et simplement ignorée.
La cession de la gestion du port et de l’aéroport de
Djibouti à un opérateur privé est éloquente. Le transfert
s’est effectué dans l’opacité la plus totale sans qu’aucun
texte législatif ne soit voté. Il en est de même pour la
vente du Sheraton Hôtel pourtant construit avec les fonds
des travailleurs puisés dans la caisse de solidarité
A l’échelle du citoyen, la
centralisation du pouvoir est matérialisée par le fait que
l’embauche d’un agent de l’administration centrale, aussi
subalterne soit-il, est subordonnée à la signature d’une
décision présidentielle. Jusqu’à un an auparavant , les
magistrats étaient des fonctionnaires sans protection
particulière et n’ont certainement pas oublié qu’une
simple note ministérielle a suffit pour licencier un de
leur collègue (le juge Zakaria Abdillahi, aujourd’hui
exilé en France) et démettre 2 autres de leur fonction.
Beaucoup d’entre eux ont alors choisi de voguer
allègrement dans le sens du courant. C’est-à-dire la
soumission et la corruption.
Parmi les nombreuses décisions de
justice pour le moins surprenantes on peut citer la
condamnation à 3 mois de prison fermes et une amende
avoisinant 54.000 euros. Elle a été prononcée à l’encontre
de Daher Ahmed, journaliste et opposant politique accusé
de délit de presse en diffamation à l’égard d’un général
de l’Armée djiboutienne, à propos d’une affaire de
mineurs.
La toute puissance présidentielle est
parachevée par un large réseau d’agents d’information,
attaché directement à la présidence et géré par le SDS (
Service de la Documentation et de la Sécurité), agence
dépourvue de tout statut juridique.
La volonté d’un être aussi puissant est
donc forcément déterminante dans l’orientation politique
et sociale d’un pays. Or, après avoir tenté bien de
médiations"et appelé au dialogue direct, nous sommes
résolus, par dépit, à l’idée que le chef de l’Etat abhorre
les syndicats. Ce sentiment semble alors diffuser en
cascade au sein des différentes strates de la hiérarchie
étatique. Ce blocage de la situation syndicale est sans
doute une conséquence directe de cette réalité.
b) De l’usage du pouvoir
La vie politique à Djibouti est bâtie
autour d’un communautarisme tribale lui servant de pilier
central. La répartition des postes ministériels, des
sièges des députés et même des fonctions de la haute
administration, est régie par des considérations tribales,
selon des proportions quasi immuables depuis
l’indépendance.
C’est une alchimie politique que
l’ancien président de la république, Hassan Gouled, n’a
pas hésité à qualifier (sans rire) sur les ondes
internationales « de sciences mathématiques de haut niveau
». Les personnes investies des différents pouvoirs le sont
au nom de leurs tribus respectives qu’ils sont sensés
représenter . Dans le fait, le choix de ces personnes
s’effectue sur l’allégeance, la fidélité envers le vrai
détenteur du pouvoir ainsi qu’à leur capacité à jouer le
rôle de « rabatteur » au sein de leur communauté.
Elles ne jouissent donc, d’aucune
légitimité en tant que représentantes communautaires.
Elles usent de tous les moyens pour soumettre à leur
volonté ces membres dont elles sont censées défendre les
intérêts, tout en se servant de leur statut à leur
bénéfice strictement personnel.
c) Du danger d’un syndicalisme naissant
Le mouvement syndical, dans sa
globalité, échappe complètement à cette logique. Les
travailleurs regroupés par secteur d’activité s’attachent
davantage à la défense de leurs intérêts matériels et
moraux sur des bases vérifiables et non sur des
considérations affectives.
Corporatiste et démocratique, le
syndicalisme secoue un édifice politique quasi
trentenaire. Il véhicule des idéaux jugés trop
avant-gardistes et perçu comme un véritable danger et un
défi aux dirigeants politiques. Il est un obstacle à une
gestion mafieuse du pays basée sur :
- Le gangstérisme économique à travers
la confiscation du patrimoine nationale et le racket des
entreprises privées ;
- Le verrouillage politique de toutes
les instances
- Par l’appauvrissement de la masse
rendue, à dessein, vulnérable et corruptible.
Un syndicalisme libre, indépendant et
opérant est forcement un organe de dénonciation et de
protestation. Il constitue un contre-pouvoir embarrassant
et même peut être une alternative sociale aux pratiques
moyenâgeuses d’une politique désuète.
A nos yeux, la lutte antisyndicale
sévissant en république de Djibouti ne relève en rien d’un
phénomène épidermique et passager. Elle dure depuis
presque 10 ans. Au contraire elle est mûrement réfléchie
et s’inscrit dans un processus, plus large, de
conservation du pouvoir. C’est à cause des valeurs qu’il
véhicule que le syndicalisme est combattu avec autant de
vigueur et de détermination. Il est un obstacle à la
politique de l’aliénation pure et simple du citoyen et de
la citoyenneté dans ce pays.
d) Les effets du contexte mondial
Le gouvernement djiboutien continue à
braver le monde et à se moquer des engagements pris même
au devant des organismes aussi respectables que l’OlT.
C’est ainsi que le 8 juillet 2002 un accord triparti est
signé entre un représentant du gouvernement M. Djibril
Omar Houffaneh (directeur du travail et des relations avec
les partenaires sociaux), un représentant de l’OlT (M.
Ndaye Momar) et 3 (trois)représentants syndicaux.. Cet
accord stipule que le gouvernement accepte de réintégrer
collectivement les syndicalistes licenciés. A ce jour,
aucune mesure en ce sens n a été entreprise.
Il est possible que dans les pays
développés la société civile soit empêtrée dans la lutte
contre les effets sociaux négatifs de la mondialisation.
Cette course effrénée imposée par les milieux économiques
à ces pays et à leurs gouvernements occulte les
manquements aux droits humains fondamentaux en général et
à plus fortes raisons sous les dictatures des pays du
tiers monde. Cette baisse de vigilance de l’opinion
internationale profite au gouvernement qui peut continuer
ses pratiques liberticides sans craindre la pression
étrangère.
Pourtant Djibouti est un tout petit
pays très dépendant de l’aide étrangère. Cependant sa
position géographique lui confère un avantage stratégique
très convoité. Plusieurs pays occidentaux sont présents
militairement sur le sol djiboutien. Il semble que
malheureusement ces pays soient peu regardant sur les
pratiques politiques d’un régime qu’ils financent sans se
soucier de l’usage des fonds alloués. De toute évidence
Djibouti ne fera pas l’économie d’un bouleversement social
et politique. Il y va de son avenir et peut-être même de
son existence.
Or il est peu probable que la
gouvernance locale d’elle-même s’améliore sans les
pressions conjuguées des citoyens et des puissances
étrangères. Le rôle des pays donateurs est capital car
l’aide au développement peut nuire, précisément, à ce
développement. Tout dépend de l’usage qu’en fait le
pouvoir en place. Dans les conditions actuelles d’octroi à
Djibouti, cette aide sert surtout à la promotion de la
corruption, au culte de la personnalité, à l’incitation à
la facilité, à la banalisation de la mendicité. Bref nous
sommes bien loin des objectifs si généreusement visés par
les uns et si hypocritement affichés par les autres.
RECOMMANDATIONS
La Ligue Djiboutienne des Droits
Humains (LDDH) demande aux membres de la FIDH de condamner
le Gouvernement de la République de Djibouti pour :
- ses violations constantes des
Conventions internationales, notamment celles de l’OIT ;
- son refus répété d’appliquer les
différents accords signés avec le BIT, entre autres celui
de procéder à la réintégration professionnelle, avec tous
les droits pertinents, de tous les syndicalistes
sanctionnés durant et pour leurs activités et leurs
actions syndicales.

D'Abidjan à Djibouti
GUERRES CIVILES, ACCORDS DE PAIX ET
FOURBERIES POLITICIENNES
Dans deux éditions différentes, nous
avions relevé les similitudes des crises politiques que
traversent la Côte d’Ivoire et notre pays. Si, en Afrique,
ces deux pays n’ont pas le monopole des maux récurrents et
endémiques sur notre continent que sont la corruption, les
fraudes électorales, le népotisme et la prétention
pathologique à régner et à perdurer par la force, pour ne
citer que ces maux-là ils se singularisent par la
violation unilatérale et la non-application systématique
par les pouvoirs en place d’Accords de paix ayant mis fin
à de sanglantes guerres civiles.
Le tragique rebondissement de la crise
politique qu’a connu le 26 mars au matin, la Capitale
ivoirienne, devrait inspirer les dirigeants djiboutiens
sur les risques réels que fait courir à notre pays la
non-application des Accords de paix. Suite aux Accords de
Marcoussis, l’opposition armée ivoirienne accepte de
participer au gouvernement. L’attentisme et les
incessantes volte-face du Président ivoirien avaient mis
en péril la fragile paix péniblement acquise, provoquant
la suspension de la participation au gouvernement des «
Forces Nouvelles » qui n’ont toujours pas désarmé
leurs troupes. D’efficaces pressions internationales (ONU,
UA, France,…) avaient fini par les convaincre de revenir
sur leur décision.
Afin d’accélérer le processus de paix,
tous les partis politiques de l’opposition ivoirienne ont
appelé leurs militants et sympathisants à manifester de
façon unitaire le 26 mars 2004 dans les rues de la
Capitale, entendant ainsi faire la démonstration que
l’ensemble de la population ivoirienne souhaite
l’application immédiate et intégrale des Accords de
Marcoussis pour sortir de la crise politique et mettre la
Côte d’Ivoire sur les rails de la réconciliation et du
développement. Côté pouvoir, on s’accroche.
Simone Gbagbo, épouse de qui de droit
et présidente du groupe FPI à l’Assemblée Nationale, ainsi
que Charles Blé-Goudé, chef de file des Jeunes Patriotes,
mobilisent leurs troupes fanatisées. Sous leur pression,
Laurent Gbagbo interdit la manifestation, violant ainsi un
droit garanti par la Constitution, et prend bien soin d’en
interdire également la couverture à tous les journalistes
indépendants, nationaux comme étrangers.
Cette dernière interdiction et la suite
des événements accréditent la thèse vraisemblable d’un
massacre prémédité, programmé ! A huis-clos. Refusant de
se laisser intimider et sûrs de leur bon droit, les partis
de l’opposition politique ivoirienne maintiennent leur mot
d’ordre de manifestation pacifique.
Des dizaines de milliers d’Abidjanais
bravent alors l’interdiction et convergent vers le lieu du
rassemblement. Les forces de police, qui en ont
manifestement reçu l’ordre, dispersent alors la foule
compacte, tirant à balles réelles sur des manifestants à
mains nues. La manifestation ainsi dispersée, c’est
l’engrenage infernal. Des escadrons de la mort entrent en
action, procèdent à des rafles sélectivement massives,
puis à des exécutions sommaires et religieusement ciblées
(depuis le silence complice ou gêné dont bénéficie Israël,
c’est devenu une mode politiquement presque correcte).
Bilan officiel : une quarantaine de morts, dix fois plus
selon l’opposition et Amnesty International, 300 au bas
mot selon des sources étrangères bien informées. Résultat
: les positions se radicalisent, toute l’opposition
suspend sa participation au gouvernement et a appelle pour
le 29 mars à une grande manifestation nationale (aussitôt
interdite par le régime), déterminée à marcher et obliger
Gbagbo (époux) à la démission ou l’application immédiate
des Accords de Marcoussis, internationalement salués.
Encore traumatisés par les violences
policières, les militants de l’opposition ont ignoré cet
appel à manifester. Arrogant, Gbagbo claironne : « le
départ de Jean-Bertrand Aristide donne des idées à
certains Ivoiriens, ils oublient simplement que la Côte d’Ivoiren’est
pas Haiti et que le Président Gbagbo n’est pas
Jean-Bertrand Aristide. » et accuse les ex-rebelles
d’être à l’origine des troubles parce qu’ils refusent de
désarmer. Depuis quand une pacifique manifestation
constitue-t-elle un trouble à l’ordre public ? Au vu du
sort réservé à des manifestants aux mains nues, les
réticences des Forces Nouvelles à désarmer sont
parfaitement compréhensibles.
A la veille du 10ème
anniversaire du génocide au Rwanda, les troupes françaises
déployées dans le cadre du dispositif « Licorne »
restent calfeutrées dans leurs casernements, considérant
ces exactions ciblées comme des opérations de maintien de
l’ordre.
Par la voix de son porte-parole, le
Quai d’Orsay s’est quant à lui courageusement contenté de
« déplorer les violences qui ont secoué Abidjan »,
affirmant « sa profonde inquiétude quant à l’évolution
du processus de paix »…Espérons que l’indifférence
française ne « donnera pas des idées » à d’autres
parvenus par la force et la fraude.
A Djibouti, force est de constater que
tous les ingrédients d’un tel scénario sont d’ores et déjà
réunis, la fraude électorale massive en supplément , et
dans la perspective des élections régionales : un climat
social explosif comme l’attestent les grèves à répétition
(Education Nationale, épouses FNP ou autres revendications
corporatistes) et la récente insubordination d’une Armée
Nationale lassée des traitements de faveurs
antirépublicains, impasse politique consécutive à la
non-application de l’essentiel des accords de paix.
Une fronde généralisée ; une Garde
Présidentielle choyée et suréquipée qui jure en public et
sur le Coran sa fidélité au grand chef ; une opposition
déterminée à ne pas s’en laisser conter et demandant
l’application immédiate et intégrale de l’Accord de paix
du 12 mai 2001 tel que convenu d’accords parties… en plus
d’un climat d’insécurité préoccupant.
Nous l’avions dit et le répétons
encore, tant à l’attention du gouvernement que de nos
partenaires au développement, témoins dudit Accord, qu’il
n’y a pas trois solutions pour sortir de l’actuelle
impasse : soit et c’est notre souhait, l’Accord du 12 mai
2001 est immédiatement et intégralement appliqué tel quel
et tout le monde en sortira gagnant et grandi ; soit l’une
des parties imposera sa solution par la force, avec les
incalculables conséquences que n’assumeront que les
fourbes et les fraudeurs.
Quand on connaît la détermination de
l’opposition et qu’on garde en mémoire l’indélicate façon
dont la Garde Présidentielle a dispersé une pacifique
manifestation d’handicapés de guerre… le pire est à
craindre.
Qu’à Allah ne plaise !
Mise au point d'Ismaël
Guedi Hared
Dans son édition n° 105 en date du 20
mars 2004, « Le Progrès », organe de presse du RPP, a
publié les propos d’un anonyme (comme toujours), se
présentant sous les initiales O.T, qui tente de semer le
trouble dans les esprits des Djiboutiens. En effet, dans
un encadré intitulé « Qui rédigeait le bulletin du PMP ?
», il donne une version erronée de l’Histoire
anticoloniale. Je tiens donc à apporter ici les précisions
suivantes, afin de dissiper tout malentendu.
Je confirme ce que j’ai écrit il y a
près de six mois dans le 67ème
numéro de Réalité, le sérieux hebdomadaire de l’Alliance
Républicaine pour le Développement, au grand dam de tous
ceux qui ont toujours été dérangés par la vérité ! Ma mise
au point d’octobre 2003 ne faisait que rétablir la vérité
que feignaient d’ignorer les courtisans du RPP,
spécialistes de la falsification, non seulement à des fins
de propagande, mais aussi pour nuire aux honnêtes
patriotes en les éclaboussant de mensonges.
J’ai suivi les graves événements du 26
août 1966 depuis Paris. Il est vrai que l’administration
coloniale, prise au dépourvu car toujours sûre d’elle-même
et allergique au mot indépendance, a fait abondamment
couler le sang des manifestants dont le seul tort était de
simplement aspirer à la Liberté. Le Général de Gaulle, de
retour de Phnom Penh, paraissant lui-même affecté par
l’ampleur des manifestants a annoncé, dans sa conférence
de presse tenue à Paris, l’organisation d’un référendum en
Côte Française des Somalis. C’est à partir de cette
conférence que nous avons décidé, le regretté Ibrahim
Harbi Farah, Aden Robleh Awaleh et moi-même, d’interrompre
nos études et de regagner notre pays, où la situation
politique devenait jour après jour plus explosive.
Nous avons débarqué à Djibouti au mois
de décembre 1966. la répression, les exactions et les
séquelles de la journée du 26 août étaient quasi
permanentes. Sans perdre de temps, j’ai commencé à
activement participer à la rédaction du bulletin du PMP
(Parti du Mouvement Populaire), avant de rapidement
devenir le principal rédacteur de cet organe de presse
indépendantiste. Révolté par la violence dont
l’administration coloniale a fait preuve dans la
répression, mon objectif était de dénoncer les
emprisonnements, les exactions et les tortures qui étaient
monnaie courante.
J’ai bien écrit après mon retour de
Paris : je n’ai jamais prétendu avoir de tout temps été
rédacteur du bulletin du PMP. Mon travail a donc continué
jusqu’à la fin du mois de mars 1967, date à laquelle
l’administration coloniale a décidé d’ interdire purement
et simplement le Parti du Mouvement Populaire. Ce fut,
certes, une courte période, mais une période délicate,
difficile, voire même très dangereuse car l’administration
coloniale veillait au grain. Les arrestations et les
interventions de toutes sortes sur les nationalistes
étaient de plus en plus cruelles.
Voilà la réalité, voilà la vérité qui
doit être lue par tous les Djiboutiens, sans prêter
attention ni accorder crédit aux bruits et aux écrits
tendancieux émanant des éléments RPP en service commandé
d’intoxication et de diffamation.
Au cas où ma présente mise au point ne
les convaincrait pas totalement, je tiens à la disposition
de ces diffamateurs une lettre de la main d’un des plus
illustres combattants pour l’Indépendance, un de ces héros
de la lutte pour la libération de notre pays : Monsieur
Moussa Ahmed Idriss, Président du Parti du Mouvement
Populaire à l’époque. Il confirme de façon claire et
précise mon rôle et ma contribution durant cette période
cruciale.
Ne pas oublier les victimes de la
répression, c’est bien. Mais il ne faut pas oublier non
plus qu’il y a d’autres victimes, actuelles : celles de la
dictature et des fraudes massives.
Où sont les héros tels que Moussa Ahmed
Idriss et Ahmed Dini Ahmed, qui furent au premier rang de
la lutte pour la libération nationale et aujourd’hui
privés de leur victoire respective par les fraudes
massives, lors de la présidentielle de 1999 et des
législatives de 2003 ?
Je tiens à rappeler que les enfants des
victimes, ceux des anciens combattants sont eux-aussi à
leur tour victimes de la dictature en place, du déficit
démocratique, du non-respect des Droits de l’Homme. Bref,
ils sont victimes de la mauvaise gouvernance qui les
enferme dans la misère, le chômage, la faim et
l’ignorance.

Terrorisme : Djibouti fait
peur
Deux événements, à peu près concomitants,
sont venus brutalement rappeler qu’en matière de
terrorisme et de lutte antiterroriste, la position de
Djibouti, ou à tout le moins de son actuel régime, mérite
d’être clarifiée pour prétendre à une quelconque
crédibilité sur la scène internationale, comme pour notre
opinion publique. N’insistons même pas sur le fait que
pratiquement aucun acte terroriste perpétré à Djibouti
depuis 1977 n’a été élucidé (si l’on ne prend pas en
compte celui de l’Historil en 1987, dont l’auteur a
pourtant bénéficié d’une grâce présidentielle,
inexplicable au regard de la mémoire de ses victimes). Les
conditions, peu glorieuses pour le régime djiboutien, dans
lesquelles la visite du Président allemand à ses troupes
stationnées en République de Djibouti a été annulée, ainsi
que l’arrestation d’un paisible citoyen djiboutien accusé
de s’être pratiquement dénoncé par anticipation frimeuse,
ou illuminée (normal dira-t-on, pour un islamiste) donnent
une dimension pour le moins spectaculaire à une autre
affaire : celle du juge Borrel, récemment relancée par la
levée du secret-défense.
« Djibouti exprime son étonnement
» : ainsi s’exprimaient à l’unisson le journal
gouvernemental « La Nation » et le ministère
djiboutien des Affaires Etrangères, à propos de
l’annulation in extremis et sans concertation
préalable, de la visite que le Président de la République
Fédérale d’Allemagne devait effectuer à Djibouti mercredi
dernier. Effectivement, seuls quelques déphasés ignorent
que « Djibouti, en tant que pays membre actif de la
coalition internationale de lutte antiterroriste offre aux
forces engagées dans l’opération « Liberté Immuable »
depuis janvier 2002, des bases d’appui logistiques sûres
et un environnement serein où les préoccupations
sécuritaires éventuelles sont endiguées par l’excellent
travail de coordination des services de sécurité ».
En clair, les risques de menace ne «
peuvent être pris au sérieux ». Mais alors, pourquoi
un paisible citoyen djiboutien vient-il de faire l’objet
d’une arrestation par la Police, puis d’une mise sous
dépôt à Gabode, au prétexte qu’il aurait menacé les forces
allemandes stationnées à Djibouti et qu’il comptait
attenter à la vie de leur Président ? Etonnons-nous alors
: ajoutés aux plus récents attentats commis ces dernières
semaines sur la voie ferrée djibouto-éthiopienne, alors
que le dispositif sécuritaire a été sensiblement renforcé
en moyens humains, techniques et financiers avec
l’opération « Liberté Immuable », l’annulation de
la visite que le Président allemand devait effectuer à
Djibouti et le rebondissement dans l’affaire Borrel, où le
secret-défense vient d’être levé sur une partie des
dossiers, montrent bien que la confiance placée dans le
régime djiboutien s’effrite aussi rapidement que son
usurpation était colossale.
M. Ahmed Aden Omar n’est pas tout à
fait inconnu des Djiboutiens, et pour cause : c’est un
tranquille père de famille, que le régime n’a pourtant pas
hésité à durement réprimer, uniquement du fait de sa
modeste proximité avec l’opposition pacifique, dans les
années 90. C’est un ancien officier de l’Armée Nationale
Djiboutienne, travaillant à l’époque au service
comptabilité. Mal en point depuis et psychologiquement
déstabilisé par la perte de son emploi, il vivait
paisiblement parmi les siens et survivait grâce à la
solidarité familiale.
Jusqu’au jour où les agents de la
Brigade Criminelle viennent l’arrêter à son domicile :
c’était jeudi 29 mars 2004 aux alentours de 21 heures.
Motif officiel fourni aux siens médusés : il aurait été
aperçu à plusieurs reprises aux alentours de deux hôtels
où sont logés les militaires Allemands et il comptait
assassiner leur Président, M. Johannes Rau. Où a-t-on vu
un terroriste aller s’exhiber aussi imprudemment devant
ses futures victimes ? Est-il crédible que les forces
allemandes stationnées à Djibouti aient pu le laisser
repartir, sans remarquer que leurs faits et gestes sont
surveillés par un prétendu terroriste ? Condamnant par ce
silence les autorités djiboutiennes à l’ignorance de ce
danger imminent et au ridicule d’un communiqué aussi
déphasé que discourtois ?
Est-il plausible que les forces
internationales engagées dans la lutte antiterroriste
n’aient pas daigné fournir aux services djiboutiens une
information aussi importante ? Toutes questions auxquelles
réponses devront être rapidement fournies, en tout cas
légitimes car la mésaventure de M. Ahmed Aden Omar n’est
pas sans réveiller les traumatismes causés par la
répression, à caractère tribal, consécutive à l’attentat
du Café de Paris en septembre 1990 : le meurtrier du petit
Olivier court toujours, alors que des centaines
d’innocents citoyens djiboutiens ont été arrêtés et
sauvagement torturés. Ce n’est peut-être pas un hasard si
les milieux djiboutiens proches du pouvoir accusent M.
Ahmed Aden Omar d’être un agent patenté des services
secrets… français !
Tout cela, comme par hasard, au moment
où rebondit de manière spectaculaire l’affaire Borrel, à
travers une procédure à elle seule lourde de sens et de
conséquence : la levée du secret-défense qui empêchait
jusqu’à présent la partie civile d’avoir accès à certaines
informations importantes et officielles de ce dossier. Il
est inutile, prématuré et prétentieux de vouloir se
prononcer sur le fond de cette affaire, c’est pourquoi
nous n’avons jamais outrepassé cette règle cardinale :
plus que la personne, et pour déshonorante que soit
l’accusation, unique au monde contre un Chef d’Etat en
fonction, il est de notre devoir de rappeler que la
présomption d’innocence doit prévaloir.
Cela étant, que la procédure du
secret-défense ait été imposée aux douze documents en
rapport avec la mort du juge français, implique qu’étaient
menacés les intérêts soit de la France, soit de Djibouti,
soit des deux Etats : la thèse du suicide est donc ipso
facto contredite. Il est grandement temps que toute la
lumière soit faite sur cette malheureuse affaire, pour la
veuve et les enfants, comme pour la France et Djibouti. En
attendant, un citoyen djiboutien croupit dans les geôles
de Gabode : dans les circonstances actuelles, et vu que le
poids de certaines factions islamistes dans les environs
de Mogadiscio, dont Djibouti sponsorise le régime, il est
impossible de ne pas relier les deux dossiers. Il serait
dangereux que le régime ravive des blessures pour se
disculper.
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