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Éditorial
PRESIDENT A TEMPS PARTIEL :
L’IMPOLITESSE DU DESESPOIR
« Je ne savais pas ce qu’ils avaient
dans le ventre ! Coupez ! Coupez ! » : ainsi criait
hors plateau un pathétique fonctionnaire-journaliste au
soir du 10 janvier 2003. C’est que les commentaires en
direct des représentants de l’UAD à cette soirée
post-électorale déplaisaient en haut lieu et en temps
réel. Par portable interposé, ce haut lieu avait tenu à
vertement remettre son journaliste à sa place car, même
politique, un spectacle a ses limites. Celles tracées par
ce qui est localement défini comme étant politiquement
correct : il était inadmissible qu’un(e) journaliste se
défasse de ses œillères de parti unique et tende le micro
à des opposants sur les ondes de médias qui ne sont
publics que sur le papier et par leur budget de
fonctionnement.
La dernière en date de ce qui est
pompeusement qualifié de conférence de presse
présidentielle, à l’occasion d’un cinquième anniversaire
(sorte de répétition générale avant la grande foire de
l’année prochaine) que telle veuve éplorée n’a pas daigné
respecter sous d’autres latitudes, est venue rappeler,
encore une fois pour qui serait sourd ou aveugle, que le
respect du pluralisme se heurte encore à un problème de
circonférence… de presse bien entendu.
Passe encore que le Chef de l’Etat
s’épanche à n’en plus finir sur les ondes et dans les
colonnes des médias publics devenus griots : quand
l’incantation et l’autoglorification remplacent la
véritable action, il est somme toute normale de profiter
de la publicité gratuite en usant et en abusant de la
télévision et des journaux d’État, cantonnés dans le
triste rôle de la voix de son maître, si chère à une
célèbre page de pub. Passe aussi que « Le Progrès »
consacre la totalité de son encre (heureusement délébile)
aux exercices d’exégèse et d’herméneutique des dits et des
redites du Président du RPP, donc de ce fait Président (à
temps) partiel de la République : quand on n’est pas
astreint au rendement, on peut délirer à perte, comme
l’aurait dit La Palisse.
Mais il est inadmissible de prétendre
donner une conférence de presse en limitant la presse à sa
presse. Non pas que les journalistes de l’opposition aient
raté un événement exceptionnel dans la litanie de ce
pathos, mais par respect dû à nos lecteurs et à tous nos
concitoyens, il est de notre devoir de relever et de
dénoncer cette discourtoisie présidentielle. Rappelons
modestement que, selon les chiffres officiels validés par
le folklorique Conseil Constitutionnel, l’UAD représentait
près de 37% du corps électoral lors des législatives de
janvier 2003 : la constance dans l’échec de ce régime a
certainement accru ce pourcentage aujourd’hui.
Plus grave encore : quand l’on sait que
la fraude et l’incompétence administrative ont également
condamné plus de 50% des électeurs à l’abstention forcée,
ce sont près de 87% des citoyens en âge de voter qui ne se
sont pas reconnus dans la prétendue et ubuesque mouvance
présidentielle. Donc, interdire la presse d’opposition de
participer à une conférence de presse au cours de laquelle
le Chef de l’Etat est censé (sensé ?) s’adresser à tous
ses concitoyens (et par conséquent à la presse qui les
représente) dénote une conception des médias très proches
de celle des commanditaires de feue « La Pravda ».
A travers nous, c’est envers une très
large frange de ses concitoyens que le Président de la
République a manqué de respect. Quand on prétend avoir été
élu par le suffrage universel et quand on se prétend
démocrate invétéré, un tel sectarisme fait un peu
usurpation de titre et de fonction. Mais lorsqu’une
politique est fondée sur le blabla, le gaspillage, le
reniement et les indélicatesses en tous genres, il est
malheureusement normal que ses tenants préfèrent éviter
les vraies questions : la fraude est là pour leur
permettre d’éviter la vraie sanction populaire.
Ce spectacle est vraiment nul : il est
hors de question de renouveler les mandats et les parodies
de série B. Coupez !
Brèves nationales
Festivités présidentielles :
Un rituel coûteux et dépassé
Ilot de prospérité dans un océan de
précarité, la Présidence se distingue depuis l’arrivée au
pouvoir de son actuel locataire, par ses dépenses
somptueuses et ses cérémonies fastueuses, aux frais du
contribuable bien sûr. Cette année, le maître des lieux et
des cérémonies n’a pas dérogé à la règle qu’il a lui-même
établie voilà cinq ans. Au programme : distribution
massive de khat premium, banderoles aux slogans creux,
animations musicales assurées par des troupes partisanes
et autres associations-maison grassement rémunérées pour
l’occasion. Le tout bien entendu présenté comme une fête
de la jeunesse, dédiée à l’illustre bienfaiteur. De
Balbala à l’esplanade du Palais du Peuple, la jeunesse
djiboutienne aurait donc fêté comme il se doit
l’anniversaire d’un mandat présidentiel prétendument
consacré à assurer son avenir.
Mais, au fait, de quelle jeunesse
s’agit-il ? Celle devenue dorée depuis mai 1999 ou celle
composée de l’immense majorité des désœuvrés exclus du
système scolaire et des démobilisés attendant leur
réinsertion sociale, bref, le lumpenprolétariat du nouveau
millénaire ? Il ne faut tout de même pas pousser le
bouchon trop loin. Quoi qu’il en soit, le Chef de l’Etat
continue à se gargariser des succès virtuels de sa
politique de développement. Il doit confondre le
développement exponentiel de ses moyens de propagande avec
le développement économique en vain attendu par la Nation
djiboutienne. Le décalage entre les propos présidentiels
et la réalité quotidienne n’en est que plus patent.
En tout état de cause, la mystification
copieusement servie par la RTD avec les moyens techniques
du studio personnel présidentiel, a fait flop. En
attendant, fêtez, fêtez, il en restera toujours quelque
chose : la nausée indispose mais ne tue pas. La cruelle
vérité aura le dernier mot.
Parabole à propos de l’affaire Borrel
:
Le cadavre commence à parler
Comme nous l’avions laissé entendre
dans une précédente édition, le cadavre du juge Borrel
commence à parler : si, comme le cadavre de la parabole
tirée du Coran, il n’a pas encore nommément désigné ses
meurtriers, la persévérance de la veuve du magistrat,
soutenue par toute l’opinion publique française, commence
à porter ses fruits. En effet, la levée du secret défense
a permis de définitivement écarter la thèse du suicide
jusque-là privilégiée. Dès l’annonce de cette mesure par
la ministre de la Défense, Mme Borrel avait déclaré : «
c’est une bonne nouvelle. On va pouvoir enfin avoir
accès rapidement à ces documents. Je pense qu’on va
découvrir que le gouvernement savait que Bernard a été
assassiné. ». Deux semaines après que le juge
d’instruction en charge de ce dossier ait pris
connaissance de ces documents, nous apprenons que deux
hauts responsables des services djiboutiens de sécurité
sont nommément mis en cause dans cette affaire… A suivre.
Eclairage public :
La Capitale dans la pénombre
Les feux d’artifice tirés çà et là à
l’occasion de l’avant-dernier anniversaire du mandat
présidentiel n’y changeront rien : notre Capitale reste
très mal éclairée un peu partout. Sur certaines artères,
un poteau électrique sur deux ne diffuse aucune lumière et
cette situation ne se limite pas aux quartiers populaires.
Les quartiers huppés ne sont pas épargnés par cette
pénombre générale.
Mais la preuve la plus visible (sans
rire) de cette obscurité qui gagne du terrain reste la
route du front de mer menant de la Siesta à … Haramous. Si
le jour, les plus hauts responsables de l’État empruntent
cette route bien bitumée, la nuit, les puissants
projecteurs de leurs résidences cossues leur suffisent
apparemment. Tant pis pour les promeneurs, ils devront
s’équiper de mini torches électriques comme en brousse.
La Tribune d’Ali-Sabieh :
Halte aux intimidations !
Suite à la parution du n°9 de notre
renaissant confrère « La Tribune d’Ali-Sabieh », le
Président de la Ligue de la Jeunesse Assajog et Directeur
de publication de ce journal, M. Abdoulkader Abdillahi
Miguil a été arrêté par la police dans la soirée de
dimanche 11 avril 2004. Interpellé, selon nos
informations, sur plainte déposée par un ministre s’étant
estimé diffamé, il a été relâché le lendemain vers midi.
Quoi qu’il en soit, cette affaire est
bien la preuve que cette dynamique association dérange
fortement le pouvoir en osant révéler l’échec
gouvernemental dans sa région. Nous exhortons ce jeune
confrère à persévérer dans son indépendance.
Interview présidentielle :
Flagrant délit de maquillage
Jeudi dernier, dans les salons feutrés
de la « Maison-Blanche » miniature, le Chef de l’Etat
s’est prêté au jeu de questions-réponses dont il a le
secret, face à la presse présidentielle complaisante. Le
souci de donner à cet exercice démagogique l’éclat que ses
propos n’arrivent pas à lui conférer, une opération de
transcription a été mise en œuvre dans les colonnes de son
organe de presse « Le Progrès. Mais ce zèle postproduction
n’en a rendu que plus compliquée toute tentative de
décryptage du message présidentiel. C’est pourquoi nous y
renonçons, nous qui pensions naïvement, dans le respect de
la déontologie journalistique, qu’une transcription devait
fidèlement reprendre les propos verbaux. Jugez-en
vous-mêmes.
A une même question, le « numéro un
djiboutien » aurait apporté deux réponses différentes : ce
n’est plus de l’ubiquité mais de l’omniscience
multidimensionnelle. Comprenne qui pourra ! Pour notre
part, nous n’avons rien compris à l’esbroufe officielle
cherchant à maquiller l’incontournable réalité nationale.
Voici le texte de cette déclaration stéréophonique telle
que présentée par notre inimitable confrère « Le Progrès »
dans son édition n°106 du 8 avril 2004 :
|
« Question : Lors de vos
entretiens dernièrement avec une délégation du
Parlement européen, vous avez fait part à vos
interlocuteurs que Djibouti tout paraît urgent et
prioritaire.
Alors face justement à tant de
besoins : en eau, en matière d’éducation, de santé, de
lutte contre le SIDA, aux doléances des populations
des districts de l’intérieur, à la nécessité de
renforcer les infrastructures ou de construire des
logements, comment se détermine le Gouvernement ?
Réponse : Je répondrai par
l’affirmative dans la mesure où nous avons commencé
d’abord à réduire le coût de la vie en ramenant tous
les barèmes de nos taxes intérieures de consommations
de 33% à 8%. Nous sommes entrés par la suite dans une
phase de formation professionnelle. Ensuite, nous nous
sommes attelés à obtenir la réhabilitation de nos
infrastructures. Nous nous sommes engagés à créer les
conditions nécessaires à attirer les investissements
directs étrangers.
Mais le chemin est long et les
difficultés subsistent avec les coûts exogènes,
c’est-à-dire le pétrole qui est en flambée ces
derniers temps mais les statistiques sont là pour dire
que le nombre des jeunes qui ont obtenu d’emploi est
nettement meilleur qu’avant.
Nous avons également le Service National Adapté
(SNA) qui nous permettra de toucher une frange de
notre population qui a besoin d’être secourue pour ne
pas tomber dans la délinquance. » |
« Question : Lors de vos
entretiens dernièrement avec une délégation du
Parlement européen, vous avez fait part à vos
interlocuteurs que Djibouti tout paraît urgent et
prioritaire. Alors face justement à tant de besoins :
en eau, en matière d’éducation, de santé, de lutte
contre le SIDA, aux doléances des populations des
districts de l’intérieur, à la nécessité de renforcer
les infrastructures ou de construire des logements,
comment se détermine le Gouvernement?
Réponse : Oui, je confirme avoir dit, tout
paraît prioritaire et urgent, puisque nous avons tout
à faire. C’est la première fois d’abord que notre pays
obtient un taux de croissance qui dépasse le taux de
la démographie. C’est une bonne chose. Nous avons
stabilisé nos dépenses publiques, réduit notre dette
et notre déficit. Nous avons des problèmes
climatiques. Nous avons des problèmes de l’eau. Nous
avons des problèmes d’énergie. Nous avons un grand
programme de développement énergétique et de recherche
de l’énergie la moins chère. Nous sommes engagés dans
une politique tout azimut qui va du secteur de
l’énergie éolienne, de l’énergie renouvelable
jusqu’aux recherches d’exploitation pétrolière. Nous
avons un grand programme avec la Banque Mondiale pour
assurer à tout investisseur étranger et pour notre
devenir économique c’est-à-dire à savoir créer les
conditions les plus favorables à toute industrie
naissante et à tout développement économique,
c’est-à-dire l’eau et l’énergie la moins chère
possible. Je pense qu’on va y arriver. » |
NECROLOGIE
Nous avons appris avec tristesse le
décès survenu la semaine dernière en France de Iwad Hassan
Moussa, dirigeant du FRUD et Secrétaire Général du
ministère de l’Emploi. Militant indépendantiste et
combattant de la Démocratie, notre ancien compagnon de
lutte fut successivement cadre du MPL, du FDLD et haut
responsable militaire du FRUD. Depuis 1995, Iwad Hassan
Moussa était un haut fonctionnaire membre du Comité
Central du FRUD. Il laisse une veuve et quatre enfants.
L’ARD et la Rédaction de Réalité
adressent leurs sincères condoléances à toute la famille
de Iwad Hassan Moussa. Qu’Allah l’accueille en son paradis
éternel. Amin. Inna lillah wa inna ilayhi raaji’uun.
Cinquièmes propos du
Président
La démagogie contre la vérité
(Préambule)
A l’occasion du cinquième anniversaire de
son arrivée au pouvoir, le Chef de l’Etat a réitéré ses
démonstrations sous forme de Conférence-bilan
préélectorale, en répondant aux questions préétablies et
studieusement dispatchées aux journalistes du service
public, uniquement. Au cours de cet exercice de style, le
Chef de l’Etat qui étale sa maîtrise des langues locales (
à une exception notoire) et étrangères, a tenté de bien
jouer la partition en variant les réponses entre le
somali, sur les questions relevant de la politique, le
français pour le reste. Tout le monde était censé
comprendre comme nul n’est censé ignorer la loi.
L’indispensable, à une année de
l’élection présidentielle, est avant tout de vous faire
relire un extrait de son discours d’investiture du 10 mai
1999 que voici : « Je prête serment d’inspirer et de
mettre en œuvre les réformes les mieux adaptées pour le
développement de mon pays. Je prête serment pour la
défense de la liberté de ma patrie, de son égalité, de sa
paix, fondement de sa devise et force de l’âme
djiboutienne mue par l’espoir d’ouvrir toujours plus
grandes, aux hommes comme aux peuples, toutes les portes
de la vie… »
Considérant qu’il n’est pas ici
nécessaire de rappeler les conditions dans lesquelles
l’actuel Chef de l’État est arrivé au pouvoir, ni les
atteintes aux droits de l’Homme consécutives à cette
arrivée, il serait toutefois malhonnête de ne pas citer
quelques initiatives présidentielles contraires au Serment
suscité. Tout le monde le sait : la continuité de la
guerre, le massacre des civiles, l’emprisonnement des
opposants et principalement l’usage de la force avec mort
d’homme à la résidence de son Challenger M. Moussa Ahmed
Idriss, l’attaque à la grenade du siège de la naissante
Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH), etc.
L’Accord de paix avec le Frud-armé n’étant intervenu
qu’exactement deux ans après son investiture, le 12 mai
2001, la situation politique reste toujours bloquée et
pour cause : l’initiative de la paix venait du FRUD-armé.
Le bilan de cinq années du Chef de
l’État, avec les immenses pouvoirs qui sont les siens,
nous semble médiocre. C’est ce que nous tenterons de
démontrer dans les lignes qui suivent, sur la base de ses
propres propos. Nous devons vous permettre de distinguer
la démagogie et la mystification de la vérité.
Du bilan général
Un bilan étant un instantané pris à une
date donnée, l’image du pays décrite par le Président de
la République se présente comme suit.
Bien que les questions posées par les
journalistes présents portaient souvent en elles-mêmes
leurs réponses, la première réplique du Chef de l’État a
été « Je pense avoir restauré la paix des cœurs entre nos
citoyens. Je pense avoir renforcé la citoyenneté
djiboutienne et l’amour du peuple ».
Plus loin : « La formation de
l’homme a été au centre notre stratégie aussi bien
de nos populations qui habitent dans les régions les plus
reculées, pour avoir combattu la déperdition de nos
écoles, d’avoir ramené la confiance en nous-mêmes, la
confiance de la communauté internationale… ».
Nous ne pouvons pas nous empêcher de
rappeler, qu’après un interminable et regrettable conflit
armé de 1991 à 2000, la voie du dialogue adoptée par les
protagonistes pour aboutir à la Paix définitive, en vue de
changements jugés nécessaires, a été sabotée par le
pouvoir qui en bloque encore l’application. Le régime a
non seulement dénaturé le contenu de l’ Accord, dans le
sens d’une non application d’une partie et de
l’application tendancieuse d’une autre, au mépris du droit
international en matière d’Accord et Traité : de quelle
contribution à la concorde civile le Chef de l’Etat
ose-t-il encore parler dans ces conditions ?
Contrairement à ses affirmations sur la
paix des cœurs entre citoyens, nous savons tous que cette
paix existait toujours et renforcée depuis l’accession de
notre pays à l’indépendance. Malheureusement, les
multiples injustices du régime et leur pérennisation par
le maintien d’actes contraires à toute évolution d’une
société ont été à l’origine non seulement du conflit mais
aussi de l’affirmation d’une opposition nationale
pacifique. La persistance des pratiques de parti unique, à
travers par exemple l’organisation d’élections truquées
dans une démocratie de façade, ne pourra changer en rien
le choix du peuple. Raison aussi pour laquelle il nous
semble difficile de croire que le Président ait renforcé
la citoyenneté, sachant qu’un nombre important de
djiboutiens demeure encore sans aucune pièce d’identité et
donc apatrides dans leur propre pays.
Il n’est pas inutile aussi de rappeler
qu’en matière de citoyenneté, par un décret signé par
lui-même en septembre 1999, le Président de la République
obligeait le Juge de nationalité à soumettre pour avis au
Directeur du service de la population, le jugement de
nationalité des personnes concernées. Donc, ce qui nous
amène à considérer que de tels actes dénotent les
prétentions du Chef de l’État et justifient que les
rétentions voulues et entretenues des pièces d’identités,
d’une manière sélective, sont tout le contraire d’un
sentiment national.
Par contre la confiance de la
communauté et des institutions internationales, si perdue
elle est, ce n’est certainement pas la faute du peuple,
mais celle des dirigeants de notre pays. Cette confiance
relève d’une déontologie morale (en politique) et du
respect de certaines variables relatives (en économie). Le
Président est donc mieux placé que quiconque pour
déterminer les responsabilités dans cette perte de
confiance. Cependant, si elle est renouvelée pour un
temps, celle-ci est indépendante de la volonté de nos
gouvernants et tire toutes ses raisons de la présente
situation internationale qui a été d’un important secours
imprévu.
La grande partie des questions ayant
porté sur l’économie, passons donc à ce chapitre peu
glorieux de son action. Niant totalement la crise
économique et sociale qui perdure, le chômage endémique
des jeunes, la pauvreté galopante et les caisses de l’État
vidées par on sait qui et pourquoi, le Chef de l’État a
soutenu la thèse d’une croissance économique forte, s’est
vanté d’avoir réduit le coût de la vie de la population,
d’avoir stabilisé les finances publiques, réduit les
dettes et le déficit, relancé le marché de l’emploi,
compris que la corruption est une question d’éducation,
etc. Titanesque !
Quant aux rapports entre Djibouti et le
FMI, conditionnant largement toute prétention à un
développement durable, chacun se souvient des propos
présidentiels tenus dans «Marchés Tropicaux » du 27 juin
2003 : « mon pays arrivera à s’en sortir sans l’aide de
personne. Avec les Américains et la renégociation de la
contribution française, nous n’avons plus de problème
budgétaire, alors fichez-moi la paix ! ».
Nous confronterons la semaine prochaine
les rêves présidentiels en matière de développement
économique avec la dure réalité quotidiennement vécue. En
préambule à cette confrontation, nous soumettons ici à
l’appréciation de nos lecteurs, un article paru dans la
Lettre de l’Océan Indien du 27 mars 2004, relatant les
difficultés du FMI à amener le pouvoir djiboutien à un
minimum de sérieux et de transparence.
DJIBOUTI : Pas d’accord en vue avec le
FMI
Le FMI met plusieurs conditions à
l’ouverture des négociations avec 1es autorités de
Djibouti à propos d’un éventuel programme de financement.
Le Fonds monétaire international (FMI)
met de sévères pré conditions avant d’accepter la
demande des autorités djiboutiennes d’initier des
négociations en vue d’une éventuelle nouvelle Poverty
Reduction and Growth Facility (PRGF) qui viendrait
succéder à l’accord devenu caduc en janvier2003. Le FMI
souhaite d’abord que le gouvernement djiboutien complète
les réformes structurelles destinées à accélérer la
croissance économique et qui n’ont pas été achevées dans
le cadre de la précédente PRGF. Il réclame l’adoption d’un
budget 2004 qui soutienne la croissance et conduise à la
réduction de la pauvreté à la différence du budget
additionnel 2003 qui n’a pas répondu à ces objectifs. Le
FMI veut également que l’État djiboutien « applique
énergiquement le plan de règlement de ses arriérés
domestiques ».
Enfin, il demande un ajustement du taux
de change du Franc djiboutien. Lors du passage en revue de
l’économie de Djibouti dans le cadre de l’article IV des
statuts du FMI, en décembre 2003, les experts du FMI ont
constaté qu’après six années d’ajustement structurel la
situation économique et sociale de ce pays «restait
fragile» et que le rythme des réformes visant à
soutenir le secteur privé devait s’accentuer.
Ce souhait porte sur la refonte du code
des investissements, des lois sur le travail et du code de
commerce.
Les experts du FMI estiment également
que la création récente de trois nouvelles entreprises
publiques va « clairement à l’encontre de la stratégie
de privatisation du gouvernement ».
Ces firmes sont la Compagnie nouvelle
de Commerce (céramique, pierres de synthèse), la Société
d’eau minérale d’Ali Sabieh et la Cimenterie d’Ali Sabieh.
Le FMI doute de l’efficacité de ces investissements pour
développer l’emploi car pour l’équivalent de 3% du PIB ces
firmes créeront moins de 1500 emplois.
Le FMI a dû batailler pour que le
gouvernement djiboutien accepte d’intégrer dans son budget
les recettes financières exceptionnelles dues à la
présence de troupes étrangères à Djibouti. Mais, il
voudrait maintenant que ces ressources servent à financer
le programme de démobilisation ou le remboursement de la
dette intérieure gouvernementale. Les experts de FMI ont
opposé leur "ferme désapprobation" du budget
supplémentaire pour 2003 élaboré par le gouvernement
djiboutien pour financer certaines dépenses
gouvernementales jugées non essentielles par le FMI,telles
que les dépenses de la présidence pour couvrir des frais
de voyages ou le financement d’une nouvelle société
étatique.
Le FMI souhaite également une
dévaluation du taux de change du Franc djiboutien par
rapport au dollar, dans l’espoir que cela restaure la
compétitivité de Djibouti et permette d’attirer de
nouveaux investisseurs dans ce pays. Enfin, le FMI doute
des effets sur la croissance économique des grands projets
djiboutiens tels que celui du port en eau profonde et de
la zone franche de Doraleh dont la conséquence immédiate
sera d’accroître les dépenses d’investissements de l’État.
Or, note un récent document du FMI,
« l’expérience de Djibouti dans les années 1980 montre que
de larges programmes d’investissement public ne conduisent
pas nécessairement à une croissance économique soutenue ».
Djibouti inondée
:
Le sinistre est permanent
La météo nationale n’a rien vu arriver.
Dans la nuit du lundi au mardi, des trombes d’eau se sont
abattues sur la Capitale qui s’est réveillée inondée. Tôt
le matin, l’Oued d’Ambouli en crue est sorti de son lit
emportant tout sur son passage : Arbres, véhicules,
animaux ainsi que malheureusement une vingtaine de
personnes surprises dans leur sommeil. Bien entendu,
plusieurs rues de la Capitale ne sont praticables que par
des véhicules 4x4 en bon état et quelques camions surtout
militaires, les transports en commun sont paralysés et les
écoles fermées.
Plusieurs grandes artères, ainsi que
les quartiers populaires sont inondés, suite aux pluies
diluviennes qui se sont abattues sur la Capitale dans la
nuit de lundi à mardi. Sans abri, badauds, sinistrés et
surtout des enfants insouciants, les rues de Djibouti
étaient noires de monde. Si la pluie nourricière tant
attendue par les nomades victimes de la sécheresse
soulagera la détresse de nos compatriotes ruraux des
districts de l’Intérieur, son impact sur la vie
quotidienne des habitants de la Capitale reste négatif.
La pluie tombée mardi et les
inondations provoquées par la crue de l’Oued d’Ambouli
seraient déjà responsables de la mort et la disparition de
plusieurs dizaines de personnes. La gestion des
catastrophes et l’organisation des secours ne semblent pas
être les points forts de ce régime de mauvaise
gouvernance.
A ce sujet, les Djiboutiens s’étonnent
de ne pas avoir entendu cette fois les sirènes des
ambulances et autres mobilisations bruyantes de la
protection civile. Normal dira-t-on, le comité ORSEC fait
penser à un médecin qui vient après la mort. Au chapitre
de la mobilisation des autorités et du secours aux
sinistrés, tout juste a-t-on appris que le conseil des
ministres a planché sur la question.
Pour leur part, le Chef de l’État et le
Premier Ministre auraient survolé la Capitale en
hélicoptère certainement pour évaluer l’ampleur des
dégâts. Ne dit-on pas que le privilège des privilégiés
c’est de contempler les catastrophes d’en haut. Nous
verrons dans les semaines qui viennent ce que le régime
apportera concrètement comme aide aux sinistrés.
Mais d’ici là il est fort probable que
les autorités sollicitent l’aide internationale.
Laquelle aide plusieurs fois obtenue
dans le passé a rarement profité aux véritables
destinataires finissant le plus souvent par échouer dans
les entrepôts ou jardins privés des prédateurs. Il faut
malheureusement craindre, suite à ces abondantes pluies,
la prolifération des moustiques et mouches, vecteurs de
toutes sortes de maladies. Dans un tel cas de figure,
difficile de compter sur les pouvoirs publics pour
combattre efficacement les fléaux consécutifs aux jours de
pluie. Par manque de motopompes volatilisées dans la
nature, certaines rues et de nombreux quartiers de la
Capitale resteront inondés pour quelques semaines encore.
Le système d’évacuation des eaux pluviales dont
l’installation ou l’amélioration auraient englouti des
sommes astronomiques, reste pathétiquement défaillant.
Dans ces conditions l’insalubrité durable risque de
s’accentuer pour devenir intolérable.
Le fameux comité de gestion urbaine
aura beau multiplier les réunions de grands penseurs, ses
cogitations débouchent rarement sur de vraies solutions.
La mendicité étant devenue un sport national en haut lieu,
les solutions à nos problèmes sont souvent laissées à la
générosité extérieure. L’État n’ayant rien prévu de
sérieux dans la prévention et la gestion des catastrophes
naturelles, le citoyen djiboutien en est réduit à implorer
la clémence du bon Dieu.
Car, dans ce gouffre sans fond qu’est
devenu l’actuel pouvoir djiboutien, aucune aide extérieure
aussi massive soit-elle ne nous mettra à l’abri de la plus
petite tempête tropicale. Le principal obstacle au
développement de notre pays et au bien être de ses
habitants reste fondamentalement politique. La pluie est
un don de Dieu, mais il appartient aux hommes de se
prémunir dans la mesure du possible, contre ses effets
destructeurs.
Partout ailleurs dans le monde, c’est
surtout dans les campagnes et les villages que la pluie
cause des ravages. Chez nous, malheureusement, c’est dans
la Capitale et siège du gouvernement qu’elle est la plus
redoutée. Pourquoi ?
Nos sincères condoléances à toutes les
familles éplorées.
Le
Courrier des
lecteurs : Démobilités de tout le pays unissez-vous !
Selon la rumeur, le RPP que nous avons
tant combattu armes à la main et que nous combattons
encore aujourd’hui pacifiquement, s’apprêterait à
appliquer une toute petite disposition de l’Accord de Paix
du 12 mai 2001, en régularisant la situation de quatre (4)
anciens cadres du FRUD-armé. Il serait en effet question
de leur restituer un salaire illégalement suspendu depuis
deux ans : tant mieux pour eux ! Mais je ne crois pas au
miracle : pourquoi des gens fondamentalement méchants, ne
fonctionnant qu’à coups de bassesses et de trahisons, leur
feraient-ils un tel cadeau en les laissant donner le
mauvais exemple au sein d’une Fonction Publique,
désabusée, anesthésiée et sans syndicat ? A moins que ce
ne soit un piège pour que Réalité cesse de paraître.
Par ailleurs, en citoyen anxieux et en
badaud curieux, j’ai un peu suivi la conférence de presse
du président de la république, au cas bien improbable où
il y serait question de paix civile, de réhabilitation des
zones de guerre, d’indemnisation des civils et réinsertion
des démobilisés. Circulez, il n’y avait rien à entendre !
Il a tout juste évoqué tout le miracle qu’il attendait du
Service Nationale Adapté pour résorber le chômage de la
jeunesse. Et nous les démobilisés alors ? On dirait qu’il
a assisté en somnambule à la cérémonie de signature au
Palais du Peuple le 12 mai 2001, à moins qu’il ne soit
devenu totalement amnésique sur ce sujet. En tout cas, ce
silence est préoccupant pour le présent et dangereux pour
l’avenir.
Car, je pose une question et une seule
: où a-t-on vu une paix s’installer après un conflit armé
sans que ceux qui la faisaient, les démobilisés,
c’est-à-dire les anciens combattants, ne soient réinsérés
dans la vie civile ? Partout ailleurs dans le monde en
conflit, c’est la première préoccupation de ceux qui ont
fait la paix : trouver un emploi stable aux anciens
maquisards. Pourquoi donc le régime affiche-t-il un tel
mépris envers nous ? La réponse ne plaira peut-être pas à
tout le monde : maintenant que nous avons déposé les
armes, il me semble qu’il nous sous-estime profondément.
Comme si nous avions été définitivement inoffensifs,
domptés, matés. Donc condamnés à être durablement
humiliés.
Pourtant, nous sommes plutôt nombreux,
des milliers depuis 1994. gouvernementaux (FNP et AND),
FRUD, FRUD-armé : quelle que soit notre origine, aucun
programme vers nous. Le PRAC n’existe que sur le papier,
faute de financement. Certes, nous savons d’expérience
qu’avec nous, ce régime ne sera pas plus tendre qu’il ne
l’a été avec ses propres démobilisés handicapés de guerre
: les gâchettes faciles de la garde présidentielle, qui
n’ont pas encore entendu parler de la réconciliation
nationale, n’attendent que l’occasion pour réprimer dans
le sang toute manifestation pacifique de notre part.
Mes Frères, trop c’est trop : il est
vraiment temps que nous nous organisions à travers tout le
pays pour que notre voix soit entendue et nos droits
reconnus. La Paix ne peut se faire contre nous, à notre
désavantage : la Paix n’a pas de victimes, elle n’a que
des bénéficiaires ! Refusons d’être les
laissés-pour-compte. Revendiquons avec force ce qui nous
revient légitimement !
H.
Démobilisé du FRUD-armé
***
COMMENTAIRES
Même s’il ne nous est pas explicitement
adressé (quoiqu’une partie de nos cadres et militants
soient aussi des démobilisés), ce courrier nous interpelle
à plus d’un titre. Tout d’abord, pour exprimer ici notre
entière solidarité avec cette juste cause : nul ne doit
être lésé dans un processus de paix. Ensuite pour rappeler
que nous demandons sans cesse la stricte application de
l’Accord de Paix du 12 mai 2001, sans jamais manquer de
souligner à quel point les mêmes causes produisent les
mêmes effets. Les démobilisés sont aujourd’hui les
premières victimes non pas de la paix, mais d’une
injustice qui a conduit hier aux tristes épisodes que l’on
sait.
Enfin pour dire que les démobilisés ne sont pas les
seules victimes de cette injustice qui tire son origine
d’un grave déficit démocratique : c’est tout le Peuple qui
en souffre, auquel il est interdit de librement choisir
ses représentants politiques, à tous les niveaux.
Irak
: un bourbier mondial ? Il y a un an,
après nous être réjouis pour le Peuple irakien de la chute du dictateur Saddam,
nous prédisions, rejoignant en cela les analyses de Madeleine Albright, un
bourbier pour les Coalisés, jusqu’à ce jour incapables d’apporter le début
d’une preuve de l’existence d’armes de destruction massive, ni de reconstruire
un État qu’ils ont si facilement détruit. Pire, cet enlisement a pris depuis
une semaine une tournure dramatique, dont tout le monde se serait bien passé !
Un an après la chute du dictateur, gros plan sur la Pax Americana en
Mésopotamie.
Au cours d’une conférence de presse tenue depuis son ranch
du Texas le week-end de Pâques, et avec un surprenant sens de la litote pour
quelqu’un qui a habitué son monde à un verbe crû, George W. Bush déclarait : «
Nous avons eu une semaine chaude ! » En effet, elle l’a été, surtout
pour les Irakiens. Selon des organisations non gouvernementales, les combats de
la semaine à Falloudja se seraient soldés par près de 600 morts et 1200 blessés
irakiens, dont 250 femmes et 200 enfants.
Un membre du Conseil Intérimaire de Gouvernement (CIG)
critiquant le manque de discernement des Marines ( des sources
étrangères autorisées font même état de l’incursion de chars d’assaut dans
l’enceinte d’une mosquée dans un quartier de… Bagdad) parle de « réponse
disproportionnée et injustifiée », tandis qu’aux yeux du Peuple irakien
désormais uni contre l’occupant, c’est du « terrorisme » pur et simple.
Accusations que corroborent les propos du colonel Brennan Byrne qui, dans une
interview accordée à l’AP (Associated Press), déclarait : « Les Marines sont
entraînés pour être précis avec leur puissance de feu… Le fait qu’il y ait 600
victimes prouve que les Marines sont très bons dans ce qu’ils font ».
Quoique illégaux et appelant au meurtre, les assassinats
ciblés du terrorisme sioniste font moins de victimes civiles en si peu de
temps.
Rappelons que c’est l’interdiction de paraître du journal
défendant les idées de l’imam radical chiite (hostile à toute présence
militaire étrangère sur son territoire national) Moktadal Sadr et l’arrestation
de son directeur de publication qui a mis le feu à cette poudrière qu’est
malheureusement devenu l’Irak pour lequel les États-unis d’Amérique avaient
certainement des projets autrement plus pacifiques… et rentables.
L’autre détonateur étant l’insoutenable spectacle, de
l’immolation post-mortem (profanation des corps formellement interdite en
Islam) de quatre Américains tués dans une ambuscade, risquant de provoquer un «
syndrome de Mogadiscio » que l’état-major des Coalisés ne pouvait
laisser s’installer, au risque de voir les troupes se durablement démobiliser.
Cet acte, lâche et démoniaque, commis par des civils en dit assez long à lui
tout seul sur la rancœur d’un Peuple irakien cherchant le pire moyen de se
venger pour restaurer une dignité bradée par les troupes régulières et la Garde
Présidentielle de Saddam Hussein.
Le massacre de la semaine dernière aggrave et complique la
donne politico-militaire en Irak. Surestimant à tort une hypothétique haine
entre Chiites et Sunnites, tout en sous-estimant le sens de l’honneur des
Irakiens, les stratèges de la Maison-Blanche et du Pentagone avaient tout prévu
sauf le scénario d’un Peuple communiant ouvertement avec la résistance, comme
ils n’ont certainement pas prévu, l’insubordination des toutes nouvelles forces
de sécurité mises en place par la coalition, aux injonctions du Pentagone. Ce
qui nous autorise à prévoir que pour les États-unis (là-bas à tout le moins),
le compte à rebours a commencé. De Nassiriya au sud à Mossoul au nord, de la
frontière syrienne à la frontière iranienne, c’est donc tout l’Irak qui
s’embrase et toute sa population qui se soulève. Mais il y a plus inquiétant.
Le veto opposé par les Etats-Unis à la condamnation par le Conseil de sécurité
de l’assassinat de Cheik Yacine par l’Etat sioniste, a été interprété comme un
encouragement, aussi bien par Israël que par les Palestiniens à la poursuite de
ces méthodes meurtrières, illégales et non conventionnelles.
Mais ce veto a surtout été ressenti par l’ensemble du monde
arabo-musulman comme une humiliation et par les groupuscules extrémistes comme
une déclaration de guerre contre l’Islam. Surtout, toute notion de légitimité
et de légalité devient ainsi floue, incertaine : on chercherait vainement une
différence de nature entre la violence des puissants et celle des faibles.
Cette impunité d’État incline les démunis à adopter une posture de désespoir :
s’il n’y a plus rien à perdre, à quoi bon protéger sa vie ou respecter celle
d’autrui ? C’est ce qui explique la recrudescence des prises d’otages. A ce
chapitre, l’on ne peut que s’étonner de l’étonnement de Pékin à la suite de la
prise en otages de civils Chinois cantonniers sur une route d’Irak : même si la
Chine n’y a aucune présence militaire, comment justifier que ses ressortissants
trouvent en Irak, en dehors du cadre de la coopération bilatérale, un emploi
que les Irakiens recherchent vainement depuis un an ? Plus grave, nous
apprenons que depuis lundi 12 avril, le Pentagone a lancé une fatwa contre
l’imam radical Moktadal Sadr, déclaré wanted mort ou vif, dans la plus pure
tradition du Far-West, les Irakiens Chiites et Sunnites confondus ne sont pas
les Apaches ou des Aborigènes.
Tandis que le grondement de la colère populaire de ces pays
est parfaitement audible pour qui sait et veut entendre, il faut être aveugle
pour ne pas mesurer le risque réel et grand de la propagation de ce brasier, de
cette région à l’ensemble du monde. La radicalisation et la détermination des
groupuscules extrémistes font peser un grave danger sur la stabilité des pays
considérés comme les alliés des États-unis : ils sont nombreux.
La raison commande que ne soit pas laissée aux seuls
États-unis et obligés l’urgente solution à la crise irakienne.
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