A chacun ses préoccupations, en
fonction de ses priorités : prétendant changer le monde en
en changeant la représentation, le Chef de l’Etat s’est
offert une débauche d’encre et de papier pour fêter le
cinquième anniversaire de son mandat. Libre à lui de se
glorifier, s’il estime que le 8 mai 1999 est plus
important dans l’Histoire du pays que le 12 mai 2001, la
majorité de nos concitoyens n’est certainement pas de son
avis. C’est pourquoi, pour notre part, nous saisissons
l’occasion du troisième anniversaire de l’Accord de Paix
définitive pour modestement inviter les citoyens
lecteurs-électeurs à une pause-réflexion à trois niveaux :
la fragilité d’une paix à laquelle les deux parties
signataires n’accordent pas la même importance, les
limites d’une opposition pacifique dans un contexte de
fraude généralisée et enfin l’utilité d’un journal comme
le nôtre.
En premier lieu, par manque
d’application honnête, l’Accord de paix n’a pas mis fin
aux multiples injustices qui sont à l’origine du conflit,
le récent communiqué présidentiel l’imputant aux manœuvres
néocolonialistes françaises n’est que la preuve par
l’absurde d’un constat dramatique : un quiproquo
n’aurait-il pas présidé à la paix ? Les attentats
perpétrés par le régime contre une nouveauté
institutionnelle aussi importante que la décentralisation,
et son acharnement à prétendre instaurer une Nation au
détriment de sa diversité, à travers une citoyenneté à
deux vitesses, montre bien le peu d’intérêt accordé à la
Réconciliation nationale et à la Reconstruction du pays.
Dans ces conditions, comment nos concitoyens peuvent-ils
tolérer un régime aussi insouciant de l’intérêt général et
passivement assister à cette entreprise de destruction de
notre avenir commun ?
En second lieu, autant la timide
ouverture politique de septembre 1992 a été imposée par le
bruit des armes rebelles, autant le multipartisme intégral
est une conquête de l’Accord de paix du 12 mai 2001. La
menace du clonage disparue, de véritables partis
d’opposition se sont créés, unissant leurs forces pour
participer à une consultation électorale qu’ils espéraient
sincère et transparente, assurés qu’ils étaient de
représenter l’alternance crédible que le Peuple attendait
depuis si longtemps. L’instauration d’un environnement
institutionnel pacifié s’est heurtée aux tourments d’un
ancien parti unique essentiellement préoccupé par sa
survie. Les graves déficits démocratiques que l’Accord du
12 mai 2001 rendait responsables du conflit civil ont été
purement et simplement renforcés à cette occasion, le
fonctionnement folklorique du Conseil Constitutionnel et
de la CENI n’en étant que l’épiphénomène le plus
brutalement caricatural. Dans ces conditions, face à un
régime qui ne respecte aucune légalité, comment nos
concitoyens estiment-ils possible qu’une opposition à
laquelle il est interdit de proposer puisse un jour
gouverner en arrivant au pouvoir par les urnes, par la
voie démocratique ?
Enfin, concernant spécifiquement notre
journal, une modestie personnelle au service d’une
efficacité militante nous incline à toujours interroger le
sens de nos productions hebdomadaires. Ecrire pour être lu
n’est pas une posture d’apesanteur politique : on écrit
avant tout pour faire bouger les choses, pour donner une
autre vision des multiples réalités, nationales comme
internationales. Car écrire autant que lire ne peut tenir
lieu de condition suffisante du changement démocratique.
Il y a une condition absolument nécessaire, sine qua
non : l’action pratique. En d’autres termes, nous
invitons cette semaine nos lecteurs à se poser une
question : nous lire peut-il contribuer à provoquer un
changement dans la gestion de la chose publique ?
C’est pourquoi nous avons préféré
commémorer le troisième anniversaire de l’Accord de Paix
du 12 mai 2001 de cette façon : réduire le journal à la
stricte explicitation de notre démarche, en invitant
chaque citoyen à se demander où va notre pays dans ces
conditions. Le Chef de l’Etat croit remplir le vide de sa
politique par la surabondance de sa publicité. Nous
choisissons la démarche inverse : nous ne produisons rien
cette semaine pour laisser les citoyens lecteurs-électeurs
seuls avec leur conscience. La liberté de la presse ne
peut pas exister sans la liberté de librement choisir ses
représentants politiques.
L’Accord de Paix, le fonctionnement des partis
d’opposition et la publication de notre journal ont-ils
encore un sens quand sont à ce point bafoués les droits
civiques les plus élémentaires ?
Communiqué
de l'UAD
UNION POUR L’ALTERNANCE DÉMOCRATIQUE
(ARD, UDJ, MRD, PDD)
*
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
A l’occasion du 3ème
anniversaire de la signature de l’Accord de paix
définitive du 12 mai 2001 décrétée Journée Nationale de la
Paix, l’Union pour l’Alternance Démocratique réitère ses
exigences pour la stricte application immédiate et
intégrale de tous les points objet de cet accord.
La non-application de l’essentiel de
ses volets et la violation pure et simple d’autres, avec
notamment l’adoption récente par l’Assemblée Nationale de
l’impertinente et irresponsable redéfinition des limites
territoriales des districts, recréent telles quelles les
conditions qui ont favorisé le déclenchement de la lutte
armée.
L’Union pour l’Alternance Démocratique,
constatant que les manœuvres du pouvoir sont loin de créer
un climat favorable à la promotion de la démocratie et de
l’état de droit en République de Djibouti, est désormais
déterminée à faire aboutir ses droits par tous les moyens.
Elle condamne ces pratiques
unilatérales d’un autre âge et exige :
- le retrait immédiat de cette loi et
l’adoption comme loi organique du projet de loi sur la
décentralisation tel qu’adopté par le gouvernement en
conseil des ministres et convenu d’accord parties le 12
mai 2001 ;
- le remboursement immédiat de la
caution de 32,5 millions FD déposée au Trésor national à
la veille des législatives de janvier 2003 et illégalement
confisquée jusqu’à ce jour par le gouvernement, toutes les
démarches légales étant épuisées dès lors. Ce genre de
racket absolument inadmissible est fait pour obliger les
partis politiques d’opposition à boycotter toute
consultation électorale.
Par ailleurs, l’Union pour l’Alternance
Démocratique, consciente des ses responsabilités, se doit
d’alerter l’opinion internationale et les pays amis sur
les dangers que fait courir à la stabilité politique de
notre pays le comportement insensé et irresponsable du
régime en place.
De même, l’UAD prend à témoin l’opinion publique
djiboutienne : la Démocratie ne peut exister que si toutes
les parties inscrivent leurs actions dans la légalité et
le respect de la volonté populaire.
Enfin, l’UAD décline toute responsabilité sur les
fâcheuses conséquences qui pourraient découler du refus
obstiné du gouvernement d’appliquer l’Accord de Paix
définitive, de renforcer l’Unité nationale et surtout de
respecter les Droits civiques fondamentaux.

* * *