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Éditorial
CONSOLIDER LA PAIX :
UNE NECESSITE ET NON UN MIRACLE
Dans le numéro 2 de sa « Lettre du
Consommateur », paru en février 2004, l’Union pour la
Défense des Intérêts des Consommateurs (UDIC) rapporte des
propos attribués à un responsable d’une institution
financière de la place : « Nous savons que le
Djiboutien n’est ni constant ni endurant dans ses
engagements et nous avons la certitude que ce mouvement va
s’essouffler bientôt ». Sans accorder une foi
précipitée et expéditive à la relation de cette sentence
dépréciative, il faut bien admettre que depuis le 27 juin
1977, nos concitoyens ne se distinguent pas par un excès
de mobilisation, mis à part quelques tristes épisodes
mouvementés et la remarquable campagne des dernières
législatives. Alors que l’action de l’opposition consiste,
surtout depuis septembre 2002 et la fin du monopartisme de
facto, à réactiver l’exercice du bon sens et du
libre-arbitre citoyens, force est de concéder que, pour sa
part, le régime entretient avec le Peuple un rapport de
servitude, justement fondé sur la démission du citoyen que
la généralisation des fraudes (pas seulement électorales)
condamne à la posture du spectateur en état d’ataraxie.
Lequel citoyen n’a alors aucune prise
sur les événements, ni aucun repère objectif, inscrit dans
la durée et la prévisibilité, pour lire la vie politique
nationale, la meilleure preuve en étant que les «
dirigeants » cooptés et imposés par le parti au
pouvoir accusent pour le moins un sérieux déficit de
légitimité populaire. Par réaction d’impuissance à cette
dépossession, et en tant qu’être humain aspirant au
bonheur sur terre, le Djiboutien espère à tout moment un
changement radical dans la gestion de la chose publique et
dans la façon d’exercer la politique. Bref, il attend un
miracle.
Dernier miracle attendu : le pays
bruisse ces temps-ci de rumeurs relatives à l’application
imminente par le régime de toutes les dispositions
contenues dans l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Certes, on
peut parvenir à un accord pour différentes raisons : notre
responsabilité envers le Peuple nous commandait de sortir
de l’impasse militaire et de trouver une issue politique
honorable pour les deux parties. C’est pour cela que le
principal acquis de cet Accord concerne tous les
Djiboutiens sans aucune distinction : c’est la primauté
absolue accordée à l’instauration d’une véritable
Démocratie, aux niveaux national et régional. Pour le
régime, il se peut que ses motivations aient surtout été
opportunistes : grâce aux fraudes électorales, accepter la
paix que nous lui proposions ne remettait sa survie ni
immédiatement ni ipso facto en cause.
Mais, si venaient à faire défaut le
sens des responsabilités historiques et le respect des
engagements solennellement souscrits, un régime
appliquerait alors un accord de paix pour une raison et
une seule : l’impérieuse nécessité par laquelle s’impose
la transcendance de la volonté générale. En d’autres
termes, à moins de supposer qu’une partie au conflit a
intrinsèquement tort, il est impossible (et politiquement
suicidaire) de prétendre empêcher un Peuple de se
réconcilier avec lui-même !
Et, effectivement, du Nord au Sud du
pays, les citoyens expriment une même exigence : la
consolidation de la Paix est une absolue priorité, qui
passe obligatoirement par l’instauration d’une réelle
égalité entre toutes les composantes de la communauté
nationale. Même si, pour des raisons aisément
identifiables, une telle application prenait les airs d’un
programme en action de campagne électorale, nous serions
les derniers à nous en offusquer : l’essentiel étant de
reconstruire ce qui a été détruit et de consolider l’unité
nationale. En tout état de cause, tôt ou tard (et mieux
vaut tôt que tard), l’Accord de Paix du 12 mai 2001 sera
inéluctablement appliqué car, dans l’Histoire de la
Démocratie, il ne peut y avoir qu’un seul vainqueur : le
Peuple confiant dans sa maturité et dans son droit à l’Etat
de droit.
Et conséquent dans sa détermination à
vouloir progresser : c’est cette intime conviction qui
nous anime et c’est sur elle que se fonde notre action :
parce que nécessité fait loi.
Brèves nationales
D’Obock à Médého :
Fausses promesses pour vraie campagne
Est-ce pour oublier ses déboires dans
les districts d’Ali-Sabieh et Tadjourah que le Chef de l’Etat
s’est rendu en catimini le week-end dernier dans la région
d’Obock où sa politique de réhabilitation en trompe l’œil
déplait fortement aux victimes du conflit ? Déjouant
l’enclavement grâce à son hélicoptère, l’illustre candidat
s’est posé jeudi matin dans la ville d’Obock le temps d’un
copieux déjeuner suivi d’une distribution massive de Khat.
Dans l’après-midi du même jour notre globe-trotter
national a survolé le massif des Mabla avant de se poser à
Medeho, oasis de verdure et de fraîcheur, gros village
bien peuplé avant le conflit. Aujourd’hui, après plus
d’une décennie d’abandon ses rares infrastructures (école,
dispensaire, centre vétérinaire) sont en ruine. La
méchante piste de 42 km reliant cette localité à Obock
reste impraticable faute d’entretien.
C’est donc en ce lieu désolé que le
Chef de l’Etat s’est entretenu le temps d’une campagne
photo avec quelques notables et civils présents. Tous lui
ont fait part de l’enclavement qui étouffe leur région,
des multiples difficultés de vie quotidienne et de
l’absence de toute réhabilitation trois ans après le
retour de la paix définitive. A quoi l’homme providentiel
s’est contenté de répondre par des promesses de
circonstance et des bakchich d’usage. Pendant ce temps, la
population d’Obock continue de pester contre la
réhabilitation en trompe l’œil consistant à construire des
logements cages à poules sur des sites imposés par
l’administration. De plus, contrairement à ce qui était
convenu, les bénéficiaires doivent supporter eux-même les
frais de main-d’œuvre.
Le désenclavement ne semble pas pour
demain dans ce district pratiquement isolé du reste de la
République. Si la campagne présidentielle semble avoir bel
et bien démarré, le développement d’Obock ne figure
toujours pas à l’ordre du jour. Quant à la visite
présidentielle impromptue à Mabla, les habitants d’Obock
l’interprètent comme une volonté du Docteur Honoris Causa
d’y acclimater le café ou le khat. Une manière originale
de lutter contre l’érosion des sols en visant la sécurité
alimentaire.
Prévention routière :
Pour une campagne durable !
Parmi les campagnes de sensibilisation
organisées à Djibouti, celle est consacrée aujourd’hui à
la sécurité routière nous semble de la plus haute
importance. En effet, nous n’avons jamais manqué d’appeler
dans nos colonnes les pouvoirs publics à mettre en place
des campagnes de sensibilisation dans les médias publics à
l’intention des automobilistes sur les dangers d’un
comportement irresponsable au volant. Même s’il est établi
que les chauffards officiant à bord des bus et minibus
sont à l’origine de la plupart des innombrables accidents
quotidiens dans les artères de la Capitale, cela ne doit
pas faire oublier qu’ils n’ont pas le monopole des excès
de vitesse et autres entraves au code de la route. Dans ce
domaine, la répression est dissuasive mais non suffisante
surtout si elle est conduite de manière sélective et
abusive.
C’est surtout un changement de
mentalité qui doit s’opérer par l’éducation permanente au
civisme et aux règles élémentaires de sécurité à respecter
en conduisant. Toute cette campagne de sensibilisation
gagnerait en efficacité si de leur côté les pouvoirs
publics consentaient des efforts conséquents et permanents
en veillant à l’amélioration de la qualité des routes, des
signalisations,de l’éclairage public, en luttant également
contre la divagation d’animaux domestiques sur la chaussée
publique. Ce qui malheureusement est loin d’être le cas
actuellement. En attendant, les feux rouges n’existent
toujours pas. Nous souhaitons que la campagne
d’information sur la sécurité routière devienne permanente
sans se limiter à quelques banderoles de circonstance, à
l’occasion de la célébration d’une journée dont
l’initiative revient à l’OMS.
Forum sur les Droits de l’Homme :
Silence Radio ?
Depuis le nouveau mandat présidentiel,
les droits de l’Homme sont devenus un thème récurrent.
Comme pour faire oublier que le pilier de ce régime n’a
pas toujours été pacifiste épris de liberté et de droit à
la parole. On a même vu un bâtonnier prétendre qu’en
matière des droits de l’Homme, Djibouti pouvait rivaliser
avec les Etats-Unis. C’est ainsi qu’en prélude à une
visite d’une délégation du Haut Comité des Droits de
l’Homme des Nations Unis, le Ministre de la justice chargé
des droits de l’Homme avait dressé un tableau élogieux de
la situation des droits de l’Homme dans notre pays et
prétendait que tout allait bien dans ce domaine malgré
l’absence regrettée d’une organisation de défense des
droits de l’Homme à Djibouti.
Le Comité avait pris date pour la tenue
d’un vaste forum sur les droits de l’Homme élargi à la
société civile et aux partis politiques d’opposition.
C’est dans le cadre de l’organisation de ce forum que le
Ministre de la justice chargé des droits de l’Homme avait
pris langue avec des représentants de l’UAD pour préparer
cet événement. Pas dupes, ceux-ci avaient officiellement
décliné cette figuration en adressant une lettre ouverte
au Ministre philosophe. Depuis, Silence Radio de la part
de l’illustre démocrate sur les raisons du report sine die
d’un événement pourtant annoncé pour le 22 mars, et qui
n’a même pas jugé utile de s’excuser auprès de la société
civile largement conviée par ses soins, sur les motifs de
l’ajournement d’un débat national certainement causé par
des impondérables difficilement maîtrisables en politique.
En attendant, la LDDH poursuit son
travail en sensibilisant l’opinion nationale et
internationale sur la persistance des graves violations
des droits de l’Homme à Djibouti. Ce dont nous nous
réjouissons pour la promotion des droits de l’Homme dans
notre pays.
Quant au Ministre, chargé des droits de
l’Homme, ceux qui ont l’impression d’avoir raté un épisode
se demandent à quel moment le dit Ministre s’est trompé,
en rédigeant son livre qui dénonce la dictature
djiboutienne ou en participant, en tant que Ministre, à ce
qu’il dénonçait ?
Ali-Sabieh :
La source du Paradis s’est-elle tarie ?
IL-JANO : ce nom d’un quartier de la
Capitale Assajog est entré dans les annales un certain 19
février 2004. En effet, ce jour-là, le Chef de l’Etat
avait inauguré en grandes pompes et en présence de
milliers de figurants convoyés de tout le pays, le projet
d’eau minérale d’Ali-Sabieh, censé définitivement vaincre
la soif dans cette ville. Pour l’occasion, plusieurs
centaines de bouteilles de l’eau miraculeuse furent
distribuées, tandis que les Assajogs étaient conviés à
user et abuser de cette eau potable qui leur a tant manqué
dans le passé.
Près de deux mois après ce mémorable
événement, force est de regretter que l’espoir s’est
révélée de courte durée. Dès les premières semaines, les
consommateurs Assajogs de l’eau venue du Paradis découvert
par l’illustre sourcier, ont commencé à se plaindre de
multiples désagréments causés par l’intrusion de cette eau
dans leur vie quotidienne.
Quant à la fameuse usine et ses
équipements dernier cri de traitement par osmose inverse,
elle n’a en rien contribué à la réduction de nos
importations d’eaux minérales étrangères. Aux dernières
nouvelles, la pénurie d’eau potable aurait même méchamment
repris ses droits dans la belle cité Assajog, au grand dam
de ses habitants désenchantés. Avec ce régime d’esbroufe
et de gâchis permanent, IL JANO risque de n’être bientôt
qu’un paradis perdu. C’est, entre autre, pour cette raison
que la jeunesse Assajog dénonce et combat la mystification
de ce régime du mensonge.
TIC ou TVA ?
Les Ateliers de la tricherie
Alors que « La Nation » du jeudi 25
mars dernier analysait le dérapage budgétaire de l’année
2003, voilà que la même semaine les génies des finances
ont tenu encore un atelier-débat sur la TVA, sous l’égide
de l’argentier du régime. Le Ministre des finances
justifiait son projet de remplacement de la TIC par la TVA
par trois points :
-La TVA est une fiscalité moderne qui
favorise les échanges internationaux ;
-Elle permettra à notre pays de mieux
s’ouvrir vers l’extérieur dans le cadre de la COMESA ;
-Elle allègera le poids relativement
élevé des impôts directs.
La TVA qui est la taxe sur la valeur
ajoutée n’est pas une fiscalité moderne mais date d’au
moins quarante ans. D’ailleurs le plan comptable français
de 1958 utilisait cette technique de retenue à la source
payée par le consommateur. Ce qui est frappant dans cette
affaire, ce que d’une part Djibouti n’est pas un pays
industrialisé ou producteur de biens.
Nous importons tout et taxons les
produits à l’entrée sur notre territoire. En quoi donc
cette nouvelle formule améliorerait les recettes de l’Etat,
alors que l’adoption de la TVA alourdirait la gestion, car
complexe et difficile à suivre.
D’autre part, les services des
contributions ont déjà du mal à appliquer la TIC et
rencontrent des difficultés monstres pour améliorer les
recouvrements, l’absence de contrôle fiscal favorisant
aussi les malversations de toute sorte.
TIC ou TVA les déficits budgétaires et
la mauvaise gestion ruinent d’année en année l’économie du
pays.
NECROLOGIE
Nous avons appris avec tristesse le
décès survenu à Tadjourah dans la soirée du 30 mars 2004
de Mohamed Idriss Baragoïta, infirmier à la retraite.
L’homme qui vient de nous quitter à
l’âge de 65 ans était le frère aîné de notre compagnon
Kabbo Idriss Baragoïta, membre du Bureau Politique de l’ARD.
Il laisse deux veuves et 6 enfants.
L’ARD et la Rédaction de Réalité
adressent leurs sincères condoléances à toute la famille
de Mohamed Idriss Baragoïta. Qu’Allah l’accueille en son
paradis éternel. Amin Inna lillah wa inna ilayhi raaji’uun
L'économie dérape
Quand le régime nous donne raison
Une économie est considérée comme étant
saine lorsqu’elle est en pleine croissance, favorise
l’emploi et permet la réalisation du progrès social. Loin
de pouvoir réaliser les grands équilibres nécessaires à
l’amorce d’un développement, les budgets de l’Etat
djiboutien relèvent d’une douce utopie entretenue par
quelques économistes plus intéressés qu’illuminés. Jugez
en vous-mêmes !
Nous avions donné notre appréciation
sur le Budget 2004 dans trois de nos numéros janvier
dernier. Contre toute attente, le journal gouvernemental «
La Nation » du 25 mars 2004 partage largement nos
conclusions. Sans tirer une analyse claire et explicite de
la réelle situation économique du pays, le journal
gouvernemental en question semble donner un aperçu général
de la situation économique, sans pour autant en dégager
une quelconque synthèse. Il se contente tout simplement de
conclure, au bout d’une page et demie, que « la
communication au grand public de toutes ces informations,
réservées naguère à l’élite du pays, est une preuve de
transparence de la part de l’actuel gouvernement. Un
critère de référence identifié par les économistes comme
le premier élément d’une thérapie de choc susceptible de
redresser une économie chancelante ».
Nous avons été de tous temps les
premiers à tirer la sonnette d’alarme en ce qui concerne
le chapitre économique et à exiger le minimum de
transparence sur la gestion des deniers publics, entre
autres. A d’autres donc… Transparence s’il y a, alors
levez le voile sur la gestion et les retombées économiques
de nos complexes aéroportuaires et portuaires, sans parler
des plus-values engrangées lors des cessions opaques de
certains établissements publics, qui demeurent encore
fermés ou sans rendement économique ou social.
Notre confrère gouvernemental semble
donc pour la première fois admettre « le dérapage »
pour rejoindre nos conclusions publiées trois mois
auparavant.
Les comptes définitifs du Budget 2002
n’ayant toujours pas été définitivement adopté par les
mal-élus, lesdits économistes cités par « La Nation
» prétendaient en janvier dernier, lors de la présentation
du budget 2004, que celui-ci était « la continuité de
la réussite du budget 2002 ». Or, les finances de l’Etat
en 2002 étaient des plus médiocres, en ce sens que nos
analyses avaient suscité, en son temps, l’ire du ministère
de l’Economie Nationale et des Finances qui, soit dit en
passant, n’a toujours pas honoré sa promesse de répondre à
nos questions sur ce même Budget.
Concernant le Budget 2003, nous
n’avions pas manqué de poser à ses concepteurs les
questions qui s’imposaient quant à leur projection
irréaliste d’un déficit cumulé de l’ordre de 542 millions
FD, tel qu’arrêté dans le cadre du Budget rectificatif
2003. Pourtant, nos démonstrations s’appuyaient sur un
déficit réalisé et reconnu officiellement de 2,2 milliards
de FD rien qu’au premier trimestre de l’année en question.
A notre étonnement, voilà que notre confrère
gouvernemental communique un nouveau chiffre négatif
avoisinant les 2,4 milliards FD, lequel dénote l’optimisme
sans fondement du Ministère des Finances.
Plus clairement, la partie théorique
des budgets présentés chaque année semble justifier les
chiffres contenus dans la masse budgétaire. Certes, c’est
fatiguant pour certains, mais le cadre général du Budget
ne colle pas du tout avec les budgets alloués aux
différents secteurs de l’Etat. Pour l’exercice 2004, le
seul objectif du régime semble être celui de pouvoir
présenter ce mois-ci un Document de Réduction Stratégique
de la Pauvreté (DSRP) aux bailleurs de fonds.
Si pauvreté il y a à Djibouti, c’est
qu’elle est voulue et entretenue par un pouvoir dont les
seuls recettes nationales reposent sur l’accroissement
constant de la ponction fiscale qui frappe les plus
faibles ménages en plus des entreprises privées
véritablement génératrices de richesses et d’emplois ; les
entreprises publiques (Laiterie, Usine d’Aliments de
Bétail, etc) ayant rendu l’âme ou demeurant ménopausées
depuis leur divorce avec l’Etat.
Globalement, ces prélèvements se sont
encore accrus de plus de 8% en 2004, les autres impôts
directs et indirects alourdissant davantage les charges
des ménages, loin de s’assurer une vie décente en raison
du renchérissement des produits de première nécessité, tel
que le pétrole lampant, les denrées alimentaires,
l’électricité et l’eau.
Le grand bénéficiaire de ces revenus
autoritairement confisqués au petit peuple besogneux ou
aux entrepreneurs privés n’est autre que la Sécurité, qui
annihile toute chance de croissance économique et engendre
chômage et paupérisation. A cela s’ajoute l’accentuation
des emprunts et autres dettes rééchelonnés, lesquels ont
augmenté de façon prévisionnelle de 561%. Les emprunts
affichant une progression de 24%, les générations à venir
demeurent « hypothéquées ».
Certes, tout en soulignant « …les
spécialistes du Ministère des finances tablent d’ores et
déjà sur la persistance des dérapages budgétaires
constatés au précédent exercice en dépit des ressources
additionnelles émargeant du budget de l’Etat », le
journal gouvernemental « La Nation » confirme les
inquiétudes que nous formulons depuis longtemps. Profitant
de cette remarque, nous ne pouvons nous empêcher de
relever que les dividendes dégagées par les différentes
concessions de certains Etablissements publics n’ont
jamais été intégrées dans le Budget de l’Etat.
Il est vrai que, comme le reconnaît «
La Nation », les dépenses publiques en augmentation
iront en s’aggravant, en raison du « non-encaissement
de certaines recettes budgétaires tels que les dividendes
du Port ». Merci de nous rejoindre.
Quant aux malversations et autres
pratiques illicites, elles sont la preuve de cette gestion
peu orthodoxe des deniers publics, qui ne réjouissent pas
les bailleurs de fonds. Le FMI dites-vous, exige entre
autres « l’explication de l’emploi de près de 5
millions de dollars US décaissés par les Etats-Unis en
octobre 2002 ». La Banque Africaine de Développement (BAD),
ne peut naturellement pas cacher sa méfiance à l’égard de
nos dirigeants. Pour non-respect des engagements
antérieurs, « elle ne veut toujours pas entériner le
protocole de financement, les pièces comptables
justificatives n’ayant pas été auditées par un Cabinet
privé mais par les services du Ministère des Finances
» (dixit « La Nation » n°36). L’autocontrôle d’un
régime budgétivore ne marche plus quand les errements
deviennent aussi impunis au plus haut niveau de l’Etat
Pour conclure, selon nous, les quelques
révélations tardives de notre confrère corroborent bien
notre souci du bien commun : la mauvaise gestion actuelle
des deniers publics ne pourra aucunement constituer le
gage d’une croissance économique maîtrisée, ni assurer
l’emploi ou le progrès social. Pour le régime, la seule
rhétorique démagogique, vidant le portefeuille des
contribuables les plus affectés, semble prévaloir sur une
quelconque volonté au service d’un développement national
durable. La gestion que nous connaissons de ce régime
relève de la fuite en avant démagogique accumulant
déficits et dettes.
L’Etat doit avant tout être exemplaire
dans ses pratiques. L’enrichissement illicite de certaines
personnes proches du pouvoir et l’impunité dont elles
bénéficient pour oser braver les lois en vigueur (sociales
ou commerciales) ne peuvent être acceptables. L’Etat ayant
avant tout pour rôle de défendre le citoyen face à la
dictature de l’argent, face à l’autojustification du
profit et de l’oppression.
Dans l’état actuel des choses, on ne
peut pas venir à bout de la crise (qui n’est pas
réellement économique) en démantelant l’Etat. L’Etat doit
demeurer un Garant sûr des intérêts collectifs et son rôle
économique doit être réformiste mais pas nécessairement
antisocial et destructeur.
Le régime actuel ne peut être un
catalyseur dynamique au service de l’Emploi, de la
croissance, en somme du Développement National.
Pour illustrer nos propos et permettre
à nos lecteurs de mieux quantifier ces analyses, nous
reproduisons ci-dessous le tableau, publié dans Réalité
n°81 du 28 janvier 2004, récapitulant, d’après les
chiffres officiels, l’évolution des recettes de l’Etat sur
les quatre dernières années.

Courrier de lecteurs : le
point sur Obock
LE POINT SUR OBOCK
:
Gros poissons d’avril
Pression, influence, indifférence, désinformation,
analphabétisme et désœuvrement
Ulcéré par la récente attention toute
démagogique et sans lendemain que le régime feint
d’accorder à sa région, un fidèle lecteur d’Obock nous a
fait parvenir les deux textes ci-dessous, que nous
reproduisons bien volontiers afin de proposer une vision
de l’intérieur de cette région oubliée entre toutes.
Si les nouvelles d’Obock paraissent
rarement parmi les brèves nationales de Réalité,
c’est que l’enclavement est atypique et la population
silencieuse. Persévérants, les habitants de ce district
marginalisé n’ont guère perdu la parole et ne font pas non
plus partie des soumis. Ils vivent simplement jusqu’à ce
jour sous la pression, l’influence et l’indifférence de
leurs « représentants » politiques et coutumiers, voire de
ces mal-élus et autres arrivistes.Un enclavement
socioéconomique et psychologique perdure donc
dramatiquement, tant la désinformation, l’analphabétisme
et le désœuvrement ont replié sur elle-même la population
meurtrie, privée de ses droits les plus élémentaires.
Des clans ou groupuscules antagonistes
se substituent au comité de l’annexe du RPP, lui-même
fictif ou tribal à Obock. Les biens et les deniers publics
sont ainsi détournés par les soit-disant privilégiés au
service du régime. Les services publics ou autonomes ont
tous failli.
Le Centre de Développement
Communautaire est sans attrait, tandis que les
responsables de l’ONED et de l’administration locale
simulent de prendre en charge les jeunes en vie active et
de rapprocher les associations locales. On leur livre
parfois du khat, on les convoque à des réunions stériles
on leur demande aussi de rechercher de prétendues armes du
FRUD-armé dans les montagnes, de signaler éventuellement
des opposants suspects. On leur dit ceci, on leur promet
cela… On les utilise par-ci, on les rejette par-là… Mais
rien ne vient jamais améliorer leur situation. Rien Pour
le Peuple : la devise du parti au pouvoir prend tout son
sens ici. En revanche, un mabraze de propagande en ville
et un véhicule de rondes en campagne sont à la disposition
de ce groupuscule se prétendant ligue des jeunes du RPP.
En outre, les plus proches cousins aux salaires
satisfaisants, d’autres plus soumis à des salaires de
misère sont employés à l’ONED pour des fonctions qu’ils
n’exercent même pas. Et l’approvisionnement en eau
courante est limité.
Pour sa part, le service de Santé donne
l’impression d’avoir été dévalisé, après avoir bénéficié
d’une réhabilitation et d’un rééquipement conséquent grâce
à l’aide extérieure. Des climatiseurs se sont volatilisés
et ont laissé des trous béants et carrés dans les murs des
bâtiments d’hospitalisation ou de consultation. Des
appareils d’échographie et de radiographie ont disparu ou
ne sont plus utilisés sous prétexte qu’ils seraient plus
utiles ailleurs, ou encore qu’ils seraient hors d’usage ou
manqueraient de personnel qualifié pour pouvoir les
manipuler. Le spectacle est désolant, des femmes épuisées
et de leurs nouveaux-nés, attendant sur les marches de
l’entrée du dispensaire.
Comme celui d’autres patients de tous
âges, errant à longueur de journée dans les couloirs en
quête de consultation. Le centre hospitalier ne peut
remplir cette fonction ni prodiguer des soins adéquats et
efficaces. Aujourd’hui, c’est à peine si le patient se
voir prescrire un traitement : la pharmacie communautaire
ne serait qu’une caisse où goinfres et gérants rapaces
viennent se servir, puisque même les dons extérieurs n’ont
pas été épargnés par ces sans-scrupule. Le ministre de
tutelle, comme ses autres collègues politiques originaires
de ce district, s’entretiennent à chaque passage avec
leurs proches et leurs obligés jusqu’à en perdre haleine,
leur faisant miroiter des projets d’avenir qui n’ont
aucune chance de voir le jour, étant donné que ce qui
existe n’est ni respecté ni entretenu. Le sens de la
communauté a disparu.
Les caprices de l’EDD participent au
calvaire quotidien de la population d’Obock-ville. L’été
approche et l’alimentation électrique est de plus en plus
précaire. La nuit tombée, les rues et les ruelles de la
ville se retrouvent invariablement dans l’obscurité :
comment les écoliers peuvent-ils convenablement faire
leurs devoirs dans ces conditions ? Une vipère avait
récemment mordu un passant à proximité de l’ancienne
annexe du RPP, située entre les marchés de viande et de
poisson. Des dromadaires ruminent en pleine voie publique,
après avoir brouté par-dessus les clôtures des édifices
administratifs. Des chats errent dans les profondeurs de
la nuit tandis que des chiens s’attaquent au petit bétail
domestique.
Donc les délestages ont commencé. Les
moustiques pendant la nuit et les mouches durant la
journée rendent les maisons invivables. Mais personne ne
se soucie de voir toutes ces familles manquer de sommeil
ou d’hygiène. Les responsables indifférents se sentent
bien protégés par l’impunité généralisée : ici comme
ailleurs, personne n’a jamais demandé de rendement à
personne, il suffit de végéter et de ne surtout pas se
scandaliser. Les responsables administratifs sont donc
terrés dans leurs mabrazes, invulnérables et
inaccessibles.
En ce qui concerne l’Education, les
aides extérieures et la conscience des enseignants
maintiennent tant bien que mal un niveau minimal de
scolarisation pour les enfants dans les écoles et le
collège d’enseignement moyen. Cependant, le taux de
scolarisation et celui de la réussite demeurent
extrêmement bas. Malgré cette bonne volonté pédagogique,
peu de familles arrivent à suivre un coût de scolarité de
plus en plus élevé : rares et privilégiés sont ceux qui
ont une source de revenu dans ce district. De ce fait, peu
d’élèves arrivent à s’accrocher et nombreux sont ceux qui
se retrouvent dans l’impossibilité de réussir aux examens.
Par ailleurs, la lenteur et les
caprices des autorités et des responsables du district
ralentissent la délivrance des cartes d’identité
nationale, en en restreignant le nombre de bénéficiaires
potentiels et légitimes. Des non-résidents munis
d’enveloppes affluent de la Capitale, sur recommandation
des pontes du régime. Le pouvoir en place leur délivre des
cartes d’identité au nom des personnes fictives ou
décédées, de telle ou telle localité… en espérant utiliser
leurs pièces d’identité lors d’une prochaine consultation
électorale.
Paradoxalement, les bénéficiaires de
droit sont triés, amadoués, dissuadés même de postuler à
ce qui leur revient légitimement. Les autorités du
district veulent nous faire croire que tout se déroule
normalement et sillonnent tout l’arrière-pays d’Obock
prétextant distribuer les cartes, mais grignotant en fait
le fonds de roulement prévu à cet effet. Mais nombreux
sont les coins, proches ou éloignés, qui n’ont pas été
visités. Or, d’après ces mêmes autorités, les accès par
voie routière sont difficiles, ou alors les déplacements
coûtent énormément, ou bien les originaires de ces coins
ne sont pas considérés comme citoyens djiboutiens.
Au niveau de la réhabilitation, tout va
de travers. La reconstruction des biens privés et des
infrastructures publiques est toujours laissée à la
générosité des bailleurs de fonds extérieurs et des
partenaires du développement. Le peu qui a été
reconstruit, souvent par l’Armée française, se dégrade à
vue l’œil faute d’entretien. Ailleurs, ce sont l’incurie
des acteurs implantés par le régime et ses entrepreneurs
ainsi que la mauvaise qualité des matériaux utilisés qui
sont en cause.
La prolifération des associations
locales hâtives et improductives n’a pas non plus été
bénéfique pour la région. L’ampleur de la paupérisation et
de l’ignorance entrave gravement l’efficacité des milieux
associatifs. Toutefois, malgré les insuffisances
financières, les enfants de Tikibleyta ont un
certain nombre de réussites à leur actif. La parution d’un
premier bulletin régional d’information intitulé « Le
Phare de Ras-Bir » entre 1997 et 2000, ainsi que les
activités culturelles et éducatives de sensibilisation ont
été brutalement interrompues par manque de moyens. En
effet, les représentants politiques de la région ont émis
un avis défavorable, tout comme les autorités locales qui
n’appréciaient guère ces initiatives.
Un journaliste de « La Nation »
sembla avoir donné l’alerte en suscitant le débat, dans un
article intitulé « La légende de Tikibleyta et ses
mille et une questions ». Questions qui sont toujours
d’actualité car aucune réponse n’a été donnée sur les
raisons pour lesquelles ce district demeure à l’écart des
politiques publiques de développement. Pourtant, sans
aucune ambition politique, des jeunes avaient adhéré à
l’annexe RPP d’Obock, séduits par le langage de
simili-vérité de la campagne présidentielle d’avril 1999.
Bien que les doyens du régime se soient
sentis menacés, les jeunes purent s’entretenir avec le
candidat RPP au sujet des préalables au développement de
la région, ne manquant pas de l’exhorter à œuvrer en
faveur de la consolidation de la paix par la
réconciliation avec le FRUD-armé. Au doléances de ces
jeunes, l’heureux candidat à la présidentielle avait
répondu par de nombreuses promesses qui se sont
transformées, au fil du temps, en des harcèlements de ses
sbires régionaux à l’encontre d’une jeunesse qui s’est
alors réfugiée dans le silence. Quelques-uns ont depuis
préféré se réfugier à Djibouti-ville, d’autres ont disparu
dans un mystérieux naufrage.
POISSON D’AVRIL PRESIDENTIEL ?
Arrivée de la ministre déléguée à la
Promotion de la Femme
Mise en scène de cours
d’alphabétisation des femmes et de scolarisation des
filles, dans les locaux de l’école d’Obock 1. Séjours
touristiques du Président de la République à Médého.
Accueil chaleureux des nouveaux prétendants arrivistes,
cadres et employés du service de l’ONED et des
représentants de l’UNFD et de l’AFOD. Le cadeau empoisonné
des micro-crédits aux femmes d’Obock par le FSD(Fonds
Social de Développement) sans en avoir évalué l’impact
dans une région enclavée sans aucun débouché. Enfin, des
toilettes pour l’école d’Obock 1 et le collège de la ville
sur financement du PNUD et de l’UNICEF ; travaux effectués
par l’Armée française. De quelle alphabétisation des
femmes et de scolarisation des filles parle-t-on ?
Mais que leur rapportent encore les
séjours incognito du Chef de l’Etat à Obock-ville, puis à
Médého ? Sans doute le meilleur gros poisson d’avril à
tous ceux qu’il croit avoir déjà dupé avec ses promesses
sans lendemain. Et à tous ceux qu’il espère à nouveau
duper grâce à tous ses représentants politiques et
coutumiers, ainsi que les fonctionnaires de service.
Enfin, de gros poison d’avril sont
offerts à la population d’Obock, particulièrement du
chef-lieu et de Médého. Ainsi, l’emprise de la pression,
de l’influence et de l’indifférence continue de massacrer
le moral de tous ceux dont le regard exprime la terreur
intériorisée face aux chefs respectifs des différents
services ou tribus, emportés par le zèle ou les ailes,
eux-mêmes dans la peur d’être bousculés par les intrigues
ou dans le trac de la prochaine promotion.
Tous les coups sont donc permis pour
désolidariser les communautés. Mais, pour ce régime, Obock
restera le fief de Dini et de toute l’UAD. Prévoyez donc
d’acheter la conscience de quelques notables appointés et
des « élites » de la région pour préparer les fraudes lors
d’élections à venir. Obock n’est pas maudite, mais elle
est condamnée par ce régime. La région conserve
d’indéniables potentialités et le charme qui fait
l’admiration des touristes. Nous lutterons sans relâche !
A.M
1994 : génocide au Rwanda
Plus jamais çà !
On croyait le monde vacciné contre la folie génocidaire
depuis la Seconde Guerre Mondiale et le procès de
Nuremberg. En sombrant à son tour dans la démence de cette
fin de millénaire, notre continent qui, après avoir subi
l’esclavage et le colonialisme, vient de démontrer le
contraire après la folie khmère en Asie et le nettoyage
ethnique en Bosnie-Herzégovine. Si ces actes relèvent
évidemment de la folie, il n’en obéissent pas moins à une
rationalité comme l’attestent la variété des méthodes
employées et leurs caractères systématique et prémédité.
Il corroborent ainsi la formule célèbre : « le fou est
quelqu’un qui a tout perdu, sauf la raison ». Sans
chercher ici à expliquer ou comprendre, il est de notre
devoir, ne serait-ce que pour en prévenir le
renouvellement là-bas ou ailleurs, de garder en mémoire ce
génocide et exiger la punition de ses auteurs et
commanditaires, dont certains courent toujours. Gros plan
sur le génocide des Tutsis et des Hutu modérés.
Grave, le Président rwandais Paul
Kagamé (tutsi) accuse la France d’avoir « directement
participé » au génocide d’avril 1994. Flash-back.
A peine plus vaste que Djibouti, ce
petit pays de la région des Grands Lacs (26.340 km2) est
densément peuplé : environ huit millions d’habitants, dont
la grande majorité est hutu et la principale minorité
tutsi. Il tient de son caractère montagneux son surnom de
«Pays des Mille Collines». Il partage ses
frontières avec l’Ouganda, la Tanzanie, le Burundi et la
République Démocratique du Congo.
Voilà brièvement décrit le décor de la
tragédie de 1994, qui aurait fait en 100 jours près de
800.000 morts, à en croire la version autorisée du général
canadien Roméo Dallaire qui commandait à l’époque la force
d’interposition de l’ONU.
La commémoration du 10ème
anniversaire du génocide rwandais a commencé le 5 avril.
Le 7 avril est la date anniversaire et le point culminant
avec la participation à cette journée souvenir de deux
Chefs d’Etat africains : le sud-africain Thabo Mbéki et
l’ougandais Yowéri Museveni. Le Premier ministre belge
sera également présent. Mais la personnalité la plus
attendue reste le général canadien Dallaire.
Pour grave, et à nos yeux excessive,
que puisse paraître l’accusation du Président rwandais,
elle n’en a pas moins le mérite de toucher du doigt un
problème réel : le rôle sinon suspect du moins indifférent
et effacé aussi bien des Casques Bleus déployés dès 1993
lors des Accords d’Arusha dans le cadre de la Mission des
Nations-Unies pour l’Assistance au Rwanda (Minuar) que de
la force française d’interposition déployée durant le
génocide, dans le cadre de l’ «Opération Turquoise»
le 22 juin 1994 avec pour mission d’établir une « zone
humanitaire sûre » (ZHS) dans le sud-ouest du pays. Cette
opération a pris fin le 22 août 1994, soit à peine plus
d’un mois après la fin du génocide et la prise de contrôle
par le FPR (Font Patriotique Rwandais) de la Capitale le 4
juillet.
Tandis que, malgré la demande de
renforts du général Dallaire en avril, deux semaines après
le début des massacres et l’assassinat de 10 parachutistes
belges par les FAR (Forces Armées Rwandaises), les Casques
Bleus passent de 2000 à 270 hommes. Troublant ! Restituons
toutefois cette accusation dans son contexte : elle
intervient juste après la révélation par notre confrère «Le
Monde» de la suspicion d’un juge d’instruction de
l’implication du FPR (donc de Kagamé) dans l’assassinat de
feu Habyarimana. Que, comme l’affirme Kagamé, la France
ait soutenu Habyarimana, comme elle a soutenu de De Gaulle
à Chirac en passant par Mitterrand, un pré carré de
dictatures, et nous sommes bien placés pour le savoir,
c’est une lapalissade !
Décidément, l’Occident à la tête duquel
la France, n’est pas à une contradiction près ! Après
avoir imposé la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme et inventé le droit d’ingérence, il revendique par
son comportement le droit à une indifférence coupable :
donnons la parole à un procureur des siens.
Dans un best-seller intitulé « J’ai
serré la main du Diable », le général Dallaire, sans
recherche du sensationnel, et preuves à l’appui, écrit
amer : « Tous les humains ne sont pas considérés comme
tels dans le contexte international… Je suis sûr qu’il y
aurait eu plus de réactions si quelqu’un avait tenté
d’exterminer les 300 gorilles du Rwanda… Les Américains
avaient subi une humiliation en Somalie et ne voulaient
plus avoir de pertes en Afrique… La France avait des
raisons stratégiques de pencher en faveur des Hutu…
l’administration Clinton, parce qu’elle n’y avait plus
d’intérêts, s’est désengagée du Rwanda qui n’avait plus
aucune valeur ». Sans manquer de finir par prévenir
qu’une telle tragédie « pourrait se reproduire à cause
du ‘’racisme intéressé’’ des grandes puissances ».
Ce réquisitoire nous amène à nous
interroger sur l’efficacité des interpositions ou
interventions avec ou sans mandat onusien. A Abidjan,
malgré un comité chargé de suivre l’application des
Accords de Marcoussis et l’imposante présence militaire
française et des forces de l’Union Africaine, un massacre
a eu lieu trois jours durant sans que ces forces
n’interviennent.
Qu’après coup, les casques soient
passés du blanc au bleu confirme l’inaptitude des Nations
Unies à prévenir les conflits ( massacres et autres
génocides…) et nous conforte dans la conviction qu’il doit
et ne peut y avoir de solutions à nos crises qu’africaines
et domestiques. Sans fourberie.
A Djibouti, avec la paix comme but et
la bravoure comme moyen, gardons à l’esprit que le lien
qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise.
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