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Éditorial
QUAND LE CHEF INSULTE :
LE CRACHAT ET LA POMME DE NEWTON
Arafat terroriste ! Dini opportuniste !
Par-delà les latitudes, les religions et les idéologies,
il y a une invariance fondamentale dans la façon dont les
régimes violeurs d’accords de paix cherchent à discréditer
l’autre partie signataire. Ainsi, c’est avec un réel
écœurement que les lecteurs du journal gouvernemental «
La Nation» ont pu lire jeudi dernier un éditorial
anonyme s’en prenant d’une manière très insultante à M.
Dini. Ce n’est pas nouveau. L’excès des propos n’échappant
à personne, il faut en rechercher l’origine ailleurs que
dans l’imagination débridée d’un journaliste. La presse
publique étant ce qu’elle est à Djibouti, et la même plume
trempée dans le vitriol partisan se retrouvant dans
l’organe de presse du parti présidentiel, c’est le Chef de
l’Etat et lui seul qu’il convient de rendre responsable de
propos outranciers dont la principale contribution est
d’encanailler une vie politique djiboutienne déjà bien mal
en point.
En effet, l’impunité dont nous savons
que ces invectives bénéficieront n’en démontre que plus
l’implication du sommet de l’Etat, se trouvant de surcroît
être président du conseil supérieur de la magistrature.
Mettre fin à ce régime, c’est plus que jamais notre
objectif, puisqu’il œuvre aussi ouvertement contre les
intérêts d’une Nation Djiboutienne éprise de paix et
n’aspirant qu’à la réconciliation, au développement et à
la démocratie. Donc, insulter est devenu une pratique
courante pour ce régime : tous ses opposants ont, un jour
ou l’autre, eu droit à ce traitement de choc : Ismael
Guedi, le Général Meidal, Daher Ahmed Farah, etc...
Pourquoi ?
Il y a tout d’abord une certaine
prédisposition personnelle à insulter l’adversaire, que
l’on retrouve chez tous ceux qui n’ont pas la stature
suffisante pour n’exister que par leurs réalisations.
Celui dont la trajectoire n’est pas assez glorieuse est
fatalement enclin à déprécier celle de son rival :
insulter un des pères de l’Indépendance djiboutienne
s’impose à celui qui n’a jamais contribué à cette lutte
d’émancipation, n’en déplaise aux biographes officiels qui
s’étalent en vain dans un coûteux et pompeux agenda
présidentiel.
En second lieu, répondre par
l’impolitesse à des arguments sérieux est une manière de
justement ôter tout sérieux aux propos de l’adversaire ou,
à tout le moins, de montrer que son sérieux ne saurait en
aucune façon être pris au sérieux par celui qui a le
monopole de dire n’importe quoi dans les médias officiels.
Enfin, et plus gravement, autoriser sa presse à proférer
des insultes contre tous les opposants, c’est la preuve la
plus atroce qu’il n’y a aucune démocratie à Djibouti :
aucun journaliste n’oserait diffamer s’il n’était pas
certain d’être protégé par le commanditaire de ses écrits.
Autant il peut revendiquer la bêtise d’une argumentation
spécieuse, autant il lui faut un solide bouclier pour sa
production d’invectives partisanes.
Comme la corruption est généralisée
parce qu’elle est impunie en haut lieu, le régime demande
à ses plumes de diffamer parce qu’il leur garantit
l’impunité. Que le plus haut responsable de l’Etat
rabaisse sa presse officielle à de telles extrémités
montre, autant que sa propre vulnérabilité à la critique
sérieuse, le peu d’ambition qu’il nourrit pour la
démocratie djiboutienne dont l’épanouissement, avec
l’élévation de la conscience politique que cela implique,
ne peut que sonner le glas de son régime basé sur le
blabla, la concussion et les apparences factices.
Mais nul ne s’y trompe, et la dernière
campagne électorale l’a pourtant amplement démontré : il
est suicidaire pour le Chef de l’Etat d’inciter ou
d’autoriser sa presse à insulter ses opposants en général
et M. Dini singulièrement. Car ce dernier évolue, par sa
probité jamais démentie et son espoir de fonder une Nation
Djiboutienne pour laquelle il a tant sacrifié avant et
après l’Indépendance, dans une sphère nettement au-dessus
de la sienne. Or, si Newton vivait aujourd’hui à Djibouti,
et considérant que l’insulte est toujours la marque d’une
infériorité, c’est sur cette métaphore qu’il aurait fondé
toute sa théorie de la gravitation : le crachat retombe
toujours sur le visage de celui qui veut salir quelqu’un
de plus haut placé que soi, du point de vue de la vertu,
du sharaf. Le drame, c’est qu’il est difficile de
respecter un dirigeant qui se ridiculise par l’insulte
d’autrui.
Arafat est rendu responsable d’une
seconde Intifada du désespoir qui le dépasse parce qu’elle
puise son origine et ses martyrs dans le refus sioniste de
respecter une paix pour la conclusion de laquelle il a
obtenu, avec Rabin, le prix Nobel. Ce n’est certainement
pas en l’insultant que la presse du Chef de l’Etat
renforcera l’indéniable rôle pacificateur qu’elle prétend
dénier à M. Dini.
Brèves nationales
L’UAD et l’affaire Borrel :
Et pourtant, il y a un cadavre !
C’est fou comme l’affaire Borrel rend
le régime djiboutien extrêmement nerveux : même Kagamé a
été moins virulent contre la France qu’il accusait
pourtant d’avoir au moins passivement assisté au génocide
de 1994. Nervosité vraiment suspecte. La constance et la
cohérence étant les dernières vertus dont le RPP fait
preuve, on apprend donc dans sa presse haineuse, aussitôt
ses insultes proférées, qu’il s’agissait pratiquement d’un
malentendu de toutes pièces fomenté par l’UAD en général
et M. Dini en particulier : l’affaire Borrel ne serait
qu’un avatar de la vie politique djiboutienne.
Rappelons juste qu’au moment des faits,
de la mort du juge français, M. Dini se trouvait très loin
du Goubet. Par contre, tout le monde sait qu’il y a un
cadavre et que, selon les dernières expertises menées, les
circonstances de la mort renvoient immanquablement à un
assassinat.
Tout ce que demande l’opposition, c’est
que la justice fasse son travail, que l’âme du mort trouve
enfin repos et que sa famille puisse entamer son travail
de deuil en toute sérénité. Mais, s’il nous est permis de
donner, gratis pro deo, quelques conseils aux
protagonistes de cette affaire, ce seraient les suivants :
que le régime djiboutien se calme en abandonnant sa
fixation aussi suspecte qu’indéfendable sur la thèse du
suicide et que la partie civile s’intéresse un peu plus
aux réseaux mafieux installés à Djibouti, dans lesquels
elle croit reconnaître les assassins du juge.
Pour le reste, il y a des morts et des
victimes djiboutiennes qui nous préoccupent beaucoup plus
que ce drame.
Critiquer ou insulter ?
Mettre en garde ou menacer ?
Pour tout régime mal assuré de sa
légitimité, pour cause de fraude et de mauvaise
gouvernance, les critiques que l’opposition veut
constructives sont perçues comme des insultes, tandis que
ses mises en garde contre les risques que les méthodes
despotiques font courir à la stabilité intérieure sont
lues comme autant de menaces. Selon cette logique, à
l’instar d’une bête sauvage acculée dans ses derniers
retranchements, le régime perd son sang-froid et tombe
dans un travers qui lui est malheureusement coutumier,
surtout depuis quelques années : la diffamation et
l’insulte.
Ainsi, dans un éditorial que nul n’a eu
le courage de signer mais dont la provenance ne trompe
personne, paru dans le journal gouvernemental « La
Nation » de jeudi dernier, il est prêté des propos
aussi mensongers que méprisables à M. Dini. Connaissant
les limites du système judiciaire djiboutien, nous ne ne
daignons même pas porter plainte : c’est parce que
l’impunité leur est assurée que certains délits sont si
souvent commis.
Pourquoi cette nouvelle charge
diffamatoire contre un responsable de l’opposition ?
Accessoirement pour permettre au régime de se défouler à
peu de frais en évacuant l’énorme frustration née de la
mise en quarantaine dans laquelle l’écrasante majorité du
Peuple djiboutien a placée la Présidence suite à son
communiqué irresponsable. Principalement pour inventer un
répondant aux propos va-t-en guerre, révisionnistes et «tribalisants»
tenus en 1993 par l’actuel Chef de l’Etat, que la
propagande cherche aujourd’hui à présenter comme un
inlassable gardien et garant de la Paix.
Malheureusement, la vérité est
incontournable : s’il a bien eu l’opportunisme de saisir
la main tendue par le Président Dini pour trouver un
règlement négocié au conflit, chacun garde en mémoire les
propos extrémistes que le successeur de Gouled tenait peu
après son élection. Ainsi, à Ghislaine Dupont, qui
l’interviewait sur les ondes de RFI, il répondait avec
plein de suffisance et peu de conciliation : « pas de
négociation avec le FRUD. M. Dini avait misé sur la
communauté afar. Or, elle vient de le désavouer.» Les
prisonniers du FRUD ? « Il n’y a aucun prisonnier
politique à Gabode : ce ne sont que des criminels ».
Sans jugement lui rappelle toutefois la journaliste.
Prétendre après cela avoir initié la
paix de 2000, c’est croire que le Peuple souffre d’une
profonde amnésie, mais le Peuple n’oublie rien !
Solidarité présidentielle :
Fausse sympathie et réelle indifférence
Si le Chef de l’Etat a quand même tenu
à manifester une certaine solidarité en rencontrant
quelques familles sinistrées à l’intérieur d’un camp
militaire sécurisé, cette sympathie envers les victimes
fut de courte durée. En effet, nos compatriotes effarés
ont appris que, suite à la publication d’un communiqué
présidentiel virulent à l’encontre de la France, les
autorités djiboutiennes auraient également sommé les FFDJ
(Forces Françaises stationnées à Djibouti), de suspendre
leur assistance aux sinistrés, pendant que ces dernières
assuraient, entres autres corvées, le ravitaillement en
eau potable au bénéfice des habitants assoiffés de Balbala.
Curieuse manière de soulager la
détresse de la population en mettant fin aux opérations
humanitaires d’une armée étrangère, pour une raison
uniquement judiciaire, au mépris des véritables besoins
des sinistrés. Pour l’heure, l’incontestable solidarité
présidentielle se limite à la généreuse distribution de
khat dans toutes les localités visitées par le grand chef.
Est-ce dans le cadre de la lutte contre la pauvreté ? Il
faut bien commencer par quelque chose quand on est à ce
point soucieux du bien-être de ses concitoyens.
Quoi qu’il en soit, il nous a paru
opportun, au moment où le Chef du district de Djibouti et
président du comité ORSEC annonce l’ouverture d’un compte
bancaire à la BCI, et destiné à recueillir des fonds pour
aider les sinistrés, de lancer un appel pressant au Chef
de l’Etat, principal bailleur de fonds national, pour
qu’il crédite généreusement ce compte.
Après avoir financé les projets
d’adduction d’eau du Day et d’Ali-Sabieh, le « numéro
un djiboutien » nous semble le mieux nanti pour aider
financièrement les victimes des eaux dévastatrices de
l’oued d’Ambouli : ce n’est que de cette manière, nous
semble-t-il, qu’il pourra démontrer sa solidarité
agissante à l’égard de ses concitoyens sinistrés. Tout le
reste n’est que blabla.
Droits de l’homme :
Amnesty d’aujourd’hui et amnésie d’hier
Incapable d’apporter le moindre démenti
au rapport 2003 du Département d’Etat américain relatif à
la situation calamiteuse des droits de l’homme dans notre
pays, voilà que le brûlot gouvernemental « La Nation
» ose appeler au secours du régime la crédibilité d’une
vénérable organisation qui a souvent consacré des pages
noires à la violation des droits de l’homme dans notre
pays.
Ainsi, au détour d’un éditorial ad
hominem à l’encontre du Président Dini, on peut lire
dans son édition de jeudi dernier, que Amnesty
International, organisation humanitaire internationale
basée à Londres aurait « sollicité le parrainage du
gouvernement djiboutien dans sa campagne mondiale contre
la peine de mort ».
Et le griot gouvernemental de rappeler
que la peine capitale n’a jamais été appliquée dans notre
pays. Que dire alors des centaines de victimes civiles des
exécutions extrajudiciaires ou tombées sous la torture ?
Se seraient-elles suicidées, à l’instar d’un juge français
?
Pour notre part, rappelons seulement
que sous l’actuel mandat présidentiel, des civils et des
handicapés ont été froidement exécutés sans autre forme de
procès par des militaires, et sans que les auteurs de ces
crimes n’aient été punis. L’impunité assurée aux criminels
d’Etat est une dangereuse constante de ce régime
liberticide. Rien ne l’empêche donc de désapprouver la
peine de mort ailleurs, quand il a les moyens de
l’appliquer chez lui autrement et sur des innocents :
Adouani a bien été libéré!
Intellectuels et Progrès «cides » :
Cécité, surdité et mutité
Sérieusement mis à mal par la réaction
responsable de l’UAD à travers son communiqué de presse du
19 avril dernier, le malheureux pamphlet du RPP pris au
dépourvu n’a rien trouvé de mieux que de fabriquer, comme
à son habitude, de prétendues réactions lorsqu’il lui fut
intimé l’ordre de répondre. Ainsi, ce journal spécialisé
dans la propagande, a-t-il crû bon de faire réagir en
signe de solidarité avec le régime malmené, des soi-disant
intellectuels djiboutiens, imaginaires bien sûr.
A en croire ce texte insipide à l’encre
délébile et sur papier recyclé, un Collectif
d’Intellectuels Djiboutiens (CID) jusque-là inconnu aurait
réagi dans les colonnes de ce journal en condamnant
l’opposition, tout en renouvelant son soutien au pouvoir.
Après avoir lu ces inepties attribuées à l’occulte CID, un
de nos sympathisants s’est écrié : « à moi conte, deux
mots ! En garde jeunes patriotes ! »
Mais quand les maux ont pour noms
surdité, mutité et cécité, que faire, comme disait Lénine
?
Secours aux sinistrés :
Mauvaise gouvernance = mauvaise
assistance
Depuis les inondations catastrophiques
du mardi noir, les médias officiels tentent désespérément
de mettre en première ligne l’UNFD (Union Nationale des
Femmes Djiboutiennes) dans les opérations humanitaires. Si
nous n’avons aucune raison particulière ou partisane de
douter de la compassion des privilégiées membres de cette
organisation féminine à défaut d’être féministe, force est
de regretter qu’on la fait passer avant les organismes
officiels mandatés pour ce genre d’assistance.
En effet, le citoyen sinistré ne
comprend pas la mise en avant d’une organisation partisane
et ne disposant d’aucun moyen logistique reconnue pour
remplir le vide laissé par tous les comités nationaux et
autres ONG traditionnellement sollicités. L’approche
d’importantes échéances électorales ne suffit pas à
justifier l’implication exagérée et médiatisée à outrance
d’une association féminine gouvernementale
traditionnellement cantonnée à la propagande militante.
Achat de riz :
Sans rire !
Selon le journal gouvernemental « La
Nation », que certains lecteurs appellent « La Ration
», le gouvernement djiboutien aurait encore bénéficié
d’une aide financière japonaise d’un montant de 150
millions de yens (environ 230 millions FD). Elle serait
destinée, paraît-il, à l’achat de riz. Scandalisés par
cette nouvelle, des milliers de Djiboutiens sinistrés et
n’ayant pas vu l’ombre d’un sac de riz indien sur les
24500 entreposés depuis plusieurs mois dans la Zone
Franche et en ville, rient jaune en maudissant ce régime
corrompu et prédateur. A quelle sauce sera mangé ce futur
riz, quand on sait que la Présidence a déjà constitué un
trésor de guerre électoral pour acheter les consciences ?
« Il est de notre devoir d’aller
vers les plus démunis», s’exclamait le Premier
ministre le jour de l’Aïd-el-Kébir. Pour le moment, les
dignitaires de ce régime alimentaire vont vers les plus
démunis munis de bakchich et de khat : à qui réservent-ils
le riz destiné au peuple ?
Gestion des deniers publics :
L’opacité endémique
Toute honte bue, l’agenda
gouvernemental dénommé « La Nation » revient dans
son édition de lundi dernier sur les travaux de
l’Assemblée Nationale délabrée où les mal-élus seraient en
pleine cogitation depuis quelques jours. Sous la plume de
ce confrère fatigué, nous apprenons dépités : « Enfin,
les députés ont constaté que depuis sa création (en
2000, NDLR), la Chambre des Comptes et de Discipline
Budgétaire n’a présenté aucun rapport de ses activités
annuelles. Le Ministre de la Justice étant le seul
ministre interpellé a fourni les réponses satisfaisantes
aux questions des députés ». Lesquelles ? Toujours
selon cette source, ce jour-là, « le thème débattu
portait sur la stabilité politique, l’Etat de droit et la
bonne gouvernance ».
Edifiant !
Coopération en eaux
troubles
ETAT DES LIEUX !
Pressés de convertir en retombées
financières l’intérêt que portent à notre pays l’OTAN et
singulièrement les Etats-Unis, les dirigeants du RPP
multiplient mensonges et courbettes. Peine perdue ! Compte
tenu des conditions imposées par les donateurs au
déblocage de l’aide et à la lumière du rapport d’activité
du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération
pour l’exercice 2003, examinons l’impact de l’aide
multilatérale comme bilatérale (nature, volume,
affectation) sur le développement économique et social de
Djibouti.
Dans une interview accordée à notre
confrère LNA, le Président Dini avait exposé la nature de
la coopération qu’il souhaitait voir s’établir entre nous
et tous nos partenaires (Etats, Organisations et
Institutions financières) impliqués dans le développement
économique et social de notre pays : Une Coopération
rupture. En clair, une aide substantielle, structurelle et
soutenue qui, en mettant notre pays sur les rails du
développement durable, nous permettrait de nous passer de
l’aide. En effet, cette forme de coopération et cette
forme-là seulement va dans le sens des intérêts bien
compris des deux parties. Elle constitue la meilleure
politique d’endiguement et de prévention des causes
(misère extrême, disparités sociales et exclusion) qui
constituent le terreau fertile des extrémismes religieux
ou idéologiques.
Tandis qu’elle est la seule issue
possible pour les bénéficiaires ne serait-ce que parce
qu’il est moralement dgradant et économiquement impossible
de vivre indéfiniment de la mendicité et de l’endettement.
Les Etats-Unis qui ont, au sortir de la Seconde Guerre
Mondiale, grâce au Plan Marshall, financé la
reconstruction et impulsé le développement de l’Europe,
semblent orienter leur diplomatie et coopération sur cette
voie à en croire l’administration de l’USAID. Traçant les
grandes lignes de ce que sera l’aide américaine à
l’étranger dans un monde en mutation, il explique que l’instrument-levier
de cette politique novatrice sera le M.C.A (Compte du
Millénaire) devant constituer une charnière de la
stratégie anti-terroriste à long terme des Etats-Unis.
Fort bien !
A cet effet, ce compte permettra de
consacrer 5 milliards de dollars de plus pour compter de
2006, à des pays qui appliquent une politique
socio-économique judicieuse pour les aider à faire des
progrès rapides en matière de développement. Cependant,
parce qu’aucun pays ou groupe de pays (G 8), quelque soit
sa richesse, ne peut laisser s’engloutir l’argent du
contribuable dans des projets sans lendemain (par manque
de transparence par exemple), M. Natsios prend bien soin
de préciser que cette aide sera conditionnée « aux
programmes nationaux de promotion de la justice et de
l’état de droit », précisant que le M.C.A
sélectionnera les pays qui recevront cette aide importante
en fonction de l’attachement et l’importance qu’ils
accordent « en pratique » à la bonne gouvernance,
aux libertés d’une manière générale et dans le domaine
économique en particulier ainsi qu’aux investissements
dans le domaine social. Voilà pour ce qui est des
conditions imposées au déblocage de l’aide. Notre pays les
remplit-il ? A l’évidence, la réponse est NON !
Nous avons déjà eu l’occasion d’émettre
nos réserves concernant l’efficacité du Système des
Nations-Unies en critiquant les absences de traçabilité
des fonds débloqués et de suivi dans l’exécution de
certains projets. Nous pensions notamment au programme de
réhabilitation des zones affectées par le conflit armé et
financé entre autres donateurs par le PNUD, lors des
Accords de paix de 1994. La preuve en est l’état de
délabrement dix ans plus tard des deux villes les plus
affectées par la guerre et pour la réhabilitation
desquelles ce soutien a été sollicité : Obock et Yoboki.
Si l’impact des balles et les traces du conflit armé y
sont encore visibles aujourd’hui, les fonds bel et bien
débloqués se sont quant à eux volatilisés. Ce seul exemple
suffit à décrédibiliser ce régime.
Le Système des Nations-Unies en a pris
acte. Sans se désengager de sa mission à Djibouti, il
continue çà et là à colmater les brèches laissées béantes
par les choix irrationnels de nos gouvernants dans des
domaines aussi vitaux tels que la santé et l’éducation. Il
a consigné le constat amer de son partenariat avec notre
pays dans un Document Stratégique de Réduction de la
Pauvreté où l’on peut lire à la page 11 « la
République de Djibouti a ratifié la majorité des
conventions internationales des droits de l’Homme, la
Charte africaine des droits de l’Homme et du peuple
(1981)… Cependant, même si la ratification de ces
conventions traduit la volonté du gouvernement de se
conformer aux instruments internationaux, leur application
reste difficile faute de cadre institutionnel et de
mécanisme de suivi appropriés. Ceci donne un caractère
formel aux signatures accordées sans pour autant que les
clauses des conventions signées ne se traduisent dans le
droit positif djiboutien… ».
A l’euphémisme protocolaire près, c’est
exactement ce que nous ne nous lasserons pas de dénoncer
dans nos colonnes. Et nous sommes les mieux placés pour le
faire, victimes que nous sommes avec notre peuple du refus
obstiné du gouvernement d’appliquer intégralement cet
Accord. Pourtant, l’application honnête et concertée de
son volet concernant les réformes démocratiques (Cour des
Comptes, Libertés Syndicales et de la presse, Indépendance
de la justice, Transparence électorale…) aurait fourni à
notre pays l’indispensable socle structurel pour le
développement. Nous n’en sommes malheureusement pas là.
Examinons à présent le rapport
d’activités du Ministère des Affaires Etrangères et de la
Coopération pour l’exercice 2003 que son excellence
introduit avec les salamalecs d’usage : « sous la haute
autorité de S.E.M. Ismaël Omar Guelleh, Président de la
République et Chef de Gouvernement, notre diplomatie a
connu une année particulièrement chargée pleine de
réalisation. En effet, l’année 2003 a été marquée par des
nombreux évènements dont le plus important est la visite
officielle effectuée par le Chef de l’Etat aux Etats-Unies
à l’invitation de son homologue S.E.M Georges W. BUSH ».
Nous nous contenterons cette semaine d’interpeller le
gouvernement en dressant à l’attention de nos lecteurs une
liste de l’aide bilatérale. Nous réservons nos
appréciations et analyses à une autre édition.
L’annexe 5 du rapport ne précise pas si
cette liste est exhaustive ni n’indique explicitement la
nature de l’aide. Toutefois, dans le tableau que nous
reprenons ci-dessous, il nous est précisé qu’au total,
« nous avons mobilisé une aide bilatérale de l’ordre de
125 millions de dollars, environ 22 milliards de nos
francs dont 25 millions de dollars sur prêt ».
Donc, à en croire son Excellence, ce
sont 100 millions de dollars de dons que son actif
département a mobilisé pour l’exercice 2003. Au cours de
la campagne électorale des législatives 2003, le Président
Dini, tête de liste de l’UAD disait en substance, à
l’occasion du dernier meeting à Djibouti le 8 janvier
2003, en sollicitant les suffrages (obtenus) des électeurs
: « nous sommes dignes de confiance… nous vous
promettons aucun miracle dont seul Dieu est capable, par
contre nous vous faisons ici le serment solennel que
toutes les ressources nationales (ou extérieures)
mobilisées seront équitablement redistribuées et investies
en fonction des priorités définies par une Assemblée que
vous élirez et un gouvernement légitime… ».
Puisqu’à en croire les lamentations des
mal élus, la Chambre des Comptes et de Discipline
Budgétaire ne rend ses comptes et suggestions qu’à un seul
homme, notre posture d’observateurs vigilants et
responsables nous oblige à exiger du gouvernement
d’administrer la preuve matérielle et publique que les
dons mobilisés en 2003 et représentant près de la moitié
du budget national 2004 sont (ou en cours de l’être)
injectés et affectés à leur destination initiale.
Que chaque ministère fasse preuve de la
même diligence que le Ministre de la Coopération en
rendant public son rapport d’activités 2003 en démontrant
les projets réalisés ou en cours grâce aux Dons.
Dans un mea culpa clôturant
l’annexe 6 du rapport sus-cité, son Excellence nous prie
de bien vouloir noter que « nous n’avons pu donner
notre voix à aucun des pays amis qui l’ont sollicité vu
que nous n’avons pas payé nos arriérés de contribution,
comme vous pouvez le constater dans la liste ci-jointe
(arriérés des contributions de la République de Djibouti
annexe 7).»
Quand les dons mobilisés depuis
l’indépendance ne parviennent pas ou si peu aux
destinataires et que l’Etat qui est censé les représenter
est incapable de rendre la plus petite monnaie de la pièce
aux donateurs, il y a de quoi décourager le plus
altruiste, s’il peut exister, des pays donateurs.

Source : Ministère djiboutien des Affaires Etrangères.
2003
Renforcement des luttes
populaires
L’opposition prête à la confrontation finale
Soucieux d’appliquer les dures leçons de sa longue
expérience politique, le président Dini n’est absolument
pas disposé à laisser encore une fois trahir sa bonne foi
et réduire à néant son désir de paix ; conforté qu’il est
dans cette exigence par l’ensemble des dirigeants de l’UAD.
Contrevenant aux règles les plus élémentaires de la
bienséance, certains plumitifs font croire que le leader
de l’UAD a abandonné toute action politique. La réalité
aura bientôt raison de l’intoxication.
Samedi 24 avril vers 10 heures du matin
: c’est dans une forme excellente que le Président Dini
reçoit le Bureau Politique de l’ARD pour une réunion
hebdomadaire habituelle. Après avoir écouté le rapport sur
la situation politique nationale dressé par les principaux
dirigeants de notre mouvement, le chef emblématique de
l’opposition djiboutienne s’exprime ainsi : « Je
constate malheureusement que ce régime de non-droit reste
égal à lui-même. La démocratie est en panne et les
injustices se poursuivent. Il nous faut donc agir de toute
urgence car il en va de l’avenir de notre pays ».
Il poursuit d’un ton grave : « Si
j’ai bien compris, ce régime clame qu’il ne respectera ni
les textes de loi en vigueur, ni l’Accord de paix qui nous
lie à lui devant Dieu et notre Peuple. Pour preuve, le
Trésor Public, conforté en cela par un appareil judiciaire
ayant perdu le sens de la justice, refuse de restituer la
caution électorale de 32.500.000 FD versée par l’UAD pour
participer aux législatives du 10 janvier 2003. Le régime
continue également à piétiner l’Accord de paix signé il y
a trois ans. Que faire dans ces conditions ? Mettre en
place la légitime réaction populaire ! Pour contrer les
agissements délictueux d’un pouvoir qui s’obstine à ne
reconnaître aucune légalité et surtout pas la libre
expression de la volonté populaire ».
En effet, si l’opposition djiboutienne
a jusqu’à présent fait preuve de la plus grande patience
afin de préserver la stabilité politique et sociale, force
est de regretter que cette attitude de responsabilité ait
été mal interprétée par un régime insouciant et
irresponsable. Devant cet inqualifiable défi lancé à la
paix civile, l’opposition démocratique est désormais
déterminée à ne plus brider la légitime contestation
populaire qui ne demande qu’à pacifiquement s’exprimer,
afin que les légitimes aspirations au changement soient
enfin clairement entendues et respectées.
Le lendemain, ce sont les travaux d’une
réunion de tous les partis regroupés au sein de l’UAD que
le Président a dirigés, toujours avec la même disposition
d’esprit combative. Après avoir sincèrement félicité les
dirigeants de l’UAD pour l’unité d’action jamais démentie
et brillamment démontrée sur tous les terrains pendant sa
longue absence du pays, le chef charismatique de
l’opposition a exhorté ses pairs à la mobilisation
générale en vue d’une confrontation décisive avec ce
despotisme irresponsable.
Ceux qui se mettaient imprudemment à
rêver d’une opposition décapitée et sclérosée, sans aucune
détermination inscrite dans la durée et le sacrifice, en
seront bientôt pour leurs frais. A l’heure où, malgré un
bilan politique, économique et social catastrophique, le «
numéro un djiboutien » et son fan-club de plus en plus
réduit cherchent à abuser le Peuple exaspéré en faisant
miroiter une possible réélection du responsable de tous
ses malheurs, nous disons que c’est sans compter sur la
voix rassurante de l’homme d’acier et c’est oublier la
main de fer (dans un gant de velours ) de celui qui a
surtout assuré sa carrière dans la répression de tous les
démocrates.
Dieu seul connaît l’avenir, nous ne
connaissons pour notre part que notre détermination à
sauver notre pays des griffes des prédateurs. Demain sera
un autre jour.
Pauvre régime qui se gargarise
d’analyses fantaisistes par lui-même inspirées et
maladroitement rapportées dans les pages complaisantes de
« Jeune Afrique/ L’Intelligent » qui ose écrire,
sans même le vérifier auprès de l’UAD : «Le drame de
l’opposition tient à son manque de représentation au sein
des institutions élues. L’absence de proportionnelle l’a
privée de toute représentation au parlement. Sa seule
présence se limite à une presse quotidienne dont
l’audience est certes populaire, mais ne lui procure que
peu d’influence dans le débat politique».
C’est peut-être la morosité dans
laquelle le plonge l’ennui d’un papier commandité et
grassement rétribué qui empêche ce journaliste d’aborder
l’essentiel : même avec l’actuel mode de scrutin,
l’opposition aurait remporté les élections, s’il n’y avait
pas la fraude institutionnalisée.
Aide extérieure, bonne
gouvernance et anti terrorisme
Pour d’évidentes raisons tenant tant à sa
position stratégique qu’à ses maux revêtant un caractère
endémique que la coalition internationale contre le
terrorisme se propose de prévenir et combattre dans une
région aux troubles récurrents, notre pays peut
légitimement nourrir l’espoir de figurer parmi les pays
africains devant prioritairement bénéficier du MCA (Compte
du Millénaire). Au grand désespoir de notre peuple, et par
la faute de dirigeants irresponsables, irrationnels dans
leurs choix budgétaires, gaspilleurs et inconséquents,
Djibouti, demeure handicapé car n’apportant aucun contenu
concret aux « parures institutionnelles » dont elle
se dote formellement pour abuser des donateurs qui ne sont
plus disposés à se laisser flouer…
Le Secrétaire d’Etat adjoint aux
Affaires Africaines, M. Charles Snyder, affirmait au cours
d’une conférence de presse organisée par l’« American
Enterprise Institute » que « Les Etats-Unis ont en
Afrique de réels intérêts en matière de sécurité et s’ils
devaient les ignorer, ce serait à leurs risques et périls
». L’administrateur de l’USAID, dans un article paru dans
l’International Herald Tribune, persiste et signe : «
nous nous sommes rendu compte que la sécurité sur notre
territoire dépendait de la sécurité, de la Liberté et des
possibilités économiques au-delà de nos frontières ».
Bien que tardive, cette prise de conscience est salutaire
pour tout le monde car, comme nous l’écrivions bien avant
le 11 septembre 2001, la meilleure containment policy
passe par une étroite collaboration avec les pays pauvres
(terreaux fertiles de tous les extrémismes) surtout dans
le domaine économique et social, comme dans celui des
droits de l’Homme.
Abondant dans notre sens, le
Washington File, édité par la section culturelle de
l’Ambassade américaine à Paris, nous explique qu’ «
afin de relever ces défis, le Président Bush a annoncé
l’initiative de lutte contre le terrorisme en Afrique
Orientale. Il s’agit d’un programme de 100 millions de
dollars visant à renforcer les capacités de lutte
antiterroriste de nos partenaires dans la région… Nous
nous attachons à aider plusieurs pays, notamment le Kenya,
l’Ethiopie et Djibouti, à renforcer la sécurité de leurs
frontières, à accroître la compétence de leurs forces de
l’ordre et à améliorer la façon dont les collectivités
territoriales marginalisées perçoivent les Etats-Unis et
leur politique… ». A la bonne heure !
Avec l’écrasante majorité des Etats
membres de l’ONU, « Réalité » n’a jamais fait
mystère de sa désapprobation de la politique de
l’administration républicaine au Proche-Orient. Par
contre, intéressés au premier chef par sa politique en
Afrique Orientale, et parce que représentatifs de tout le
peuple djiboutien, (collectivités marginalisées ou pas)
nous tenons à faire savoir à l’adresse tant des Etats-Unis
d’Amérique que de l’ensemble de nos partenaires impliqués
dans la lutte contre le terrorisme et dans le
développement de notre pays, un certain nombre
d’observations de nature à mieux orienter leurs politique
chez nous.
De 1977 (attentat contre le Palmier en
Zinc) à 2004 (multiples attentats sur la voie ferrée, dont
le dernier à équidistance de la gare et de la Garde
Présidentielle…), la brève existence de notre pays est
émaillée d’attentats dont pratiquement aucun n’a été
élucidé, chacun servant de prétexte à la répression contre
l’une ou l’autre des composantes de la communauté
nationale. A l’heure où nous mettons sous presse, nous
apprenons que l’explosion d’une grenade a fait un blessé
léger dans un quartier de la Capitale (4). La
prolifération d’armes légères dans des milieux autorisés
et la persistance d’une population flottante font que
Djibouti est considéré comme le maillon faible de la
région par les groupuscules nuisibles.
Contentons-nous d’observer que, de
l’Indépendance à 1999, la sécurité nationale et extérieure
relevait des compétences officielles d’un seul homme :
l’actuel Président de la République. Reconnaissons-lui le
mérite partagé d’avoir eu, moins d’un an après son
accession à la magistrature suprême, le pragmatisme
d’avoir mis fin à un interminable conflit civil armé.
Constatons à sa décharge que, trois ans après la signature
de l’Accord de paix définitive du 12 mai 2001, le courage
et ce pragmatisme lui font aujourd’hui défaut pour
l’appliquer intégralement et de concert. Non seulement les
conséquences du conflit (Réhabilitation) n’ont pas été
soigneusement soignées, mais plus grave, les causes
politiques qui ont conduit au conflit armé perdurent. Le
risque est réel et grand, que le conflit à ce jour sourd
et latent, ne dégénère.
Pour l’heure, force est de regretter,
comme s’en inquiétait récemment la Fédération
Internationale des Droits de l’Homme, que la lutte
planétaire contre le terrorisme menée par les grandes
puissances, n’aura malheureusement servi qu’à légitimer et
renforcer les régimes dictatoriaux de par le monde. S’il
est tout à fait normal que les Etats-Unis d’Amérique se
préoccupent d’aider son allié à sécuriser ses frontières
poreuses, qui peut garantir la paix civile intra muros
d’une Cité-Etat se singularisant par la plus forte densité
mondiale d’hommes en uniformes ?
A l’évidence, à la seule lecture des
rapports annuels du Département d’Etat sur la situation
désastreuse des Droits de l’Homme dans notre pays,
l’opinion publique américaine n’acceptera jamais que ses
soldats soient, malgré eux, impliqués dans un conflit
strictement interne pour la défense d’un despotisme que
l’engagement américain vise justement à éradiquer dans le
monde.
Les
tribulations du Premier ministre UN JEUNE A FRIC
MALADROIT
Il en est peut-être de même pour
certains régimes de l’Asie du Sud-Est, mais la palme
revient incontestablement aux Etats postcoloniaux
d’Afrique : prétendant compenser leur déficit démocratique
par une surabondante campagne médiatique, ils font appel
aux services de journaux à diffusion internationale pour
redorer leur blason terni. N’étant pas en reste de cette
mystification, surtout depuis 1999, le régime djiboutien
achète pour plusieurs millions les pages «Plus» d’un
magazine francophone que Le Canard Enchaîné avait
ironiquement rebaptisé Jeune à fric et qui s’est
lui-même pompeusement rebaptisé L’Intelligent.
Ainsi, dans son édition N° 2258 du 18 au 24 avril 2004, le
lecteur est-il sommé de prendre au sérieux une interview
du Premier ministre djiboutien, que l’on doit à la plume
héroïque du journaliste Cherif Ouazani. Même quand il
s’est agi de répondre à ces questions de niveau
maternelle, le Premier ministre a surtout étalé toute son
inexpérience politique. Sans même parler de naïveté.
« Pourtant, à lire les journaux de
l’opposition, vos anciens compagnons ne sont guère
complaisants... » : c’est pratiquement la question la
plus courageuse que le journaliste ait posée au Premier
ministre. C’est bien insuffisant : il aurait au moins pu
respecter la déontologie journalistique et avoir la
politesse de demander à ces journaux de l’opposition
pourquoi ils étaient si peu complaisants avec lui. Mais ce
journaliste n’était pas à Djibouti pour entendre les
points de vue de toutes les parties concernées et avoir
une vision d’ensemble de la situation nationale.
L’ignorance, du journaliste se retrouvant jusque dans sa
présentation tendancieuse du FRUD en général : «
mouvement sécessionniste afar ». Non. Il était tout
simplement en service commandé : l’Etat djiboutien ayant
acheté 17 pages d’un publi-reportage, sorte de safari
médiatique dont le but, payant, est de rechercher les
meilleures sensations et de garder les plus belles images.
Malheureusement pour le régime cherchant vainement à
crédibiliser ses figurants, les réponses du Premier
ministre produiront l’effet contraire de celui pour lequel
l’Etat a déboursé un gros magot, aux frais du contribuable
djiboutien bien sûr.
Mettons certaines choses au clair :
nous n’avons jamais été d’anciens compagnons du
Premier ministre pour une raison très simple : sans aucun
antécédent militant, son entrée en politique est récente ;
mars 2001 pour être précis.
Mais, contrairement aux biographies
complaisantes, ce n’est nullement sa contribution à la
signature de l’Accord-cadre de Paris de février 2000 qu’il
faut retenir : le chef de délégation de la partie
gouvernementale, lui-même ancien maquisard connaissant
bien M. Dini pour l’avoir secondé dans le maquis, n’était
autre que M. Ali Guelleh, Chef de cabinet de la
Présidence. Nos vrais anciens compagnons du FRUD
apprécieront cette confiscation de l’Histoire.
La seule participation que nous
reconnaissons au Premier ministre dans le déroulement de
ce conflit, c’est uniquement d’avoir organisé
l’extradition en septembre 1997 depuis la Capitale
éthiopienne où il était chef de poste, avec celle des
responsables du FRUD, de Mme Aïcha Dabalé, à l’époque
enceinte et dont le seul tort était, en plus de sa
référence matrimoniale, de travailler dans une
organisation caritative. Maigre fait d’armes policier,
mais certainement aucune réelle contribution politique à
la paix. Quant à sa consolidation...
Nous n’évoquerons qu’incidemment la
grande nouveauté consistant à présenter le « genou » d’un
responsable : après avoir précisé que ce dernier « est
issu de la tribu afar des Hassouma », lira-t-on
prochainement, pour respecter les grands équilibres que le
Chef de l’Etat « est issu de la tribu
Somali-Issa-Mamassan des Bah Fourlaba »? Plus
sérieusement, pour rester sur ce chapitre, les lecteurs
apprendront que, selon le Premier ministre, « Le peuple
djiboutien est composé de deux groupes ethniques, les
Afars et les Issas. Ces deux groupes se scindent en
plusieurs tribus, clans et sous-clans ». Inculture
suspecte qui procède à la négation des nombreuses autres
composantes de la communauté nationale. Son propre
Directeur de cabinet, la Présidente de la Cour Suprême et
tous ceux appartenant à des groupes qui contribuent depuis
les origines au rayonnement de notre pays apprécieront
cette inacceptable légèreté.
On se demandait pourquoi l’UMP avait
sollicité les services sympathisants de l’ancien Président
du Conseil de Gouvernement du temps colonial :
l’énumération du Premier ministre nous ramène tout droit
aux simplifications du « Territoire Français des Afars
et des Issas » dont on comprend aisément que certains
ethnarques se disent faussement revanchards.
Le mur du çon (comme dirait
Le Canard Enchaîné) étant toutefois franchi lorsque,
au journaliste lui demandant candidement s’il lui arrivait
de rencontrer les dirigeants de l’opposition, le Premier
ministre répond avec une naïveté qui aurait été touchante
en d’autres circonstances : « Djibouti est un petit
pays, où tout le monde se connaît. Il nous arrive de nous
croiser dans les dîners en ville, les réceptions dans les
ambassades ou dans d’autres circonstances. Cela se passe
très bien, et les diplomates s’étonnent de nous voir
ensemble ».
C’est vraiment trop : à en croire ses
propos, la vie politique djiboutienne ressemblerait à une
maternelle où tout le monde il est gentil et
tout le monde il s’aime.
Le Premier ministre serait bien
incapable d’indiquer dans quelle circonstance mondaine il
rencontre si souvent les dirigeants de l’opposition,
puisqu’il semble avoir beaucoup de temps libre,
constitutionnellement plongé qu’il est dans une société
politique de loisirs.
Par contre, la mansuétude que ceux-ci
témoigneraient à son égard pourrait aisément s’expliquer :
il est inutile de le charger de tous les travers de ce
régime, lui qui n’est que son premier figurant
institutionnel !
Sauf quand il se prend trop au sérieux
en répondant intempestivement à un courrier du FRUD-armé
adressé au Chef de l’Etat, et s’interposant sans aucune
protection en invoquant pour son chef la désormais célèbre
« gestion de vraie problématique ». That’s all
folks !
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